‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 25 sur 315 · SS · texte numérisé non relu

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de tous ses égarements. On s'étonne quelquefois de voir certains vices passés en habitude et autorisés par un usaçe presque universel ; Tirrévérence et Timpiété dans le lieu saint, le mépris de la parole de Dieu, la dissipation dans la prière, Téloignement des sacrements , la révolte contre 1 Eglise et le mépris de ces décisions ; Toisiveté, la paresse, une passion outrée pour les divertissements profanes et pour les vanités du siècle : qu'on ne s'en étonne plus ; les laï(|ues ont va tous les vices consacrés , pour ainsi dire, dans la vie de quelques prêtres et de quelques ecclésiastiques. On gémit de voir régner dans le simple mondeTinjustice et la mauvaise foi, la haine et les emportements, la médisance et les rapports injurieux, la crapule et l'intempérance, Vavarice et la dureté pour les pauvres, les paroles médisantes et équivoques ; eh ! comment la chose ponrrait-elle être autrement ? Los ecclésiastiques, les prêtres, chargés par état de purger TEgl-se de ces scanciales, sont quelquefois les premiers à en donner rexem[)Ie et à les autoriser par leur conduite. — Pour séduire» et pour assurer une âme encore timide dans le crime, pour raffermir dans les remords de la conscience, le libertin ne trouve point de moven plus sûr, ni qui lui réussisse mieux, *^que de citer l'exemple de tel ou tel prêtre, de tel outel ecclésiastique déréglé et corrompu.

Encore, si la corruption se bornait aux mœurs, le mal serait moins grand ; mais une fois autorisée par l'exemple des chefs, la contagion passe bientôt ducœur à Tesprit, attaque la foi, et va jusqu'à ébranler les fondements de la religion, Du mépris de la personne, on passe aisément au méj^)ris de sa doctrine ; la seule opposition des instructions publiques d'un mauvais prêtre avec sa conduite est capable de faire perdra la foi ; on ne peut s'inoaginer au'un homme qui vit en mondain, qui viole les points les plus essentiels de la loi, croie l'enfer et l'éternité, dont il fait des peintures si efiTrayantes ; qu'il croie réelle-^ ment un Dieu présent dans le lieu saint, où il entre avec si peu de respect et où il se lient avec si peu de recueillement et de modestie ; on ne comprend pas comment il regarde comme péchés mortels et dignes de flammes éternelles mille actions qu'on lui voit faire tous les jours, et contre lesquelles il déclame avec tant de ifeu dans la chaire de vérité; tout ce qu'il dit sur la nécessité du salut, sur l'existence d'un enfer ou sur l'éternité des peines, on le prend pour un rôle de théâtre, pour le ' langage d'un homme gagé pour débiter tout cela sans en rien croire; on conclut que la religion qui a de tels ministres n'est qu'une momene, une chimère qui n'a rien de sérieux que pour ceux qui veulent s'y laisser prendre. S'il nous était permis de sonder les cœurs , que de plaies mortelles nous verrions qui n'ont été faites > l'Eglise que par les pernicieux exemples d'un ecclésiastique scandaleux l Plaies mortelles et sans remède, qui conduisent àTimpéûitence et qui décident de la réprobation éternelle. Si 1 abîme infernal s'ouvrait h nos

yeux, que d'âmes nous y verrions, dont la perte n a eu d'autre principe que les désordres jmblics d'un mauvais prêtre! N'y verrions-nous pas peut-être qu'il v a peu de fidèles réprouvés dans ces norr!t)les demeures qui ne trouvent dans quelque prêtre Fauteur de leur damnation éternelle?

Des prêtres étaient des lampes élevées pour éclairer la maison du Seigneur; mais ces lampes, une fois éteintes ou obscurcies, ne jettent plus qu'une fumée noire plus propre à aveugler qu'à éclairer : ils étaient le sel de la terre , destiné à préserver les âmes de la corruption ; mais, une fois afiadi, ce sel corrompt lui-même tout ce qu'il devait conserver : ils étaient des colonnes de TEglise; mais ces colonnes une fois renversées deviennent des pierres d'achoppement pour les passants ; tout ce que leur caractère met en eux de puissance et de vertu pour la sanctification des peuples se tourne contre euxmêmes en instrument de leur perte, quand ils ne sont pas ce qu'ils doivent être. Tei est leur état : ils ne peuvent ni se sauver, ni se perdre tout seuls; naviguant, pour ainsi dire avec les fidèles sur un même vaisseau, dont ils sont le§ pilotes, ou bien ils arrivent heureusement au port, ou ils font un triste naufrage avec ceux dont ils sont chargés ; ils sont cette pierre angulaire sur laquelle porte tout l'édifice, et qui ne peut s'écrouler sans entraîner tout ce qui l'environne, et tout ce qui est appuyé sur elle.

