‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 29 sur 315 · ZIZ · texte numérisé non relu

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maximes crucifiantes de TËvangiie; pour leur faire sentir tiyement le compte rigoureux c[u'il faudra rendre un jour d'une parole oisive ; pour persuader à ses auditeurs la retraite, la luîte de ce même monde où tous les jours on le voit se dissiper? Non, sans doute. Pour convaincre les autres des vérités du salut , le prédicateur doit commencer par les exprimer dans sa vie et dans ses mœurs. En vain il tonnera sur les désordres et sur les scandales publics, si sa langue et sa conduite ne sont pas d'accOrd; en le voyant faire tout ce qu'il défend et tout ce quil condamne, on ne le regardera que comme un coiùédien, et ses discours les plus beaux que comme des déclamations vagues, comme un rùle et comme une farce de théâtre. Le succès des fonctions saintes est attaché à une communication rare avec les enfants du siècle. Tout ce que gagne un ministre des autels à se répandre dans le monde, c'est d'en devenir la fable ; on Vy voit toujours sans respect et avec mépris quand on l'y voit souvent; avec toutes les précautions imaginables, il laissera toujours entrevoir quelque faible qui le trahira ; la moindre ftute qui lui échappera, n'échappera point aux yeux d'un monde malin et toujours facile à se prévenir quand il s'agit du clergé. Croyons-en l'expérience : pour un ministre des autels, il n'y a qu'à perdre dans le commerce du monde ; s'il n'y perd pas son innocence, il y perdra du moins la considération où il doit être parmi les peuples; en conversant avec le monde, s'il n'en prend pas l'esprit et les vices, il avilira son caractère. Moïse, au milieu du peuple et dans le camp d'Israël, ne paraît aux yeux, de la nation qu'un homme ordinaire ; irfoise, après quarante jours de retraite sur la sainte montagne, est un homme tout divin qu'on n'ose nresque plus regarder, tant il est vénérable.

Autre raison (jui doit porter les prêtres et les ecclésiastiques à fuir le monde : son commence et sa fréquentation sont incompatibles avec le travail qui leur est nécessaire Eour se bien acquitter de leur ministère. ,e sacerdoce est une dignité laborieuse; l'Eglise est un champ où le prêtre est placé, comme le premier homme dans le paradis terrestre, pour y travailler et pour le car-, der. Devenu ministre de cette Eglise sainte' par son ordination, les peuples ont acquis' un droit réel sur sa personne, sur son loisir et ses occupations. Ce sont des biens consacrés qui appartiennent aux fidèles, et dont ri doit répondre à l'Eglise, parce que c'est par elle qu'il a été riiis au nombre de ses ministres. Ce sont des biens consacrés dont il ne peut disposer à son gré, parce qu'il n'en est que le dépositaire : principes invariables d'où il s'ensuit qu'il est cou-

riable, et qu'au tribunal de Jésus-Christ on ui demanaera un compte rigoureux de tout le temps qu'il aura perdu par sa faute dans les sociétés mondaines. Il se dégrade de la qualité glorieuse de ministre de Jésus-Christ •s'il emploie à des frivolités, à des amuse-

ments souvent indécents et toujours dansereux, un temps sur lequel roule le salut des peuples, un temps dont dépend la destinée éternelle de ses frères, un temps auquel Dieu avait attaché la conversion des pécheurs, l'affermissement des laibles, la persévérance des justes. Ehl ne serait-il donc prêtre que pour se traîner tous ies jours indolemment de maison en maison, d'assembléo en assemblée, d'inutilités en inutilités? Quel scandale pour le simple fidèle, de voir continuellemeiit dispersées dans les places publiques les pierres précieuses du sanctuaiiel Quel désordre de voir leé chefs de la religion uniquement occupés de plaisirs, faire l'âme des cercles, l'honneur des assemblées mondaines, se confondre avec des femmes idolâtres d'elles-mêmes et l'idole du monde 1 Ce monde malin et ennemi des ecclésiastiques, qui critique jusqu'à leurs bonnes actions, qui leur tait des crimes de tout, les épargnera-t-il quand il pourra leur re])rocher des vices réels? Non, sans doute; et, loin d'excuser ce qui pourrait en eux être répréhensible, il noircira jusqu'à leurs vertus, il envenimera leurs actions les plus innocentes et les plus saintes.

