‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 5 sur 315 · PAK · texte numérisé non relu

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impuissante à supporter d'aussi vives douleurs , le directeur doit les visiter et les consoler souvent. Si elles jouissent d'une bonne santé, il ne doit pas leur permettre d'augmenter leurs pénitences corporelles; il doit môme les engager à les diminuer , et cela pour plusieurs motifs : l" Parce que c'est Dieu lui-môme qui inflige des pénitences à Ja personne qui souffre celte purgation , et des pénitences qui, certes, no sont pas légères. 2" Parce que la santé se ressent bientôt de ce martyre intérieur de l'esprit, martyre dont le corps a aussi sa large part, sans qu'il soit besoin d'y joindre de nombreuses mortifications extérieures. 3* Parce qu'on ressent peu les pénitences corporelles dans cet état oùTesprit est percé de la plusamère douleur. Quelques-uns vont même jusqu'à conseiller aux personnes ainsi affligées de se récréer par quelque divertissement honnête. C'est un Don conseil, si Ton procure Ear ce moyen quelque soulagement a laccalement de Tesprit. Mais nous pensons qif il est rare d'obtenir ce résultat, parce que les objets extérieurs n'ont pas assez d'influence pour délivrer l'esprit de cet abîme tf*amertume où la lumière purgative le plonge et le retient avec violence.

VI. Nous avons dit que, dans le cours de CCS purgations , la lumière divine de l'esprit cesse quelquefois d'investir l'Ame d'une manière purgative, obscure et inquiétante, mais se manifeste tout à coup à elle d'une manière iilurainative et suave. Cela arrive quand Dieu, afin de procurer quelque soulagements l'esprit affligé, tempère sa lumière et la meta la portée de nos facultés. De plus, il infuse ou plutôt excite dans la mémoire intellective quelque image de sa bonté, de sa grandeur et de son amabilité. L'âme reçoit alors de cette lumière tempérée Ixïaucoup d'éclat et de douceur, et s'élève avec encore plus de suavité à la contemfilation de ces objets dont elle a entrevu l'apparence intelligible. De là résulte pour l'esprit tout entier beaucoup de sérénité, de paix et de plaisir. Dans ce cas , le directeur doit prendre garde queFâme,en passant ainsi du comble de la douleur au comble de la joie , ne se jette avec trop d'avidité dans ce i)Alurage spirituel, et veiller à ce qu'elle n'en goûte qu'avec sobriété; il faut qu'il arrive à en détacher pleinement la volonté, pour qu'elle devienne plus forte par cette douce sensation, et qu'elle en regarde indifféremment l'absence ou la présence, selon la volonté divine. S'il venait à agir autrement , il fournirait matière à des purgations nouvelles.

VII. La purgation de l'esprii étant ainsi conduite à bonne fin, s'il voit que son disciple a fait de solides progrès dans la vertu,

Su'il est rempli de résignation , d'humilité , 'anéantissement de lui-même et c'est là Je point principal , le directeur peut et doit^ être satisfait et avoir en lui une confiance pleine et entière, si celui-ci vient à lui dire que Dieu l'honore de ses communications spirituelles. Néanmoins qu'il ne

ne regarde pas son disciple comme désormais impeccable ; s'il le voit se laisser aller à quelque impatience ou quelque faute semblable, qu'il n'en conçoive ni étonnement, ni inquiétude , et qu'if n'alarme pas celui-ci par des soupçons mal fondés et de vains fantômes. Car nous savons que les saints euxmêmes , tant qu'ils vivent dans cette chair mortelle, ne sont nullement à l'abri des fautes légères. L'homme doit puiser dans ces fautes mêmes un motif de s humilier , de se défier de ses propres forces et de placer en Dieu tout son espoir; il doit ensuite continuer de soutenir à cœur ouvert la lutte de la perfection.

PARTIE SENSIBLE (purgation passive DE LA ) La purgation passive de la partie sensibhy l'une des espèces de \ Abandon l Voy. ce mot), consiste dans la privation de la dévotion sensible, ou dans la désolation sensible, dans rindévotion, l'amertume, les douleurs , l'aridité, etc. Saint Bonaventure la définit Mn iv Proc, c. 2) : Une soustraction et une aisetle de dévotion. Les autres soustractions ne sont rien en comparaison de cellelà. La dévotion, en effet, est en quelque sorte une maison de refuge contre toute tribulation. Aussi David s'écrie-t-il : Le Seigneur est mon appuiy et te mépriserai mes ennemis, ( Ps, cxvii, 7. ) Quanades armées entières seraient campées contre mot, mon cœur n'en serait point effrayé. {Ps. xxvi, 3. ) Une fois que ce refuge lui est enlevé, l'homme se trouve en quelque sorte exposé sans défense aux hostilités des tentations, et il devient timide et pusillanime, à moins que, fortifié par la fermeté de sa foi et de son espérance, il ne se défende par la patience et par l'humilité.

La purgation passive df Id partie sensiblt se fait de bien des manières :

1* Par la privation des biens du corps; 2** Par les tentations qui proviennent des hommes; 3** Par les tentations du démon ; 4* Par la possession du démon ; 5* Par les obsessions du démon.

