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qui voudrait suflire à tout et se sent chargé au delà de ses forces. C/est ce qui a fait dire ^Tauteurdu livre de Y Imitation de Jésut- Christ, que la tranquillité ne court pas moins de risSque dans les occupations que la tempérance dans les festins et la chasteté dans les conversations avec les femmes. — On peut prévenir ce mal en fermant pour ainsi dire rentrée de son âme aux choses du dehors dont on s'occupe, ce qui se fait en trois manières : 1" en ne s'appliquanl à ce qu'on fait qu'autant qu'il le faut pour le bien faire, réservant sa principale attention oour vaquer à Dieu dans son intérieur ; 2" quand on ne peut pas empêcher Tesprit de s'appliquer fortement, c'est empêcher au moins le cœur de s'attacher aux occupations extérieures, et d'y mettre son affection , car il importe beaucoup que le cœur soit tout à Dieu, et qu'on ne cherche que lui dans tout ce qu'on fait; 3" en se hâtant de retirer son affection dès qu'on s'aperçoit qu'elle se glisse dans ce <iu on fait, de peur que la passion ne se forme, que le trouble et les débats ne viennent à la suite de la passion, et que la paix intérieure ne soit détruite. 11 ne faut donc pas se remplir de ce qu'on fait, mais plutôt se remplir de Dieu, c est-à-dire l'avoir présent à son esprit, et agir uniquement powr h\\ seul.
Quand les affaires et les occupations nous accablent et qu'on ne sait par où commencer , l'esprit étant une fois bien persuadé que rien n'est plus important que d'éviter le trouble et le déi'angement cfe son intérieur, il faut d'abord pourvoir à sa paix et réunir ses forces au dedans, et s'appliquer ensuite à ce qui presse le plus. Un homme [ui voit le feu à sa maison, court à ce qu'il a
occupations pour assurer sa tranquillité ; on pourvoira ensuite aux affaires du dehors le mieux qu'on pourra. Ce n'est pas par amour-propre qu'on doit donner cette préférence, ni par aitache pour son repos , mais par un effet de zèle que Dieu exige pour régler son intérieur.
On perd la paix à la vue de ses fautes , parce que la pensée d'avoir failli afflige , désole et fait perdre courage. Dans ces circonstances, des qu'on sent son cœur frappé, ce qui est ordinaire aux personnes exar.tes à leurs devoirs , quand elles ont fait quelque faute, il ne faut point trop s'attacher à pénétrer les causes et les motifs de son péché : H suffit de le reconnaître , de le détester . d'en prendre occasion, de s'humilier et d'en faire quelque réparation ; ensuite ne plus y penser et reprendre aussitôt sou premier train , et marcher devant Dieu avec joie et confiance comme auparavant. Quant à savor s'il faut se comporter ainsi après toutes sortes de fautes ; il faut distinguer deux sortes de personnes : celles qui sont étroitement unies à Dieu et habituées à converser familièrement avec lui , et celles dont la fidélité f ouffre beaucoup d'imperfections et de né-
gligences. Les unes et les autres doivent se conduire comme on vient de le dire h l'éfjard des fa-utos légères. Si elles tombent sans quelque faute notable , comme àavs quelque emportement ou quelque manquement consiclérahle , elles cloivent témoigner à Dieu leur repentir avec beaucoup d'humilité et de ferveur sans rien perdre de leur tranquillité. Quelquefois môme dans ces occasions Dieu donne une telle confianro aux personnes attachées à son service » qu'elles n'ont autre chose à faire, dès qu'elles aperçoivent leurs fautes, que de s'en remettre à Dieu, de se jeter dans son sein far un abandon sans réserve , et de continuer à le servir avec plus de ferveur qu'auparavant. Si leur aveuglement e^t tel qu elles ne connaissent leur faute que longtemj)s après l'avoir commise, dès qu'elles s'enaierçoivem, elles doivent imiter ce prophète qui, ai rès avoir lavé son péché dans les larmes de la pénitence, se remit à servir Dieu et à traiter avec lui d'une manière pleine d'amour et de fomiliarité. Cependant il est ordinaire aux personnes qui pratiquent la dévotion et veulent avancer en vertu , de se rebuter et de s'inquiéter beaucoup à la vue de leurs fautes :^ elles s'impatientent parce qu'elles soit imratleniées , et comme si les promesses gu elles ont faites à Dieu devaient les rendre impeccables, elles s'étonnent d'être capables de tomber. La véritable sagesse consiste à s'établir dans une paix solide , fondée sur la confiance en Dieu et à l'épreuve de nos faiblesses. On voudrait être d'abord parfa't , par.e qu'on en a formé la résolution; on ne peut soutenir la vue de ses misères : ce sont là évidemment des effets de l'amour-propre. Ces retours amers, ces réflexions chagrinantes et ces regrets turbulents auxquels on s'abandonne ne font-ils pas relarder l'ouvrage de la perfection, en formant une espèce de nuage qui empêche de connaître et de reprendre le chemin où l'on marchait auparavant? La raison de cette conduite est tirée de la bonté de Dieu et de la fragilité des hommes; Dieu, qui veut lier avec nous un saint commerce d'amitié, sait bien que nous ne sommes |as impeccables, et il est content de nous pourvu que nous ne l'offensions pas avec réflexion et de propos délibéré ; s'il en exigeait davantage , ce ne serait pas un Dieu bon qui se glorifie d'avoir pitié de notre faiblesse. 11 est vrai néanmoins que l'amitié qui existe entre lui et nous, pour être parfaite, demande de notre part une résolution ferme et constante de ne point pécher volontairement et avec pleine connaissance ; et on ne peut pas nier que les fautes commises avec réflexion ne soient des infidélités qui éloignent beaucoup de Dieu. PALAFOX (Jean de), naquit en 1600, dans le royaume d'Aragon, d'une famille iHustre. Il embrassa l'état ecclésiastique et devint évêque d'Angélopolis, en Amérique, Tan 1639. 11 eut un long démêlé et des contestations fort vives avec les missionnaires jésuites.Elevé en 1653 sur le siège d'Osma, il fit éclater fa charité et son zèle, et mourut en 1059. On a
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D'ASCETISME.
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do lui : 1' Des Notes sur les lettres de sainte Thérèse :\emse, 1690, in-4-;— 2' Le Pasteur de ta nuit de Noël; Léon, 1660; — 3» Plusieurs Traités mystiqueSjiTAàixïis en français j>ar l'abbé Leroy ; — 4.* Des Homélies sur la passi(»n de Notre-Seigneur,
PALLADE, de Cappadoce, se fît solitaire de Nitrie, en 388, et devint, en Wl, évoque d'Hélénopolis en Bithynie, puis d^Aspofte, il était lié d'une étroite atnitié avec saint Jean Chrysostome, pour lequel il essuya de de cruçïles persécutions. Chassé de son Eglise, il parcourut les différentes provinces, recueillant avec soin les actions édifiantes ^q*ji'il voyait. C'est d'après ces mémoires qu'il compbs^ son Uistoire des Solitaires^ appelée Aussi Histoire Làusiaque, parce qu'il la fit à la prière de Lausius, gouverneur de Cappadoce, auquel il la dédia en 420. On lui attribue eiicore un Diuloguey contenant la vie de saint Jean Chrysostome. Ces ouvrages se trouvent dans Ta Bibliothèque des Pères; ils ont été] aussi publiés séparément, l'un en i555, Paris, in4% et l'autre en 1680, Paris, in-4*.
PALLU (MARtiJN), né en 1661, se fit Jésuite et prêcha avec beaucoup de succès. Il mourut à Paris, en 1742. Nous avons de lui : 1" Un traité Du saint et fréquent usage des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; Paris, 1739; — 2^* Des Serinons, nV4, 6 Vol. in-12, nourris de l'Ecriture et remplis d'onction.
PARENTS (ArpECTioN DÉnfeoLÉt dès). — C'est une règle qui peut convenir à toute sorte de religieux que celle que saint Ignace a laissée touchant VaffectioU envers les parents. Tous ceuî, dit-il, qui entrent en religion, doivent, non-seulement faire état de quitter père, mère, parents et amis et tout ce qu'ils possédaient ici-bas,mais ils doivent aussi compter que c'est à eux que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ : Celui qui ne hait pas son pire, sa mète, son âme même, ne peut être mon disciple. [Luc. xiT, 26.) Qu'ils s'appliquent donc à réduire dans les bornes de la charité chrétienne tous les sentiments que la chair et le sang letir inspirent pour leurs parents, et qu'ils se regardent comme morts au mondfe et à l'amour du monde, ne vivait plus que pour Dieu seul-, à qui Jésus-Christ doit tenir lieu de père, de mère et de tout. II ne suflît pas que le corps quitte le monde, il faut qu'^ le cœur le quitte aussi, en se dépouillant de toutes ses attaches au monde.
Ce n'est pas un mal d'aimer nos parents ; au contraire, il faut les aimer plus que les autres, parce que ce sont nos parents ; mais si cet amour n'est fondé que sur les sentiments de la nature, ce n est pas aimer efi chrétien , encore moins en religieux , puisque les plus barbares aiment leurs pères et ceux qui leur sont liés par le sang. « Il faut, dit saint Grégoire, qu'un Chrétien, et surtout un religieux, purifie cet amour de chair et de sang au feu de l'amour divin, etque,luiôtaût ainsi tout ce qu*il a de terrestre ei de contraire à l'amour du souverain bien, il aime moins ï^s parents, parce que la nature l'y
pofHe , que parce que Dieu le commande i qu'il les aime dans jla vue de Dieu seul et pour Dieu senl, comme Dieu les aime lui-' même et ordonne de les aimer. » C'e^t là, pré-» cisément^ ce que demande saiut IgUacd dans sa Règle, au sujet de laquelle nous rêtnar-^ querons que dans les autres règles il se cOi>* tente de nous donner les choses nues et sini*
f)les comme il les avait reçues de Dieu, et ne es appuie pas de l'autorité de TEcriturei comme il pouvait le faire aisément , puisqud la morale des constitutions est toute tirée de TEvangilc. Mais ici, où il s'agit de régler ud sentiment aussi naturel et aussi enraciné eU nous qUè celui de lamour envers les proches, il a aussitôt recours à l'Ecriture sainte^ Il fait encore la même chose^ en parlant de Id manière dont on doit disposer de ses biens en quittant le monde, car en cet endroit il con* firme sa doctrine par ces paroles de David i Il a distribué et donné ses liens aux pauvres {Ps. CXI , 9) , et par celles de Jésus-Christ même : Donnez aux pauvres tout ce que vous avez. {Matth.XiXy2i.)
C*est une matière très-importante pour lc§ relig'cux que celle dont il est ici question « et comme saint Basile, saint Grégoire , saint Bernard et plusieurs autres l'ont traitée amplement, on rapportera la substance déco qu'ils ont dit. Saint Basile dit qu'il est trèsimportant à un religieux d'éviter le commerce et les visites de ses parents ; et la raison qu'il en donne est que, outre que nous ne leur sommes d'aucun secours , ils troublent In tranquillité et l'économie de notre vie , et nous jettent dans les occasions du péché. Ib nous entretiennent de leurs affaires dômes» tiques , de leurs procès , de leurs perles et do tout ce qui leur aonne de la peine , en sorte que nous revenons chargés de tous leurs cnagrins. Ce qu'il v a de pire , c'est que nous nous exposons même à de grands dangers ; car le souvenir de la vie qu'on a menée dans le monde , venaUl alors à frapper l'imagination , peut fenre rouvrir de vieilles plaies qui se referment ensuite difiicilcment.
