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ILLUSION III

Il y en a beaucoup out se persuadent que pendant Voraison us entendent des voix intérieures.

Nous ne sommes pas en peine, s'il y a des voix intérieures, ou s'il n'y en a pas; la vérité n'en est que trop connue, pour peu qu'on ait d'expérience des choses de l'intérieur : il en est donc, Théonée; cela est trop constant.

C'est par là que Dieu se fait entendre à l'âme dans le secret de son fond; tantôt il le fait par des paroles articulées, qui se distinguent, et qui forment des sentences ; tantôt, par des impressions dans la substance de l'âme, qui en est toute pénétrée; tantôt par des lumières qui rayonnent dans l'entendement, et qui découvrent des vérités ; tantôt par une douce onction, répandue dans le cœur, qui en est tout en paix, et en douceur. Ce sont là les manières dont Dieu parle d'ordinaire à l'âme.

Mais, ô Dieu, Théonée, apprenez bien aujourd'hui, je vous prie, comoien tous ceux qui étouffent les raisonnements de l'esjirit, et 'qui le dépouillent de toute opération, font parler Dieu dans leur intérieur, sans qu'il y pense, pendant qu'ils sont en oraison, et se flattent qu'ils entendent des oracles et les paroles les plus amoureuses. Je vous marque succinctement les principes de ces illusions, si familières aux personnes qui éteignent tout le discours dans l'oraison, en se mettant dans une inaction affectée.

Tout ce Qu'elles désirent avec ardeur, elles se persuadent facilement qu'il leur est dit dans l'intérieur, et qu'elles entendent des voix qui leur ou font la déclaration : cela vient de ce que la chose qu'elles désirent s'imprime si vivement dans leur esprit, que celte impression naturelle leur devient comme une voix divine, et qu'elles pensent ainsi entendre ce que l'ardeur de leur esprit leur a fortement imprimé.

Kt pour mieux comprendre celte illusion, vous savez, Théoilée, aue leur imagination, mais principalement celle du sexe, étant une fois échauffée dans l'oraison, il est étrange quelles tragédies elle ne fait point. II n'est rien alors que cette imagination ne fasse et ne dise; elle exhorte, elle menace, elle caresse, elle dit tous les mots et doux et terribles, selon la nature de son feu. Et parce que la personne voit dans ce temps, que ces choses se disent comme tout d'elles-mêmes, sans qu'elle y travaille rien, elle ne doute

f^oint que ce ne soient de divines voix qui ui manifestent les volontés du ciel.

Ce qui confirme davantage ceite tromperie, c'est qu'elles vous diront avec une assurance inflexible que c'est Dieu qui leur a parlé El ne pensez pas que, car aucune force de raisons, vous leur puissiez persuader le contr;^îfe ^® ^^ qu'elles croient; vous n'y ^v nccrex nen, car c'est Dieu qui le leur a ^y^'i^^s \e sanctuaire de leur àme, et il ne iJVl ^V)\v)S écovilôt la cvéalure sur une chose, ^\>^ e^x ^'^^ ^^^ ^^^^ èuoiicô. Celle seule

un

assurance intrépide qu'elles se donnent, n'est-ce pas une marque certaine de leut illusion ?

Davantage, il arrive quelquefois qu'elles seront dans quelque douceur intérieure, qui les pénètre : Ohl c'est alors, remarquez-le bien, Tliéonée, que l'excès de cette suavité leur fait dire intérieurement cent douces paroles, les plus délicieuses et les plus caressantes. Elles en disent en effet quelguesunes, cela est bien vrai; mais elles se font à elles-^mémes tant de douces réponses, comme de l'époux à son épouse; et là dessus elles se figurent que cest un renvoi qui leur vient de Dieu, lequel répond aux accents de leurs langueurs. Que c'est là doucement et aveuglément faire tous les personnages de Taraourl

Mais rien ne fait voir, ce me semble, claiteraent, combien ces voies intérieures sont pleines d'illusions, comme d'en entendre qui vous rapporteront de grands discours, cqii leur sont fait au fond de Tâme. Non, lien crovez rien alors; cette manière est toute puérile et grossière; car, quand Dieu parle au cœur par ces voies mystérieuses, il n'a pas coutume de faire de si longs discours, ce ne sont que sentences, ce ne sont que quelques mots qui laissent toujours leur effet dans l'âme; c'est que la nature de la grâce est de dire peu et de faire beaucoup; «t puis les grands discours sont bien inutiles, où tout se peut faire heureusement par une simple impression , ajoutez que ces lon-

gues suites de paroles ont quelque chose

Ïui répugn-e grandement à h ieu.

ui répugn-e grandement à la majesté de

Vous pouvez encore juger de la tromperie de ces paroles intérieures, lorsqu'on ne remarque pas dans la personne les effets d'un, grand changemenft; car à Dieu, parler et opérer n'est qu'une même chose ; ce qui distingue sa çarole de celle de la créature la plus persuasive, laquelle ne porte pas infailliblement son effet : si bien que si tous voyez une personne qui vous en dit beaucoup de toutes ces voix intérieures, qu'elle entend, et qui n'est pas pour cela plus mortifiée, diteslui que c'est une illuminée qui se nourrit des lantômes de son imagination.

Enfin, si ces paroles secrètes, qu'on appelle divines, s effacent facilement de la mémoire, vous pouvez dire, Théonée, qu'elles ne le sont pas ; parce que le propre de l'esprit de Dieu, quand il parle de cette sorte, n'est pas seulemenît de porter soin effet avec lui, mais il laisse encore de si profondes impressions de ses paroles, que le temps ne les peut guère effacer ; et c'est ce caractère'qui les distingue de toutes les autres voix qui se peuvent faire entendre dans l'intérieur. Et c'est aussi ce qui nous donne sujet de dire que toutes celles dont souvent on nous fait tant le rapport, ne sont que des illusions prce qu'aussitôt elles s'écouleattout comme le temps.

Pour conclusion , si vous m'en voulez croire, ne vous occupez jamais bien de toutes ces voies intérieures, et accoutumez-

vous à en détourner incontinent votre attention, je vous la dirai sur la fin de ce traité plus précisément.

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