La purgation passive de la partie sensiblt se fait donc d'abord var la privation des biens du corps. C'est par la que Dieu, tout en dirigeant ces adversités par la màjn invisible de sa providence, a coutume de mettre le comble à l'abandon sensible, par la perte soit des biens extérieurs, de la fortune et des enfants, etc.. soit de la santé ou de la vie corporelle. C'est ainsi qu'un grand nombre de saints ont été éprouves et purifiés. Job ( c. i) le fut par la perte de ses biens et de ses enfants, (ç. ii) parla ruine de la santé du corps. 11 était, ditil lui-même, tout couvert d'ulcères depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, depuis la peau jusqu'aux os. — Tobic, fut frappé de cécité, sans compter la pauvreté et les autres infirmités qu'il avait à souffrix. — Ezéchias fut d'une langueur mortelle, qui le conduisit aux portes du tombeau. — Dans tous ces cas, remarquons-le, et le démon lui-même l'atteste pour Job, rien n'arrive sans la permission de la divine providence. ( Job 1,11.) Etendez un peu votre main et frap^

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pe% tout ce qui têt à lui, ( ii, 5} Etendez votre matn et frappez êe$ os et sa chair. Saint Augustin (It6. 3 De Trin., c. 3) pose le cas où une 'personne pieuse serait tombée malade à la suite de fatigues endurées dans l'intention de plaire à Dieu, et il dit : « Si on lui demandait la cause de son dessèchement, et qu'on la reconnût dans une peine volontaire, on aurait déjà remonté à une c^use supérieiire, émanant de l'Ame pour affecter le corns qu'elle régit; mais ce ne serait pas encore la cause première. Cette cause première et supérieure, il faut la chercher dans l'incommulable sagesse. C'est pour la servir avec amour et pour obéir à ses ordres ineffables que l'âme de l'homme sage a entrepris ce travail volontaire. La volonté de Dieu serait donc la cause première et véritable de cet épuiser ment. » Donc la^urgation passive de la partie sensible s'accomplit par les douleurs physiques que Dieu nous envoie, et par la perte des biens corporels.

De même que Dieu , par un spécial dessein de sa providence , punit les pécheurs par les maladies, de même il peut faire de ces maladies un instrument de purification et de perfectionnement pour les Ames. Ces maladies sont naturelles pour le mode et en elles-mêmes, bien quelles soient envoyées par une spéciale dispositiou do Dieu. C'est ce que remaraue L. le Valois (c. 74. Philos, sacrœ) : « Nul doute que les maladies n'aient parfois pour cause le péché; ces maladies ont cependant encore des causes naturelles qui se rapportent au corps... Si Dieu envoie les maladies à titre de vengeance, de châtiment ou d'épreuve, il se sert pour cela de causes secondaires. » D'autres sont des maladies spirituelles relativement à nous, bien qu'elles ne le soient pas effectivement et en elles-mêmes : les médecins en ignorent la cause et la guérison ; elles peuvent nous être envoyées par les bons ou les mauvais anges, toujours avec la permission de Dieu. Au reste, la plupart des maladies dont Dieu nous frappe pour nous éprouver, ont, en elles-mêmes, comme les autres, des causes naturelles, soit que la médecine puisse les reconnaître, soit qu'elles lui demeurent cachées. D'autres maladies enfin sont surnaturelles en elles-mêmes et quant à nous, c'est-à-dire proprement par miracle, parce que, soit en substance, soit ponr le mode , elles surpassent toute c^use créée , comme l'enseigne saint Thomas (i p. , q. 11 , a. k). Ainsi une maladie peut être regardée comme miraculeuse, quand elle se déclare subitement, sans aucun symptôme, sans aucune cause naturelle, mais par exemple , à la prière d'un saint , à la seule menace d'un prophète. (Ac^ xiii, 11. ) Ainsi le mage Elymas fut frappé d'aveuglement par saint Paul. De même aussi, quand, à la suite d'une extraordinaire émotion surnaturelle de l'âme, après une eitase, par exemple , le corps tombe snrnaturellement dans une maladie transitoire ou permanente. De même, enfin, quand la maladie prend des proportions réellement sur-

naturelles, à tel point que, provenant d'une cause ordinaire ou extraordinaire , elle devrait produire de plus grands maux ou même la mort, si elle n était contenue par la main de Dieu : les saints et surtout les martyrs nous en ont fourni de nombreux exemples

Là maladie peut donc être un des moyens de l'épreuve clivine, quand elle est envoyée par un dessein spécial de la divine provi dence, qu'elle ait une cause ordinaire ou miraculeuse, qu'on puisse ou non la guérir. Seulement il faut prendre les précautions suivantes : V On ne doit pas regarder comme extraordinaires et surnaturelles les maladies qu'on peut présumer ordinaires et purement naturelles, à moins qu'on ne soit déterminé à le croire par la prudente décision du médecin du corps et aussi du médecin spirituel. 2° Quelles que soient ces maladies, il ne faut pas les rapporter à Tépreuve de purgation passive propre à l'âme parfaite, quand on n'est pas sufllsamment certain d'une telle i)erfection; dans le doute, il est plus'sûr do les attribuer à la punition d'une âme tiède ou peu avide de perfection, afin do pouvoir corriger avec plus de soin ses fautes plus ou moins notables. 3' Quelle que soit la cause au la fin de ces maladies, il faut plutôt chercher à les supporter avec joie ou résignation au'à désirer le recouvrement de la santé, sous le prétexte de pouvoir mieux se livrer au service de Dieu. Louis du Pont (t. I Perf. christ. , tr. 5 ) enseigne le moyen de tirer parti des infirmités.

