‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 37 sur 315 · PUB · texte numérisé non relu

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faire entrer les bilieui instruits et lettrés dans la sainte voie de Thumilité chrétienne, ils peuvent en fort peude temps parvenir àun iiaut degré de vertu et de sainteté et devenir même très-propres à conduire leurs semblables dans le chemin de la perfection. Mais, )K)ur les dompter, il faut dii courage et du zèle. Quant à ce qui concerne leur intérieur, on doit leur remettre constamment sous les veux la mansuétude et la modestie de Jésus- Ciirist, afin de mettre un frein à leurs impatiences et à leurs violents emportements, et IK)ur étouffer en eux ce brûlant désir de par paître. S* ils tombent dans quelque défaut, qu'ils ne s'irritent point contre eux-mêmes, mais qu ils s'abandonneut à un sentiment d'humilité profonde : car il ne faut pas qu'ils se découragent et se laissent abattre, ainsiqu'il leurarrivo d'ordinaire; maisilsdoiveut se défier de leurs propres forces, mettre leur confiance en Dieu et recourir à lui par de ferventes prières. Pour ce qui est de leur conduite extérieure, il faut leur défendre de parler jajpais d'eux-mêmes sans nécessité, et de disputer avec leurs amis ; il faut aussi les obliger à renoncer à leurs propres idées, à éviter de mettre trop de feu dans leurs fiaroles ou dans leurs actions, et à se montrer plutôt paisibles et modérés. Le directeur ne doit pas non plus approuver toutes les œuvres de mortification corporelle qu'ils veulent entreprendre, parce qu'ils sont portés à s'y livrer avec excès , et que ces excès ont i>our résultat ordinaire d'entretenir le feu de leur caractère ardent et emporté. Du reste, il no faut pas les reprendre avec un zèle trop ardent ; mats, au contraire, il faut user à leur égard de douceur et de modération, afin de leur donner l'exemple de ces deux vertus qui leur manquent d'ordinaire.

m. Pour diriger les âmes avec prudence et sagesse, il est nécessaire de faire diverses remarques sur l'exercice des vertus. Premièrement, parmi les vertus, il y en a qui sont purement intérieures, comme la charité, la conformité à la volonté divine , l'humble connaissance de soi-même, la patience, la douceur, la mortification des pissions, etc. Dans la pratique de ces vertus, personne ne jKîut pécher par excès, mais seulement par défaut. En effet, personne ne peut trop aimer Dieu, ne peut trop se conformer à sa volonté sainte, ni être trop humble, trop patient, etc. 11 y a d'autres vertus qui sont extérieures, comme la pratique du jeûne, delà discipline, du cilice, des veilles, l'usage de coucher sur la terre, la lecture des livres de ]»iété, la prière vocale, etc. Dans l'exercice lie ces vertus, on peut pécher non-seulement par défaut, mais aussi |)ar excès, en s'y livrant trop ou trop peu. Secondement, la perfection, soit que nous la considérions on elle-même, soit que nous en envisagions les dispositions prochaines, consiste dans les vertus intérieures, de sorte que les vertus extérieures ne sont que des moyens pour acquérir les vertus intérieures. D'où il suit que c«s vertus extérieures doivent être pratiquées avec une modération telle, qu'elles

puissent servir à faire obtenir les vertus intérieures , et qu'il faut y renoncer entièrement, lorsqu'elles commencent à devenir un obstacle pour l'acquisition des vertus intérieures : car alors elles ne seraient plus un moyen, mais un obstacle pour la penection. C'est pourquoi, il ne faut se livrer aux jeûnes, aux veilles et à la discipline, qu'autant 3ue l'affaiblissement des forces du corps onne de la vigueur à l'esprit pour la pratique des actes intérieurs ; et , si ces mortifications viennent à affaiblir tellement Tesprit qu'il ne peut plus agir intérieurement qu'avec peine et langueur, il faut laisser là ces exercices comme étant nuisibles. Ainsi, si un jeûne volontaire met obstacle à une vertu intérieure, à la charité, par exemple, il faut y renoncer : en ce cas, il ne serait pas un moyen, mais un empêchement pour acquérir la véritable vertu. Et, à ce sujet, Cassien rapporte que les moines d'Kg;ypte, lorsqu'ils recevaient la visite de moines étrangers» cessaient leurs jeûnes ordinaires , et préféraient à ces actes volontaires de vertu 1 exercice de la charité, qui est l'essence même de la perfection chrétienne. Il en doit être de même pour les travaux, les lectures, le silence, la solitude, etc., qu'il ne faut point continuer, dès que l'esprit a besoin de quelque repos, de quelque relâche, et qu'il devient, sous le poids accablant de ces actes extérieurs, incapable des exercices intérieurs, parce qu'alors ces vertus extérieures sont un obstacle à un plus grand bien et à la véritable perfection.

