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lait qu'on regarde le reste des hommes avec mépris.
Mais parce que nous ne i)ouvons pas toujours cacher nos bonnes actions, et que cela est particulièrement impossible à ceux qui sont obligés de contribuer par leurs exemples à rédification du prochain, le cinquième moyen dont nous devons nous servir contre ïa vaine gloire est de rectifier d*aborl notre intention, d'élever notre cœur à Dieu , et de lut offrir toutes nos pensées , nos paroles et noâ actions, afin que, lorsque la vaine gloire vicsndra pour y prendre part, nous puissions lui dire, suivant les préceptes du P. Avila : Vous venez trop tarq, tout est déjà donné à Dieu. Il sera- aussi très-bon de se servir de la réponse que fit saint Bernard, lorsque lui étant survenu une pensée de vaine gloire en prêchant : « Je n'ai pas commencé pour vous, dit-il, et je ne cesserai pas non plus pour vous. » Car il ne faut pas que la crtfinte de la vaine gloire nous iasse abandonner nos bonnes entreprises; il faut seulement boucher nos oreilles et nous rendre sourds aux louanges des hommes. Saint Chrysostoroe dit
Sue nous devons nous comporter à Téeard tt monde comme fait un père à régara de son fils qui est encore dans l'enfance ; qiie son fils lui fasse des caresses ou lui dise des injures, tout lui est égal , il ne fait que rire des unes et des autres, parce qu'il voit que c*est un enfant oui ne sait ni ce qu'il fait ni ce qu'il dit. Tâcnoas de recevoir de la môme sorte tout ce que le monde peut dire de nous : c'est un enfant qui ne connaît pas les choses, et qui ne sait nullement ce qu il dit. Saint François Xavier aUait encore plus loin, et disait que si l'on considérait attentivement ses défauts et ses péchés, et ce que l'on est véritablement devant- Dieu, on ne recevrait les louanges des hommes que comme des railleries et 6es injures.
Concluons par cet exemple, et que la connaissance de soi-même, qui est le remède le plus propre contre la vaine gloire, soit aussi le dernier moyen que nous nous proposions pour nous en garantir. Si nous creusions un peu au dedans de nous, et que nous voulussions approfondir ce que nous sommes, nous verrions bien qu'il n'y a pas de quoi nous enorgueillir, mais plutôt de quoi nous humilier et nous confondre. Car nous sommes pleins de défauts, et non-seulement eu égard à nos péchéSy mais encore eu égard aux actions qui nons paraissent les meilleures et les plus justes ; nous trouverons, si nous les examinons bien, assez d'occasions et assez de matière de confusion et d'abaissement. C'est pourquoi saint Grégoire répète souvent cette sentence : Toute la justice humaine est convaincue d'injustice, si on en juge à, la rigueur, car, s'il faut que la miséricorde n'ait fiomt de part à la discussion de nos actions, celles dont nous attendons plus de récompense ne méritent que le cbâtiment. Aussi Job disait-il qu'il craignait toutes ses actions, «'esl-à-dire qu'il était toujours dans une extrême défiance de lui-même à cause debeaueouo d'imperfections et de défectuosités oui
se mêlent aisément dans tout ce que l'on fait, lorsque l'on n est pas sur ses gardes, et que Ton ne veille pas sur soi. Cela étant, sur quoi se fonde notre orgueil et d'oè procède la vaine gloire qui nous enfle l'esprit; puisque si nous venons à nous examiner avec attention, et que le soir nous exigions de nous-mêmes un compte exact de ce que nous avons fait tout le long du jour, nous rencontrerons en nous un abtme de misères, mille imperfections et mille fautes que nous avons commises en nos pensées, en nos paroles et en nos actions, mille omissions dont nous sommes coupables.
Que s'il nous est arrivé de faire quelque chose de bien, nous trouverons souvent que nous en avons corrompu le mérite, soit par notre vanité, soit par notre négligence, soit enfin par mille autres fautes que nous connaissons! ou même par une infinité d'autres que nous ne connaissons pas, et que nous devons cependant toujours supposer.
Rentrons donc en nous-mêmes ; ayons recours à la connaissance de notre néant, et regardons nos pieds comme le paon, c està-dire envisageons ce que nos actions ont de défectueux, et aussitôt nous verrons s Rabaisser tous ces sentiments d'orgueil et de vanité que la complaisance de nous-mêmes avait élevés dans notre cœur.
Nous avons déià fait voir que nos actions doivent être entièrement dégagées de touti) sorte de vanité et de respect humain, et par là nous avons enseigné à fair le mal. Maintenant nous parlerons de la fin et de l'intention que nous devons avoir dans tout ce que nous faisons, et nous montrerons que la plus grande gloire de Dieu est l'unique but que nous devons nous proposer. Saint Ambroise allègue à ce propos ce que disent les naturalistes, que lorsque Talgle veut connaître si ses aiglons sont légitimes ou non, il les prend dans ses serres, et, les tenant suspendus en l'air, les ex|^ose aux plus ardents rayons du soleil; s'ils lel regardent fixement, il les estime dignes de lui, les re« porte dans leur aire, et les élève comme ses petits; mais s'ils viennent à siller les yeux, il croit qu'ils ne sont pas légitimes, et les lisiisse tomber de haut en bas. On connaîtra de même que nous sommes véritablement enfants de Dieu si nous arrêtons fixement notre vue sur le véritable soleil de justice, qui est Dieu, lui rapportant tellement toutes nos actions, qu'elles n'aient point d'autre but que de lui plaire et d'accomplir fh volonté. Les paroles du Sauveur dansl Eva i gile s'accorclent très-bien avec ce que nous disons : Quiconque fait la volonté de won Père^ qui est dans les cteuar, est mon frire^ ma sœur et ma mère.