Dans ces infirmités du corps, il est bon, non-seulement en général de recourir au secours de la médecine, quand il y a nécessité urgente et espoir de soulagement, mais aussi de le faire en particulier (avec certaines précautions cependant ) quand l'infirmité est regardée comme surnaturelle, et comme envoyée pour la purgation passive de Tâme parfaite. 11 faut en dire autant de la prière pour le recouvrement de la santé, si Dieu le juge plus à propos. On le prouve :

!• Par l'Ecriture sainte : Mon fils, ne vous méprisez pas vous-même dans votre infirmité^ mais priez le Seiqneur , et lui-même vous guérira,., appelez h médecin. (Eccli. xxxvni. 9, il. )

2» Saint Basile nous l'enseigne (In Reg. 6rer., UO, etinfusior., 55), en prouvant que la médecine nous est utile comme l'agriculture, l'architecture, l'art du navigateur, etc. Il ajoute : « Quant aux secours gue nous devons tirer de la médecine, il est indigne de tout chrétien de les rechercher avec celte inquiète avidité, source des plus grands maux, par laquelle on semble consacrer sa vie tout entière à la santé du corps. ^ Observant ensuite que les maladies ne sont pas toujours causées par la nature, et que souvent nous en sommes affligés en punition de nos fautes^ et pour notre amélioration, le même auteur ajoute : « Ces sortes d'infirmités doivent être supportées en silence et sans qu'on ait recours à la médecine. » Dans le cas où les infirmités sont envoyées de Dieu, soit comme épreuves, ainsi

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qu'à Tégard de Job, soit pour donner un exemple de patience, comme à Tégard de Lazare, soit pour faciliter la fuite du danger, comme a Tégàrd de saint Paul, « quel f)rofit, ces hommes peuvent-ils retirer de a médecine? n'est-elle pas plutôt pour eux une source de dangers? car il leur faudrait abandonner les sentiers de la droite raison pour consacrer tous leurs soins à la seule guérison du corps. » Les ascètes et surtout les anciens anachorètes, et avec eux saint Bernard, avaient coutume de ne iamais ou presque jamais recourir à la médecine, dans leurs infirmités, par amour des austérités et de la pauvreté ; et mèâie ils refusaient de prier pour le recouvrement de leur santé, regardant la maladie comme un plus précieux avantage. Dans la suite , les religieux et les frères mendiants, dociles aux institutions de leur ordre, qui avaient modéré cette rigueur, pensèrent au*il était mieux jde prier pour la santé, et de profiter avec modération et résignation des secours de la médecine.

3' L. le Valois (de «ocr. PhiL, c. 74) en donne ainsi la raison : « Puisque les maladies ont une double origine, l'une divine, l'autre naturelle, que doit faire le malade? Assurément, apaiser Dieu et en

même temps recourir aux médecins Si,

en vous tournant vers Dieu, vous méprisez la guérison, vous péchez par imprudence envers Dieu lui-même, qui, après les expiations, ordonne de faire appeler le médecin, parce qu'il l'a créé lui-même pour cette nécessité : Vous tombez donc dans l'impiété, sous une fausse apparence de piété , quand vous méprisez ses œuvres. Mais, si d'un autre côté vous négligez les offrandes et les

f)rières, pour n'avoir de conflance que dans es seuls secours de la médecine, vous péchez plus brièvement, en croyant que la nature peut faire quelque chose sans Dieu. » Saint Grégoire de Nazianze (or. 25) raconte

Sue, par une faveur toute spéciale, sainte orgonie fut miraculeusement guérie, ayant laissé la médecine pour ne recourir qu à Dieu seul.

Dans la purgation passive, par les infirmités, nous proposons de suivre les règles suivantes : l** Quel que soit le côté d'où proviennent les infirmités, si elles sont graves, outre les prières qu'il faut adresser à Dieu, et les efforts pour purifier sa conscience, on doit encore user des ressources de la médecine. 2* Si nous éprouvons que la médecine nous est plutôt nuisible qu'utile, il faut nous en abstenir, et supporter patiemment la maladie, en suivant un sage régime, fondé surtout surTabstinence. 3' H faut surtout agir ainsi quand on peut sagement croire que rmflrmité, soit actuelle, soit habituelle, qui afflige quelque âme d'une vertu singulière, provient d'une cause surnaturelle. Dieu voulant la perfectionner d'une manière toute spéciale. 4* Il arrive toutefois, môme dans ce cas, qu'il ne faut pas complètement négliger la médecine , mais y avoir recours avec modération, pour le soulagement d'une

constitution trop affaissée, et même complètement, quand la maladie se complique de caractères qui semblent avoir des causes naturelles. Les personnes que Dieu éprouve sont sujettes, en effet, comme les autres à tomber malades et à mourir. 5* Dans ce même cas où la cause est surnaturelle, la maladie peut être naturelle en elle-mêmer et guérissable par la médecine aussi bien que par le miracle. 6* Il peut arriver qu'une infirmité, même surnaturelle, soit envoyée de Dieu pour un temps, et que cependant Dieu lui-même excite l'flme a demander et à obtenir une guérison miraculeuse.

