‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 36 sur 315 · PAI · texte numérisé non relu

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sonne , mais seulement quant à la nature : encore est-ce là une manière de parler purement extrinsèque. N'objectez pas , 3* que )a sainte Vierge n'a pas eu de concupiscence, cft, à plus fôrte raison, de dette prochaine, ce qui est pire que la concupiscence ; car cette dernière supposition est fausse. La concupiscence, en effet, incline.au péché : elle adhère d'une manière intrinsèque à la personne ; tandis que la dette prochaine lui est une chose purement extrinsèque.

Les chevaliers de l'ordre militaire de Saint- Georges s'engagent par serment à sacrifier leur vie et à verser leur sang pour la défense de l'Immaculée Conception. Quelques théologiens réprouvent ce serment et ce vœu sanguinaire. Cependant nous croyons qu'ils sont permis l'un et l'autre. En effet, 1** le Saint-Siège a approuvé l'institution et le but de cet ordre; 2* les Souverains Pontifes et toute l'Eglise ont certainement beaucoup de tendance à croire que la sainte Vierge a été conçue sans péché; c'est ce qui donne à ce sentiment plus de probabilité, de piété et de certitude morale. Il est donc permis d'affronter la mort pour sa défense. En effet, il est permis de mourir pour la vertu ; or celui qui pense avec sagesse que cette vérité de I Immaculée Conception est jertaine, exerce une vertu, en se rendant à une décision moralement certaine, et à une vérité qui intéresse la plus grande gloire de Dieu : donc, quoique n'étant pas tenu de mourir pour elle, il peut néanmoins s'engager par serment à sacrifier sa vie pour sa défense ; car, de cette manière, ce serment a rapport à une chose permise, et tourne au plus grand bien de la vertu. 3** L'Eglise Ioua les saints qui ont été mis à mort par les tyrans, pour n avoir pas voulu négliger quelque acte de vertu dont ils auraient pu néanmoins se dispenser : ainsi les vierges qui préférèrent la mort au mariage. Or la croyance à l'Immaculée Conception étant beaucoup plus pieuse que l'opinion contraire, bien qu'on puisse suivre celle-ci iK)ur éviter la mort, il est permis de faire serment de verser son sang pour la défendre. Benoit XIV remarque toutefois, dans son ouvrage sur la Canomsa" tiofiy qu'un homme qui mourrait pour celle ' opinion ne serait pas un martyr, parce que, mourant pour une vérité non encore déparée de foi par TEglise, il ne remplit pas les conditions requises pour le martyre. Théo-

{)hile Raynaud ayant prétendu le contraire, e Saint-Siège lui imposa silence. Enfin, Muratori prouve d'une manière invincible que la mort ];K)ur l'Immaculée Conception ne constitue pas le martyre.

Jetons donc les yeux sur Marie , sur ce . miroir sans tache, et considérons-nous-y nous-mêmes. « Que notre conduite soit l'image de la virginité et de la vie de Marie : l'éclat de la chasteté et la beauté de la vertu sont reflétés par elle comme (^ans un miroir : qu'elle soit donc notre exemple, et que ses vertus soient pour nous comme un modèle, qui nous indique ce qu'il faut réformer, ce qu'il faut éviter, ce qu'il faut accom-

plir. » (S. Ambroise, 1. IL De Virgin.^ c. 2.)Que nos yeux soient dans les mains de notre sou veraine, en qui, selon l'expression de Denis le Chartreux : « Depuis la plante des pied<( jusqu'au sommet de la tète, dans le corps et dansl'Âmei il n'est rien que de Lcau,de loaable et de glorieux. » (L. I. de laud, Virg,, art. %.) « Quand a-t-elle, continue saint Ambroise {loc. cit.) y même d'un regard, affligé ses parents ? Quand a-tretle contredit ses proches, dédaigné les humbles^ raillé les Caibles, évité les malheureux ? Elle n'a jamais fréquenté d'autres réunions que celles où la miséricorde et la pudeur étaient honorées. Jamais en elle de regard dédaigneux, de discours insultant, d'actes irrévérencieux :

jamais de geste efféminé , de démarche nonchalante, de parole vive et emportée : toute sa conlcnance était Timage de son âme, et sur s« figure éclatait sa bonté. » Voilà en quoi nous devons imiter la sainte Vierge.

Enfin la méditation affective du privilège de la sainteté de Marie est pour nous uo autre puissant '.motif de l'imiter, et une source de progrès dans la vie et la perfection chrétienne. En effet : l** Marie e^t appelée pleine de grâce par l'ange (Xt^^. i, 28) ; c^r, dit saint Ambroise, seule elle obtint unt grâccy qu aucune autre n'avait méritée ^ ceU-' d'être remplie de l'auteur de la grâce. Saint Bernard l'appelle un aqueduc plein^ à la plénitude duquel peuvent puiser les autres, (Serm. de Nat, B. M.) Le même ange lui dil : tous avez trouvé grâce devant Dieu. ( Jbid, 30.J Saint Bernard dit à ce sujet : « Quoiqr.e déia pleine de srÂce, elle trouve encore p-îce : certes, elie est digne de trouver c«^ qu'elle recherche, elle à qui ne suffît pas sa propre plénitude, et qui ne peut se contenter de son bien. Mais en vertu de ces paroles : Ceux qui me boiront auront encore sot/, elle demande la surabondance pour le salut de tous. » Donc cette méditation doit nous exciter à l'imitation de la dévotion, de la prière et des autres vertus de Marie, et par sen intercession, nous pouvons obtenir de Dieu la grâce d'avancer dans la perfection. 2' Marie, en vertu de ses mérites qui ont accumulé en elle la grâce et la gloire, a de beaucoup surpassé toutes les autres âmes saintes, au témoi- §nage de saint Bonaventure. « Beaucoup 'autres âmes justes ont amassé des trésors de vertus et de grâces, des tré5;ors de mérites et de récompense ; mais Marie, par l'excellence de ses mérites, a réuni tous les trésors, et laissé les autres bien loin derrière elle. » (Spec. B, K., c. 8.) Comme tous les jours et à tous les moments de sa vie, elle a toujours fait ce qui était plus agréable à son divin Fils, efforçons-nous donc aussi, dans la mesure des grâces et des secours par lesquels Dieu daigne nous appeler à bien mériter de lui, d'imiter sa très-sainte Mère, et répondons fidèlement et pleinement à Dieu, qui nous appelle et nous aide au progrès dans la perfection.

Les théologiens , avec Soarez, Ba^ naud, Vega, etc., enseignent con^munément que Marie a élé dans la voie , et est maintenant

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d«ns la gloire, comblée de crûccs et de mérites avec toute la plénitude dont asl susceptible une simple créature; non pas, il est vrai, selon ce qui est possible absolument ou suivant le pouvoir absolu de Dieu , mais selon ia mesure de la divi»e providence, conforme à l'élal et à la dignité de la Mère de Dieu, laquelle est beaucoup inférieure, non-seulement au Christ comme Dieu, mais encore à l'humanité du Christ, tout en étant de beaucoup supérieure à ia condition des ranges et des autres hommes. De là, on tire les conclusions suivantes : l' La très-sainte Mère de Dieu, depuis le premier instant de fia Conceï)tion inclusivement, a toujours eu la grâce qu'elle a possédée, par son propre mérite et par sa propre disposition ; 2" elle a toujours pos^dé cette grâce, l'augmentant par ses mérites, d'instant en instant et même pondant son sommeil, car, selon ces théologiens, la foi dont elle était éclairée, la aidée n opérer par le moyen des idées infuses, et parce qu'elle s'est toujours de plus exercée par des actes humains et surnatwels^ au moinsquantèla fin; 3* clic a toujours exercé des actes héroïques, sous le rapport, «oit de Tobjet, soit de l'intention, soit paria quintescence de toute esx>èce de vertu, et surtout par le feu de ia charité, qui n'avait jamais ressé d'être ardent en elle, au moins virtuellement et formellement, jusqu'à ce qu'elle mourût pnr la force de son amour, qui ne fut ras même alors moralement interrompu; »• enfla, la grâce et la gloire de la très-sainte Vierge, au moins dans la consommation , a été infiniment plus grande que la grâce consommée de tous les anges et de tous les saints réunis. {Toir Reggera, Prax, th. myst., t. I, p. 600.)

