‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 30 sur 315 · SIS · texte numérisé non relu

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édifier les peuples au milieu desquels il est placé, nous répondrons !• avec l*apôlre saint Paul, écrivant à Tite et à Timothée, qu'il doit être leur modèle par toute sa conduite, par une vie et des mœurs si pures^ qu'elles puissent servir de règle à tous ceux qui en sont les témoins. En i)articulier, il leur doit le bon exemple : premièrement, par son zèle à leur enseigner une bonne doctrine, en travaillant à instruire les peuples de tout ce qu'ils doivent croire et de tout ce qu'ils doivent faire , soutenant partout les vérités de l'Evangile, s'opposant avec courage et avec vigueur à toutes les maximes oui tendent à corrompre la foi ou les mœurs : In doctrina, 11 faut donner le bon exemple , 2* par une modestie édifiante, par une gravité bienséante, également éloignée de la rudesse et de la légèreté : In gravitate. 11 doit encore donner le bon exemple, 3° dans sa manière <l'agir et de converser avec le prochain , ne disant et ne faisant jamais rien qui ne soit propre à inspirer l'horreur du vice, Testime de la vertu et l'amour de la religion : In f^erboj in conversatione. 11 doit le bon exemple, k" par sa charité, faisant du bien à tous, empêchant qu'on ne dise ou qu'on ne fasse rien au désavantage de ses frères, supportant leurs défauts, excusant leurs fautes, et prenant part à tout ce qui les touche : In chariiate. 5" Par une foi vive et pleine de bonnes œuvres, ne se conduisant que par les maximes , et n'amssant que par les lumières de cette même foi : In fide. Enfin il doit le bon exemple par sa chasteté, veillant sur ses sens extérieurs et intérieurs pour réprimander toutes les convoitises de la chair, et retrancher tout ce qui pourrait scandaliser en ce genre : In castitate.

Edifier par de saints exemples, ce n'est que le premier devoir du prêtre qui vit dans le monde. Imitateur fidèle du prince des pasteurs, il doit employer tout ce qu'il a de talent pour arracher ce monde à ses vices, et pour le réformer. Le texte du Seigneur nous montre souvent le Sauveur au milieu des pharisiens ; mais quel est l'objet de ses communications avec eux? Point d'autre que de les instruire, de les changer, et, s'il est possible, de les faire revenir de leurs préjugés, de détruire leur orgueil, leur avarice, leur niété superstitieuse et intéressée. S'il monte a Jérusalem un jour de fête, ce ne sera point, ainsi que ses disciples l'en pressaient, jïour se manifester au monde , ou pour en avoir les applaudissements; ce sera uniquement pour procurer la gloire de son Père, et pour Tcnçer sur des profanateurs impies l'outrage

gu'iis font à la majesté de son temple. Jeanaptiste ne paraît à la cour d'Hérode que pour reprocher à ce prince incestueux ses dissolutions, son commerce infâme, et pour lui adresser ces paroles si dignes d'un ministre de la religion. Tels doivent se montrer les prêtres de Jésus-Christ au milieu du monde; ses désordres doivent les trouver toujours inexorables et toujours inflexibles. L'imposition des mains qui leur fut donnée est une grâce de force ; quand on Ta reçue

avec les dispositions requises, elle ne mvinque jamais de faire couler dans une âme marquée du sceau sacré les sentiments d'une sainte hardiesse pour reprendre, et d'une force invincible pour s'opposer à tous les scandales de la maison d Israël. Un prêtre a-t-il la moindre étincelle de zèle, si, voyant ses frères tomber dans le précipice, il ne se met nullement en peine de les en retirer; ou, les y voyant courir, de les en préserver, en les avertissant du moins du péril qui les menace? Ce que le saint homme Tobie disait aux Israélites : Le Seigneur ne vous a dis-

f)ersés parmi les nations idolâtres que pour eur manifester sa puissance et ses miséricordes , les prêtres évangéliques doivent se l'appliquer à eux-mêmes, et se regarder au milieu du monde comme les instruments dont Dieu veut se servir pour se faire connaître et aimer des habitants de cette nation perverse et corrompue. C'est dans ces vues qu'un bon prêtre assaisonne tous ses entretiens avec les jgcns du monde de quelques mots d'édification; ce sont autant de semences de vertus jetées, pour ainsi dire, au hasard, qu'on pourrait regarder comme perdues, mais qui, conservées dans une terre préparée par la grâce, produisent en leur temps des fruits de bénédiction qu'on n'eût osé s'en promettre.

