‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 31 sur 315 · PILS · texte numérisé non relu

PILS

3Sè

portez cetle simplicité chrétienne, qui, sans être gênée ni gênante, sait conserver partout un air grave et recueilli.

IH. L'attention sur soi-même et le recueillement intérieur sont, pour un ecclésiastique obligé de se communiquer dans le monde, un nouveau préservatif contre la criminelle dissipation qui en est Tâme. Oh n'y voit, en effet, que des hommes qui mettent leur bonheur dans les plaisirs des sens et qui sont transportés par' leurs charmes. Ris immodérés, joies éclatantes, acclamations subites, voix confuses de gens qui s'excitent à la volupté : tout annonce le ravissement de leur cœur, tout l'enchante, parce que tout le dissipe. 11 semble se dilater, se complaire en lui-même et nager dans le plaisir. Dans ces moments si doux et tout ensemble si criminels, les gens du monde disent avec transport qu*iïs sont heureux; ils ne changeraient pas leur état avec celui d'un, ecclésiastique : peu s'en faut qu'ils ne li\i insultent, lorsqu'ils le voient condamné à un genre de vie sérieux et ennemi de ces vains fantômes de plaisfrs.

Tout vains qu'ils sont néanmoins, et toujours suivis de repentir, ces plaisirs éblouiront un ministre du Seigneùrj ils le séduiront infailliblement, s'il n'oppose le recueillement à cette folle dissipation, et le plaisir constant des plus solides réflexions, aux moments courts et fugitifs des joies et des plaisirs du siècle. Ce recueillement si nécessaire, et dont il est ici question, consiste dans une attention habituelle sur soi-même, sur la décence de son état et la sainteté de ses 'devoirs ; dans la subordination des sens à la raison, et de la raison à Dieu; djins je ne sais quelle tranquillité des passions qui nous fait conserver notre âme dans la paix; enfin, dans un sentiment intime et habituel des grandes vérités îjui rappellent sans cesse la créature au Créateur, et le ministre, des autels- à celui qu'il a choisi pour son partage. Armé de ce recueillement comme d'un bouclier à toute épreuve, un ecclésiastique obligé de paraître dans le monde n'y sera point épris de ses folles joies : il pèsera à son juste poids cette prétendue félicité des mondains. 11 envisagera l'homme de plaisir comme un homme affamé, qui durant son sommeil croit .se rassasier, mais qui se trouve à son réveil dévoré^ par une faim réelle. Il jugera du vrai bonheur par sa durée et sa solidité, autant et plus que par ses délices ; et la passion laissant toujours place chez lui h la réflexion, bien loin de s'arrêter à tout ce qui séduit les sens où qui amojlit l'Ame, il détournera ses yeux de tous ces frivoles objets. La loi du Seigneur, toujours présente A ses yeux et à> son esprit, le ^findra insensible à tout le reste ; il sera avec Dieu, et il le bénira d^ns les lieux mêmes où on ne pepse peut-être, qu*à l'offenser ; il s'en occupera daiis le secret ; il l'appellera sans cesse à son secours, et n'apercevra au- , tour de Ijuii qu'un néant affreux.

, Car voilè^ en quoi consiste principalement le recueillement dont nous parlons. C'est de penser sans cesse aux volontés de Dieu, pour

s'y conformer;. à ses desseins, pour les accomplir. C'est d'être toujours attentif à ce qu'il nous dit inténeurement ; à l'écoute/ avec docilité, h\e méditer avec soin. C'est dé s'occuper le plus qu'on peut des perfections de Dieu pour les honorer, de ses amabilités pour s'y attacher. Un Dieu qui, par sa grandeur, voit tout au-dessous de lui , qui par son immensité ne souffre point de bornes , qui par son éternité n'adnet point de durée; un Dieu qui par sa sainteté est le principe de tout bien . qui par st miséricorde est la source de toute grâce , qui par sa puissance triomphe de tous les obstacles, qui par sa sagesse règle tous les événeraenis , qui par sa providence pourvoit à tous nos besoins : voilà le sujet contir\uel des réflexions d'un ecclésiastique parfaitement recueilli. 11 s'occupe intérieurement des moyens de procurer la gloire de Dieu, d'affermir son culte , et de lui former de fidèles observateurs. 11 pense encore à la grande affaire du salut : il considère la dignité de notre âme , à quels dangers nous l'exposons, notre peu d'ardeur pour la rendre heureuse, l'activité du démon pour la perdre , et le nombre des pécheurs qui deviendront les victimes de l'enfer.

Un ministre des autels qui vit dans le recueillement ne borne point là ses réflexions* 11 se rappelle aussi sans cesse les vérités les plus importantes de noire religion, son esprit en est toujours rempli et pénétré ; tout renfermé , tout concentré , pour ainsi dire « tout absorhé au dedans de lui-même , il fermé les yeux sur tous les objets extérieurs, pour s'unir intérieurement à Dieu, pour s'entretenir avec lui dans le secret de son âme.

Par un contraste bien déplorable , un ecclé* siastique qui n'est pas recueilli , vit dans un oubli continuel de Dieu qui ne nous oublie pas un seul instant. Eh 1 comment peutil le perdre de vue , lorsque tout concourt dans le ciel et sur la terre a nous en rappeler le précieux souvenir? 11 n'y pense pas même dans le temps et dans les lieux consacrés pour le faire, je veux dire, durant la

Srière et dans nos églises. C'est alors que ►ieu seul doit occuper notre esprit. Un prêtre dissipé le bannit du sien , le moindre objet le distrait dans les exercices de piété, et, jusque dans le sanctuaire du Seigneur, toute son attention est pour des bagatelles. Il en est de même de son salut ; ce n'est point cette grande affaire qui fait le sujet de ses réflexions. Ce qui tombe sous les sens , ce qui le frappe extérieurement , voilà Tunique chose qui fait sur lui quelque impression ; comme il est entièrement livré au dehors , les journées passent et finissent sans qu'il rentre en lui-même. Une telle dissipation ne peut le conduire qu'au relâchement le plus funeste. Le moyen de s'en préserver ♦ c'est de se recueillir dans le fond dé son âme.

Du recueillement intérieur résulte un double avantage, l'un pour le monde, qui est sûrement édifie, l'autre pour l'ecclésiastique, qu'il met à couvert d'un grand nombre de

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fa'jtes. Car, quelque goût qu'ait toujours eu le monde pour la dissipation et la joie, il n'en méprise pas moins Vecclésiostique qui s'y livre; cooimn nu contraire , toujours charmées d'un ministredes autehqUi rélléi:hit sur ses devoit-s , et qui ne perd jamais de vue son caractère, les personnes les }j] us dissij.ées elles ]>lus mondaines prennent enTin conlian<:e en lui i et y ont tôt ou tard recours comme Jt un homme qui, étant maître de ses passions, [leut aisément apprendre aux autres à les dompter et k s'en rendre maîtres.

Indépendamment de cette édification publique ) quelle foule de péchés n'évite point un ecclésiastique, qui pense habituellement ft Dieu , à soi et à ses devoirs ! 11 ne tonnait ni la détraction , ni les mauvaises plaisanteries i ni les paroles libres ou mordantes , ni les mauvais rapports qui échappent aux gens du monde à la table, au jeu, dans tes cercles et dans les conversations les plus ordinaires; ni enfin ces contes libres, obscènes ou satiriques , ofi l'on se nique de raconter avec esprit les intrigues d'un quartier ou de toute une ville.

Si , au contraire, il n'a de fréquents retours sur lui-mfime , comment et par quelle voie ^e gitrantira-t'il de tous ces excès î Que de torts ne fera-t-il point à la réj.utotion de son prochain 1 que de médisances irréiiarables, que de scondales , lorsqu'on verra /p malédiction, comme dit saint Jacques, et (a bénédiction partir de la même bouche, et iQ même source qui devait donner de leau douce, ne fournir que de l'eau amère I Si dans une liberté entière de penser, d'agir et de parler comme les autres, il ne s'accoutume pas ii garder ses sens, à voilier sur son rœur, à rélléidiir avant que de parler, k être même sur le compte (J'autrui d'une réserveà toute épreuve, il est comme im|iossible qu'il ne devienne, à la honte du sacerdoce , ou un esprit dangereuT, ou un railleur de profession, ou un de ces mauvais plaisants qu'on dirait gagnés du public pour tenir registre de toutes les histoires des familles, ou enfin un de ces hommes caustiques que l'Histoire sacrée nous dépeint devenus redoutables et odieux à toute une ville, parles inimitiés qu'ils v fomentent et par le malheureux talent qu'ils ont de dèthii-er le prochain avec agrément.

Ce n'est pas cejendant que , pour être fccueilli , un ecclésiastique doive ôtre sombre avec ses amis , et ne parler , pour ainsi dire, que par sentence ; ce recueillement d'ailleurs si nercssaire, n'a rien qui ressente le censeur incommode , rien de farouche, ni qui ne fasse même aimer et estimer la vertu. Il consiste encore une fois à observer esadement toutes ses démarches j comme le veut le prophète, à poser nne garde fidèle à eo bouche, à ne quitter jamais certain air de sagesse qui se fait respecter des plus libertins , k penser tellement à Dieu, au f ro^han et à nous-mêmes , qu'il ne nous échapie rien dont Dieu , le prorhain, oiî la digtiiié de notre état puissent être blessés.

DlCTI0!^!4AIHE d'ASCËTISUB 11

tlâUE. PRE

Les prêtres doivent être des vertu et pratiquer surtout Tli douceur, la prudence, la tcm charité, l'obéi-ssanee el la cha cet mots et l'article j Obuc

CJ.EBCS.)

Ils sont tenus de cultiver la se siastique , de s'appliquer k l'oral prière, de réi^iter sui-toul pie exactement l'ofiice divin.

(yegeS Scie;(ge kcclésiastiqu Obaison.)

Ayant traité ailleurs ces questi reste à traiter ici de l'ofiice divin autre point de vue nous avons t l'article Keches canomaI.es.

Ce que le grand Apôtre avait si ce qu'il recommandait avec tant premiers fidèles , quaml il leur t plistez-vous du Saint -Esprit , mutuellement eft chant des hyi cantiques spirituels (Eph. v). c nous Voyons heureusement éiabl glise , par l'obligation qu'elle ministres de réciter et de chanter canoniales, on l'ofiire divin. Di société des fidèles auprès de Die rendre le culte solennel qu'il a tendre de ses enfants, les prêtre:

culièremcnt chargés de payer, < tous les hommes, ce juste tribut d et d'actions de grâces qui est dû ai Dans ce sacrifice de louanges jou fort àDieu par les ministres de :

nous apercevons un culte extéri rieur qui consacre leurs esprits, 1 leurs langues et toutes leurs p célébrer ses grandeurs. C'est au les mérites du ï'ils que ce culti est rendu h l'Eternel, son père, remercier des faveurs qu'il nous pour lui en demander de nouv sont les principaux caractères d publique , appelée office divin. 0 que cet ofiice divin î Quelle en e tion pour les prêtres 7 Quelles so positions nécessaires pour le bi C'est ce que nous allons voir;

I. L'ofiice divin, tel qu'il est jourd'hni dans l'Eglise, est, ay.ri lice de nos autels, le sacrifice le j qui puisse être offert à Dieu. Ce le plus magnifique des louang Seigneur a tracées de son être , d vines Ecritures, et qu'il a insp Eglise; et, pour parler comme la l'ofiioe divin est une prière publie que jour et 6 diverses heures , fai personnes spécialement destinées ploi.

Ces notions différentes, bien pées, serviront à nous faire conn ture, l'excellence, le caractère des louanges qu'on y donne au Si l'ordre observe par ceux qui sont I ré>:iter.

Si nous bornions h nos yami idées et à dos expressions le:

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que nous donnons à l'Etre dirin, quelle faiblesse et quelle imperfection dans notre cultel Mais quand, pour célébrer les gran- •deurs r^e Dieu, nous empruntons des Ecritures les expressions dont nous nous servons, c'est alors que nous pouvons nous flatter de lui rendre l'hommage le plus agréable qu'il puisse exiger de nous , et c'est précisément ce que nous faisons par les heures canoniales.

Elles sont l'abrégé de tout ce qu'il y a, dans les livres saints, de plus propte à nous donner une grande idée du Dieu que nous adorons.

Où trouver ailleurs des hommages pluis nobles de l'Etre divin^ des descriptions plus vives, plus naïves et plus magnifiques des ouvrages de sa puissance? Tout ce qu'il y a de plus incompréhensible dans la trinitié des personnes , de plus impénétrable dans les aétrets de sa sagesse , de plus admirable dans sa providence , de plus redoutable dans sa puissance et dans sa justice ; son souve* rain domaine sur tous les êtres ; les devoirs de la créature envers son Créateur, tout ce Qu'un Dieu magnifique dans ses dons fit pour rhomme encore innocent, tout ce que .'homme rebelle fit contre le meilleur aes maîtres et le plus tendre des pères; les inventions de sa divine miséricorde, pour trouver dans la faute du coupable , et jusque dan.^ sa chute , des ressources de salut et un remède à son péché : voilà ce que l'Eglise retrace à ses ministres pendant le cours de Tannée, dans les divins cantiques qu'elle leur met à la bouche , et ce qu'elle a su admirablement réunir dans les offices des différents temps, et dans les offices particuliers de chaque semaine.