PROGRES DANS LA PERFECTION (Nécessité -DU.)— Il faut nous efforcer avec ferveur et avec empressement d'avancer de plus en plus dans la perfection chrétienne, en progressant toujours dans cette vie avec la grâce de Dieu. On le prouve :

r* Par l'Ecriture sainte : Ils s'avanceront de vertu en vertu^ et ils verront le Dieu des dieux dans Sion. {Ps. lxxxiii, 8.) Le sentier des justes est comme une lumière brillante qui s'avance et qui croît jusqu'au jour parfaite (Prov. rv, 18.) — Pratiquons la vérité par la charité^ afin de croitre en toute chose en iéiuS'Cknst^ qui est notre chef et notre tête. (Ephes, IV, 15.) — Oubliant ce qui est derrière moi^ et m*kvançnnt vers ce qui est devant moi^ je cours incessamment vers le bout de la f arrière^ pour remporter h prix de la félititi du ciel, é laquelle Dieu nous a appelés par Jésus-Christ. Tout ce que nous sommes donc de parfaits^ soyons-le dans le sentiment. (PhtL III, 13.) — Que celui qui est juste se justifie encore^ et que celui qui est saint se sanctifie encore , car voici que je viens. ( Apoc. XX m, ll.j

2* Par les saints Pères : « Celui qui court (dans la carrière spirituelle), dit saint Jean Chrysostome, doit courir avec beaucoup de zèle et d'empressement, et non s'avancer avec lenteur. » (Hom. 12, in Epist. ad Phi^

lipp.) — Saint Grégoire dit : « Les jours de la vie du chrétien sont autant de vertus, et les mois, de nombreux actes de vertu. »(L. iv» Jlfor., c. 22.) — Saint Jérême, dans son Epitre à Démétrius^ s'écrie : « La vie spirirituelle serait-elle la seule où l'on ne s'efforce pas de faire des progrès, où chacun se contente de la situation où il se trouve, sans porter plus haut ses désirs? Et comme dans toutes les conditions du monde, l'homme ne se rassasie jamais d'avancer toujours de plus en plus, suffirait-il ioi d'avoir commencé pour en rester là ? »

3* Par la raison : Le christianisme est f twittation de la nature divine^ dit saint Grégoire de Nysse {Ep. àe Profectu Christ.) ; or cette nature est toujours de plus en plus imitable : il faut donc faire des progrès dans cette imitation et conséquemment dans la perfection chrétienne; d'autant plus que Jésus-Christ 4ui-méme s'est proposé h notre imitation, croissant en sagesse , en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. {Luc. ii, 52.) Croissons donc en toute chose dëms Jésus- Christ^ qui est notre cht'fet notre tête. [Ephes. jv, 15.) Ce serait une monstruosité, si les membres ne prenaient un accroissement convenable, en proportion avec la tète; d'ailleurs nous ne crevons pas ravir à notro tète la gloire qu'elle tire de l'accroissement de ses membres. »

Suivons donc le conseil de saint Augustin (m Ps. xxxi) : « Montrez pour le Créateur du monde tout l'empressement que vous manifestiez pour le monde. H vous suffira d'honorer Dieu, en aspirant de tous vos efforts à ]a perfection. Avec quelle perfection, 'pour ainsi dire, les mondains ne rendent-ils pas hommage à leurs idoles, l'am» bilieux à ses dignités, l'avare à ses richesses, le débauché à ses jouissances, bien que tout cela ne soit que spectres aériens, vain éclat, fange immonde et létide? Quels efforts héroïques ne font-ils pas éclater, efforts qui seraient vraiment héroïques s'ils avaient pour an la gloire et la louange de Dieu ! Que de soins, de peines, de sacrifices le monde n'impose-t-il pas par les lois cruelles, insensées ou frénétiques du duel, de l'ambition et de l'amour î Et cependant il trouve des serviteurs toujours empressés à lui obéir scrumileusemcnt dans toutes ses prescription» tes plus perverses. Le Créateur du monde serait-il donc seul à pouvoir à peine trouver de lovaux serviteurs, lui dont le joug est si doux'et le fardeau si léger? »

PROPHÉTIE. — Une prophétie est une prédiction faite par inspiration divine.

Quoique dans le sens le plus ordinaire les choses futures soient l'objet des prophéties, cependant quelquefois elles concernent les choses passées, inconnues, et les choses contemporaines absentes. Lorsque Jésus-Christ dit à la Samaritaine qu'elle avait eu cinq maris, elle lui répondit : \ous êtes un prophète^ et lorsque le Sauveur recevait les soins et les soumissions de Marie-Madeleine chez le pharisien , ce dernier se disait en lui-même • Si celui-ci était un prophète^ il

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saurait quelle est lu personne qui le touche. D'où Ton Totl que les prophélies peuvent avoir un autre onjet que les choses futures. Cependant, nous suivrons l'opinion de saint Thomas (2-2, q. 17), de saint Grégoire {inEzech. ), de Gravina (Lap. lyd. 1. ii), qui prennent ce mot prophétie dans le sens le plus restreint, comme il est pris communément en l'appliquant aux choses futures.

Pour qu'il y ait prophétie il faut non-seulement connaître les choses futures, il faut encore les manifester. Le cardinal Laurea ajoute que la manifestation l'emporte ici sur la connaissance. Comme c'est une grâce gratuite (gratis data), c'est par la manifestation Îue la prophétie devient utile à plusieurs, a propnétie suppose une lumière surnaturelle, une action divine ; de la part de Dieu, c'est un révélation, de la part du prophète, une vision ou une audition.

Pour que le prophète connaisse, il est nécessaire que la chose qu'il doit manifester soit représentée dans son intell'gence. Cette représentation se fait ou sensiblement dans les sens extérieurs, ou imasinativement dans les sens internes, ou enfin dune manière tout à fait indépendante du sens^ce qui est une repré:^entation purement intellectuelle. Ce dernier degré de prophétie est le plus parfait. La connaissance qui arrive au moyen des sens internes a le second degré de "supériorité; enfin celle qui arrive au {«"ophète parles sens extérieurs, constitua le dernier degré de perfection. Nous avons donné la raison de cette différence et de cet ordre à l'article vision.

On croit communément que la révélation prophétique se fait par le ministère des anges. Ainsi dans la Genèse', on voit un ange parler à Agar et à Loth. C'est un ange qui dit à Abraham : Je multiplierai ta postérité. C'est un ange qui apparut à Zacharie pour lui dire : Jrai été envoué vers toi pour t'an^ noncer ces choses. Olivarius a rassemblé beaucoup d'autres faits semblables sur les f>rophéties. Cela n'empêche point, dit saint Thomas (2-2, q. 172), qu'on ne doive appeler ces prophéties divines, puisqu'en portant aux nommes ces révélations et ces illuminations, ils sont les ministres de la Divinité.

• Le cardinal Laurea pense qu'il n'y a rien de répugnant à croire que Dieu inspire directement les prophètes, et il se fonde sur ces paroles d'Isaîe ( iv, 8) : /*at entendu la voix du Scianeur qui me disait : Va dire à ce peuple.

Les mystiques ont distingué plusieurs sortes de prophéties. 11 y a la proiihétio parfaite, où 1 on connaît clairement l'objet révélé et où l'on est sûr que c'est Dieu oui a parlé. Il y a la prophétie imparfaite, ou 1 instinct prophétique, qui admet du doute. De la part de Tobjeton distingue les prophéties comminatoires par lesquelles Dieu révèle des choses condîtionnelles, qui peuvent être empêchées par des décrets plus absolus.