Mais, (lit-on, toujours reprendre ceux avec qui l'on a 5 traiter; quel personnage! Toujours être sur le ton critique et censeur, vis-à-vis d'un monde avec lequel on est obligé de vivre, quoi de plus désagréable? N'est-ce point là même le moyen de rendre odieuse la vertu, qu'on s'efforce d'accréditer? Raisons frivoles qui, en montrant la difficulté qu'il y a d'allier l'innocence et la sainteté de 1 état ecclésiastique avec les maximes et le commerce du monde, confirment tout ce que nous avons dit ci-dessus de ses dangers et de ses écueils pour les ministres du Seigneur. Quoi qu'il en soit, ou qu'il en puisse arriver, un prêtre ne peut dissimuler ni se taire, dès qu'on s'échappe devant lui en matière de doctrine ou ae mœurs. Chargé des intérêts de Dieu et de la religion parmi les hommes, il ne doit jamais soufi'nr ces discours anti-chrétiens et scandaleux, où nos plus saints mystères sont tournés en dérision, où des doutes impies sont proposés avec audace, où les maximes de l'Evangile sont dégradées, quelquefois même où les vices les plus odieux sont canonisés. C'est dans ces occasions que le zèle d'un ministre des autels doit s'enflammer; c'est alors, qu'oubliant les noms, les titres, les distinctions de ceux qui s'oublient si étrangement eux-mêmes en sa présence, il doit se souvenir uniquement qu'il est établi de Dieu, comme maître et comme docteur, pour abattre tout orgueil, et pour détruire toute hauteur qui veut s'élever contre la science de Dieu. Quiconque ne respecte pas ce qu'il V a de plus respectable, ne mérite pas qu'on le respecte. On ne doit plus avoir ni ménagements ni égards pour celui qui n'en a l»lus ni pour Dieu, ni pour ses lois, ni pourra

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religion. Un zèle plein de feu et d'une sainte colère n*a rien de trop pour humilier Torgueil* de Timpie, et pour confondre ses erreurs. Avec quelle chaleur ne prend-on pas la défense d un ami, d'un père, déchirés par la calomnie 1 Rien qu'on ne fasse pour confondre le calomniateur; en agir autrement, ou paraître insensible en de telles occasions, ce serait se déshonorer dans le monde ; on y regarderait comme une âme basse, comme un homme sans cœur et sans honneur, quiconque ne -montrerait pas du zèle et de 1 ardeur pour venger de telles injures ; et des ministres de Jésus-Christ, com- Dlés de ses faveurs, des prêtres qu'il honore du titre glorieux de ses amis, verrorit le saint nom de Dieu blasphémé, les vices les plus odieux autorisés, Jésus-Christ persécuté, les maximes de son Evangile attaquées, les décisions de son Eglise méprisées, et ils verront tout cela de sang-froid I ei ils verront tant d'impiétés et de scandales, sans se mettre en peine de s'y opposer! Loin d'y reméJier, comme ils le cloivent, on les verra

{r applaudir! ils seront les premiers à lever 'étendard de la révolte contre Jésus-Christ ! Ils lui porteront impunément les coups les plus meurtriers ! O ingratitude 1 ô opprobre du sacerdoce l ô scandale inouï, dont on ne ▼oit que trop d'exemples !

