‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 26 sur 315 · FRE · texte numérisé non relu

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signes visibles de piété et la contemplation des mystères sublimes qui y sont cachés. » De là les anathèmes lances contre les sectaires des derniers temps, qui avaient osé avancer qu'on peut sans péché négliger ces cérémonies^ les mépriser ou les omettre dans V administration des sacrements. Dans la cour des rois de la terre, quelle exactitude n'ont pas les officiers du prince à observer et à laire observer jusqu'aux moindres cérémonies établies pour traiter avec le souverain, ou pour approcher de sa personne sacrée? Dans 1 ancienne loi, quelle attention chez les prêtres pour ne manquer à rien de ce qui leur était prescrit dans l'exercice de leurs fonctions 1 Et qu'était-ce, après tout, que ces fonctions, en comparaison dos nôtres? Us n'avaient aue Tombre et nous avons la réalité; dans leurs sacrifices, ils ne versaient que le sang des animaux, et nous versons le sang de l'Agneau sans tache, que nous offrons à son divin Père. Jugeons par là de la fidélité avec laquelle nous devons pratiquer des cérémonies bien plus importantes, qui ont pour objet des mystères si augustes. De là aussi cette multitude d'ordonnances que l'Eglise a faites, comme nous l'avons dit, pour obliger tous ses ministres à l'observation exacte de ces saintes cérémonies. « Nous voulons , disait Innocent III , à la tète du quatrième concile de Latran , que les évêques aient crand soin d'instruire ceux qu'rls doivent élever à la dignité sacerdotale des cérémonies requises pour bien célébrer les divins ofiîces et pour aclministrer les sacrements d'une manière convenable et décente ; les formant eux-mêmes à ces ministères tout divins , ou les faisant instruire par d'autres personnes capables. » Les conciles de Bordeaux, de Tours , de Bourges, d'A(iuilée et le quatrième de Milan recommandent une scrupuleuse exactitude à les observer toutes.

Les Pères de ces saintes assemblées étaient convaincus que les cérémonies de l'Eglise inspirent une vénération pour nos saints mystères, proportionnée à la décence qu'on apporte à ces mêmes cérémonies. Ce qui rend les choses saintes méprisables aux yeux du peuple , c'est le peu de modestie qu on y observe, et le peu de respect avec lequel on traite tout ce qu'il y a ae plus ^rand dans la religion. L'ennui d'être a l'autel ou l'envie de se voir bientôt débarrassé de ses autres fonctions est ce qui en fait prononcer les paroles sacrées avec une précipitation qui scandalise. S'il ne nous était donné de célébrer les saints mystères qu'une seule fois dans notre vie, aîil saisis d'une sainte terreur, nous sentirions tout ce que notre ministère a de divin , et nous en serions frappés ; mais , comme si une faveur était moins précieuse, parce qu'elle est plus souvent accordée, ou comme si nos saintes fonctions perdaient de leur mérite parle fréquent exercice que nous en faisons , nos augustes cérémonies ne réveillent plus notre foi; elles U3 nous font plus d'impression, ou, si elles nous en font encore , c'est une impression

faible et passagère, bientôt efiacée par lo commerce et l'amour du monde. On les remplit, si vous le voulez, mais par manière d'acquit, sans dignité et sans respect, sans esprit intérieur et avec un air de dissipation dont on rougirait dans les devoirs qu'on rend aux hommes. A l'égard de ceux-ci, on ne voudrait pas manquer à la moindre bienséance ; il n'y a que dans ce qui regarde votre culte , ô mon Dieu 1 qu'on ne craint pas de violer toutes les règles. Ce qui révolte le plus , c'est que la religion chrétienne , la seule vraie , est aussi presque la seule où de tels scandales osent se produire. Transportezvous en esprit chez l'Indien ou chez le Chinois , chez le Tartare ou chez le musulman ; quelle attention ne verrez -vous pas dans leurs prêtres à observer jusqu'aux moindres circonstances d'un culte extravagant et superstitieux ? Transite ad insulas Cethim. \Jer. H 10.) Entrez dans leurs temples et dans leurs mosquées , et voyez si dans les brahmines, les bonzes et les autres chefs de toutes ces fausses religions, vous trouverez cette dissipation, cette indécence que nous déplorons dans les sacrificateurs du vrai Dieu. Ou plutôt , quel silence profond dans leurs assemblées impies 1 Quel tremblement, quel saisissement de ces ministres séducteurs et séduits, dans l'exercice de leurs cérémonies insensées 1