V. Dans tous les temps et chez tous les peuples qui ont été unis par les liens de la religion, on a regardé le sacerdoce comme la première dignité à laquelle un homme mortel pût être élevé sur la terre. Les j>aïens eux-mêmes , ifialgré leur attachement à de vaines superstitions, n'ont pu s'empêcher de respecter ceux d'entre les Juifs ou les chrétiens qui portaient le nom de prêtres, et en exerçaient les fonctions. Les prêtres anciens étaient, dans le langage des Ecritures, les dieux visibles de la terre et les enfants du Très-Haut, les anges du Dieu des armées et les oints du Seigneur. Mais il faut être éclairé des lumières de la foi, pour se former une idée juste du sacerdoce de Jésus-Christ, et de la sainteté qu'il exige de ceux qui s'en trouvent honorés. Le Sauveur lui-même les appelle la lumière du monde et le sel de la terre. Saint Paul veut qu'on les regarde comme les ministres de Jésus-Christ , et comme les dispensateurs des mystères de Dieu. Le même apôtre les qualiâe ailleurs d'ambassadeurs de Dieu et d'envoyés de Jésus-Christ pour annoncer son Evangiieaux hommes. Endn, saint Jean-Chrysostome leur donne les titres glorieux de médiateurs entre le ciel et la terre , et d'intercesseurs des hommes auprès de Dieu. Titres augustes qui, en nous faisant concevoir la plus naute idée de la dignité sacerdotale , nous disent assez quelle doit être la sainteté de ceux qui en sont revêtus. Ce qui fait la grandeur du urètre évangélique, ce sont bien moins les dons de Dieu dont il est enrichi , que Tusage qu'il est obligé d'en faire pour «a propre sanctifia

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cation et pour celle (Jes'peui»les. Plus le Seigneur nous a élevés ^n nous associant à son sacerdoce, plus nous devons craindre de nous dégrader nous-mêmes par une conduite et par des mœurs indignes du rang sublime où la divine miséricorde nous a placés. Le prêtre doit surpasser en tout genre de vertus ceux à la conduite desquels il est préposé et pour lesquels il est chargé de prier, dit saint Jean-Chrysostome. Selon saint Ambroise, il doit remporter sur les chrétiens les plus vertueux à proportion de son élévation au-dessus d'eux. Entre lui et tout homme de bien, il ne doit pas y avoir moins de distance pour la sainteté qu'il y a d'espace entre le ciel et la terre, dit saint Isidore de Damiette.

Sur ces maximes, qui sont celles des saints, c'est à nous d'examiner si nous avons la mesure de sainteté qui convient à notre caractère.

I. Notre dignité nous approche de la Divinité ; mais nos faiblesses ne nous dégradentelles point au-dessous des hommes même ordinaires ? Nous sommes les anges de la terre; mais n'avons-nous point à craindre que le même esprit de révolte et d'orgueil qui chassa les mauvais anges du ciel n'attire sur nous les mômes anathèmes qui furent lancés sur ces esprits rebelles, et qui les précipitèrent au fond de l'abîme? Nous sommes la lumière du monde; mais, témoin de nos vices, le monde ne peut-il pas nous reprocher que cette lumière se trouve aujourd'hui cliançée en ténèbres ? N'a-t-il pas au moins lieu de se plaindre qu'obscurcie par les vapeurs épaisses de nos vices, celte même lumière ne jette que de sombres lueurs, plus capables d'aveugler que d'éclairer? Nous sommes le sel mystique de la terre ; mais devenu insipide par notre lâcheté, ce sel, au lieu de préserver nos frères de la corruption, ne contribue-t-il point à corrompre ce qu'il devait conserver? Enfin, nous sommes les intercesseurs des hommes et leurs médiateurs auprès de Dieu ;roais, au lieu d'attirer sur eux les bénédictions du ciel par la ferveur de nos prières , n'en attironsnous point les malédictions? Ne sommesnous point les fléaux des peuples dont nous devrions' être les prolecteurs et les sauveurs ?

« Ahî s'écriait sur cela le grand saint Jean- Chrysostome, si c'était déjà pour le clergé un grand sujet de confusion de voir iles laïques aussi vertueux et aussi justes que nous, quelle honte pour nous de nous voir moins fervents qu'eux dans le service de Dieu, moins adonnés à l'oraison, moins fidèles à nos devoirs , moins édifiants dans toute notre conduite I Le comble du scandale serait de voir des ministres du saint autel plus attachés au monde, à ses plaisirs, à ses vanités, plus avides de ses richesses et de ses honneurs, que les mondains mêmes. Quel jujet d'amertume, de larmes et de deuil, 1 our la religion, si l'on voyait de pareils scandales jusque dans le sanctuaire 1 Saint Bernard, inspiré parle zèle le plus ardent, reprochait autrefois à son siècle de sembla-

bles désordres. Oui, Seigneur, ûisait ce Père, tout le peuple chrétien semble avoir conspiré contre vos lois saintes et contre vous ; un

})oison secret, mais malin, semble avoir afècté tous les membres de votre Eglise ; depuis le plus petit jusqu'au ()lus grand, tous sont attaqués de la contagion ; c'est dans tout le corps une plaie large et profonde. Mais, dans cette conspiration générale, quelle douleur pour nous si l'on voyait sortir du sanctuaire quelque partie de ces torrents d'iniquité et^de dépravation qui inonde le christianisme et, si l'on trouvait, dans ceux mêmes que vous avez établis pour instruire, |>our gouverneret sanctifier votre peuple, quelque chose de la corruption dont on a droit d'accuser tant de mauvais chrétiens! Le mal serait bien plus grand qu'il ne Tétait lorsque le prophète reprochait aux enfants d'Aaron, que leur vie et leurs mœurs étaient semblables à celles du peuple grossier au milieu duquel ils vivaient. »