Une troisième obligation des prêtres par rapport au monde, au milieu duquels ils vivent, c'est de le sanctifier par l'exercice de leurs fonctions, par la prédication de la divine parole, et par l'administration des sacrements. Obligation fondée' sur le précepte de Jésus-Christ tout ensemble, et sur ses exemples. S'il envoie ses apôtres prêcher son Evangile, c'est en leur ordonnant de l'annoncer; à tous les hommes sans distinction. Lui-même ne paraît dans les différentes contrées de la Judée, que pour évangéliser les pauvres. S'il parcourt les bourgades de la Galilée, c'est pour euérir tous ceux qui- se trouvaient atteints d infirmités corporelles ou spirituelles. H honore de sa présence les noces de Cana; mais c'est uniquement pour y manifester sa puissance et pour y autoriser la doctrine qu'il a reçue de son Père. S'il se trouve au milieu dès docteurs dans le temple, ce n'est que pour les instruire et faire Vœ'uvre que son aivin Père lui avait confiée. Enfin; on le voit converser avec des femmes pécheresses, entrer et manger chez les publicains ; maià ce n'est que pour les gagner et les retirer de Tétat du péché. Animés du même esprit, les disciples qu'il s'était choisis, et les hommes apostoliques qui leur succédèrent, agirent sur le même plan, et'tinrent la même conduite. Paul ne paraît dans Tarédpage d'Athènes que pour y faire connaître le seul vrai Dieu ae l'univers. Jusqu'alors inconnu à ces faux sages du paganisme.

Aus5i,quels progrès ne fait. pas l'Evangile, fwnoncé f)ar de tels hommes! Le monde les. éroute; il renonce à ses préjugés, il se soumot à leurs décisions, il exécute tout ce qu'ils lui prescrivent, parce qu'il ne voit

en eux que les envoyés de Dieu et les ambassadeurs de Jésus-Christ. Il en sera de même de nous. Tandis que nous ne paraîtrons dans le monde que comme les ministres de DieU; que nous n'y parlerons, que nous n'y agirons qu'au nom du grand Maître

2ui nous envoie, nous serons toujours en tat de lui parler avec autorité, et de lui prêcher la morale de l'Evangile. Tout injuste qu'il est, quelque prévenu qu'il soit contre nous, ou contre la profession sainte que nous avons embrassée, nos discours, nos travaux et notre conversation lui seront toujours utiles, si nous le forçons de convenir qu'en traitant avec lui, c'est la gloire de Dieu et non notre propre gloire, les intérêts de Jésus-Christ et non nos propres intérêts que nous cherchons. Le moncfe tirera toujours avantage de notre zèle, s'il est persuadé que la sanctification de nos frères est le seul itaii que nous nous proposons, et le ciel la seule récompense que nous attendons. La conduite des mondains toute seule, et leur manière de penser en matière de salut, fournissent la preuve de ce que j'avance ici. Veulent-ils penser sérieusement à cett« importante et unique affaire, dans les moments critiques d'une maladie dangereuse dont ils sont atteints, ou d'une mort prochaine dont ils sont menacés; veulent-ils sincèrement se réconcilier avec Dieu, ils n'auront garde de s'adresser, pour les diriger dans ce projet, à quelqu'un de ces prêtres dissipés oa déréglés avec lesquels ils avaient été liés dans leurs jours de santé et d'égarement; laissant là ces amis de bonne fortune, s'ils connaissent un bon prêtre, édifiant, détaché du monde et uniàDieu, c'est à lui qu'ils donneront leur confiance , c'est entre ses^ mains qu'ils voudront remettre tous les intérêts de leur âme, et rendre le dernier soupir. Le peu de fruit de nos communications avec le monde, et la stérilité des fonctions que nous y exerçons, viennent ordinairement de ce que nous y sommes trop répandus ; si nous nous trouvions moins souvent et moins familièrement avec lui, nous le gagnerions à Dieu, nous le réformerions; en nous communiquant trop à lui, nous lui laissons tous ses vices, et, ce qu'il y a de plus triste encore, nous prenons les siens.