La purgation passive de la partie sensible se fait encore quelquefois par les tentations et les persécutions causées par les hommes : telles furent celles que Job eut à souffrir de sa femme et de ses amis. Ces

[)ersécutions [)euvent être suscitées contre es Âmes parfaites, soit par les païens et les hérétiques, soit par les mauvais catholiques, soit enfin par des gens honnêtes et de bons catholiques. Ceux qui sont en butte aux persécutions des hérétiques et des païens, sont surtout ceux qui suivent la vie mixte, et qui, comme d'autres apôtres, participent au sang de Jésus-Christ par la propagation de la roi. Dieu les dispose d'ordinaire au don précieux de la contemolation par les

f)ersécutions, les opprobres, les ignominies, es faux témoignages et les contradictions. C'est la voie dans laquelle marchait saint Paul, et où le suivirent saint Athanase, saint Augustin, saint François Xavier, etc., etc.

Les hommes dévoués comme ceux-là aux travaux apostoliques ne vivent pas d'ordinaire , il est vrai , dans les austérités et la solitude; ils ne sont pas couverts de haillons, cela ne conviendrait pas au genre de vie qu'ils ont adopté; ils ne pratiquent pas autant de jeûnes, de veilles et de pénitences

3ue les solitaires , parce qu'ils ont besoin e forces pour remplir les travaux de leur ministère; souvent même ils retirent de leurs continuelles relations avec les pécheurs, pour les ramener à Dieu, une sorte de poussière d'imperfections morales ; leurs passions sont moins mortifiées; néanmoins, ils sont en butte à tant de croix, de labeurs, de fatigues, d'opprobres, de faux témoignages, et d'autres afflictions de l'âme ou du corps, que Dieu, après quelque temps d'abandon, leur communique ordinairement la contemplation qu'il donne en récompense aux solitaires : c'est un remède qui guérit les plaies de leur cœur, une récompense des rudes épreuves qu'ils ont à souffrir dans la vie mixte; car, il ne serait pas rationnel qu'une faveur si précieuse pût s'acquérir sans beaucoup peine.

Les ftmes qui aspirent à la perfection sont éprouvées aussi par des persécutions que leur suscitent les mauvais catholiques. Si elles les supportent avec patience, elles s'élèvent à la contemplation. C'est ainsi quo saint Benoit faillit être empoisonné une fois oar le prêtre Florentin, une autre fois oar

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uue conjursniôn de moines. (S. Greg., in ejus yU.y c. 3, 8.)

C'est ainsi que le Frère Elie, vicaire général des Franciscains, osa attaquer de sou vivant saint François , le fondateur de Tordre , et le traduire devant plusieurs Frères comme le fléau de son institut ; c'est ainsi qu'il fit emprisonner saint Antoine dePadoue (Wading. m Annal. Min.,, ad an. 1230.)

Il faut encore comprendre dans cette catégorie les calomnieuses accusations que sainte Thérèse eut à souffrir, au sujet de l'érection du premier monastère soumis à sa réforme ; en un mot toutes les persécutions auxquelles tant de saints furent en butte, comme on le voit par leur histoire.

Cette purgation afflige souvent aussi les personnes qui pratiquent la vie mixte. Dieu permet souvent que des prédicateurs ou des confesseurs, dans leurs efforts pour être utiles au prochain, se laissent souvent emporter par imprudence ou par excès de zèle, et disent , en public ou en particulier, avec de bonnes intentions, quelques paroles blessantes pour des grands du monde , ce qui excite contre eux de grandes persécutions. D'autres, par défaut de circonspection, viennent à émettre quelque proposition mal sonnante ou douteuse en matière de foi et de mœurs, et sont impitoyablement déchirés par les censures des médisants ou de leurs ennemis. Souvent même ces hommes apostoliques voient s'élever contre eux des collègues envieux et jaloux, qui, ne pouvant supporter les applaudissements par lesquels la multitude les accueille, s enflamment d'une odieuse rivalité et se répandent contre eux en mille invectives: croix très-douloureuse , surtout quand elle est causée par de faux témoignages en matière de pureté de doctrine ou ae mœurs. Il n'est point de mortification plus grande que de souffrir en silence une contradiction aussi peu méritée. La croix est plus douloureuse encore, guand on se voit frappé de châtiments publics ou particuliers , privé du pouvoir d'offrir lo saint sacrifice , de prêcher ou de confesser, pour quelque faute grave ou légère, que Ton a commise sans intention, ou du moins sans les circonstances aggravées et exagérées par ses adversaires. Si cette croix est endurée avec persévérance, elle deviendra une source a inexplicable suavité , qui consolera par la contemplation. Une autre croix bien lourde à porter, c'est quand Dieu permet que ses serviteurs, vivant dans quelque communauté, soient tourmentés par des confrères ou des supérieurs de mauvaises mœurs , faussement accusés par haine , méprisés et calomniés. En gémissant et en pleurant sous cette croix pénible , ils traîneront une vie malheureuse, s'ils ne se conforment parfaitement à la volonté divine.