Il ne faut que la seule vue d'Un lieu ou dhine. personne pour rappeler des idées que le temps et l'éloigncment avaient presque entièrement effacées ; et , comme on passe facilement d'une chose à une autre , on se laisse si bien aller à ces sortes d'imagination, qu'on en vient enfin à perdre la paix et la tranquillité de l'âme. C'est pourquoi les maîtres de la vie spirituelle veulent que, quand même nous nous proposons de détester nos péchés pas* ses , nous ne les envisagions qu'en général , sans entrer dans un détail qui pourrait nous porter des images dangereuses dans l'espriH. S'il faut éviter cela avec tant de soin dans une chose si sainte, à plus forte raison doit-ofi s'éloigner de toutes occasions inutiles qui peuvent produire le même effet dans l'imaffînation. Quand vous n'aurez pas voulu les fuir^et que celte paix intérieure dont vous jouissez viendra ensuite à être troublée , de qui aurez-vous à vous plaindre? Vous n'aurez eu que ce que vous aurez cherclî,é et cy que vous aurez mérité d'avoir.
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Ce qui arrive encore du commerce avec los parents, dit saint Basile, c'est que leurs mauvaises habitudes et leurs mauvaises inclinations sMjnpriment peu à peu dans notre cœur; que Tâme se remplit des idées du siècle , et se refroidit pour les choses du ciel ; qu'on n'a plus d'ardeur ni de fermeté dans ses bonnes résolutions , et qu'enfin on se sécularise de nouveau, pour ainsi dire, et on retourne insensiblement au monde : Ils ont eu commerce avec les gentilsy dit le Prophète, et ils ont appris à faire comm^ eux; ils ont adoré leurs idoles y et ça été le sujet de leur perle, {Ps, cv, 35, 36.)
Il vous arrivera de même du commerce des gens du monde ; vous aurez bientôt retenu leur langage , leurs dé^juisements et leurs manières. Vous êtes déjà attaché à leurs idoles, qui sont la vanité et Tamourpropre; vous êtes déjà rempli do vous-même, et vous cherchez votre satisfaction et votre gloire : ne sont-ce pas là des marques qu'ils vous ont communiqué l'esprit du monde ?
Saint Basile ajoute encore une autre raison pour laquelle on doit éviter le commerce des parents : c'est que la tendresse naturelle qu'on a pour eux rend trop sensible à ce qui les touche et fait une trop vive impression sur l'esprit. Car on ne peut leur rendre de fréquentes visites, sans que naturellement on vienne à se réjouir de leurs prospérités, à s'affliger do ce (jui leur fait de la peine , à s'inquiéter de leurs intérêts, et à s'embarrasser de mille soins. On songe continuelieraent s'ils n'ont besoin de rien, ce qui leur manque, s'ils trouveront leur compte d^as cet emploi, s'ils réussiront dans Wiv dessein, . s'ils se tireront de cette affaire avec honneur. ' Et toutes ces perisées, toutes ces inquiétudes affaiblissent tellement en nous l'homme spirituel, que la moindre tentation est capable de nous terrasser. Nous ne sommes plus alors , dit saint Basile , que des statues de religieux, mais nous n>n avons ni l'esprit ni la vertu ; et pendant que notre corps est enfermé dans une cellule , nous avons l'esurit ailleurs, et notre imagination se promène dans le monde parmi nos proches.
Cassien rapporte qu'un solitaire s'étanl retiré dans un lieu fort proche de la maison de ses parents où ils l'assistaient de tout ce qui lui était nécessaire , vécut quelque temps en cet état, trouvant que ce genrQ de vie, où il n'avait rien à faire qu'à vaquelf à l'oraison et à la lecture spriritueîle , était une vie trèsdouce et très-sainte. Il alla voir un jour saint Antoine, qui lui ayant demandé où il demeurait, il lui répondit qu'il demeurait
1)rèsde ses parents, et que, comme ils avaient a charité de prendre soin de lui, il avait l'avantage de pouvoir donner tout son temps & Dieu. Mais, mon fils, repartit le saint, quand il arrive quelque chose de fâcheux a vos parents, n'en ètes-vous pas af&igé? Et quand ils ont quelque sujet de joie, n'en ôtes-vous pas bien aise ? Le solitaire lui ayant avoué
Îu'il ne pouvait s'empêcher de prendre part tout ce qu'il leur arrivait : Eh bien, mon ifils, répliqua le saint, sachez que dans l'autre
vie vous serez du nombre de ceux avec qui vous vous serez affligé ou réjoui dans celleci. Celui qui s'intéresse aux choses du siècle dans cette vie n'aura place dans l'autre qu'avec les gens du siècle.
Il importe donc extrêmement d'éviter le commerce de nos proches, car ce que nous ne voyons pas ne fait guère d'impression sur nous ; et comme rien ne nous dégage plus des biens de ce monde que de les avoir abandonnés en effet, et d'y avoir renoncé solennellement pour toujours , aussi rien ne peut tant nous détacher de cette affection de chair et de sang que nous avons pour nos parents, que de ne plus les voir et de rompre toute communication avec eux. Il faut nous séparer d'eux réellement et de fait, si nous voulons que notre cœur s'en sépare ; Tun ne peut se faire sans l'autre. Il arrive même assez souvent que l'absence ne l'empêche pas de se porter continuellement vers eux : que sera-ce si nous venons à les voir et à les entretenir? C'est pour éviter les inconvénients qui peuvent en résulter que saint Ignace défend aux religieux de faire des voyages chez leurs parents. Mais afin qu'une si sainte et si utile défense puisse avoir lieu, il faut y contribuer .de son côté ; il faut, quand les parents demandent permission, être le premier à s'y opposer ; il faut par de bonnes raisons qui ne manqueront pas, si l'on est bien intentionné, tâcher de leur ôter cette pensée de l'esprit et tourner erAn si bien les choses, qu'ils aient sujet d'être contents et de croire qu'on Test aussi. C'est là ce que les supérieurs demandent, et on leur fait un extrême plaisir, Îuand on leur dit de soi-même qu on les élivrera de l'importun ité des parents. Car ils ne peuvent, si on ne s'en môle, se défendre des instances qu'on leur fait faire, et ainsi ils sont obliges d'y condescendre et de se laisser arracher la permission
au'on leur demande ; mais au fond, ils vouraient bien pouvoir s'en dispenser. Les parents, par exemple, ou des amis, demandent une chose qui n'est pas selon la profession 2 qu'on ne les renvoie pas au supérieur, c'est le mettre dans la nécessité de rompre avec eux ou de leur accorder ce qu'ils demandent. Il ne faut pas laisser les choses en venir là, mais tâcher de déjouer leur dessein, chercher à leur faire entendre raison, et ne pas faire comme quelques-uns qui, de peur de mécontenter quelqu'un, embarrassent toujours les supérieurs de tout. Saint Jérôme, sur ces paroles de Jésus-Christ : Soyez prudents comme det serpents^ remarque qu'une des raisons qui fait proposer l'exemple du serpent est que, pour défendre sa tête, d'où dépend sa vie, cet animal la cache de tous les replis de son corps. Il faut en user ainsi à l'égard du supérieur qui est notre tête, et non l'exposer, comme on fait souvent, aux plaintes et aux murmures des séculiers, afin de se mettre à couvert et de se tirer d'affaires. Il faut bien prendre garde à cela en ces sortes de rencontres, car ordinairement les
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choses dépendent de nous; il n'y a qu'à avoir bonne intention, et on trouve bien le moyen de faire ce qu'on veut. Aussi il serait bon, par rapport aux visites chez les ])arents, de faire tout ce qu'on pourrait auprès d'eux et auprès des supérieurs pour s'en exempter, et, en tout cas, ne les faire que par pure obéissance et après en avoir représenté les inconvénients au supérieur; encore ne laisse-t-on pas d'avoir a craindre et d'avoir besoin de se tenir sur ses gardes.
Surius rapporte de saint Théodore, abbé , que peu de temps après qu'il fut abbé, sa mère s'étant chargée de plusieurs lettres d'évéques , alla pour le voir, et à leur recommandation en obtint la permission de saint Pacôme, dans le monastère duquel il était. Le jeune religieux l'ayant su, alla trouver le saint, et lui dit : Si vous voulez que je voie ma mère, assurez-moi que je ne rendrai pas compte de cette visite au jour du jugement; et le saint abbé n'ayant pas voulu l'en assurer et lui ayant dit que c'était à lui de voir si la chose lui étaU préjudiciable, et qu'en ce cas là il ne l'obligeait à rien, Théodore refusa de voir sa mère ; et ce refus tourna à bien , car elle qui avait un extrême désir de le voir, se retira dans un monastère de filles du voisinage, espérant que comme les religieux de celui où était son fds en avaient la direction, elle pourrait l'y voir avec eux de temps à autre. Ainsi Dieu bénit le refus du fils, et en fit le sujet de la vocation de la mère. C'était là, du reste, être dans une disposition trèssainte, de ne vouloir voir sa mère que par pure obéissance , et avec la précaution d^en charger auparavant la conscience du supérieur. Un bon religieux ne devrait aller voir ses parents ç[ue de cette manière ; et si on savait combien ces visites sont dangereuses pour le salut , on les craindrait davantage et on apporterait plus de soin pour s'en dispenser. Les histoires sont pleines d'exemples de religieux qui se sont perdus par là; devenons sages aux dépens d'autrui pour ne pas tomber dans les mômes dangers.
Si l'on est mort avec Jésus-Christ à ses proches, selon la chair, pourquoi, dit saint Basile , chercher de nouveau à avoir commerce avec eux ? Si l'on veut rétablir en soi, rour l'amour d'eux, ce qu'on y a détruit pour amour de Jésus-Christ, n'eA-on pas prévaricateur? Que leur considération ne fasse donc pas quitter le lieu où Dieu nous a mis; car à mesure qu'on s'en éloignera, peut-être s'éloignera-t-on aussi de l'esprit de sa profession. Marie et saint Joseph ne trotivcrent pas Jésus-Christ parmi ses parents^ ni parmi eeuxde sa 'connaissance, (Luc.u, Ai.)Et comment, dit saint B«^rnard, 6 mon aimable Jésus, vous trouverai-je parmi mes parents, vous que l'on n'a pas trouvé parmi les vôtres ? C'est dans le temple , la retraite et la prière qu'il faut le chercher, et c'est là quon le trouvera.
On dit de saint François-Xavier ,^ que retournant de Rxune en Portugal, pour aller de là aux Indc^ , et imss(mt à quatre iieues de
chez lui, il ne voulut jamais se détourner de son chemin pour aller voir sa mère et ses parents, quelques instances qu'ils pussent lui en faire, et quoiqu'il sût bien que, s'il en perdait l'occasion, il ne la retrouverait jamais. Le P. Lefèvre fit la même chose , passant à cinq lieues de chez lui. Lorsque saint Ignace, par une nécessité indispensable, fut obligé d'aller à Loyola, il se mit à l'hôpital, et ne voulut point aller loger chez sonirère.
Un bon religieux, qui a véritablement à cœur le service de Dieu et son avancement spirituel, et qui songe pourquoi il est entré en religion, doit non-seulement se priver de visiter ses parents , mais encore se défendre autant que possible de leur commerce, en les empêchant de le voir. Saint Ephrem dit qu'il faut essayer de les obliger à réduire leurs visites à une ou deux tout au plus par an; encore, ajoute-t-il, si l'on pouvait se défaire entièrement d'une conversation inutile, on n'en ferait que mieux. 11 appelle avec raison leur conversation inutile. Saint Ignace l'appelle de môme dans ses règles; et nonseulement elle l'est, mais elle est môme trèsdangereuse, au lieu qu'il a plu à Dieu do montrer par l'exemple des saints et par des miracles , combien le refus de voir ses proches et la sécheresse envers eux dans ces occasions lui sont agréables.
