LES ILLUSIOÏIS DES FERVEURS
Je pense, Théonée, que vous n'avez pas bien de la peine à concevoir que les ferveurs qu'on a pour se sanctifier, soient sujettes à bien des illusions ; car vous concevez assez qu'il est facile de se méprendre DÛ Ton ne voit pas tout à fait clair, et où le bruit et le feu sont grands. Et que voit-(m souvent autre chose dans les saintes ferveurs de ces âmes qui ne cherchent que le bien, sinon des feux beaucoup étoutrés et de grands remuements dans leur intérieur; ce qui leur ôte la lumière pour faire discernement des voies qui sont sûres et do celles qui les peuvent tromper?
Ceux qui conduis«^nt les Ames ont toutes les peines k réduire celles qui sont animées de ces transports, comment donc voudrait-on qu'elles-mêmes se puissent moiiérer et aller touiours le droit chemin, si les égarements ou il est infaillible qu'elles se jettent, ne leur sont comme marqués au doigt? C'est ce que j'ai à vous montrer, et ce qui ne me sera pas difficile de bien faire, où la matière me favorise, et où vous entrez même dans mes sentiments avant que j'en aie produit les preuves. Voici donc toutes
les sortes de personnes ferventes qui font voir autant de différentes illusions : il faut seulement prendre garde do ne se pas laisser éblouir à l'abord de leur grand feu.