On distingue aussi les prophéties de prescience par lesquelles Dieu prévoit les choses lulures qui dépendent du libre arbitre d'une

intelligence créée ; les prophéties de prédestination, lorsque le prophète révèle les choses qu'il doit personnellement fadre, lorsqu'il voit les choses présentes dans Féternité et dans des décrets absolus. Du côté des moyens ou des formes sous lesquelles les prophéties arrivent k la connaissance du prophète , ou distingue les prophéties intellectuelle, imaginative et sensible ou corporelle.

Il y a encore la prophétie de ravissemnt et celle qui a lieu sans ravissement.

Voilà la division des prophéties divines et véritables. Viennent ensuite les fausses et diaboliques, machinations du diable ou des pseudoprophètes.

Les sujets des prophéties peuvent être les anges, les démons, les hommes, les femmes, les enfants, les gentils. Il n'est pas absolument nécessaire que le prophète soit irréprochable en tout point pour être le sujet d'une prophétie. Seulement la sainteté «ijouio beaucoup à son autorité. Remarquons que les anffes ne peuvent par eux-mêmes counaître Tes futurs contingents , et ils deviennent prophètes avec la permission de Dieu.

Marie, soeur de Moïse, Anne, U mère de Samuel, Elisabeth, mère de saint Jean- Bai)tiste prouvent que les femmes sont gnclqucfois prophétesses. Samuel et Baoïei le prouvent pour les enfants, et Balaam penir les gentils. Saint Thomas h-%, q. 112), rapporte l'exemple des Sibylles qui , en récompense de leur virginité , firent quelques prophéties vraies. Saint Jérôme et plusieurs anciens Pères pensent qu'elles eurent le don de prophéties.

A l'exception de Jésus-Christ, è raison de son union hypostatîque, il n'y eut jamais personne qui possédât habituellement et par sa propre puissance le don de prophétie, de manière à lire tout événement dans lavenir. Le prophète Elisée avoue que le Seigneur lui a caché certaines choses. ( Jv Reg. )

Nous avons maintenant à établir que l'esprit de prophétie k toujours existé dans l'Eglise. Saint Paul, dans sa première EpUre aux Corinthiens^ s'exprime amsi : Dieu a donné a son Eglise d*abord des apôtres ensuite its prophètes ; et au même cnapitre xii, v. Ifc pariant des grâces gratuites, il énumère Tcsprit prophétique, et dans d'autres passagers il accuse un grand nombre de prophéties existant dans la primitive Eglise.

Les saints Pères tiennent le mêmesentiment et confirment la même croyance. Saint Jvsim {Dial. c. Tryph.) a ces paroles : Le don dt j^rophétie a persévéré parmi nous jusqu'à ce jour, d'où vous pouvez comprendre que ce que vous aviez autrefois est devenu notre succession. A la fin du ii' siècle , saint Irénéc {Adv. hœr., c. 57.) énumère les grâces gratuites, et ajoute : Les autres ont Ta connaissance des choses futures et la vision prophétique. Au !?• siècle, saint Augustin {Contr. leg, et proph., 1. ii) assure que l'espritrrophétique a persévéré au milieu des fitlèlei depuis les apôtres. Saint Thomas (2-2, q. 174.) enseigne qu'il y a toujours eu dans

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^'Eglise quelques lersonnes qui ont été favorisées du don de prophétie; non, ditil, pour découvrir une nouvelle doctrine, mais pour mieux fixer la direction des actions humaines. Nous trouvons des témoignages de prophétie divine dans les actes de canonisation de saint Pierre d'Alcantara, de saint François Xavier, de saint Pasc^d de Baylon, etc. Nous trouvons encore une prédication accomplie, dûment prouvée, dans la cause de canonisation de saint Pie V , qui a annoncé le jour et Theure de la victoire des chrétiens sur les Turcs. Sainte Catherine de Bologne a prédit qu'Annibal Bentivolio triompherait du duc de Milan, et que Constantinople tomberait au pouvoir des Turcs. Au sur[)lus, il est facile de concevoir que Jésus-Christ, ayant promis la persévérance du don des miracles {Marc, xvi], le don de prophétie, qui est une grAce aussi essentielle àrÊglise, doit également ne jamais se perdre, et ce sentiment est confirmé par l'autorité du prophète Joël (n).

Une prophétie divine qui est réellement telle, est un témoignage infaillible de vérité. D'où résulte la condamnation de l'hérésie d'Appelles, qui enseignait que les prophéties même sacrées avaient quelquefois enseigné des choses fausses et contradictoires. C est un blasphème contre Dieu.

Avant la venue de Jésus-Christ il y a eu un grand nombre de prophéties diaboliques.

L'Ecriture sainte le suppose dans centendroits différents depuis le Deutéronome jusqu'aux livres des Rois,

TertuUien, saint Cyprien, Origène, Minutius Félix, saint Jérôme, saint Grégoire de Nazianze l'affirment très-positivement. Dans son liv. II de hist. dtt?., Lactance établit, d'aprèjs les aveux de Plutarque, que les démons avaient coutume de rendre des oracles dans les statues des faux dieux, et, -d'après les aveux de Porphyre, que les oracles étaient devenus muets depuis Jésus-Christ.

Mais, quels qu'aient été les oracles chez les Gentils, il est certain que les démons ne

{meuvent par eux-mêmes prévoir les futurs ibres, c'est le privilège de Dieu seul. Comme nousravonsdéjàobservé,ledémonjouitd'nne puissance de conjecturer les événements futurs en tant qu'ils découlent des choses présentes. Cette sagacité fait qu'il peut souvent approcher de la vérité, et se servir de cette facilité pour se donner le rôle de la Divinité, avec la chance de se tromper souvent, ce qui ne le décourage pas ; il prend son parti de tout, pourvu qu'il ait séduit quelqu'un.

Quelques philosophes ont pensé que l'Ame humaine avait trouvé quelquefois, dans sa propre nature, le don de prophétie. Ils pensent, en particulier, que l'âme, dans les moments où elle échappait à l'action directe des sens, comme dans le sommeil, et disent que r homme, dans la maladie mortelle, sur le point de quitter la vie, comprenait des choses admirables, et prévoyait les chosfjs futures, ce que les événements subséqiients .aurfldepit confirmé. Ils prétendent

qu« les mélancoliuues ont le même pcivilége.

Mais ;Ces philosophes som refuiés plus haut, à' l'article vision. Les philosophes chrétiens ont prouvé, d'une manière irréfutable, que l'Ame humaine n'a point, par ellemême, le don de prophétie. Cette prétention est aussi contraire à la saine raison qu'à la foi , qui met le don de prophétie parmi les grâces gratuites, et venant de Dieu seul.

Nous allons maintenant énumérer les si-

Î;nes qui caractérisent les vraies prophéties es prophéties divines. Ces sienes se déduisent de la considération de la matière des prophéties oude la personne prophétiaue, ou des effets que produit le don de prophétie.

Quant à la matière, il faut considérer si elle concorde avec la vérité et avec la piété chrétienne.

En second lieu, il faudrait suspecter des

t)rophéties et même les regarder comme àusses, si elles ont pour objet une vaine curiosité, des choses futiles, selon ces paroles d'Isaïe (xvm) : Voici ce que te dit ton Rédempteur y qui Renseigne des choses u/t/e^; et, selon saint Paul (/ Cor. x , H) : Celui qui prophétise parle aux hommes pour leur édification.