Voilà les raisons qui inspirèrent à tous les saints de notre état un si grand éloignement du monde et de ses sociétés : aucun d'eux qui n'ait redouté le monde et frémi au seul aspect de ^ses dangers. Persuadés qu'ils étaient que tout ce;. qu'on y voit et tout ce qu'on y entend n'est propre qu'à amollir et corrompre, ils ne crurent point pouvoir échapper à sa contagion autrement qu'en le quittant ou eu vivant inconnus au qiilieu du monde même. Ainsi, saint Jérôme, pour mettre à couvert le précieux trésor de sa chasteté, fuU les délices et le luxe de Home, s'ensevelit tout vivant dans une caverne affreuse, où, sans autre compagnie que les tigres, les lions et les scorpions, il ne pût avoir d'autres ennemis à combattre que lui-même. Au rapport de saint Ambroise, saint Eusèbe de Verceil joignit la vie monastique avec la vie cléricale ; saint Augustin , cet homme si propre au commerce du monde, dont il eût été les délices, f^it de sa maison une espèce de solitude pour lui et pour les clercs de son église. Saint Basile, saint Grégoire de.Nazianze et saint Jean Chrysostome tiennent la même conduite ; gémissant continuellement sur les dangers du ministère et* sur la nécessité où ils se voyaient de vivre dans le tumulte du monde, ils ne soupiraient qu'après le moment heureux qui les rendrait à la, solitude à laquelle on les avait arrachés malgré eux. Etrangers au monde au piilicu du monde, ils n'y étaient qu'autant que la charité ou la nécessité les y retenaient.

Consacrés comme eux au culte de Dieu et au service de ses autels, si nous ne pouvons pas devenir les parfaits imitateurs de ces grands hommes, efforçons-nous au moins de les suivre dans l'éloignement qu'ils eurent toujours pour le monde, pour ses sociétés et pour s^s frivoles amusements. Rompons gé-

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néreusement ces liaisons funestes où Ton ne peut presque coiifimuniqiier avec lui sans participer à ses crimes ; sevrons-nous de ces parties de plaisir où Tinnocence est toujours en danger; fuyons ces lieux infects, ces compagnies suspectes, où nous ne pouvons paraître avec Dienséance, et où nous ne pouvons demeurer sans scandale. Ne présumons point de nos forces ; pour être prêtres, nous n'en sommes pas moins hommes. Combien parmi nous qui, de ministres fidèles qu'ils avaient été dans les premières années d'un sacerdoce retiré, sont devenus, par le commerce du monde, des profanes trop semblables à l'indigne maître qu'ils ont choisi et suivi ! Malgré les lumières de la grâce et les remords de leur conscience, ils se sont jetés dans les sociétés du siècle, attirés par ses charmes; ils s'y sont attachés, malgré l'ex-

{)érience et le sentiment q^u'ils avaient de eur fragilité : voilà ce qui les a perdus. Soyons sages à leurs dépens ; détachons-nous de ce monde trompeur, qui n'a rien à donner que de fausses espérances. Encore un moment , et ce monde imposteur nous échap- {)era ; il nous abandonnera , et nous serons brcés de Tabandonner; quittons-le maintenant avant qu'il nous quitte ; dégageons-nousen totalement aujourd'hui que nous le pouvons, de peur qu'un reste de goût pour lui et d'attachement a ses vanités ne devienne en nous un levain funeste qui corromprait bientôt toute la masse. Cependant, comme notre état nous oblige à vivre au milieu du monde, voyons comme il convient à un ecclésiastique, à un prêtre, d'y converser.