11 est rapporté dans le Pré spirituel^ qu'un saint anachorète nommé Syriaque, entendant heurter à la porte de sa cellule, et sachant que c'étaient ses parents qui venaient le voir, se mit aussitôt en prière, pour demander à Dieu quM lui plût de faire en sorto qu'ils ne le vissent point. 11 ouvre ensuite sa porte, sort au milieu d'eux sans être aperçu, se retire bien avant dans le désert et ne voulut pas revenir qu'il ne les crût partis. Surius rapporte de saint Pacôme que sa sœur étant venue pour le voir et avoir de ses nouvelles, il lui fit dire par le portier du monastère qu'il se portait bien et qu'elle s'en allât en paix; et que n'ayant pas été moins touchée de ce refus qîie la mère de Théodore l'avait été de celui de son fils , elle se renferma comme elle dans un monastère voisin de celui de son frère, et y termina ses jours, t Mais il ne faut pas seulement qu'un bon religieux se prive de voir ses parents, il faut aussi qu'il s'abstienne autant qu'il peut de toute communication par lettres avec eux , car c'est un commerce qui n'est propre qu'à lui donner de l'inquiétude et au trouble. C'est pourquoi , comme en ne leur faisant pas de visites, il peut se délivrer des leurs, il se délivrera également de leurs lettres en ne leur écrivant pas; si vous savez quitter les hommes , dit un serviteur de Dieu, ils vous quitteront et vous laisseront libres ; le tout est que si vous le vouliez, vous en trouverez assez les ' moyens. Nous avons déjà quitté notre pays, notre maison et nos parents, pour l'amoiu» de Dieu; achevons de les quitter tout à fait , et tâchons même de les oublier entièrement, afin que, dégagés de tout bien terrestre, nous ne songions qu'à aimer et à servir Dieu.
PAU
DlCTiONNAIRE
PAR
Cassien rapporte qu*un solitaire, fort adonné à la prière et à la contemplation, et qui pour mieux y vaguer tâchait de tenir son cœur dans un continuel éloignement des pensées du siècle, reçut au bout de quinze ans de retraite, un gros paquet de lettres de son çays. Dès qu*il Teut entre les mains, il se mit a penser et à dire en lui-même : « Si j'ouvre ces lettres , que de pensées ne vontelles pas me donner? Que de mouvements différents exciteront-elles dans mon cœur, ou de joie, si mes parents sont dans la prospérité, ou de tristesse s'il leur est arrivé guelque malheur l Combien de temps auraisje l'imagination remplie du souvenir de ceux qui m'écrivent ! Quel trouble, quelle distraction ne m'assailliront pas dans la méditation et la prière 1 Les traits de leurs visages, leurs paroles d'autrefois, ce qu'ils me disent maintenant , me repasseront à toute heure dans l'esprit. Que de temps il me faudra pour effacer toutes ces images! Quelle peine anrai-je pour revenir à Ta tranquillité dont je jouis, et à l'oubli profond où je suis des choses du monde l Enfin, que me servira d'avoir quitté mes parents, si mon cœur et mon imagination me reportent vers eux , et que je vienne à m'entretenir de nouveau avec eui ? D Comme il était dans cette agitation d'esprit , il prend le paquet comme il l'avait reçu et le jette au feu, en disant : « Vaines pensées dô teQdresse i)Our mon pays et pour mes parents , puissiez-vous brûler avec ces lettres, afin que je qe retourne plus aux choses que j'ai quittées. )» Non-seulement il ne voulut lire aucune lettre qu'on lui écrivait, mais il ne voulut pas même ouvrir le paquet pour voir l'adresse d'aucune , de peur qu'en venant à reconnaître l'écriture , cela ne lui donnât des souvenirs capables de troubler sa paix et sa tranquillité intérieure. On rap^ porte la même chose de saint Ignace ; et ceux qui ne se contentent pas de lire une fois les lettres qu'ils reçoivent, mais qui les gardent pour les relire , pour rappeler et entretenir en eux le souvenir de leurs parents, doivent
[)rofiter de cet exemple. Si vous n'avez pas a force de brûler ces lettres avant do les lire, Îne ne les brûlez-vous du moins ensuite , our vous délivrer de toutes ces pensées de chair et de sang qui ne servent qu'à vous inquiéter?
Quelques-uns, dans l'espérance de porter leurs parents à Dieu, se laissent vaincre par la tentation de retourner en leur pays : et quand les tentations se déguisent ainsi sous 1 apparence du bien , elles sont ordinairement plus dangereuses, parce qu'on ne les regarde pasalors comme des tentations, mais comme de bonnes inspirations. Saint Bernard, sur ces paroles i Prenez-nous eei petits renards oui adtent les ifignes (Cant. n, 15), dit que c est là un de ces renards qui gfttent la vigne du Seigneur, et qu'il a connu quelques religieux qui se sont ainsi perdus, en voulant gagner leurs parents à Dieu. Aussi la parenté est-elle ordinairement un obstacle au fruit qu'on pourrait faire dans les âmes, p^rce que les parents, qui vous ont vu fami-
lièrement dans le monde, peuvent avoir difficilement pour vous le respect et la vénération que demande le ministre de l'Evangile. C'est pourquoi Jésus-Christ lui-même nous assure que nul prophète n'est bien reçu dans son pays. {Luc. iv, 2k.) Quand Dieu voulut faire d'Abraham le patriarche des fidèles , il lui commanda de sortir de son pays, de quitter ses parents et ses amis pour aller en Mésopotamie, où il n'était connu de personne. La divine Providence tient encore la même conduite envers saint Paul. // priait dans le temple de Jérusalem^ et tout à coup il fut ravi en esprit et vit le Seigneur qui lui dit : Hâtez-^ vouSf sortez vite de Jérusalem, car ils ne recevrontpas le témoignage que vous leur rendrez de moi. — Mats, Seigneur, répondit-il, ils savent eux-mêmes que je traînais en prison ceuxqui croyaient en vous, et que je les perse-: cutaispar toutes les synagogues. Et lorsqu'on versait le sang de votre martyr Etienne, j'assistais aussi à sa mort, j'y consentais, et Je gardait» les habits de ceux ^ut le lapidaient. — N'importe, ajoute le Seigneur, partez, car je vous enverrai bien loin vers les gentils. [Act. xxii, 17.) Dieu envoie l'Apôtre dans des pays bien éloignés, afin qu'il émeuve les âmes, et vous, pensez -vous émouvoir vos parents? Mais quel fruit y pourra-t-on faire? Comment pouvoir les porter au mépris des choses du monde et des commodités de la vie, tant qu'on en jouira avec eux et que cette tendresse de chair et de sans: retiendra oarmi eux?
Le P. Ribadeneira rapporte à ce sujet une chose assez plaisante arrivée à un religieux, qui, ayant beaucoup d'attachement pour 5a mère, était allé la voir à Messine d'où il était. Il entra un jour dans une église comme on y exorcisait un possédé devant une grande foule de monde ; et, s'étant mis aussitôt à aider le prêtre et à conjurer et menacer le démon de la part de Dieu, le malin esprit,
f)Our toute réponse, contrefit la voix d'un enànt qui appelle sa mère. Toute l'assemblée qui connaissait ce religieux et qui savait le motif de son retour, comprit de suite la plaisanterie et se mit à rire ; lui, de son côté, demeura honteux et confus. Ne pourra-t-on pas répondre de la sorte, lorsqu'on sera chez ses parents à prêcher la mortification des choses de ce monde ?
Sulpice- Sévère raconte au même sujet une histoire d'une autre nature et qui doit Caire trembler. Il dit qu'un tribun d'Egypte, trèsriche et très-distingué, ayant été obligé, par son emploi, de passer dans le désert des anachorètes, et V ayant longtemps conversé avec le saint abbé Jean sur les cnoses du salut, sortit d'avec lui si touché, que, quoiqu'il fût marié et eût un fils, il renonça dès lors entièrement au monde, et prit tellement à cœur le nouveau genre de vie qu'il avait embrassé, qu'il surpassa en peu de temps les solitaires les plus anciens et les plus recommandables pour leur vertu. En cet état, il lui vint en pensée que, puisqu'il était si désabusé des choses du siècle, il valait mieux qu^ilallâ* chez lui travailler au salut de s^ femme et df
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son fils, que de vivre dans la solitude à ne trnvtfîller qu'au sien. Trompé par cette apparence de charité et de zèle, après avoir demeuré quatre ans dans le désert, il se mit en chemin pour s'en retourner. Les religieux d'un monastère par où il passa et a^ixquels il communiqua son dessein, tâchèrent de l'en détourner en lui représentant que c'était une illusion du démon qui en avait déjà tron>pé beaucoup d'autres de la même manière. Il n'ajouta pas foi à tout ce qu'on put lui dire, et, persistant dans sa résolution, il prit congé d'eux. Mais il fut à peine hors du monastère qu'il devint à l'instant possédé, et cela avec tant de violence qu'il écumait de rage etjse déchirait àbellesdents.Onlerapportaavec beaucoup de peine au monastère, où Ton fut contraint de l'enfermer et|de l'enchaîner ; et ni les prières que ces religieux offrirent à Dieu pour lui, ni les conjurations dont ils se servirent contre le démon qui le tourmentait, ne furent d'aucun effet pendant deux ans. Dieu l'ayant délivré au bout de ce temps, il retourna dans le désert, bien corrigé par ce châtiment, servant d'exemple aux autres pour persévérer dans les saintes vocations et ne pas se laisser séduire par de fausses apparences de zèle. On peut voir par là combien un religieux doit rejeter toute pensée qui le porte à retourner en son pays et à revoir ses parents, parce que si, auVapportdes saints, c'est une tentation dangereuse, lors même qu'on n'a en cela d'autre vue que leur salut, que sera-ce lorsqu'on n'aura que celle de leur satisfaction ou de la sienne ?
Il est surtout du devoir d'un religieux de ne pas s'embarrasser des affaires de ses parents, car c'est une chose très-dançereuse. On en voit plusieurs, dit saint Gréeoire, qui, après avoir renoncé au monde et à eux-mêmes, conservent tant d'attachement pour leurs parents, qu'à .chaque instant, la cnair et le sang les entraînent vers les choses qu'ils avaient abandonnées. De sorte qu'oubliant ce qu'ils doivent à leur profession, ils se remplissent l'esprit des intérêts de leurs proches, s'emploient pour eux auprès des puissances séculières, se mêlent de leurs procès et de leurs intrigues, et, perdant ainsi la douceur de I4 paix intérieure , ils se rengagent dans le commerce du siècle avec beaucoup de danger pour leur salut. Saint Isidore dit presque la môme chose. Il y a beaucoup de religieux, dit-il, qui, par affection pour leurs parents, prennent mille soins pour eux, jusqu'à s'eipbarrasser même dans leurs démêlés et leurs procès ; et tandis qu'ils s'occupent ainsi de ce qui regarde le bien et l'avantage de leurs proches, ils se perdent éternelle^ ment eux-mêmes.