Un ministre fidèle à les bien réciter, y voit comme dans un tableau abrégé tout ce qu'un Dieu sauveur a fait pour nous arracher à Tenfer et nous attirer à lui. Ses anéantissements dans l'Incarnation , sa naissance abjecte au sein de la douleur et de l'indigence, sa retraite dans U désert, les miracles de sa vi« agissante, les persécutions qu'il essuya dans Texercice de son ministère, sa mort ignominieuse, sa triomphante résurrection , son ascension glorieuse , les victoires qu'il remporta sur le monde, le démon et les puissances des ténèbres , la descente de son saint Esprit sur les Apôtres, enfin, le plus grand effort de sa tendresse et de sa puissance dans le sacrement de soû amour : voilà ce que l'office divin offre tour à tour à la piété d'un ministre des autels, pendant le cours de Tannée scclésiastique. 11 y voit tous ces mystères longtemps auparavant annoncés par les prophètes^ ébaucnés dans les or-ubres de la Loi, liés ^^nscrable par une chaîne admirable d'événements qui se soutiennent mutuellement les uns sur les autres, et qui aboutissent au Rédempteur promis, comme à Tobiet qui devait les terminer; il voit tous ces événements heureusement amenés au salut des hommes, comme à la fin à laquelle ils devaient aboutir. Eh l quelle occupation plus sainte , mais en m^me temps

Juelle occupation plus délicieuse et plot igné d'un prêtre, que de consacrer presc ue toute sa vie à chanter, tantôt les grandeius et la puissance d'jun Dieu créateur qui nous forma pour lui seMl, tantôt les miséricordes d'un Dieu sauveur qui nous affranchit |par sa mort de la tyrannie des passions et de la servitude du démon ? A ce double flambeau des perfections et des amabilités de son Dieu s'allume insensiblement dans son coeur ]o flambeau du divin amour. Les nouveaux bienfaits dont il se volt comblé à chaque instant, et que toutes les parties de son office lui retracent, sont comme autant d'étincelles et de traits enflammés qui animent et au^^ mentent le feu sacré dont il est dévoré; *• méditation et le chant des psaumes éveillent en lui tout ce que l'amour de Dieu a de plus vif et de plus tendre. {Ps. xxxvui.)

En parcourant chaque semaine le Psautier de David, il y voit accomplies, dans le Noaveau Testament, toutes les figures de TAncien. 11 y envisage le chef et les memlM^s , je veux dire Jésus -Christ et son Éslise, soit qu'ils y soient ouvertement priSiits» soit qu'ils n'y soient qu'obscurément indiqués.

Dans les anciens patriarches, mais surtout en David et en Salomon , il voit caché , et mystérieusement enveloppé, Jésus, le Roi de gloire , qui vient donner la paix au monde, et briser les liens qui nous tenaient assenas à Satan. Dan^ les Pharaon, les Saiil, les Achitophel, les Semeï, les Antiocbus, il considère les persécuteurs des saints^ ces ennemis visibles et invisibles avec lesquels il faut être continuellement aux prises ici-bas. Sous la figure d'Israël , voyageant sur la terre parmi les succès et les infortunes, il voit les chrétiens exposés à mille tentations. Dans la nation sainte, tantôt en guerre et tantôt en paix, tantôt captive et tantôt délivrée, il se représente 1 Eglise de Jésus-Christ, les périls 3 u elle a a essuyer, les tempêtes furieuses ont elle est battue, les combats sanglants qu elle a à soutenir, les victoires qu'elle a remportées, et celles qu'elle remportera touiours sur les hérésies et sur les ennemis de la religion. Enfin, il se représente cette éternelle paix, ce bonheur pur, celte félicité invariable qui doivent terminer les misères de cette y'iBf et dont il jouira dans le séjour de la gloire.

Le n'est pas tout encore : Toffice de chaque jour offre à la piété du ministre des autels les principaux devoirs du culte intérieur» dont Texterieur doit être animé. L'office du Dimanche ne respire que l'amour de Dieu et la parfaite observation de ses lois. Et quels motifs plus touchants que ceux qu'il lui propose de cet amour : la bonté inunie de Dieu qui s'y trouve tracée à chaque page en mille manières différentes; sa providence c^ui s'étend à toutes les créatures, sa bienveillance pour tous les hommes, sa libéralité sans bornes, sa conduite paternelle sur ses enfants, sa fidélité dans ses promesses, la constance de son amitié, son amour pour les saints, sa patience envers les pécheurs, sa clémence puui

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leâ pénitents! De là, dans tout I office de ce

¥' inr, ces portraits continuels des œuvres du ont -Puissant, si propres à embraser les cœurs du plus ardent amour; portraits admirables où, d'après rEsprit-Sainti on s'est attaché à peindre rexeellènce des ouvrages de Dieu, leur variété, leur arrangement, témoins éternels de la puissance et de la 'sagesse de leur auteur; Talliance qu'il a contractée avec les hommes y en la personne des Israélites^ alliance qui Surpasse beaucoup tous les autres prodiges> alliance dont le fruit a été celte loi sainte qu'il leur a donnée, comme le gage le plus précieux de son amour pour eux. En tout cela, que de motifs puissants pour un bon cœur de se livrer aux sentiments de lamour le plus vif, et de la plus grande reconnaissance 1

De cet amour naît, dans le cœur du mi*nistre des autels, une fidélité parfaite à tous les points de la loi du Seigneur : loi sainte qu'il aime, qu'il embrasse, qu'il médite jour et nuit, et dont il fait ses délices ; il Tétudie sans cesse, il; la tient en ses mains, il la porte dans ses yeux» il la grave au fond de son cœur. 11 en admire la beauté; elle est son espérance, sa joie, sa gloire, sa richesse ; c'est sur elle qu'il se forme à la justice et à l'équité, elle devient sa règle, sa défense et sa couronne; il n'a plus d'autre bouclier, d autre arme> d'autre consolation que cette lOi sainte* Son plus grand plaisir est de la voir observée; il sèche de douleur en la voyant méprisée, violée. Son zèle s'enflamme, et son indignation n'éclate que contre les prévaricateurs de cette loi sainte. Tel est l'office du Dimanche.

^ Les offices des autres jours ont pour objet d'animer sa foi, d'exciter sa confiance, de l'éloigner du péché par la crainte des châtiments destinés à le punir, de soutenir sa faiblesse et ses espérances par la vue du ciel et des récompenses qui l'y attendent. Interdit et hors de lui-même à la vue d'un Dieu mourant d'amour pour des inj^rats, son cœur s'enflamme et brûle du désir d'user d'un juste retour envers un Dieu si aimant ; il s'affermit au moins dans l'amour des souffrances et dans le désir de participer aux ignominies d'un Dieu crucifie. S'il est dans 1 affliction, H fait taire les plaintes, il étouffe les murmures, il adore en silence, il baise amoureusement la main qui le frappe» il accepte avec reconnaissance toutes les peines qu'il, plaît à l'aimable Providence de lui envoyer. Est-il dans l'état de la grâce» il demande lès secours nécessaires poxkv la conserver et pour l'augmenter. Est-il dans l'état de péché, il pleure, il Î;émit avec le Prophète, il ne cesse d implorer a divine miséricorde, jusqu'à ce que par ses soupirs il puisse s'assurer de l'avoir fléchie. Quelquefois, ennuyé d'un triste exil, il soupire après le moment heureux qui terminera ses misères et ses alarmes, en le réunissant à son souverain bien. D'autres fois, élevée audessus d'elle-même , son âme goûte dans le sein de Dieu des consolations ineffables, que tous l^s plaisirs d'ici-bas ne pourront jamais égaler.

Cest ainsi que l'office divin fournit à ce^ lui qui le récite toutes les affections qui conviennent à un chrétien, en quelque situation qu'on puisse le supposer. Point de prière plus excellente, elle honore Dieu d'une manière digne de lui; point de prière plus parfaite, elle excite en nous ces mouvements tendres et vife de repentir, d'actions de grâceS) d'amour, d'adorations , de supplications les plus propres à le fléchir en notre faveur; point de prière plus comiilète, elle renfenne tout ce que nous devo: s demander pour nous et pour les autres. Outre les psaumes de Davicf, elle contient l'oraison dominicale» la salutation angélique, le symbole des apôtres, répétés plusieurs fois le jour; elle est variée par des antiennes, des capitules, des hymnes, des répons, des versets, des cantiques qui ne res'pirent que la plus tendre piété

Cependant, pour prévenir l'ennui qu'une prière trop longue pourrait causer > on a in* séré dans l'office des leçons ou des lectures édifiantes.

Ce sont des morceaux choisis tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, ou extraits de ce qu'il y a de jdus beau dans les ouvrages des Pères et des auteurs ecclésiastiques.

A ces instructions, on a ajouté des exemples, et ces exemples sont ceux des saints qui ont le plus éaifié l'Eglise par leurs vertus, qui l'ont sanctifiée par leurs travaux, ou fertilisée de leur sang. Nos saints offices, en les peignant toussons destraits communs àl a vraie sainteté, nous représentent chacun d'eux en détail avec les caractères propres par lesquels l'Esprit sanctificateur prend plaisir à différencier ses élus, variant à l'infini ses divines opérations, et transformant sa grâce en toutes les manières capables de contribuer à la plus parfaite beauté de la Jérusalem célestei Pour instruire notre foi» pour nourrir notre piété, pour ranimer notre ferveur» l'Eglise, dans ses offices, nous propose ces illustres héros de la sainteté, comme des modèles achevés de toutes les vertus. Dans les uns, elle nous fait envisager une pureté presque sans tache et une innocence conservée jusqu'au dernier soupir. Pour condamner notre lâcheté, elle nous fait apercevoir dans les autres une pénitence» une mortification et des austérités qui ont de quoi effrayer la nature, et qui furent portées jusqu'à de saints excès. En nous montrant, arrachés au crime et à l'enfer, tant d'hommes qui marchaient dans les voies de l'iniquité, qui couraient h une perte assurée, elle nous fait admirer les bontés du Seigneur, et nous éiTier avec le plus saint et le plus pénitent des rois : Que tes miséricordes de notre Dieu sont au dessus de tous ses autres ouvrages. [Ps. cxLFv.) Elle nous fait voir les uns se dérober à tout ce qu'un monde enchanteur leur offrait de douceurs, pour aller chercher dans la retraite etia solitude, un asile assuré à leurs vertus; les autres, au milieu du monde, détester le monde, fouler aux pieds ses promesses , ses caresses , braver ses ter-

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r^urs et ses menaces pour garder à Dieu une fiilélité inviolable. La foi vive et agissante des patriarches, le zèle intrépide des apôtres, le courage invincible des martyrs, la fermeté inébranlable des confesseurs, la fidélité constante des justes, la sainte retraite des solitaires , la pureté généreuse des vierçes , les vertus héroïques des femmes chrétiennes, tout cela se trouve heureusement réuni dans loffice de l'Eglise ; elle y a disposé avec tant d'art le culte public qu*elle rend aux saints, que leur mémoire se trouve consacrée dans ses prières, comme elle était longtemps avant consacrée dans ses fastes.

On n'a eu garde de négliger, dans les divins offices, Marie, la reine des saints, qui les surpasse tous en gloire, comme elle les surpasse en sainteté. Pour l'honorer comme tUe mérite dé l'être, l'Eglise ne s'est pas contentée de dresser pour chacune de ses fètes^ et pour chacun des mystères de sa vie , des offices propres qui nous rappellent ses vertus et toute la part qu'elle eut au grand ouvrage tle la Rédemption. Pour nous faire rendre à Marie tout ce que nous lui devons en qualité de ministres de JésUs-Christ , elle a voulu

Sie nous célébrassions plusieurs des mysres du Fils , sous le titre des mystères de ta Mère : tels sont les mystères de l'Incarnatiou et de la Présentation au temple, solennisés sous les noms de l'Annonciation et de la Purification de Marie. Elle a voulu encore qu'il y eût un jour particulier et privilégié, consacré chaque semaine à publier les grandeurs et à honorer les vertus de cette vierge incomparable. Dans ses offices, après «'être épuisée en éloges, elle avoue son im-

f Puissance, elle proteste que les expressions ui manquent pour célébrer la digne Mère qui eut le bonheur de porter dans son sein celui que tout l'univers ne peut contenir. Enfin, l'Eglise a voulu que tous les oflices de l'année commençassent par l'invocation de Marie, et qu'aucun ne fût terminé que par tine prière propre à chaque saison, adressée A la Reine du ciel et à fa Mère de miséricorde.

Heureux si, en nous rapjpelant tous les ;ourS| dans la récitation cie notre office, tant 6t de si grands modèles , nous y trouvons des leçons qui nous corrigent et nous animent^ sans y trouver en même temps des exemples qui nous condamnent 1

En récitant les Heures canoniales dans l'esprit de l'Eçlise et avec les dispositions qu'elle demande, le prêtre s'instruit par Thislofique des Ecritures ; il loue le Seigneur

Sar les hymnes et par les cantiques, il s'éifie par les exemples des saints, il s'élève à Dieu par le pathétique des sermons et des homélies dés Pères; il prie, il gémit, il pleure ses péchés par les psaumes ; il den^mde à Dieu les besoins cfe toute l'Eglise par les versets et les oraisons qui contiennent les vœux des fidèles. Car, c'est par toutes ces raisons qu'on appelle roffiee divin BrMaire , comme étant l'abrégé ou cH;s saintes Ecritures, ou des offices de lEgli^^^ o\x de3 prières publiques qu'on

doit adresser à Dieu : Breviarium &ripturœi Officinm abbreviatum; Brtvt Hcrarium.

On l'a distribué en plusieurs parties appelées Heures , parce que, devant être récitées à plusieurs rois, elles servent à nous rappeler de temps en temps à Dieu, à ses bicnlaits, aux mystères de notre sainte relidon accomplis à pareilles heures, et à nous faite remplir, autant que possible, le précepte de prier toujours et de ne se relàcner jamais, imposé par le Sauveur : Oportet semperowre et non aeficere, {Luc, xvni,) Les raisons particulières qui ont déterminé l'Eglise à distribuer ainsi son office, ont été premièrement de nous faire imiter le saint roi David, qui* sept fois le jour, se dérobait au tumulte du monde, aux charmes flatteurs d'une cour brillante et aux affaires de son em[)ire, pour chanter les louanges du Seigneur aux heures

3u*il s'était prescrites : Septies indielaudm ij-t tibi, (Ps. cxviii.) C'est, en second lieu, pour nous remettre en mémoire les mystères que le Sauveur a opérés pour le salut de nos âmes, à peu près dans les mômes heures où nous le récitons. Nous prions la nuit, pour nous rappeler ce qui s'est passé la nuit qui

R récéda la passion, dans le jardin des Olives, ous prions le matin à Laudes^ pour honorer le Sauveur. La prière àe Prime est pour compatir aux outrages et aux indignes traitemens Su'il essuya chez Hérode et chez Pilate ; celle e Tierce pour célébrer la descente de l'Esprit saint ; celle de Sexte, pour nous remettre en mémoire le crucifiement de Jésus ; celle de iVone, pour nous souvenir du moment de sa mort. Enfin, nous prions à Vêpres et à ComplieSy pour nous retracer l'ouverture de son c6té sacré, sa déposition de la croix et son sépulcre glorieux. Telle est l'excellence d» roffiee canonial : mais quelle en est robljgation, et quels sont les ecclésiastiques qn d»^ regarde?