Enfin les persécutions peuvent provenir deaens vertueux et bons catholiques , mais induits en erreur. Nous en avons de nombreux exemples dans les Vies des saints et dans les Actes de leur canonisation. Ainsi dans celle de saint Philippe de Néri {Tit. de

fortit.jy se ifouvent rapportées »es persécutions qu'il eut h souffrir de quelques puissants Romains , des plus illustres, au temps de Paul IV et de saint Pie V : il fut accusé par les uns de vaine gloire, parce que, pendant le carnaval, il visitait les sept églises de la ville, accompagné d'une grande multitude de peuple ; d'autres lui reprochaient ' d'être stupide dans ses prédications. Bien • des saints ont été accusés devant le tribunal de la sainte Inquisition et jetés en prison comme suspects d'hérésie. Sainte Thérèse et ses compagnes, sur de fausses dénonciations, furent traduites devant le saint Office d'Es-

!)agne. Saint Bernardin de Sienne fut mandé i Rome par le pape Martin V, comme coupable de superstition. Saint Ignace fut mis en prison par la sainte Inquisition. Dieu a permis gue beaucoup de ses serviteurs lussent injustement punis par leurs supérieurs ecclésiastiques , trompés sur leur compte. Ecoutons Lauraea sur ce sujet (Opusc. 6, de orat. c. 5) : « Je pourrais, surtout parmi les religieux réguliers, faire une longue histoire de ceux qui , par la permission de Dieu, ont été injustement punis et mortifiés par leurs supérieurs ecclésiasti-

3ues mal informés. On rencontre souvent ans les couvents des moines qui, par haine, jalousie ou faux zèle, s'élèvent incessamment et\san3 relâche contre un frère d'une piété exemplaire, w

Théophile Rajnaud (Op., t. XVI) montre que la persécution cénobitique est de toutes la plus cruelle. Le cardinal Baronius {Ann.^ ad an. 1049) raconte comment des calomniateurs aliénèrent contre Pierre Damien l'esprit de saint Léon IX, et il ajoute : « La fréquence même de ces erreurs doit consoler ceux qui ont à en souffrir, et faire en sorte,

Sour ceux qui seraient capables d'y tomber, e se tenir sur leurs gardes , et de ne pas prêter facilement l'oreille à la calomnie, surtout quand il s'agit de personnes qu'une sainteté exemplaire rend depuis longtemps recommandables. » C'est là la croix la plus pénible ; car quand la sainteté du persécuteur donne de l'autorité à ses paroles , l'innocence de la victime reste sans défense.

Saint Grégoire (lib. i Dial.) raconte (jue saint Equitius fut accusé auprès du Saint- Siège de s'être livré à la prédication sans instruction suflîsante et sans une autorité légitime, et aue le Pape ajouta foi à cette calomnieuse délation. Et il répond à ceux qui s' ci étonnent : « Qu'y a-t-il d'étonnant que non* soyons trompés? Ne sommes-nous pas de hommes? Ne vous souvient-il pas que Da vid, qui avait ordinairement l'esprit de pro • phétie, condamna le fils innocent de Jonathas sur la déposition menteuse d'un enfant? Faut-il donc être surpris si nous nous laissons quelquefois égarer par de faux rapports, nous qui ne sommes pas des prophètes : d'autant plus que l'immensilé des affaires absorbe toute Tattention des Souverains Pontifes : plus, en effet, l'esprit embrasse de choses, moins il peut approfondi ir chacune i plus les affaires qui l'occupent ^ont étendues

Si

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et nombreuses , plus il lui est facile de se tromper sur Tune d'elles. » Il ne s'agit pas ici de ces choses où la décision du Souverain Pontife est infaillible : ici on peut être condamné quoique innocent, et le juge peut condamner injustement sans être injuste.UApôtre avoue qu'il a résisté à Pierre {Gai, ii), >arce que la crainte de ceux qui avaient reçu a circoncision avait porté le prince des apôtres à conserver les prescriptions légales. Et cependant Pierre n'était pas coupable, puisque les apôtres pouvaient a cette époque pratiquer ces observances. Paul, d'un autre côté, avait raison de le reprendre, ne pensant pas pouvoir réprimer autrement Terreur de ceux qui ne partageaient pas la môme opinion. (Baronius, ad an. 51, n°23.)

La purgation passive de la partie sensible se fait encore par le moyen au démon qui réunit tous ses efforts pour tenter les âmes saintes, et qui souvent, par la permission de Dieu, semble momentanément s'en rendre maître par là possession et l'obsession, {Voir les mots DÉMON, Possession, Obsession.)

PASCHASE RADBERT, fut un moine de l'abbaye de Corbie dont il devint abbé ensuite. Il sanctifiait par la prière tous les instants de sa vie, et se livrait à l'étude des sciences qpii avaient la religion pour objet. Il se nommait souvent, dans ses ouvrages, le rebut de l'état monastique. Il mourut en 855. {Voir pour ses ouvrages le Catalogue^ à la fin de ce volume.)

PASSAVANTE ( Jacques) , né à Florence d'une famille distinguée , mort en 1357, entra dans Tordre de Saint Dominique et rendit son nom célèbre en Italie, par un traité intitulé : le Miroir de la Vraie pénitence ; 1495, in-4.*. Cet ouvrage est fort estimé tant pour le fond que pour le style.

PASSION DE JÉàUS-CHRIST (méditation DE la). « Rien ne nous est si salutaire , dit saint Augustin, que de penser tous les jours combien de choses Dieu a souffertes pour nous, » Saint Bernard dit que rien n'est si propre pour guérir les blessures de la conscience et purifier l'esprit, que la méditation continuelle des souffrances de Jésus-Christ. C'est aussi un grand secours contre toutes sortes de tentations, disent les saints, et principalement contre celle de l'impureté, de recourir à la méditation de la Passion de Jésus-Christ, et de nous cacher dans ses plaies. Enfin c'est un remède universel contre toutes sortes de maux de penser à Jésus-Christ crucifié, et saint Augustin nous assure qu'en toutes rencontres il n'a trouvé rien de si efficace que les plaies de l'Homme- Dieu. «Celui, dit saint Bonaventure, qui s'attache à méditer dévotement sur la vie et la mort de Jésus-Christ, y rencontre abondamment tout ce dont il a besoin, et n'a que faire de rien chercher hors de Jésus-Christ. Ainsi nous voyons que cette pratique a été familière aux saints, et que par là ils sont parvenus à une grande perfection.»