Et quel désordre en effet, si des ministres,, destinés à déraciner les vices , à en purger l'Eglise, à les bannir de tous les cœurs, les nourrissaient et les y entretenaient par leur exemple 1 Quel désordre, si des ministres, envoyés pour arracher l'ivraie que l'homme .ennemi a jetée dans le champ du père de famille, l'y jetaient eux-mêmes, l'y faisaient croître , l'y perpétuaient I Quel désordre , si des ministres, chargés par état d'enseigner au peuple les voies du salut , les conduisaient, par leurs scandales, dans les sentiers de la perdition I Quel désordre enfin , si les chefs du troupeau en devenaient , par uu triste et déplorable renversement, les plus dangereux ennemisi — Grâces immortelles vous soient rendues, ô mon Dieu! de tels reproches ne peuvent tomber sur vos ministres. Non, Seigneur, on ne peut dire que lo grand nombre n'édifie point votre jieuple par sa conduite et ses vertus; et si, parmi eux, il s'en trouvait qui démentissent la sainteté de leur état et l'excellence de leur vocation, nous leur dirions avec saint Am-^ broise :

Vaus vous plaignez que le peuple ne vous respecte pas. Et le moyen qu'il révère, comme distingués de lui, de's hommes dont les actions et toute la conduite, dont les mœurs et les sentiments n'ont rien qui les élève en effet au-dessus de lui? Que voulez-vous qu'il admire en vous, si, malgré l'opinion avantageuse qu'il avait de votre état, il découvre en vous les mêmes désordres qui le font gémir sur lui et rougir de ses faiblesses? Si nous voulons que les hommes honorent en nous le sacerdoce, honorons nous-mômes» par une vie sainte et exemplaire, l'onction sacerdotale que nous avons reçue. Elle mérite du respect, quel que soit le ministre; mais c'est la piété seule qui le lui concilie. Dès que les peuples ne la voient plus en nous, cette piété, tout ce qui devait nous attirer leur vénération n'attire que leur mépris, et ce mépris augmente à proportion du respect qui nous était dû. Consultez l'expérience, rien de plus méprisé dans le monde qu'un

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mauvais prêtre. Le seul moyen de nous concilier l'estime des peuples, c'est de la mériter par une vie sainte, par une pureté de mœurs qui réponde à la sublimité de Tétat où nous sommes placés. Une conduite basse et indigne de la qualité glorieuse de prêtres et de ministres de Jésus-Christ, voilà ce qui nous déferle dans Tesprit des peuples, et ce qu'on ne nous pardonne point. A force de nous voir si différeets de ce que nous devrions être et de ce qu'on s'attend à trouver en nous, comme prêtres, insensiblement on s'accoutume à séparer nos personnes de notre caractère, ou plutôt, on fait retomber sur la sainteté de notre caractère le mépris et l'opprobre qui ne devraient être que pour nos personnes. Montrons au monde, en nous, des hommes irréprochables, de dignes sacrificateurs de rhostie sainte que nous offrons tous les jours au saint autel; infailliblement ils nous estimeront, ils nous respecteront autant que nous devons Tètre.

Souvenons-nous donc, et n'oublions jamais, qu'être prêtre et être saint ce doit être la môme chose ; qu'un prêtre déréglé est, au sentiment de saint Bernard, un monstre dans l'ordre de la religion, un composé bizarre et mal assorti qui réunit en soi la grandeur et l'abjection, une dignité sublime et des sentiments vils, une profession sainte et une vie criminelle. Pour éviter un contraste si récoltant, soyons parfaits comme notre Père céleste est parfait.

Fuyez donc, ministres des autels, évitez ces voies larges et mondaines où marchent tant de faux prophètes; craignez le terme fatal où elles vont aboutir. Comprenez qu'être revêtu du sacerdoce et être saint ne doit

fjrécisément être qu'une même chose dans a loi nouvelle. Respectez désormais un état où, bien loin qu'il vous soit permis de vous borner à une sainteté médiocre, il n'est point de vertu si héroïque à laquelle vous ne deviez aspirer. Respectez désormais votre Dieu, qui est le Saint des saints, et qui ne veut être abordé que par les saints. Respectez son peuple : il a les yeux sur vous, vous êtes à «a tète, non pour le perdre, mais jjour le sauver; non pour le scandaliser, mais pour l'édifier; non pour en faire une victime des ▼engeances célestes, mais pour otfrir en sa faveur l'hostie sainte et sans tache, sur laquelle on vous a transmis l'autorité. Respectez-vous enfin vous-mêmes ; élevés à la dignité de prêtres du Dieu vivant, pourriezvous, sans vous dégrader, vous remettre au niveau des peuples de la terre, en prendre les manières, en contracter les passions, les désordres, les vices, la corruption? La lumière ne dut jamais avoir rien de commun avec les ténèbres ; et l'on foulera aux pieds le sel qui, devenu insipide, n'aura plus la force de préserver la terre de sa corruption. Les samts, qui ont le plus eflicaccment travaillé pour le salut des peuples, ne se sont tamais reposés sur leurs travaux du soin de eur propre salut. Ils pouvaient penser que ioni le temps (qu'ils donnaient a la prière était dérobé au bien public, ctprissurrulirté