Afin de se préserver de cet écueil, et de tous les autres qui se rencontrent àxhaque pas dans le commerce du monde pour un ecclésiastique, pour un prêtre, voici les précautions qu'ils doiventjîrendre.

Première règle : Eviter dans le commerce du monde les personnes à qui nous ne pouvons être utiles j)our le salut. Leur bien spirituel étant le motif piincipal qui doit nous porter à les voir, il faut rompre avec elles, dès que la piété leur est devenue odieuse, ou qu'il n'y a plus d'espérance de.les attirer au service de Dieu. Tout ce qu'on gagne, eu se liant avec des personnes de ce caractère, est ordinairement d'augmenter le mépris qu'elles ont pour la vertu, de s'exposer à perdre la sienne, et à contracter leurs vice».

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Eviter encore les personnes qui pourraient nous être dangereuses par le caractère de leur esprit : hommes téméraires et audacieux qui blasphèment tout ce qu'ils ignorent, qui se piquent d'une supériorité de génie dont ils ne se prévalent que pour dominer sur la foi des simples. Nés avec toutes les grâces d'une éloquence naturelle, ils ne s'en servient que pour donner un airde vérité à des systèmes impies. Pourvus de touS les t/îlents, le seul qui leur manque est celui d'en savoir faire usage. Apologistes éternels du monde, ils y vivent comme si VEvangile n'y avait rien changé ; ennemis de la croix de Jésus- Christ, ils substituent à ses maximes des maximes que son Evangile réprouve. Evitons encore avec plus de soin ces hommes livrés à la mollesse et à la sensualité, <{r\e la seule passion est capable de toucher ; plongés dans Tindolenoe et dans loisiveté, ils ne s'occupent que de bagatelles et d'amusements frivoles. Plus leur caractère est liant et sociable, plusleurcœur est capable d'attachement, plus ils sont à reçiout.er pour nous ; parce qu'ils sont plus propres h. s'insinuer dans notre esprit et dans notre cœiir, et k les infecter du même poison dont ils sont atteints. Plus leurs penchants sont doux et leurs mœurs faciles, plus ils sont propres à nousî amollir par Tamiour d'un funeste repos, et à -détruire en nous l'esprit du ministère, qui est un esprit de zèle et d'action. N'évitons pas avec moins de soin les j^ersonnes de notre état qui n'en ont point l'esprit. Après avoir éloutfé dans leur propre cojiir la grâce de l'impositio/i dç$ mains, il est à craindre qu'ils ne la fassent perdre insensiblemeMàceuxqui se trouvent liés avec eux. Les-fréquenler, c'est ordinairement autoriser leurs désordres ; c'est de plus se dégrader soi-même et déshonorer l'Eglise , qui rougit d'avoirde tels ministres. Mépris souverain de, toutes les règles, fades plaisanteries sur la conduite édifiante et sur la régularité de leurs confrères, censures, malignes des maxi-. mes et des instructions salutaires entendues autrefois dans la sainte retraite où ils avaient été formés à la piété ecclésiastique ; c'est pour Tordinaire tout ce qu'on peut attendre de leur société. Celle, qu'un prêtre. doit le plus redouter, c'est sans contredit la société des personnes de l'autre sexe, comme la plus incompatible, avec la pureté qui doit caractériser les ministres ae l'Eglise. Mais ne pré- . venons pas ici ce que ^nous avons à dirç ailleurs sur une matière si importante et si vaste.

