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ci coulent quand Târne est dans Texès de la joie, et quand le cœur esi tout liquéfié de douceurs ; c'est qu'alors la tendresse intérieure dont elle est toute fondue en elleinérpe, fait aussi que les veux se fondent aussitôt en larmes ; et ces larmes ne portent avec elles que suavité.
3' Il y a des larmes d'amour; c'est ce qui 5:e dit il y a longtemps, que l'amour se nourrit de larmes; mais le divin le fait singulièrement; car quoiqu'il soit d'ordinaire flans une jouissance toute paisible, il ne laisse pas de faire souvent pleurer l'âme qui en est éprise, soit parce au'elle ne pense l»oint avoir d'amour pour l'objet, que néanmoins elle passionne, soit parce qu'elle voit qu'en effet il n'est point aimé, soit pour cent autres raisons qui s'en pourraient alléguer.
4' Il y a enfin des larmes de zèle ; pour celles-ci, c'est une sainte indignation qui les fait tomber, parce qu'une âme voit, ou que Dieu n'est pas connu, ou que l'étant, on ne fait que l'outrager tous les jours, par des crimes.
Ce queje viens de dire montre bien comme les larmes sont d'un prix tout à fait rare dans les voies de la sainteté. Pleurez donc, ITiéonée, car vous ne le ferez jamais assez; pleurons tous, car nous savons que nos besoins en sont infinis. Mais pensez-vous qu'il n'y ait point de larmes trompeuses, qu'on prend quelquefois pour de saintes larmes? il y en a, sans doute ; et je ne parle point de celles qui sont malignes, dissimulées, perfides coname il s'en voit dans le monde, mais de celles qui peuvent passer facilement pour vertueuses.
N'en voit-on pas qui à une seule parole de Dieu, et quoi qu'on leur puisse dire de quelque sentiment de piété, fondent aussitôt en larmes I Oh I ne les en pensez pas pour cela plus saints, Théonée, et n'en regardez pas les pleurs comme des témoignages do leur haute vertu. Non, ce n'est nas la force de l'objet qui leur tire ainsi les larmes des yeux ; ne n'est qu'une certaine facilité de nature à s'attendrir; car à ces personnes, pleurer et parler est presque tout une môme chose. Bien davantage, la facilité quelquefois en est telle, que vous auriez peine à bien voir quelque chose de raisonnable qui mérite ces larmes. Tout cela n'a rien que d'humain et de bas, et pan^e qu'elles ont coulé à l'occasion de quelques paroles de Dieu, vous ne devez pas en penser plus, que des larmes qui ne méritent pas a être .ramassées.
Que si vous en voulez considérer de plus près la source, cela ne ^vous sera pas bien difiîcile ; car vous ne pouvez pas bien ignorer qu'il y a des personnes dont le cerveau est tellement humide, que les larmes leur sortent des yeux quand elles veulent, comme les paroles de la bouche. C'est pour cola, Théonée, que quelque dévotes que vous paraissent celles clu sexe, vous ne (ievcziamais faire si grande fond sur toutes leurs wmes, pour juger delà sainteté de
leur intérieur ; car comme leur tempérament est fort humide, c'est aussi comme une propriété de leur sexe de savoir pleurer; c'est pourquoi vous devez bien vous observer, pour ne vous en laisser jamais gagner le cœur et l'estime; parce que les pleurs ne surprennent pas moins les autres, si l'on n'est sur ses gardes, quelles en sont trompées elles-mêmes.
Il y en a dont l'âme est naturellement fort comnassive aux misères d'autrui; ceux-ci, touchés de la compassion qui les saisit, donnent facilement aes larmes h l'objet misérable, qui est représenté à leurs yeux ou à leur esprit. Et cela fait que, quelque mystère douloureux de la passion de Notre-Seigneur leur étant présenté, leurs yeux ne peuvent arrêter les pleurs qui en découlent aussitôt. Vous jugeriez en môme temps que ce serait un don de larmes dont Dieu les aurait favorisés. Il est bon de bien penser ainsi de son prochain ; mais pourtant, Théonée, n'allez pas si vite où il ne s'agit que d'un jugement universel ; car vous voyez assez que celte âme compassive qu'ils ont , les ferait souvent aussi bien répandre des larmes pour les misères de quelque grand criminel, que pour celles d'un Dieu ^ouffrant.
Voici encore une marque assez particulière de l'illusion de ces larmes: il s'en voit 3 ni, après avoir donné ces démonstrations 'une parfaite douleur, passent assez facilement sans beaucoup de milieu au ris et à la joie. Dites pour lors que ces larmes ont bien de l'enfance, et jugez de leur fausseté et de leur illusion par une suite si légère et si puérile ; parce qu'une personne a qui une sincère douleur a tiré des larmes, n'en revient pas incontinent pour ouvrir si facilement son cœur et son visage à la joie.
J'ajoute à cela qu'il se voit très-souvent des larmes extérieures sans qu'elles soient accompagnées de celles du cœur; car il est des âmes qui ne sont nullement touchées de contrition pendant que leurs yeux fondent quelquefois en pleurs. Cela se découvre par les suites lorsqu'on les voit aussi légères et aussi faciles à retourner dans leurs fautes,
2ue si elles n'avaient point été pleurées, oncluez alors, Théonée, que quand le cœur ne pleure point avec les yeux, les yeux sont des trompeurs, car leurs larmes n'ont df» bonté véritable que quand le cœur en est la première source.
Et à ce propos vous remarquerez que trèssouvent ceux dont les yeux ne disent rien, les ayant toujours secs, sont pressés intérieurement d'une contrition bien plus forte que ne sont pas ceux qui versent des torrents de larmes. C'est que les larmes sont un soulagement à !a nature, qui partage bu qui fait ainsi en partie couler au dehors sa douleur; et, au contraire, ceux qui n'ont i as cette facilité h pleurer ramasseiit toute leur amertume en eux-mêmes, n'y apportant aucun adoucissement par l'écoulement de leurs larmes. C'est pourquoi les personnes qui pleurent facilement leurs péchés n'en doivent pas prendre de plus hauts sentiments