Ouand cet exercice ne servirait qu'à nous faire souvenir do Dieu, et à nous rappeler les bienfaits aue nous en avons reçus, il se-

rait toujours d'^un grand mérite à ses yeux. C'est le propre de l'amoar de faire qu'on soit ravi d'être dans le souvenir d'une personne qu'on aime ; et quand on sait que cette personne pense souvent aux services qu'on lui a rendus, et se plaît à s'en entretenir, ces marques de sa tendresse donnent plus de joie que les présents du monde les plus magnifiques. C'est ainsi qu'une femme de qualité dont le fils voyage dans des pays lointains , et qui entend dire qu'il ne fait

3ue parler des bienfaits qu'il en a reçus et es obligations gu'il lui a, en est plus touchée que s'il lui envoyait toutes les raretés du pays où il se trouve. 11 en est de même de Dieu; il garde les lois de l'amour et demeure dans les termes de ceux qui aiment réellement. Il est content que nous nous souvenions de lui , que nous pensions aux grâces qu'il nous a faites et aux merveilles qu'il a opérées pour nous : nous devons nous entretenir d autant plus dans cet exercice, que nous ne saurions le pratiquer longtemps sans que la considération de tant de bienfaits nous excite à le servir avec le plus de ferveur possible;

La méthode que nous devons garder dans La méditation des souffrances de Jésus- Christ , est la même que celle que les maîtres de la vie spirituelle nous recommandent dans Toraison. Ils ne veulent pas qu'on emploie tout le temps à parcourir tous les points de son sujet , mais qu'on s'^ occupe principalement a échauffer la volonté par des mouvements affectueux qui , étant aabord produits dans le cœur, aient ensuite leur effet dans toutes nos actions. Comme celui qui creuse et fouille la terre, soit pour trouver de l'eau, soit pour découvrir un trésor, cesse de le faire dès qu'il a trouvé ce qu'il cherchait , de même , lorsque, par une profonde méditation vous avez trouvé le trésor de la charité et de l'amour de Dieu, et la fontaine d'eau vive que vous cherchiez, il n'est pas nécessaire de chercher à creuser davantage, il faut seulement songer à vous enrichir des trésors de la grâce que vous avez trouvés, et à vous désaltérer à longs traits à cette source de la vie éternelle, en vous entretenant dans les mouvements affectueux dont vous vous sentez touché. C'est là le but de l'oraison et le fruit qu'on doit en tirer, et c'est à quoi doivent aboutir tontes les méditations et toutes les réflexions de l'esprit.

PASSION DOMINANTE. — Nul ne peut prétendre à la perfection chrétienne s'il ne s'applique toute sa vie à vaincre sa passion dominante; c'est l'avis de tous les maîtresde la vie spirituelle. Ecoutons, pour nous en convaincre, le P. Guilloré qui a si bien traité cette importante matière :

« Il est étrange, cher Théonée, dit-il, combien les sentiments sont partagés pour^définir en guoi consiste la véritable dévotion, car ordinairement chacun s'en forme l'idée qu'il lui plaît, selon qu'il est j)orté par les inclinations particulières de son tempérament.

PAS

D'ASCETISME.

PAS

Si

« Une personne mélancoliaue mettra toute sadévotionà être solitaire et éloignée du commerce des créatures, n'estimant pas celle qui est exposée et toujours au hasard de se perdre. Celui qui est bilieux n*a d'estime que pour celle qui est active» et qui sait par son zèle ga^er incessamment des âmes è Dieu. Un espnt rude et sévère ne reconnaît de dévotion bien solide que dans la rigueur lies austérités. Une âme douce et affective ne croit pas qu'elle soit jamais dévote, que lorsqu'elle est remplie de douceurs. Un autre, qui aura l'esprit petit et borné, jugera, selon la petitesse de sa capacité, que toute la dévotion consiste à dire beaucouo de prières vocales, à courir d'église en église et à faire souvent des pèlerinages. Celui qui est naturellement porté à la compassion prétend qu'il n'y à point de solide dévotion que celle qui a cent mains pour faire la charité aux pauvres. — C'est ainsi que chacun met ordinairement sa dévotion particulière dans l'occupation qui revient le mieux à son tempérament ; ce qui fait que toute la dévotion n'est qu'humeur et un pur effet de nos inclinations, etgue nous faisons les vertus esclaves de nos bizarreries au lieu de nous soumettre nous-mêmes à l'empire des vertus.

« La véritable dévotion peut se connaître par son seul nom, qui signifie un dévouement de soi-même que Ton fait à Dieu par une entière immolation ; or comme il n'^ a rien gui soit si contraire à cette immolation parfaite, comme la passion dominante (|ui est en nous, il faut dire que le dévotion sincère, et le grand progrès dans la perfection, consistent à dompter cette passion dominante et tjrannique; et c'est ici le mal délicat où l'on ne veut pas porter la main, tandisque Ton s'empresse assez vainement de guérir toutes les autres maladies de l'âme. — Four bien comprendre ma pensée, il faut remarquer que cnacuna sa passiondominante.

