SOS
que vous ne périssiez avec elle. Ne vous arrêtez point dans toute cette contrée ; éloignez-vous de cette terre de malédiction que le Seigneur va frapper dans sa colère; vous n'y avez que trop demeuré, fuyez jusqu'à ses approcnes, perdez de vue toutes ses dépendances, sauvez-vous au plus tôt sur la montagne, si vous ne voulez être enveloppé dans la ruine de cette ville criminelle. Ce que range protecteur de Loth lui disait de Sodome, nous pouvons et nous devons, à meilleur titre, le dire à chaque prêtre et à chaque ecclésiastique de ce monde corrupteur et corrompu, au milieu duquel il est ooligé de vivre. Fuyez un monde séducteur où tout est danger; il n'y a qu'une fuite prompte qui puisse vous garantir de la contagion qui règne dans cette terre maudite, et assurer le salut de votre âme.
Mais que disons-nous ? fuir le monde ! Cette fuite est-elle praticable pour les ministres de l'Eglise, ou plutôt ne leur est-elle pas interdite ? Le ciel leur ordonne de demeurer au milieu du monde pour le sauver; chargés qu'ils sont de la conduite des âmes, ils ne peuvent pas se sénarcr totalement du monde «ans aller contre les ordres de Dieu qui les veut au milieu de cette nation perverse pour Ja sanctifier, en se sanctifiant eux-piômes avec elle. Le moyen qu'ils ont de se préserver desécueilset des dangers d'un monde contagieux n'est donc pas de les éviter absolument, mais de les craindre, et de prendre toutes les précautions imaginables pour ne pas s'y perdre. C'est en abrégé tout le tableau de la vie sacerdotale et ecclésiastique que nous exposons ici : fuir le monde, autant que peuvent le faire les personnes de notre état ; x^ombattre le monde et ses maximes au milieu du monde, quand il ne nous est pas possible de nous soustraire à ses dangers par la fuite. Fuyons le monde autant que nos obligations peuvent nous le permettre, la sainteté de notre profession nous en éloigne ; rentrons dans le monde quand notre ministère elles besoins spirituels de nos frères l'exigent , nos fonctions nous y appellent ; mais ne nous y trouvons que par des vues surnaturelles, et avec la plus grande circonspection.
Si nous avions des laïques à instruire, pour ieur persuadci" la fuite du monde, nous leur dirions que son commerce est contagieux, qu'il est dimcile de s'y conserver dans l'innocence, que tout y est danger; que des hommes qui avaient été longtemps des modèles de perfection dans la retraite, se sont perdus dans le monde 9 malheureusement séduits par ses maximes et pervertis par ses pernicieux exemples. Mais, ayant à traiter cette matière ï/our des prêtres, pour des ecclésiastiques, c'est par des raisons propres à leur état que nous devons nous efforcer de les convaincre. Les principales sont : l'exemple du Sauveur ; le renoncement solennel qu'ils ont fait au monde et à ses faux biens ; les écueils inévitables où il expose les ministres du Très- Haut ; l'impossibilité qu'il y a d'allier l'exercice des fonctions du ministère avec le commerce du monde; enfin l'éloigneroent
qu'ont eu pour lui tous les saints et les plus grands personnages qu'ait jamais eus le sacerdoce. •
Nous disons d'abord l'exemple de Jésus- Christ. Dans tout le cours de sa vie mortelle, que de traits qui nous dévoilent Téloignement que ce divin Sauveur eut constamment pour le monde, et que tous les prêtres doivent avoir après lui î C'est pour le leur inspirer qu'il passe ses trente premières années dans la solitude et dans l'obscurité d'une vie cachée. Si, dans les trois dernières, il a quelque communication avec le monde, ce n est que pour l'instruire, le réformer et le sanctifier; encore la meilleure partie de son temps est^ elle consacrée à des entretiens secrets avec son divin Père. Dans tous les discours qu'il adresse à ses apôtres, il ne leur enseigne que la haine du monde; toutes les instructions qu'il leur donne ne sont qu'un tissu de maximes diamétralement opposées à celles du siècle. Tentôt ce sont des anathèmes foudroyants lancés contre le monde à cause de ses scandales; tantôt il leur proteste qu'il ne prie pas pour le monde ; d'autres fois il leur déclare que, les ayant choisis et tirés de la corruption du siècle pour être employés à la réformer, ils doivent s attendre à être haï» et persécutés, comme il l'a été lui-môme. C'est ainsi que ce divin Maître traçait, par ses paroles et par ses exemples, à ceux qu'il formait au sacerdoce, la conduite qu'ils devaient tenir dans le monde, et Tobligalion indispensable qu'ils auraient un jour de le fuir et de s'en tenir éloignés , autant que leurs fonctions pourraient le leur permettre.
