CHAPITRE I" Les illusions des désirs des ter lui
Nous n*aurons pais grande peine à nous accorder sur ce point, qu'il soit bon et saint de désirer les vertus ^ puisqu'il ne serait guère moins criminel de ne les pas désirer que d'y renoncer.
V Celui qui en pourrait seulement douter montrerait bieh qu'il n'entend pas que les désirs sont les premières démarches qu'il faut faire pour aller à îa vertu; car, ne saiton pas qu'il faut toujours commencer par les désirs, qui rerident après Tâme capable d'en venir & la pratique ? El de fait, il se voit que l'action qu on a pour la vertu est aussi forte que les désirs ont pu l'être* qu'on en a eu auparavant.
S** Les vertus sont désirables d'el!es-mémes, comme l'est tout bien qui nous est conforme; on ne peut donc que bien faire en les désirant, et les désirs même leur sont dus, comme autant d'hommages qu'il nous iaiïi rendre à leur beauté et à leur utilité.
3' Cette obligation est si véritable, qu'il ne nous est pas libre de nous en pouvoir dispenser, puisque Notre-Seigneur nous y oblige, et qu'il appelle encore bienheureux ceux c[ui ont faim et soif de la justice; or, cette justice n^est que dans les vertus; qui ne demandent pas seulement nos simjples désirs^ mais qui veulent que ces désirs montent encore jusqu'à la soif et à la fhim*
Néanmoins, Théonée, quoi qu'il soit trèsbon de désirer les vertus, vous seriez vous* môme en vérité bien bon de croire que ces désirs ne fussent pas sujets à beaucoup d'illusions; oui, ils le sont, n'en doutez pas, et bien plus encore que vous ne pouvez vous l'imaginer I et, pour mettre la chose dans son jour, mettons-y, je vous prie, ce qui se passe dans les Ames, et la différence des clésirs dont elles sont pressées pour la vertu.
J'en trouve qui désirent les Vertus, et, à les entendre, qui le font de tout leur cœur; mais de quelle manière s'y prennent-ils ? Point autrement que de le dire. Ces désirs ne sont pas plus que des peintures mortes, qui paraissent pourtant respirer quelque sorte de vie. H ne fut jamais rien de si doux et de si fainéant que ces personnes. Elles
DiGTioN!iAiRB d'Ascétisme. II
n'ont que douceur dans .eurs paroles, pour* manifester les désirs qui les consument pour le bien; elles s'en épuisent en soupirs et en ardeurs; mais aussi fut-il rien jamais de si fainéant qu'elles? Car ne pensez pas que, quoi qu'elles disent, elles y mettent la main. Elles attendent que les vertus soient infuses dans leur âme, comme si elles étaient bien achetées, n'étant payées que de leurs désirs. Que d'âmes molles, que de trompées, se voient de cette sorte, qui osent bien prétendre aux vertus, sans vouloir faire autre chose que les désirer 1
11 y en a d'autres qui ne sont pas tout à fait si égarées dans la substance de ce qu'elles désirent, parce qu'elles font quelque chose, mais elles ne le font guère moins dans leur manière. Telles-ci désirent les vertus, mais avec tant d'impatience, mais avec de si grands empressements, qu'elles s'en voudraient Voir couronnées tout à coup, et arriver incontinent jusqu'au termes par le premier mouvement de leurs désirs. N'est-ce ims là bien de l'illusion, de penser que ce qui ne
Eeut être que le fruit et la recompense de ien des années, se puisse obtenir ainsi en un moment ? Eh ! de grâce^ apprenez que les vertus seraient bien peu de chose, si des désirs impatients les pouvaient incontinent conquêter; à ce compte, les esprits les plus précipités et les plus bouillants, y auraient plus d^avantage que les autres.
Mais voici des désirs^ qui sont assurément bien louables, et qui portent un fort bon caractère, ce sont ceux qui sont ardents, car l'ardeur dans les désirs est une des marques de leur bonté, contre ce qui se dit de ceux qui désirent les vertus avec tant d'indifférence, que cela môme les en rend indignes. Néanmoins, il arrive tous les jours que ces esprits qui désirent si ardemment les vertus, n'y ont pas bien de la persévérance, comme si la trop grande ardeur qu'ils y apportent était la cause ou l'occasion de leur inconstance et de la légèreté qui ne parait pas moins dans les effets que dans leurs désirs.
J'en trouve d'autres Théonée, dont Tillusioti est bien plus belle; car leurs désirs ne sont ni si fougueux, ni si impatients, ni si inconstants; ils sont de ces désirs nobles et grands qui ne daignent jamais s'abaisser. Comment donc s'y prennent-ils ? C*est que ceux-ci ne désirent que les vertus éclatantes et généreuses^ laissant à désirer celles qui sont humbles et obscures à des es|jrits qui ne le sont pas moins. Voilà où est l'illusion, Théonée j de n'avoir aucun penchant à désirer les vertus simples et sans éclat. Le Saint-Esprit, qui fait les hommes de désirs^ n'est nullement celui qui inspire ceux-ci^ car quoique les grandes vertus soient toujours grandes, on ne laissé pas de s'y tromper, en y portant aussi toujours le vol de sed désirs.
Çnfitï» quelle illusion ne voit-on pas tou^
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SUPPLEMEΫîT AU DICTIONNAIRE D'ASCETISME
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iîonfcsse. Elles forment donc des désirs pour .es vertus, et puis , elles les échauffent tant Aju'elles peuvent, elles s'en pénètrent tout elles-mêmes, elles s'en impriment de vives .fîeintures, et font si bien tout cela qu'elles se persuadent, sans aucun doute, qu elles ont ce qu'elles désirent, et qu'elles ne sont pas moins pleines de vertus que du feu qui les fait j>assionner.
En voilà donc bien d'illuminés, Théonée, qui pensaient que leurs désirs avaient autant de pureté et de vérité que les vertus qui eu faisaient l'objet, comme si les vertus les j)lus divines étaient incapables d'être désirées avec quelque dérèglement, et que le désir en dût être saint, aussi nécessairement qu'ellesmêmes.