L'affection naturelle qu'on a pour ses parents ne peut rien produire de |)lus dange-* reux pour un religieux, que cet empressement et ces soins pour leurs intérêts ; l'expérience nous apprend, que pour peu qu'on s'ep mêle, c'est un bourbier dont on a bien de la peine à se tirer. Cela vient, dit saint Basile, de la jalousie du démon qui, ne pouvait souffrir oue les religieux gagnent, par
une vie toute céleste, ce qu'il a perdu par sa faute, fait tout son possible pour les porter, sous prétexte de piété et de devoir, à s'embarrasser des choses du monde, afin de leur faire perdre la paix de lame, et de ralentir en eux l'amour de Dieu, et la ferveur avec laquelle ils se portent à la perfection. C'est une chose étrange, combien le démon prend cela* à tâche : il met tout en usage pour y réussir, et pour cela il se sert de nos parents mêmes, qui ne manquent jamais dans leurs affaires, dans leurs intrigues, dans leurs démêlés, dans leurs mariages, enfin dans tous les événements de la vie, de s'adresser toujours à leur parent religieux. 11 semble qu'ils le regaraent comme celui qui doit être chargé de tous les embarras do la parenté ; et c'est toujours, à leur avis, celui qui est le plus propre, comme étant moins occupé d'ailleurs, et n'ayant point d'autres affaires que les leurs. Ludolphe de Saxe, Chartreux, parlant à ce sujet de tous les ecclésiastiques en général, dit très -bien que Dieu, en les obligeant au célibat, a voulu les délivrer de l'embarras desen&nts ; le démon, de son côté, leur a suscité un grand nombre de neveux, pour les rejeter par là dans le commerce tumultueux du siècle. En effet, quand le démon tâche de nous engager dans une affaire qui regarde ou l'avancement d'un neveu, ou le mariage d'une nièce, ce n'c^t point leur avantage, mais notre perte qu'il cherche. Un religieux aura donc quitté tout son bien, renoncé aux honneurs du monde, aux commodités de la vie, pour se délivrer des embarras du siècle, et il faudra qu'il s'y replonge pour les intérêts d'autrui; qu'il
f)orte le fardeau de toutes les affaires de sa àmille, et qu'il perde ainsi tout le fruit de sa vocation. Cassien rapporte à ce sujet, qu'un frère de l'abbé Apollon vint une nuit heurtera la porte de sa cellule, pour le prier de l'aider à retirer un de ses bœufs du bourbier où il était tombé, et d'où il ne pouva't pas le retirer tout seul. Le saint abbé lui demanda pourquoi il ne s'était pas adressé plutôt à son autre frère, qui était dans le monde; et celui-ci lui ayant répondu qu'il y avait quinze ans qu'il était mort et moi, repartit le saint , il y en a vingt que je le suis, et que je me suis enterre dans cette cellule; ainsi, je ne saurais en sortir pour vous aider. C'est ainsi qu'un véritable religieux doit en user, lorsque des parents s'adressefntà lui pour leurs affaires temporelles ; et s'il n'a pas \% forcedele faire, il peut s'assurer que, quelque raison qui le porte à s'en mêler, il s'en trouvera mal dans la suite.
Ce que nous disons est appuyé de l'autorité de saint Jérôme. Combien y a-t-il» de religieux, dit ce Père, qui se sont perdus par une fausse compassion pour leur père ou leur mère? Combien y en a-t-il qui ont manqué à leur vocation, et renoncé à leur f ro- ^ssion, pour s'être voulu embarrasser des intérêts et de l'avancement de leurs proches? Combien voit-on tous les jours a'apostats qui, après avoir quitté leur ordre, sens prétexte d'aller assister ou consoler lei\rs pa-
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rents, ne servent ensuite qu'à *es miner par des dissipations continuelles , et à rendre leur vieillesse malheureuse par le dérèglement de leur vie? « L'expérience ne nous en fournit que trop d'exemples ; r/est pourquoi, dit saint Basile, puisque nous savons de quel préjudice est pour nous cet' attachement aux parents, évitons le soin de leurs intérêts, et donnons-nous-en de carde, comme d'une arme dangereuse dont le démon se sert pour nous vaincre. »
Il ne faut pas, du reste, se croire en sûreté à cet égard, ni se figurer que tout soit rectifié, parce qu'on ne se sera engagé à rien sans en avoir obtenu la permission auparavant; car il en est de ceci comme de faire des visites ou des voyages chez ses parents, avec permission. Le supérieur qui la donne voudrait bien qu'on ne se mêlât pas des affaires de ses parents, car il voit bien que ce serait mieux , mais il le permet par incful-
§ence. Ce n'est pas une obédience qu'il vous onne, mais une permission qu'il vous ac- -corde, et en cela il fa-t plus votre volonté
Sue vous ne faites la sienne. Si saint Théoorç refusa de voir sa mère, parce que le supérieur qui lui en donnait la permission ne voulait pas en prendre l'événement sur lui , que ne d©it-on pas faire à l'égard des affaires de ses proches, où il y a beaucoup
Ï>lus de périls pour nous, et à combien plus brte raison doit-on éviter de s'en mêler, à moins que le supérieur n'y oblige par obéissance, et n'en prenne l'événement sur sa conscience?
Le bruit de la sainteté de l'abbé Pémen s'étant répandu dans^ toute l'Egypte, le tribun de la province eut un extrême désir de voir le saint; et pour cela il l'envoya prier de vouloir bien le recevoir quand il irait le visiter. Ce message affligea fort le saint abbé, qui, après avoir bien considéra en lui-même que s'il recevait le tribun il serait accablé de visites, qu'elles troubleraient ses exercices spirituels et la tranquillité de sa retraite, pourraient lui faire perdre l'humilité, et lui donner des sentiments de vaine gloire, prit enfin la résolution de s'excuser et de ne point le recevoir. Le tribun, qui en fut extrêmement mortifié quand il le sut, dit qu'il n'attribuait ce refus qu'à ses péchés; et, concevant encore une plus grande opinion du serviteur de Dieu, il résolut de le voir à quelque prix que ce fût. Après en avoir cherché quelque temps -es moyens dans son esprit, il imagina un moyen qu'il crut devoir obliger le samt homme h recevoir sa visite, ou à venir le voir; ce fut de faire mettre en prison le fils d'une sœur du saint> et fit entendre sous main h la mère aue, quoique son fils méritât punition, il le délivrerait pourtant, pourvu que l'abbé Pémen vînt l'en prier. Cette femme va aussitôt trouver son m-re au désert, frappe à sa cellule, pleure, gémit à sa porte, lui représente le péril de son fiJs, et le conjure d'aller prier le tribun pour lui. Voyant qu'il ne voulait pas lui ouvrir, ni lui réponare, quoi qu'il l'entendit bien, elle l'injurie, l'appelle cruel, barbare.
impitoyable, lui reproche la dureté de son cœur, et lui dit qu'il a des entrailles de bronze, de n'être pas touché des larmes d'une sœur et d'une mère, qui prie pour la vie de son fils unique. Alors le saint homme, se tournant vers son disciple : Allez, dit-il, dire de ma part à cette femme, que Pémen n'a jamais eu d'enfants, etgu'ainsi il ne sait pas ce que c'est que de s affliger de leur perte ; et sans lui faire d'autre réponse, il la renvova le cœur serré de douleur. Le tribun en avant eu nouvelle, et voyant bien qu'il ne devait pas s'attendre que le saint l'allât voir, tâcha de faire en sorte que ses amis se portassent à lui écrire un mot en faveur de son neveu; et plusieurs d'entre eux l'en ayant instamment prié, il résolut enfin de Je faire, pour se délivrer de leurs importunités, et lui écrivit en ces termes : Que votre noblesse fasse, s'il lui plaît, examiner soigneusement l'affaire de ce jeune homme ; et s'il a mérité la mort, faites-le mourir, afin que portant la peine de ses crimes en c^ monde, il puisse, en l'autre, éviter celle de l'enfer.
On lit dans la Vie des Pères une chose toute semblable de l'abbé Pastor. 11 lui semblait si dangereux de s'embarrasser dans les intérêts de la chair et du sang, que jamais, quelque instance qu'on pût lui faire, il ne voulut intercéder pour un de ses neveux qui était condamné à mort. On lit aussi de saint Ignace qu'il ne voulut jamais se mêler du mariage de sa nièce, qui était l'héritière do sa maison, ni même en écrire une seule lettre ; et qu'étant fort pressé par des personnes de qualité, et particulièrement par les ducs de Najare et d^Albuquerque, il répondit que ces sortes d'affaires ne le regardaient plus et n'étaient pa^ de sa profession ; qu'il y avait longtemps qu'il avait renoncé au monde, et qu'il y était mort; qu'il ne devait pas retourner à ce qu'il avait quitté, ni entrer dans des choses si éloignées de sa vocation; qu'enfin il ne vûxdail pas reprendre la tunique dont il s'était dépouillé en quittant le monde, ni salir de nouveau ses pieds après les avoir lavés. {Cant. V, 3.)
11 ne fut jamais possible non plus d'obtenir de saint François de Borgia qu'il demandât une dispense à Rome pour cfom Alvare de Borgia, son troisième fils, qui recherchait en mariage une de ses nièces, qui était une héritière très-riche. 11 s'agissait cependant d'un établissement très-considérable pour dom Alvare, à qui elle portait le marquisat d'Alcagnize; et le saint était si bien auprès du Pape, qu'il avait lieu d'en espérer tout ce qu'il voulait. L'empereur Charles-Quint reconnut par lui-même, dans une autre occasion, la vérité de ce qu'on lui avait dit, que ce saint vivait dans un entier détachement de tous les liens du sang et de la chair; car l'ayant jeté une fois sur quelque affaire qui regardait les intérêts de son aîné, le duc de Gandie, le saint ne parla jamais là-dessus que comme s'il eût pu parler sur les intérêts d'un étranger; c^ qui édifia extrêmement
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Tempereur, et le confirma dans la haute opinion qu'il en avait.
Considérons cependant de quelles affaires ces saints refusaient de se mêler, quelque moyen qu'ils eussent de les terminer promplement; et regardons, d'un autre côté, en guels embarras d'intérêts et d'intrigues se jettent aujourd'hui quelques religieux. Si de si grands saints ont appréhendé la contaeion des affaires du siècle, comment ne 1 appréhendons-nous pas , nous qui ne sommes pas saints, et qui avons par conséquent de plus grands sujets de crainte? C'est assurément parce que nous ne sommes pas saints et que nous ne songeons pas à le devenir; car, si nous aspirions véritaolement à la sainteté et à la perfection, nous craindrions comme eux les dangers qui sont inséparables de ces sortes d'affaires, et nous les éviterions comme ils faisaient.
Saint Basile dit que l'amour déréglé envers les parents porte quelquefois les religieux jusqu'au sacriji^ge, en faisant qu'ils dérobent quelquefois le bien de leur ordre pour les secourir dans leurs besoins. Si Ton ne prend ^ns directement le bien de l'ordre pour les aider, on détourne au moins à leur utilité particulière ce que les âmes charitables avaient dessein de donner à l'ordre. On tire aussi tout ce que Ion peut des personnes dont on a la direction, et cela avec un grand préjudice du ministère qu'on exerce; car le moyen qu'on s'en acquitte avec une entière liberté, a l'égard des gens dont on a besoin, et à qui on a ces sortes d'obligations? Le moyen aussi qu'il ne naisse pas de là plusieurs scrupules touchant le vœu de pauvreté, et qu'on puisse bien démêler si c'est à vous ou à un autre qu'on donne, et si c'est proprement vous qui donnez ensuite, ou si c'est un autre qui donne pour vous? Ce qu'il y a de plus fâcneux dans cette tendresse inconsidérée pour les proches, c'est qu'on en est quelquefois si préoccupé, que môme on ne prend pas garde h ces sortes de choses, et que, regardant comme permis ce qui ne l'est pas, on simagine ne rien faire contre le vœu de pauvreté, lorsqu'on y contrevient directement. Mais quand un religieux ne déroberait à son ordre que le temps qu'il emploie aux affaires de ses parents, ce serait toujours un vol assez important. Car, comme dit saint Basile, vous n'êtes jjIus à vous, vous appartenez h votre ordre, auquel vous vous êtes donné tout entier, et qui, par cette raison, est chargé de votre corps aussi bien que de votre âme, et prend soin do l'un comme de l'autre. Si vous employez vos soins et votre temps au service de vos proches, outre le scandale que vous donnez h ceux qui vous voient si occupé des choses du siècle, n'est-ce pas un larcin que vous faites h l'ordre qui vous nourrit et qui vous fournit tout ce qui vous est nécessaire?
