CHAPITRE III
Les illusions de la paix dans les tentations.
Je conçois bien , me direz-vous, Théonée, comment l'on peut trouver sa paix parmi les adversités de la vie, parce que rien n'y porte au péché ; mais il n'est pas bien évident comment elle peut être dans les tentations, où, étant toujours sur le bord du péché, il y aussi toujours bien à craindre qu'on y tombe.
Je pourrais ici m'étendre, si c'en était le lieu, sur les biens rares qui accompagnent les tentations, mais je me réserve à en donner un traité assez ample au public, principalement sur celles de l'intérieur. En supposant donc les grands avantages, je dis que la paix de l'âme se trouve dans les tentations , mais que cette paix est de ces personnes qui sont des immolées, et qui ne se tourmentent pas inutilement pour se défaire d'une peine qu'il ne leur est pas possible d'éviter.
Cette paix ne peut être assez exaltée par aucune louange
-j» Car elle est une marque de la grande
a^uce (me ces personnes ont en Dieu ,
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^ ii\ > ce^^' iomanV çlus aux soins d'un Dieu
SUPPLEMENT AC DICTI05XAia£ DASCETISME.
qai les eonsene qae non pas aa danger qui les menace*
2* C'est encore une marque combien elles s'abandonnent à ses conduites et combien elles renoncent à regarder aucunement leur intérêt.
3* Elles montrent par là jusqu'à quel point elles aiment leur abjection, B*étani fioiot de grande bassesse dans la tentation , où elles ne se tiennent arec bien du repos.
4* Cest par cela même qu'elles font voir une grandeur de courage tout extraordinaire, en ce quelles demeurent fort en paix dans un temps où les autres ont coutume d'être aux hauts cris et de courir importunément aux remèdes.
Néanmoins 9 autant qu*il est vrai que cette paix, étant bien prise, a des prérogatives fort extraordinaires, il ne Test pas moins
Îu'elle est quelquefois tout à lait déplorable ans de certaines personnes.
Car il y en a, Théonée, qui, étant tentées fort dangereusement, n'appréhendent pourtant nullement le danger. Cela se lait ou par une grande légèreté d'esprit qui ne s'arrête guère à voir la conséquence des choses , et à en peser le poids et la nature ; ou par beaucoup de stupidité naturelle qui n'est jias bien capable d'entrer dans la considération des sujets, ou par une conscience libertine qui pense plus à se satisfaire de tout ce qui lui plait ({u'à regarder les dangers de la tentation qui Tenvironne et qui la pénètre. Ce sont les causes qui font que ces personnes n'a[)prébendent point leur tentation , et les mêmes qui font aussi qu'elles pensent n y iws être dangereusement, et que pour cela elles en demeurent fort en paix: celte illusion n'f sl-elle pas bien déplorable?
D'autres conçoivent assez que leur tentation est grande, et que le pas en est trèsmauvais; mais ils s'en donnent une assurance Ufpp présomptueuse, ce qui parait en ce qu'ils s'exposent trop facilement, qu'ils ne se retirent pas de l'occasion et qu'ils n'ont aucun mouvement de crainte, quoique souvent la tentation les pénètre ; et ladessus ils se tiennent grandement en paix , sans appréhender la chute , parce qu'ils appuient bien plus qu'ils ne devraient, et avec une grande présomption, sur les soins et sur les miséricordes de Dieu, Cette paix est funeste , Théonée , et elle mène ceux qui s'y reposent tout droit au précipice.
Mais en voici qui gardent leur paix dans leurs tentations tout d'une autre manière. Ce sont personnes qui en ont été de longtemps fort battues, et, comme elles sont accoutumées à s'en voir pénétrées, elles n'y font plus tant de mystère , elles en bannissent toute la crainte et s'en donnent beaucoup de paix. C'est où elles s'égarent étrangement, comme si la tentation était moins nouvelle pour le danger dans la continuation que dans les commencements; c'est ainsi faire cesser la défiance, parce qu'on s'ennuie du combat; et c'est, par cette wusse paix , se jeter tout de soi-même dans la chute.
J*en trouve d*autres qui, r^rml tootes leurs tentations, y demeurent fort | aîsibtes : celles-ci, par uncertain esjril vain ei libre à la fois, ne s'en veulent laire aucune peîce ni apporter une attention si exacte « foor y oliierver tous les mouveroents -de leur cœur. Cest pour cela qu'aûn de rirre avec plus de liberté, elles s'établissent fortement dans cette créance, qu'elles n'y coaseoteBt pas. La conscience ne laisse pas de leur ea faire de temps en temps sentir les remords, mais elles se mettent au-dessus, pour n'être pas obligées à se tenir si rigoureuseinent proche d elles-mêmes et p^ur aller en toutes choses tout à leur gré. Vest-ce pas là une vraie paix de libertins, qui, pour ne se donner aucun soin qui les gêne, s'assurent que, dans toutes les tentations les plus délicates , il n'y a point de consentement?
• Enfin les derniers ont une paix dans leurs tentations qui a quelque chose de bien plus pernicieux que celle de ceux dont nous avons parlé. Représentez- vous , pour k bien comprendre, qu'il y a des personnes qui, étant tentées, ont toutes les peines d« s'en bien énoncer, même jusque dans le sacrement de confession. Elles disent néanmoins les choses, mais je ne sais comment et fort impaHaitement, étant retenues i^r honte. Sur la manière de déclaration qu'elles en font, elles reçoivent la résolution d'un confesseur et là-dessus s'en mettent en paix; mais, comme la manifestation qu'eues ont faite de leurs tentations n'a pas été bien sincère , la résolution qu'elles en ont reçue n'a pu aussi être bonne , et , par une même suite, elles n'ont pu y fonder leur raix: et cependant c'est sur cette paix si mal établie et SI trompeuse qu'elles appuient, comme s'il n'était rien à craindre pour elles.
Dites-moi, Théonée, s il est de paix funeste comme celle qu'on se donne dans les tentations, quand elle ne prend pas ses principes de plus haut.