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de leur douleur, et celles qui ne les peuvent pleurer des yeux ne doivent pas pour cela s'en aflliger. Les premières s'en peuvent humilier, parce qu'elles trouvent quelque douceur dans leur contrition, et les secondes s'en peuvent conjouir, parce qu'elles ont de quoi faire un sacriflce de douleur bien plus pur, parce qu'il est plus détrempé dans Tamertume.
C'en est assez, Théonée, pour vous apprendre à bien pleurer et pour ne vous pas laisser tromper des pleurs des autres. Mais avez-vous été assez bon pénitent pour avoir été capable de vous tromper en versant des larmes î C'est à vous de voir ce que vous en avez pu verser.
Moyens pour éviter les lllosions des dooceors intérieures, des soupirs et des larmes.
V Lorsque votre Ame sentira l'abondance des infusions divines, soit qu'elle nage dans les douceurs, soit qu'elle éclate dans les lumières, je vous conseille, Tbéonée, dès que rinfusion commence de s'en faire, de ne vous dilater jamais pour la recevoir, mais plutôt de vous resserrer en votre fond comme pour lui fermer les avenues. Le premier ne peut venir que d'une disposition sensuella et voluptueuse, et le second est un véritalile effet de haine et d'humilité. Ce sera pour n'en pas être indigne avant que de la recevoir, et pour n'en pas abuser après l'avoir reçue.
2* S'il arrive que malgré vos saintes résistances Dieu l'emporte, et verse en votre âme ses faveurs, ne laissez pas encore de les porter avec quelque peine, ou du moins soyez-en dans la possession avec beaucoup d'indifférence ; car s'il veut que vous en ayez le goût et que vous vous y délectiez, il saura bien vous disposer à les recevoir, sans que vous souilliez ses dons par des complaisances trop naturelles. C'est à vous seulement de ne vous point appliquer de votre d^ié à goûter ce que vous possédez.
3* Ce que je vous recommande plus précisément, dans ce temps que la douceur intérieure pénètre votre âme, c'est de vous défier toujours du démon, qui en excite souvent de pareilles dans la conscience par des opérations cachées et imperceptibles; de la chair et du corps qui entrent quelquefois bien charnellement dans ces divins i»laisirs ; et des agréments et des retours de l'esprit qui ont coutume de souiller les communications les plus pures. Cette triple défiance vous mettra en état que toutes les délices du paradis pourraient venir dans votre sein, sans qu elles en fussent aucunement intéressées.
4* Si ces divines suavités ne cessent point d'être répandues en votre âme et que vous ne puissiez absolument vous en défendre, donnez-vous alors cette pensée, si Dieu ne tourne point ailleurs votre esprit, que vous êtes un enfant dans la vertu à qui le lait est encore tout à fait de besoin, et que vraiment vous n'en êtes pas encore venu là de pouvoir manger le pain des forts, c'est-à-dire do pouvoir porter tous les délaissements, de
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goûter toutes les amertumes et de i)«sser par toutes les épreuves. , ., .
5° Pour donner encore plus de mérite a votre disposition, allez bien au delà de cette sainte pensée qui vous abaisse, venez-en à l'effet : et que ferai-je, me dites-vous ? Je vous réponds que plus vous serez plein de ces divines douceurs, vous immoliez alore à Dieu tous les soupirs de votre cœur, qui s'en voudrait bien contenter par ces sorties amoureuses, à cause de la sainte oppression où il est. C'est ainsi que tandis que Dieu donne tout le plaisir à votre âme par ses caresses, vous refuserez à votre esprit et à la nature celui de se satisfaire i^r un seul soupir. Sachez que celle immolation est une des plus belles et des plus pures qui puisse être. Mais vo*is le pouvez faire encore i>ar le mouvement de ne vous pas accorder à vous même ce cémoignage que votre conscience est dans une sainte disposition, comme pour vous refuser cet appui et demeurer dans une espèce d'ignorance de votre état par ce profond silence, qu'on ne veut pas interrompre, même en soupirant.
6" Si vous avez l'esprit bien convaincu de ce que je vous ai déjà dit, que toutes ces façons de sou pi rcx^ jusqu'à être eniendu comme si l'on donnait des signes de l'amour divin dont on est pressé, tiennent beaucoup de l'enfant; vos manières en seront bien plus sages et bien plus sérieuses. Accoutumezvous donc en cela à n'avoir rien de bas el de puéril , et concevez même de l'aversion, le dirai-jeî de toutes ces mignardises d'extasiées qu'on peut assurément appeler ridicules.
