‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 265 sur 315 · ILLUSION IX · texte numérisé non relu

ILLUSION IX

V illusion de ceux qui dans les communautés affectent de donner plus de temps à Forai- 9vn que Us autres.

Il semble, me direz-vous, qu'on devrait plutôt foire le panégyrique de ces sortes de jiersonnes, que de les blâmer : vous avez raison, Théonée , aussi ne les blâraé-je pas absolument; j'en fois plutôt tout le cas et l'estime, que je puis, et je voudrais encore animer tout le monde h redoubler ses ferveurs dans ce saint exercice.

1" n est certain qu'il y en a qui sont touché» d'un attrait tout particulier pour l'oraison ; n'est-il donc pas juste qu'ils le suivent, sans se borner au temps que les autres ont coutume d'y donner?

2** On n'en voit que trop qui laissent l'oraison en ayant l'obligation, ou qui s'en acquittent bien mal; ne semble-t-il donc pas bien juste qu'ils en prolongent l'exercice comme pour suppléer à la lâcheté et à l'infidélité de ceux qui ne la font pas?

3' C'est encore là, si je ne me trompe, un bon moyen pour animer à l'oraison ceux qui n'y ont pas bien du feu, et comme un reproche fait à la négligence qu'ils y apportent.

J'en dirais bien plus que cela, Théonée, pour louer ce zèle qui donne un si grand temps à l'oraison; mais pourtant ne penso^

pas que cela fasse qu'il n'y ait point d'illusion en plusieurs, oui le donnent avec tant de largesse. Oui, Théonée, il y en a, et s'il faut louer le zèle de cette ferveur particulière, il n'est [>as aussi défendu d'en montrer les abus.

Car, il s'en voit qui font à la vérité de bien plus longues oraisons que les autres; mais a votre avis, qui les y porte? Non, ce n'est pas quelquefois un secret attrait de la grâce, mais je ne sais quoi, qui les fait aimer en cela particulièrement la singularité, car le sujet en est bien plus beau que du reste : et, pour vous le dire plus nettement, ce sont personnes qui auront ouï faire grand estime de l'oraison et des contemplatifs, et par un esprit assez vain elles en veulent être, et elles pensent le bien faire en donnant à l'oraison bien plus de temps que ne font pas les autres; il y a d'ordinaire quelque laiblesse et quelque petitesse dans ces esprits.

Qu'elles fassent oraison plus que le cortîmun si elles en ont attrait, à la bonne heure, on ne les en condamne pas ; mais qu'elles ne le fassent pas d'une manière que cela sa remarque , et c'est ce qui se voit. Qu'elles cherchent le secret ; que leur chambre ou la nuit en cache le mvstère aux yeux des autres ; que Dieu seul soit le témoin de leui^s longues contemplations. Ah ! c'est de cet(e façon qu'on approuvera grandement qu'elles donnent à l'oraison de plus longues neures que n'en donne pas la communauté, sans se produire en cela dans de certains temps oii, ellcd puissent paraître aflfecter de faire ce que les autres ne font pas.

Si la vie commune est louable dans le reste, et le moyen le plus beau de se sanctifier, comme je l'ai fait voir ailleurs, elleest dans cette matière d'une considération toute particulière; car,. s'il faut être fort commun dans les choses mômes qui n'ont rien d'excellent, il le faut être avec bieik

eus de raison dans celle qui est entre toutes plus noble de sa nature, comme est l'oraison, afin de ne pas éclater plus que les autres.

Ce qui prouve encore assez l'illusion de plusieurs qui veulent donner ces grands, temps à l'oraison par-dessus le commun; c'est qu'il arrive souvent qu'ils s'en incommodent grandement la tête : ils ont voulu indiscrètement voler plus haut que les autres et il leur en a coûité une benne chute ; ils ont cru que leur tôte pouvait en faire autant que leurs désirs, et le mal qui leur en revient punit bien la témérité qu'ils ont eue de ne se pas tenir simplement â ce que les autres ont coutume de faire.

Je trouve enfin une chose qui fait assez bien voir l'égarement de ces personnes. Je veux qu'il ne soit point mal d'en faire bien plus que les autres dans l'exercice de l'oraison » il l^ serait néanmoins beaucoup de le taii*^ en ôtant souvent bien du temps à ses iiitrcs devoirs, et c'est justement ce que

iivent on leur voit faire ; car, pour donner S^\jg(\AenV du temps à leurs contemi>latious

nsi

SLPPLEMENT AU DICTIONNAIRE D'ASCETISME.

ou elles laissent souvent ce qu'elles devraient faire d'un autre côté, ou elles le font bien superQdellement : c'est là, Théonée, un ien\\)S d'oraison fort mal ménagé et bien trompeur, car toute bonne action doit se faire dans toutes les mesures et ne pas préjudicîer à une autre.

Confessez-moi donc, que quelque longueur louable qu'on donne à ses oraisons, cette longueur ne la garantit pas pour cela des illusions dont cet exercice est capable.

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