‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 253 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L?8 illusions de ceux qui pensent ne faire jamais de pénitence sHls ne se l'imposent eux-mêmes.

Je trouve bien des sortes de gens qui sont da:is cette fausse maxime de croire qu'ils ne font jamais une véritable pénitence, que quand te sont eux-mêmes qui se l'imposent. Ceux qui ont beaucoup d'infirmités corporelles et qui n'en ont pas aussi moins de zèle pour leur perfection, deviennent souvent chagrins et insupportables à euxmêmes se persuadant qu ils ne font rien parce qu'ils no se tueat pas d'austérités. Ceux à qui on en refuse souvent , ne secondant pas le feu de leur zèle, se laissent emporter et tromper de la môme créance. Ceux

encore, dont les emplois, les occu{)ations et le genre de vie ne souffrent pas bien des austérités, s'en affligent comme ne faisant /ien pour leurs pèches quoique d'ailleurs ils ne laissent pas d'avoir bien de l'exercice, par les croix qui leur arrivent. Et là-dessus, que ne disent-ils pas pour se plaindre do leur état.

1" Nous sommes les coupables, n'est- il donc pas juste que ce soit nous-mêmes «jni nous punissions? Et comment avoir du repos voyant que nous ne sommes pas les instruments de notre pénitence après l'avoir été de nos crimes?

2** On nous peut frapper, mais qui sa'! mieux ce qu'il nous faut que nous-môme.s? Cebxi qui a fait le mal semble devoir mieux comprendre par où il le faut punir.

3' Mais ne semble-t-il pas encore qu'on ne peut bien connaître la véritable douleur ci U péché que parla mesure [du [châtiment qu'en exiçe le criminel ? Et si nous n'en faisons point nous-mêmes, v a-t-il lieu de crpire que nçus soyons toucliés de quelque dpuleur?

Voyez-vous, Théonée, l'entortillement de ces esprits qui pensent ne rien faire do bien, s'ils ne le font eux-mêmes? Leur illusion est subtile étant si bien colorée , mais cela n'empêche pas qui'on en abatte facilement Je plâtre. Jçt les prie dç me répondre.

Vous prétendez fjiire pénitence, c'e^ là votre passion et tout ce qui vous emporte dans vos plaintes i or sus, ne voyez-vous pas bien voire dérèglement? Dieu et lesi créatures la vous font faire par les impressions des maladies, des lenlations, des i-ersécutions, des peçtcs et en bien d'autres man'ères que vous ressentez^ et vous vous plaignez de n'en point faire? N'est-ce pas ià un étrange aveuglement ^ Non^ mais celi^ vient de ce que ce n'est pas vous-même qui vous tourmentez et voilà le fin de votre illusion, comme si la pénitence qui vient d'ailr leurs n'était pas si DOi\ne que celle qui vienfc de votre p(irt.

Oh ! je ne veux que vous-même pour juge de cet égarement d'esprit , confessezmoi la vérilé, si votre nature n'est pas beaucoup plus humiliée quand ce sont les créatures qui vous mettent en pénitence par les peines qu'elles vous font? C'est ce que me dit la vive pointe du sentiment que vous en avez, vous ne le pouvez nier; ei la pér nitence la meilleure n'est-ce pas celle qu4 porte avec soi plus d'humiliation? Celle doi?p qui vous vient de la créature, n'est-ce pas aussi celle qui vous doit être la plus chère, et bien plus infiniment gue toutes les pénitences {volontaires, qui n'ont guère coutume de nous humilier?

Si la pénitence qui vous vient des créatures est bien plus dure que celle que vous vous imposez, que ne faut-il pas dire de la ri-

Rueur de celle qui vient de la main de Dieu ? l frappe bien plus durement, car c'est le bras et la force d'un Dieu qui se décharge ; il frappe justement où il faut porter le coup.

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LES ILLLS'.ONS DE LA VIE SPIRITUELLE

car il sait de quel côlé Je besoin de la personne est plus grand; il frappe sans com- ])assion, car le bien pour lequel il frappe mérite inûniraent •î)1us de peines et cle douleurs. Cela étant, quelle raison aurez-vous, maintenant de vous plaindre de ce que vous ne faites point ae pénitence puisque ne pouvant rien faire de votre part, Dieu fait en vous-même parses épreuves et par ses coups ce qui manque à votre pouvoir et à votre capacité? Allez, toute la pénitence que vous pourriez vous imposer, ne serait qu un adoucissement et une lâche indulgence comparée h celle où Dieu vous met quand il lui plaît.

1! me semble encore que ce vous est un grand avantage , lorsque votre pénitence n'est qu'une pure impression de Dieu et de la créature, car alors vous la pouvez faire avec tout le repos et la paix, n*ajant aucun soin de chercher à vous faire de la peine. C'esi Dieu, c'est la créature qui se donne uniquement cet emploi. Vous n'avez de votre part qu'à recevoir simplement leurs épreuves sans vous donner aucune autre ]^oslure,que celle d'être sous leur main. Confessez donc que c'est bien être dans l'illusion de vouloir tant vous tourmenter de ce que vous ne faites point de pénitence, puisque l'on en prend si bien tout le soin pour vous.

Mais afin de vous en mieux convaincre par vous-même , dites-moi s'il n'est pas vrai que les pénitences étrangères vous sont souvent très-insupportables? Vous n'oseriez pas le nier ; et après cela , oseriez-vous non plus vouloir me faire croire que la peine que vous avez de ne point faire pénitence par vous-même, vienne d'un désir sincère de la faire? Ce serait me vouloir tromfer, comme vous Tètes, et mettre dans vous la fois deux dispositions qui ne sont pas absolument compatibles, savoir d'aimer à vous imposer des pénitences, et de ne pouvoir souffrir celles qui vous viennent d'autrui.

Je vous demande maintenant, Théonée , si vous ne pensez 'pas que ces personnes soient assez suQisamment convaincues pour sortir de leur illusion. Au moins, je me persuade que vous Têtes assez vous-même pour n'j jamais entrer avec elles.

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