Seconde règle : Se soustraire autant qu'il est possible', aux occupations et aux soins dont on n'est point spécialement et personnellement chargé. Attaché qu'on est par état à certains ministères et à certains emplois , il n'arrive que trop qu'on en néglige le soin pour courir à des œuvres étrangères, de surérogation, auxquelles on n'était point appelé. Cesi un travers où donnent bien des ecclésiastiques zélés et réguliers d'alllçups; ies mêmes fonctions pour lesquelles ils auraient de l'attrait et auxquelles ils se porte-

raient avec zèle si elles leur étaient étrangères, leur deviennent insipides, ennuyeuses et à charge, dès quelles sont de leur état et d'obligation pour eux

Troisième règle : Voir rarement les per^ sonnes séculières , celles même dont la société n'aurait rien de dangereux pour nous.- Se tiouver souvent avec les gens du monde^ quand ce n'est pas la nécessité ou la chanté qui nous y portent, c'est avilir. notre caractère et nous exposer à leur mépris. En nous voyant rarement , ils s'accoutument à nous respecter; ils nous regardent comme des hommes extrordinaires, parce qu'ils sont moins .à portée de connaître nos défauts. Nous voient-ils souvent et de plus près , le charme tombe, et notre présence, en nous montrant à leurs yeux tels quenous-sommes,* les détrompe bientôt et lait évanouir les idées avantageuses queleur avait données de nous un éloignement favorable.

Quatrième et detnière règle : En^ quelque circonstance que nous nous trouvions, que notre présence dans le monde ne puisse que lui faire estimer la vertu et lui inspirer le. désir de la pratiquer. Fuyons donc, autant: qu'il est possible ,iin monde où tout e^t pièges et dangers pour un ecclésiastique^ pour un prêtre. Fuyons-le cependant de manière à y rentrer de temps en temps poir l'édifier, le réformer et le sanctifier. Si nous n'y restons, que par de tels motifs et avw5 les précautions que nous venons de marquer, le monde lui-même, tout contagieux qu'il est, contribuera à notre sanctificat on et à notre avancement dans la perfection chrétjenne et ecclésiastique : nous verrons tout ce qu'il y ^ d'éeueils, sans danger de nous y briser; nous éprouverons tout ce qu'il a de tentations , sans en être ébranlés ; nous vivrons purs et sans tache au milieu de ce qui était le plus capable de nous souiller.

S'il est vrai , comme on vient de le montrer, qu'il y a presque autant de pièges dans le monde pour les ministres du Seignç^ir, qu'ils y rencontrent d'objets, autant d'éeueils à éviter pour eux, que de pas à faire; il ne leur reste, dira-t-on, d'autres ressources que la fuite, ou Qu'une extrême vigilance, pour se dérober à l'abîme dont ils sont menacés. Mais, non ; la fuite même du rnohde leur est interdîtè : ,il leur est ordonné d'y rester, ou pour contribuer à sa conversion, ou pour servir de juste sujet à sa condamnation.

Le prophète Elie , témoin d'une foule do crimes qui inondaient le royauipe d'Israël , se croyant d'ailleurs trop faible pour en arrêter le cours, se retira aulrëfois dans unecaverne, peur y gémir seul devant Dieu çvr tant d'anominations et de désordres. Que lui dit alors. le Seigneur par le ministère d'un ange ? Que faites- vous là, Elieî Quid hic agis^ Ella? Sortez de cette caverne : Egredere, Jq. q'exige point que vous quittiez le mon:le pour la solitude. Vous devriez être dans le . palais d'Achab et de Jézabel, pour condaai-j ner leurs injustices , pour arrêter l'idolâtrie de mon peuple, et vous opposer comme un mur d'airain aux crimes d'Israëh Quittez

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donc cette caverne et retournez à mon peuple : YOtro salut est attché aux soins que vous prendrez du sien. Et ait et : Egredere.,. tade^ et revertere in viam tuam.

I. Si Ton en excepte quelques âmes spécialement attachées a la solitude , voilà 1 ordre et la règle que Dieu a fixés aux ministres delà Loi nouvelle. Il veut qu'ils vivent au milieu des dangers, et qu'ils les craignent; qu'ils voient de près les écueils, et qu'ils s en garantissent : parce qu'effectivement la Providence ayant résolu de sauver les hommes par les hommes, il faut absolument qu'il y en ait jusque dans le monde le plus dépravé, pour condamner ses désordres, et travailler avec ardeur à le sanctifier.