Si quelqu'un vient à moi, dit Jésus-Christ, et ne hait pas son père et sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même son âme, il ne peut être mon disciple. {Luc, xiv, 26. ) Saint Grégoire remarque sur ce pas
sage, que Dieu nous recommande la haine des parents aussi bien que la haine de nousmêmes. Ainsi, comme par cette raison que vous n'avez pas de plus grand ennemi que vous-même, vous êtes obligé d'avoir une sainte haine pour vous, et de vous en faire sentir les effets par la mortification de vos sens, et par une opposition continuelle à tons les désirs et à tous les mouvements déréglés de votre chair, vous devez avoir aussi une sainte haine pour vos parents, et n'avoir jamais aucune condescendance pour eux dans les choses qui neuvent a|)portcr quelque obstacle h votre salut et à votre avancement dans la perfection ; car ils sont une partie de vous-: même, et par conséquent vos ennemis aussi bien que vous, suivant ces paroles de l'Ecriture : Les domestiques de Vhomme et ceux de sa propre maison sont ses ennemis, [Mich. VII, 6.)
11 est rapporté dans les Chroniques de Saint- François qu'un séculier ayant dit un jour au frère Gilles qu'il voulait absolument se faire religieux, le serviteur de Dieu lui répondit : « Si vous en avez véritablement envie, allez, et tuez tous vos parents. » Cet homme, étonné de cette réponse , se mit à pleurer et h le prier de ne point l'obliger à commettre de si grands crimes; et alors, le frère lui reprochant son peu d'intelligence : « Je ne vous ai pas dit, lui dit-il, que vous alliez les égorger eirectivement,mai3 que vous les fassiez mourir dans votre cœur, par un détachement absolu de tout ce qui vous attache à eux; car Jésus-Christ nous apprend lui-môme, que celui qui ne hait pas ses parents ne peut tire son disciple, » {Luc. xiv, 26.)
C'est une chose digne de remarque combien cette doctrine nous est répétée dans l'Évangile. Car, tantôt Jésus-Christ ré;.ond à celui qui voulait le suivre, etc^ui lui oemandait au|mravant permission d aller dis] oser de son bien : Quiconque met la main à la charrue, et regarde derrière soi, ncst pas propre au royaume de Dieu ; tantôt il dit il celui h qui il avait commandé de le suivre, et qui le priait de le laisser auparavant ensevelir son père : Laissez les morts ensevelir leurs morts, mais tous, allez et anncnccz le royaume de Dieu. (Luc. ix , 60.) Quelle frayeur éprouvent-ils ceux qui regardent derrière eux, c'est-à-dire qui s'embarrassent des affaires du siècle après avoir commencé à suivre les conseils évangéliques ? Ne doiventils pas craindre que Dieu les rejette, comme n'étant pas propres à son royaume? Si, dit Théophiiacte, il n'a pas été' permis à cet homme d'aller ensevelir son père, malheur h ceux qui, ayant embrassé la vie religieuse, retournent aux afl'aires du monde qu'ils avaient quittées.
Jésus-Christ ne s'est pas contenté de nous enseigner, par sa parole et par l'exemj le d'autrui, à vivre loin de nos parents, il nous l'apprend encore par son propre exemple. On voit, dans l'Écriture, (ju il témoigne de la sécheresse et de la sévérité à sa sainte Mèr©, Pourquoi me cherchez-vous 'l lui dit-il, quatid elle l'eut trouvé dans le lerople; ne saviez-
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vous pas qu'il faut que je sois occupé aux affaires de mon Père ? (Luc. ii, W.) El aux noces do Cana, lorsqu'elle ravertil que le vin manquait : Femme j lui dit-il, que m'importe^ et à vous aussi? {Joan, ii, 4.) « 11 a montré par là, d:t saint Bernard, comme on doit en user envers ses parents, lorsqu'ils détournent des emplois de la profession religieuse; il faut donc alors répondre comme lui : Il faut que je sois occupé des affaires de mon Père ; c'està-dire à l'affaire du salut. » N'est-ce pas encore une réponse très-sèche, lorsque quel- Q'i'un lui ayant dit : Maître^ dites à mon frère quil partage la succession avec moi ; il lui répondit : Homme^ qui m'a établi pour vous iuaer ou pour faire vos partages? (Luc. xif, Ï3.J Par là un religieux n'apprend-il pas qu'il ne saurait trop éviter de se mêler aos affaires qui ne sont pas de sa profession?
Comme il n'y a pas de tentations plus dangereuses que celles qui se cachent à nous sous le voue de piété et de devoir, et que le trop grand attachement aux parents est de cette nature, saint Ignace, pour obvier aux inconvénients qui pourraient survenir, ordonne, dans ses règles qu'on exige de tous ceux qui voudraient entrer en religion que, toutes les fois qu'ils se croiront obligés de secourir leurs parents, ils ne s'en rapportent pas à leurs propres lumières , mais au jugement et à la décision des supérieur3. Car, en ce qui regarde les parents, on se préoccupe ordinairement de passions, comme en ce qui nous regarde nous-mêmes ; et ainsi on ne peut être bon juge dans ces occasions. Or, le remède que saint Ignace a établi pour cela Ole tout sujet de scrupule et d'inquiétude à cet égard; au contraire, il met dans une grande tranquillité d'esprit, en obligeant de s'en tenir au sentiment d'une compagnie
3ui, étant si sage, si éclairée et si remplie e la crainte de Dieu, ne saurait manquer de bien examiner tout, et de décider selon la conscience et la vérité. C'est pourquoi on propose à tout novice de se soumettre làdessus au jugement de la compagnie; s'il refuse , on ne le reçoit pas , et c'est une grande grâce à rendre à Dieu, de ce que par ce mo^yen on peut avoir l'esprit en repos sur ce sujet, et ne songer uniquement qu'à son avancement spirituel et à son salut.
C'est encore pour éviter les surprises du sang et de la cnair que le même saint ordonne que, quand il s'agira de distribuer tout son bien a des parents pauvres, on s'en rapporte à quelques personnes qu'on aura choisies avec l'approbation du supérieur, et qui jugeront de la pauvreté et du besoin des parents. De cette manière, quelque pauvres qu'ils soient, on ne peut disposer de son bien en leur faveur que par l'avis d'autrui ; au lieu que, pour en disposer en faveur d'autres pauvres, on laisse une liberté entière, sans assujettir à aucune consultation ; et cela, parce que l'affection naturelle qu'on a iK)ur ses proches peut aisément tromper. Aussi saint Grégoire, parlant de celui à qui Jé^us-Chri^t ne voulut pas permettre d'en-
sevelir son I ère, remarque que ce qu*il ne lui a pas défendu à l'égard d'un étranger, mais qu'il lui aurait conseillé de faire comme œuvre de miséricorde, il le lui défend à l'égard de son père, pour nous api)rendre que souvent les devoirs que la charité fait rendre aux étrangers ne doivent pas se pratiquer envers les parents, parce que la tendresse naturelle qu'on a pour eux est sujette à beaucoup d'illusions, et qu'il n'est pas édifiant de voir un disciple de Jésus-Christ s'embarrasser dans des intérêts de chair et de sang. En effet, il est certain qu'on prend plus à cœur les affaires de ses proches que celles d'un étranger; celles-ci laissent 1 esprit tranquille, tandis que les autres ravissent ta paix de l'âme et troublent dans les exercices spirituels. C'est pourquoi, quand il s'agit de secourir des parents, il vaut mieux que cela se fasse par un autre religieux que par soi-même, comme le dit saint Basile, et comme le prescrivent les règles de saint Ignace. Si on nous en donnait le soin, et que nous ne fussions i»as bien dépouillés de tou*. sentiment de la cnair, on voudrait que les parents fussent riches et à leur aise; cependant Dieu les veut peut-être dans la pauvreté et dans la souffrance pour les humilier et les sauver. Bien plus, c'est que la vanité s'empare quelquefois tellement de l'esprit de certains religieux, qu'ils se servent du crédit et de l'accès que leur donne leur habit pour élever leurs fiarents à un état où ils n'auraient jamais eu la pensée ni le moyen de parvenir; et en cela ils montrent b.en qu'ils n'ont de religieux que le nom et l'habit, puisque, devant être plus humbles que les ^ens du siècle, ils sont plus enflés de vanité et de présomption.
Comme il arrive souvent que plusieurs quittent la religion pour aller, disent-ils, assister leurs jmrents dans le monde, il est bon d'observer que ce n'est pas cela qui les dirige et les rend infidèles à leur vocation. Leur esprit d'immortification , leur peu de ferveur et de courage à supporter les austérités de la règle, et autres causes secrètes qu'ils savent eux-mêmes , est ce qui leur fait quitter leur profession, et comme ils n'oseraiant alléguer les véritables motifs, ils ont recours à des prétextes spécieux. En effet, ne voit-on pas tous les jours, qu'après qu'ils sont sortis, ils sont plutôt à charge à leurs parents que de leur être d'aucun secours, et n'ont ordinairement, ni le pouvoir de les assister, ni le soin de s'en mettre en peine? Ce n'est donc pas le dessein de les secourir qui les a fait sortir, puisque, dans la religion môme, ils auraient été plus en état de le faire; c'est l'esprit de libertinage et d'indocilité, et l'envie de vivre à leur volonté et à leur fantaisie. Ils peuvent tromper les hommes, mais ils ne sauraient tromper Dieu, et malheur à celui qui commence à ne pas marcher droit sur cet article, et ûe veut pas s'en tenir à la décision de ses supérieurs et à celle de la règle.