certaine de l'Eçlise. Cependant, sans tomber dans une semblable illusion, ils n'ont jamais oublié de vaquer a l'oraison, de nourrir leur âme car de fréquentes lectures, et ils ont otTert le très-saint sacrifice de la messe aussi souvent qu'ils ont pu le faire. On les a vus reprendre sur la nuit ce que les travaux du jour dérobaient à leurs exercices de piété, ne se délasser des plus rudes fatigues et ne se préparer à en essuyer de nouvelles, que par la pratique de ce que le christianisme a de plus pénible ou de [îlusnumiliant; ne respirer que la plusnuro spiritualité, en même temps qu'ils se donnaient d'utiles mouvements pour le bien du prochain; ne rapporter du commerce du monde qu'un accroissement, ie ferveur. En un mot ils ont été disraits par mille soins au dehors, et constamment occupés au dedans du nécessaire. Par cette admirable conduite, ils ont appris aux ministres des autels à posséder leur âme dans la paix au milieu des plus grandes agitations ; à ne pas se dispenser de ce qu'ils se doivent à eux-mêmes, quelque occupés qu'ils soient de ce qu'ils doivent a l'Eçlise, et que, quelque difficile qu'il leui paraisse d'allier la prière et l'action, le commerce des anges et celui des hommes, ce n'est que la cupidité ou une criminelle nonchalance nour leur salut qui les leur rend incompatibles. — Malgré des leçons si salutaires, il n'est que troc ordinaire de voir des ecclésiastiçiues qui abandonnent leur propre perfection pour assurer celle d'autrui ; ou qui, ne cherchant qu'à se distinguer au dehors par leurs bonnes œuvres, se mettent d'ailleurs fort peu en peine d'y chercher Dieu. Pourvu qu'ils travaillent avec éclat, qu'on parle d'eux, qu'ils fassent du bruit, qu ils s'attirent les yeux et l'attention de tout un public, peu leur iraporte qu'ils aient d'ailleurs le temps ou non de vaquer à la méditation ou à la lecture, d'entrer en jugement avec eux-mêmes, d'examiner si, engagés dans le siècle par leur ministère, ils n'y ont rien perdu de leur ferveur. La vie active fait toute leur étude , comme elle semble être devenue leur unique devoir : prêcher, instruire, reprendre, corriffer, administrer les sacrements , entrer dans les intérêts des familles, sous prétexte d'y porter la paix, se trouver à la tête de certaines bonnes œuvres, qui dissipent dans la pratique autant qu'elles flattent l'amourpropre par les succès ;' être dans une agitation continuelle , sans penser à se faire une solitude intérieure, et comme un sanctuaire secret au fond de son cœur : voilà leur vie, où, parmi tant d'heures de communication avec le monde, ils ne sauraient en trouver pour communiquer et s'unir à Dieu. — Ce qu'il y a de surprenant en cela, c'est que, pour s'autoriser dans cette vie dissipée, et même peu chrétienne, à laquelle ils ne veulent plus renoncer, quand ils y ont une fois pris goût, ils se disent à eux-mêmes qu'ils ne sauraient faire autrement, et que, quelqu'envie qu'ils aient de pcnscrll Dieu ou à eux-mêmes, ils n'en ont pas le temps, lis ajoutent que le moindre bien doit céder au

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plus grand ; que c'est quitter Dieu pour Dieu que de quitter Toraison pour travailler au salut du prochain; et que Ton doit tenir pour suspect tout exercice qui rend ce travail impossible.

Cette maxime est véritable en elle-même; mais l'application qu'ils en font et presque toujours le fruit de Tamour-propre , et ne sert d'ordinaire qu'à justifier les ecclésiastiques dans l'oubli de leurs devoirs, par la nécessité prétendue de certains travaux trèséquivoques, qu'ils envisagent par l'étJat, bien plus que par le fruit. Si Ton était de bonne foi avec soi-même, et qu'on ne cherchât point à se tromper, on reconnaîtrait bientôt la vanité de tous ces prétextes ; et, loin de s'en autoriser pour ne penser ni à Dieu ni à soimême, en se prêtant si volontiers au prochain, on puiserait continuellement pour soi à la source des grâces,. qui est Jésus-Christ, pour pouvoir ensuite répandre, sans rien perdre de la plénitude qu'on aurait acquise.

II. C'est là, en effet, le devoir le plus cher d'un véritable ecclésiastique. Pour faire les affaires d'autrui, il ne né<§lige pas les siennes; et, dans la persuasion où il est qu'il ne lui servira de rien de sanctifier le monde, s'il n^ se sanctiQe lui-même, il n'a pas de soin pli|s empressé que celui de régler les mouvements de son cœur; ses prédications sont ordinairement l'heureux fruit de ses oraisons ; s'il entre dans l'intérieur d'une consscience, c'est pour lui une occasion de s'unir de plus en plus avec Dieu, et de se tenir en garae contre le vice, à la vue des désordres qu'il produit dans la conscience d'autrui ; s'il sait que toutes les âmes doivent lui être chères, il n'ignore pas que la sienne lui doit être seule plus précieuse que toutes les autres ensemble , et que, pour se procurer le salut de tous les hommes, il ne doit ni oublier le sien, ni perdre le plus petit degré de grâce et d'amour de Dieu.

Dans cette idée, il envisage la multitude des affaires dont il est surchargé, non point comme une dis^^ense légitime de ses devoirs personnels, mais comme une obligation plus étroite de rentrer de temps en temps en luimême, et de se servir de l'oraison comme d'un préservatif contre ses fréquentes occupations, et contre la dissipation qu'elles peuvent lui causer. Il se regarde comme un bassin destiné à porter la fertilité sur tout ce qui l'environne, mais qui doit acquérir sans cesse pour n'être jamais à sec, qui ne donne de l'eau qu'à mesure qu'il est plein, et qui demeure toujours plein lorsqu'il déborde. Si, au contraire, un ministre des autels est toujours au dehors et jamais à soi-même, on peut dire qu'il ressemble à ces canaux qui donnent toute l'eau qu'ils reçoivent, et qui n'en conservent point pour eux. Il arrose, il est vrai, le champ du père de famille ; mais il demeure enfin lui-même dans une extrême aridité. Plus d'esprit intérieur qui le guide dans ses entroorises; plus de ces exercices de j iété où l'âme trouve sa nourriture. La iuo;iidre affaire l'en détourne, le plus léger empêchement lui ':ert de prétexte pour