PURETE D'INTENTION. — Une des choses que saint Ignace aie plus recommandées, et le plus souvent répétées dans ses Consti" tutionsy c'est que ses enfants devaient tâcher d'avoir une intention droite dans toutes leurs actions, et n'y chercher jamais que la volonté et la plus grande gloire de Dieu. Il réitère à tout moment ces paroles : A la plus grande gloire de Dieu, ou ces autres : Ayant toujours en vue le plus grand service*^ de Dieu. Et comme la bouche parle de l'abondance du coeur, elles étaient si fortement imprimées dans le sien, qu'il rapportait toutes ses actions à cette fin. C'est pourquoi c'est avec beaucoup de raison que dans les images qu'on a gravées de lui, on a mis ces mots : A la plus grande gloire de Dieu; car on ne pouvait pas lui donner une plus grande louange en| moins de paroles,] et toute l'histoire de sa vie y est comprise. C'est là proprement ce qui était l'âme de toutes ses actions; c'est là sa devise; ce sont là ses armes. C'est ce que nous devons prendre do même pour armes et pour devise, et dont nous devons faire la règle de toute notre conduite, afin que par cette ressemblance nous nous fassions connaître pour les véritables enfants de notre père.

Ce qui rend ce point d'une si grande importance, est que notre avancement et notre perfection consistent dans la perfection de nos actions , et que plus elles seront saintes et parfaites, plus aussi nous serons saints et parfaits. Cela supposé comme infaillible, iî

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est cnfore vrai de dire «ue nos' actions auront plus de mérite et a« perfection, selon que notre intention sera plus droite et pins pure, et que nous nous proposerons une fin plus haute et plus sublime. Car Tintention et la fin sont ce qui donne le caractère aux aetions, conformément à ce passage de !*£criture : Votre œil est la lampe de votre corps : si votre cHl est simple^ tout votre corps sera éclairé; mais si votre œil est mauvais, tout votre corps sera dans les ténèbres. Par l'œil, les saints entendent l'intention qui regarde et qui prévoit ce qu'elle doit faire ; et par le corps, ils entendent Taction qui suit Tintentfon qui la dirige, comme le corps suit les yeux qui le conduisent. Le Fils de Dieu veut donc dire en cet endroit nue c'est l'intention qui donne de l'éclat et de la lumière à l'action ; et qu'ainsi faction sera bonne ou mauvaise, suivant la bonté ou la malice de l'intention. Si la racine est sainte, dit saint Paul, les branches léseront aussi. Que doiton attendre d'un arbre dont la racine est gâtée, sinon qu il pousse du bois qui n'aura presque aucune sève, et qu'il porte des fruits qui seront de mauvais goût et se corrompront facilement? Mais si la racine est saine, tout l'arbre sera beau, et produira de bons fruits. Aussi la bonté et la perfection des actions dépendent de la pureté de Tintention, qui en est comme la racine; et plus l'intention qui les fait pro<luire est pure et droite, plus elles sont vertueuses et accomplies. Saint Grégoire, expliquant ce passage de Job : Sur quoi ses bases ont-elles été appuyées? dit que, comme souvent tout un bâtiment est soutenu par des colonnes, et les colonnes par leurs bases, de môme toute la vie spirituelle est soutenue par les vertus dont la base est la pure et droite intention du cœur.

Mais, afin de garder quelque ordre dans ce que nous avons à dire, nous parlerons premièrement de la fin que nous devons éviter d'avoir dans nos actions, qui est de les faire par un motif de vaine gloire, ou par quelque autre :respect [humain. Nous traiterons ensuite de la fin que nous devons nous proposer en les faisant; et nous garderons ainsi la méthode que le Psalmiste nous enseigne, quand il dit : Evitez le mal , fjaites le bien.