Celui donc qui veut parvenir à la fin qu'il a dû se |>roDOser en enli\int en religion, doit
» PAH D'ASCEI
renepcer au comoierce de ses proches, et se détaJiher entièrement du soin de leurs intérêts. Car ceux qui ont dit à hurt pire et mfre : Je ne sait qui vous étet, et à leuri frères : Je
ne vous connais pas , qui ont méconnu leurs enfants, ceux-là. Seigneur, ont gardé vos commandements, et sont demeuras fermts dans votre alliance. [Deut. xxxv.) « lin vrai religieux, dit saint Bernard, doit être comme un autre Melfhisédech, de qui l'Af^ôtrc dit
Îu'il n'avait ni |ière, ni mère, ni naissance, e n'est pas qu'il n'en eût point, i-uisqu'il était homme, mais c'est que, comme l'Ecriture, dans l'endroit où elle parle de lui, ne le considère que comme prêtre, elle ne Tait auimne mention, ni de sa génération, ni du commencement ou de la fin de sa vie, pour nous apprendre, dit ce saint, que les prêtres da Seigneur, etsurtoulles religieux, doivent être aussi détachés des liens du sang et do la chair, et aussi appliqués aux choses spirituelles que s'ils étaient descendus du ciel ; et (ju'enlin il faut qu'ils soient d'outrés Melchrsédechs dans le cœur, c'est-à-dire entièrement dé|)Ouillés de tout cr^ qui peut retarder le moins du monde leur course vers Dieu. » Concluons avec saint Bernard, et disons : Demeurons dans la solitude comme une tourterelle; qu'il n'y ait aucune liaison entre le monde et nous, nul commerce entre nous et les hommes; oubliez même votre pays et la maison de votre pire, et le roi sera épris de votre beauté. [Ps. xi, W.) « Et certes, c'est une grande récompense, dit saiul Jérôme, sur ces paroles du Prophète, que celle qui est attachée & oublier son père, puisque par là on devient l'obje' de l'amour du Boi des rois. » On lit dans les Chroniques de Saint-François, qu'un docteur de Sorbonne ayant pris l'habit de cet ordre, sa mère, qui avait dépensé le peu de bien qu'elle avait à l'entretenir dans ses études, et qui se trouvait dans une très-grande pauvreté, courut aussitôt au monastère tout éplorée. Elle crie, elle cémil devant son fils, lui découvre son sein, le conjure, par les entrailles qui l'ont porté pt par la peine qu'elle a eue à relever, de ne pas l'abandonner dans sa misère; et enfin elle l'attendrit de telle sorte qu'il résolut de Kortir le lendemain. Cependant, comme il sentait à ce sujet de grands combats dans SOD Ame, il eut recours à la prière, dès que sa mère se fut retirée, et se prosternant devant un crucifix, le cœur serré de douleur : • Seigneur, dit-il, je ne veux pas vous quitter, et ne soHÉfrez pas que je le lasse; je ne veux qu'assister ma mère, qui est dans une extrême nécessité. » En achevant ces mots, qii'il prononçait les yeux attachés sur le crucifix, il en vit couler du sang, et entendit une Toix qui lui dit : ■ Vous m'avez bien plus coûté qu'à votre mère, puisque Je vous ai racheté de mon propre sang ; vous ne devriez pas me quitter pour elle. » Et il fut tellement touché de cette vision, que, préférant Jésus-Christ à la tendresse et à la compassion naturelle pour sa mère, il continua a le servir dans cet ordre, et y persévéra jusqu'à la mort.
SI
PAR
DICllONNAIRE
PAR
ï'ftme soll açréable à Dieu, elle apprenende vivement aavoir encouru son inimitié.
2* Elle s' imagine que Dieu esi irrité contre elle et s'apprête à en tirer vengeance. 3* Elle pense que sa prière est inutile, ou qji'elle mémo est vouée à la perdition. 4* Elle se l)ersuade qu'il n*y a plus pour elle moyen de se convertir, ni d'obtenir le salut éternel. 5* Alors s'élèvent tumultueusement toutes sortes de chimères et de scrupules contre la foi , l'espérance et la charité ; l'appétit sensitif et 1 imagination se révoltent et excitent dans l'âme une confusion et des tourments inexprimables. Ce conflit que provoque l'imagination est comme un poison qui infecte toutes les facultés sensitives externes , à un tel point que les images les plus belles et les plus agréables n'enfantent plus que tristesse et scrupule. Dans cet état, le sommeil devient une cruelle insomnie ; les aliments répugnent, on s'ennuie de tout ce qu'on entena, on ne ressent plus que mépris pour ses parents et dédain pour ses amis ; enfin , il n est rien au monde oui ne soit pour cette âme malheureuse et affligée un sujet de peines et aussi de perfectionnement.
Si dans cette situation surviennent des scrupules subtils et embarrassants, alors l'âme semble en quelque sorte suspendue à un chevalet, et en proie à une douleur et une amertume tellement sensible, qu'elle se communique à tous les membres du corps et fait horriblement soutTrir les os, les nerfs et les muscles, sans que la médecine et les médecins puissent y apporter le moindre remède, car elle ne peut trouver de soulagement que dans le délassement intérieur. Le P. Godinez (Prax. th. myst.y I. m, c. 3) atteste avoir consolé quelques personnes en proie à ce genre d'aflliciion, et avoir remarqué que jusqu'à l'entier rétablissement de la santé, les souffrances physiques extérieures étaient fort adoucies par les consolations intérieures.
II. La purgatîon passive de la partie intellectuelle se fait encore par Vabandon ou délaissement de rinteltigence. Comme le soleil au moment d'une éclipse, la lumière de l'intelligence est enveloppée par une profonde obscurité; de là les diverses aptitudes s'oblitèrent, la consolation disparait, le discernement s'obscurcit, la prudence est impuissante, l'expérience mise en oubli; l'ignorance domine, et avec elle surgissent à tout propos les doutes, les soupçons et les scru-
fules contre la droite raison. De même qu'un omme placé au fond d'une sombre caverne, Eleine de vipères et de scorpions, et tremlant à chaque instant de mourir, vit au milieu de la crainte, de l'horreur et de l'épouvante, au ])oint gue tout ce qui s'agite dans cette caverne lui semble un re[)tile qui va le mordre, et le jette dans des transes mortelles ; de même en est-il de Tintelligence plongée dans cet abandon: elle ne ressent aucun mouvement intérieur qui ne soit une vipère toute prête à la couvrir de morsures venimeuses.
UI. La purgation passive de la partie in-
tellectuelle s'opère enfin par Vabandcn ou délaissement de la volonté. Au temps de l'aband(xi, la volonté est en Quelque sorte la forge où se préparent les plus cruels tourments de cette terrible purgation ; elle est comme le centre où viennent aboutir d'innombrables peines, ennuis, obstinations, indignations, tentations, fureurs, angoisses, blasphèmes contre Dieu et contre les saints. L'âme, victime de ce conflit, attachée à cette croix, sent se soulever en elle-même, avec une licence effrénée, le torrent des vices et des passions, immonde bourbier qui exhale en elle les émanations les plus délétères. Le bien lui cause des nausées ; le mal absorbe l'appétit sensitif et s'efforce même de subju-
fuer l'appétit rationnel. La raison perd toute nergie, le libre arbitre est comprimé, la grâce se cache, enfin, tout le fond de l'âme est accablé d'une manière indicible par une sorte d'abandon, source de mille ennuis.
Les Actes des saints nous offrent de nombreux exemples de celte purgation passive intellectuelle. La B. Angèie de Fulginée (in Act. SS. Antuerp, , d. 4 Jan., c. 2 Vitœ ) atteste qu'elle aurait préféré tout genre de martyre à cette affreuse désolation. Dans la Vie de sainte Madeleine de Pazzi, écrite par son confesseur, Vincent Puccin (25 mai, c. 6), nous voyons qu'elle était en proie à une aridité spirituelle si çrande, qu'elle avait conçu le plus profond aégoût pour tous .V>s exercices de religion. Le démon s'efforçait de lui persuader qu'il n'v avait pas de Dieu ni de sainte Eucharistie a adorer ; quand elle s'approchait de la sainte table pour communier, il lui semblait voir le démon prêt à la tuer; le démon enfin l'excitait souvent à blasphémer contre Dieu et contre les saints. Thomas de Jésus (t. IV, c. ik) rapporte, d'après saint Jean de la Croix, que le B. François fut deux ans en proie a cet abandon ; Henri Suso dix ans, et sainte Marie Egyptienne dix-sept ans. Le P. Godinez {Prax. th. myst.y 1. III, c. 5) rapporte avoir entendu dire à un savant théologien, homme d'un ju-
fement aussi remarquable que sa sainteté tait exemplaire, qu'après avoir éprouvé cette purgation, il ne pouvait trouver d'autre comparaison pour exprimer les tourments qu'il avait eu a souffrir, que de se représenter un homme tout de feu enfermé dfans un corps de chair d'une excessive sensibilité. On s'imagine assez combien serait horrible ce tourment, et l'on voit que, sans une grâce divine extraordinaire, aucun homme ne pourrait y résister. Peu de personnes, il est vrai, en viennent à celte extrémité ; mais heureuses celles qui souffrent ce terrible abandon, si Dieu leur réserve ensuite ce qu'il y a de plus suave et de plus parfait dans la contemplation.
Saint Bonaventure (Proc. ly Rel.) énumère les diverses espèces ae tentations qui peuvent se présenter dans cette purgation. La première est la privation et la disette de dévotion ; la seconde, la difficulté de faire le bien; la troisième, le dégoût qu'on éprouve généralement dans tout exercice religieux ;
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0'ASC£T1SME.
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la quatrième, la tentation d'impatience contre Dieu ; la cinquième, qu'il signale comme la
f)lus dangereuse , a lieu quand, après une ongue privation de dévotion, et au milieu des angoisses causées par le désir de recouvrer cette grâce habituelle de la dévotion, rhomme, épuisé, abandonne toute tentative à cet effet, et, sous un spécieux prétexte de patience, cesse de rechercher le secours divin ; il pense, avec une humilité mêlée de colère, qu'il est indigne d'une telle grâce, et, s'iraaginant que Dieu ne Ta destiné que pour les actes extérieurs, il cesse de produire des actes intérieurs; la sixième enûn, qui en renferme un^rand nombre d'autres, consiste dans l'hésitation sur la foi catholique, ou dans le désespoir de la miséricorde de Dieu: elle inspire des blasphèmes contre Dieu et contre les saints; elle porte au suicide; elle jette la conscience dans une perplexité cha-
frine qui se refuse à opposer aucun remède tant de maux.
La fin principale delà purgation passive intellectuelle est de disposer les âmes parfaites à la contemplation. C'est ce que remarque Alvarez (t. III Vit. spir.^ 1. ii, p, 3, c. b) : « Qui ne redouterait pas celte épreuve? Qui ne se mépriserait pas lui-môme, en se voyant entouré de cette nuée ténébreuse, et en proie à des pensées et à des affections toutes bestiales? Êst-il rien de plus froid que la glace de l'aridité? Mais le Seigneur sait l'adoucir par le doux vêtement de la consolation. Kstli rien de plus obscur que cette épaisse nuée, qui intercepte toute lumière? Mais Dieu par elle, comme par une pluie descendue, sa-t fertiliser la terre de notre cœur. Est-il rien de plus intolérable que la grêle? Mais Dieu sait en nourrir l'âme comme du pain le plus doux. »
L'âme est donc, dans cet abandon , [tourmentée, éprouvée et purifiée par la privation des rayons de la divine lumière, de sorte que la volonté, paralysée par une aride résignation, ne sait pas bien elle-même ce qu elle veut. En outre les yeux de l'esprit sont souvent frappés d'une bamière nouvelle, qui lui montre ses propres défauts, et comme il n'est pas suffisamment purifié, excite en lui d'affreuses terreurs. Néanmoins cette épreuve de l'âme, d'après des vues particulières de la divine Providence, peut ne pas conduire à la contemplation.
Pour que l'âme puisse profiter dans cet état de purgation , il faut^ outre les règles déjà prescrites, observer soigneusement les suivantes :
!• La première rèrfe à suivre c'est de bien dîstingu'^r la purgation de la partie intellectuelle, de celle de la partie sensible L'âme peut bien, il esi vrai, connaître, surtoutquand survient la consolation, si, par suite de la désolation et de la purgation passive, elle a notablement profité quant à la partie sensible, par l'abdication ae tout attachement aux objets sensibles. Mais quant à reconnaître si ce profit est arrivé an de^é de perfection auquel aspire la purgation intellectuelle, qui apprend à l'âmç à rester privée de tout se-
cours, à rendre grâces à Dieu, à le louer, et à ne chercher d'autre repos «|ue dans son bon vouloir, afin de s'élever ainsi à la contempl.-» tion, c'est à Dieu seul de le savoir. Et môme quoique nous puissions conjecturer par les effets, si l'âme est éprouvée sensiblement ou intellectuellement, il est néanmoins très difficile de discerner absolument les actes des facultés sensibles internes, des actes des facultés intellectuelles, les actes indélibérés des actes délibérés, et ceux de la partie inférieure de ceux de la partie sunérieure.