Ce que nous disons des cérémonies, ilfaut le dire à proportion du chant ecclésiastique. L'intention de l'Eglise, en l'établissant, na pas été seulement d'exciter la dévotion de ses ministres, ou de leur fournir un moyen de s'unir aux chœurs des anges dans'les louanges perpétuelles qu'ils donnent au Très-Haut ; elle a voulu de plus par là fixer l'attention des fidèles, les détacherde la terre, et élever leurs cœurs à Dieu, par l'harmonie d'un chant également grave et religieux. Selon saint Augustin, <t cette divine psalmodie est poumons, en cette \allée de larmes, notre consolation dans les peines, le doux charme de nos tristesses et de nos ennuis, le remède à toutes nos infirmités spirituelles, et une ressource assurée dans toutes les misères d'un long et pénible exil. » Le saint docteur en parlait par expérience et par sentiment. Le cnant des hymnes de l'Eglise de Milan l'avait autrefois attendri jusqu aux larmes, et avait été le moyen dont Dieu s'était servi pour le gagner à l'Eglise. Rien en effet de plus puissant pour porter lésâmes à Dieu, pour y faire passer les sentiments d'une piété tendre et affectueuse, qu'un office chanté gravement et majestueusement, distinctement et dévotement. Mais aussi, rien qui inspire aux peuples plus d'éloignement et de mépris pour nos saints mystères que des offices chantés comme nous avons la douleur de savoirqu'ils le sont dans certaines églises, où l'on est en possession de chanter sans méthode et sans règle, sans dévotion et sans goût. Dans d'autres, c'est une cacophonie

Eerpétuelle et une dissonance de voix qui lesse les oreilles ; c'est une précipitation qui scandalise les fidèles et qui les éloigne des

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mauvais prôtre. Le seul moyen de nous concilier l'estime des {)euples, c'est de la mériter par une vie sainte, par une pureté de mœurs qui réponde à la sublimité de Tétat où nous sommes placés. Une conduite basse et indigne de la qualité glorieuse de prêtres et de ministres de Jésus-Christ, voilà ce qui nous décrie dans Tespri't des peuples, et ce ({u on ne nous pardonne point. A force de nous voir si dififéreBts de ce que nous devrions être et de ce qu'on s'attend à trouver en nous, comme prêtres, insensiblement on s'accoutume à séparer nos personnes de notre caractère, ou plutôt, on fait retomber sur la sainteté de notre caractère le mépris et l'opprobre qui ne devraient être que pour nos personnes. Montrons au monue, en nous, des hommes irréprochables, de dignes sacrificateurs de rhostie sainte que nous offrons tous les jours au saint autel ; infailliblement ils nous estimeront, ils nous respecteront autant que nous devons Têtre.

Souvenons-nous donc, et n'oublions jamais, qu'être prêtre et être saint ce doit être la même chose ; qu'un prêtre déréglé est, au sentiment de saint Bernard, un monstre dans Yordte de la religion, un composé bizarre et mal assorti qui réunit en soi la grandeur et l'abjection, une dignité sublime et des sentiments vils, une profession sainte et une vie criminelle. Pour éviter un contraste si réroltant, soyons parfaits comme notre Père céleste est parfait.

Fuyez donc, ministres des autels, évitez ces voies larges et mondaines où marchent tant de faux prophètes ; craignez le terme fatal oik elles vont aboutir. Comprenez qu'être revêtu du sacerdoce et être saint ne doit précisément être qu'une même chose dans la loi nouvelle. Respectez désormais un état où, bien loin qu'il vous soit permis de vous borner à une sainteté médiocre, il n'est point de vertu si héroïque à laquelle vous ne deviez aspirer. Respectez désormais votre Dieu, qui est le Saint des saints, et qui ne veut être abordé que par les saints. Respectez son peuple : il a les yeux sur vous, vous êtes à $a tête, non pouf le perdre, mais |)Our le sauver; non pour le scandaliser, mais pour Tédifier; non pour en faire une victime des vengeances célestes, mais pour offrir en sa faveur l'hostie sainte et sans tache, sur laquelle on vous a transmis l'autorité. Résistez-vous enfln vous-mêmes ; élevés à la dignité de prêtres du Dieu vivant, pourriezvous, sans vous dégrader, vous remettre au niveau des peuples de la terre, en prendre les manières, en contracter les passions, les désordres, les vices, la corruption? La lumière ne dut jamais avoir rien de commun avec les ténèbres ; et l'on foulera aux pieds le sel qui, devenu insipide, n'aura plus la force de préserver la terre de sa corruption. Les saints, qui ont le plus cfllcacement travaillé pour le salut des peuples, ne se sont Kmais reposés sur leurs travaux du soin de ur propre salut. Ils pouvaient penser que li/ut le temps qu'ils donnaient a la prière Ma dérobé au bien publie, ctprissurrulillé