Selon Cajélan, on ne doit pas croire même aux vrais prophètes, en tout ce qu'ils disent, car ils ne sont pas prophètes en tout et par tout. aAinsi,dit-il,si un prophète Caitla prédication, célèbre, porte des jugements en justice, il aura dans ces fonctions une autorite d'homme privé, et non de prophète, à moins que ce qu'il dit ne soit confirmé par des miracles. » ( 2-2 , q. 174. ) Le môme cardinal ajoute qu'une personne privée peut se laisser conduire par les prophètes, pourvu qu'il conduise les Ames d'après les règles reçues dans l'Eglise. Selon la parole de saint Paul : A^e méprisez pas les prophéties. Mais il eu serait tout autrement si le prophète conseillait le mai ou des choses non approuvées par l'Eglise.

Pour qu'on reconnaisse une vraie prophétie, il faut qu'on ait prédit des choses vraies, c'est-à-dire justifiées par l'événement, et annoncées clairement sans conjectures ; c'està-dire, en d'autres termes, il faut que les choses que le prophète annonce surpassent les connaissances et la prévision d'un simple mortel,quelles que soient sa sagesse et son expérience, comme serait de prédire les futurs contingents. Il faut que les paroles de la prophétie excluent tout doute, toute ambiguité, comme les oracles des sibylles, toute conjecture. Ce n'est pas un signe de prophétie divine, si le prophète, après avoir prédit une chose, essaie de corroborer ses dires par dos raisonnements de la saçesse humaine. « Car, dit dora Calmet, il est de la nature de la pro phétiede révéler les choses cachées avec une loi certaine et très-nette, quand même ces choses n'ont aucune liaison avec les causes secondes et naturelles qui, seules, servent de guide aux conjectures humaines. » Ainsi l'astronome ne prédit rien qui ne soit cou forme dans son éclipse ou dans ses annonçai»

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aux lois connues de la nature; t& phiroeopbe n*annonce aucun événement qui ne soit contenu comme conséquence dans ses prémisses . Mais, si je vois un prophète prédisant un événement fortuit, cependant entièrement de causes libres, événement que mille raisons pouvaient empêcher d'éclore ; s'il a été prédit plusieurs siècles avant le fait; si c'est la naissance d'un homme illuslre, dont on a consigné le nom, tes victoires ^ les grands faits et fa mort; si môme on a prédit un événement contemporain, que tout devait faire juger comme infmiment improbable, alors je ne soupçonne rien d'humain dans cette prédiction, et j'attribue tout à Dieu. Sacchu dit aussi qu il ne faut pas admettre une prophétie comme divine, si le prétendu prophète se sert habilement de la particule peatUrCy et d'autres ex[iressions qui indiquent les craintes et la prudence humaine ; ou bien s*il appuie ses dires sur de longs raisonnement qui cherchent à démêler les conséquences dans leurs principes.

On doit encore exiger que le prophète connaisse avec cert'tude au moins une partie des choses qu'il annonce. « Quoique, dit saint Thomas (2-2, q. 173) l'Esprit saint agisse sur l'âme de diverses manières , dans la révélation prophétique, cependant, on ne peut attribuer à la prophétie que ce que le prophète fa't connaître par paroles ou par signes, ce qu'il comprend lui-même,'car le reste,ai t-il',appartient à l'esprit prophétique. »

Le signe de vraie prophétie le plus essentiel est i*liccomplissement du fait annoncé. 11 faut donc avant tout voir si le futur contingent annoncé arrive telquil a été prédit. Nous apprenons cette règle du Deutéronome (xviii, 21], où Dieu parle ainsi : Si vous répondes dans le silence de voire cœur^ comment pourrui'je distinguer la parole que Dieu m'adresse du mensonge? Vous mirez cette marque que le prophète a annoncé une chose au nom au Seigneur : S'il annonce une chose qui n arrive pas y c'est que le^Seigneur h*a pas parlée mais le faux prophète a forgé la pror phétie dans sa vanité : c'est pourquoi ne le craignez potnt.

Toutes fois, cette règle si importante admet quelques exceptions etquelcmes limites. La premièie exception a lieu lorsque les prophéties sont comminatoires et conditionnelles. Alors la prophétie peut être vraie et divine, quoique l'événement n'ait pas suivi; car la prophétie a lieu selon les règles de la justice divine, qui, jugeant les circonstances, le mérite et le démérite des hommes, détourne l'événement prédit. Ainsi, lorsque les Ninivites se convertirent, ils éloignèrent les maux dont la justice divine les menaçait. Ainsi Isaïe prononçait un arrêt de mort à Ezéchias que celui-ci détourna en revenant à Dieu. Dieu lui-même s'est expliqué sur l'effet de ces prophéties par la bouche de Jéréraie (xvHi , 7) Soudain je parlerai contre un peuple et contre un royaume, afin de le déraciner, de le détruire et de le disperser. Et si cette nation fait pénitence du péché que je lui ai reprocha, et moi aussi je me repen-

tirai du mal dont je projetais de Caffliyer Saint Thomas (2-2, g. 171) examine cette question des prédictions comminatoires et conditionnelles, 11 dit, entre autres choses, que, lorsque Dieu fait à un prophète la communication d'une menace prophétique contre quelqu'un, il connaît la menace, mais il n'est point prouvé qu'il connaisse l'événement. Je pense même qu il ne le connaît point. Cap,.dit-îl, il suflfit, pour qu^it y ait véritablement prophétie, que Fobiet principal hoit connu du proi)hète, et Dieu peut se réserver de connaître seul si une condition sera ou n& sera point remplie.

Les théologiens admettent encore qu'une prophétie peut être divine en soi et fausse dans son explication, dans l'interprétation qu on en donne. « C'est pourquoi, dit saint Thomas , il y a même cle vrais prophètes qui ne connaissent pas tout ce qm leur est montré dans leurs visions. » Voici un exemple célèbre : saint Bernard ayant pris conseil du roi Louis le Jeune, soutenu par lautorité du Pape Eugène, entraîna dans ses prédications un grand nombre de peuples à la croisade. Or les chrétiens y furent vaincus, et cette expédition ne fut qu'une suite de revers et de malheurs. Or, h la suite deces malheurs , les peuples de France et d'Allemagne, qui vénéraient saint Bernard comme un pro{)hète, le regardèrent comme un imposteur. I^ réponse du saint fut q^u'il ne s'était point engagé témérairement à la croisade, mais par Tordre de Dieu, et que des prodiges étaient venus conrirmer ses exhortations. La prophétie fut donc vraie, mais non comprise parles hommes : ceux-ci s'étaient proposé l'acquisition des ri< hesses et les honneurs du royaume temporel de Jérusalem , et Dieut ava't en vue le salut des Ames, particulièrement de celliès qui se dévouaient à la mort pour la sainte cause , comme saint Bernard (ep. 333) roxpligue à un de ses amis. Le cardinal Bona {De dise, spir., c. 17.},. et Giavina ( in cap. Lyd., 1. ii, v. k) se servent de cet exemple pour lui donner la même signification que nous dans les prophéties qui peuvent avoir plusieurs interprétations. Et ce dernier justifie saint Vincent Feriler qui, dans ses prédications, menaçait du prochain jugement de Dieu, et qui, pour en convaincre, ressuscita x^n mort à Salamanque, à la suite d'un de se^i sermons. 11 allait jusqu'à assurer quQ luimême était l'ange apocalyptique , qui pro^ mulguait le dernier jugement. Comme il fut accusé d'être faux prophète, il se défendi» auprès du Pape, en disant qu'il s'était contenté do dire que le jugement dernier arriverait bientôt, et qu'on aflirmait qu'il était l'ange apocalyptique; c'était une métaphoie d'orateur employée pour frapper plus sûrement l'imag'nation des auditeurs. 11 conclut par dire qu'il ne s'était point montré prophète mais prédicateur.