' les intrerompre, ou même pour s'en exempter. Plus de ces revues exactes où, à la vue des^faiblesses qu'on éprouve et des dangers qu'on court, on apprend à expier le passé, h prendre des mesures pour l'avenir, à ne }>as

5 résumer de. ses forces, à se défier, non point e son état, mais de soi-même dans son état. Un ecclésiastique de ce caractère, ne faisant rien de tout ce qu'il faut pour se fortifier et pour s'animer, se dégoûte insensiblement de son ministère. Si le brillant de ses fonctions lui sert encore comme d'aiguillon pour le piquer, c'est une faible ressource qui ne saurait être de durée. Bientôt, ou il se laisse abattre à la tristesse, ou il s'abandonne à la vaine joie. Sa conversation devient toute mondaine, ses manières libres, ses liaisons suspectes, ses parties de plaisir fréquentes, ou peu séantes à son état. Le monde, qui s'en aperçoit, et dont ce prêtre a été établi juge par Jésus-Christ, juee à son tour ce prêtre sur mille choses qu'il se permet, et quil devrait se défendre ; il le dégrade dans son esprit ; il n'a plus la même vénération pour son caractère ; il condamne sans pitié son relâchement ; ou, s'il fait tant que de ne pas le condamner, ce n'est que pour tirer de là une prétendue justification d^e ses désordres. Remontez à la source d'un changement si

f)rodigieux. Pourquoi cet ecclésiast que dont es commencements étalent si éJ fiants, ce risteur, qui donne l'âme et le mouvement toute une paroisse, et dont le bercail n'était jamais assez plein, se voit aujourd'hui sans la confiance ae ses ouailles? Comment cet or si pur a-t-il perdu tout son éclat? A-t-il cessé de rompre le pain de la divine pa-roUy de presser dans V occasion et sans occa^ sion; d'employer les réprimandes^ les prières^ les menaces , sans mander jamais de pa^ tience, comme le veut saint Paul ^ Non sans doute ; mais c'est que, en ayant l'œil uniquement sur son troupeau, il s'est perdu de vue lui-même, et que, en se livrant sans réserve aux fonctions extérieures, il a négligé entièrement le soin de son intérieur. C est que^ dans un état où il devait communiquer plus souvent et plus intimement avec Dieu, il s'est dégoûie de tous les exercices qui trouvaient le porter à Dieu ; c'est qu'au lieu de se recueillir de temps en temps en luimême, et d'entrer en compte avec son propre cœur, il a vécu dans une dissipation contfnuelle qui lui a fait perdre presque tout, sentiment de Dieu ; c est que, bien loin de lire et de méditer pour se préserver autant qu'il pouvait des taches les plus légères ; au lieu de pratiquer lui-même la sainteté du christianisme qu'il prêchait aux autres, par le défaut de ces précautions, il a fait, en mille rencontres, de mortelles plaies à son âme , ou tout au moins, il s'est jeté dans des embarras de conscience très-dangereux. Prévenu en faveur de son état, il a cru y trouver un préservatif infaillible contre les désordres au siècle ; et, plein de cette confiance présomptueuse, il a négligé de prendre de ustes mesures pour s'établir, par une vie out à la fois pénitente et agissante, dans

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une piété solide et de durée. Faut-il s'étonner si, au milieu de ses fonctions, qui, quoique saintes, le distrayaient et le dérobaient à iui-mêine, il s'est enfin oublié, et si, atta-

Sué par le démon jusque dans le sanctuaire, a succombé à ses attaques entre les bras du Seigneur, comme le premier ange tomba jusque dans le ciel? Dépourvu de tout secours et de toute arme spirituelle, comme les Juifs, qui ne trouvèrent ni lance ni épée lorsqu'il fallut marcher au combat, que pouvaft-il arriver que d'être tftt ou tard vaincu, et de scandaliser le monde par sa défaite, après l'avoir édiûé par sa vertu?

Un ecclésiastique que Dieu appelle au gouvernement des âmes doit, il est vrai, envisager ses fonctions extérieures comme autant de devoirs de justice, dont rien au monde ne peut le dispenser. Son zèle industrieux et inépuisable ne doit point se borner à un petit troupeau chéri, à un cor/le étroit d'âmes d'élites, pour lesquelles seules il ait les attentions et les soins d'une charité plus officieuse. Son cœur ne doit pas être ainsi ouvert aux uns et fermé aux autres. 11 faut^que, à l'exemple de saint Paul, il se fasse" tout à tous pour les sauver tous ; qu'il apprenne h, ménager tous les esprits, à étudier tous les faibles, à se pro; ortionner à tous les caractères , à compatir à tous les maux, à entrer dans leurs besoins ; à s'oublier, à se compter pour rien, à sacrifier sa liberté pour devenir esclave et débiteur de tous ses frères, sans prédilection, sans exception des personnes. — Tels sont les devoirs d'un bon pasteur à l'égard de son troupeau : devoirs oui , faisant son mérite aux yeux de Dieu, s il n'y cherche que lui, feront aussi le suiet de Tadmirat on des hommes, quand il s'efforcera de les remplir.