certaine de l'EKlis^* Cependant, sans tomber dans une semblable illusion, ils n*ontjam&is oublié de vaquer a l'oraison, de nourrir leur âme par de fréquentes lectures, et ils ont otfcrt le très-saint sacriGce de la messe aussi souvent qu'ils ont pu le faire. On les a vus reprendre sur la nuit ce que les travaux du jour dérobaient à leurs exercices de piété, ne se délasser des plus rudes fatigues et ne se préparer à en essuyer de nouvelles, que par la pratique de ce que le christianisme a de plus pénible ou de luusnumiliant; ne respirer que la plus pure spiritualité, en même temps qu'ils se aonnaicnt d'utiles mouvements pour le bien du prochain; ne rapporter du commerce du monde qu'un accroissement, ie ferveur. En un mot ils ont été disraits par mille soins au dehors, et constamment occupés au dedans du nécessaire. Par cette admirable conduite^ ils ont appris aux ministres des autels h posséder leur âme dans la paix au milieu des plus grandes agitations ; à ne pas se dispenser de ce qu'ils se doivent à eux-mêmes, quelque occupés qu'ils soient de ce qu'ils doivent a l'Eglise, et ciue, quelque difficile qu'il leui paraisse d'allier la prière et l'action, le commerce des anges et celui des hommes, ce n'est que la cupidité ou une criminelle nonchalance pour leur salut qui les leur rend incompatibles. — Malgré des leçons si salutaires, il n'est que trop ordinaire de voir des ecclésiastiques qui abandonnent leur propre perfection pour assurer celle d'autrui ; ou qui, ne cherchant qu'à se distinguer au dehors par leurs bonnes œuvres, se mettent d'ailleurs fort peu en peine d'y chercher Dieu. Pourvu qu'ils travaillent avec éclat, qu'on parle d'eux, qu'ils fassent du bruit, qu ils s'attirent les yeux et l'attention de tout un public, peu leur importe qu'ils aient d'ailleurs le temps ou non de vaquer à la méditation ou h la lecture, d'entrer en jugement avec eux-mêmes, d'examiner si, engagés dans le siècle par leur ministère, ils n'y ont rien perdu de leur ferveur. La vie active fait toute leur étude , comme elle semble être devenue leur unique devoir : prêcher, instruire, reprendre, corriger, administrer les sacTements, entrer dans les intérêts des familles, sous prétexte d'y porter la paix, se trouver à la tête de certaines bonnes œuvres, qui dissipent dans la pratique autant qu'elles flattent l'amourpropre par les succès ;' être dans une agitation continuelle , sans penser à se faire une solitude intérieure, et comme un sanctuaire secret au fond de son cœur : voilà leur vie, où, parmi tant d'heures de communication avec le monde, ils ne sauraient en trouver pour communiquer et s'unir à Dieu. — Ce qu'il y a de surprenant en cela, c'est que, pour s'autoriser dans cette vie dissipée, et même peu chrétienne, à laquelle ils ne veulent plus renoncer, quand ils y ont une fois pris goût, ils se disent à eux-mêmes qu'ils ne sauraient faire autrement, et que, quelqu'envie qu'ils aient de penser S Dieu ou à eux-mêmes, ils n'en ont pas le temps. Ils ajoutent que le moindre bien doit céder au

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^uraière et de sasesse dont il Tavait pourvu, afin de le transférer à ses soixante dix associés ; par ce mo ven Dieu les rend capables de juger son peuple et de partager avec Moïse le pesant fardeau dont il était accablé.

Dieu ordonne qu'on lui bâtisse un tabernacle ; dans ce tabernacle il veut qu'on place une arche précieuse où il puisse habiter au milieu de son peuple, lui faire entendre ses oracles et lui intimer ses volontés;

Sour la construction de l'un et de l'autre 0 ces ouvrages, il jette les yeux sur Bezeléel, il le remplit de son esprit, il lui donne l'intelligence et l'adresse nécessaires, afin d'imaginer et d'exécuter tout ce qui peut contribuer à la perfection des différents ouvrages auxquels il est préposé. Paroles bien remarquables, dit saint Augustin, qui se rapportent à la Loi nouvelle bien plus qu'à l'ancienne. Les ouvrages de ce tabernacle matériel n'étaient qu'une figure par laquelle Dieu voulait apprendre au peuple juif que, quand il se donnerait des ministres dans la loi de grâce, il les animerait de son Esprit, et que la plénitude de ce divin Esprit les rendrait propres à toutes les parties de leur ministère.

