‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 277 sur 315 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les illusions de ceux qui veulent dépouiller l'entendement de toutes les lumières et de toutes les vues.

Il est certain que l'immolation de rcnlenderaent, comme de la plus noble partie de l'homme, est un rare sacrifice fait à Dieu, et si cela est vrai auand il ne s'agit que de raisonnements, il l'est avec bien [)lus de sujet, quand le sacrifice se fait de loulcs ses vues, et de ses lumières dans les voies de la sainteté par un renoncement universel.

J'en suis pour vous [»arfailement, Théonéo, si vous tenez ce parti.

1^ Car on n'a jamais douté, que d'agir dans l'esprit de pure foi no soit une manière très-sublime pour aller à Dieu ; je ne m'arrête pas à vous le dire davantage, vous en ayant fait un discours exprès au tom. II des Maximes spirituelles^ liv. m.

2" N'est-ce pas dans ce dépouillement si parfait et si nu, et dans cette extinction si profonde, qu'on rend à Dieu la soumission de eette faculté, la plus anéantissante qui puisse être?

3" Si ne point discourir, comme je vous aï dit dans le traité de l'oraison, est un chemin court pour la contemplation, la perle totale de toutes les vues de l'entendement y conduit bien autrement, puisqu'elle y établit l'âme tout à coup par une union, laquelle n'a plus rien qui la sépare de son objet.

i" Et jusqu'où l'âme n'est-elle pas ainsi humiliée en son fond, voyant celle facullé raisonnable au néant, par celui de ses lumières?

Mais, Théonée, quoique je vienne d'être pour vous, et que j'aie parlé même dans mon sentiment, à prendre la chose selon que je l'expliquerai sur la fin de ce traité, savoir quand Dieu éteint lui-môme le flambeau qu'il a allumé et la lumière qu'il a versée dans l'âme; néanmoins ne flattons pas le mal ; les illusions sont étranges dans , lîc dépouillement volontaire où Ion réduit rentendement.

Dites-moi? Que peut-on lairc, et que po^j^

vez-vous faire vous-même Sbcette faculté est éteinte, au point qu'un seul rayon n'y éclaire seulement pas ? Encore faut-il au moms quelque petit point de vue pour se conduire ; car si elle est nécessaire à des sens grossiers, comme est celui de la vue pour conduire le corps; hé quoi I ne l'est-elle pas bien davantage à l'entendement, pour la conduite (Je Tâme, qui n'est pas moins diflicile Qu'elle est spirituelle? Ce serait être bien habile homme de marcher sans yeux; mais ce le serait infiniment plus d'aller droit et sûr avec un entendement tout à fait éteint.

Ces personnes qui prétendent que ces routes sont bonnes, qu elles me ré|îonrlcnt si elles peuvent, et qu'elles me disent si la volonté peut être aucunement touchée de

Juelque sentiment de piété, quand l'entenement n'est éclairé d'aucun point de jour? Ce serait nous vouloir faire ici une nouvelle philosophie : et ils oseraient dire avec cela que leur volonté serait cajmble de concevoir quelques saintes ardeurs? L'illusion n'est pas moins grande que de dire qu on peut absolument aimer sans rien connaître. Ueiirez-vous, Théonée, de celle règle de nos nouveaux contemplatifs.

Mais en vérité n'esl-il pas téméraire, sous ce prétexte de grande nudité, et de ce .sacrifice de dépouillement, de vouloir renoncer à toutes les lumières qui se pourraient présenter à l'esprit? Il l'est, ou il ne le fut jamais en rien du monde : car quelle témérité de ne vouloir point voir pour en mieux marcher? et quelle conduite est celle-là, de no vouloir pas recevoir le jour que la grâce veut faire naître dans l'entendement? Ceia seul ne montre-t-il pas évidemment l'égarement de ces esprits, qui osent refuser, par do certaines conduites écartées, ce que les autres demandent avec tous les vœux de leurs cœurs, qui est d'être éclairé pour en mieux aimer et en mieux faire?

Que penseriez-vous de celui qui, pour mieux avancer chemin, ferait plutôt choix d'aller la nuit que le jour? \ous ne le blâmeriez pas de moins que d'avoir perdu le sens et l'esprit : jugez donc ce qui se peut penser de ceux qui se jettent d'eux-mêmes dans des ténèbres volontaires, pour s'en mieux approcher de Dieu, ils méritent d'y demeurer, et de trouver les égarements qu'il est d'ordinaire inévitable de rencontrer dans la nuit; car celte voie de s'aveugler ainsi de soi-même, pour en entrer mieux dans l'union divine, a quelque chose d'un esprit qui est assurément bien perdu.