II. Selon la discipline présente de l'Eglise, trois sortes de personnes sont tenues à la recitation des Heures canoniales en public ou en particulier : les religieux et les religj^"' ses, quand cette obligation est attachée h leur ordre par son institution, et qu'ils ont tai» profession pour le chœur. Cette obligation n'étant point de notre objet, nous n'en parlerons pas ici. En second lieu, tous les prêtres et tous les ministres des autels qui sont dans les ordres sacrés, soit qu'ils aient un i^néfice,soit qu'ils n'en aient pas, sontoblig^^^^^ sous peine de péché mortel, à réciter 1 y"*\ divin, dit saint Thomas. Enfin, tous lef c««/;;^î en quelque ordre qu'ils soient, dèsqu "S soi pourvus d*un bénéfice suffisant au nioinspo^ une partie de leur subsistance, sont *e"^^ la récitation de l'oflice divin par un^^^^* joi universellement reçue , qui a force de dans TEglise d'Orient, comme en celle d^^ cident. C'est ce que tous les conciles oni p .^ nonce unanimement. Celui de Bâle ave de cette obligation tous les clrrs po^^^^i, cj^. bénéfice ou constitués dans les orares

crés.

Le cinquième concile de Latran»

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D'ASCEliSMK.

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Léon Xt prive des fruits de teurs bénéfices et des bénéfices mômes ceux qui, sous un certain temps, ne se mettront pas en peine de satisfaire à l'Eglise en ce point : maxime invariable et si reçue qu'elle a passé en proverbe ; maxime confirmée par le pape Pie V qui a marqué , dans le dernier détail , jusqu'où doit aller la restitution, selon la nature et la qualité de l'omission. Conformément à la disposition des ordonnances du concile de Latran, celui qui ne dit pas Matines, perdra la moitié des fruits de ce lour-la ; f)Our l'omission des autres Heures, il perdra *aulre moitié, et la sixième iiarlie pour une seule petite Heure omise. Si Ton demande quelles sont les raisons qui ont porté PEglise è imposer h ses ministres Tobligation de réciter le saint ofl[ice, il sera aisé de satisfaire à cette question.

!• Modèles de tout le troupeau, les ecclé- Mastiques doivent aux peuples des exemples de toutes les vertus, et par conséquent de la prière continuelle recommandée à tous, mais plus nécessaire aux ecclésiastiques,

Eour arriver è la perfection de leur état et en ien remplir les obligations. 2* Etant obligés, de droit divin, de rendre à Dieu le culte qui lui est dû, ils doivent réciter Tofice divin, qui est le culte que l'Eglise ordonne à ses ministres de rendre au Seigneur. 3* Parce qu'ils sont établis pour offrir des dons et des sacrifices pour les hommes, et entre les sacrifices au'ils doivent offrir, après celui de nos autels, il n'en est pas qui approche du sacrifice de louanges offert au Père éternel pour tout le corps de TÉglise par ce4ix qui en sont les ministres, i' Médiateurs publics entre Dieu et les hommes, un de leurs principaux devoirs, dit saint Jean Chrysostome , est d'intercéder sans c^se auprès de Dieu pour les besoins des peuples et pour leurs iniquités.

Interprètes des vœux de rÇglise et de ses soupirs, ils sont obligés de représen-^ ter à Dieu les scandales qui désolent cette mère affligée , les troubles qui la divisent, les plaies qui la défigurent. Chargés auprès de Dieu des intérêts des peuples, ils sont obligés de se présenter tous les jours au piod de son trône pour calmer son courroux, demander la grâce des coupables. Premiers ofljcicrs de sa maiso&, leur caractère et leur emploi ne les approchent plus près de la Majesté s uprômo que pour être plus à portée de solliciter et plus sûrs d'obtenir tout <^c qu'ils lui demanderont en faveur dç leurs frères.

Un ecclésiastique qui ne prie pas , n'ap-. partient plus à VÉglise qui prie sans cesse; il n'est plus lié à son esprit de prière et de charité ; c'est un canal aride, une nuée sans eau , plus propre h infecter le champ du Père de famille, qu'à le fertiliser en attirant les bénédictions du ciel sur les peuples.

Enfin, substitués par l'Eglise au simple fidfîle que ses occupations et les embarras du siècle empêchent ae vaquer continuellement à la prière, c'est ayx ecclésiastiques à vaquer

à son défaut, et à l'acquitter envers Dieu do^ ce devoir essentiel. Vouloir qu'un magistrat^, un militaire , un négociant, un laboureur^ un artisan quittent Yeurs travaux pour vaquer à la prière à certaines heures marquées,, ce serait demander l'impossible. Cependant^ il faut que le précepte de prier toujours soit accompli dans l'Eglise : tous ayant besoin de grâces, et tous recevant à chaque instant des faveurs sans nombre de la main libérale de Dieu, tous doivent le remercier des anciennes et lui en demander de nouvelles. Le seul moyen de concilier cette prière continuelle de tout le corps des fidèles avec les occupations indispensables de chacun, a été de charger et obliger les ecclésiastiques de rendre à sa Majesté suprême, au nom de tous, la tribut d'hommages qu'elle avait droit d'atten-. drede chacun en particulier; moyen admirable qui concilie tout : cette obligation de toujours prier, que le simple fidèle n'eut pu remplir par lui-même, il la remplit au moins par Id ministère des ecclésiastiques députés de toute la société, de tout le corps de TEglise. pour perpétuer sur la terre le sacrifice de louanges que le Sauveur rendait à son Père. Obligation sainte qui, les élevant au-dessus delà chair et des sens, les transporte au ciel et les associe aux habitants de ce bienheureux séjour ; obligation délicieuse et pleine de charmes, qui, les mettant à portée de s'entretenirpresquecontinuellementavecDieu,leur donne le moyen de décharger en son aimable sein les peines d'un critique ministère, et de dissiper les ennuis d'un triste et long^ exil ici-bas ; mais en même temps, obliga- ' tion étroite et redoutable, à laquelle on ne manquerait, sans cause légitime , qu'en se . rendant coupable d'un péché mortel et digne de Tenfer. Obligation de tous les temps et de tous les lieux, obligation perpétuelle et invariable qui ne souffre d'exception, ni pour^ les ecclésiastiques frappés de censures , ni pour ceux qui auraient été dégradés ou déposée, ni pour ceux qu'un crime réel oh prétendu aurait associés aux forçats ,, à moins que leurs travaux ou d'autres obstacles ne suspendissent leur obligation. A cela près, il n'y a que la maladie ou l'impossibilité qui puisse la faire cesser.

Et cependant, hélas! comment est-elle remplie, cette obligation si çrave et si essentielle? Ah ! si nous pouvions sonder les consciences et suivre dans le détail la conduite de certains ecclésiastiques , que de mystères d'iniquité nous découvririons, que d'infractions nous découvririons à la loi dont il s'agit ici!

Heureusement on ne voit plus de ces prêtres sans religion qui , au vu et au su des laïques scandalisés, sont dans la malheureuse et ancienne habitude de ne point dire d'office ; qui sans scrupule en omettent des parties notables; qui ne se croient obligés à le réciter que quand ils doivent célébrer ;, qui, i)ar des excès volontaires et fréquents, se mettent hors d'état, ou de réciter ou de satisfaire en récitant; qui s'en dispensent sous mille prétextes friYolc5, sous j^rétei^ift

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(Je la moindre occupation extérieure ou de fil moindre affaire, sous prétexte enfin d'une niQrmité légi^re; qui, ingénieux à se tromper et ^ se jfaire illusion, ont recours à mille vaines subtilités, et imaginent des distinctions où les canons n'en ont pas mis. Mais combien récitent le saint oftice par routin^i sa^s piété, sans goût, et semblent vouloir se décbargçr d'un fardeau dont il leur tarde de se débarrasser, plutôt qu'accomplir un devoir envers pieul De là cet air distrait , cette précipitation scandaleuse, ces mille distractions qui naissent de ja lassitude et de Tennui. De là ces inquiétudes légitimes de la conscience qui n'est jamais sure d'avoir satisfait à une des plus impérieuses obligations du ministère. Qu'un ministre des autels est mercenaire! qu'il a })eu de rp]igion, si, étant consacré à Dieu, U croit être dispensé de le prier 1 Car n'est-ce pas manquer à ce devoir, que de le mal remplir? Mais quelles sont les dispositions nécessaires poijr J)ien réciter , c'est ce que nous allons examiper ici plus en détail.

111. L'office divin étant une prière nublir[ue, faite au nom de tout le corps de l'Egli- »se, on ne peut douter qu'elle ne doive être î'aitc d'une manière dignp du Dieu qu'on iirie, et de l'Eglise qui prie, Un respect profond, une attention soutenue, une dévotion feryente, une exacte fidélité à gbserver toutes les circonstances requises pour le temps et dans tout le cours de la récitation, sopt les caractères principaux que doit avoir cetteprière, si l'on veut changer les louanges de Dieu avec sagesse, corapie le Prophète nous y exhortç. Le respect, première disposition. L'homme étant composé d'un corps et d'une âme, il doit égale'ment faire servir l'un et l'autre à témoigner à Dipu la dépçnd(ïnce et la soumission, le dévouement et les hommages oui sont dus à la supériorité de son être. De là, dans le culte religieux que nous lui fendons, en chantant ses louantes , àeu\ sortes de respects, l'intérieur qui est comme }'âme de notre culte, et l'extérieur qui en est comme la marque et le symbole. Le respect intérieur est un pieux mouvement de notre pœor et de notre esprit humiliés et anéantis en présence du Seigneur qu'ils adorent; l'extérieur est une modeste retenue de tous les sens, qui» par un saint recueillement, honorent Dieu à leur manière.

Le respect intérieur naît d'une vive considération de la majesté de Dieu, devant qui nous ne sommes que néant : il consiste dans une crainte religieuse,dans une sainte frayeur dont notre Ame est saisie à la vue du. grand Diou à qui nous parlons, et qui veut bien, malgré notre bassesse et notre indignité, nous admettre à lui rendre nos hommages; crainte religieuse, sainte frayeur qui s'auçroenteront considérablement en nous par Ta pensée qu'en chantant ici-bas les louanges de Dieu, nous unissons nos voix à celles des anges et des saints, par la pensée que nous faisons sur la terre ce qu'ils font et feront éternellement dans le ciel. Eh quoil (iais-j« me dire h moi-même, en ces pré-

cieux moments, »es séraphins s'abtmentdQ respect en la présence de mon Seigneur et de mon Dieu; et moi ver de terre, moi, ceiidre et poussière, ie ne tremblerais pas de» vant cette majesté suprême, qui tient dans le ravissement tous les cœurs des bienheureux, toutes les puissances du ciel I

Le respect intérieur en nous retraçant vivement la grandeur de Dieu, nous tient d^ns un saint tremblement, et nous inspire pour lui la même vénération que s'il affectait nos sens, que s'il se rendait visible à ros yeui. » Une posture humiliée, en parlant à Dieu, est l'aveu tout ensemble et la marque du respect dont on est pénétré devant lui : la plus décente , et celle qui paraît la plus convenable en priant serait de réciter à genoux. Le Fils de Dieu lui-même, modèle achevé de la manière d'honorer son père céleste; mérita d'être exaucé, dit saint Paul, parce qu'en nriant, prosterné et le visage contre terre, il joignit le respect extérieur au respect intérieur. Une contenance modeste, un air co^nposé, des sens mortifiés, une exacte fidélité à se conformer au chœur, oi à en observer toutes les cérémonies, sont des moyens également propres à procurer le recueillement, et à donner aux peuples une grande idée de notre religion sainte. Pensons que nous sommes en la présence de Dieu , disait saint Cyprien , et bientôt oo nous verra devant lui dans la posture qui convient à des coupables ; bientôt on nous verra lui parler d'un ton suppliant, le seul propre à loucher et à désarmer son courroux. Le môme respect demande qu'en récitant on I rononce les paroles de Tofliice posément, distinctement, intelligiblement, sans préci-

tilation, sans anticipation, sans confusion. a grandeur du Dieu qu'on lîrie, le caractère des personnes qui prient, les ordonnances de l'Eglise au nom de laquelle on prie» exigent tout cela de ses ministres. On sait les règlemeçts pleins de sagesse et de piélé qu'elle a faits sur cette matière ; je ne rapporterai que ceux des conciles de Bâle et de Trente.

Le premier veut qu'on chante les louan* ges de Dieu, non en courant et à la Mie, mais avec un respect et une gravité qui inspirent la dévotion et \e respect, faisant une pause raisonnable au milieu de chaque verset.

Ils ordonnent la même chose' çt prescrivent les mômes règles à tous ceuij; qui récitent en particulier.

Les Pères du concile de Trente, eu les adoptant, enjoignent à tous ceux qui sont obligés au chant ou à la récitation des saints offices, de les célébrer gravement, distipctement, dévotement.

La même loi qui oblige les ministre? de TEglise à réciter leur office avec respect, les oblige, à plus forte raison, à donner l'attention de leur esprit. Les oracles sacrés nom que des malédictions pour celui qui wit 1 œuvre de Dieu négligemment. La fin de » religion est de donner a Dieu des ado*'ateurs quiraaorent en esprit et en vérité iTEglisÇi

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D'ASCETISME.

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Qïi prescrivant à ses ministres la récitation dA rofflce divin, a prétendu les obliger à un cuke raisonnable, à un culte intérieur et spirituel-; et ce culte ne serait rien de tout cela, si la raison n'y avait aucune part, s'il était sans attention. Une prière sans attention peut-elle môme être appelée une prière ? A-t-elle la vertu de toucher le cœur de Dieu ou de fléchir la rigueur de sa justice ? Quel honneur en reçoit-il ? Quelle utilité en revient-il à l'Eglise? Quel avantage y trouve-, rait celui qui la fait? « Que sert, disait saint Augustin, le son confus de quelques paroles qui frappent l'air, si, tandis que la langue lès prononce, le cœur est muet et ne parle point à Dieu? Quid prodest strepilus verborumy $i cor est mutam f » Ce qui fait le mérite de la prière, ce qui la rend efficace et agréable à Dieu, c'est l'attention. Prier sans attention, c'est traiter le vrai Dieu comme les païens traitent leurs idoles, ces impuissantes divinités qui avaient des yeux et qui lie voyaient point, des oreilles et qui n'entendaient point : c'est mériter et attirer sur soi les analhèmes lancés par ie Sauveur sur ce peuple ingrat et charnel qui n'honorait Dieu que du bout des livras, tandis que son cœur en était éloigné. C'est encore se fermer à sQi-m6me les soiwces de la grâce et de la miséricorde. Ehl comment voulez-vous que Dieu .pwse à remplir vos besoins, si vous-même vous ne pensez pas à ces besoins «u moment qù vous les exposez ? Enfin prier Diftu sans attention, c'est l'irriter par le môme moyen qui devait servira l'apaiser et à le rendre propice.

