‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 24 sur 315 · PIE · texte numérisé non relu

PIE

solides de robligation indispensable qu ont les prêtres d'être saints. Nous ne parlerons vàs ici dQS motifs pris de la sainteté des ibnetions ecclésiastiques puisqu'elles sont traitées dans des livres à part.

I. La vocation au saceraoco est un engagement à une sainteté plus grande. Pour nous en convaincre, rappelons- nous ce qui se passa en notre première entrée dans Tétat ecclésiastique. Ce ne fut qu'à titre d'innocence que l'Eglise npus ouvrit les portes de sou sanctuaire. Une vie pure et exemplaire, une longue épreuve de vertus furent les seules conditions auxquelles elle nous admit. La sainteté et une sainteté éminente, voilà l'état où nous sommes appelés comme prêtres, et que nous avons embrassé. Dieu nous a élus de toute éternité, devons-nous dire avec le grand Apôtre, afin que nous fussions saints, et que, par un dégagement universel de toutes sortes de péchés , nous pussions nous présenter à son autel purs, sans tache et exempts de toutes sortes de souillures. Le caractère sacré gravé au fond de nos Ames par l'imposition des mains et l'habit vénérable que nous portons , le sacrifice auguste que nous ofifrons et les sacrements que nous administrons, nos promesses elles saints engagements que nous avons pris avec Jésus-Christ aux pieds de ses autels , tout nous avertit que notre vocation au sacerdoce est une vocation à la sainteté. Comme l'homme de guerre est obligé par son état à porter les armes, sans pouvoir s'excuser du service, ni sur les dangers de cette profession, ni sur la dureté du commandement, ni sur son peu de courage; ainsi, par notre vocation au sacerdoce, et par les serments que nous avons faits en le recevant , nous sommes engagés à servir Dieu en saints, sans pouvoir prétexter ni les difficultés d^ la sainteté, ni la contagion du siècle, ni les dangers de l'état , ni nos propres faiblesses. Tout doit cé.der à nos premiers engagements: si la sainteté, dont nous nous sommes fait une loi, passe nos forces naturelles, elle ne sera iamais supérieure aux forces delà grâce de Jésus-Christ, qu'il ne refuse à personne, et qu'il accorde plus libéralement aux prêtres, qui lui sont unis par les liens les plus indissolubles.

Mais cette sainteté que Dieu exige des prêtres est une sainteté universelle et bien au-dessus de la sainteté des ministres inférieurs. Dieu veut qu'ils soient saints dans tous les lieux et dans tous les temps, hors du temple et dans leurs maisons, comme dans le temple et à l'autel ; au milieu des embarras du siècle et jusque dans leurs divertissements, comme au chœur et dans les exercices de piété ; il prétend qu'ils courent dans les voies de la vertu iusqu à ce qu'ils soient arrivés à l'étal d'un nomme parfait, à la mesure de l'âge et de la plénitude selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en eux. Sainteté proportionnée au degré d'élévation où ils sont placés dans le sanctuaire; et comme le sacerdoce renferme éminemment la i»erfection des ordres inférieurs, le5 oré-

Ires doivent réunir en leur personne tbu.'i les caractères de la sainteté propre de chaque ordre : la vigilance du portier, la puieté de l'exorciste, la ferveur de Tacol} te, la chastetédu sous-diacre, le zèle du diacre, toutes les vertus qui doivent éclater ilans le premier ministre de la religion. De là la robe sacerdotale, cette chasuble vénérable qui, en le couvrant tout entier, lui est donnée dans son ordination pour lui désigner cette charité pleine et entière qui est le lien et le comble tout ensemble de la perfection chrétienne et ecclésiastique. C'est cette reine des vertus qui ennoblira, qui perfectionnera en lui toutes les autres vertus, qui animera toutes ses actions et qui réglera tous les mouvements de son cœur.