Tous les saints nous avertissent de nous donner de garde de la vaine gloire, parce que c'est, disent-ils, un voleur subtil, qui nous dérolw souvent nos bonnes actions, et qui se glisse si secrètement, qu'il a [)lutôt fait son coup que nous ne l'avons aperçu. Saint Gré<5oire dit que c'est un voleur qui dissimule, et qui s'accoste d'un voyageur, en feignant de tenir la même route que lui, et gui le vole et l'assassine lorsqu'il est le moins sur ses gardes, et qu'il se croit ôtre le plus en sûreté. « Je confesse, dit ce grand saint dans le dernier chapitre do ses morales, que quand je me mets à examiner mon intention, en écrivant ceci, il me semble que je n'y ai point eu d'autre but que de plaii*e à bien ; mais, néanmoins, quand je ne suis pas en garde contre moi, je trouve qu'il s'y

mtie, je ne sais comment, quelque désir do contenter les hommes, et quelque vaine complaisance d'y avoir peut-être réussi ; et, quo/ qu'il en soit, je m'aperçois fort bienqno ce que je fais n'est pas entièrement si net de poussière et de paille qu'au commencement. Car ie sais que je l'entrepris d*abord avec la meilleure intention du monde, et dans la seule vue de plaire à Dieu ; et maintenant ie vois bien qu'il se môle encore à tout cela d'autres considérations , qui rendent mon intention moins pure et moins droite qu'anpravant. Il nous arrive en ceci, ajoute-t-il, ta môme cliose qu au manger. Au commencement, c'est par nécessité que nous mangeons; mais la sensualité s'y glisse ensuite si adroitement, que ce que nous avons commencé pour subvenir aux besoins de la nature, et pour conserver notre vie, nous le continuons à cause du plaisir et du goût que nous y prenons. L'expérience ne nous lait voir que trop souvent la môme chose dans les actions les plus saintes : nous nous abandonnons d'abord, ou à la prédication, ou à quelque autre chose de pareil, par le seul motif (le la charité et du salut des âmes; et ensuite, il entre de la vanité parmi tout cela : nous désirons de plaire aux nommes et d'en ôtre estimés ; et, quand ceh vient à nous manquer, il semble que le cœur nous ma."!que pareillement, et nous ne faisons plus rien qu'à regret. » La malignité de la vaine gloire consiste en ce que ceux qui en sont infectés tôchent de dérober à Dieu la gloire qui n'appartient qu'à lui seul, suivant ces paroles : A Dieu seul soient honneur et gloire ; et de laquelle il est si jaloux, qu'il ciit luimôme dans Isaïe : Je ne donnerai point ma gloire à un autre. C'est pourquoi saint Augustin, parlant sur ce sujet : « Seigneur, ditil, celui qui veut ôtre loué de vosdons, etqui, dans le bien qu'il fait, ne cherche pas votre

Sloire, mais la sienne, celui-là est un voleur, et ressemble au démon, qui prétendait vous ravir votre gloire. Dans toutes les œuvres de Dieu, on peut considérer deux choses, l'utilité et la gloire : àl'égard de l'utilité, il la laisse tout entière aux hommes; mais il veut aussi que toute la gloire soit réservée pour lui seul. Le Seigneur a ojîéré toutes choses pour lui- ^ même, c'est-à-dire pour sa gloire; et il a créé toutes les nations pour louer et glorifier son saint nom. Aussi Yoyons-nous que toutes choses nous parlent dé sa sagesse, de sa bonté et de sa proridence ; et c'est pour cette raison qu'il est dit que le ciel et la terre sont pleins de sa gloire. Quand donc ii arrive (|ue dans les bonnes œuvres on cherche à s'attirer l'estime et la louange des hommes, on pervertit l'ordre qiie Dieu a établi, et on lui fait injure; puisgu on veut faire en sorte ooe les hommes, qui ne devraient être occupes qu'à le louer et à l'honorer, s'emlJoient à louer et à honorer la créature, et qu'on essaie de rcna^ plir d'estime pour soi-même des cœurs que Dieu a faits pour être des vases qui ne fussent pleins que de ses louanges et de. sa gloire. C'est lui dérober les cœurs, et en quelque sorte le chasser de sa pro;Te mai-

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