Pour succéder à Moïse dans la conduite du peuple hébreu, Dieu établit-il des juges, l'Ecriture nous apprend qu'il leur donne l'esprit propre et caractéristique du gouvernement. Josué en est rempli. Othoniel marche avec le même esprit. Jephté n'est pas plutôt constitué juge en Israël, que l'esprit <lo Dieu le transporte et l'anime à venger, sur les enfants d'Aminon, les insultes

3 n'en avait reçues la nation sainte. Possédé e ce même esprit dès la plus tendre enfance, Samson en éprouve l'impulsion sainte dans toutes les occasions où il s'agit de défendre ou de sauver Israël. A la place de ces juges, Dieu veut-il substituer des rois, il leur donne un esprit tempéré de force et de douceur, pour gouverner son neuplo dans la paix et dans la justice. Ainsi Samuel assure Saiil qu'au moment où il se trouvera dans la compagnie des prophètes, il' se sentira tout à coup saisi de l'esprit de Dieu aui l'éclairera, réchauffera et le transformera ans un autre homme. Ainsi David demande à Dieu, tantôt son esprit principal qui l'affermisse dans le bien; tantôt resprit de saf;esse pour se conduire et pour conduire es autres dans les sentiers de la justice. Le ])lus sage des rois, Salomon, compte pour rien tous les trônes et tous les trésors de l'univers, en comparaison de cet esprit de sagesse dont Dieu l'avait si abondamment pourvu. Or, si pour la conduite extérieure du peuple hébreu, la providence ordinaire, les talents de la nature, Texpérience de l'âge, les moyens de l'éducation, la science des lois et les suffrages de la nation ne suffirent pas ou ne parurent pas suffire, sans le secours de Dieu et de son esprit, qui osera se flatter de conduire le peuple chrétien dans les routes du salut, s'il n'est pas prévenu, soutenu et rempli du même esprit ?

Aussi est-ce dans le Nouveau Testament que se fait mieux sentir sa nécessité. Destiné à préparer les voies au Messie, comme précurseur, Jean-Baptiste ne commencera d'en faire l'office qu'après avoir été rempli de l'Esprit saint. Envoyé sur la terre pour consommer le grand ouvrage de notre rédemption, le Fik de Dieu lui-môme ne l'entreprend que quand le Père éternel a mis en lui son Esprit saint. Encore, avant de mettre la main à ce grand ouvrage, il attend la descente solennelle de cet Esprit divin sur sa personne adorable : tout cela pour faire comprendre à tous les ecclésiastiques la nécessité qu'il y a pour eux d'avoir l'esprit de leur état, s'ils veulent remplir dignement le ministère auguste dont i4s sont honorés.

De là encore l'abondante communication qui en est faite aux apôtres, pour assurer eu eux les fruits de leur mission et de la parole évangélique qu'ils doivent annoncer. En formant le corps du premier homme avec tous «ses organes. Dieu y avait soufflé l'esprit de la vie naturelle qu'Adam devait transmettre à toute sa postérité. En fondant son Eglise, Jésus-Christ, par un souffle mystérieux sur les apôtres, leur communique le même esprit vivifiant qui devait les sanctigf.'' et sanctifier par eux tous ceux auxquels ils étaient envoyés. C'est peu d'avoir reçu cet esprit divi-n en particulier, il faut, avant de parler au nom de Jésus- Christ, qu'ils en soient solennellement remplis dans le cénacle. C'était pour nous apprendre que, destinés à cultiver le même cnamp arrosé de leur sueur et de leur sang, nous ne devons penser à y travailler que quand Jésus-Christ sera parfaitement formé en nous par la communication abondante de son esprit. En le demandant par des prières ferventes, nous le recevrons selon la mesure de la plénitude de Jésus-Christ, comn e dit rA[)ôtre ; mesure toujours proportionnée aux fruits de sanctification qu'a voudra produire dans les âmes par notre ministère.

La raison est ici parfaitement d'accord avec l'autorité. L'art militaire, le commerce et la magistrature, tous les arts et toutes les professions ont chacun en particulier un esprit qui leur est propre et qui demande, de la part de ceux qui les embrassent, des dispositions convenables au eénie Îui les distingue et qui les caractérise, el est un saint religieux, qui eût été un mauvais séculier; tel un pieux laïque, qui serait peut-ê:re un ecclésiastique déréglé. C'est ce qui faisait dire à saint Ambroise que chacun doit s'attacher à bien connaître son génie, ses dispositions, son attrait, ses talents, afin de se porter à l'état et aux emplois qui lui conviennent et qu'il remplira toujours avec succès, dès que le choix de Dieu, sa grâce et un certain goût le porteront à l'embrasser. L'état ecclésiastique ayant comme les autres son esprit propre, qui est l'esprit de Jésus-Christ, quiconque s y destine ou s'y trouve déjà placé, cfoit avoir l'esprit de celte profession ; sans cela,

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et s'il n était pas animé de ce divin esprit, s'il n'en suivait pas les impressions et les mouvements, on ne pourrait pas dire de lui qu'il appartient à Jésus-Christ en qualité de son ministre. Fantôme d'ecclésiastique, il en aura la ressemblance et le nom, il n'en aura ni le sentiment ni la vie; n'étant point uni à ce chef souverain des prêtres et des pasteurs, il ne participera point à la vie spirituelle que cet Homrae-Dieu fait couler continuellement dans les membres vivants de son corps ecclésiastique et pastoral, et qui a sa source et son principe dans cet esprit vivifiant.