Nous pouvons en :ore mettre au nombre des exce[)tions à la règle ci-dessus établie sur raccomplissemcnt des prophét''**^, leS

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etioscs qui sont dites seultimeiit par un esprit pro|thétique ; qu'on se souvienne ici du sens que nous avons donné plus haut à ce mot. Un prophète , un vrai et saint prophète , dit saint Thomas {2-2 , q. 171), n'est pas toujours rempli de l'esprit prophétique. Il peut croire quelquefois que Dieu lui parle lorsque la chose n'est que douteuse, et alors il peut; avoir erreur; mais, si cette erreur est involontaire et non coul>ablede sa part, Dieu ne permet pas qu'elle ait de conséquences funestes pour rmtérét des âmes.

Nous avons ici upe remarque particulière à faire rela'tivemcnt aux pro)ihéties qui servent de monuments aux causes de canonisation. Si on avait à discuter une prophétie comminatoire, selon Benott XIV, elle doit n'avoir pour objet ni une chose passée, ni une chose présente , et eu second lieu, quand même elle regarderait l'avepir, il serait nécessaire que Te prophète, dont on poursuit ta béatification, ait connu avec précision, non-seulement la condition mais l'événement réel qui devait suivre, c'est-à-dire le contingent qui dépendait d'une cause libre, «fin que l'ofijet de la prophétie, compléléo par son événement , clairement annoncé ,

1 misse servir de liase aux juges de la cause. I ftiut observer encore à ce sujet que, lorsque le prophète véritable n'a pas lui-même saisi le sens de la prophétie , et que pour cela il a induit les autres en erreur , la prophétie sera réputée une preuve si elle est d'ailleurs confirmée par un miracle. Dans tous les cas, si le prophète a fait erreur, it faut que, comme Nathan, lorsqu'il signifia à David de bâtir le temple , il retourne aussitôt faire connaître que la volonté de Dieu a été par lui mal interprétée.

Si nous considérons la personne du prophète, on doit demander de lui d'abord la •ainlelé des mceur?; il faut qu'il ait une piété, une renommée de vertu oien établie, et bien solidement fondée. Le premier trait de cette sainteté sera le mépris des biensde la terre , et même des honneurs et des distinctions du monde. Déjà , chez les Hébreux , il D'y avait rien de si auguste que la dignité de prophète. ■ Les prophètes, dit saint Augustin, étaient les philosophes de ce peuple, £es sages, ses docteurs , en même temps que ses prophètes, s (Deciv. Dei, ]. xvui. ) L'amour du gain, la soif de l'or ne les envahit point. Ils en étaient si détachés que quelquefois le zèle de l'accomplissement do leur devoir était tel qu'ils ouulialent même les choses nécessaire." ' ^us ceux qui avaient une conduite différente étaient tenus pour faux prophètes. Le prophète Michée dit d'eux (m, 3} : Ils ont mangé ta chair du peuple etiœ qui prophétisent pour l'ar-

?ent: ili prêchent la pnix el ils mordent avfc ruri dents; et si onne met rien dans leur bouche , ils déclarent la guerre.

Un autre signe de prophétie divine est celui-ci : c'est que te ]Tophèto conserve «n fprit calme, Sain et pacifique. Le cardina! Bona fDe ditcFim. spir., c. 171 nous uit :

" Les fuiii prophètes troublé et violemme ne pouvaient soutenir

Sui les agite; mais ce ieu parlent avec i calme. » On peut ce par l'autorité de saint I Cor, 1 ) ; ■ Le prop dit-il, c'est d'être emj

l'flme , d'être contraint comme par une nécessité , agité comme un furieux. 11 n'en est pas ainsi du vrai prophète , it communique sa pensée avec des paroles mesurées , avec modestie ; il sait ce qu'il dit, et dévoile nettement toute sa pensée. L'antiquité païenne nous a donné , dans les temples de ses faux dieux, te spectacle de ces faux

{irophètes furibonds, oi!i les prêtres et les emmcs consacrés paraissaient dans des agitations indescriptibles pour rendre leurs oracles. Quelle différence enlr* ces tristes instruments du démon et les vrais prophètes du Dieu vivant, qui, dans leur noble simplicité, allaient devant les rois leur annoncer de grands malheurs ou leur intimer des ordres , ou leur donner de sévères leçons , et cela sans timidité comme sans orgueil , mais avec une autorité si bien respectée, a Si nous considérons les effets, nous n'avons

Ïii'un mot i dire ; c'est que ce qui vient de icu opère le bien. Aussi une bonne et divine prophétie augmente la charité et l'amour de Dieu, soit dans le prophète , soit dans ceux qui en sont témoins. Vojez pour les effets l'article Visions, etc.

PROSPEB d'Aquitaine (Saint) , né en M3, a rendu son nom recommandable par s<>3 écrits contre le semi-péisgianisme ; un auteur contemporain l'appelle un homme saint et vénérable. Parmi ces ouvrages , ceux qui ont le plus de rapport à la vie contemplative sont ; le livre des sentiments sur les vertus et les vices ; le livre des Euigrammes sur lu même sujet : les 3 livres de la vie contemplative qui lui sont attribués appartiennent probablement à Julien Pomère.

Le style de ses ouvrages est énergique, concis et nerveux: il se montre moins occupé des ornements du discours que de l'utilité de ses lecteurs; ses raisonnements sont liés et concluants , ses expressions nobles et ses pensées pleines d'élévation.

PROU (Claude), religieux Célestin, né k Orléans , fil profession le 15 novembre 1666. Il se distingua par sa piété, sa régularité et la composition d'ouvrages édifiants et estimés ; il mourut au monastère de Verdelays , le 20 décembre 11^. Ses ouvrages sont : f Les regrets d'une dme touchée if avoir abusé longtemps de la sainteté du Pater ; Orléans,, 1691 , în-12, livre plein d'onction et qui est encore recherché ; — 2" la Vie de saint Lié ^ solitaire de Beausie; Oriéans, fC04, in-8"; — S" Réflexions chrétiennes sur la virginité , 1603, in-S"; — k' le Guide des pèlerins de N.-D. de \erdeluyi; Bordeaux, 1700 , in-S" i- ~ 5" Dispositions nécessaires pourlejuhili de l'année sainte , 1700; — 6° Instruction* moraies touchant l'obligation desancli/icr let

PRU

dimanchtt tl tel fittt ; Bordeaui , 1103 . in-8* , etc.

PKOYART (LiÈTAfn-BoRiTBnTTRE), chanoine d'Arras, y naquit en 17i3. Il embrassa la carrière de l'instruction et fut longtemps sous-principAl au collège deLouis-le-Crand,

[mis jjrincipal de celui du Puy-en-Velay. I éniigra.à la Révolution, et ne rentra en France qu'au moment où la signature du Concordai le lui permit. Ayant ér-rit en 1808 un ouTrage sur Louis XVI qui éveilla les susceptibilités do Napoléon , il fur arrêté et enfermé i Bicêtre, où il ne tarda pas A cuntraHer une maladie dont il mourut le 22 mars 1808. Il est sutçur d'une foule d'on- ▼ragos instru::tifs et édifiants, parmi lesquels nous remarquons : 1" L'Ecolier vertueux ou Vie iftKfiaate de Déealogue , etc , 1778 , 3 vol. in-t2i — ^ le Modèle du jeunes qtn$, ou Yie de Sousi le Pelletier: Paris, 1789, in-12; — 3- Vie de L. P. G. d'OrUanB de la Motte , évé^ue d'Amiens , 1788, in-12; — V Hittoirt de madame Louise , fille de Louis XV et earmr'lile : — 5" Louis ÏYJ et set vertus , etc. ,

PKUPENCE. — La prudence est la première des vertus cardinales. Il ne s'agit pas ici de la prudence terrestre , qui met sa fin dans la chair ou dans les richesses ; car cette prudence est de la folie devant Dieu : c'est une

Srudence animale, diabolique, (i Cor. m, et ac. Tiii.) Nous voulons p.irler de la vraie pntdencf, que saint Basile définit la véritable connaissante de ce qu'il faut faire. [Hom. 12 nd popul.) Hans chaque action particulière, la pruJence dicte le parti le plus honorable

qu'il faut suivre, et indique le r>arti le moins - - - , ^---

honorable qull faut éviter. Elle enseigne '*» l""'«ien« sont au nombre de trois, savoir ■ à choisir les moyens propres pour ar- de bien consulter, de bien juger, de bien or-

SNAIRE PRU VtS

et qui nous guide et nous conduit vers cette fin. La première est la prudence des péclicuTs, la seconde est .commune aux bons et aui méchants ; la troisième ne peut exister que chez les justes.