De là aussi (et c'est une seconde raison de cette fuite) l'engagement solennel qu'ils ont pris de renoncer au monde dès leur première entrée dans le sanctuaire. Qu'est-ce qu'un ecclésiastique par la seule cérémonie de la tonsure qui Ta mis au rang des clercs ? C'est un homme séparé du monde , consacré à Dieu d'une manière spéciale, particulièrement dévoué à son culte et au service de ses autels. Un ecclésiastique est un homme qui a ipris solennellement le Seigneur pour sa portion et pour son héritage ; car voilà co que signifient les paroles de la protestation
Far- laquelle il s'est consacré au service de Eglise. Le caractère principal de cette con-sécration est de nous séparer tellement du monde, que nous n'ayons de communication avec lui qu'autant qu'il est nécessaire d'en avoir pour le sauver ; de nous appliquer tellement au culte de Dieu, qu'il ne nous soit plus possible de quitter le sanctuaire pour rentrer dans les tentes des pécheurs, ou participer à leurs œuvres ; c'est, enfin, de nous séquestrer du monde comme d'un lieu où nous sommes toujours avec danger, toujours avec indécence et avec une sorte de profanation de nos personnes sacrées , quand ce n'est pas le service de Dieu ou l'utilité du prochain qui nous y appellent ou qui nous y retiennent : ainsi, la tonsure, en nous tirant des fonctions publiques de la société, nous réserve à des fonctions plus nobles qui regardent le culte de Dieu ; en la recevant.
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DÂSCETISME.
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nous avons cessé en un sens d'être les membres de la république pour devenir les membres du clergé. Toujours unis avec le reste des hommes par des devoirs communs qui nous lient à eux, nous formons, comme ecclésiastiques, un peuple à part, une nation sainte, un sacerdoce royal, une société particulière d'hommes qui, au milieu de la société même, vivent sous d'autres lois, ont d'autres obligations et des engagements plus saints. C'est pourquoi, sans cesser d'appartenir à l'Etat a titre d'obéissance et de soumission, nous cessons d'être membres de la république par rapport au service de l'Etat, n ayant 8 lus d'autres fonctions qiie celles du culte e Dieu, plus d'autres retraites que nos temples sacrés, plus d'autres asiles que le sanctuaire, plus d'autres occupations que la prière et les bonnes œuvres.