Mais il est d'autres devoirs qui le touchent personnellement, et sans lesquels, après avoir prêché cl converti les autres, il ne peut qup devenir lui-même un réprouvé. Ces devoirs sont de se recueillir .souvent, de se purifier au tribunal de la pénitence des souillures qu'il peut avoir contractées en lavant ses frères de leurs péchés; de ne se point trop dissiper dans l'exercice de son zèle; de traiter, s*il se peut, aussi souvent avec Dieu qu'avec les hommes, et cela pour l'intérêt des hommes autantque pour ses propres intérêts; de se revêtir, suivant le conseil de saint Paul, des armes de Dieu^ afin de pouvoir résister dans le temps fâcheux de ta tentation aux emftûches au démon; de prendre pour ceinture la t)éritéj la justice pour cuirasse j la foi pour bouclier^ la mortification chrétienne pour antidote contre le fatal poison de la volupté, dont le monde est si universellement infecté; que, tandis qu'il lie les fardeaux sur les éj)aules d'autrui, il ne craigne point de poiter le sien, et se fasse même un devoir de partager celui des autres ; que l'innocence de sa vie et la délicatesse de sa pudeur ferme toujours la bouche à la plus UfCiniantç critique; qu'elle ôte tous les taux

prétextes aux libertins, ei découvre aux Hypocrites l'image d'une dévotion sincère, aux infirmes la force delà grâce r'^e Jésus-Christ, aux lâches le bonheur inséparable de Taccomplissement de leurs devoirs, à tous la possibilité de les accomplir; que plein d'horreur pour le libertinage du siècle, il évite ces conversations libres où Ton fait briller son esprit aux dépens de la religion ou de la pudeur; qu'extrêmement sobre dans ses divertissements, il apprenne aux laïques, par son exemple, à mépriser les plaisirs, ou à les sanct fier; à ne faire jamais du jeu une occupation, beaucoup moins Une passion.

Enfin l'Apôtre veut qu'un ministre des autels travaille à devenir irrépréhensible, sage, doux, modéré, plein de mé^/ris pour le monde, parmi tout ce qui peut le rendre agréable à ses veux ; qu'il ait de la science sans enfiurc, de la bonté sans faiblesse, de la piété sans fard, du zèle sans amertume, de l'humilité sans bassesse : en un mot, qu'il tâ.;he de se rendre maître do toutes ses passions. Autrement, il aura beau s'acquitter au dehors de toutes ses fonctions, travailler sans cesse à la conversion des pécheurs et à la perfection 6es justes, se reproduire en mille endroits à la fois pour ne rien laisser tomber en friche (ians le champ du pèie de famille ; si, à travers des dehors si imposants, on découvre, en le suivant de près, un homme semblable aux autres hommes , un homme faible ou passionné , un homme impatient et colère, un homme sensuel ou amateur de lui-môme, un homme enfin sujet aux médisances, aux ressentiments et à la vengeance ; dès-lors, tous ces talents si vantés, tous ces travaux si éblouissants disparaîtront d'eux-mêmes et laisseront à découvert les faiblesses auxquelles ils servaient de voile. L'illusion qu avait faite un zèle ou trop sévère ou trop ardent se dissipera. On avait cru voir un grand homme, un saint, un pasteur; on ne verra plus

3u'un homme ordinaire ; et cet homme orinaire paraîtra même quelquefois absolument inut le, ou positivement mauvais.

Ainsi le public rend il justice à ceux qui sont charges de le conduire dans les vo:es de Dieu. A le vue des \\ns brillantes fonctions, exercées avec une a >parence de zèle, il applaudit d'abord ; mais bientôt ee zèle revient sur ses pas, et, s'il ne trouve la plus solide piété dans ceux qui veulent la lui inspirer, après leur avoir donné sa confiance cpi'ils ne méritaient pas, il leur refuse son estime. A peu î rès comme un homme oui. séduit par la beauté d'un fru t, le cueille h l'instant, le goûte, et, le trouvant extrêmement amer ou gâté au dedans, le jette loin de lui , honteux de s'être laissé tromper par les plus belles apparences.

Néanmoins, il arrive quelquefois, par un terrible jugement que Dieu exerce ici-bas sur ses ministres, que des malheureux prêtres, dépourvus de la piété et des vertus intérieures qu'ils prêchent aux peuples , échauffent j^ le feu A% la divine paiolc.

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«mollissent \çs cœurs les plus durs et font aimer la religion sainte qu'ils exploitent et qu'ils portent comme un joug. Mais malheur à ces flambeaux qui se consument et se perdent en éclairant les autres ; malheur h ces faux pasteurs, assis sur le siège de Jésus- Ghristy liant sur les épaules des fidèles des fardeaux qu*ils ne touchent que du doigt; malheur à ces faux prophètes qui disent et ne font pas, qui ont toujours le Seigneur dans la bouche, et qui ne l'ont point dans le cœurl Placés sur la hauteur des saintes montagnes, ils n'y auront paru que j>our leur perte; et le sacerdoce dont ils auront été revêtus, tout grand, tout respectable qu'il était, au lieu de rehausser leur gloire par son lustre, ne servira tôt ou tard, s'il n est pas soutenu par les vertus intérieures , qu'à mettre le comble à ^leur confusion, dès ce monde même, et à les faire juger dans l'autre avec une implacable sévérité.

De tout ce que nous avons dit jusqu'ici il résulte qu'un ministre des autels n'est parfaitement saint dans son état qu'autant qu'il sait allier la bonne odeur de ses vertus aux paroles de vie qu'il porte ; que s'il doit sa vigilance et ses soins au prochain, il eu est encore redevable à lui-même. S'il ne travaille sans cesse à devenir comme les prêtres que choisit Judas Machabée, un homme sans tache, et qui fait ses délices de la loi du Seigneur, toutes ses fonctions extérieures passeront sans laisser aucune trace : elles ne

au mijputatioh chancelante et peu méritée.