Juffeons par là jusqu'à quel point ont dé^ grade la morale certains docteurs modernes, qui ont osé avancer qu'on satisfait à l'obliçation de son office en prononçant toutes lus paroles qui le composent, sans y appliquer son esprit, ou en pensant volontairement, à toute autre chose. Quoi de plus injurieux à la majesté de Dieul quoi de plus extravagant et de plus impie que de se persuader, que le souverain Etre se tient honoré d'une ma^nièro de lui parler dont il n'est point d'homme un peu sensé qiii ne se tînt offensé 1 quade s'imaginer que l'Eglise, en députant ses ministres pour prier en son nom, ne se mette point en peine de quelle manière ils s'acquitteront de ce devoir.! Si l'on veut en croire ces nouveaux docteurs, elle destine à ses ministres d'amples revenus, pour être présente de corps aux divins offices, eUen prononcer seulement les paroles sans aucune application de leur esprit. Son intention est qu'ils jouissent de ces revenus et qu'ils se les appliquent, malgré les pensées vaines et crirainelles qu'ils roulent dans leur esprit, raalçré les discours profanes et scandaleux qu'ils tiendront dans le lieu saint. Etranse tJiéologie que celle-là! Avoir exposé de tels principes, n'est-ce pas suffisamment les avoir réfutés ?

Outre l'attention superficielle, qui n'est dif^e ni de la majesté du Dieu qu on prie, ni de la sainteté de l'Eglise qui prie, il faut donc l'attention au sens des naroles

qu'un ecclésiastique doit entendre et qu'il entend. Du moins faut-il l'attention à Dieu ou à quelque chose qui nous porte à lui, qui nous rapproche de lui. Etre volontairementdistrait pendant une partie notable de son* office, ou ce qui revient au même, ne faire aucun effort pour renvoyer les distractions

3ui surviennent en le récitant, c'est se renre coupable du même péché qu'il y aurait à l'omettre tout à fait, c'est-à-aire coupable d'un péché mortel. Et, sur ce pied-là, que de prévarications en cette foule d'ecclésiastiques qui ne connaissent point d'autres prières que les égarements éternels d'une récitatioifi précipitée et indécente de leur bréviaire ! C'est pour eux un fardeau dont ils [cherchent à se soulager promptcmcnt.

Les moyens de se procurer l'attentioi^ dont nous parlons, sont, avant de commen-. cer l'office, de prendre quelques moments pour se recueillir, de se mettre ijn la pré-» sence de Dieu, de purifier son coaur par upt acte de contrition, et de désavouer toutes les distractions qui surviendront. Dans la récita* tion, il faut garder soigneusement sqs sens,, écarter tout objet distarayant, et se rappeler à ceux qui peuvent favoriser l'attention. Malgré toutes ces précautions, vient-on à, s'apercevoir de l'égarement de son esprit,' il faut le rappeler promptement par un vif sentiment de la présence de Dieu, sans», efforts et sans contention. « Pensons , dit saint Cyprien, que le Seigneur a. les yeux, attachés, sur nous, que continuellement attentifà la manière dont nous nous acquittons de ce devoir de religion, il nous fera rj&ndreun jour lo compte le plus exact etle plus rigoureux;- cette pensée toute seule suffira pour nous tenir dans le respect et dans l^pplication où nous devons ètrp eu récitant »

Peu d'ecclésiastiques sont fidèlps à ces règles; le grand nombre les néglige; et n'est-ce pas pour cela que la ph^part .s'acquittent si mal de leur office? Ils le récin tent au sortir d'une compagnie dissipante» d'un entretien plein de bagatelles, qui ne leur a rempli l'imagination que d'idées profanes et dangereuses ; Us le récitent au sortir, d'une dispute vive et animée, où ils se sont livrés à clés sentiments d'indignation et de colère ; ils disent leur bréviaire après une longue seance.de jcju,|désespérés de la perte qu'ils y ont faite,* et. tout hors d'eux-mêmes à force de murmures et dUmprécatioBS ; ils le disent le soir, accablés de sommeil, ou après s'être répandus k meilleure partie du iour dans les cerctes, l'esprit encore plein cie toutes les futilités qui s'y débitent. Et plût à Dieu qu'eux-mêmes ne s'y prêtassent point à jq ne sais combien de discours indécents où licencieux I Les moins coupables sont ceux qui récitent plongés, absorbés, pour ains^. dire, en mille affaires séculières, qui font, tout le sérieux et toute l'occupation de leur, vie. En récitant dans toutes ces circonstan-» ces, et dans une infinité d'autres dont le détail serait ennuyçux, est-il étonnaok

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crue Ton n*ait pas rattention que demande VEglise ?

Cette attention ne suffirait pas cependant iJiicore,si elle n'était pas accompagnée de la dévotion, qui en est le premier fruH et comme la récompense. Le concile de Latran ordonne à tous les ecclésiastiques, en vertu do la sainte obéissance, de célébrer l'office divin, tant celui du jour que celui de. la nuit, avec toute l'application et la dévotion possit)les. C'est dans le cœjr que la prière a sa iource, et c'est du cœur qu'elle tire tout ce qu'elle a d'efRi'acité, de mérite et de vertu. Sans la dévotion, Tattenlion de l'esprit ne serait qu'illusion, qu'une spéculation sèche et vide de sentiment, qui dessécherait le cœur sans le toucher. Si nous regardons l'office divin comme un culte qu(3 nous rendoqs à Dieu, c'est la dévotion qui le rend ; si nous l'envisageons comme une prière, c'est la dévotion qui l'offre : or, cette dévotion, selon saint Thomas, n'est autre chose qu'une douce pente de notre cœur vers Dieu, un prompt mouvement de notre volonté, qui re porte avec ferveur à tout ce qui est de son service. « Elle consiste, dit Richard de Saint- Victor, en de fréquentes et ferventes élévations de notre cœur vers Dieu, selon les sujets variés qui en sont répandus dans les psaumes. Ce sont comme autant de flèches

forçantes, qu'un cœur embrasé d'amour ance vers le ciel, et porte jusqu'au trône de Dieu et iusqu'à son cœur. » La dévotion ajoute à l'attention une tendre affection du ciBur, qui goûte les bonnes pensées , qui se nourrit des vérités saintes, qui s'édifie des exemples de vertus que fournissent abondamment toutes les parties de l'office divin. Tantôt c'est un saisissement respectueux à la vue des grandeurs de Dieu ; tantôt c'est une joie pure qui de l'âme rejaillit jusque sur ]jes sens Mon âme; altérée soupire après vous, hei^neur, dit avec le Propnèle le ministre qui récite avec piété ; mon âme soupire apr^s vous, et ma chair est pénétrée en mille manières de la môme ardeur. Mon cœur et mes sens tressaillent de joie pour le Dieu vivant, s'écrie-t-il en d'autres occasions. De là ce goût tendre gui le porte à tout ce qui est du service de Dieu; de là ces larmes abondantes qu'une sainte ferveur lui fait répandre en présence du Seigneur, et dont il arrose son sanctuaire. De la ces saintes langueurs, ces doux ravissements où il entre à la vue des promesses de son Dieu, et de la céleste )>atrie où il doit un jour le contempler et le bo.sséder. Il ne peut plus que gémir sur la longueur d'un triste exil en cette vallée de larmes; il baigne cqntinuellement de ses pleurs les liens terrestres qui l'attachent à un corps mortel, et qui l'empochent de s'élancer vers l'objet de son amour.

Pour exciter em nous cette dévotion, dit saint Augustin , un excellent moyen sera d'entrer oans les sentiments de piété si admirablement exprimés dans les hymnes, dans les cantiques et surtout dans les psaumes qui composent les divins offices. Nous l'a- \'on5 déjà remarqué, on trouve dans les

psaumes toutes les affections, to\j^s les sentU mentsqui conviennent à une âme chrétienne, en quelque situation qu'on puisse la supposer. Tous les autres livres de l'Ecriture enseignent h aimer Dieu, à le prier, à fléchir sa colère par la pénitence ; les psaumes ont cela de i)lus qu'ils sont autant de formules de prières, de componction, d'actions de grâces et de méditations consolantes 5 il n'y a qu'à se les appliquer et se les rendre parsonnels.

Ce n'est point pour un temps ni pour les l>esoins particuliers de David q\ie ces mouvements si tendres lui furent inspirés. Ils renferment tous les temps, tous les hommes et tous les besoins. C'est de nos périls et de nos tentations, de nos fautes et da nos gémissements, de nos désirs et de nos espérances que l'Esprit-Saint y a fait meolion. 11 a voulu que ces divins sentiments y fussent marqués, afin que nous n'eussions qu'à nous y abandonner, selon les circonstances et les différentes dispositions de notre ^me. Il faut donc que le même esprit qui les a dictés, anime la voix de ceux qui les prononcent.

Ainsi, dit le même saint docteur, si le paume est une prière où le Prophète sollicite le secours divin, implorez de môme sa miséricorde pour vous et pour les fidèles que vous représentez, comme ministre public d' l'Eglise : Si orat psalmus, orale. Quand, ^i des gémissements profonds et redoutables, il exprime la douleur dont son cœur est pénétré à la vue de ses péchés, excitez-vous, sur ce. modèle, aux sentiments d'une vie p^i: tente et d'une sicère componction : Si gtmiU gemite. Quand il admire les merveilles opérées par le bras tout-puissant du Créateur, entrez en de semblables sentiments d'admi; ration et de joie, de le voir connii et glorifie de ses créatures. Si son cœur se dilate par des cantiques d'actions de grâces, pour les bienfaits sans nombre dont il se voit comblé i«ar la main libérale de son Dieu, entrez dans les mômes sentiments d'uca tendre reconnaissance pour des faveurs plus grandes que vous en avez reçues j Si gratulatur, gaudete. Si , méprisant la terre et ses biens frivoles , il s'élève au ciel par l'espérance qui lui fait entrevoir e* saisir par avance la couronne de gloire, sou-

Eirez comme lui après les délices de ce bieneureux séjour, où ce Dieu de bonté veut vous rendre heureux du même bonheur doni il jouit :5t' sperat, sperale. Si, effrayé des justices du Seigneur , il est consterné à la vue des châtiments étemels dont il frappe ses ennemis . laissez percer votre cœur et votre chair d une semblable crainte de sej iugements redoutables. Mais surtout quand le Prophète, ravi à la vue des perfections de son Dieu et attendri sur ses bienfaits, laisse embraser son cœur des flammes saintes qu» le dévorent, abandonnez-vous, comme luj, aux transports de Tamour divin : Si itmeU timete. Dites avec lui et dans les mêmes sentiments que lui : Je vous aimerai, ê vous qui êtes mon Dieu^ ma force, mon api^u" ^^

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non libérateur! Sentiraents bien dignes de la religion et de la piété du saint roi qui les a exprimés! mais, en même temps, sentiments bien rares aujourd'hui parmi ceux-là mômes qui, par devoir, prononcent tous les jours les paroles où ils sont contenus. Pourrait-on les supposer en tant d'ecclésiastiques mondains, qai ne soupirent que pour le monde et pour ses biens frivoles ; gui passent toute leur vie dans les délices d une vie molle, oisive et sensuelle? Aussi comment s'acquittent-ils de leur office 1 ils le commenceiît dans la dissipation, ils le continuent dans la distraction et les égarements, ils le terminent dans la tiédeur et dans la sécheresse.

La quatrième et dernière disposition pour bien réciter Toffice divin est de le réciter dans les lieux et dans les temps marqués parTEglise.

Pour les chanoines et pour tous ceux qui sont chargés de TofRce public, par la qualité des bénéfices ou des emnlois qu'ils occupent dans le sanctuaire, le lieu convenable du chant et de la récitation, est Véglise à laquelle ils se trouvent attachés. Le chœur de cette église est tellement atfecté pour eux à cette fonction , et cette fonction est tellement attachée pour eux h cette église, qu'ils ne satisfont pas rigoureusement en récitant ou en chantant ailleurs, à moins que la maladie ou quelque autre em\ ô< bernent légitime ne les excuse. Tout autre usage qui déroge à la loi est un abus, qui pourra peutêtre excuser devant les hommes, mais qui laisse une tache dans la conscience devant pieu. S'absenter du chœur auquel on est tenu d'assister, s'en absenter sans nécessité, sans raison, est un péché oui n^est pas moins contraire à la justice qu à la religion et à l'édi- 8- atîon publique. Recevoir les fruits de son inéfice, ou des fondations, en se décharg^^ant de l'obligation de chanter sur des cens Ô gage, j'ai pensé dire sur des mercenaires, c'est aller contre la disposition des saints canons, c est, en particulier, contrevenir au décret du concile de Trente. Pour les autres ^ecclésiastiques qui ne sont noint tenus à l'office public, il n'y a point de lieu particulièrement affecté pour la récitation. Le plus convenable, sans doute, serait l'église, pour ceux qui en sont à portée. Il faut, au moins, choisir un lieu décent, écarté du bruit, du tumulte du monde et de tout objet distrayant, disent les Pères du concile de Bâle.