Séparation sainte, sur laquelle sont fondés tous; les privilèges accordés et attachés à l'état ecclésiastique. En vivant aumilieu du monde, si nous sommes décharges de tous les assujettissements sur lesquels roule toute la vie civile; si la société se départ en quelque sorte de tous les droits qu'elle avait sur nous, c'est pour nous laisser tout entiers à des usages plus saints. Respectant en quelque sorte le recueillement profond que demandent nos fonctions et le sceau sacré qui nous attachent à Jésus-Christ, elle nous laisse en partage un religieux loisir et un saint repos, qui ne doivent plus être remplis que par la prière et les fonctions saintes, que par les exercices de piété et les œuvres de charité auxquelles nous sommes totalement dévoués, Segrégé du monde, un prêtre ne doit donc plus se regarder que comme un homme étranger au monde et totalement mort aux choses du monde ; tout ce qui pourrait l'y replonçer, hors ses fonctions, doit lui naraî- Ire un joug honteux qui le dégrade en le faisant rentrer dans l'ignominie du siècle dont il avait été tiré, en l'asservissant de nouveau à la même tyrannie dont son entrée dans le sanctuaire l'avait heureusement affranchi. Voilà les idés nobles que tous les ecclésiastiques devraient avoir de leur état : sont-ce toujours là celles qu'ils ont ? Combien, parmi eux qui, regrettant, ce me semble, les liens funestes qui les attachaient au monde et à ses vanités, se font un mérite de les reprendre, et s'enfoncent plus avant dans le monde que les mondains mômes î Oubliant cet avertissement de l'Apôtre, gue ceux qui sont initiés dans la milice spirituelle de Jésus-Christ ne doivent plus s embarrasser des affaires du siècle^ ils épousent en quelque sorte les intérêts et les contestations des mondains; ils en font leurs occupations ordinaires ; d'hommes de Dieu quils étaient^ ils se font les hommes de la terre ; de ministres des choses saintes, ils rede- ^ennent les ministres des passions des gens du monde. Entrant ainsi dans toutes les atfaires et les agitations de ce monde dangereux, est-il étonnant qu'ils donnent dans tous les pièges qu'il tend à leur innocence? Un nouveau motif pour eux de fuir le
monde, ce sont les pièges qui s'y rencontrent
Sresque à chaque instant sous leurs pas. •u'est-ce que ce monde si souvent et si solennellement réprouvé de Jésus-Christ? Selon le Disciple bien-aimé, c'est un composé monstrueux de corruption et de malignité. Le monde est le théâtre de toutes les passions, où règne le scandale, où le crime marche tête levée, respecté dans les grands, autorisé par ceux qui devraient en arrêter le cours, récompensé dans un nombre prodigieux d'heureux scélérats à qui leurs iniquités servent de degrés pour arriver aux honneurs. Lo monde est une région perverse où la vertu est sans honneur, où 1 on rougit presque de conserver encore quelques sentiments de probité, de pudeur et de religion. Le monde, dit saint Ambroise, est une mer orageuse, agitée de mille tempêtes et fameuse en naufrages; c'est un pays contagieux où l'on respire un air empesté, où chacun s'empresse de communiquer aux autres le poison malin quiTinfecte et le venin qui le dévore. Or, dans cette mer orageuse que d'écueils, dans cette terre de malédiction que de pièges pour un ecclésiastique, pour un prêtre qui s'y trouve placé par la Providence 1 Ecueils et pièges du côté des maximes pernicieuses qu'on y débite. Tout ce que l'Evangile réprouvé, le monde le conserve; il nomme heureux ceux qui sont maudits de Jésus- Christ ; il décore du nom de vertus les vices les plus infâmes et les plus odieux. A entendre ce monde pervers, l'ambition est noblesse de cœur, la fierté grandeur d'âme ; la vengeance, l'effet du courage ou un juste ressentiment; l'avarice, sage prévoyance; la fourberie, habileté; le luxe, bienséance d'état; l'impureté, sensibilité de cœur : maximes dangereuses qui passent bientôt de la bouche de ceux qui les débitent au cœur de ceux qui les entendent, et n'y font malheureusement que trop d'impression; ce qu'elles paraissent avoir de choquant et de révoltant pour une âme timorée, insensiblement l'usage du monde l'adoucit; ce qui était regarde comme devoir indispensable ne paraîtra plus en peu de temps qu'excès bizarre ou zète outre. A force de voir autorisés dans le monde la mollesse et l'oisiveté, les haines et les médisances, le luxe et la volupté, on s'y familiarise; on entre, sans y penser, dans les prétextes dont le monde se sort pour excuser les différentes passions qui y régnent. On serait volontiers prêt à en feire Tapologie, si, de sa part, le monde voulait faire grâce et rendre de semblables hommages à la lâcheté de ses partisans.
