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CHAPITRE III

Il y en a qui pentent facilement que toute leur ferveur est un feu du Saint-Esprit,

Voici bien un autre fond à cette illusion; car où la peut-on mieui appuyer que de la fonder sur le Saint-Esprit même? Après cela il semble que tout est en parfaite sûreté, et cette plénitude de ferveur, que des âmes ressentent quelquefois, le dit si hautement, qu'il n'y a pas tant à répondre qu*à admirer.

Car quelle marque veut-on plus certaine, que cette grande ferveur est le feu pur de cet Esprit-Saint, que celles-ci f

l' Elle ne porte pas seulement à faire le bien; ce serait la laisser dans la langueur; mais elle conduit toujours droit au plus grand bien, ne voulant rien que d'extrême, pour répoudre à son feu, qui ne l'est pas moins.

2* Elle en veut toujours à tout ce qui est contraire à la nature, et elle s'y attache particulièrement, mesurant la grandeur de ses victoires, à l'excès des contrariétés ; car elle estimerait que ce serait un temps perdu de s^exercer contre quelque autre chose que contre celle qui a le plus d'opposition à nos inclinations.

3* Elle naît dans les cœur^, sans que l'Ame ait rien fait pour en allumer les flammes, lesquelles y sont écoulées d'une manière que l'Ame se sent toute de feu, sans savoir comment l'opération s'en est faite.

4* Elle laisse dans la conscience une disposition qui n'est pas moins douce qu'elle est ardente, n'étant pas facile de juger qui l'emporte, ou de l'ardeur ou de la douceur. Ce sont les caractères qui se trouvent dans cet Esprit-Saint, et qui lont conclure que la grande ferveur de ces personnes n'est point un feu autre que ce feu divin.

Je ne contredis pas, Théonée, que ces règles ne soient bien prises pour former un non jugement, si ces ferveurs sont véritablement des feux célestes ; mais pourtant il jT a bien à douter, si ce qui s'en oit est toujours vrai; pour moi, je ne le pense pas; mais qu'on y est pour le moins aussi bien trompé que dans le reste; et pour en faire une exacte discussion, permettez-moi que je cherche les principes qui peuvent assez souvent causer ces ferveurs qu'on nous veut

faire passer constamment pour des feux do Saint-Esprit. .

Un peu de bile émue ou un peu de ^a''; échauffé, l'un ou l'autre e»t capable Ca mettre dans une personne de bonne volonté une disposition toute fervente ; car, cooime son fond a une capacité fort belle } our le bien, il arrive très-facilement que pour i eu que ces humeurs, p,ar leur remueoient, fassent quelque altération, elle se lersuadeqoe c'est une ferveur divine; la volonté en c;i toujours bien intentionnée; elle ne veut que tout ce qui la peut sanctifler; c*est pourquoi, sans tant de discernement, elle n'a nulle peine à croire q^ue sitôt qu'elle se ^en: en feu, ce ne soit vraiment une ferveur qui lui vienne du ciel. Est-ce là se tromper, Théonée? Jugez-en.

Je trouve encore un autre principe d« cette illusion, où il n'est pas moins facile de voir que celte ferveur ne vient pas d'en haut, comme on nous le veut faire croire. Donnez-moi une personne qui veut le bien tout de bon; c'est ce que je Suppose toujours: je veux qu'elle soit tombée par de fréquentes rechutes, malgré toutes ses applications. Eh bien! elle s'en indigne fortement contre elle-même; elle cherche longtemps à en faire à Dieu de grandes satisfactions ; elle n'est que ferveur et que feu. Me direz-vous pour cela gue c'est assurément un feu du Saint-Esprit ? La disposition n'est pas mauvaise, je le confesse, et elle est encore as^ei bonne, si vous le voulez; mais n'est-il pas fort naturel qu'une personne s'indigne contre elle-même, quand elle a souvent fa.l faute contre ce qu'elle a proposé? Cela se voit tous les jours dans les clioses les plus indifférentes : la même nature ne peut-etia donc pas agir et s'échauffer de la même tj:^ nière dans les matières les plus saintes? La chQse est toute visible; et pourquoi donc nous voudra-t-on faire croire que toutes < es ferveurs sont des feux du Saint-Esnrit? L'illusion n'est-elle pas claire?

La ferveur de sa nature est si belle, et a $i facilement l'estime de nos esprits; qui ne le dit? Les fervents ont d'ordinaire une approbation universelle; qui ne le sait? Après cela n'a-t-on pas au moins quelque sujet de dire que cette grande ferveur dans les voies delà vertu peut facilement venir d'une vaine opinion qu'on est bien aise d'avoir parmi le monde? Ce qui est constant, c'est que cela se voit, et par une même suite nous donne lieu de dire qu'il y a souvent bien de l'illusion à croire que toutes ces ferveurs sont échauffées par le feu du Saint-Esprit.

Mais derechef il n'y en a pas bien & croire qu'ils soient trompés dans leurs ferveurs; car, dites-moi s'il est rien qui nous donne sujet de former un jugement plus certain quune personne se trompe en quelque Chose, que quand elle s'attache à son sens opiniâtrement? C'est ce que dit le sens commun de tous les hommes; or, l'expérience ne nous dit pas moins que le plus souvent ces gens qui sont emportés' de grande ferveur pour la piété, u'écoutoni

LES ILLUSIONS DE LA VIE SPlIilTUELLE.

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jamais guère que leur propre pensée, laquelle ne reçoit de règle que de ce feu divin dont ils se flallent qu ils sont «nimés.

Wc sont-ce pas encore eux d'ordinaire qui pensent qu'ils en ont assez pour égaler les plus grands saints? Et n'est-ce pas pour cela qu'ils osent tout et qu'ils entreprennent tout avec témérité, comme nous Tavons dit ? Enflés qu'ils sont de ces ferveurs sensibles et pressantes, ils croient qu'ils ont tout ce qu'il faut pour ne faire rien moins que les plus saintes âmes, et que les transports dont ils se sentent animés les placent déjà dans leur rang. En vérité, ne m'avouerez-vous pas que c'est une ferveur bien trompeuse, que celle qui donne la hardiesse d'aspirer à prendre place entre les saints?

Enfin, pour ne pas disputer, ce qui arrive assez souvent de là part de Dieu par grande bonté, savoir, qu'il y a des ferveurs qui sont assurément une opération du Saint-Esprit; eb bienl je l'accorde; mais à ce premier et petit feu qu'allume dans les cœurs un soufue divin, quelles ardeurs naturelles n'y ajoute-t-on pas, lorsque, se voyant ainsi saintement échauffé de cette première ferveur, on y ajoute encore souvent des efforts do natuie assez ridicules pour l'être davantage?

Qu'on nous vienne maintenant dire, Théonée, que cette ferveur qu'on a pour tout ce qui est sanctifiant est toujours un feu céleste et divin

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