On doit encore se faire une loi de le réciter à peu près dans les temps marqués par l'Eglise. Semblables aux célestes intelligences qui ne perdent jamais la présence de DÎDu dans les différents ministères dont ils sont chargés pour sa gloire, les ecclésiastiques devraient, s'il était possible, avoir l'esprit toujours élevé à Dieu, et conserver le sentiment de sa présence au milieu dos fonctions les plus dissipantes. Dans l'impossibilité d'un recueillement si continuel, dans la triste nécessité où nous sommes dliterromnre un commerce si doux, pour POJS livrer, à des occupations extérieures,

nous devons nous rappeler à Dieu plusieurs fois le jour par la prière, dit saiûi Augustin : nous y trouverons de quoi réparer nos pelles spirituelles , ranimer en nous la ferveur du divin amour, et empêcher qu'il ne s'éteigne tout à fai4 dans les eauiç amères du monde et dans les sollicitudes du siècle. Nous devons avoir des heures marquées pour la prière, disait saint Jérôme , afin que le temps seul, en nous rappelant à nous-mêmes et à notre devoir, nous avertisse de rendre à Dieu l'hommage que nous liii devons. Tout chargé qu'il était du gouvernement d'un vaste empire, David avail des heures réglées dans le jour pour louer le Seigneur : Scpties in die laudem diori tibi, 11 est rapporté de saint Louis que, chargé de fers et en danger de perdre la vie dans la tente du sultan, il demanda son livre de prières à son page, pour réciter l'office divin à l'heure réglée par l'Eglise: Exemples à jamais mémorables et sans réplique, coi\-, damnations de tant d'ecclésiastiques lâches et ennemis de l'ordre, qui ne peuvent s'astreindre aux temps marqués par l'Eglise, qui récitent presque tout leur bréviaire dès le matin, afin d'en être quittes pour le reste du jour. Peut-on aller plus directement contre les intentions de l'Eglise ? Elle voulait que l'office divin fût pour eux un délassement des affaires et un doux r.«pos dans le sein de Dieu, et ils le regardent comme un joug pesant, comme un fardeau incommode dont ils se déchargent le plus tôt qu'ils peuvent, pour se livrer au monde et a ses frivoles amusements. D'autres, plus coupables encore, commencent par les divertissements et finissent par l'ofiice, qu'ils remettent presque tout entier au soir, comme une affaire à laquelle il est toujours assez temps de penser , quand on n'a rien de mieux à faire.

On ne manque pas de raisons pour justifier cette conduite; si on manque les heures marquées, c'est, dit-on, pour se ménager une attention piUs soutenue, pour avoir l'esprit plus libre et plus dégagé de distractions et de pensées étrangères : prétextes frivoles, suggérés par la paresse et par la lâcheté , qui n'autoriseront jamais à renverser l'ordre établi par le droit et par les conciles, La foule des affaires et des occupations est ce qui doit rappeler un ecclésiastique aux choses de Dieu; ou plutôt toute affaire cesse pour lui d'en être une, dès qu'elle ne s'ajuste pas avec les devoirs de l'état. Si quelquefois des occupations saintes, qui ont pour objet le salut des âmes, permettent d'avancer ou de retarder le saint office, elles ne donnent jamais droit de s^en faire une habitude.

Voilà les dispositions avec lesquelles les ministres de 1 Eglise doivent chanter les louanges de Dieu. Ainsi célébrées, elles faisa!cr.t toute la consolation des premiers chrétiens et leur plus douce ressource au milieu des persécutions. Au rapport de saint Augustin, c'est dans cette divmeufalmodiequa le [cuple de Milan , rer.fcrme dans la basi-

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lique avee son évoque Ambroise, trouve oe cuoi charmer ses ennuis ; c'est dans ces âiants divins qu'il puise cette fermeté inébranlable qui le rassure contre les violences d'une impératrice en fureur ei contre les horreurs de la mort dont il est menaeéu Con-r solation des aiQi^és, doux charme de la dou* leur, la psalmodie essuie nos larmes et guér rit nos maux, dit encore le même Père; elle est le remède ui;iiversel à toutes nos faiblesses et à .toutes nos infirmité^ spirituelles. Le saint docteur en parlait par ei^périence : « Combien de fois, disait-il a Dieu, dans les transports de, son amour et de sa reconnaissance, combien de fois, Seigneur, ne fus-je pas touché du chant des hymnes et des cantiques de yotre église de Milan, jusqu'à répandre, des larmes 1 A mesure que ces accents harmonieux passaient de la bouche de vos fidèles à mes oreilles, les vérités et les tahdres sentiments qu'ils exprimaient s'insinuaient doucement dans mon Ame et faisaient couler de mes yeux des torrents de larmes; larmes pleines de douceur et de consolation qui firent alors le plaisir le plus touchant de ma vie ! »

11 en sera ainsi de l'ecclésiastique fidèle à bien réciter son otSfie ; le chant de ces cantiques célestes sera pour lui un saint délassement des peines d'un critique ministère, ils feront ses délices et sa consolation ; s'unissant ici-bas aux chœurs angéliaues, il trouvera en quelque sorte le ciçl sur îa terre, et un avant-goût de la félicité des habitants de ce. bienheureux séjour, avec cette difîé- ^ance pourtant, dit encore saint Augustin, que nous ne faisons encore que chercher et poursuivre le souverain biei? qu'ils possèdent, et qu'iljS sont sûrs de posséder tou,jours.

11 est vrai , ces divins cantiques ne produisent pas toujours ces pieux sentiments, ces douces affections dans ceux qui les récitent ; mais à qui s'en prendre qu'à euxmêmes? lexxt peu de foi et le peu de dispo- ^tion qu'ils apportentàune fonction si sainte ej? est la cause; ils récitent par routine et par manière d'acquit; ils récitent, stms res* pect, sans attention, sans dévotion, avec un^ rapidité qui scandalise, n'articulaçt et ne distinguaiit rien, entrecoupant les mots, supprimant une partie des syllabes, plaignant pour ce saint exercice un temps mi'on ne Refuse pas aux moindres affaires de la vie,

f l'observant moins eu parlant à fiieu qu'ils ne e feraient en parlant aux derniers des hommes, interrompant le saint commerce qu'ils ont avec lui oar mille conversations profanes.

Le désordre est encore plus grand , ce semble, dans la célébration publique des saints offices : ces divines louanges, chantées autrefois avec tant de majesté , de dignité, de componction, comment le sont-elles aujourd'hui par la plupart de ceux qui en flout chargés? Elles sont avilies dans leur bouche par le peu de recueillement qu'ils y apportent, et par l'indécence avec laquelle iïs 5 en acauittcnt. Disons-le à la honte du

clergé, ces cantiques sacrés, langage de la foi et de la piété de tous les siècles, se chaih tent parmi nous avec autant d'irrévérence et d'immodestie que les chants mêmes de dissolution et de débauche. En récitant, eu chantant ^insi le saint ofiicc, est-il étomiani qu ils n'y aient ni goût ni sentiment? doq sans doute. Ils sortent vides de leur prièrei ils n'y reçoivent rien ni pour çux m poùï* les peuples, parce qu'ils n'y ont rien de? mandé. Et plût à Dieu , encore, qu'au lieu des bénédictions qu'ils devaient attirer sur l'Eglise, ils n'y attirassent pas la colère et» les malédictions du ciel I Terminons par la belle exhortation de saint Bernard à ses religieux; elle renferme en peu de mots tout ce que nous venons de dire :

Les prêtres sont obligés de porter l'huit ecclésiastique, c'est-àniire l'habit long ou la soutane. Quatre propositions :

^. On convient aisément que, durant les trois premiers siècles, les ecclésiastiques n'ovaiont point d'habit narticulier qui les distinguât du reste des udèles. Comme c'était surtout aux prêtres et aux pasteurs qu'on en voulait dans ces temps de persécution, il était infiniment important, pour le bien de la religion, qu'on pe pût découvrir ceux qui eu étaient les chefs et les plus fermes appuis. Et comment auraient-ils pu échapper aux recherches et se dérober aux poursuites des tyrans païens, s'ils avaient eu un habit particulier affecté aux personnes de leur état? Mais enfin, les persécutions ayant cessé, on crut que les ecch^siastiçiues, si distingués des laïques par la sublimité de leur ran& ne devaient pas moins l'être par quelque raargue extérieure qui fît connaître leur profession.

De là,^ dès te vi* siècle, ce règlement, Qans le concile d'AgJe, tenu par saint Césaire, archevêque d'Arles, et par trentecinq évêques avec lui , sous le pontificat du Pape Simmaque, en l'an 506 : « On ne permettra point aux clercs..., d'avoir d'autre vêtement ou d'autre chaussure que ceux qui conviennenià la religion. » Toute? les autres Eglises, tant de l'Occident aue dQ rOrient, suivirent bientôt la coutume de l'Eglise de France, ainsi qu'on le voit dans U concile de Constantinople , appelé Trullanum^ tenu en. 672, qui déclare suspens les clercs qui porteraient l'habit des laïques, soit à la ville, soit à la campagne. CepeB« dam, quelçiue relâchement qui se fût intro^ duit parmi les ecclésiastiqjues , jusqu'au temps du concile général de Constance, TEglise ne diminua rien.de la sévérité de ses ordonnances sur ce qui regarde l'habit et tout Textérieur de ses ministres, ainsi qu'on peut le voir par les canons de différents eonciles tenus à Rome, à Lyon, à Rouen, è Sens, à Cologne, à Londres et ailleurs. Cqux qui ont examiné plus à fond ce point parti* culier de discipline, l'ont trouve établi par l'autorité de treize conciles généraux, par les canons de cent cinquante conciles, tant nationaux que provinciaux , par les statuts de plus de trois cents diocèses, par les dé*

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D'ASCETISME.

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cif^ions de dix-huit souverains r.ontifes, et par le sentiment unanime des plus célèbres docteurs qui ont écrit sur ces matières en ces derniers^ temps.

De lant de conciles, je ne citerai ici que le second de Latran, présidé par Innocent 11, • composé d'environ mille évêques, et celui de Trente qui a recueilli et renouvelé les canons de ceux qui Tavaient précédé. Quoique Thabit ne fasse pas le moine, disent les Pères de Trente, il faut cependant que les clercs portent toujours un habit convenable à l'ordre qu'ils ont reçu, afin que la décence du vêtement extérieur soit le symbole et la marque de l'innocence, et de la pureté intérieure qui consacre leur cœur. Ce sont les termes du saint concile, qui veut que les sous-diacres ou les bénéficiers réfractaires soient punis ou par la suspension de leurs ordres, ou par la privation des fruits de leurs bénéfices, ou par la privation de leurs bénéfices mêmes^

II. Mais que faut-il entendra par ce terme d*kabU convenable dont se sert le concile? Est-ce l'habit court, dès qu'il est de couleur noire et suffisamment distingué de celui des laïques? ou bien est-ce l'habit long, vulgairement appelé soutane? Voilà le point (Je la difficulté : nous y répondrons en disant que riiabit dont parle ici le concile est incontestablement la soutane, à l'exclusion de tout autre. Ainsi l'ont expliqué les souverains pontifes postérieurs au concile, et en particulier Sixte V, en sa bulle 92*. Ainsi l'a entendu saint Charles Borromée, en son premier concile de Milan, tenu immédiatement après le concile de Trente : ce saint prélat, mieux instruit que personne de la doctrine et des intentions des Pères de Trente, détermine l'habit clérical à un vêtement simple, qui descende jusqu'aux talons : Extema vestis simplex ac talaris erit. Et de peur que ces mots extema vestis ne soient pris j>our un ntanteauy le saint archevêque ajoute que l'habit de dessous doit être de même longueur que celui de dessus : Interior ejusdem ad talos demittatur. Ordonnances renouvelées par le saint cardinal dans les conciles qu'il tint en la môme ville, en 1569, 1573, et surtout en celui de 1571, où il se réserve le péché des clercs qui ne portent pas Thabit clérical. Ce qui démontre que, par ces termes, il entend la soutane exclusivement à tout autre habit, c'est l'exception qu'il fait du temps du voyaee et la permission qu'il y donne d'user alors de soutanelle, pourvu qu^elle soit modeste, et qu'ils reprennent la soutane dès qu'ils seront arrivés au terme du voyase. Exception particulière qui confirme la déiense générale des habits courts, sui-^ vant la maxime commune : Exceptio Hrmat regulam.

Je pourrais ajouter ici de semblaoles ordonnances de Éien d'autres prélats respectables, qui avaient assisté, comme saint Charles, au concile de Trente.

Il nous suffira d'observer que plusieurs conciles de France, assemblés depuis, prescrivent l'habit long aux clercs, comme le seul proi^re des personnes de cet état : Vestes

eorum (clericorum) sint tatareê^ disent Ves conciles de Sens et de Bordeaux, en parlant de ceux qui sont bénéficiers ou dans les or-* dres sacrés, lestibus talaribus utantur^ dit celui de Bourges. Ordonnances conformes au décret d'un ancien concile, rapporté par Gratien, qui prescrit à tous les ctercs d'être rer« vftttts de l'habit long, comme Aaron : Secun^ dum Aaron vestem talarem tnduere, ut sint in habitu ornato. « La soutane, disait sur cela un saint prêtre, mort en odeur de sainteté au comipencement de ce siècle, la soutane est le saint habit de la religion, du clergé, la gloire et l'honneur de l'état ecclésiastique, le tableau de la nouvelle créature, que Dieu commence à former en ceux qui lont pri$ pour leur unique partage, et le signe visible du divorce parfait quils ont fait avec \% monde. »

111. J'en ai dit assez pour faire entendre que le péché que commettent on cette matière les ecclésiastiques réfractaires ne pour7 rait pas être un péché léger : voici cependl|ni là-dessus quelques réflexions qui achèveront de convaincre ceux qui voudraient encore en douter.

Dépositaire de toute l'autorité de Jésus-: Christ , l'Eglise a droit d'imposer à ses enfants des lois auxquelles ceux-ci sont obligés de se soumettre, et qu'ils ne peuvent en-» freindre sans pécher grièvement, quand la matière est grave : or, entre les lois eccléi siastiques, il y en a une pour les clercs constitués dans les ordres, ou pourvus de bénér fices, qui les oblige de porter Ihabit long; cela est évident par tout ce que nous venons de rapporter des conciles, des papes et des statuts des évêques ; il y a donc un péché grief et mortel à ne le pas porter habituellement, cette loi étant en matière grave, et dans un point important de la discipline ecclésiastique ; péché qui a paru si considérable aux pi us saints évoques, qu'ils ont cru devoir s'en réserver spécialement Tabsolutiou : nous l'avons déjà vu de saint Charles Borromée, en son second concile de Milan. Saint François de Sales, qu'on n'accusera pas sans doute d'avoir outre la morale, voulait qu'on refuT sât l'absolution aux clercs majeurs, ou béT néficiers, qui ne porteraient pas l'habit long.

Autre preuve de la grandeur de ce péché: elle se tire des peines dont les conciles ont puni les ecclésiastiques réfractaires en ce point.