2* La seconde règle, c'est de ne point se trop laisser troubler par les fautes légères. Si l'âme, affermie en effet par la purgation intellectuelle dans une insigne vertu, et surtout dans une héroïque résignation en Dieu, jointo au sentiment de son propre néant, vient à tomber dans quelques fautes d'impatience , elle ne doit pas s'en troubler, et le directeur ne doit pas non plus la troubler, ni toutefois l'excuser entièrement, comme si ces fautes eussent été tout à fait indélibérées; il doit lavertir avec douceur, afin de la faire profiter même de ces fautes qu'elle aurait pu commettre par négligence. C'est ce que nous enseigne saint Grégoire (1. xix Mor,. c. S ) : « Les saints eux-mêmes, qui sur les ailes de l'Esprit-Saint sont ravis dans Téternelle demeure, tant qu'ils sont en cette vie, sont exposés h des tentations qui les préservent de toute pensée d orgueil, et qui les empêchent d'avancer dans la perfection aussi rapidement qu'ils voudraient, » Il le prouve par l'exemple d'Elie et de saint Paul.
3*" Le directeur doit distinguer des âipes parfaites celles qui sont imparfaites, et qui n ont pas de solides fondements dans la vertu. Car, pour ces dernières, il y a plus sujet de craindre qu'elles ne viennent à succomber dans l'épreuve, et à commettre non-seulement des fautes légères, mais aussi des péchés considérables. 11 ne fdut donc pas les diriger avec trop de confiance, comme si elles n avaient rien à craindre, ni cependant les trop effrayer, comme si elles ne pouvaient se mettre h l'abri de toute chute, par une humble résignation jointe aux secours de la grâce divine.
Cette règle est indiquée par Harpius (l.ii Th. myst.j c. W). Nous en concluons : 1" Beaucoup de justes deviennent infidèles, qui, dès qu'ils sentent la première atteinte do l'abandon, refroidissent leur ardeur vers la
Îerfection , et qui , au grand péril de leurs mes, cherchent des consolations dans les créatures. 2* D'autres, par pusillanimité, s'imaginent que toutes les commodités du corps leur sont nécessaires; aussi, sans tomber immédiatement dans le péché mortel, ils deviennent moins ardents pour la dévotion. 3' D'autres, privés de la douceur des consolations intérieures, se montrent envers les autres d'une humeur si chagrine, qu'ils semblent pressés j»ar quelque aiguillon infernal, et qu'ils se troublent gravement pour des choses d'une minime importance, k" D'autres encore, éprouvés par la désolation r après avoir goûté les douceurs de la consolation^
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deviennent inconstants, se livrant à la recherche de cette consolation, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, sous leur propre direction. C'est ainsi qu'ils pratiquent des mortilicatlons et des pénitences extérieures ; mais ne cherchent pas réellement Dieu par ces austérités. Ils demandent impétueusement de nombreux conseils à divers confesseurs, et les rejettent s'ils ne sont i^as à leur goût : aussi leur salut est-il en grand danger. 5" D'autres, au temps de la consolation, ayant épuisé leur tempérament par un zèle indiscret à d'excessives pénitences, tombent dans la sécheresse spirituelle, et soutirent un enfer terrestre tous les jours de leur vie. a Mais Dieu, dit l'auteur que nous citons» ne permet pas qu'ils soient donnés, à moins qu'ils ne commettent sciemment des péchés mortels : leur pusillanimité, leurs scrupules, les tentations qu'ils éprouvent sur la foi, voilà les peines temporelles qu'ils ont à souffrir ici-bas ; mais leur châtiment ne va pas jusqu'à la damnation. » 6° Même p^rmi les fidèles amis de Dieu, on en voit qui, au moment de la désolation, se troublent par l'excessive avidité avec laquelle ils s'elTorcent de recouvrer la consolation, dont ils n'ont pas la patience d'attendre le retour. « Ils sont punis de leurs désirs indiscrets; mais s'ils supportent leur abandon avec patience et longanimité, ils pourront en tirer de grands avantages. Et bien qu'ils ne semblent pas maîtres de leur raison dans l'extrémité où ils sont réduits, néanmoins, après cette crise d'envie et de malice infernale, ils doivent déplorer leur conduite et se résigner à la volonté de Dieu, le priant de leur pardonner le passé, et de les défendre des maux qui pourront désormais les menacer.
IV. Comme malgré l'absence de toute consolation, la lumière de la foi subsiste toujours dans la purgation intellectuelle, Tâmc doit vivement former le désir de rester fermement attachée à Dieu seul. Saint Pierre nous y exhorte : Nous avons les orades des prophètes (c'est-à-dire la foi), dont la certitude est plus afferme^ auxquels vous faites bien de vous arrêter, comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusquà ce que le jour commence à vous éclairer et que Vétoile du matin se lève dans vos coeurs, (II Petr. I, 13.) Donc l'Ame fidèle, dans l'état d'abandon, en s'attachant à la foi seule, comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur, peut acquérir plus de certitude et de force que lorsqu'elle est éclairée par une foi embellie de l'expérience de la consolation ; en effet, quand cette lumière luit dans les ténèbres, l'âme est forcée de rester attachée à Dieu seul, jusqu'à ce que se lève sur sa route l'étoile qui brille à l'aurore de la Gonteniplation céleste dans l'éternelle patrie. Saint Jean de la Croix nous l'enseigne aussi {Noct. obscur,) : « Parfois l'âme marche dans le sentier difficile de la vertu sans fixer ses regards sur aucune lumière intérieure
Earticulière à l'intelligence , sans s'attacher aucun guide extérieur qui puisse la consoler et 1 aider dans sa marche, à raison des
épaisses ténèbres qui, en l'environnant, la privent de toute consolation et de tout secours ; et cependant, l'amour et la foi qui la consumaient intérieurement dans un tel état d'abandon, en enflammant son cœur d'amour pour son bien-aimé, lui servent de mobile et de guide, et la font voler jusqu'à son Dieu par cette voie solitaire, sans que l'âme puisse s'expliquer comment cela se fait. »
V. Cette privation complète de lumière, *et ces erreurs presque innocentes, mais pleines d'épouvante, qui tourmentant l'âme dans le ténébreux état d'abandon, doivent la convaincre de l'abîme de sa propre misère , mais nullement la détourner de s'attacher à Dieu de plus en plus. Voici la règle que donne à ce sujet sainte Thérèse (CastelL, mans. vi, c 1) : « Dans cette tempête do l'abandon, il n'est d'autre remède que d'attendre la miséricorde de Dieu, qui d'un seul soufile dissipera tous ces nuages, au point que l'âme semblera n'avoir iamais été obscurcie par eux , éblouie qu'elle est par l'éclat du soleil divin, et comblée de plus de consolations que jamais. Et comme celui qui sort vainqueur d'un combat dangereux, elle s'applique entièrement à chanter les louanges du Seigneur, qui a combattu avec elle. Reconnaissant que ce n'est pas elle qui a terminé si heureusement la lutte, ni qui a fait toutes ces armes utilisées à sa défense, elle voit enfin qu'elle était au pouvoir de son ennemi, elle fait l'aveu de sa misère et de notre impuissance quand Dieu nousal)andonne. Elle n'a pas besoin de réfléchir longtemps pour s'en convaincre : sa propre exf)érience lui dévoile toute son incapacité et ui montre que notre pouvoir est à peu près nul, et que nous ne sommes que des êtres bien misérables.
Saint Matthieu (vin, 23) nous donne l'idée d'une âme progressant dans la perfection à l'école de Jésus et éprouvée par l'abandon. En effet, Jésus étant monté sur une barque avec ses disciple?, la mer devint tellement agitée que la barque était presque couverte par les flots ; Jésus cependant dormait, comme s'il ne s'en inquiétait nullement. Que doit faire l'âme, quand elle se voit abandonnée de tout et que Dieu semble sommeiller? Qu'elle recourre à Dieu dans son péril, et qu'elle l'éveille par le cri de sa prière, en diîianl : Levez-vous ; pourquoi dormez-^ous^ Seigneur ? Levez-vous et ne nous rejetez pas toujours. Pourquoi délournez^ous votre t>tsage? Pourquoi oubliez-vous notre pauvreté et notre affliction ? (Ps. xliii, 23 et ik.) Bien qu'elle s'écrie, dans une juste crainte : Seigneur, sauvez-nous^ nous périssons, elle en est doucement réprimandée; elle ne doit pas ainsi se livrer à la crainte, même au milieu de la plus furieuse tempête, jusqu'à perdre tout espoir et hésiter en quelque sorte dans sa foi, comme si celui qui dort ne veillait pas intérieurement pour elle et ne pouvait l'arracher des fureurs de la tempête. Pourquoi craignez-^ous, hommes de peu de foi? Plus Tâme s'est abandonnée tout entière à la urovidenqfi de son Seigneur bien-
aimé, plus elle éprouvera n'a qu'a se lever pbor com et à la mer cl rétablir la ti profonde.
Nous avons donné à l'ar Arcanes et aphorismeê de t jiassivc. Maintenant il no les Avis pratiques ne'cessaii pour la purqalion inlellecti
I. Quand le directeur vo blées de ténèbres, de crai et de douleurs, il ne doit p s'imaginer qu' elles sont d purgation intellectuelle, s dans de nombreuses et gra des maîtres spirituels s'y si pés. Il doit donc se cond gronde circonspection. Le angoisses, les alDictions in souffrances généralement ceux qui marchent par la landis que, selon saint J Dieu n' expose que bien p aux rigueurs de cette purj Personne n'en peut raécoi Celle purgation, si elle s'ell' fection requise, met sans i en possession do l'union r formative de l'amour divii qu'il en est peu que Dieu haut rang, de même il eu place sur la voie d'y parve doit donc éviter de se Iror de si haute importance. A utile d'indiquer quelques c ront reconnaître d'une an les peines dont l'âme est a mat à la purgation intellet
Ces caractères, le directe) vrir soit dans les circonsli dent la purgation, soit dan compagncnt. Presque loujc les émes que Dieu iiurifie iniellccluellc, ont déjà Irav sensible, et après y avoir .
vertus, sont entrées dans 1 jiendant lequeU ils ont que t^ipé aux douceurs de l'espr voulant les délices du rai jiroftmdément afTerrais dan; tiennes. Mais comme il an (jue Dieu fasse traverser tions sans aucun intervalle de paix, il fout remarque l'Âme, aidée par le secours spéciale, s'est auparavant e rage dans la perfection et b la vertu. Entin, quoi qu'il ( cessaire que l'àme, avant c
ttreuve de la purgation intel iiit de grands progrès ds afin de pouvoir résister au:
franoes de ce genre de pi donc le premier caractère q le directeur. Mais il n'est p Il lui faut remarquer en c se trouve l'âme au moment gée dans les ténèbres. Ce fera discerner le caractère
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de passions immorlifléos : co qui peut arriver, s'il s'agit d'une personne très-imparfaite ou hypocrite.
