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CHAPITRE III

Les illusions des désirs de la santé pour

mieux servir Dieu.

En toutes choses les désirs ont coutume d'être bien empressés, mais j'ose dire qu'ils ne le sont point tant en aucune, comme ils le sont pour la santé ; car, quoi que vous puissiez désirer, ce n'est d'ordinaire que l'objet seul qui vous cause ce mouvement, par le charme de sa beauté, ou de sa bonté ; mais, quand il est question de la santé, le désir de ]a santé n'est pas seulement animé, parce qu'elle paraît bonne, il l'est encore autant pour le moins par la maladie, dont on passionne la délivrance ; et puis, ajoutant à cela toutes les considérations qui le peuvent enflammer, il n'y a point de doute qu'ordinairement il a quelque chose de plus violent que tous les autres désirs; mais aussi de plus juste et de plus saint, me dir rez-vo'us, lorsque la santé n'est désirée, que pour en servir Dieu plus parfaitement.

!• La fin qu'a un bon malade, justifie d'elle-même ses désirs : il ne veut point la santé pour en avoir simplement la douceur, ni pour aucune autre considération qui serait purement humaine; il ne la dé.^ire que pour en mieux servir Dieu: quoi? la santé se peut-elle désirer plus saintement? Et n'y a-t-il pas même obligation de la désirer poqr ces fins ?

2' D'autres vous diront plus que cela : ils vous diront qu'ils ont l'expérience, qu'ils ne font jamais moins bien leur devoir que dans les infirmités du corps; celui-là, qu'il ne peut faire pénitence comme ses péchés l'y obligent; et celui-ci qu'il ne peut, avec les autres, aller le train d'une juste régularité, et qu'ainsi la santé ne peut être mieux désirée.

3' Il y en a encore qui vous diront qu'ils la désirent, pour ne point tant faire de peine à ceux qui en ont un soin si fatigant , et pour ne point être à charge à une maison entière, qui peut être beaucoup grevée d'un fardeau si importun.

C'est ainsi qu'ont coutume de parler tous les malades; car il n'est rien de plaintif comme eux et qui désire si empressement la santé , particulièrement comme ceux qui ont une grande volonté pour leur sanctification. Tous cesmotife, qu'ils nous en allèguent, sont fort plausibles en apparence, mais ils ne le sont qu'à des personnes assez faciles pour s'en laisser surprendre; ne le soyez pas jusque-là , Théonée , t^ar ne voyez- vous pas manifestement leur illusion ?

Ce sont des révoltés contre la Providence;

oui, ce le sont; mais ils colorent ^eur révolte d'une manière tout ensemble doude et trompeuse. L'impalience de leur mal fait qu'ils ne s'en peuvent tenir et s'y soumettre humblement. Ils n'osent pourtant pas s'en élever contre Dieu : ils se couvrent donc de toutes les plus saintes considérations, afin de donner une libre sortie à tous les plus violents désirs pour la santé. Ils crient après pour en mieux servir Dieu, disent-ils; mais, en vérité, c'est contre la conduite de la Providence que vont ces désirs et ces clameurs , qui sont palliés de toutes ces belles couleurs d'un plus grand bien.

Là -dessus demandons, Théonée, s'ils ignorent que la règle de la Providence divine est infiniment préférable à toutes les autres règles , pour saintes qu'elles soient. Or, leur maladie n'est-elle pas une nouvelle règle qui leur est déclarée par cette sagesse adorable? Pourquoi donc former tant de désirs pour des règles écrites, qui sont alors d'un bien moincire prix et qui ne sont nullement de saison ? Ce n'est que s'amuser en ce temps de toutes ces idées de règles, pour secouer celle de la maladie et celle de la Providence, par la révolte et par l'inutilité de ses désirs

Oh 1 mais ils voudraient faire pénitence , et un corps abattu par les maladies n'est pas capable de supporter les austérités ; c*est ce qui leur fait pousser tant de désirs pour la santé. Eh 1 Dieu vous le pardonne de vous aimer ainsi dans une illusion si grossière , avec tous vos beaux désirs. Vous aspirez donc après la pénitence ; ô ! le mouvement en est saint; et vous désirez pour cet effet avec tant de passion le rétablissement de votre santé ; n est-ce pas où est votre tromperie ? Vous voudriez mortifier votre corps par les austérités les plus rudes : et ne voyezvous pas , pauvre aveugle, que Dieu par les maladies, 1 opère bien mieux incomparablement que vous ne le pourriez faire ? Il vous impose lui-même là pénitence; ce n'est donc plus qu*illusion d'en désirer une autre que celle qui est du choix et de l'envoi d'un Dieu.

Sachez qu'il n'est guère de manière de servir Dieu qui soit éminente comme celle des maladies, parce que vous devez savoir qu'elles font de vous a Dieu à tout moment une vivante victime dont le sacrifice n'est jîoint interrompu pendant que le mal dure. C'est en quoi consiste son prix , que l'odeur en monte toujours \ers Dieu et que , si le mal a plus de pointe, elle en ait toujours aussi plus de suavité ; et puis, n'est-ce pas encore la maladie qui a cet avantage particulier de donner un çrand dégoût des créatures et de ne purilier pas moins l'aiîprit qu'elle fait le corps ? car elle fait voir à la 1 ersonne que tout ce qui est hors d'ellemême ne mérite pas plus d'être regardé et aimé que le corps qui pourrit à ses yeux. Confessez donc que ce n'est pas une petite illusion de désirer d'être quitte de sa maladie pour en servir Dieu plus paifaitemenL

Mais venez ça ; je veux vous prendre et

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"vous juger par vous-aièiue, mon Théonéc, si vous étiez de ces malades difficiles qui ne crient qu'après la santé par une foule de désirs 9 sous prétexte d'en <mieux travailler à leur sanctification: Quand vous avez joui d'une bellesanté,enavez-vousété()lus saint et y avez-vous travaillé bien plus sérieusement ? Qu'en est-il? Répondez-moi. Au contraire, vous me direz, si vous voulez parler dans la vérité, que vous n'avez point été plus éloigné de Dieu que quand vous vous êtes bien porté. Quelle illusion donc est celle-là de nous dire qu'on désire la santé pour en être ni us jiroche de Dieu? Tout de bon, sait-on bien t*e que Ton dit lorsqu'on parle ainsi avec si peu de suite ?

Enfin, écoutez-moi, je vous prie. Quand je n'aurais que ce mot à vous dire pour vous montrer les illusions des désirs de la «anté, j'en aurais assez dît ; et le voici : Ne m avouerez-vous pas que l'esprit fait très-peu pour mériter? De quelque source que ce mal puisse arriver, ce n'est pas ce que nous fivons à examiner maintenant ; mais pourtant cela est et ne peut être contreiiii. Si cela est donc, et si Tesprit en fait si peu pour mériter : quoi ? toute la vertu ne demande-telle pas qu'au moins le corps nous soit un fonds de mérite ?

Et est-il aucun movenquilui puisse être avantageux comme la maladie? Pourquoi donc ne sera-ce pas une illusion toute claire de désirer la santé si ardemment, puisque la malaJie supplée si heureusement, ce qyxe l'esprit ne fait jïas?

Regardez maintenant, Théonée^ si vous pouvez avoir encore do si grands désirs pour la santé.

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