IL Une autre raison de l'obligation qu'ont les prêtres à la sainteté est la consécration solennelle de leur personne dans la cérémonie de leur ordination. Les prêtres, enfants d'Aaron, sont consacrés, disait Dieu à Moïse ; qu'ils soient donc saints, parce que je suis saint moi-même, moi qui suis le Seigneur qui les sanctifie ; je les regarde, et ils doivent se regarder eux-mêmes comme des, hommes qui m'appartiennent et qui ne peuvent plus disposer d'eux-mêmes que pour me glorifier et servir à mon culte, voilà, en effet, le caractère propre de notre consécration : elle nous sépare des choses profanes pour nous attacher à Dieu seul; elle nous arrache au monde pour nous fixer au service ^ des autels et nous laisser tout entiers aur usages les plus saints et les plus augustes ; elle nous tire des fonctions publiques de la société, pour nous appliquer uniquement à celles qui concernent le culte de Dieu. Dès que nous sommes oints prêtres, nous formons une nation sainte, un peuple à part qui commence à vivre sous d'autres lois et à prendre des engagements à une vie plus parfaite. En vertu de l'onction sainte ,' les sacrés mystères deviennent nos seules fonctions ; les temples du Seigneur, nos maisons v ses autels, nos asiles; les œuvres de piétés nos occupations ordinaires, et les cantiques de la divine psalmodie, notre délassement et nos plaisirs les plus délicieux; et tout cela,

rir cette raison que nous sommes consacrés Dieu. Quia consecrati sunt Deo suo.

Tout ce mii est consacré à Dieu ne peut

1)lus servir a des usages ordinaires ^t proànes ; par conséquent, l'esprit et le cœur du f)rêtre, toutes ses puissances, toutes ses acuités, tous ses sens* doivent être employés à des choses saintes, et nullement à tout ce qui peut être indifférent ou même criminel : en lui tout doit se rapporter à Dieu, tout en lui doit être saint; ses yeux, qui tous les jours contemplent sur l'autel le Saint des saints, ne doivent plus se reposejr ou se fixer que sur des objets religieux qui puissent le porter à Dieu; s'ils errent ailleurs, ils se souillent et perdent le droit de percer dans l'intérieur du tabernacle pour y voir face à face la gloire du Dieu qui y réside, et que son amour tient captif au milieu de ses enfants. Sa lanpue, accoutumée à faire desccu-

PRE

PRE

dre sur Tautel le Dieu de toute majesté, ne doit plus, selon l'expression du prince des apAtres, parier que les discours de Dieu, Les seules inutilités I4 profaneraient, comme les viandes communes profanent un yase sacré. Ses oreilles, tant de fois consacrées

Car la douce harmonie des louanges du rès-Haut, ne doivent plus se prêter atout ce qui pourrait, ou troubler le saint commerce

au'il a avec son Dieu, ou ressentir le moins u monde les bouffonneries , les discours médisants ou licencieux; mais surtout ses mains, consacrées et sanctifiées par Fonction sainte et par la bénédiction du pontife, ne peuvent j^lus servir gu'à offrir des dons et des sacrifices. Les moindres libertés, les ieux mêmes et les amusements frivoles les dégraderaient de leur sainteté et flétriraient la dignité de leur onction. En un mot, toute la personne du prêtre étant sacrée, tout objet profane qui rattacherait dans le monde, hors ses fonctions et le salut de ses frères, effacerait sa consécration et la profanerait ; tout ce qui le porterait ailleurs le replongerait dans rignominie du siècle dont il a été tiré par une miséricorde spéciale. C*est profener les vases et les ornements sacrés qui servent à Tautel, que de les faire servir à des usages profanes ; c'est en détruire la consécration. Jugeons par là de la profanation dont se rendrait coupable et du crime que commettrait le prêtre assez malheureux pour faire servir son esprit ou son cœur, ses talents ou ses sens aux œuvres du péché, lui qui par son ordination est consacré à Dieu et au service de ses autels, d'une manière bien plus sainte et plus ineffable que l'or, que les linçes et les vaisseaux sacrés qui servent au saint ministère.