On distingue ordinairement quatre espèces de prudence, la prudence monastiaiie oujirivée, la prudence économique ou aomislujue, la prudence politique ou civire, et la prudence militaire. La première dirige rtionime dans les actions qui l'affectent ftroprc^nmf. directement et uniquement, alîn qu'il ne fasse rien avec irréflexion ou témérité; la seconde le modère dans les ai-tions qui regardent sa maison et sa fbmille; la troisième préside aux actions qui ont rapport à la cité ou à l'éiat. (BossuKT. JPolil. ex s. Script, extract.) Plus on désire voir les jeunes gens animés du goût de la prudence monastique et économique, plus il faut les éloigner des affaires politiques. La jeunesse en eCTet n'est pas l'âge convenable pour étudier et traiter les affaires politiques. Aussi l'histoire nous rapiwrte une loi de la Crète, par laquelle lOiJ jeune homme qui voulait se mêler aux «GTaires publiques, n'avait pas le droit de révoquer en doute l'équité des lois. Quand un vieillard avait quelque proposition à faire, il l'adressait aux princes ou aux citoyens de son flge, sans jamais rien communiquer aui jeunes gens. — La quatrième espèce de prudence dirige en temps de guerre la muhitude rassemblée momentanément pour défendre la patrie et repousser les ennemis qui l'attaquent. (Saint Thomas, 2-2, q. 50, a 1 et seq.) Les devoirs ou Us parties potenticUfs dt

river à la On , surtout b la fin surnaturelle.

1* On distingue la prudence de la chair et relie de l'esprit: c'est pourquoi l'ApOtre a dit : La prudence de la chair, c'est la mort; laprudeace de l'eiprit, c'est la vie et lapaix: car la sagesse de la chair est ennemie de Dieu i elle n'est pas sujette à la loi. (Rom. vin, 6.) — Voici comment Estius exi)lique ces paroles : « Consacrer exclusivement ses soins, sa sagesse et sa prévoyance aux choses de la chair, mérite et attire la mort élernelle; mais s'appliquer soigneusement h l'esprit au détriment de la chair, nous procure la vie éternelle. »

2* Saint Thomas (2-2, q. 47, 8.13). dislingue trois sortes de prudence : il appelle la première fùutse prudence, quand on (irépare les moyens d'atteindre à une fin mauvaise ; la seconde est la prudence véritable, mais imparfaite : elle est ainsi nommée se n'est tmaine, it parce e pruut faire wenant ice. La able et véri taiimaîne

, . ...A juger, ^. ,.,..„, -

donner. Et en effet la probité et Ibonnètelé de l'action humaine, qui forment l'objelde la prudence, nécessitent un ordre ré^^ulicr et harmonieux des moyens pour arriver à la fin. Cet ordre s'obtient de trois manières: 1° Par un« grande rectitude dans ta recherche de ces moyens et dans la délibération à la-

auelle ils donnent lieu. La prudence doit onc ôlre nécessairement accompagnée de la raison, de la considération, de la méditation, de la diligence, du génie, do XhahilHé et de ia sagacité. 2" Par unef/randerrcn'iuffr dan» le jugement qu'on porte sur l'aptitude et la nature de ces moyens; ce qui nécessite le concours de Vémiité, de la docilité, de 1« candeur d'dme, de la mémoire du passé Oo ' l'intelligence du présent et de la prévoyance de l'avenir. 3° Par le commandement au moven duquel l'esprit veut mettre h cxécution'ies résolutions qui ont été prises j c'est à cette opération que se rapportent la dextérité, la circonïpecïion, la sage défiance et l'industrie. On voit par là combien la prudence est une vertu difficile et par conséquent précieuse. Aussi ne faut-i] pas s'étonner si l'on trouve tant d'hommes réellement instruits et vers;S dans toutes les sciences, et si i)eu de (versonnes réellement prudentes. Les autres parties [lotentielles de la prudence ou les autres vertus annexées à la prudence sont : 1° VEur

PRU

D*ÂSCETIS1I£.

PRU

4iO

bulie (cùStuXia) OU vertu du bon conatil; S^^la Sjnèse ((rvutalr) ou vertu qui juge sainement, d'après les règles communes, sur les choses qu'il faut faire ; 3*" la Gn6me (yj^àfiri) ou vertu qui juge sainement, d'après clés principes plus élevés, dans les cas où il faut &*écarter de la loi commune, mais non de rintention du législateur. Dans Tordre Je la volonté, c'est a cette dernière vertu que correspond la vertu d*£uikie (tniKia), (Saint TnouAs, 2-2, q. 51, a. 1.)

Les qualités que doit réunir notre prudence pour arriver directement à sa fin, ou })lutôt les parties intégrantes de la prudence, sont, d'après le docteur Angélique : 1" la mémoire^ c'est-à-dire le souvenir du passé : ( ar le passé est pour nous un enseignement : 2* VinUUigefice ou la considération attentive et la connaissance de ce qu'il iaut faire, afin que nous ne donnions pas le nom de mal è ce qui est bien et réciproquement; 3Madoci7t/^ ou la promptitude de l'esprit à saisir les conseils d'autrui; car personne ne se suffit à soimême ; k' l'habileté ou la sagacité de l'esj^nt à distinguer de suite les mojens qui conduisent h la fin qu'on se propose, pour ne pas être déconcerte par les accidents ; 5*" la raison ou le droit raisonnement, afin de bien saisir ce ((u il faut faire d'après la connaissance des faits antérieurs ; 6" la prévoyance ou la considération de l'avenir, afln do ne pas s*exposer à bâtir sur le sable ; 7** la circonspecliwfi ou Tdtlention à toutes lescirconstam'esqui peuvent se produire , car toutes choses ne sont pas convenables en tout temps; 8" enfin la précaution^ aOn que nous sacnions prévoir et érarter tous les obstacles qui font rarement défaut.

Les défauts de la prudence sont de deux genres : les uns lui sont contraires directe^ ment et ouvertement; d'autres se couvrent d*un faux dehors de prudence. Les premiers blessent la prudence par défaut j les derniers l>ar excès.

Les défauts du premier genre sont principalement : l** \a précipitation ou la témérité^ lorsqu'on délibère sur quelque chose et qu'on l'entreprend, sans se conformer aux prescriptions de la droite raison, mais en suivant l'impétuosité de ses désirs; 2" Vinconstance^ lorsque sur de légers motifs on abandonne une sage résolution, pour en embrasser une autre ; 3" Virréflegcion^ lorsqu on porte un jugement sans avoir donné Tattention nécessaire aux moyens qui peuvent conduire à la fin ; (^** enfin la négligence^ lorsqu'on n'apporte pas tous les soins nécessaires à la délil>ération et à l'exécution. Ces défauts sont renfermés dans ce vers lalin :

Prœceps incotulans, uiconsideraluSf inersque»

Les défauts du second genre sont : 1* la prudence de la chair, \mT laquelle on place *^a Qn dernière dans les choses créées ; 2** la rtite, qui se remarque chez les personnes d'un caractère prompt h imaginer les moyens convenables pour atteindre la fin qu'on se

propose, mais sans se faire scrupule de les choisir conformes à Thonnètetéet aux prescriptions de la droite raison ; 3* le dol et la fraude quiappliquent les inspirations perverses de la ruse; k' enfin r excessive sollicitude surtout au sujet de l'avenir, qui met l'esprit à la torture sans aucune espèce d'utilité. Ces défauts se trouvent réunis dans ce vers :

Fraus et calUdiloi, carnis prudentia, cura.