Or, au milieu de tant d'écueils et de d^gers, le moyen qu'un ecclésiastique, qu'un prêtre, qui, suivant son attrait pour le monde, se trouve mêlé dans ses assemblées; le moyen, dis-je, pour lui de se conserver dans Tinnocence et dans la pureté de son état? Forcé pour «insi dire de penser, du moins de parler et d'agir comme le monde, il lui faudra sourire aune impiété, approuver des discours licencieux, applaudir à des obscénités finement enYcloj)pées . et déguisées
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80US des termes honnêtes; il lui faudra accoutumer ses oreilles h raille tr-aits satiriques ou médisants, en lancer lui-même dans roccasion, prodiguer des éloges à la volupté, en avoir de tout prêts a donner au vice. Sans cela, et s*il s'avise de vouloir porter au milieu du monde un esprit de critique ou de réforme, il en deviendra bientôt la fable et le jouet; il aura à essuyer toutes les railleries, toutes les plaisanteries
au' il a plu au libertinagçe et à l'impiété imaginer pour rendre odieuses la religion et la piété. Triste nécessité pour un chrétien qui veut vivre avec le monde, d'en adopter ou d'en combattre les maximes, d'en devenir le panégyriste ou le censeur l Condition plus triste d'un ecclésiastique , d'un prêtre, de ne pouvoir travailler dans le monde à sauver le monde, sans être exposé à se perdre avec lui 1
Ecueils et dangers encore dans le monde, du côté des objets séducteurs dont un ecclésiastique se trouve comme investi. Plaisirs^ amusements frivoles, passions de toutes les sortes; extrêmes bassesses au dedans, tentations vives au dehors : tous les objets qui l'environnent tentent de séduire son esprit et de corrompre son cœur. Eh! si le religieux, qui a pour rempart la solitude et la retraite, la mortification et le silence, ses règles, jointes à la vigilance d'un supérieur attentif et zélé ; si le religieux, dis-je, avec tant de préservatifs et de secours, ne se croit pas encore en sûreté, aue deviendra dans le monde même un ecclésiastique, un prêtre,
3ui, maître de toutes ses actions et abanonné à sa propre volonté, n'a d'autres inspecteurs de sa conduite que Dieu, d'autres censeurs de ses vices que lui-même, ni d'autre frein pour le retenir que la loi de Dieu et la vue de ses devoirs? Ah! qu'il est à craindre qu'il ne se perde, malheureusement entraîné par le torrent du mauvais exemple ou séduit par les maximes pernicieuses de ce monde corrompu où il aime à se trouver 1 Ne dût-il être que témoin dos désordres qui s'y commettent, ne serait-ce pas déjà quelque chose de bien triste? Eh auoi ! aimer Dieu et le voir ofifensé comme il l'est tous les jours par les partisans du inonde I Aimer ses frères et les voir marcher tête baissée dans les voies de l'iniquité, courir à une perte assurée 1 Quoi de plus désolant pour un chrétien qui n'a pas renoncé à tout sentiment de religion? Quelle situation pour un prêtre surtout que l'amour de Dieu et le zèle de sa gloire seraient encore capables de toucher 1 Comment à cette vue ne pas se sentir pénétré de la plus vive douleur? Mais recelésiastique mondain dont nous parlons ne s'en tiendra pas à être spectateur des déportements du monde, il faudra qu'il en devienne l'approbateur et le com])]ice. Le moyen de blâmer constamment des désordres aont on se porte volontairement, et de propos délibéré, à être continuellement le témoin? Prétendre condamner de parole des pratiques que tous les jours on autorise par sa présence, c'est donner