Je ne finirais point si je voulais rapporter en détail tous les décrets des conciles et toutes les bulles des papes qui décernent des peines contre ces sortes de coupables; ils sont déclarés anathèmes et apostats par deux conciles de Rome, \mv celui de Rouen, en 1210; de Lyon, en 15661; par Alexandre 111 et Eugène 1". Ils sont excommuniés par le troisième concile de Latran, par ceux de Ignores et de Cologne, en 1371; de Sens, en 1263. Le concile de Mayence, en 1423, prive les chanoines des dcstributions mensuelles, et les sépare du corps du chapitre; les con-» ciles de Saintes, enlQ^l; de Bordeaux; d9

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DiCTIONNAlRS

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Reims, en 1583; d*Asie, en 1585, les suspendent de leurs fonctions, les privent des fruits deleurs bénéflces, etde leurs bénéfices mêmes en cas de rechute. Le concile de Plaisance ordonne qu'on punisse du bannissement ou de la prison les clercs majeurs ou bénéficiers qui ne portent pas Thabit long. Le concile de Mayence les condamne à un écu d'or d'amende ; celui de Cortone à trois ; plusieurs décrétales des papes les privent entièrement de tous les droits et privilèges des clercs. De tout cela formons ce raisonnement simple, mais solide : Les ecclésiastiques ne peuvent violer un précepte que l'Eglise leur fait sous peine de suspense, d'excommunication, sans commettre un péché mortel. Cette maxime est fondée sur ce principe invariable, que l'Eglise ne peut infliger des peines de cette nature ni porter des censures si considérables pour des fautes, qui, eu égard à toutes les circonstances, ne pourraient être que vénielles. Or, dans les conciles et dans les statuts de plusieurs diocèses, il y a suspense ou excommunication contre les ecclésiastiques qui ne portent point l'habit long, ainsi que nous le dirons bientôt : il y a donc pour eux un péché mortel dans l'habitude de ne pas le porter. Enfin, qu'on jette les yeux sur le clergé en général, qu'on examine le caractère et la conduite de ceux qui le composent; on trouvera que les plus vertueux, les plus édifiants, les plus rangés sont dans la j)ratiquo de porter Thabit long. Quand on aime son état, et c[ue cet étal est honorable, on se fait un mérite d'en porter les marques distinctives. Qneh sont, au contraire, ceux qui manquent de fidélité dans le point particulier que nous traitons? Des ecclésiastiques lâches ou mondains, des chasseurs, des joueurs de profession, des hommes sans piété comme 8ans zèle, quelquefois même des hommes de mœurs équivoques et d'une conduite suspecte. Quel prodige dans le clergé qu'un ecclésiastique qui quitterait l'habit de son état, pour se livrer avec plus de ferveur aux bonnes œuvres et aux actions de zèle ! Ce n'en serait pas un assurément d'y voir un ecclésiastique déréglé, pour s'abandonner plus librement à ses passions, quitter un saint habit, dont la vue seule lui reprocherait l'action criminelle qu'il va commetlre.

A toutes ces raisons , ajoutez le scandale que donne au peuple l'ecclésiastique qu'on ne voit pas revêtu de l'habit de son état; il fait assez connaître, par sa conduite, qu'il n'en a point l'esprit, et cjue ce qui lui a fait embrasser cette profession, c'est la vanité, l'amourpropre et l'ambition, bien plus que le désir de s'y sanctifier ou de pagncr a Dieu des âmes.

En vain, les partisans de l'habit court diraient que la matière est trop légère pour devenir l'objet d'une censure ou d un péché mortei. Ces sortes de choses doivent être regardées bien moins en elles-mêmes que dans la fin que l'Eglise s'est proposée en les établissant. Quoi de plus léger en apparence et Je plà» iudilTérent eu soi que de manger du

fruit? Cependant, considérée dans les lue^ du législateur, la défense gue Dieu en arai^ faite au premier homme était bien importante; il voulait par là éprouver la fidélité d'Adam. Disons de même de la forme des habits que l'Eglise prescrit aux clercs; indifférente en soi , elle devient considérable, et la matière d'une prévarication mortelle, dans la vue des conciles, des papes et des évêques. Ils veulent que l'habit long soit une marque distinct ive et publique de la profession ecclésiastique, le symbole de la modestie et de la simplicité dont les clercs font profession; enfin, l'Eglise veut que ses ministres soient distingués du reste des chrétiens par la décence de l'habit extérieur, comme ils doivent l'être par la sainteté intérieure et par l'éclat de leurs vertus.

IV. A tant de raisons et d'autorités, que peuvent opposer les ecclésiastiques que nous combattons ? Ils disent que tout ce que non* venons de produire en faveur de IhabU long, étant appuyé sur le concile de Trente, est bon pour l'Italie , pour l'Allemagne et les autres royaumes où ce concile est reçu en son entier; mais n'est d'aucun poids en France , où la discipline de ce concile n'a pas lieu. Ils ajoutent que les règlements qu'il a faits n'étant que pour le lieu de sa résidence, ils ne regardent point les ecclésiastiques qui vivent hors du lieu de leurs bénéfices ou de leur origine.

Telles sont les raisons , ou plutôt tels soit les prétextes sur lesquels se fondent les partisans de l'habit court : prétextes frivoles et misérables qui disparaissent dès qu'on veut se donner la peine de les approfondir.

Nous n'entrerons pas en discussion avec eaux qui prétendent que le concile de Trente n'a pas été reçu en France pour la discipline: il nous suffira de montrer qu'il l'est sur jfl point particulier que nous traitons, et qu il l'est de la manière la plus pr-écise et la plus solennelle.

Pour le démontrer, consultons les statuts synodaux de chaque diocèse: voyens quel est le sentiment de ce que la France a eu de théologiens plus célèbres et de casuistes en ces derniers temps ; il n'en faudra >as davantage pour détruire les préjugés Çt es prétentions des partisans de 1 babil court.

Tout le monde sait, et nous l'avons remarqué, qu'en France, comme ailleurs, des conciles provinciaux furent célébrés dans presque toutes les métropoles, pour recevoir la doctrine et se conformer aux points principaux de la discipline établie par ce concile écuméniquc ; c'est sur cette discipline qu'ont été dressés les statuts synodaux de presque tous les diocèses de France. Un ecclésiastique zélé, qui les a recueims avec soin, et qui s'est donné la peine den extraire ce qui regarde Tobli cation déporter l'habit long, l'a trouvée établie par les statuts de plus de cent dix diocèses dans la seule Eglise de France. De ces statuts , formés la plupart sur les décrets des conciles, les utis

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D*ASCETISME;

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défendent Thabit court sous peine d'amende pécuniaire ou de prison ; d'autres, sous peine de suspense ou d'excommunication; quelques-uns déclarent ces censures encourues par le seul fait par les contrevenants. En certains diocèses , ils sont réputés indignes d'absolution; en d'autres ils sont déclarés déchus de tout privilège de cléric^ture , incapables de recevoir ou de garder aucun bénéfice. En quelques provinces, dès la cérémonie de la tonsure, on s*assare des clercs, parla religion du serment , qu'ils porteront toujours la soutane. Entre les évoques qui permettent la soutanelle dans les voyages, plusieurs, après saint Charles Borrbmée , veulent qu'on reprenne la soutane dès qu'on sera arrivé au terme du voyage; quelquesuns exhortent à ne pas la quitter môme dans le voyage , pour être par là toujours en état d*eiercer ses fonctions dans les cas qui peuvent s'en présenter. Je ne vois en tout qu'un ou deux évèques en France qui , en conseillant la soutane, paraissent laisser une sorte de liberté de porter l'habit court. De tant de lois respectables, je ne citerai que les statuts d'Angers. Ils ont été dressés en 1564 par un évèque qui, mieux que personne, devait être instruit de l'intention des Pères du concile de Trente auquel il venait d'assister. En voici les termes : Eisdem (pres^ byteris et clericis bénéficia obtinentibus aut m ordinibus sacris constitutis) sub pœnis excommunicationis latœ sentenliœ tnjungimus^ quatenus publiée cum corona cornpetenlif vestes talares et suo statui convenientes déférant. Qui pourrait méconnaître en ces paroles ce que les Pèresde Trente appellent : Honestum clericalcm habit um y ordini et dignitati eonvenientem.

Nous voyons les mêmes principes et les mêmes maximes adoptés par les canonistes et les théologiens les plus habiles du royaume. A leur tête paraît le célèbre Abelly, ancien évoque de Rhodez , qui dans sa théologie et dans son Sacerdos christianus , détermine à la soutane l'habit ecclésiatique , et déclare aue ceux de cet étal ne peuvent , sans un péché grief, se dispenser de la porter. Raymond Bonal dit pareillement que l*habit clérical en France consiste dans une soutane longue ^ qu'il y a péché mortel à ne pas la porter; ce qu'il prouve par la grièveté des peines prononcées par les conciles et par les ordonnances synodales, qui ne permettent la soutanelle que dans les voyages. Juenin , dans son Traité de l'ordre , après avoir observé que les ecclésiastiques ont porté l'habit long pendant les treize pre-

lire la preuve des conciles, et surtout ou concile de Trente , dont les paroles générales et plus vagues sur l'habit convenable et décent pour les ecclésiastiques , ont été déterminées, parles conciles provinciaux, à ^^igniûer l'habit long. Habert n'est pas d'un autre sentiment : après avoir rapporté les paroles du concile de Trente, il conclut la

grandeur dti péché de la grandeur des pe:nes ; Il gémit sur Taveuglement des confes^eurs qui so perdent malheureusement, eux et leurs pénitents, en donnant l'absolution à ces chimères d'ecclésiastiques qui ne i;urtenl point l'habit de leur état. Le P. Alexandre, après avoir dit que les évôaues |.cuvenl et doivent contraindre à porter la tonsure et l'habit ecclésiastique, le prouve par l'aulorité des conciles qui ont prescrit 1 habit long aux ecclésiastiques, et ne leur ont permis la soutanelle que dans les voyages, pourvu toutefois qu' elle soit modeste et conforme aux saints canons. L'auteur des Conférences de Langres emploie un discours tout entier à montrer qu'il y a péché mortel à ne pas porter l'habit long. Pontas décide la mêoio chose, et cite pour le même sentiment Sainte-Beuve et les Conférences d\x diocèse de Besançon. C'est encore la décision de Collet, qui n*excepte de la règle généiale que les cas de voyage et celui de la nécessité de cacher son état, pour les missionnaires qui annoncent l'Evangile dans les pays hérétiques. Enfln, ce qui est décisif, les casuistes les plus décriés n'excusent pas dulpéché mortel les ecclésiastiques dont nous parlons, quand ils sont dans l'habitude de porter l'habit court.

Voici comme s'en explique un d'entre eux : Et maintenant en faudrait-il davantago pour nous convaincre que , selon la discipline de l'Eglise de France , les clercs sont obligés de porter l'habit long dans le lieu de leur résidence ?

Mais c'est sur ce terme qu'on chicane, en le restreignant à signifier le lieu du bénéfice; interprétation détournée et forcée, qui rendrait illusoires et irait à anéantir toutes les ordonnances et toutes les lois de l'Eglise. En prescrivant aux bénéficiers de porter l'habit long, elle ne les oblige point de résider dans le lieu de leur bénéfice ; le lieu de la résidence ne saurait donc être le lieu du bénéfice. Ce qu'on a toujours entendu et ce qu'on doit entendre par le lieu de la résidence, est le lieu où Ton demeure un temps notable , où l'on fait un séjour un peu considérable : explication naturelle, qui répond également à nos idées et aux vues que l'Eglise s^est proposées en établissant la loi de l'habit long pour ses ministres. Elle a voulu qu'ils le portassent partout, excepté dans les voyages, parce qu elle veut qu'ils portent partout la bonne odeur de Jésus-Christ, hors du lieu du bénéfice comme dans le bénéfice : Etsi in alio quam sut benepcii loco resideanf , dit le concile de Malines, dans les collèges où ils sont pour leurs études, comme dans tous les lieux où ils peuvent se trouver.

Cependant on se retranche sur la coutume contraire et sur l'usage devenu presque universel. On cite sur cela les exemples d'un grand nombre d'ecclésiastiques d'une vie sainte et irréprochable , ainsi qu'on le dit, qui sont en possession de porter l'habit coujrt, sans en avoir de scrupule et sans qu'on leur en fasse de reproche. Et commeiU pa-

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i^nauii iniaiiiiDieuieni nu ureci^iui? ei a ta perdition. 11 y a dans VEgiise des lois sur l'abstinence et sur le jeûne, sur Tobservation

rattre autrement aujourd'hui dans un certain monde où Ton est obligé de vivre, et où la soutane ne va point? D'ailleurs, la soutane est incommode ; pourquoi se gêner à pure perte pour une chose arbitraire après tout, et indifférente en soi? Dieu a égard bien pliis à la manière dont on vit , qu^ la manière dont on est vêtu.

Tels sont les nouveau! prétextes dont on se sert pour éluder les lois de l'Eglise , et pour couvrir sa désobéissance : ils ne sont pas moins frivoles que les premiers; quelques réflexions courtes et solides suffiront pour les détruire et pour les dissiper. Principe incontestable dans la morale comme dans le droit : I^ loi du supérieur doit l'emporter sur la coutume qui tend au relâchement et à l'anéantissement des règles. Toute coutume qui déroge aux saints canons est bien moins un usage à suivre qu'un abus à retrancher, dit le i>ape Innocent III. Il faut la rejeter comme pernicieuse, disent les Pères du concile de Tolède , dès qu'elle est contraire à des maximes constamment reçues, ou qu'elle va à troubler Tordre ecclésiastique.

En parlant de soi-même, le Sauveur ne dit point qu'il est la coutume, mais qu il est la voie, la vérité et la vie. Suivre la coutume, c'est marcher dans la voie large, et cette voie conduit infailliblement au précipice et à la pei

l'abstinence et sur le jeûne, et sur la sanctification des jours consacrés au Seigneur; lois saintes, mais presque universellement transgressées de nos jours par ces mauvais chrétiens qui ne connaissent

KIus ni jeûnes, ni fêtes, que pour les violer. >ira-t-on pour cela que ces lois ne subsistent plus, ou qu'elles sont abrogées ? Non sans doute : l'Eglise parle, elle exhorte et jiresse ses enfants d'oWir; s'ils ne le font

f>as, elle les menace de la colère de Dieu, et es abandonne à sa justice. Il en sera de même de la loi de l'habit long qu'elle fait à ses ministres : solennellement portée dans les conciles, adoptée f>ar les premiers pasteurs, renouvelée continuellement, et pour ainsi dire, inculquée presque chaque jour par chacun de ceux qui leur succèdent, elle a tout ce qu'il faut pour lier les consciences. S'ils la violent, après avoir été pour eux une matière de pécné, elle deviendra la cause de leur perte, et la matière de leur condamnation au tribunal de Dieu, qui les jugera, non selon les coutumes du monde, mais selon les règles de sa iustice, et selon les maximes de son Evangile.

