CHAPITRE I
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Les illusions de la paix qui se goûte dans ks communications divines
11 n'est point d'effet plus beau et plus certain des communications de Dieu que la paix intérieure de l'âme. Et c'est à cette règle qu'on a coutume d'aller quand ses opérations nous paraissent suspectes pour en connaître la vérité par le calme universel et inaltérable oCi elle se trouve.
Et comment est-ce que cette paix, qui est si bien fonûée, ne serait pas autant solide qu'elle est rare?
1* Elle s'écoule immédiilement de Dieu, qui, sans entre deux, se fait sentir à l'âme et l'inonde de ce Heuvede paix par les pures émanations de son sein, dans le sien.
2' Lui-même se repose a* ec complaisance dans cet état si paisible qu'il met en elle, et c'est par là particulièrement qu'il y prépare son ht nuptial, pour y être avec elle dans le divin sommeil de la contemplation. 11 se peut dire encore que cette paix est le dernier terme des opérations de l'âme et de Dieu même ; car, lame après avoir tout fait, il faut qu'elle en vienne à la cessation et au repos comme . à son centre. Et Dieu, après en avoir bien dit et beaucoup fait pour la purifier, entre avec elle dans une jouissance pure, limple et paisible de part et d'autrcj
cette paix donc ne peut être disputée, et plût à Dieu, Théonée, que nous y fussions si bien abîmés que toutes les attaques de la nature ne nous en pussent jamais faire sortir. Mais pourtant ne pensez-vous pas que ces belles âmes qui y sont ne s'y puissent pas égarer quelquefois? Pensez-le, Théonée, ou ne le pensez pas, il est pourtant vrai qu'elles s'y égarent souvent; nedésagréezpasquejc le vous dise, car je ne puis pas vous celer la vérité.
Oui, nos plus grandes spirituelles ne sont pas souvent dans celle paix intérieure avec moins d'illusion que de plaisir et de douceur. Cetlt paix est bien le terme des opérations qui se vont perdre en elle, mais elle ne doit pas être le terme de notre amour, 11 fau-
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SUPPLEMENT AU MCTIONNAIRE D'ÂSGETISME.
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l'aimer, il faut aspirer après elle, mais seulement comme après un moyen qui nous met plus heureusement en état d'aimer Dieu, auquel notre goût doit uniquement s'attacher, et non pas à la suavité de cette paix tout aimable qu'elle puisse être de sa nature. Or, les âmes spirituelles arrêtent facilement leur amour à cette paix qui leur est si douce sans passer plus avant jusqu'à Dieu qui en est la source, et ainsi, s'oubliant souvent de la cause, elles n'ont d'amour que pour cet effet dont le plaisir les enivre si doucement. Cette illusion n'est pas moins outrageuse aux bontés de Dieu qu'elle est immortifiée.
Maintenant cet amour égaré et trompé, que fait-il? 11 est bien facile de le comprendre, l'âme n'ayant coutume de se complaire que dans ce qu'elle aime, elle se délecte uniquement dans sa paix, et non pas dans Dieu; elle se tourne et se retourne en son sein, comme une voluptueuse; elle nage dans cette ruer pacifique, elle ne songe quà goûter les délices de son profond repos ; elle s'y endort le plus agréablement qu elle peut. Ce n'est donc plus Dieu qu'elle savoure, non plus que ce n'est pas lui qu'elle aime. Il n'est pas croyable, Théonée, combien tous les jours des âmes, à qui Dieu se communique par une abondance de paix, demeurent en chemin, s'amusant sensuellement de la douceur qui leur est communiquée sans aller plus avant; le croyez-vous maintenant que cette paix a ses illusions?
Les personnes dont nous parlons ont encore une marque bien grande que la divine paix qu'elles goûtent leur est une occasion dont se servant bien mal, elles passent dans Tillusion. Cela vient de ce qu'elles se tiennent intérieurement si proches de cette paix qu'elles sont dans une appréhension continuelle qu'elle ne leur échappe, et de tous côtés ce n'est que crainte qui n'est plus cette attention respectueuse, afin de ne se pas sé- |)arer du bien qu'elles possèdent. Pendant Toraison elles n'osent presque respirer comme si leur paix devait s'évaporer par cette respiration. En tout lieu oii elles se trouvent, elles ont comme peine à se remuer et à agir d'une manière nécessaire et naturelle. D'où pensez-vous que vienne cette crainte déréglée? Rien que du plaisir déréglé qu'elles ont dans cette paix, et ce plaisir engendrant celte crainte, cette crainte aussi les porte à cent petites façons qui ne sont pas moins quelquefois ridicules qu'elles sont gênantes.
L'illusion de cette agréable paix, les conduit encore d'un pas plus avant; car l'appréhension qu'elles ont, que sa douceur ne diminue en prenant au dehors trop d'action, fait que souvent elles ne vont pas volontiers où l'obéissance les appelle; elles n'estiment plus un bien , ce qui peut divertir tant soit [»eu cette jouissance amoureuse, et elles croient qu'étani ainsi pleines de cette paix céleste, elles n'ont point tant d'obligation .d'être soumises aux ordres des su|>érieurs ; car, selon qu elles pensenli ce serait Quitter Dieu et la paix de Dieu; ce qui ne leur paraît pas être pour lors fort de
saison : n'est-ce pas là une illusiony tout ensemble bien douce et bien hardie , qui sans beaucoup de bruit leur persuade qu'elles peuvent se dispenser de l'obéissance et des devoirs de charité?
Que si cette paix sensible s'en va, comme ce n'est pas sa nature d'être toujours immuable; que de trouble, bas et lâches ne voit-on pas dans ces âmes ! que de plaintes puériles et féminines ne forment-elles |>as! C'est qu'elles ne sont plus en festin, et, à la façon d'enfants- à qui on ôte les friandises, où ils étaient accoutumés, elles en crient, et elles ne peuvent souffrir de ne goûter plus cette paix délicieuse. Je vous demande, Théonée, si elles ne déclarent pas ainsi elles-mêmes leur tromperie? Car, à les eutenire, vous diriez que celte sorte de paix leur est due, et que leur félicité soit à en jouir, et non pas de Dieu , qui est au-ilessus de toute paix.