IIL Troisième raison de Tobligation que les prêtres ont à' la sainteté, les qualités éminantes et les vertus héroïques que le grand Apôtre demande des premiers ministres de rÈvangile. U nous les peint dans ses lettres comme des hommes consommés en vertus, exercés dans la patience, dans la mortification , dans le travail , recommandables par une pureté inviolable, par une douceur inaltérable et par une charité sijicère. D'autres fois il nous les représente comme des hommes insensibles aux injures, aux persécutions, aux calomqies, aux opprobres djont on les charge ; tranquilles au milieu des orales et des tempêtes, comme au sein des plus riantes prospérités ; payant, par des prières,

Î)ar des bénédictions et par des bienfaits, es outrages et les malédictions dont on les accable. Le même apôtre nous trace en sa personne l'image d un parfait ministre de l'Evangile, quand il nous dit qu'après s'être consumé en sueurs, en travaux et en veilles pour ses frères, il soupire après de nouveaux combats et de nouvelles souffrances, et qu'il ne sera content que lorsqu'il pourra donner «on sang et sa vie pour leur salut.

A en juger par tout cela, qu'est-ce donc qu'un prêtre dans la sainte religion que nous professons? Un prêtre, c'est un homme sé- |)aré des pécheurs, encore plus par la sain-

teté de sa vie que par la sainteté de son caractère ; un homme autant éloigné de Ja conduite des mondains par ses mœurs , qu'il en est distingué par l'habit ; c'est un homme qui surpasse le reste des chrétiens en -vertus, comme il le surpasse par Téminence de sa dignité; supérieur à toutes les tentations du monde, et invulnérable à tous les traits empoisonnés du vice, comme s'il n'avait rien des faiblesses de l'humanité ; mort an monde, à ses plaisirs, à ses vanités, à ses faux biens, il n'a de conversation que dans le ciel; il ne soupire que pour Dieu; il ne goûte que les choses de Dieu; il n'a d'autre désir que de lui plaire, ni d'autre ambition que de procurer sa gloire ; prêt à tout entreprendre, à tout souffrir et à tout sacrifier pour cette même gloire. Un prêtre enfin, c'est un homme résisné dans les contradictions , patient dans les souffrances, coura- 5 eux dans les épreuves, tranquille et content ans les tribulations, parce qu'il sait que la vie d'un prêtre est une vie de croix; il la reçut, cette croix, en son ordination , comme le caractère distinctif des ministres de Jésus- Christ et comme le gage précieux de sa tendresse; il l'aime, il en fait ses délices, il la porte avec joie à la suite de ce divin Sauveur, ainsi que Tévêque le lui ordonne en lui imposant Tétole et en la lui passant au cou en forme de croix. A ce portrait, tracé d'après les saints , serait-il aisé de reconnaître tant de prêtres plus mondains que les mondains mêmes : mondains dans leurs sociétés, dans leurs maximes, dans leurs conversations, dans leurs vêtements, affectant en tout cela des airs et des manières qu'on ne passerait pas même à des laïques. Sont-ce des prêtres ou des profanes, que ces hommes oisirs et embarrassés de leur propre oisiveté, qui , après quelques offices chantés à la hâte et sans attention , se tiennent quittes de tout, comme s'ils avaient satisfait à toutes leurs obligations? livrés du reste à une vie molle et sensuelle, sans pratique d'oraison, sans exercice de piété, sans amour des fonctions, sâms zèle [)Our le salut des ftmes, sans goût pour l'étude et pour le travail, donnant une partie du jour à la table, une autre au jeu, une autre a des visites inutiles, à des conversations dangereuses ou suspectes. Sont-ce des prêtres ou des profanes, que ces hommes ambitieux qui, ne s'étant faits ecclésiastiaues que dans la vue des bénéfices, ne regardent le sacerdoce que comme un degré nécessaire pour y })arvenir; qui, devenus prêtres et pasteurs à force de sollicitations et de brigues, oublient presque aussitôt ces deux redoutables qualités par le peu d'usages qu'ils en font, pour ne se souvenir (juc des prérogatives attachées à leur dignité;; passant les mois et quelquefois les années entières sans célébrer le divin sacrifice; vivant en laïques (eh I plût à Dieu que ce fût en laïques chrétiens!); assistant a peine à une courte messe, et n'y assistant que les jours commandés? Sont-ce des prêtres ou des profanes, que ces hommes sordidement intéressés, qui, n'estimant leurs saintes

rufi

D'ASCETISME.