Du reste, ce n'est pas une sainteté médiocre que Dieu exige de ses ministres, ni une perfection d'un jour qui ne diffère en rien de la lâcheté, ou qui se borne à quelques lieux et à certaines circonstances, ils ne doivent pas être saints à demi et pour un temps seulement; Dieu veut qu'ils courent dans les voies de la vertu, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'état d'un nomme parfait. C'est le conseil ou plutôt le commandement de TApôtre. Il prétend qu'ils soient saints en tout temps et en tous lieux, dans le temple et hors du temple, à l'autel et dans leur maison, au chœur et dans les compagnies, dans leurs prières coname dans leur étude, au sein même des affaires jusque dans leurs divertissements. Pourquoi? parce qu'ils sont en tous lieux ses miiiistres et qu'ils en portent toujours l'auguste caractère. Or comme ils le portent partout, ils doivent être saints partout, et, quelque parfaits qu'ils soient. Dieu leur ordonne I>ar l'organe de son disciple bien-aimé do travailler à le devenir toujours davantage. '

« Si nous trouvons que ce soit là nous demander beaucoup, ditïertullien, avons-nous oublié que c'est un Dieu qui parle et qui veut être obéi. » Enrôlés sous ses drapeaux par notre consécration, ne nous sommes-nous

F as obligés à le servir en saints, comme homme de guerre est obligé à porteries armes au service de son prince? Comme un soldat librement engagé ne peut plus s'excuser du service , ni sur les dangers de la

ui serviront au plus qu'à se perdre lieu de l'éclat d'une réputation chan

guerre, ni sur la dureté du commandement, ni sur son pou de courage , de même un ministre des autels engagé à servir Dieu en saint, parle plus inviolable des serments, ne peut plus prétexter ni les difficultés ds la sainteté , m la contagion du siècle, ni les dangers de son état, ni sa propre faiblesse : tout doit céder à son premier engagement. Si la sainteté dont il s'est fait une loi, passe le^ forces de la nature, elle n'est et ne sera jamais supérieure aux forces de la grAce de Jésus-Cnrist, et cette grâce que Dieu accorde si libéralement au simple fidèle, la refuserat-il aux prêtres qui lui sont unis parles liens les plus indissolubles et les plus sacrés.

La piété est une vertu qui nous porte à Dieu, qui nous fait aimer tout 'ce qui a rapport à son culte, qui inspire à nos cœurs les doux et tendres sentiments d'une dévotion affectueuse. Saint Ambroise la regarde comme le fondement de toutes les vertus. La piété est utile à tout, disait saint Paul à son cher Timothée, en le formant aux fonctions de l'apostolat. Si cela est vrai en général de la piété par rapport à tous les chrétiens, il faut le dire à bien plus forte raison de la piété considérée dans un prêtre. Aussi saint Paul ne recommande rien tant à ce même disciple, que de s'exercer dans la pratique, de celte verlu. Il savait combien elle est nécessaire à celui qui est établi le dispensateur des mystères de Dieu. Le premier soin d'un prêtre qui veut remplir avec fidélité ses devoirs à 1 égard de Dieu, doit être de bien s'établir dans la piété, comme étant la vertu principale des ministres de l'Eglise. C'est cette vertu qui réglera et animera le culte extérieur et intérieur qu'ils sont obligés de rendre à Dieu ; elle leur inspirera un grand respect pour le lieu saint un grand zèle pour le faire respecter aux autres ; elle portera à bien apprendre et à bien conserver toutes les cérémonies prescrites par l'Eglise pour la célébration des divins mystères et des offîees publics de l'Eglise; elle les animera è la pratique des vertus principales qui caractérisent le chrétien et qui forment le saint prêtre.

Premier effet de la piété dans le cœur du prêtre : un religieux respect dans le lieu saint, et un grand zèle pour le faire respecter aux autres. Nos temples sacrés sont les sanctuaires où réside le Dieu de toute majesté, et où il veut spécialement recevoir nos nommages. Les prêtres qui viennent l'y adorer et offrir tous les jours le divin sacrifice doivent y porter, dans tout leur extérieur, la sainte terreur des mystères redoutables quMls y traitent. Par le seul aspect de leur modestie, ils doivent inspirer un tel respect pour le lieu saint, que, en les voyant, on ne puisse méconnaître en eux les ministres du vrai Dieu. Quel scandale pour les simples fidèles^ s'ils voyaient des ecclésiastiques se dissiper en ce saint lieu, et s'y permettre ce que des laïques se permettraient à peine dans un lieu profane ! Ce ne serait pas même assez pour cela de respecter le lïeu saint ; àl'exemple du Fils de Dieu, leur chef et leur modèle^ ils doivenl

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DASCETISME.