Mais en fixant le séjour de ses ministres au milieu du monde, Dieu ne leur a pas ^absolument interdit toutes sortes de retraites. II leur ordonne au contraire de se faire une espèce de solitude intérieure, et comme un sanctuaire secret, où, après s'être prêtés aux besoins du prochain, ils aillent consulter l'esprit de Dieu sur eux-mêmes ; examiner avec soi si, en éclairant les autres, ils ne se consument point ; si la nourriture (ju'ils leur donnent ne les affaiblit point ; si le mortel poison des joies et des passions du siècle ne s'insinue point dans leur cœur par toutes les avenues de leurs sens ; si enfin, en sanctifiant les autres • ils pensent comme Jésus-Christ à se sanctiflei eux-mêmes. C'est pour cela que, quelque saint que fût Moïse, et quelque horreur qu'il eût des vices des Israélites, Dieu l'appelait de temps en temps sur la montagne, jpour se communiquer à lui et le fortifier, soit contre les dégoûts inséparables de sa charge, soit contre les divers scandales qui s'offraient à ses yeux dans le désert.

Jésus-Christ en usa de même envers ses apôtres.]Etant de retour de leurs courses évangéliques, dit saint Marc, ils lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait, et il leur dit : Venez-vous-en à Vécart dans un lieu soli^ taire. A quoi saint Luc ajoute que les ayant pris avec soi, il se retira avec eux dans un désert du territoire de Bethsaiday qui signifie la maison des fruits. Comme s'il leur eût dit : Venez , venez réparer vos • forces , et prendre une nouvelle ferveur dans la retraite : vous devez en avoir besoin. Après tant d'occupations extérieures, il convient de rentrer un peu dans votre intérieur ; vous n'en serez que plus propres au travail, plus capables de faire une riche moisson pour les autres, après que vous aurez recueilli pour vous les fruits des plus éminentes vertus.

Si un ministre des autels ne sait de temps en temps se dérobejr ainsi aux compagnies ou aux affaires, et profiter du loisir quelles lui laissent pour penser à soi , il est comme impossible que dans le commerce habituel qu il a avec le monde, il ne se sente de sa contagion. Quelque innocence qu'il ail, et de quelque ardeur qu'il brûle pour le salut des âmes, dès qu'il se plaira avec les personnes du moncle , ou qu'il vivra dans une continuelle dissipation , la tiédeur s'empa-

rera de son cœur. Pour vouloir trop penser au prochain, il sera peu avec Dieu, et encore moins avec lui-même. Les divers scandales dont on le rendra ou le dé|>ositaire ou le témoin, feront tôt ou tard impression sur son esprit. Il en sera effrayé dans les commencements , il est vrai ; il aura môme de la peine à se faire aux dangereux objets qu'il verra, aux pernicieuses maximes qu'il entendra, aux acti(His et aux plaisirs où on l'engagera. La pudeur a ses droits, et la religion a les siens, foutes deux combattront durant quelque temps, mais toutes deux aussi se lasseront de résister aux assauts redoublés du monde. Insensiblement ses pernicieuses maximes le séduiront, ses avances le gagneront, ses joies et ses plaisirs l'attireront ; le vice, qui aura pour lui le goût de la nouveauté, se présentera à ses yeux dans un jour tout propre à s'insinuer dans son cœur. Qu'arrivera-t-il enfin? Ce que Ton ne voit que trop souvent, et de quoi l'on ne peut assez gémir. Ce ministre des autels, qui devait être le sel de la terre, perdra la force, et pour n'avoir pas su de temps en temps faire divorce avec le monde, il en deviendra le pvtisan; il se trouvera , presque sans s'en apercevoir, esclave des mêuics passions que les hommes les [»lus mondains , imbu des mêmes maximes, abonné aux mômes plaisirs, livré aux mêmes dérèglements. C'est un homme que le torrent a gagné, ])arce qu'il n'a pas voulu puiser dans la retraite des forces capables de lui résister.