T Les larmes sont bonnes et saintes, nous l'avons dit et nous le ferons encore plus haut, s'il le faut dire ; néanmoins n'en prenez jamais aucun avantage, comme si votre âme en était bien mieux avec Dieu ; croyezmoi, Théonée, tous ces témoignages doux el parlants qu'on est bien, ne font d'ordinaire qu'entretenir l'amour-propre, et q^uoique je regarde comme une personne favorisée, celle qui a un don de larmes, j'ai bien plus de vénération pour celle dont les yeux sont toujours secs et dont la conscience gérait toujours.
8" Si les larmes voulaient couler de vos yeux devant des témoins qui remarqueraient cetle tendresse de votre dévotion, arrêtez-les Théonée, et n'allez point faire ainsi le dévot plus que les anties. C'est qu'il faut que tout soit éteint dans vous, et s'il ne doit rien paraître qui édifie mal le prochain, il ne doit rien paniître aussi qui vous puisse faire passer pour un homme singulier. Gardez-les seulement pour le temps que vous serez dans le secret, où vous leur pourrez donner toute la liberté.
9" Je ne voudrais pas que vous fussiez si hardi à demander le don de ces larmes, quoiqu'elles se puissent demander; car* examinez-vous bien, quand vous en aurez le mouvement, et vous trouverez que ce n'est qu'une pure inclination à avoir en vous cette satisfaction sensible, comme si la contrition
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LES ILLUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE
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n*était bonne, que lorsqu'on a le plaisir de se voir arrosé cfe larmes. Pensez-vous que ce soit là une demande bien faite? et n^ fautil ^s bien songer avant que de s'en avancer, puisqu'il ne semble être guère bienséant à une personne mortifiée de demander sa consolation, lorsqu'elle ne devrait plutôt demander que des croix.
10^ Je conclus de toutes les règles que je
viens de vous présenter, Théonée, que vous ne devez jamais faire d'effort naturel pour vous tirer une seul^ larme des yeux, par ce principe que vous ne devez jamais en rien vous chercher vous-même; outre qu'avec cela vous n'en remporteriez qu'un épuisement de tète et de cerveau, comme font tous ceux qui ne mettent leur véritable douleur que dans les larmes.
TRAITE VIL
DES ILLUSIONS DE LA PAIX DE l'aME.
Voulant vous parler de la paix, ne i>ensez j)as, Théonée, que je veuille ici faire question de celle où vivent les impies, et qui se ressent à sa façon jusqu'au milieu des crimes; car c'est une paix qui n'est que dans le dernier endurcissement de l'âme, laquelle a un faux calme parmi tous les sujets qui devraient plutôt faire élever en elle le trouble et la guerre.
Je ne veux non plus vous parler de la paix extérieure qui consiste dans Téloignement de tout ce qui pourrait venir d'inquiétant de la part des créatures; car cette paix, dont on est quelquefois environné de tous côtés, n'empêche pas que le fond de la conscience nd soit souvent dans la tempête et dans le désordre.
Mais j'ai dessein de vous parler de la paix intérieure de l'âme, laquelle se met oien au-dessus de tout l'extérieur dont elle u'ost
Kint esclave, et qui parait ordinairement nne et sainte à tout le monde.
Toutes les choses qui regardent la vertu ont essentiellement ce caractère qu'elles 5ont toujours sujettes à être bien éprouvées ; ncaiilûoins il se peut dire que la paix intérieure est bien autremeot combattue, puisqu'il n'est rien qui ne semble conspirer pour la perdre et pour la détruire ; car et les adversités et les tentations, et les dépouillements intérieurs travaillent incessamment comme pour la dérober à l'âme.
Cela fait que tous ceux qui s'v étudient s'y établissent autant bien qu'ils fe peuvent faire; mais avec tout leur soin ils ne laissent pas de s'y bien égarer. Et autant qu'il est vrai que partout ils veulent mettre leur âme en paix, il ne l'est pas moins que partout l'illusion s'y retrouve, lors même qu ils paraissent être au-dessus et triompher de tout ce qui la veut altérer.
Je ne devrais donc ici parler, ce semble, que de la paix qui paraît dans tous les sujets qui devraient opérer sa destruction; je le veux néanmoins faire encore de ceile qui se voit dans les communications de Dieu les plus intimes, parce que celle-ci a aussi bien ses illusions que celle qui semble réçner parmi toutes les contrariétés. Et je ferai ainsi conformément à mon dessein, en vous exposant toutes les sortes de paix qui peuvent
être pour vous en exposer pareillement toutes les illusions.