Ainsi dépourvu de l'esprit de son état, il représentera dans le clergé l'ombre vaine d'un ecclésiastique; il sera dans le sanctuaire ce que serait dans la nature un soleil sans lumière, un édifice sans fondements, un corps sans âme. Véritable idole dans le temple de Dieu, il aura des yeux pour tie rien apercevoir, des oreilles pour ne rien entendre, une langue qui ne pourra se délier, des mains, des pieds immobiles et sans action ; dans toutes ses facultés ce sera un engourdissement général à tout bien, une stupide indifférence à tout ce oui regarde le culte de Dieu. La célébration des saints mystères, la pompe et l'honneur des flivins offices, les fêtes du Seigneur, la majesté des cérémonies qui consacrent son culte ; tout cela sera ou entièrement négligé ou traité avec une dissipation, une précipitation, une lâcheté qui scandaliseront les peuples, les retireront des exercices de la religion, attireront sur le ministère et sur les ministres toutes les malédictions du ciel.

De là encore une affreuse insensibilité sur tout ce qui regarde la gloire de Dieu, ses intérêts et le salut des âmes. Que mille scandales désolent le champ du père de famille, que les désordres s'y multiplient, que l'ivraie y croisse, que le poison de Terreur s'y elisse, gue irréligion et l'impiété y fassent chaque jour de nouveaux progrès et de plus grands ravages ; que les justes se pervertissent, que les pécieurs s'enfoncent de plus en plus dans le crime, que des âmes sans nombre se perdent et tombent par milliers dails rabirae infernal : un ecclésiastique, un prêtre, un pasteur dépourvu de l'esprit de son état, verra tant de maux sans en être ému ; uniquement touché du monde et des créatures, et en possession de ses faux biens, il voit de sang-froid toutes les pertes de la mère commune des fidèles : Pastor et idolum. De tout cela résulte la nécessité indispende l'esprit ecclésiastique; parlons maintenant de son excellence.

I. Rien de plus propre à nous la faire connaître que les nobles idées qu'en donnent les livres saints, les caractères de cet esprit vivifiant tracés en la personne du Sauveur, et les effets merveilleux qu'il pi'oduit en tous ceux qui en sont animés.

L'esprit ecclésiastique est l'esprit du Père éternel; communique à son Fils adorable, pour être le souverain prêtre de la I.ôi nou-

velle, selon ces paroles d'Isaïe : Eece iervuë meuSj ponam spiritum meum super eum. C'est encore cet esprit dont le Sauveur parlait , quand il disait de lui-même : L'Esprit du Seigneur s'est répandu sur moi, c'est pourquoi j'en ai reçu l'onction sainte et une ipission spéciale pour annoncer l'Evangile aux pauvres. Selon ces oracles , et confor- , mément à ces idées , l'esprit ecclésiastique est une abondante participation à l'esprit de Jésus-Christ communiqué à ses ministres dans Tordination pour remplir avec fruit et avec facilité tous leurs devoirs; participation qui, dans les prêtres et dans les autres ecclésiastiques , doit être plus abondante, parce qu'étant les premiers membres du corps de l'Eglise, et les canaux destinés à transmettre cet esprit à tous les fidèles, elles doivent en avoir la plénitude en eux.

