PUA
4tO
son : peut-on commette un plus grand mal que ceiui-iày et slmaginer quelque chose de pis que de ravir de telle sorte la gloire de bien, aue, tanJis que de bouche vous avertissez les hommes de ne regarder que lui, vous souhaitiez dans le fond du cceur qu ils en détournent les yeux, et qu'ils les arrêtent sur vous? Celui qui est véritablement humble, ne veut vivre dans le cœur d'aucune créature, mais dans celui de Dieu seul ; ne cherche point sa propre gloire, mais celle de Dieu seul; ne désire point que personne s'entretienne de lus mais de Dieu seul; et enfin, il veut que tout le monde ait tellement Dieu dans le cœur, que nul autre objet ne puisse y avoir place. »
La grièvelé de ce péché pourra encore aisément se comprendre par cette comparaison. Si une femme mariée se parait et s'ajustait pour plaire à un autre qu'à son mari, elle Idi ferait sans doute une grande injure. Les bonnes œuvres sont la parure et l'ajustement de votre âme ; si vous les faites pour plaire à d'autres qu'à Dieu, gui en est l'époux, vous lui faites une injure signalée. De plus, imaginez quelle honte ce serait, si un particulier faisait extrêmement valoir quelque léger service qu'il aurait rendu à un grand roi, qui, auparavant, se serait ex-
rse, pour Tamour de lui, à mille peines et mille dangers. Que si, outre cela, il se vantait à tout le monde du service peu considérable qu'il aurait rendu à son prince ; et si le prince, dans tout ce qu'il aurait fait pour cet homme, n'avait reçu aucun secours de lui, au lieu que cet homme n'aurait rien fait qu'avec celui du prince, et y étant excité par de grandes récompenses qu'on lui aurait promises auparavant, et qu'il aurait reçues ensuite : sa vanité ne paraîtrait-elle jjas insupportable, et son procédé ne serait-il pas lâche et indigne I Nous devons, chacun en particulier, nous appliquer ceci à nousmêmes, afin que nous rougissions de la bonne opinion que nous avons de nous, avec si peu de fondement, et que nous ayons honte de nous vanter et de nous louer de quoi que ce soit; puisqu en comparaison de ce que Dieu a fait pour nous, et cle ce que nous devrions faire pour lui, ce que nous faisons est si ]»eu de chose, que nous devrions en avoir de la confusion, plutôt que d'en concevoir de la vanité.
Ce qui nous marque encore suffisamment la difformité de ce vice, et que les saints et lesthéolog ensie mettent au rangdes péchés que Ton appelle ordinairement mortels, et que l'on nomme encore {dus proprement capitaux, puisqu'ils sont comme la tête et la source dfe tous les autres péchés. Quelquesuns en mettent huit de cette nature, et disent que le premier est l'orgueil, et le second la vaine gloire : mais la commune opinion des saints, et celle qui est reçue par l'Kglise, est qu'il y a sept |îéchés capitaux; et saint Thomas, nommant la vaine gloire comme le prem er, dit que l'orgueil est la racine de tous les autres, conformément à
ces 'paroles du Sage : Le cmnmtiu^mêni âm iouêts sortes de péchés est rorgueil.