2Tfr

fonctions que "par le temporel que la piété dos fidèles y a attaché, ne montent à l'autel que pour recevoir la rétribution, et n'y monteraient'jamais, si jamais il n'y avait de rétribution à attendre ? Vils mercenaires, qui, rapportant tout à leur insatiable cupidité, font un indigne trafic de la piété, dit saint Bernard, exigeant leurs honoraires à la rigueur des pauvres comme des riches, mais avec une dureté dont les fidèles sont justement scandalisés 1 Vivre ainsi dans le sacerdoce, est-ce en soutenir la dignité? Est-ce répondre aux titres augustes que les saintes Ecritures donnent aux personnes de cet état ?

IV. Rien de plus magnifique et de plus pompeux que les titres dont les prêtres évangéliques sont décorés dans le Nouveau Testament. Ils sont appelés, tantôt les hommes de Dieu, ses amnassadeurs et ses envoyés sur la terre ; tantôt les ministres de Jésus-Christ et les vicaires de sa charité |)0ur sanctifier les hommes; tantôt les intercesseurs des peuples, leurs sanctificateurs et leurs modèles : titres infiniment glorieux pour ceux qui en sont honorés, mais qui ne sont pas mains propres à leur faire^ sentir jusquoù doit aller leur sainteté, s'ils en veulent remplir dignement la signification. Pour vous ^ qui , en qualité de pré(rê , éles singulièrement Vhomme de Dieu^ disait saint Paul à son cher Timothée, évitez avec soin tout ce qui pourrait vous dégrader d'une qualité si glorieuse^ ou vous en rendre indigne; suives en tout la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur. Le prêtre est rboname de Dieu pour produire, par la force de la parole, son Fils adorable sur l'aute] , pour le lui offrir en sacrifice et pour faire couler son sang divin sur les hommes pécht-ars, afin de les laver de toutes leurs tacnes et de toutes leurs souillures ; il est encore l'homme de Dieu pour dispenser ses trésors et ses grâces dans les autres sacrements. C'est en cette même qualité qu'il traite avec les peuples et qu'il leur intime les ordres et les volontés du Seigneur par la prédication de la divine parole. Nous sor acs Us ambassadeurs de Jésus-Christ, disait saint Paul ; si nous parlons, c'est au nom de Jésus- Christ, dont nous sommes les organes ; si nous exhortons^ c'est au nom de Jésus-Christ dont fious sommes les lieutenants» Nous sommes de plus, comme prêtres, les ministres de Jésus- Christ et les dispensateurs de ses mystères. Tous les enfants que nous régénérons et

?^ue nous retirons de Vempire de Satan en es régénérant, c'est Jésus-Christ, oui les en retire par nos mains ; tous les pécheurs que' nous réconcilions dans le sacré tribunal, c'est Jésus-Chris i qui les réconcilie par notre ministère ; tous les fidèles que nous admettons à la participation des saints mystères, c'est en vertu du pouvoir de Jésus-Christ que nous les lui unissons.

Cependant , donnons-nous bien de garde de nous prévaloir de tout ce que ces titres peuvent avoir d'honorable, ou de nous en faire un sujet de vanité ; ils nous élèvent au-

dessus de toutes les puissances de la terrpt et nous rendent presque égaux aux intelligences célestes, il est vrai, mais c'est précisé^ ment là ce qui doit nous faire trembler. Le sacerdoce de Jésus-Christ, si vénérable par ses litres, est terrible parla sainteté qu'il exige, par la grandeur de ses emplois, de ses enga? gements, de ses périls, de ses chutes, de ses scandales , des punitions et des châtiments qu'il entraîne ; s il ne fait pas des saints sur la terre, il fait des monstres d'ingratitude ; s'il ne fait jrms des anges dans un corps mortel, il fera infailliblement des démons dans l'abîme infernal; ju^eons-en par les obligations qu'il impose. Si nous sommes les ministres de Jésus-Christ, ses ambassadeurs et ses envoyés, disait saint Ambroise, nous devons le représenter «^en nos personnes, en toutes nos actions, en toute notre conduite. Notre ressemblance et notre conformité avec ce divin exemplaire doit être telle que, en nous voyant, on puisse dire de nous, selon la belle parole do saint Cyrille d'Alexandrie, que nous sommes l'image vivante et l'expression fidèle de ce divin original. Conformité nécessaire et cepen-^ dant bien rare aujourd'hui. Comment reconnaître Jésus-Christ brûlant de zèle pour la gloire de son père, en tant de prêtres insensibles aux intérêts de cette même gloire , et indifi'érents à la perte des Ames ? Comment reconnaître Jésus-Christ, pauvre et dénué do tout, en tant de prêtres avides, dont tout le soin est de s'enrichir et d'amasser? Comment reconnaître Jésus-Christ doux et humble de cœur, en tant de prêtres superbes et entêtés de leur i)réteudu mérite, aussi jaloux des préséances que les gens du monde? Enfin comment reconnaître Jésus-Christ , consumé de veilles et de fatigues, dans cette foule de prêtres oisifs et indolents qui languissent dans la mollesse et dans les délices ?• On ne peut avoir de conformité avec ce di-. vin Sauveur qu'autant qu'on aura part à ses souflrances.