Voulons-nous connaître à fond la nature et les propriétés de cet esprit vivifiant? Remontons a la source, étudions-le dans son principe ; nous trouverons dans la personne de l'Homme-Dieu les caractères les plus marqués de cet esprit , et lés plus propres à nous en donner une idée juste. A peine co divin Sauveur a atteint l'âge de douze ans, il paraît négliger les tendres sollicitudes do ses parents, pour essayer les premiers efforts de son zèle et consacrer les prémices de son ministère à l'instruction des docteurs mêmes. Dans tout ce cju'il opère, il ne cherche point sa propre gloire, mais uniquement la gloire de celui qui l'a envoyé. Pendant les trois années qu'il employa à répandre la semence de son Evangile, il eut constamment pour maxime de donner le jour à la prédication, aux exemples, et la nuit à la contemplation, à la prière. En même temps qu'il s'attendrit sur tous les maux, qu'il soulage toutes les misères, on le voit s'armer de zèle contre les profanateurs du temple et venger, un fouet à la main, l'honneur de la maison de son Père, violé par un indigne trafic. Dans ces traits, et dans une infinité d'autres, pourrait-on méconnaître cet esprit évangélique qui doit animer tous les prêtres et tous les ecclésiastiques dans l'exercice de leur ministère? ^ Premier caractère : Celui qui est possédé de l'esprit ecclésiastique, ne respire que la gloire de Dieu ; rien qu'il n'entreprenne et qu'il n'exécute pour lui procurer des adorateurs ; porté sur les ailes de l'amour , il irait aux extrémités du monde pour le faire connaître à cette multitude d'hommes infortunés qui sont assis aux ombres de la mort, ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie. Dans Timpuissance où il est de les amener à la connaissance du vrai Dieu, et borné au christianisme , il se dévoue tout entier à la conservation des âmes qui^ ont eu le bonheur d'y être appelées, et alors , sans respect humain pour le monde, sans ménagement pour les puissances du siècle, il reprend, il condamne, il s'élève contre le vice partout où il l'aperçoit, prêt à tout sacrifier et à se sacrifier lui-même pour le sahit de ses frères. Qui fut jamais plus rempli de cet esprit que l'Apôtre des nations t A U

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vue des superstitions d*Athènes , touché de voir un peuple immense, et qui se piquait de la plus haute sagesse , rendre une sacrilège adoration à mille divinités bizarres et fabuleuses, tandis qu'il ignorait le Dieu seul et adorable , Paul se sent déchiré par les transports les plus vifs de l'Esprit-Saint, il frémit d'un saint zèle pour dissiper les ténèbres et procurer lalûmière à ces aveugles volontaires. ' Autre caractère de l'esprit ecclésiastique i un grand attrait pour toutes les vertus de l'état, un goût décidé pour la pureté, une affection singulière.pour l'oraison, pour l'étude et pour le travail ; une tendre charité pj[)ur le prochain : c'est cet esprit q^ui règle toutesses démarches ; de ce principe procèdent toutes ses actions dans l'ordre niérarchigue. S'il prie, c'est fEsprit-Saint qui prie en lui parues gémissements ineffables. S'il parle, s il exhorte, c'est ce même esprit qui exhorte par saboiiche. Ses conversations, son extérieur, son maintien et jusqu'à son silence, tout en lui annonce les grandeurs, les justices et les miséricordes du Dieu dont il est le ministre; destiné à le faire connaître partout , il répand d^ans tous les espr.ts et dans^les cœurs, la bonne odeur et la connaissance de son nom, ou plutôt il est lui-même la bonne odeur de Jésus-Christ en tous ceux* qui se sauvent. Par son exemple et par toute sa conduite^ il dit à tous les fidèles : Soyez rae^ imitateurs, comme je. le suis moimême de Jésus-Christ.

Enfin, dernier caractère ecclésiastique : il donne à celui qui en est rempli une grande estime de son état, il le lui fait envisager comme l'état le plus sublime, et lui en fait regarder les moindres degrés comme plus élevés que toutes les autres dignités du siècle,*que le trône même des rois; s'il en parle,' c'est toujours avec un saint xespect; il en porte exactement l'habit, il en aime les fonctions, il s'étudie à les bien faire, il tient è^ grand hoTlnjeur de les exercer .toutes, les plus abjectes en apparence comme les plus sublimes etles plus relevées; il fait son plaisir derorhément des temples et des autels, il y contribue de ses fonds, de ses revenus, de son crédit au moins : ainsi le jeune Samuel, élev^ dans le temple, croissait à l'ombre des autels et servait devant le Seigneur , prêt à voler partout où les ordres du pontife pourraient l'appeler. Dès que saint Cyprien se fut consacré au sanctuaire, on ne le vit plus occupé que delà décoration du lieu saint, demandant à être occupé à ce qu'il y avait de moins honorable dans la mais^on de Dieu : c'est saint Grégoire de Nazianze qui le rapporte. Point de modèle plus achevé d'un Etiinistre des autels, rempli de l'esprit de soh- état, que celui qui nous est montré dans la personne de Népotien : saint Jérôme nous lo représente comme un homme continuellement appliqué à parer l'autel , à nettoyer les murailles , à balayer le pavé de l'église , h tenir le sanctuaire propre, à rendre les vases clairs et luisants, à n'omettre aucune cérémoîtie, et à faire observer exactement toutes celles qui soqt prescrites. Si l'on vou-

lait le trouver sûrement, ajoute saint Jérôa^e, c'était à l'église qu'il fallait le chercher.