Le préjudice que la vaine gloire noos ap« porte, nous est asseï clairement expliqué ))ar le Fils de Dieu dans TEvangile, lorsqu'il dit : Prenez garde de nepokU faire vos wmnés actions devant les Aomines, afin daUirer leurs yeux sur vous; autrement vous n^tn recevrez nulle récompense de voire Père qui est dans le ciel, tf imitez pas les hypocrites^ qui ne font rien que pour être vus et estimes des hommes. En vérité^ je vous dis qu'ils ont reçu leur récompense. Vous avez désiré d'acquérir de la réputation ; elle a ^ le motif de vos actions, elle en sera la récompense ; mais n'en attendez point d'autre» Malheur à vous, qui avez déjà reçu votre salaire, et à qui il ne reste plus rienà espérer) V espérance de r hypocrite périra^ dit Job; ii ne lui demeurera que le déplaisir de son peu d'entendement. Et saint Gresoire, expliquant ce passage, dit que ce que l'hypocrite espérait était l'estime et la louange des hommes, et que toutc^la a pris fin avec sa vie. Ensuite il lyoute : « Celui qui, i)ar ses actions vertueuses, vent attirer 1 applaudissement du monde, abandonne à bon marché une chose de ffrande valeur, puisaue, pouvant en acheter le royaume du ciel, il ne cherche à en tirer que le faible avantage d'une réputation passagère. Quel plus grand abus et quelle )Jus grande folie peut-on imaginer, que d'avoir travaillé beaucoup et d'avoir fait plusieurs bonnes actions, pour se trouver ensuite les mains vides? » C*estce que le prophète Aggée nous donne à entendre, miand il est dit : Fcdtes réflexion sur votre conduite: TOUS avez beaucoup semé^ et vous avez peu recueilli; vous avez mange\ et vous navez pets été rassasiés ; vous avez 6it, et vous n'avez pas apaisé votre soif; vous vous êtes couverts^ et vous na/iûez pas été échauffés ; et celui qui avait amassé plusieurs récompenses^ les a toutes mises dans un sacpercé. Un autre texte porte : dans un muid troué. Et voilà précisément ce que fait la vaine gloire : elle met toutes cnoses dans un sac percé; ce qui entre d'un côté, sort par l'autre : elle jette tout dans un vaisseau plein de fentes et de trous; ce qu'elle y verse s'écoule au même moment , et elle ne gagne rien qu elle ne le perde aussitôt. Pourquoi n* employez-vous pas votre argent et votre travail^ dit Isaïe, a avoir du pain et à vous rassasier ? Puisque vous allez jusqu'à vous donner la peine de faire les choses, faites-les du moins de manière qu'elles vous soient utiles, et que vous n'en perdiez pas tout le fruit.
Saint Basile marque trois sortes de préjudice que nous apporte la vaine gloire. Le premier est de nous porter à macérer notre corps par les travaux, par les veilles et f)ar tout ce qu'il y a de plus pénible dans les bonnes œuvres. Le second , d'en corrompre tout le mérite après qu'elles sont faites, et de nous faire perdre tout le fruit que nous pouvions en attendre. Ce vice, dit-il, ne fait pas que nous ne travaillions point ; car au moins il ne nous serait pas si fâcheux d'être
ai
PUR
DASCETISME
PUR
4Si
frustrés de la récompense, si nous n^avlons point travaillé; mais il attend que nous ayons îiris beaucoup de peines à faire plusieurs Donnes œuvres , et ensuite il nous en dépouille et nous en arrache le profit. C'est comme un corsaire, dit-il, qui n'attaque pas un vaisseau quand il sort du port pour aller faire sa cargaison ; mais qui attend qu'il retourne chargé, et ne manquelpas alors de l'attaquer. Mais la vaine gloire fait encore plus, elle nous cause un troisième dommage, et convertissant le bien en mal, et la vertu en vice, par la vanité de la fin malheureuse que nous nous sommes proposée, elle fait qu au lieu de la récompense qui nous était duc, nous ne méritons que des châtiments et des supplices ; de sorte que nous recueillons un mauvais fruit d'une lx>nne semence, et que ce qui pouvait nous élever au ciel, ne sert qu'à nous précipiter plus profondément en enfer. Cependant, la vaine gloire agit toujours d'une manière si douce, que non-seulement on ne sent point le chagrin de perdre toutes ses bonnes œuvres, mais qu'on y trouve même du plaisir; et quelque chose qu'on puisse dire alors à un nomme , quoiqu on lui fasse voir que tout ce qu'il fait est perdu, il se laisse néanmoins tellement emporter au désir de la louange et de la gloire, qu'il semble