Cependant, dites-vous, ce sont des hommes irréprochables. Comment en donner le nom à des hommes qui vivent habituellement dans la désobéissance à l'Eglise? Qu'on vante tant qu'on voudra ces saints à robe courte , nous ne les tiendrons jamais pour tels; nous ne pouvons regarder leurs vertus comme solides, dès qu'elles n'ont pas pour base l'obéissance à l'Eglise, ou qu elles ne vont pas à l'observation de toute la loi : vertus faosses et défectueuses, qui n'en ont que l'aj)parence. Hypocrites, pourrait-on 'dire à ces

fantômes d'ecclésiastiques, comme le Sauveur aux pharisiens, h ypocrites^ le trien q':e vous faites , il fallait le faire ; mais il ne mlait pas omettre ce que l'Eglise vous prescrit sur riiabit de votre état. Noos supposons toujours qu'il ne s'agit pas de certaines exceptions qui se justifient par des motib légitimes.

Quant h l'odieux prétendu deThabitlong, et à l'exclusion qu'il donne de la compagnie de ce qu'on appelle les honnêtes gens , c'est un fantôme que des ecclésiastiques mondains se font à eux-mêmes, pour avoir le plaisir de le combattre. Ce qui rendra un ecclésiastique méprisable aux yeux du monde, ce ne sera jamais un habit de soi-même respectable ; ce sera une opposition monstrueuse de mœurs et de conduite avec uu habit qui n'annonce que la sainteté. Ce que le monde ne peut souffrir, ce sont les variations éternelles, et les contradictions perpétuelles d'un homme consacré, qui prétend allier les honneurs et les avantages de la cléricature, avec les usages et les modes du siècle ; voulant avoir, pour parler avec les pères du concile de Trente, un pied dans les ('hoses divines et un autre dans les choses de la terre. Quej sous l'habit de sa profession, il montre au monde un homme soliflement vertueux, bien établi dans la pratique des vertus ecclésiastiques et au-dessus de la tyrannie du respect humain ; qu'il fasse briller à tous les yeux le flambeau de l'innocence, de la gravité, de la modestie, de la retenue qui conviennent aux personnes de son état ; qu'il soutienne tout cela par un caractère de constance et de fermeté ; le monde, tout malin et tout corrompu qu'il est, le respectera, l'admirera, il sera forcé de se taire, ou s'il parle, ce ne sera que pour applaudir: une vertu solide a des droits inaliénables sur les éloges du monde et sur ses hommages. En interdisant aux ecclésiastiques l'habit court, on ne leur interdit donc pas tout commerce avec le monde ; destinés qu'ils sont à le réformer, à l'édifier et à le sanctifier, ils doivent y paraître ; on ne leur défend pas même de se produire dans les cours des princes et des rois de la terre. Si, avec les vertus de leur profession , ils osent y ppriet les habits qui en sont les marques, je ne crains pas de le dire, ils y paraîtront avec distinction. Témoin les saint Vincent de Paul, les Condren, les Olier, les Bourdoisc, les P. Bernard, les P. Eudes, et une infinité d'autres saints ecclésiastiques.

Mais l'habit long est incommode et embar* rassant, surtout à la campagne. A ceux qui fonl cette objection, nous demandons : Cet habit est-il plus embarrassant aujourd'hui pour les prêtres et pour les ecclésiastiques, qu'il ne l*^était pour eux depuis le treizième siècle, ou même qu'il ne 1 avait été depuis la naissauce de l'Eglise pour tous les tidèlesî Esl-il f)lus incommode pour les clercs, ou'il ne 'est pour les religieux et pour les lenunes qui ne le quittent jamais? S il était vrai qu» eût quelque chose de gênant, car il est cartain qu'il ne gêne point les bons ecclé-

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D*ASCETISME;

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siastiques qui dans un autre habit paraîtraient bien déconcertés et bien empruntés ; si, disons-nous, cet habit avait quelque chose de si gênant, il faudrait regarder celte gêne corome une des peines de Tétat saint qu'on a embrassé en y entrant, il faudrait se soumettre à cette peine, et se condamner à la souffrir comme on en supporte une infinité d'autres plus grandes, attachées à une profession oui nous rend les ministres d'un Dieu crucifié. Osons-le dire avec la liberté qui convient aux ministres de TEvangile, SI cet habit parait gênant, ce n est et ce ne peut être qu'à ces ecclésiastiques mous et efféminés, qui ne cherchent que le repos, qui ne soupirent qu'après le plaisir; trop semblables a ces moines dont parle saint Bernard, on peut dire d'eux que les provinces épuisées peuvent à peine fournir des étoffas assez précieuses pour leur délicatesse. Tout ce que le luxe a pu invenleT de plus brillant et de plus fastueux, n'a rien de trop pour leur mollesse et pour leur Vanité. Sont-ce donc là les ministres d un Dieu né dans le sein de la douleur et de l'indigence, dont toute la vie ne fut qu'un enchaînement de travaux et de souffrances? Sont-ce làles successeurs de ces grands apôtres, dont le pénible ministère, consacré par les persécutions, fut marqué au sceau des contradictions et des croix? De tels ministres sont-ils bien propres à étendre le royaume de Dieu, à former Jésus-Christ dans les cœurs et à perpétuer dans l'Eglise les fruits de sanctification qu'il est venu apporter sur la terre? 0 miserandam sponsam talibus creditam paranympkis I s'écrie sur cela saint Bernard.

Ce que disent certains ecclésiastiques également relâchés et ennemis de la règle, que Dieu regarde bien moins la forme des vêtements que la bonne vie, d'autres l'avaient dit ayant eux, dès le temps de saint Bernard. Le saint docteur répondait, et nous ré4X)ndons avec lui, que la difformité et le dérèglement dans les vêtements est une marque assez certaine du dérèglement des racBurs, et de l'irrégularité de la conduite. Eh ! que veulent dire, ajoute ce Père si zélé, ces vains ftintômes d'ecclésiastiques-^ qui veulent l'être sans le paraître? qui sont militaires par l'habit, clercs pour les revenus; également dépourvus de toutes les qualités du bon soldat et de l'ecclésiastique parfait; qui veulent avoir les honneurs et les biens de l'état ecclésiastique , sans avoir part aux chaires et aux fonctions attachées à un ministère pénible. Quoi de plus honteux, dît un pieux auteur, que de voir les oflioiers de Jésus-Christ rougir de ses livrées! Mais quel scandale de voir les ministres de l'Eglise tenir contre ses prières et ses menaces, contre ses ordonnances et ses censures les plus redoutables ! Les religieux obéissent ponctuellement à tous les ordres de leurs supérieurs, ils suivent exactement les règles établies par leurs fondateurs, ils se soumettent à tout ce qui est arrêté dans les chapitres généraux sur la

forme de Thabit, sur tous les autres pnoints de la discipline monastique, quoiqu'il ne soit pas de foi que Jésus-Christ se trouve en ces sortes d'assemblées. Après cela des ecclésiastiques désobéiront-ils à leurs évêques? Ne feront-ils aucun cas de tant de sages règlements établis par tant de conciles généraux, par tant de svnodes diocésains*

f)rovinciaux et nationauxi^où il est de foi que e Saint-Esprit a présidé invisiblement ? On ne peut, mépriser tant et de si respectables autorités oour plaire au monde.

Eflfin les prêtres doivent célébrer la sainte messe et administrer les sacrements^ Nous avons , à l'article Eucharistie , traité de la célébration du saint sacrifice; nous dirons un mot de l'administration des sacre-* ments.

Quoique le pasteur n'administre pas tous aCs sacrements, il n'en est cependaut aucun qu'on puisse regarder comme étranger à son ministère, parce qu'il doit, ou disposera ceux

3u'il n'administre pas, ou rendre témoignage es personnes qui s'y disjioseht. Nous ferons quelques observations sur tous en particulier, après avoir proposé quelques réflexions, sur les sacrements considérés en général.

1** Ayons une haute idée, une estime singulière des sacrements ; ce sont les|sourceâP de notre salut ; c'est par eux, dit le Concile de Trente, que la justice chrétienne commence, qu'on la conserve, qu'on l'augmente, et qu'on la recouvre si elle est perdue. Quelle attention et quels soins ne doit-on pas apporter pour les administrer saintement et utilement l

2* Nous avons déjà dû remarquer, dans j exposition des différents devoirs du rainis* tère pastoral, l'obligation d'être saint ; en voici une nouvelle preuve : Les sacrements ne doivent être administrés que par des prêtres saints; celui qui aurait le malheur de pécher mortellement, et qui, en cet état, administrerait un sacrement, ferait parla même un nouveau péché mortel, une énorme profanation du sacrement.

3" Non-seulement nous devons toujours être en état de grâces parce qu'à tout moment nous pouvons être obliges d'administrer quelque sacrement ; mais nous devons encore entrer dans les dispositions qui rendent cette administration plus utile pour les fidèles et pour nous. Avant d'administrer un sacrement, un bon nrêtre ne manque jamais de se recueillir quelques moments, à concevoir une intention pure, exempte d'avarice et d'intérêts, à entrer dans les sentiments d'humilité , de confiance et de respect que demande son ministère, et à faire quelque

f ri ère qui ait rapport à la grâce dont il va tre l'instrument. On doit contenir les assistants dans l'attention et le respect , et leur dire un !mot qui les instruise sur le sacrement qu'on administre. Ne vous fiez pas à votre mémoire, lisez les prières dans le Rituel, prononcez-les gravement et dévotement , et après l'administration remerciez Dieu de la grâce qji'il vient d'accorder, priez-

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le de la conserver dans oelui qui Ta reçue, et faites un petit retour sur vous-môme, pour vous humilier et voir eu quoi vous auriez manqué*

4'*Xe ministre des sacrements est obligé de suivre le Rituel ; s'il le possède bien, il y trouvera la décision de plusieurs cas qui embarrassent ceux qui ne l'ont pas assez étudié ; on ne rapportera pas ici ces cas, parce que ce serait une répétition ou un extrait assez inutile du Rituel, qui est entre les mains de tous les prêtres.

5* il est très-important, nécessaire môme, pour la gloire de Dieu, pour rédiûcatiôn des fidèles, et pour notre propre sanctification, de bien faire les cérémonies des sacrements. Faisons-les donc exactement, sans omission et sans changement ; avec gravité et modestie, de bonne grâce , sans précipitation, sans dissipation ; avec un esprit intérieur, avec le sentiment religieux qui doit nous faire entrer dans le sens des rites extérieurs. Quand on a ex^)liqué aux fidèles rexcellence et la signification des cérémonies des sacrements^ etqu on les fait avec la bonne grâce et la majesté qui conviennent à la grandeur de nos mystères, rien n'est plus nropre à soutenir leur foi et à nourrir leur piété. Ceux qui ne savent pas assez, ou qui ne suivent pas les rubriques du Rituel, ne sont pas excusables devant Dieu, quelquefois môme ils scandalisent les fidèles: on doit prévoiries cérémonies, surtout celles qu'on n'a jamais faites, celles qui sont plus longues ou qu'on ne fait que rarement; il y aurait de l'indécence à

Saraître embarrassé, ou à être averti et reressé par celui qui nous accompagne dans Tadministration des sacrements. Ènlin, n'oublions jamais la décision du concile de Trente, sur l'obligation d'observer exactement les cérémonies des sacrements : 5i guis dixerit receptos et approbalos Ecclesiœ catholicœ ritus in solemni sacramcntorum administralione adhiberi consuetos^ aut contemniyQul sinepeccato a ministris pro libito omit^ ti , aut in novos alios per quemcumque eccleêiarum pastoremmutari posse ; anathema sit. (Sess. VII, Can. 13.) — (f'oy. Obligations

DES CLEnCS.l

PRIÈRE (en général). — Pour éviter le mal, et pour allumer et entretenir la ferveur de l'esprit, le premier et le principal moyen c'est la prière. Considérée en général, elle peut se définir : l'entretien et la conversation de l'âme avec Dieu, sur l'affaire do notre salut et de notre perfection. C'est ainsi que la définissent saint Grégoire de Nysse et saint Jean Chrysostome. Que mes paroles puissent lui être agréables (P«. cm, 34..)! dit David. Sainte Thérèse et saint François de Sales parlent aussi dans les mêmes termes de la prière. Quand l'Ecriture sainte (Exod. xxxiv, 29) nous dépeint Moïse descendant de la montagne avec un visage resplendissant , après une prière de quarante jours, elle dit que cet éclat lui venait de l'entretien qu'il avait eu avec le Seigneur. Dieu, dit Corneille Lapierre^ voulait montrer la vertu et le fruit 4e la prière. La définition célèbre de 5ainl

Jean Damascene (1. v Fid. ôrth.y t. ti) revient à celle que nous avons donnée: Lii prière est une élévation de l'âme en Dieu, o% une demande à Dieu de choses qui noussoictU convenables.

Les parties essentielles de la prière, et gui en composent l'essence, sont une élévation vers Dieu et une demande ; saint Paul les désigne (/Jtm.ii, 1) sous les noms d'orcûoïKt de demande. Car si la demande ne se fait par l'ascension et l'élévation de l'âme^ la prière sera ineflicace, sèche et infructueuse ; et si à l'élévation de l'âme ne sejointlademanile, ce ne sera qu'une spéculation, et non,à pro-

1)rement parler, une prière. En effet, selon e .témoignage de saint Isidore (1. viOrt^iw., c. 19), prier c'est demander^ comme supplin c'est obtenir. L'Ecriture sainte le montre aussi en désignant la prière comme un entretien avec Dieu , c'est-à-dire comme une élévation de l'âme vers Dieu {G en. xvui, ÎÎj: Je parlerai à mon Seigneut ; ou comme une élévation de l'âme, des mains et des yeux vers le Seigneur : Tai élevé vers vous mon âme [Ps. XIV, 1) ; ou comme une demande [Matth. VII, 7) : Demandez, et il vous «trd donné. Les parties intégrantes de la prière sont : la supplication, par laquelle nous demandons le pardon des pécheurs^ ou nous conjurons Dieu par sa bonté ; et Caction dt grâces, par laquelle nous témoignons notre reconnaissance pour les bienfaits que nous avons reçus, ce qui est le meilleur mojen d'en obtenir de nouveaux. A ces parties intégrantes Laurœa (Opusc. de orat,, c. 1) ajoute la prière de louange, qui peut toutefois se rapporter à la supplication.

