‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 224 sur 315 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les illusions de ceux oui pensent toujours bien obéir, parce qu'ils sont prompts, et à la main, pour faire tout ce que veulent les supérieurs.

Vous en jureriez, Théonée, n'est-il pas vrai, que celte disposition est le caractère le plus assuré d'une âme parfaitement obéissante? Et qui ne le jurerait avec vous? Et que pourrau-on penser de ceux qui ne souscriraient pas aussitôt celte proposition ?

V Car, me direz-vous avec tout le monde, cette promptitude à voler à tous les ordres des supérieurs, n'est-ce pas la marque la mIus constante qui se donne d'un véritable obéissant? N'e5t-ce pas où Ton presse toutes

les personnes qu'on y veut former? Et comme la pesanteur qu'on apporte à faire l'obéissance, est un témoignage qu'on n'en a que l'extérieur, ne faut-il pas dire aussi que la promptitude en fait Tâme? C'est la voix publique elle sentiment universel.

2* C'est par là, plus que par aucune voie, qu'on montre assez qu'on n'a aucune volonté ; car cette disposition prompte et active à courir où l'obéissance nous appelle, fait voir clairement qu'on laisse sa volonté pour ne regarder que celle des supérieurs.

3' Ne fait-elle pas voir encore que par un grand détachement on ne tient à rien, et que sans écouter ce qui pourrait nous arrêter, ou ne pense qu'à se porter sans raisonnement à tout ce que désire l'obéissance?

Théonée, je ne contredirai jamais cette vérité, qui se soutient trop d'elle-même; mais aussi vous ne pouvez pas me nier que cet esprit prompt à l'obéissance en peut donner à croire facilement à ceux qui se laissent prendre à ce grand feu.

Non, non, ne vous persuadez pas aussitôt que ces personnes qui sont promptes, et à la main, pour tout ce que veulent d'eux les supérieurs, soient toujours dans l'obéissance la plus exacte? Persuadez-rvous plutôt que souvent cette jfjromptitude n'est qu'un effet de leur esprit ardent et d'un tempérament bilieux, qui est toujours dans la contrainte quand il est sans action. C'est donc leur faire plaisir quand on leur donne de l'exercice ; et quand elles courent si volontiers à ce qui leur est enjoint, ce n'est, d'ordinaire, si elles ne se retiennent avec bien de l'attention, qu'un mouvement tout pur de leur naturel actif, qui ne demande qu'à faire et qu'à courir. Sachez que vous les mettriez plutôt dans la pratique de l'obéissance, en ne leur donnant aucun emploi, qu'en les occupant.

Et puis, Théonée, il le faut confesser avec biei\ de la confusion; oui, il s'en voit qui sont très-prompts» et à toute main, pour aller à ce qui est de l'obéissance; mais ne sait-on pas que ce sont quelquefois des esclaves des supérieurs, et que par une politique autant basse que séculière, ils vont prouiplement à tout ce qui leur est commandé, afin d'en avoir la faveur?Cela est bien pitoyable, qu'il y ait tant de bassesse, et que celte bassesse encore, donne une si belle couleur à l'obéissance

Je ne veux donc rien diminuer de l'obéissance de ceux qui volent comme des nues; mais en vérité, il y a bien à examiner de quel vent ces nues sont poussées, et l'illusion n'y est ordinairement guère moindre que les apparences en sont belles.

Page 1