‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 264 sur 315 · ILLUSION VUL · texte numérisé non relu

ILLUSION VUL

// n'y en a guère qui ne croient qu'ils doivent latiser r oraison, quand ils sont un peu malades.

Que ne fait-on pas, pour se dispenser de l'oraison lorsqu'on n'y a pas bien de l'attrait et que Dieu ne s'y fait pas sentir dans l'abondance de ses délices? On prend pour cela occasion de toutes choses, et entre celles dont on prétend tirer le sujet de sa dispense, je trouve que celle des infirmités du corps en est d'ordinaire la principale ; car combien trouverez-vous de malades qui s'appliquent à l'exercice de l'oraison? Vous n'en seriez as bien écouté, Théonée, si vous pensiez ou es y obliger ou les y porter.

1* Ils vous diraient que c'est le devoir d'une personne qui jouit d'une santé parfaite, mais que la maladie d'elle-même en exempte celle ({ui est malade

2" Ils vous ajouteront qu'un esprit ne fait guère qu'autant que le corps est capable d*agir, et que le corps étant abattu par le mal, l'esprit n'a pas le pouvoir de s'élever.

3'* lis vous diront encore que souvent les incommodités sont telles que l'esprit ne peut môme concevoir une seule bonne pensée, et que oc n'est pas là, pour s'engager bien avant dans l'oraison.

Nous devons sans doute, Théonée, être bien d'accord de tout ce qu'ils disent; mais cela se doit entendre des malades, qui le sont tout de bon, à qui même l'oraison est défendue ordinairement, quoi qu'ils y puissent avoir de la facilité et de l'atiraif, comme

étant une chose capable d'échauffer et tV^ térer encore davantage leur mal : et il n^e ici question que de ces malades qui s(> attaqués seulement de quelques légères iii lirmités ou habituelles, ou passagères :< sont ceux-ci que l'on voit tous les jeu

firendre avantage de leur mal, pour ne poi, isiire d'oraison, en appréhendant rexercii comme trop nuisible à leur santé et qui i délir>atent ainsi Je corps tendrement^ au o pens de leur conscience : et ce sont ceux-» Théonée, que je prétends être bien a\Ri dans l'illusion : mais n'est-ce point vous \^\i être qui y êtes engagé et qui êtes de ces oî. lades délicats? Obi si cela est, vous me je mettrez bien de vous entreprendre {ot vous désabuser.

Je vous dirai donc, que votre inCrmi. étant reçue avec amour et soumission, e* une voix qui prie incessamment et elle ^ toujours regardée de Dieu, comme elle : cesse point de le regarder : Tacceptatioo ej étant faite une fois seulement, elle prie * elle parle après à Dieu, indépendamment C vous : ne faites donc que vous présenter^ Dieu dans l'oraison avec votre iirSrmité, » là vous y tenir simplement avec elle; ai*: elle y fera tout pour vous, sans que vou> tdeviez prendre plus de soin. N'est-ce j,pour vous, Théonée, une belle di^charg»' » pouvez-vous guère faire l'oraison avec plde repos?

Bien davantage, sachez qu'après oue le id^ lade s'est ainsi présenté dans Toraison, <'.i est bien fidèle à ne s'en jamais dispen.srr. Dieu élève souvent son esprit, bien au-dessus de ses infirmités, à de sublimes commumunications : il récompense par là sa fidél;:. et il lui fait voir combien ses faveurs sor douces, par des opérations où raideur a mal ne lui permettrait jamais de s élever : vous ij'en devez pas moins espérer, Théomf. si votre maladie ne vous empêche pas k vous en approcher dans Toraison : sairti Thérèse saurait bien que vous en dire, si vous preniez la peine (ven lire les écritji.

De ce que je viens de dire, il est vrai i*4 au plus que Dieu ne veut pas de vous» qua vous êtes infirme, bien des opérations liV-* prit dans l'oraison : si cela est, je vous le \ltmande, quelle raison vous pourriez avoir if vous en dispenser, puisqu on vous y lai tellement dans le repos et qu'on nei point de vous que vous vous y donniez auc travail ?

Après tout, ne m'avouerez-vous pas que étant malade, vous ne laissez pas de vou> ti nir à l'oraison comme les autres, tout x moins votre temps s'y passe dans cet (m Or, je veux bien, Théonée, que vous sachi que ce temps, consumé dans celte seule \^: ture est une grande oraison, étant unsarritîj fait à Dieu ; c^r alors votre heure de ten:.^ se peutH)lle passer d'une manière plus saint Si vous ne lui donnez pas des ardeurs et hautes conceptions, vous lui donnez tem{)s do souffrances qui vaut bien tout u; Quoi que vous m'en puissiez dire ; quel . infirme que vous soyez, le cœur n'est jr ■.

LES ILLUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE

malade; eb bienl vous ne pouvez agir de la tête dans Toraison, faites-le de tout votre i ceur^rpuisque vous en avez un, et laissez-moi^ là cette tète et le reste, qui n'incommodent pas moins Toraison, quand on s'en veut trop servir, que votre santé en est alors incommodée.

Mais prenez garde, Tbéonée, prenez garde que la lâcheté que vous pourriez avoir à l'oraison étant intirme, ne vienne de celle que vous y avez pendant la santé. Etant bien sain, si Ton ne va à l'oraison que par contrainte et pour en foire la cérémonie, n'estil pas naturel que le corps étant mal disposé, un s'en dispense aussitôt? Car comment y serait -on plus fidèle pendant la maladie qu'on ne Ta été pendant lasanté. Voyez donc, si les prétextes que vous pourriez prendre lie ne vous point incommoder de 1 oraison étant infirme, ne se doivent point attribuer à la négligence que vous avez à la foire quand vous vous portez bien.

Que si cela n est pas, il sera au moins peut-être vrai que vous avez cette fausse persuasion comme tant d'autres, qu'il fout toujours beaucoup agir dans l'oraison et que votre infirmité ne vous le permet pas : ehlie vous Tai déjà tant dit et je vous le viens de direencoreily apeu^que les activités y nuiî^ent beaucoup et qu'il est bien meilleur d'y souffrir que a'açir : vous y trouvez donc votre compte tout entier, Théonée, étant infirme ; après quoi voyez si, en bonne conscience, vous pouvez vous dispenser de l'oraison et si ce ne serait pas h vous et à tous les malades, une grande illusion de le foire.

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