Je sais bien aue toutes les passions sont en nous, mais elles n'y ont j)as le même degré : leà unes y sont presque éteintes, les autres y ont plus de chaleur, si bien que, si l'on y fait attention, on en trouvera une qui domine particulièrement sur toutes les autres, c'est-a-dire qui a plus d'ardeur, qui éclate davantage, qui règne dans tous les actes, donne du mouvement à tout et entraine avec elle les autres passions. — Les uns sont

Î)ortés à la colère et à une vivo impatience, es autres sont tyrannissés par l'inclination violente qu'ils ont à aimer ; il y en a qu'une secrète aversion pour tout ce qui leur est antipathique tient toujours dans le fiel et l'ai* greur; d'autres sont ambitieux àl'excès, d'autres ont la passion de'censiirer et de condamner ce qui n'est pas de leur sens et n'épargnent personne; il y en a qui ont un mouvement Je langue qiii ne cesse jamais, et d'autres qui sont si pleins de l'amour de leur liberté, qu'il ne veulent se gêner en rien, quelque saints qu'ils puissent être ; enfin on en voit qui ne[sont appliqués qu'aux aises et aux

commodités de leur corps et à la sensualité de leur goût.

n Voilà comme chacun de nousaune passion dominante, qui a tant de force et de pouvoir, qu'elle est d'ordinaire rârae.'de toutes nos opétions ; c'est elle qui exerce en nous un souverain empire, qui fait comme le caractère de notre être particulier, et produit en nous comme une seconde nature, après celle de l'homme. -— C'est donc à cette passion dominante qu'il faut s'attacher, pour la régler et la détruire^ si l'on veut faire de grands progrès dans la perfection ; car, quelque soin qu'on prenne aassujettir les autres passions, on ne fera rien si celle-ci n'est combattue et domptée C'est pour cela que la plupart, s'épargnant et se flattant toujours de ce côtélà, se trompent eux-mêmes, pensant qu'ils font quelque chose dans la vertu, parce qu'ils ne se négligent pas tout à fait dans le reste. — Nous le dirons donc encore, car il faut que cette pensée pénètre bien avant dans notre esprit : Si celùi-ci n'adoucit son hameur impatiente et colère, si celui-là n'éloigne absolument son cœur de toutes ses tendresses et de toutes ses amitiés; si l'un ne corrige et ne tempère ses aversions, et l'autre ne s'étudie à se cacher et à s'obscurcir en toutes choses; si celui-ci n'arrête les précipitations et les immodesties de son extérieur par une juste composition, et celui-là ne s'applique à bien juger de son prochain ; si l'un qui aime trop sa liberté ne se fait violence pour l'assujettir, et l'autre qui est sensuel ne cherche à refuser à son corps et à son got!^t ce qui peut sa* tisfaire sa sensualité , il n'y a pas pour eux de progrès à espérer dans la perfection tant

aue cette passion dominante ne sera pas omptée. — Nous allons donc voir, V d où vient que dans l'exercice de la vertu, chacun s'applique si peu à la victoire de cette passion ; 2* Quelles sont les raisgbiis qui montrent la nécessité de s'y appliquer.

« L D'où vient qu'on s'appUque.si peu à vaincre la passion dominante? — Efforcezvous, cher Théonée, de découvrir avec moi la malignité cachée de ce mal si universel, dans lequel les personnes de piété sont engagées aussi bien que le vulgaire , parce qu'elles ne travaillent pas avec an soin tout particulier à la détruire. Ce dérèglement vient d'ordi-^ nairo de ce que cette passion n'est pas con* sidérée comme un mal de conséquence»

Mais c'est ce qui m'étonne, direz-vous, et je cherche ce qui peut empêcher qu'on ne connaisse pas combien elle est dangereuse, pujsau'elle se déclare si hautement, et qu'elle cause les plus grands désordres de 1 âme. Je vous réponds que cette personne, qui au reste aime le bien, faisant oeaucoup d'autres actions vertueuses, en fait comme un voile et une ombre à cette passion, qui perd ainsi beaucoup de sa difformité. Celle qui a (les amitiés molles et naturelles n'en comfjrend pas le mal, parce qu'elle se sent une âme dévote, qui a des inclinations pour tout ce qui est d^ piété ; celle qui est colère et impîitiente s'aveugle dans cette passioo,

PAR

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parce qu'elle a du zèle pour le bien public, pour la réçularité, pour les austérités; celle qui est ambitieuse et qui a une grande passion de paraître, voit qu'elle fait cent bonnes actions pour le prochain, qu'elle s'y consume par de grands soins, et qu'elle n'y épargne point ses peines ; cela jette comme un nuage sur sa passion, qui ne lui est plus visible, étant SI bien à couvert ; celle qui est lâche dans ses devoirs, par une pesanteur de nature et d'esprit, n'appréhende pas cette disposition terrestre, parce que pour tout le reste elle sent qu'elle est assez modeste, qu'elle n'est pas malfaisante, qu'elle ne parle pas mal ae son prochain ; celle qui est sujette à avoir des aversions particulières, n'y découvre rien de si coupable, parce

Su'elle sera charitable, qu'elle dit du bien es autres, et a pour eux un cœur plein de bonté. 11 en est ainsi de toutes les autres passions dominantes, dont la nature couvre malicieusement le désordre, par la vue des biens qu'on fait d'ailleurs.