11, Heureux et mille fois heureux ceux qu'une vocation particulière sépare tout à fïit du monde, pour les consacrer aux exercices de la pénitence, et les fixer au saint repos de la contemplation dans le sein de la solitude et de la religion î Appelés à pleurer en secret leurs péchés et les péchés de leurs frères, ils voient le faste du monde, les honneurs du siècle et tous les faux biens de la terre avec un saint mépris. Inconnus au monde , ils sont connus de Dieu seul et ne veulent que lui. A l'abri des dangers du siècle , ils marchent d'un pas ferme et assuré dans les voies de la justice. Etat heureux, où Ton tombe plus rarement, où l'on se» relève plus promptement, et toujours avec avantage! Sort bien digne d'envie, où les consolations sont plus abondantes, les prières plus ferventes; où les vérités de la religion sont plus sensibles, où la foi est plus vive, la paix du cœur plus solide , le calme plus tranquille et plus invariable, l'innocence moins exposée , Dieu mieux connu et plus fidèlement servi l Ce n'est pas là l'état des ecclésiastiques que leur vocation et la grâce du ministère consacrent à des fonctions extérieures pour le salut des âmes. Mais, pour sanctifier le monde et ne pas s'y perdre en voulant le sauver, quelles règles faudra-t-il qu'ils observent dans le commerce nécessaire qu'ils auront avec lui ? C'est ce que nous essayons d'exposer ici. En vivant au milieu du monde, les prêtres et les ecclésiastiques doi-

vent l'édifier, le réformer et le sanctifier; l'édifier par leurs exemples, le réformer par leur zèle, et le sanctifier par l'exercice de leurs fonctions.

Premier devoir des prêtres et des ecclésiastiques, par rapport au monde au milieu duquel ils sont placés : L'édifier par leurs exemples. Dieu ne les y veut et ne les y place que pour en être la lumière, et porter partout la nonne odeur de Jésus-Christ. Ils doivent y être tels qu'ils sont à l'autel et dans le sanctuaire. Il est dit du grand prêtre de la Loi qu'il portait toujours et partout les ornements augustes de sa dignité. C'était

rjur l'avertir, et encore plus pour apprendre tous les ministres de la Loi nouvelle, que la gravité de leurs mœurs doit répondre à la sainteté de leur état et les accompagner partout ; que comme tout est religieux dans leur extérieur et dans leurs vêtements, tout aussi doit l'être dans leurs sentiments et dans leur conduite. Si l'Apôtre interdit aux simples fidèles les bouffonneries et les moindres plaisanteries, quelle prudence, quelle circonspection, quelle réserve ne faudra-t-il pas dans les ministres de la religion, pour ne

Ï)oint scandaliser ceux dont ils doivent être es sanctificateurs et les modèles! Accou* tumé qu'on est à voir les prêtres recueillis à l'autel, ce n'est qu'avec peine cju'on les voit ailleurs dissipés, follement enjoués, et tout semblables au commun des hommes parmi lesquels ils sont confondus. En les voyant passer, presque sans interruption, des vains entretiens du monde à un saint commerce avec Dieu, des frivoles amusements du siècle à l'autel et à roi)lation du divin sacrifice, on est frappé d'étonnement, et l'on demande sérieusement si ce sont là des prêtres, des ministres de Jésus-Christ, ceux qu'il avait établis dans son Eglise pour le rej^résenter et |iour faire à sa place l'olDce de médiateurs auprès do son Tere. Combien de fois n'avons-nous pas vu un peuple grossier se formaliser de nés actions les plus simples et les plus innocentes? Pour ne pas blesser des consciences faibles, bien souvent nous sommes obligés de nous interdire les choses les plus inditférentes; s'il en est ainsi du monde, et s'il est aisé à scandaliser, quel scandale pour lui de voir dans les personnes de notre état une conduite et des mœurs équivoques, ou des liaisons suspectes l:Si le Saint des saints ne put échapper à la critique du monde ; si ses communications avec clés publicains et des femmes de mauvaise Y\e, uniquement pour les gagner, le firent regarder par les pharisiens comme l'ami des pécheurs; si les repas innocents qu'il prenait avec eux, dans la seule vue de les convertir, le firent passer, dans l'esprit des zélés du judaïsme, pour un homme adonné aux excès de la bonne ehèro et du vin; jugez ce que pensera et ce que dira de nous ce monde pervers et malm, quand il apercevra en nous des excès réels de crapule et d'intempérance ; quand il nous verra engagés dans des liaisons dangereuses avec des personnes suspectes.

Si vous demandez en quoi le prêtre doit

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