Un autre titre non moins glorieux des prêtres, et qui ne les oblige pas moins à la sainteté, est celui de médiateur entre Dieu et les hommes : en cette qualité , ils sont chargés d'intercéder pour tous les hommes. Dès 1 ancienne loi, «ne des principales obligations des prêtres était de pleurer entre le vestibule et l'autel rour apaiser la colère do Dieu. Devoir bien plus essentiel aux prêtres de la nouvelle école qu'aux prêtres enfants d'Aaron. De la montapno où ils sont placés, ils doivent avoir continuellement les mains élevées au ciel pour assurer la victoire au peuple de Dieu qui combat dans la plaine ; comme Aaron, ils doivent , Tencensoir h la main, se jeter entre les vivants et les morts, pour arrêter les progrès de la flamme vengeresse allumée par les crimes d'un peuple do pécheurs et d'ingrats; ou, si vous 1 aimez mieux, semblables à ces anges que Jacob voyait monter et descendre tour à tour sur l'échelle mystérieuse , ils doivent en descendre pour en rapporter les bénédictions et pour les faire tomber sur toute la société des chrétiens.

rRE

OICTIONNAIRS:

pas

mo

Mais» pour remplir avec succès^un minis* tère si important, il faut être saint. Quel médiateur que celui oui a besoin que d'autres s'interposent pour lui? ou comment obtiendra-t-il pour les autres ce qu'il ne peut obtenu pour lui-même? ^ Quiconaue prend la qualité d'intercesseur auprès de Dieu, dit saint Grégoire le Grand, doit avoir auprès de la majesté suprême un accès facile, pouvoir se flatter de voir exaucer les prières au'il lui adressera en faveur de ses rrères. Ehl continue le même Père , si un homme qui ne se croit pas en faveur, n'est pas assez téméraire pour demander à un autre homme quelque grâce que ce soit qu'il n'est pas sûr d'obtenir, de quel front un ministre des autels, qui n'a pas lieu de se croire en grâce avec Dieu, disons mieux, qui sait, à n'en pas douter, gu'il est en sa disgrâce; de quel front, dis je, osera-t-il foire la fonction d'intercesseur pour ses frères? Le moyen d'obtenir erâce pour les autres, quand on doit trembler pour soi-même ? Ah î reprend le même Père, au lieu d'apaiser le Seigneur, il ne fera que Tirriter; il attirera sur lui et «ur les autres coupables les effets d'une vengeance plus terrible. »

t De là les fruits de grâce et de bénédiction qu'attire sur toute TtgUse laprièred'un bon prêtre; elle fait à Dieu une sainte violence à laquelle il est comme forcé de se rendre : on voit des pécheurs scandaleux renoncer à leurs désordres, des impies déclarés changer de croyance et de mœurs. De tels changements étonnent ; on en cherche la cause ; la malignité du siècle ne manque |)as de les attribuer au caprice, à des vues humaines ou intéressées; on se trompe : c'était le fruit et l'effet de la prière fervente de quelque saint prêtre inconnu au monde. Il ne cessa de gémir dans le secret de la retraite sur le malheur et sur l'aveuglement de ces hommes vendus nour ainsi dire à l'iniquité; à force de supplications et de prières , il apaisa le ciel en leur faveur et obtint leur conversion. — Au contraire, quelle stérilité de la médiation d'un prêtre qui n'a jamais eu l'esprit de son état ou qui en est malheureusement déchu, d'un prêtre lâche ou déréglé, oui dérobe à regret quelques moments chaque jour à son plaisir, pour louer le Seigneur du bout des lèvres-! Qu'obtiendrait-il d un" Dieu qu'il ne connaît pas et dont il n'est pas connu ? Hélas I loin d'en être exaucé, il aura à répondre au tribunal de Jésus-Christ des grâces qu'il devait obtenir et qu'il n'a pas obtenues par sa faute: il aura à répondre surtout de la perte de tant d'âmes égarées qui reviendraient de leurs désordres, mais qui ne reviendront point, qui ne se convertiront point,faute des secours qu'elles avaient droit d'attendre de sa médiation, et qu'elles ne peuvent espérer d'y trouver.