« Cette passion passe encore pour assez innocente , parce qu'on ne voudrait pas se porter aux derniers excès ; ce cœur, qui ne vit que d^amitiés sensuelles, ne voudrait pas aller jusqu'au crime; cette personne, remplie d aversion, ne voudrait pas en venir à la vengeance; celle qui a de l'ambition ne voudrait pas la satisfaire par rabaissement et l'humiliation d'un autre; celle qui aime son corps ne voudrait pas lui procurer toutes les-délicatesses. O Dieuî que d'artifices pour autoriser celte malicieuse passion ! Cela a'est-il point étrange ? comme si cette passion, pour n'être pas portée à l'extrémité, était entier emeni innocente 1 — Enfin , Ton ne cofnprend pas la malignité de cette passion dominante, parce qu'on s'en justifie par l'exmple de plusieurs qui n*en font pas moins, qui ont aussi leurs amitiés, qui soignent assez bien leurs corps, qui ont leurs impatiences comme les autres , qui ne négligent pas leurs intérêts , quoique vertueux , qui ne se gênent point tant à être exacts et réglés en toutes choses. Mais ne sontils pas bien aveugles? comme si le dérèglement des autres était la justification de leur SassioB particulière! Ils n'ont pas entendu assien qui leur dit que, pour aller à la perfection, il ne faut pas se former sur les façons communes de ceux même qui font profession de vertu, d'où l'on ne peut orclinaireinent tirer que des sujets de relâchement et de froideur. — Vous vovez donc que ce qui fait que celte passion n est pas appréhendée comme elle devrait Têire , c'est qu on la considère sous de certains regards trompeurs qui la déguisent et la font paraître comme colorée du peu de bien que l'on fait d'ailleurs ; on se flatte de ne pas la satisfaire autant qu'on le pourrait, et sur l'exemple de plusieurs qui n'en usent pas autrement ; c'est pourquoi il n'y a pas lieu de s'étonner si toutes ces personnes, trompées par de fausses raisons, croient leur mal plus innocent qu il n'est, et ne travaillent pas à en chercher la guéri&on.

« Je trouve encore un autre principe de ee dérèglement : c'est aue cette passion étant maintenant réglée d'un autre côlé et sous un autre visage, elle s'effraye par ladifiiculté

Si'elle fait voir dans sa victoire; car, comme le domine entre toutes les passions avec empire , elle est forte et délicate en même temps : elle est forte, parce que sa domination est établie par une vieille habitude ; elle est délicate, parce que, pour peu qu'on l'attaque, elle éclate. Or, il est peu d'âmes assez courageuses dans la vertu pour entreprendre un ennemi de cette nature. On ne refusera pas de chercher la mortification des autres passions , pourvu que la dominante soit épargnée; mais, si l'on prétend vous porter à détruire ces amitiés si sensuelles, cette colère si vive, cette ambition si politique , cette pesanteur d'agir si terrestre , cet amour lâche de votre liberté, cet extérieur toujours déréglé, cette grande facilité à juger et à condamner, ou autre passion quelconque qui vous domine, n'est-il pas vrai que vous immolerez plutôt tout le reste que d'en venir là? Ces paroles, que le démon dit autrefois & Dieu, au sujet de Job, peuvent en un sens vous être appl quées : que vous donnerez jusqu'à votre peau et tout ce qui dépend de vous , pour la conservation de votre âme , c'est-à-dire qu'il n'est pas d'autres sortes de mortifications que vous ne subissiez plutôt que d'attaquer celte passion , qui est comme une seconde âme en vous. Vous en appréhendez les cris, vous en redoutez les combats, et c'est ce qui vous rend timide è l'attaquo, c'est ce qui fait que vous approuve* dans l'action ce que dans le fond vous condamnez.

« Ajoutez que celle difficulté paraît si grande , que l'on vient jusqu'à se persuader qu'il est tout-à-fail impossible de dompter cette passion, et là-dessus on abandonne le travail ; car j'en entends les plaintes de tous côtés; et savez-vous ce que Ton dit? J'ai tâché de me défaire de toutes ces amitiés » mais mon cœur l'emporte toujours ; j'ai fait bien des efforts pour modérer les impatiences de mon humeur, mais son feu est indomptable ; j'ai apporté toute l'application Sour lier ma langue et parler peu , mais son ux m'entraîne , poussé par la vivacité de mon imagination; j'ai tant promis de ne plus iuger et de ne plus condamner , mais dans l'occasion je ne puis me contenir, dès que je me sens piqué; je vois que c'est temps perdu pour moi que de penser réduire ma passion dominante : à quoi bon s'en tourmenter davantage? C'est mon humeur, et si j'ai cette passion particulière, chacun aussi n'a-t-il pas la sienne? Voilà comme ils prétendent avoir une fausse impuissance de vaincre cette passion, afin de s' v laisser aller impunément: mais ils ont grand tort de s'appuyer siu* cette défense , car ils ne me nieront pas qu'ils en ont été quelquefois les vai nqueurs ; s'ils ont pu l'être dans un temps, ils ont pu l'être aussi dans un autre , parce que le principe de la victoire, qui est la grâce , ne leur manque jamais ; mais il faut

PAS

DâSCETISME.

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