Si, lorsque ses occupations le lui permettaient, à certains temps de Tannée, ou même de la journée, il eût employé son loisir à examiner sérieusement le fond de sa con* science; à découvrir dans son cœur les taches qui s'y glissaient dans ses fonctions, les fautes qu'il y commettait (car c'est àqjioi nous porte la retraite), ces jugements exacts et rigoureux qu'il eût exercés sur lui-même, lui auraient servi de préservatif contre les attraits du vice et les dangers inévitables du siècle. S'en tenant de temps en temps éloigné, il en eût été infailliblement moins épris : au lieu qu'en se répandant trop au dehors, et en se familiarisant trop avec le monde, il y a fait naufrage, il y a péri.

Il est donc essentiel à tout ecclésiastique d'avoir des temps dans l'année, où libre de tous soins étrangers, et dégagé de toute autre affaire, il se retire pour ne penser qu'à celle de son salut. Dans cette espèce de solitude, éloigné du monde, et livré entièrement à soi, il repassera bientôt, comme le saint roi Ezéchias, ses jours et ses années dans l'amertume de son cœur. L'éloignemcftt des objets et le silence des passions lui laisseront apercevoir les fautes journalières

3ue le commerce du monde ou l'embarras es affaires lui dérobaient. Il reconnaîtra ses faiblesses; il remontera jusqu'à leurs sources ; il en découvrira les funestes suites ; il formera de saintes résolutions, et prendra de nouvelles forces pour en arrêter le cours. Eclairé des lumières d'en haut sur la di^itè de son état et retendue de ses obligations

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il apprendra à estimer Tun, à remplir les autres avec exactitude, et bénissant mille fois le ciel de l'avoir appelé à un genre de vie si relevé, il s'écriera avec le Prophète : Que vos tabernacles sont aimables^ 6 Dieu des armées ! mon dme ne saurait plus soutenir l'ardeur avec laquelle elle soupire après vos divins autels. Que je suis heureux^ ô mon Seigneur ^ ô mon roi, a avoir trouvé un asile dans votre sanctuaire ! Un seul des jours que je passerai dans ce saint lieu^ me sera infiniment plus doux que mille autres passés en la compagnie des pécheurs,,. En vérité y tout ce quil y a d'hommes sur la terre montrent bien qu'ils ne sont que vanité^ en s'attachant à ce qui doit durer si peuy et à toute autre chose qu à vous. Pénétré de ces sentiments, .un ecclésiastique sort de sa retraite comme un homme devenu redoutable au démon, supérieur au monde et à sa censure, ennemi de ses folles joies et do ses propres faiblesses, disposé à aller partout ou Dieu l'appellera, à se dévouer à toutes ses lois, à tout entreprendre pour le salut du prochain et pour la gloire de Jésus-Christ.

II. Mais parce que rien n'est plus faible ni plus inconstant que le cœur de l'homme, et qu'il retourne souvent avec empressement à ce qu il a détesté avec plus d'horreur, si un ecclésiastique, sorti d(^. sa retraite, ne pense à en conserver Tesprit et le goût au milieu du monde même, il en perdra bientôt les fruits; et, devenu dans peu ce qu'il avait déjà été, on le verra saint et mondain tour à tourj aujourd'hui tiède et demain fervent, recherchant aujourd'hui les biens solides et réels, demain courant à la bagatelle , et se repaissant des plaisirs les plus frivoles.

