‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 228 sur 315 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Les politiques prétendent se dispenser des

règles

En voici a'autres qui ne sont ras emportés par le grand feu de leur zèle pour se dispenser de leurs règles, mais ils le prennent plutôt tout au contre-pied; ce .sont ceux qui, par une complaisance douce et accommodante, se veulent persuader que les règles ne doivent point avoir de lieu et do force lorsqu'on est avec le monde en quelque engagement. Il n'en est point qui parle des rèsles comme eux, avec tant de respect, mais cVst toujours pour mieux venir à leur point, dans le temps et dans les circonstances où ils jugent que le monde doit être préféré.

Je sais bien ce qu'ils disent et ce qu'ils peuvent dire sur ce sujet, el je vais moimême vous parler pour eux : il faut assurément de certaines complaisances pour uo

se pas gêner toujours à une régularité si rigoureuse.

V Car si la vertu est exacte, il ne faut pas aussi nier qu'elle ne soit tout affable, pit qu'elle ne sache accorder quelque chose à une bienséance judicieuse, sans s'attacher trop scrupuleusement à une règle, quand les circonstances le peuvent demander.

2* Elle est ferme et sans respect humain, mais en même temps elle est discrète pour savoir faire le discernement des temps et des conjonctures où la règle se doit observer et où il n'est pas de saison de le faire.

3* Et nous devons confesser qu'il est quelquefois des temps où il est d'une plus grande vertu de ne pas garder la règle que de la garder, et qu'alors son observation ferait plus de mal et de dérèglement, que si l'on s'y tenait avec une religieuse exactitude.

Tout cela est beau dans la spéculation, Théonée. Il est même bon dans de certains temps bien pris et bien choisis; mais ne savons-nous pas (qu'il nous soit permis, je vous prie, de le dire avec quelque juste indignation) que la complaisance intolérable de ces esprits politiques à se dispenser des règles, les jette dans une illusion aussi difficile a guérir que leur conduite est selon la chair et le sang.

D'où Vient donc cette complaisance si pernicieuse dont le rude coup tombe sur la religion? C'est que les règles sont la chose du monde, qui a la dernière place dans leur estime. Si bien que pour rompre une règle quelque considérable quelle puisse être, il ne faut qu'un incident fort léger, et sans peine «lie serasacrillée à la moindre complaisance. C'est à la règle que tout se devrait plutôt immoler pour en conserver la vigueur et avec elle la religion ; et, au contraire, tout ce cm'il y a de règle et de saint dans la religion s immole à une complaisance politique.

Si vous me clemandez encore* d*où celle complaisance ])eut procéder; il est indigne de le dire, Théonée. Cela vient de ce que dans Toccasion on rougit de faire son devoir. On ne veut pas déplaire à des esprits fdélicats, on craint de s'exposer à la raillerie, on n'ose paraître plus réformé que les autres, on ne veut pas qu'il soit dit qu'en ne sait pas vivre. Toutes ces considérations font que dans ses mauvais temps on passe avec grande liberté par-dessus toutes les règles qui sont les plus diçnes de respect. Et ainsi il ne faut point parler do règle à ces politiques où il s'agit d'être désagréable à la créaturc. Ohl la maxime empoisonnée, qui ne c^use pas moins la perte des communautés que celle des consciences 1

Ne faut-il donc pas dire par une môme suite que la première règle de ces personnes est la créature , et non |»as l'obéissance, et non pas Dieu? Que c'est elle h qui s'est fait la consécration de leurs personnes quand elles ont fait leurs vœux? Mais que c'est aussi sur cette règle que se fera leur grand jugement? 11 n'cît pas néanmoins que quelquefois

elles ne gardent leurs règles, cela est vrai ; mais savez-vous quand il se fait? C'est justement quand il ne se présente aucun res{)ect humain à essuyer, comme ^i elles faisaient ce pacte avec Dieu, d'observer leurs règles, pourvu que ce soit dans des temps où elles ne puissent pas déplaire à la créature. Allez bien loin, esprits corrupteurs des communautés d'une manière d autant plus dangereuse qu'elle est douce et follement sage, et d'autant plus outrageuse que c'est immédiatement la créature qu'on préfère à la règle et à Dieu.

Ajoutons à tout cela que cette complaisance de nos politiques n'est guère sans scandale, lorsque, par une semblable conduite, ils insinuent Je même esprit dans les autres, ils tournent en ridicule ceux qui veulent mener une vie exacte et régulière, et ils mettent les règles au dernier rabais. C'est de cette façon que, d'une maison d'ordre et de sainteté, ils en font quelquefois une maison où ne régnent plus que les maximes du siècle.

Ohl seriez-vous bien maintenant capable, mon Théonée, d'être un politique dans l'observation de vos règles? Je n'ai garde de m'en donner la pensée, non plus que je ne pnîs me donner celle que vous veuiUiez être dans l'illusion avec tous ces esprits.

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