Or tous ces défauts sont un mal, surtout parce qu'ils sont contraires à la prudence, qui dirige vqrs le droit sentier toutes les actions humaines.

Ixi prudence est nécessaire aux progrès dans la peifeUion chrétienne. On le prouve :

1' Par l'Ecriture santé : Possédez la sa^ aesscy possédez la prudence : n oubliez point les paroles de ma bouche et ne vous en dé'tournez point, N^ab.andonnez point la sagesse, et elle vous gardera; aimez-la, et elle vous conservera. Le commencement de la sagesse est de travailler à l'acquérir. Travaillez donc à acquérir la prudence aux dépens de tout ce que vous pouvez posséder. Faites effort pour atteindre jusquà elle, et elle vous élèvera : elle deviendra votre gloire, lorsque vous l'aurez embrassée. Elle mettra sur votre tête un accroissement de grâce, et elle vous couvrira d'une éclatante couronne. {Prov. iv, 5-9.) — La prudence est la science des saints. (Prov. ix, 10.)— Enfin Notre-Seigneur Jésus-Cnrist nous l'ordonne lui-même : Soyez donc prudents comme des serpents. (Matth. X, 16.)

2" Par les saints Pères : «La véritable prudence, dit saint Basile, est la connaissance de ce qu'il faut faire et de ce qu'il faut éviter : si quelqu'un s'attache à sa suite, jamais il ne s'écartera du sentier du devoir et de la vertu. » (Hom. 2, Var. arg.) — « Voici, dit saint Grégoire, les moyens par lesquels l'es-

firit bien réglé s'élève au faîte de la prudence. I doit s'abstenir avec soin de ne jamais rien feindre par ostentation, mais toujours exprimer simplement sa pensée, aimer la vi^rité, toile qu'elle est, éviter le mensonge, faire le bien avec désintéressement, soulfrir jdus volontiers le mal que de le faire, ne jamais rechercher la vengeance d'une injure, regarder comme un avantage d'endiircr des affronts pour la vérité. Mais cette sin.j)licil6 des prudents est tournée en dérision et traitée de folie parles ^agcs du monde. » (L. x Jlfor.)— «La prudence, dit saint Bernard, est la directrice et la conductrice des vertus, la régulatrice des affections et l'institutrice des mœurs. » (Serm. W in Cant.)

S" Par la raison : En effet, d'abord la prudence est la règle qui doit servir à diriger toutes les pensées, les paroles et les actions des hommes, pour être bonnes, honnêtes et utiles au salut; sans elle, les vertus s'éloignent du juste milieu et penchent du côté des vices. En outre la prudence chrétienne, dans toute action , aperçoit la meilleure fin, c'est-à-dire la gloire de Dieu et le salut do l'âme ; elle choisit les meilleurs movcns d'y

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Arriver ; eile en presse et en ordonne l'exécution. Elle apprend encore à prévoir l'avenir et à nous prémunir contre lui, à éviter les tentations du démon, à fuir les dangers dn pé.:hé, à nous former, d'après le passé et le jirésent, un jugement droit, à bien employer le temps, à diriger nos actions avec sagesse, h profiter des exemples d'autrui, enfin à se détourner du mal et a suivre avec empressement le bien.

Les conditions requises pour l'acquisition de la prudence sont : 1* La considération de ce qu'il iaut faire, de l'objet, de la fin et des circonstances; ensuite le souvenir du passé, Tappréciation du présent, la prévoyance de l'avenir, la circonspection et la précaution contre les contrariétés, la méditation du bonheur des bons et du sort funeste des méchants, l'intf^rrogation des vieillards et la lecture des bons livres. 2' La délibération^ afin d'éviter trop de précipitation dans le jugement, trop de facilité à croire, trop de témérité à prendre un parti, trop d'irréflexion dans les réponses^afin de ne pas être imprévoyant dans les dispositions qu'on arrête, de ne pas reprendre indiscrètement, de ne pas se gouverner aveuglément, de ne pas être partial dans ses affections. 3* La discrétion^ en distinguant le péché de l'imperfection, le péohé mortel du péché véniel, la vertu du vice, le bien plus grand de celui qui l'est moins, le sensuel du spirituel, le temporel de l'éternel, lamour charnel et sensible de la consolation et de la dévotion spirituelle, t^" Le choix^ qui, pour être bien lait, sur quelque état ou quelque action , ne doit pas suivre l'aveugle inclination de la nature corrompue, mais se reporter vers la fin dernière surnaturelle de la création, vers la volonté divine et la [)lus grande gloire de Dieu, tout en restant indifférent sur l'état auquel Dieu nous appelle, après l'avoir toutefois prié de nous révéler sa volonté. Par ce choix, nous devons i)eser les avantages et les inconvénients de l'état qu'il nous faut choisir, et nous déterminer pour le parti que nous conseillerions à quelque autre ami de la perfection, ou que nous choisirions nous-mêmes au moment de mourir et de com])araître au jugement de Dieu; pour cela nous devons en conférer avec Dieu et avec une personne pieuse et instruite. 5* Inexécution^ qui ne doit ni être différée sans motif, ni modifiera la légère ce qui a été une fois conçu et arrêté. Si, au milieu de circonstances difliciles, toutes ces qualités se manifestent avec promptitude, iacilité et 'joyeux empressement, ce qui est le fruit du don de conseil, on s'est élevé à la prudence héroïque, selon Laurea (m mScni. ) et Benoit XIV {De Cant,, 1. ni, c. 24-).

Si la prudence est utile à tous, elle est indispensable au directeur des âmes.

L 11 ne doit pas oublier que la prudence est sa vertu propre, selon cette parole d'Arisloie : « La prudence est la vertu propre de celui qui gouverne. Car les autres vertus paraissent être communes et à ceux qui commandent, et à ceux qui leur sont soumis. » (EihiCf art. 3.) Pour que vos pénitents agis-

sent selon les règles de la prudence, il leur suffit d'obéir exactement à vos conseils, sans qu'il soit nécessaire qii'ils cherchent les raisons pour lesquelles ils doivent faire ce qui leur est présent. Bien plus, ils agissent d'autant plus prudemment, qu'ils discutent moins les raisons d'agir, fjuisque leur devoir n^est pas de discuter, mais d'obéir. Pour le directeur, au contraire, il doit examiner avec soin si telle ou telle action est, oui ou non, permise; si elle doit se faire de telle ou telle manière, en tel ou tel temps ; s'il faut accorder plus ou moins de temps à tel ou tel exercice, etc. : en sorte que la prudence est de toute nécessité pour le directeur seul. Si donc cette vertu est beaucoup plus la vertu propre du directeur rjue de tout autre, il doit employer tous les moyens pour l'obtenir. C'est pourquoi il est nécessaire qu'il étudie les matières ï)ropres à son ministère, telles que sont les matières de morale, d'ascétisme et de mysticité qui concernent la direction des âmes. Lorsqu'il donne un conseil, il doit examiner s'il est conforme aux principes, aux doctrines qu'il a étudiées. Et si, dans l'application des principes, dans les conseils qu'il a donnés, il s'aperçoit qu'il s'est trompé^ il doit s'appliquer à corriger son erreur. De cette manière, il obtiendra, pour conduira les âmes à Dieu, une méthode pratique, droite, sûre et prudente. En outre, qu'il n'entende jamais ses |)énitents, sans avoir préalablement demandé h Dieu sa lumière par une humble prière; qu'il répète avec Salomon ces belles paroles : i)onnc«-mot. Seigneur^ l» sagesse qui est toujours assise pris de votre trône, parce que je suis votre serviteur st h fils de votre servante, 'parce que je suis un homme faible et pragile, et que mon esprit n'a point Vintelltgence de vos jugements ni de vos préceptes. {Sap. ix, k,) Dans les cas douteux, il doit élever son âme à Dieu peur lui demander un rayon de la lumière céleste. Dans les cas plus difficiles et plus embarrassants, il doit se prosterner devant Dieu et dire du fond du cœur : Augmcntez-en-moi, Seigneur, le don de conseil; éclairez mon esprit, afin que je puisse débrouiller la conscience de mon pénitent, sans détriment pour la mienne.