2u'il y ait du charme et de renchanlement. 'est pour ce sujet que le même saint Basile appelle la vaine gloire , un açréable larron des bonnes œuvres spirituelles , un doux ennemi de notre âme : et c'est dit-il , par cette douceur si insinuante et si flatteuse, quelle attire et qu'elle trompetant de monde ; car la gloire humaine est quelque chose de bien doux à ceux qui ne savent pas ce que c*est. « Craignez la tlèche , dit saint Bernard, elle vole légèrement ; elle pénètre avec la mèiiie légèreté ; mais elle ne fait pas une légère blessure ; elle tue bientôt , et cette flèclie, c'est la vaine ffloire. C'est la poudre de senteur, mais elle est toute composée d'arsenic. »
Nous lisons dans la lie de saint Pacôme, u'un soir étant assis dans un certain endroit e son monastère avec quelques autres anciens Pères, un de ses religieux apporta deux petites nattes qu'il avait faites ce Jourlà et les mit auprès de sa cellule, vis-a-vis l'endroit où était le saint; s'imaginant que quand le saint les verrait , il le louerait de sa diligence, d'avoir fait deux nattes en un jour, quoique la règle ne Tobligeât à en faire qu'une. Le saint comprit aisément que c'était pare&prit de vanité qu'il agissait ainsi ; et s'adressant aux Pères qui étaient avec lui : « Regardez, leur dit-il en soupirant, ce Frère qui a bien pris de la peine depuis le matin jusqu'au soir, pour offrir ensuite tout son travail au démon, et qui a préféré l'estime des hommes à la gloire de Dieu. » 11 l'appela ensuite, lui fit une sévère réprimande, et lui ordonna pour pénitence, qiie quand tous les religieux seraient assemblés pour faire l'oraison, il y allât avec ses deux nattes sur lui, et leur dit à voix haute : * Mes frères et mes pères, jo vous supplie
pour l'amour de Dieu, de prier tous le Sei* gneur, qu'il ail pitié de ce misérable pécheur» qui a fait plus de cas de ces deux petites nattes, que du royaume du ciel. ^Outrecela, il lui commanda que quand les religieux iraient manger, il se rendit au réfcitoire dans le même équipage, et demeurâtau milieu de la place pendant tout le temps du repas. Mais la pénitence ne se termina pas encore là; il le fit enfermer cinq mois durant dans une cellule, où jeûnant au pain et à l'eau, et n'étant visité de personne, il était obligé de faire régulièrement deux nattes par jour. Cet exemple, outre le fruit que nous devons en tirer pour le sujet présent, sert encore à nous faire voir quelles rudes pénitences les anciens Pères donnaient pour les fautes légères, et quelles étaient l'humilité et la patience des inférieurs à subir la punition qui leur était imposée.
Saint Cyprien, parlant de la seconde tentation de la vaine gloire dont le démon se servit contre Jésus-Christ, lorsque le portant sur le pinacle du temple, il lui dit : Si vout êtes le Fils de Dieu , ietez-vous en bas : « O exécrable malice du diable , s'écrie-t-il I 11 s'imaginait, le mtflheureux, que celui qu'il n'avait pu vaincre par la gourmandise, il le surmonterait parla vaine gloire. C'est pourquoi il tâche de lui persuader de se jeter en l air, afin que, venant à voler, il soit un spectacle d'admiration à tout le peuple. Le démon s'imaginait qu'il aurait contre Jésus-Christ le même succès qu'il avait eu contre beaucoup d'autres. 11 avait éprouvé, dit le même saint , que souvent il avait dompté par la vaine gloire ceux dont il n'avait pu venir h bout par d'autres moyens ; et c'est ^lour celte raison qu'après l'avoir tenté inutilement de gourmandise , il le tente de vaine gloire , comme de quelque chose plus considérable, et à quoi il est plus difficile de résister. Car, il çst rare de n être pas touché des louanses, et, comme peu de gens sont bien aises d entendre dire du mal d'eux, il y en a peu aussi qui ne soient ravis que l'on en ] arle avantageusement. Ainsi, la tentation de la vaine gloire n'est pas simplement une tentation de gens qui ne font que de. commencer dans là vertu , elle attaque encore ceux qui y sont les plus avancés ; c'est même à ceux-là principalement qu'elle s'adresse. »
Le saint abbé Nil, qui avait été disciple de saint Chrysostome , rapporte que les Pères du désert les plus anciens et les plus expérimentés, élevaient et instruisaient les nouveaux religieux d'une manière toute difl'érente de r;elles qu'ils pratiquaient à l'égard des autres. Aux jeunes ils recommandaient et enjoignaient la tempérance et l'abstinence, parce que celui, disaient-ils, qui se laisse aller à la gourmandise, s'abandonne encore plus facilement à l'impureté, puisqu'ayant succoni'bé à une tentation plus faible, il n'y a pas d'apparence que jamais il puisse résister à une plus forte ; mais, à l'égard des anciens, ils les avertissaient de veiller, et d'être continuellement sur leurs gardes pour se garantir de la vaine gloire. Comme ceux qui
PtR
bICTIONNAlRfi