Voilà l&s caractères de l'esprit ecclésiastique, et les effets qu'il produit dans ceux qui en sont animés ; c'est à chacun de -voir s'il les reconnaît en soi. Avons-nous puisé dans les sources du Sauveur cette participation abondante de son es]jrit, qui rend ses ministres sensibles à tout ce qui est de sa gloire, qui les met dans la disposition de tout sacrifier et de se sacrifier eux-mêmes pour les intérêts de cette même gloire ? Sentons-nous une affection singulière pour Torâison et pour les exercices de piété , pour la modestie , la pureté ecclésiastique, |>our toutes les vertus de l'état ? Avons-nous un attrait singulier pour les fonctions qui. y sont attachées? Si rjous avons tout cela, nous pouvons nous flatter d*ayoir l'esprit de notre état. Au contraire, de si grands objets n'ont rien qui nous intéresse : nous ne sommes j)olnt touchés de voir le royaume de Jésus- Christ se perdre et se détruire insensiblement parmi nous ; nous ne sentons que dégoût l)0ùrla prière, j)Our tout ce quia rapport ad culte de Dieu , aux saints offices et aux exercices de piété; nous n'éprouvons en cela que tiédeur ; le temps que nous y donnons nous paraît toujours trop long ; l'appareil auguste de nos cérémonies, loin de raminer notre ferveur, devient pour nous un spectacle insipide , et ennuyant; curieux d une propreté affectée et déplacée, la modestie que les saints canons recommandent si fort aux clercs dans leurs hatiits, dans leurs cheveux, dans toute leur personne , nous paraît un air ridicule et de mauvais ^oût; nous en venons jusqu'à tourner en raillerie la noble simplicité des plus saints ministres qui portent sur leur tête, en toute leur personne, la modestie et la gloire du sacerdoce; enfin, attentifs à l'excès sur la commodité des appartements, sur l'élégance des ameublements , sur le service de nos tables et de nos personnes, nous voyons de sangfroid nos temples sacrés délanrés , désolés , tombés en ruine ou dans un état plus chétif que les viles cabanes destinées à la retraite ile$ derniers des hommes ; sous nos yeux , tous les jours , les ornements destinés au divin sacrifice sont sales, pauvres etdé;^^hirés, les linges sacrés où repose le corps de Jésus- Christ sont vils, dégoûtants et d'une malpropreté qui fait soulever le cœur ; nous voyons tout cela, nous le voyons d'un oeil tranquille, sans nous mettre en peine tVy remédier, sans penser seulement à réveiller sur des objets si sérieux la religion et la charité des fidèles: preuve évidente que l'esprit qui nous anime n'est point l'esprit ecclésiastique. Des sentiments si étrangers à l'état que nous avous embrassé, ou plutôt une opposition si roarquéeàtoutce qui est de cet état, décide assez que notis n'y étions pas appelés. Dieu donnant ordinairement un goût anticipé pour tout ce qui est de l'état où il appelle, dit saint Thomas. Mais pour ne rien laisser à désirer sur l'esprit ecclésiastique, disons un mot des moyens de Tac-

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cjîwlr, de le conserver, de le pré^iarer et de 1 augmenter.

II. Un raoyen sûr pour attirer en soi Tesr prit ecclésiastique , c'est de se vider de Tespritdu monde ; il y a tant d'opposition entre .ces deux esprits , qu'il est impossible de les allier et de les concilier. L'ecclésiastique qui a l'esprit de son état n'estime que ce qui le rappelle à ses obligations , à ses fonctions ; il lait gloire de paraître toujours revêtu des marques de sa dignité. L'ecclésiastique mon-

et de minutie tout ce qui s'appelle régularité. Content de la dernière place , le derc qui a l'esprit de son état n'a d'autre ambition que de plaire au Seigneur. L'ecclésiastique qui a l'esprit du monde ne pense qu'à s'y pousser et à s'y avancer ; possédé de mille désirs terrestres,il ne craindra pas de sacrifier àson ambition les intérêts de l'Eglise et de la.religion.

La jjrière est un autre moyen d'acquérir Fesppit ecclésiastique. De soi-même , Dieu est prêt h le donner à tous ses ministres ; ceux qui le sollicitent par de ferventes prières sont les seuls à l'obtenir. C'est à la prière des apôtres assemblés qu'est accordé a Paul et à Barnabe l'esprit apostolique , qui les soutiendra dans l'esprit aè leur ministère et dans la prédication de l'Evangile. De là les prières de l'Eglise pour attirer cet esprit sur tous les clercs , dès leur entrée dans le sanctuaire. Les engagements plus grands qu'ils prennent au sous-diaconat sont un nouveau motif de solliciter pour eUx l'esprit de sagesse et d'intelligence , l'esprit de conseil et de force, l'esprit de crainte et de piété, qui <Joit remplir des hommes pour toujours dévoués au service des autels. En les élevant au degré qui commence la hiérarchie ecclésiastique, elle les munit de cet esprit de force qui les fera triompher du démon et de SQS tentations. Enfin , en les consacrant prêtres, elle conjure son divin Époux de les remplir dé l'esprit sacerdotal , et de les combler de toutes .es grâces qui en découlent.