Le directeur s'appliquera aussi à conserver son esprit pur de tout sentiment mauvais, de toute inclination perverse. Il évitera donc d'avoir, pour aucun pénitent, ou de l'aversion ou une amitié trop grande, parce que les affections qui ne sont pas droites obcurcissent le jugement, et sont la source de conseils où la sagesse ne se montre point. Qu'il se mette surtout en garde contre le respect humain : car rien n'aveugle le jugement davantage, rien ne met plus l'homme hors d'état de discerner le vrai que cette honte désordonnée. 11 est vrai que le conseil est un acte de Tintelliçence, par lequel on juge ce qu'il est nécessaire de faire ou d'éviter. Cepenaant il arrive souvent que l'intelligence suit la volonté, et si celle-ci se trouve sous l'influence d'une afréction mauvaise, quelque légèco qu'on la supj^oso, le conseil sera inspiré par

PRO

D'ASCETISME!.

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eeUe affection plutôt que par la raison. Voix ii suit q^e le dire(;teur, pour donner de sages conseils à ses pénitents, doit être libre de toute affection déréglée. Il faut, en outre, que le directeur ne procède qu'avec circons- (>ection, qu'avec poids et mesure. Après les saintes fonctions de son ministère, soit qu*il a;t donné des règles de conduite ou la i olution de quelque doute à ses pénitents, soit

Îui*il ait entendu leur confession, il doit réé»oUlr sur les réponses qu'il a faites, sur les conseils qu'il a donnés, et même sur la manière dont il a {jocédé. Car, par là, non-seulement il pourra corriger ses laopres erreurs, mais il acquerra Thabitade laciie et sûre do la prudence pour donner aux autres de bons conseils. Enfin qu'il aime aussi à consulter, surtout dans les cas douteux. Car de même qu'il exige, et avec raison, de ses pénitents qu'ils ne fassent rien sans l'avis de leur directeur, de même il ne doit rien faire non plus sans l'avis d'un autre. Kt, comme les pénitents qui s'appuient sgrleur propre jugement peuvent s'écarter de la vérité, lui aussi en se liant trop à ses lumières peut tomber dans l'erreur.

II. Il est nécessaire que le directeur, pour diriger ses pénitents avec prudence, connaisse leurs nabitudes et s'accommode à leur tempérament. (Voir ce mot.) A l'égard des mélancoliques, le directeur doit se montrer doux, affable, sincère, affectueux, tant pour mettre un frein à leur caractère soupçonneux, que pour leur donner toute liberté de s'ouvrir entièrement. Et comme les inquiétudes qui les agitent et les défauts dans lesquels ils tombent, naissent de la fixité opiniâtre de leurs idées, le directeur tâchera d'obtenir d'eux qu'ils n'opposent que le mépris à toutes ces pensées d'inquiétude et de trouble. Car c'est là le meilleur moyen de faire disparaître les fantômes de ces esprits sombres et moroses. Qu'il ait soin encore de les arrachera une trop grande solitude, de les occuper aux choses extérieures et aux œuvres ae miséricorde envers le prochain, afin de les distraire de leurs rêveries et de leurs uiortelles tristesses, et de les rendre inaccessibles aux scrupules auxquels les mélancoliques sont fort sujets quand ils s'adonnent à la piété.

Les flegmatiques sont froids, difliciles à enflammer pour le bien, lents à le pratiquer, disposés à l'abandonner, légers, inconstants, i^ans éneraie et portés à la frayeur, à l'abattetnent et à la déQance ; ils sont, il est vrai, à labri des violer.tes passions, mais ils sont aussi dénués des grandes vertus. Leur conduite n*e$t pas sans difficulté, puisque, d'un (été, il ne convient pas de les laisser croupir dans leur nonchalance, et que, de l'autre, il ne faut pas les presser trop vivement, parce qu'ils tomberaient bientôt dans le découragement. Le directeur doit donc amener peu à peu ces sortes de personnes à Thabitude de la piété et à la pratique des exercices de mortification, tout en ayant soin d'exciter, de réveiller leur apatlîie, et; en mè.^e temps, de montrer quelque indulgence pour leur tempéra-

ment'paresseux. Du reste, qu'il n'attende point d'eux de grandes verlu^, ni de grands i-TOgrèsdans la perfection :leur flegme apathique les rend incai^ahles des grands sacrifices que demande une haute perfet t'on.

Les sanguins, généralement, sont légers et inconstants ; leursgoûts dominants sont les plaisirs des sens et principalement les volii|)tés charnelles, les plaisirs de la table, la recherche de leurs j rofres commodités, les parties de plaisir et en général tout ce qui flatte les sens ; ils sont portés à la crainte, font facilement amitié, mais en même temps sont fort inconstants dans leurs affections ; ils s'accommodent sans difficulté au génie des autres, afin de sagner l'amitié de tous; ils aiment les vanités, les bruits et les nouvelles ; en un mot, ils recherchent toutes les commodités du corps et sont les ennemis nés de la pénitence, des austér.tés et de la mort fi ation chrétienne. Cependant le directeur pourra tirer de ces dispositions un parti excellent, en les dirigeant vers la vertu, en ins- I)irant à ces âmes ardentes de l'an^ur pour a beauté de la perfection chrétienne, ou en les faisant plier peu à peu aux habitudes des vertus morales et aux pratiques hyg éniqucf, comme la tempérance, la modération dans les plaisirs honnêtes, le travail manuel, l'exercice prolongé du corps. Mais pour cela, il faut que le directeur ne se montre point dur et rigide, mais plutôt insinuant et facile ; ni rude et austère, mais plutôt aimable et affectueux : car en agissant avec sévérité, il les mettra en fuite. Il faut leur présenter le chemin du ciel comme une voie douce et facile, où l'on ne rencontre que paix, bonheur et tranquillité : car tel est le moyen de les attirer doucement à la vertu. En outre, que le directeur s'applique à les dégager des amitiés, des conversations, des affections et des vanités mondaines; à leur inspirer peu à peu des mœurs plus graves et }ilus sérieuses, et à les conduire ainsi pas à pas dans la voie de la pénitence dont ils ont un extrême besoin, en les engageant doucement à mortifier leur chair par quelques jeûnes et quelques macérations volontaires.

Les bilieux sont ordinairement ardents dans leurs désirs, portés à entreprendre des choses de grande importance et impétueux dans la poursuite de leurs entreprises. Leur

Cassion dominante est l'ambit'on. Ils aiment se louer et à faire valoir leurs avantages, à se fier à leurs propres forces, à contredire dans la conversation, à résister à la vérité même connue, à blâmer les autres pour se concilier plus d'autorité, à faire des reproches aux autres, bien qu'ils se laissent emporter eux-mêmes au moindre reproche. Mais, s'ils voient des obstacles à leurs entreprises ou se trouvent dans l'impossibilité d'agir, ils perdent courage et tombent dans l'abattement. Ces sortes de caractères, s'ils peuvent une fois se vaincre , son* capables d'une haute vertu ; dès qu'une fois ils auront goûié les charmes secrets et délicieux de la | erfection, aucun sacrifice ne leur coûtera ; et si. Dieu aidant, on est assez heureux iK)ur

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