II. Quand le directeur a reconnu que son pénitent #est éprouvé par Dieu dans le creuset des tribulations, corame un métal qu'on fait fondre pour le purifier, il doit observer s'il aime la souffrance, et s'il porte volontiers cette croix, si lourde qu'elle puisse être. S'il rencontre toutes ces dispositions, qu'il se rassure : le pénitent -traversera sûrement toute la période de sa purgation. Les purgations de l esprit ne sont pas aussi dangereuses que celles des sens. Bien que Tâme soit plongée dans un abîme de ténèbres, de doutes, de craintes, d'épouvantes, d'aôlictions et d'angoisses, elle est toujours éclairée par la lumière purgative, qui est le principe d'après lequel elle règle toutes ses actions, et par lequel elle est non-seulement T>réservée de tout mal , mais encore elle s'élève d'une manière efTicace h la plus haute sublimité de la perfection. Cette sécurité avec laquelle l'âme traverse cette terrible purgation, saint Jean de la Croix la démontre par de nombreuses et solides preuves, dont nous allons présenter le résumé. L'Ame s'avance donc avec sûreté au milieu des ténèbres de cette purgation : l" parce que Dieu, dès l'origine, lui a inspiré ce souverain amour appréciatif dont nous avons déjà souvent parle, et lui accorde une volonté forte et efficace de ne rien faire en aucune occasion qui puisse lui causer le moindre déplaisir, et de ne rien omettre de ce qui concerne le service divin; 2* à cause du lien par lequel Dieu enchaîne toutes ses facultés rationnelles et sensitives. Remarquons, en , effet, que tous les péchés et les fautes que nous commettons en celte vie proviennent du mauvais emploi de nos facultés. Si nous péchons, c'est ou parce que nous usons mal du discernement de notre intelligence, ou de notre libre arbitre, ou parce que nous laissons se soulever les inclinations de notre appétit sensitif. Dans la purgation intellectuelle, rintelligence s'obscurcit, l'imagination est entravée dans son essor, la volonté se dessèche et languit; elle est restreinte dans ses affections et privée de tout secours ; toutes les affections divines et terrestres de l'appétit sensitif sont en proie à ane complète avidité; c^tte situation anéantit complètement la source et lorigine de tous nos péchés et de toutes nos fautes, laquelle n'est autre que cette perturbation de toutes nos facultés. Saint Jean de la Croix dit en effet, appuyé sur son expérience personnelle, que dans cette état les facultés sensitives se portent bien rarement sur des objets vains et inutiles ; tandis que les facultés spirituelles se tiennent loin de toute vaine gloire, de toute joie fausse ou de tout autre défaut; l'âme est alors manifestement frappée de cécité par la volonté de Dieu ; elle a besoin que Dieu la conduise en quelaue sorte par la main à travers ces voies ténébreuses, afin de continuer sûrement sa route. Et il n'y a rien là d'étonnant : car on ne peut pas, à pro-
prement parler, considérer comme ténèbres celles qui proviennent d'une trop grande abondance ou d'un trop vif éclat de lumière, lequel disproportionné avec la puissance intellective non encore purifiée, l'obscurcit de &a spiendide lueur, à peu près comme le soleil éblouit nos regards ; 3° l'âme s'approche d'autant plus de Dieu et est d'autant plus protégée par lui , que cette purgation d'obscurité l'entoure de plus épaisses ténèbres. David dit que Dieu habite dans les ténèbres. // a placé sa retraite au sein des ténèbres, {Ps, xvii, 12.) Non pas qu'il ya.t en Dieu aucunes ténèbres, puisqu'il est au contraire la lumière véritable : Il était la vraie lumière, qui illumine tout homme ; mais parce que sa pure lumière engendre des ténèbres [)Our l'œil de l'esprit humain, surtout s'il est souillé, comme dans le cas qui nous occupe, par de nombreuses imperfections. De sorte que, plus profonde est 1 obscurité qui enveloppe l'esprit au temps de la purgation, plus il s'approche de Dieu; c'est ainsi que plus l'œil s approcherait du soleil, plus il sera.t ébloui. Or, en se tenant plus près de Dieu, l'âme en éprouve mieux la protection et est mieux défendue de tout ce qui n'est pas Dieu; 4" l'âme, tant que dure celte purgat'on, marche presque toujours par la voie de la souffrance, qui est de toutes celle qui conduit le plus sûrement à Dieu. Quand l'âme est éprouvée et purifiée uniquement par les souffrances, elle devient plus prudente, plus vertueuse et plus chérie de Dieu. IIL L'âme doit donc, afin de parcourir sûrement cette période de sa purgation, se soumettre volontiers à la croix de ce martyre intérieur que nous avons décrit; elle doit embrasser paisiblement cette croix et la presser contre son cœur, autrement elle ne marcherait pas en sûreté et n'atteindrait pas la limite de l'union divine. Que le direclt»ur se pénètre de ce que dit à ce sujet saint Jean de la Croix (Noct. ohsc.y 1. ii, c. 7) : Làme^ dans cet état, a tout aussi peu de force oue celui qui serait détenu pieds et mains îiés dans u% obscur souterrain, sans aucune possibilité de rien voir, de faire aucun mouvement, de recevoir le moindre secours, jusqu'à ce qu'elle acquiesce à la volonté de Dieu, Qu'elle humilie et purifie son esprit, et que lui-même tout entier devienne si spirituel, si simple et si dégaaé de la matière, qu'il puisse ne plus faire qu un avec l'esprit de Dieu , selon le degré d'union divine que 'daignera lui accorder son infinie miséricorde. Voici donc comment l'âme, par l'intermédiaire de cette purgation, acquiert la certitude de parvenir à l'union de 1 amour , c'est en s'humiliant devant Dieu, en voulant reposer dans son sanctuaire, en supportant les souffrances avec résignation intérieure, jusqu'à ce que l'esprit se fasse si petit et si dégagé de la matière, qu'il ne soit plus qu'un aveclui. Voilà ce que le directeur doit souvent rap~ peler à ces âmes : c'est à cela que doit dans ce cas se réduire toute sa fonction; car une fois que l'âme est parvenue à obtenir cette humble soumission, malgré les craintei^i les
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soupçons, «es angoisses et les douleurs dont elle est tourmentée, elle est sûre de parvenir jusqu'au terme désiré de son union avec Dieu.
A cet etTet, qu'il lui mette souvent devant les yeux les souffrances du Rédempteur, l'extrême tristesse dont il fut rempli au jardin de Gethsémani, les craintes et les appréhensions, les angoisses et les douleurs intérieures dont il fut accablé, et qui le réduisirent à une mortelle agonie, jusqu'à faire ruisseler de tout son corps une sueur de sang ; que par cet exemple il Tanime à so uffri r i ntérieurement et à s'abreuver comme Jésus, et pour son amour, de ce calice d'amertume. A ces considérations et aux autres que lui proposera le directeur, le pénitent répondra qu en réfléchissant au poicis de ses fautes, il sent qu'i4 lui est impossible de Jouir d'une paix profonde, en portant cette croix que lui-môme s'est préparée par ses péchés. Le directeur doit alors lui montrer que, bien qu'il soit lui-même la cause des souffrances qu'il endure , néanmoins il est certain et hors de doute que ces souffrances et ces ténèbres lui sont envoyées par Dieu, que c'est lui-môme qui éveille en lui ce souvenir et cette appréhension de ses péchés. Il doit donc s'humilier, se conformer à la volonté de Dieu et se résigner entièrement aux souffrances et aux croix par lesquelles il réprouve.
Le mystique Thauler, parlant de ce genre de purgatioB, dit que le défaut de cette résignation ne fait que prolonger les afflictions de Tâme et la priver intérieurement, en punition de sa soumission insuffisante, des fruits de la divine lumière et de l'union mystique. Voici ses paroles, qu'il faut peser avec soin : Ils rasentent de la tristesse et de la douleurj parce qu'ils ne connaissent pas encore les fruits qui proviennent de cette épreuve , ou parce qu'ils manquent de rési» gnation et quil leur semble trop pénible et trop long de supporter jusqu'à ta fin cet accablement et ces afflictions. Ils doivent pourtant avoir la certitude oue s'ils ne les souffrent patiemment jusqu'à la fin^ ils ne font que les prolonger et les aggraver davantage , et se priver en même temps des fruits précieux qu'ils en recueilleraient^ s'ils avaient pu les supporter de bon cœur et avec une entière résignation d'esprit. Plus ils souffriraient avec simplicité et soumission y plus ils en retireraient d'avantages , de merites et de gloire, Car^ si l'homme s'est bien conduit dans le cours de cette épreuve^ à cette nuit obscure et ténébreuse succède infailliblement une éclatante lumière^ qui fait iriller intérieurement en lui l'éternelle vérité. Alors il deviendra certain^ non pas extérieurement aux yeux 4^^ hommes^ mais intérieurement devant Dieu, de pouvoir parvenir à cet amour pur et suprême j oà l'homme se perd et se renonce hii-méme , abandonne tout pour Dieu et se confond avec Dieu dans un seul et même amour. {Serm. SS. martyr.)
IV. Le directeur doit encore remarquer que CCS âmes, bien que conduites par Dieu
Dictionnaire d Ascétisme. II.
lui-môme dans une voie sûre , ne sont pas cependant à labri du danger de tomber dans le désespoir, non à l'occasion de la lumière purgative qui, leur mettant devant les yeux leurs péchés et leurs misères, ne fait que les
Êercer de la plus vive douleur d'avoir offensé lieu, et leur inspirer les sentiments les plus profonds d'anéantissement et d'humilité; mais par l'instigation du démon, qui, les frappant d'une émotion violente , peut faire tourner leur humilité endésesooir; car, la sécurité qui accompagne l'état de purgation intellectuelle , ne va pas jusque rendre l'homme impeccable. 11 doit donc continuellement veiller à les affermir et à les fortifier dans l'espérance. Qu'il leur prescrive, à cet effet , de produire sans cesse des actes d'espérance , et de ne jamais manquer à ce devoir, bien qu'il leur semble être les plus grands pécheurs du monde , desobiets dnorreur aux yeux de Dieu ; bien qu ils s'imaginent voir de leurs propres yeux l'arrêt même de leur damnation, comme cela est arrivé à sainte Angèle. Qu'ils fassent des actes d'espérante, le mieux qu'il leur sera possible, quand même ces actes leur paraîtraient pleins de tiédeur et de sécheresse ; qu'ils aient toujours à la bouche ces paroles de Job: Quand même vous me feriez mourir^ j'espérerais en vous. Seigneur, je ne suis pas digne de votre amour; par mes fautes, je mérite la damnation; néanmoins, je me gar* derai bien de jamais douter de votre bonté. Aussi ne doit-il pas leur permettre les confessions générales, dont ils n'ont nul besoin, et qui, d'ailleurs, dans cet état, leur deviendraient nuisibles. 11 ne faut pas non plus les autoriser à communier moins fiéquemment, ni les écouter, s'ils disent ne pouvoir approcher de cet auguste sacrement, par la conscience de leur extrême indignité ; qu'il les contraigne de passer par- dessus toutes ces objections et de s'approcher de la table eucharistique à leurs jours habituels ; qu'il leur ordonne même d*en approcher plus souvent que de coutume, afin de rendre leur esprit plus capable de supporter les çAQic- 4ions dfe leur purgation; afin que, fortifiées
far ce pain des anges, elles parviennent eureusement à la hauteur de l'union divine , à l'exemple d'Elie , gui , soutenu par le pain de l'ange , s'éleva jusqu'au sommet de la montagne d'Horeb : Et il marcha , fortifié par cette nourriture , jusqu'à la montagne d'Horeb, {III Reg. xix, 8.)
V. Que le directeur n'oublie pas de montrer à ces âmes affligées beaucoup de charité et de douceur, compatissant à leurs peines , et bannissant de leur esprit toute crainte d'être rejetéesde Dieu. Il est vrai que de telles excitations , ainsi que nous l'avons dit , sont peu utiles eux âmes éprouvées par cette purgation, parce que Dieu veut qu'elle soit pour elles un objet de tourments et d'angoisses. Néanmoins', l'humanité et la charité lui font une loi d'user de douceur et de mansuétude envers les personnes violemment éprouvées. Si donc elles sont malades , comme il arrive souvent dans cet état 1? nature étant
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