Et que ces.gens ne nous disent pas, que, dans l'extinction totale de leur entendement, ils appuient alors sur la pure foi ; ce qui n'a pas moins d'élévation que d'assurance: ils diraient mieux, Théonée, s'ils disaient qu'ils appuient sur une certaine stupidité d'esprit qui passe dans leur sentiment pour un état de foi pure. Ce n'est rien plus que cela, (juelq^^ persuasion qu'ils se veuillent donner Lx conlraiTe.

>lais, pour en former encore un bon jurtiet^^î voulez-vous savoir quelles sont les

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Î''i*q'j'4 U Toîor/.é, K/ur U oéfiire et f<rur I ▼.'.'or, aut-^nt q'j'.h pearent, de toutes les motions tenire^, de tout le f-u, de i^outes les ardeur* et de toutes le* aîTectionç sensibles, en le^ £ij>ant et en r rerjori';^ni, quoique to Jtei res îmf're^^îo'ns [lui^^enl ne rejjarl^r que le^ oîyet^ les piiH sa:rii^.

A jtj^er de U chose i^t son fond, on ne j)eut frt^ nier que ce dér>ouiI!efi:er;t roloataire ne soit jrrand [*ar le *acn(i/:e de la partie la \Au% (i^siu'Me qui *oit en nous.

1* Car ne se doit-il pas dire que la rolfînté en devient ainsi bien plus pure, [lar léloignemenl de tout ce qui est doucement seniilde?

2* SoM-re pa^ de celle façon la former & un amour tout à fait généreui, qui n*est jiousné ni animé par rien, qui ait quelque douceur?

3* Cette voie ne parait encore nullement ftUïpccle, car il n Y «1 le plus souvent que le» B'f^réahhis scn.^ibilitésqui soient ca\yaïAes do nous rendre suspectes toutes les voies de rinti^'Heur.

4" 11 semble enfin qu'on ne puisse absolument mnl faire dans ce dé[)0uillement, puisqu'il n'est rien qu'on inculpe tant, comme de renoncer à tout le sensible.

il nous faut confesser, ïhéonée, que ce dépouillement n'e^l pas superbe, comme le pnunier, m/ii3 qu'il n est pas aussi moins inconsidéré. Ihnnrqueune volonlé grandement bonne, (pji ne» reg/irde point ses satisfac-

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Je nevo.ifjç rr-ai-teaant «'"O'^m-at la vlont4, deveiiant a,G?i t «aïe c'-*-^ r*r re ,?rox.lecLefil trcspecr, ea vjit ca^aL-Ie ,^ l?ire bi-^^n ♦le> th j-es f .-arDiea; car Tact: -iî n'a de feu qu'a iîant qu'elle en reroîi d^ îj Volonté- Si cette volonté est ferrenle. Fiction qui en e>t coDc.nftan*lée ne Teft pas moinà to'it fi re et à tout sôuff.nr. Si eiïe ••s froi'Je et zlàiée^ on nen ne se fait, oa l'a-:tion en e^t toute I&Bzuissante. Qae i-oum donc foire pour Dieu une rersoone qui a cette maxime, de se déf cuiller la TOÎoiité dà tout ce qui { eut y mettre quelque feu e; quelque dou«e sensibilité? Votts tovcz où p-orte celte illusion si Lien ccuTerte.'

Mais elle Ta encore bien plus loin, d^une manière qui ï*€Ut surprendre les esprits. Donnez-moi nonc quelqu'une de ces j>ersonnes qui affecte et qui s'étudie d'aroir !a Tolonté déi ouillée de tout ee qui peut uni- Yer5ellement y faire quelque impression sensible; n'est -elle pas ainsi dîspa^^ à s'op;'Oser à tout ce que voudra faire en elle le Saint-Esprit? C'est aussi ce quelîe lîit; car cet Esprit d'amour la voulant loucher de la suavité de ses mouvements, qu\v tronvet-il ? Une volonté qui s'éloigne et qui se retire de ces douces opérations, par là grande illusion où elle est, savoir, qu'il lui est beaucoup meilleur d'être toute dépouillée de ce 3ui peut y faire quelque chose d'agréable cl e sensible, dans ce qu'il y a de plus saint et de divin : c'est là s égarer et chercher ?a mort d'une façon bien dommageable.

Nous ne pouvons pas encore nous dispenser, Théonée, de les blâmer d'avoir beaucoup de superbe; car quoi! se pensent-elles si fortes et si bien établies, qu'elles n'aicoi

LES li-LUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE.

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