I Ne demandons plus après cela pourquoi

Sarmi nous tant de scandales, pourquoi tant 'irréligion et d'altération dans la foi, pourauoi tant de corruption dans^ les mœurs , tant e relâchement dans la discipline ; c'est que lEjlise n'a plus, comme autrefois , dans ses

prêtres et dans ses ministres, de ces médiateurs puissants qui, par la force de leurs prières désarment le âeieneur et attirent ses miséricordes; c'est que les prêtres ne pleurent plus entre le vestibule et l'autel, ou s'ils pleurent encore, c'est que leurs gémisse* ments sont trop faibles pour parvenir jusqu'au trône de Dieu, ou cour y être favorablement écoutés. II ne fallut autrefois qu'un seul intercesseur, un Moïse , pour obtenir la grâce de j^lusieurs milliers de couj'ables ; aujourd'hui, plusieurs milliers d'intercesseurs, répandus dans TEglise, peuvent à peine obtenir la grâce de quelques j)écheurs.

Enfin, les prêtres doivent être samts, parce qu'ils sont les modèles des peuples , les règles vivantes et animées de la perfection des chrétiens: car c'est à cette seule condition que le prince des pasteurs leur promet la couronne qui ne se flétrit point. Jésiis-Christ les a établis dans son Eglise, comme la lumière du monde, pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et dans 1 ombre de la mort; comme le sel de la terre , pour la préserver de toute corrui>tion. C'est encore la leçon que saint Paul ne cessait de faire à ses deux disciples, Tite et Thimothée, qui n'en avaient pas besoin, ce semble ; il veut que ces deux ôvêques soient rexemjde des fidèles dans leurs discours, dans leur conduite, dans tout ce qui regarde la charité, la foi, la pureté, la sainte doctrine, l'intégrité des mœurs, la gravité chrétienne et sacerdotale. Modestes dans la grandeur, humbles dans l'élévation, pauvres volontaires au milieu des richesses, anges de paix dans les troubles et dans les divisions, modèles de patience dans l'aflliction, exemples de religion et de piété dans le sanctuaire , ils doivent s'étudier à régler tellement toute leur vie, qu'elle soit j our les peuples un miroir de pcrtection, forma facti oreQÎs : en sorte que, retraçant aux yeux des fidèles la vie de i Homme-Dieu, ils leur disent, par une suite continuelle d'actions vertueuses, soyez nos imitateurs, comme vous voyez que nous le sommes de Jésus-Christ.

Maximes saintes : ce sont, comme vous le voyez, les oracles mêm-es de l'Esprit-Saint ; maximes cependant qui se trouvent contredites par la conduite et les mœurs de bien des prêtres. Tel est le faible de l'homme . il a un penchant secret à faire ce qu'il voit faire à ceux que le ciel a placés au-dessus de lui et préposés pour le condui re ; le peuple n'a point ordinairement d'autre règle de mœurs que la conduite des prêtres dont il est témoin. C'est là, pour ainsi dire, tout son Evangile et toute sa religion ; ce qu'il croit est Lien moins ce qu'il entend dans les chaires chrétiennes que ce qu'il voit pratiquer à ses prêtres et à ses pasteurs ; comme des mœurs pures et une conduite édifiante en ceux-ci sont et la censure des vices et la confirmation des vérités saintes et des maximes de l'Evangile sur tout ce qui regarde le salut , de même aussi, les dérèglements d'un mauvais

Erêtre, ses passions, ses erreurs, ses fai- Icsses, sont aux ^eux du libertin la justification et l'apologie de tous ses désordres et

PRE

DASCETISME.

PRE

Page 1