Les mêmes causes qui auront produit l'esprit ecclésiastique le conserveront. A la |»rière, il faut ajouter le recueillement et rexercice fréquent des fonctions saintes. Un ecclésiastique dissipé ou répandu dans le inonde ne doit pas s'attendre à fixer sur sol l'esprit de Dieu ; cet esprit si pur, qui ne put demeurer en des hommes nouvellement sortis des mains de Dieu, parce qu'ils étaient devenus charnels, ne pourrait habiter dans le cceur d'un ecclésiastique plongé dans Tamour du monde et des créatures. Appelés au ministère dans la décadence des siècles, <ju'il est à eraindre que nous n'en suivions 1 esprit el la malheureuse destinée 1 Insensiblement la ferveur se relâche, les forces spirituelles s'usent, la piété se ralentit jusque dans les fonctions qui doivent servir a la ra- Bimer et à la fortifier.

Dès que nous nous en apercevons, rappelôns-nous à l'esprit primitif de notre vocation j renouvelons-nous, selon l'avis de saint

Paul, dans la ferveur de l'esprit ecclésiastique qui nous fut donné dans l'ordination. Nous le ferons avec succès par la retraite iinnuelle et spirituelle dans un de ces asiles sacrés destinés aux exercices de la piété cléricale et sacerdotale. C'est en ces saintes maisons que. nous avons puisé les prémices de l'esprit ecclésiastique, et c'est là encore que nous trouverons de quoi le ranimer; cest en ce lieu.de lumières que nos veux> s'ouvriront pour la première fois à des vérités iusque-là inconnues, sur la grandeur et sur la sainteté de notre état; c'est là qu'ils s'ouvriront de nouveau à ces mêmes vérités obscurcies par les nuages du monde et des passions. Nous y venons l'importance du ministère dont nous sommes chargés , les dispositions qu'il exige, les vertus qu'il demande, les obstacles qu'il présente, les périls où il engage, les avantages qu'il promet, la couronne au'il ofi*re. Nous y reprendrons la ferveur de l'esprit et notre première charité; ce sera un nouveau cénacle dont nous sortirons embrasés de l'amour divin et remplis de l'Esprit saint.

Ainsi ranimé dans nous, l'esprit ecclésiastique y prendra de nouveaux accroissements par Tunion intime que nous conserverons avec Jésus-Christ, le prince des pasteurs :, attachés à ce divin chef, nous serons détachés du monde, parce que l'esprit de Jesus-Christ nous y affectionnera ; fervents dans la prière, parce que Tesprit de Jésus-Christ nous animera ; patients dans les souffrances, parce que Tesprit de Jésus-Christ nous soutiendra; résignés dans les contradictions, parce qua l'esprit de Jésus-Christ nous enflammera.

A cette union, joignons une sainte communication avec ceux de notre état qui eu ont plus l'esprit; s'il y a toujours à perdre dans la société des clercs qui n'ont que Tes-

f)rit du monde, il y a toujours à profiter dans a société de ceux qui possèdent resi)rit da Jésus-Christ; ce fut par l'union avec Elie xHElisée devint participant du double esprit e ce chef des prophètes. Une sainte communication entre les ministres de la religion ne contribue pas moins à leur sanctification qu'à l'édification des peuples ; leurs paroles portent au bien, et leurs exemples le font pratiquer. Formons-nous sur ceux qui vivent au milieu de nous : ne perdons pas de vue ceux quinous ont précèdes, et qui, dans les siècles passés, nous ont tracé les voies de la perfection ecclésiastique ; nous respirons encore à l'odeur de leurs vertus : un saint . Charles Borromée, un saint François Xavier, un saint Vincent de Paul > un dom Ba'-thélem v des Martyrs et tant d'autres. En considérant toute la suite de leur conduite et de leur vie, prenons-la pour règle de la nôtre, comme elle fut elle-même la plus fidèle expression de la vie de Jésus-Christ, souverain pasteur des âmes, qui est aujourd'hui tel au il était hier et qu'il sera dans tous les siècles.

Les prêtres doivent fuir le monde, aimer la retraite et le recueillement. Sauvez votre âme, disait l'ange à Loth, en le tirant do Sodome ; sortez de cette ville infâme, de peut

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