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le faire respecter aux autres. Dévorés du zèle de la maison.de son Père, ce divin Sauveur la voit-il déshonorée par un indigne trafic? il oublie en quelque sorte cette douceur charmante qui lui est naturelle et qui forme son propre caractère. On vit ce tendre agneau, mn devait être conduit à la mort sans laisser échapper un seul soupir ; on vit ce Dieu débonnaire^ dont les prophètes avaient dit qu'il ne briserait pas le roseau à demi rompu, et quUl n'éteindrait pas la mèche qui fume encore: on le vit, dis-je, s'abandonnant à Tardeur de son zèle, faire sortir du temple les vendeurs ; jeter par terre Targent des changeurs, et chasser du lieu saint, un fouet à la main, tous ceux qui profanaient si indignement Ta maison de son Père. En ce point, comme dans tous les antres, voilà dit saint Augustin, le grand modèle auquel tout ecclésiastique doit se conformer. Rien qu'il ne doive tenter, rien qu'il ne doive exécuter pour bannir du lieu saint tout ce qui pourrait le déshonorer ou diminuer le respect qui lui est dû : il n'a I>oint de repos qu'il n'ait trouvé le moyen de remédier aux auus et de faire cesser les scandales. Plus le scandale est grand, l'abus invétéré et difficile à corriger, plus son zèle s'anime ; il s'enflamme par les obstacles même qu'il rencontre. Tous les moyens que M prudence suggère n'ont-ils pu réussir? il répand son âme devant le Seigneur ; ^l'exemple du prophète, il sèche de douleur à la vue des abominations qui se commettent dans le sanctuaire. Sentiments bien dignes de la piété d'un prêtre de Jésus-Christ. Les Ambroise , les Chrysostome , tous les saints ministres en étaient animés. Leurs ouvrages nous ont transmis des traits de leur zèle pour .a conservation de la décence, de la modestie, du recueillement et du respect avec lesquels on doit paraître dans le lieu saint. C'est à nous de faire par nos exhortations et encore plus par nos exemples, ce que l'Eglise nous a recommandé sur cet article.

On se plaint avec raison de la dissipation et de l'indécence avec lesquelles les gens du monde entrent dans nos églises ; des postures indécentes, des entretiens scandaleux qu'ils s'y permettent : un païen ou un idolâtre, un disciple de Mahomet ne pourraient en être témoins sans le plus grand étonnement. Comment rétablir Tordre et la décence

aii devraient toujours régner dans les assemées de la reliçion, si le clergé ne donne luimême l'exemple s^\x peuple ; s'il ne lui apprend ce qu'il doit à Dieu de respect et d'hommage, en les lui rendant lui-môme?

Ne l'ignorons pas, en effet, ce peuple a toujours les yeux ouverts sur nous; il se croit permis tout ce que nous nous permeltons.Que serait-ce donc si l'on voyait des prêtres sans recueillement, sans attention dans le lieu saint; si on les voyait porter indécemment leurs rexards sur tout ce qui se présente , former des entretiens suivis et inutiles , tandis qu'ils devraient chanter les louanges du Seigneur et publier ses miséricordes? F-iint Jean Chrysostome craignait, disait-il, que la foudre ne l'écrasât s il souffrait de

pareilles irrévérences dans son église, non de la part de son clergé (il était trop édifiant pour donner ces scandales), mais de la part des simples fidèles. Pour les prévenir ou pour les empêcher, il distribuait ses prêtres dans les différents endroits des basiliques,afin que leur présence inspirât de la retenue à ceux qui auraient été tentés d'en manquer. Faudrait-il avoir recours à celte sainte et religieuse précaution pour ramener les peuples au devoir ou pour les y contenir ? Non ; nous pouvons faire encore plus par la sainteté de nos exemples. Ne paraissons jamais dans le sanctuaire qu'avec une sainte frayeur. Abîmés, pour ainsi dire, en la présence de Dieu, nous apprendrons au simple fidèle qu'il doit s'humilier, s'anéantir devant la majesté suprême; c'est le moyen le plus propre à faire passer nos sentiments dans son cœur et dans sa conduite. Il est encore des églises connues par le respect et la retenue de ceux qui les fréquentent : c'est le fruit de Tattention, du zèle, des exemples du clergé. Heureux les prêtres qui contribuent à y maintenir la ferveur et la piété î Il n'est rien de plus digne de leur vocation et de leur ministère.

Un autre objet de la piété sacerdotale, ce sont les cérémonies ecclésiastiques qu'un prêtre doit savoir et qu'il doit observer avec la décence et la digpité convenables. Nous ne pourrons en avoir qu'une idée bien no~ ble, si nous voulons les considérer en ellermêmes, dans les fins que TEglise s'est Proposées en les établissant, et dans les ordonnances qu'elles a faites pour obliger ses ministres à les apprendre et à les pratiquer. Ce sont des actions extérieures de la vertu de la religion instituées dans l'Fçlise pr nr rendre à la majesté suprême le cnite qui lui est dû. L'homme étant composé d'une âme et d'un corps, et se devant a Dieu tout entier, avec toutes ses puissances et toutes ses facultés, il a fallu, dit saint Thomas, que, outre l'adoration intérieure, il rendît à Dieu un culte extérieur qui fût la marque et le signe de la soumission de son esprit et de son cœur, et qui produisit dahs son âme des sentiments de piété conformes à ses actions extérieures. Une autre fin des cérémonies de l'Eglise a été de nous inspirer une vénération profonde pour les mystères de notre sainte religion, rien n'étant plus propre à nous en donner une grande idée que l'appareil auguste qui les accompagne. C'est ce que le concile de Trente nous enseigne en particulier des cérémonies qui s'observent dans le saint sacrifice de la messe : « La nature de l'homme, disent les Pères de cette iainte assemblée, ne pouvant être facilement élevée à la considération des choses divines, sans quelques secours extérieurs, la sainte Eglise, notre mère, a établi certains usages et certaines observances ; elle a voulu qu'on se servît de certaines cérémonies, suivant la discipline et la tradition des apôtres, soit pour nous rendre plus recommandable la majesté d'un si grand sacrifice, soit pour exciter l'esprit des fidèles par ces

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