On entend par le goût de la retraite, un sentiment intérieur du besoin que nous en avons pour conserver Fesprit du sacerdoce; un éloignement positif (le certaines compagnies où nous risquons de nous perdre, ou tout au moins de nous trop dissiper; un mépris réel des jeux et des amusements qui nous mettent trop au dehors , et qui nous ôtenl, par une espèce de contre-coup, la confiance des personnes mêmes qui nous amus'ent; une volonté déterminée et même accoutumée à être seuls à certain temps de la journée, pour entrer en compte avec notre propre ccBur, et examiner de près nos profits ou nos pertes, nos œuvres, bonnes ou mauvaises, n os vices ou nos vertus ; pour voir, enfin, où- nous en sommes avec Dieu, le prochain et nous-mêmes. Sans cette espèce de solitude intérieure, qui doit servir de freina un ecclésiastique, sans toutefois le rendre sauvage et d'un abord inaccessible, il est comme impossible que sa vertu se soutienne dans le monde,

11 aura beau avoir fait provision de piété, et être résolu à ne se rien permettre que dans la bienséance de son état; dès lors qu'à l'issue des offices divins ou des fonctions les plus saintes, il cherchera, comme tant d'autres, des amusements profanes, sa piété, sous prétexte de s'v délasser, y échouera ; le goût du plaisir 1 emportera aisément sur

celui de la prière ; il portera les idées du jeu et de la bagatelle jusqu'au pied des autels. Bientôt, son devoir faisant toute sa peine, ses

de gens oisifâ , ou dont toute Inoccupation est un cercle perpétuel d'amusements et de reprises de jeu, qu'o)i a soin de couvrir du voile d'innocents plaisirs. Les bienséances de son état lui deviendront à charge; et pour ne pas l'être lui-même à autrui, il ne se fera nul scrupule de les franchir, lorsqu'il croira pouvoir le faire impunément, et sans en essuyer des rei)roches. Enfin, persuadé dans les commencements qu'il pouvait se partager entre le devoir et le monde, il éprouvera à ses dépens que les plaisirs et les amusements du monde ne 1 emportent quo trop sur le devoir; que la piété qu'il avait portée dans les compagnies où il s'est trouvé, a disparu comme un trésor au'on laisserait exposé à tous venants sur les grands chemins ; et malgré ces résolutions, il se trouvera tout entier au monde, pour n'avoir pas voulu être de temps en temps à lui-même.

Que l'esprit et le goût de la retraite sont donc nécessaires aux ministres des autels I A en iuger par l'expérience, ils n'échouent au milieu du monde que pour vouloir, bon gré mal gré, en faire partie : au lieu que dans les premiers siècles de l'Eglise, volontairement restreints à une espèce de cloître avec leur évêque, et servant comme de rempart à la maison du Seigneur, ils étaient sans contredit plus parfaits, parce qu'ils étaient plus retires. Tels les Ambroise à Milan, les Augustin à Hippone, et généralement tous les saints prélats d'Orient et d'Occident. Si ces grands hommes, qu'on pouvait regarder comme les copies vivantes de Jésus-Christ, le souverain pasteur et Vévéque de nos âmes^ .se retiraient, autant qu'ils le pouvaient, du monde, et consultaient chaque jour l'esprit de Dieu sur eux-mêmes, combien jjIus en aurons-nous besoin, nous faibles roseaux que le moindre vent des tentations abat, renverse, et fait quelquefois passer de la plus haute perfection aux plus criants désordres!

Il en coûte, nous le savons, de vivre ainsi retiré, de savoir se sevrer de certaines compagnies où tout-ce qu'on aperçoit est attrapant, et dont les apparences semblent ne rien présenter que dlionnête. Mais, encore une fois, ces compagnies si riantes ne furent jamais l'élément d'un ecclésiastique; quoique sages et honnêtes en apparence, elles feront tôt ou tard démentir sa faible vertu. Laissez^ dit Jésus-Christ à ses ministres , laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs mortSy prenez garde de vous laisser séduire à ces compagnies tout à la fois si agréables et si funestes : tôt ou tard vous vous perdrez avec elles, et le malheur de leur perte ne diminuera point l'horreur de la vôtre. Si le devoir ou une bienséance indispensable vous y appette, paraissez-y sans peine. C'est Dieu qui vous l'ordonne, c'est aussi lui qui se charge de vous soutenir : surtout, si vous y

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