On peut doncdéfinir la prière i une élévation de l'âme vers Dieu, par laquelle nous demandons à Dieu, par les mérites de Jésus- Christ, des biens ouïe pardon de nosfautes; ou bien une élévation par laquelle nous lui rendons grâces, ou nous le louons pour les bienfaits que nous avons reçus. Suarez fait à ce sujet cette remarque (t. 11 De relia.f l "» c. 3) : *( La prière peut se composer de l'une quelconque des parties que nous venons (l'assigner. La prière vocale ou mentale, quelle qu'en soit la durée, ne consiste souvent qu'en un seul acte ; car il n'y a dî obligation ni nécessité qu'ils s'y trouvent tous à la fois réunis. Et souvent on peut éprouver et espérer un plus grand fruit et une plusgrande dévotion spirituelle de la continuation d'un seul acte, que de la multiplicité des actes différents. 11 faut donc plutôt s'arrêter à un seul acte, que d'en rechercher la multiplicité. »

La prière est formellement un acte intellectuel ♦ car, par la prière, l'homme se prépare et se dispose, en manifestant à Dieu son désir, à faire quelque chose. Elle est au préalable et originellement un acte de la volonté, par la force du désir que nous avon* d'obtenir quelque chose de Dieu et d'appli" quer notre intelligence à le demander, l^ prière est encore un acte de religion; ^ar^ selon saint Thomas (2-2, q. 83) , par /û princ, l'homme {émoigne à Dteu son resptctf

PRI

D'ASCETISME.

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entaniquil S€ soumet à lui, et il confesse, en le priant, quil a besoin de lui comme de fauteur de tous ses biens.

La prière est nécessaire à tout chrétien pour mener une vie chrétienne , soit de nécessité de précepte , soit encore, ou moins communément de nécessité do mo,>en.

1* On le prouve par TEcriture sainte (Ma^/ft. xxvi), Jésus-Cnrist, après en avoir établi le précepte , nous enseigne comment nous devons prier. Demandez, et il vous sera donné; cherchez et vous trouverez, etc. (Matth, vu, 7.) — Veillez et priez, pour ne f as tomber dans la tentation. {Matth. xxvi, ii.) — Prenez le casque du salut... invoquant Dieu par toutes sortes de supplications et de prières. (Eph. vi, 17 et 18.) — // faut toujours prier et ne jamais cesser. ( Luc. XVIII, i.) La prière est donc nécessaire pour obtenir le salut, pour vaincre les tentations, et conséquemment pour vivre -en chrétien. 2* On le prouve encore par les saints Pères. « Il nous faut d'abord, dit saint Denjs (lib. De div, nom., c. 3), nous élever vers Dieu

Ear nos orières, comme vers l'auteur de tous iens. Car la Trinité est présente à tous, mais tous ne se mettent pas en sa présence. » 11 compare la prière à une chaîne qui nous élève vers le ciel, au vaisseau qui nous est nécessaire pour atteindre au port, a Parmi les autres préceptes et avertissements salui^ires de Dieu, dit saint Cyprien, par lesquels Jésus-Christ a pourvu au salut de son peuple, il nous a donné lui-même la manière dont nous devons prier. » (De Orat. dom.) Saint Grégoire de Nvsse prouve expressément (or. 1 De orat.) l'absolue nécessité de la prière, cl saint Jean Chrysostome s'exprime ainsi : « De même que notre corps, sans âme, n'est qu'un cadavre fétide, de môme notre âme, si elle ne s'excite elle-même à la prière, est misérable, morte et exhalant une odeur infecte. » [De orando Deum.) Saint Jérôme et saint Augustin prouvent cette vérité contre les pélagiens : Autant nous est nécessaire le secours de la grâce, autant il nous faut prier r»our l'obtenir.

3* Par les conciles, entre autres par le cinquième deCarthage, le onzième d'Orange et celui de Trente. « Dieu n ordonne pas, dit ce dernier, ce qui est impossible ; mais ou ordonnant, il avertit de faire ce que vous pouvez et de demander ce que vous rie pouvez pas, » paroles qu'il a empruntées à saint Augustin (De nat. et grat.). Le Catéchisme romain fait la môme déclaration. « Il faut d'alK)rd enseigner la nécessité de la prière ; ce précepte nous a été donné non-seulement à titre ae conseil, mais surtout à titre d'obligation absolue. Le Seigneur Jésus Ta déclaré par ces paroles : It faut toujours prier. î.'Eglîsc elle-même nous rappelle celte nécessité do la prière dans les paroles qui servent en auelque sorte de préface à l'Oraison (lomiiiicaie : Instruits par les préceptes salutaires, ett^. »

k* Saint Thomas en donne la raison, en disant : « L'amour est indispensable pour arriver au salut : c'est pourquoi la prière est DiCTfo.^.^AiHE d'Ascétisme. II.

nécessaire ei de nécessité de précepte. » En effet, celui qui ne prie pas, ou s'imagine pouvoir acquérir le salut par les forces de la nature, ou croit que Dieu le lui accordera, ou se persuade que Dieu n'est pas l'auteur de tous les biens, et qu'il n'a pas besoin de sa grâce. Or, de telles pensées sont impies, et condamnées depuis longtemps par l'Eglise.

Les pélaçiens, en niant la nécessité de la

f;râce, ont implicitement nié la nécessité de a frière. Les [jartisans de Wiclef enseignaient que la irière consistait à faire ia bonnes œuvres. Michel Molinos a soutenu la proposition suivante : « Celui qui est résigné à la volonté divine ne doit r.en demander à Dieu, i)ar« e que demander est une imperfection. » Mais cette proposition a été condamnée par le Pa|e Innocent XL En effet, nous ne prions pas Dieu pour lui pro-

i>oser quelque chose d'occulte, mais pour aire en sa nrésence l'aveu de notre néant et de notre indigence, et pour le prier cic nous accorder les secours qu'il veut que nous lui demandions.

11 suit des preuves que nous avons exposées : 1" que la prière est nécessaire de nécessité de moyen, puisque Dieu a établi ce moven d'obtenir le salut, la foi, l'espérance, la charité, les mérites et les secours de la grâce, choses qui nous sont d'une extrême nécessité et que nous ne pouvons posséder ni même espérer sans la prière; 2° la prière est encore de nécessité de précepte divin et naturel, |ou plutôt conaturel à la nature relevée. Car ce qui est nécessairn de nécessité de moyen pour les adultes, ne peut pas ne pas être un précepte de Die j pour toute condition ; d'ailleurs, ce précepte, comme tous les autres préceptes naturels, est clairement exprimé dans la loi de grâce ; 3" ce précepte oblige par lui-même en vertu de la religion, quoique, jmr accident, il puisse obliger en vertu de la charité et des autres vertus; 4* ce précepte oblige dans Tétat de grâce, à une prière surnaturelle ; car la prière n'est pas suffisante quand elJ j n'est fondée que sur la lumière et des motifs naturels, comme l'admettaient les semipélagiens ; 5' l'obligation de ce précepte, quant à la gravité, se tire de notre nécessité et de l'honneur que nous devons à Dieu.

Non-seulement la prière est nécessaire k tout chrétien ; mais nous sommes encore obligés de prier fréquemment :

V On le Jirouve par l'Ecriture sainte : Que rien ne nous empêche de prier toujours {Eccli. xviii, 22.) — il faut toujours prier et ne jamais cesser. (Luc.wui, 1.) — Priez sans cesse ^ (l Thess, V, 16.) — Persévérez et veillez dans la prière. (Coloss. iv, 2.) Ces textes, selon les interprètes, doivent s'entendre d'une prière fréquente et. non d'une prière continue.

2"* Saint Jean Chrysostome et les autres Pères l'enseignent également. « Jlfaut, ditil, toujours prier et ne jamais cesser. Par ces mots, t7 faut, Jésus-Cnrist nous indicpie la nécessité de la prière ; Or, telle est la

mCTIONNAIRE

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5Ci

force du mot nécessité^ qa'iî vous fst inler- ^ dit d'admellre, môme malgré vous, ce qui ' est nécessaire. » (Ilom. de Moïse.) Saint Augustin le prouve par la nécessité de boire, de manger et de se vêtir. (De hœrei.^ c. 57.) Vcici comment il explique le mol toujours dans les textes cités : « Ce mot doit s'entendre de la nécessité de ne passer aucun jour sans consacrer quelque temps à la prière. »

3" On le montre encore par la nécessité où nous sommes de demander; car nous avons continuellement besoin de Dieu pour la conservation et l'entretien de la vie du corps et de l'âme, pour larquisition et l'accroissement des biens de l'un et de l'autre ; nous avons continuellement besoin de la protection, de la bienfaisance et du secours de Dieu pour éviter les dangers continuels et les pièges de nos ennemis. Et puisque nt us re pouvons espérer que Dieu nous l'ai*corde sans la [îrièrc, attendu qu'il ne nous Ta promis qu'à la condition de le demander, il en résulte qu'il nous faut prier fréquemment, selon ces paroles de saint Luc : I ci7lez et priez en tout temps ^ afin ^ue vous méritiez a éviter tous ces maux.... Ainsi saint Zozime a raison de nous dire {Ep. ad episc,): « En quel temps n'avons-nous | as besoin ac son secours? En toute action, en toute cause, en toute pensée, en tout mouvement rvous devons implorer notre apj)ui et notre protecteur : tout ce que la nature humaine s'attribue h elle-même n'est qu'orgueil et vanité. » On trouve dans Rodrigucs [Exerc. perfect,, tr. 5, c. 2) tous les développements de cette matière.

4* On le prouve enfin par une raison tirée de Dieu. La prière est, en efTet, un acte de religion par lequel on reconnaît la suprême majesté de Dieu, de laquelle nous dé^)en- (lous comme de notre cause première, notre dernière fin, notre conservateur, notre sanctificateur et notre glorificateur. Nous devons (Jonc reconnaître cette dépendance par de fréquentes prières, et, comme dit l'Apôtre, par des psaumes^ des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur avec édification les louanges du Seigneur, [Coloss. m, 16.)

Ccrta ns uiassaliens, les psalliens et les euehitcs, par un indigne abus des textes de l'Ecriture sainte qui prouvent la nécessité «le prier souvent, enseignaient qu'on ne jicut Jamais cesser de prier, et de là défendaient le travail et les autres bonnes œuvres. €e que nous avons dit réfuie suffisamment une telle prétention.

Les théologiens assignent certains cas dans lesquels le précepte de la prière nous oblige d'une nanière déterminée. Tels sont : 1' des que nous avons l'usage de la raison ; 2* pendant que nous assistons à la messe; 3' (lans l'administration et la réception des sacrements ; 4" à l'article ou dans un péril évident de mort; 5** dans une grave nécessité personnelle , surtout quand elle est d'ordre spirituel, ainsi dans une forte tentation que nous ne jiouvons vaincre sans le «ecours de la grûce. Mais, bien que les théo-

logiens a^îjignei.t ces cas d'une obligation déterminée, ils ne nient pas cependant et même ils affirment l'exigence d'une obligation indéterminée, qui ne nous permet pas de différer longtemps la prière, mais qui nous force à y recourir aussi souvent qu'il en est besoin pour obtenir de Dieu les secours nécessaires à l'homme pour vivre chrétiennement. Et môme il arrive fouvcnt qu'on est tenu de prier lar amour de soimême ^et do son prochain ; ce qui D'enjpêche pas que la religion ne nous en fasse aussi un devoir : car la charité et la religion peuvent nous y obliger en même lemp5, chacune par un motif si écial. Donc, si quelqu'un manque à cette obligation, il leche contre ces deux vertus.

Pour obtenir de Dieu une vie chrétienne et surtout parfaite, notre rr.'ère fréquent?» doit se faire, non avec tiéaeur, mais d'une manière de plus en plus parfaite. On le prouve :

1" Parce qu'à moins de se livr'^r à une prière fréquente et parfaite, on ne f eut arriver à un parfait exercice des vertus ou à la perfection chrétienne; car YEcclésia$lyim après les paroles que nous avons déjà citées : Que rien ne vous empêche de prier toujours , ajoute : et ne cessez point de tout avancer dans la justice jusqu à la mort, purct que la récompense de Dieu demeure éternellement. {Eccli. xvni, 22.) — « 11 se rencontre habituellement, dit Corneille La Pierre à te sujet, bien des obstacles à la prière : étortez-les tous, autant que possible, afin de vaquer fréquemment et assidûment à la jïrière. » Delà, Alvarez rie Poz (t. 111 De viL spir.y 1. I, p. 1, c. 12) compare la prière «à la main de l'âme ou à la raison, qui, comme une main ou un instrument universel, efi en quelque sorte l'ait des arts pour rectifier ses opérations; il la compare aussi à Ifl main du corps [»ar laquelle TAme s arme, s'embellit elle-même, travaille avec vigueur et saisit parfaitement tout ce qui lui e^t n(" cessairo. »

2* Par les saints Pères. Qu'il nous ruffie de citer saint Jean Chrysostome (1. i Df orando Deum) : « La prière est comme la racine et la base de tous les autres biens spidtuels ; et comme ce sont les fondations d'un navire et d'une maison qui en coust:lucnt la solidité et qui Tempéchent de s'écrouler, de même la jirière est le soutien ei la solidité de notre vie, à tel point que, sans elle, nous ne pouvons obtenir rien de bien, r.on qui soit ut. le au salut. »

3* La prière imparfaite est un signe évident de t édeur, et llosignoli met au premier rang de la tiédeur (l. n Christ. p«rf.» c. 19) « l'habitude de prier sans attention ei sans ferveur d'esprit. » Maudit est celui ç«i fait r œuvre de Dieu avec fraude^ ou, selon 1* version des Septante, avec négligence. [J^*

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