On lit d'un ancien Père du désert qu'à chaque chose qu'il voulait commencer, il s'arrêtait un instant ; et, un jour, quelqu'un lui ayant demandé ce qu'il faisait : « Songez, répondit-il, aue toutes les actions n'ont aucun mérite d'elles-mêmes, si elles ne so font avec une bonne fin. C'est pourquoi, de même que celui qui tire au blanc est quel-
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que temps auparavant à prendre sa visée, et h bien ajuster son coup; de môme moi, avant que je fisse ce que je me propose, je dirige mon intention à Dieu, qui doit être Tunique but de toutes nos œuvres , et ce n'est que pour cela que je m'arrête toujours un moment au commencement de chaque action. » T^ous devons en faire autant; et comme, pour mieux donner dans le blanc, on ferme l'œil gauche et l'on ouvre seulement le droit, afm que la vue soit plus ramassée, et se dissipe a moins de choses, de même nous devons fermer l'œil gauche, c'est-à-dire n'envisager que Dieu seul ; et, de cette sorte, nous ne manquerons pas de frapper au but, et de toucher infailliblement le cœur de Dieu : Vous avez blessé mon cœur^ ma sœur^ mon épouse: vous avez blessé mon cœur avec un de vos yeux.
Pour parler plus clairement, et pour descendre dans un plus grand détail, je disque nous devons essayer de rapporter et de diriger actuellement toutes nos actions à Dieu ; et en cela il y a du plus au moins ; car, premièrementf nous devons, le matin, lorsque nous nous levons, offrir à Dieu toutes nos poncées, nos paroles et nos actions de ce jour-là, et lui demander que le tout soit pour son honneur et pour sa gloire, afin que, lorsque la vaine gloire se présentera pour y participer, nous puissionsiui répondre avec vérité : Vous venez trop tard, tout est donné. Mais il ne faut pas encore se contenter de cela ; il faut s'accoutumer, le plus qu'on peut, à ne commencer aucune action que, premièrement, nous ne la rapportions actuellement à la plus grande gloire de Dieu ; et de même gue dans les bâtiments on ne pose aucune pierre qu'on n'v applique le plomb et la règle , de même à cliaque action que nous faisons, nous devons appliquer la règle de la volonté et de la plus grancfe gloire de Dieu. De plus, comme un habile ouvrier ne se contente pas de se servir une fois de la règle et de l'équerre, mais qu'il s'en sert plusieurs fois, et jusqu'à ce que la pierre soit tout à fait bien assise, de même re n'est pas assez
Sue nous ayons offert une fois nos actions à >ieu, au commencement de chacune ; mais dans le temps même que nous les faisons, il faut les faire de manière que nous les offrions continuellement à Dieu, en lui disant : Seigneur, c'est pour vous que je fais ceci ; c'est parce que vous me le commandez, c'est parce que vous le désirez de la sorte
Lorsque les maîtres de la vie spirituelle veulent expliquer de quelle manière on peut faire ses actions avec une extrême perfection, ils ont coutume de se servir d une comparaison très-juste. Comme les mathématiciens, disent-ils, ne considèrent dans les corps que les dimensions et les figures, et font toujours abstraction de la matière, parce qu'elle ne fait rien à leur sujet, de même le véritable serviteur de Dieu ne doit songer dans toutes ses actions qu'à faire la volonté de Dieu, et, pour cet effet, il faut qu'il fasse une entière abstraction de la maiiôrCi c'est-à-dire qu'il ne regarde point ni
dans quelle charge on l'emploie ni quelle chose on lui commande , parce que ce n'est pas en cela que consiste notre perfection , mais seulement à faire la volonté de Dieu et à chercher sa gloire dans tout ce que nous faisons. C'est ce oue nous enseigne le grand saint Basile après l'Apôtre. Toute la conduite d'un chrétien, dit-il, ne se propose qu'un but, qui est la gloire de Dieu; c'est pourquoi, soit que vous mangiez, soit que vous ouviez, et quelque chose enfin que vous fassiez, faites tout dans la vue de la gloire de Dieu.
Le Sauveur du monde se trouvant fatieué du chemin, ses disciples, qui étaient allés acheter à manger pendant qu'il se reposait sur le puits de Jacob , ei qu'il s'entretenan avec la Samaritaine, le pressèrent, à leur retour, de prendre quelque chose pour réparer ses forces. Mais il leur répondit : JTai une viande à manger que vous ne connaissez pas. Et là-dessus, comme ils se demandaient entre eux : Quelqu'un lui a^t-ii apporté à manger ? — Ma nourriture , leur ajouta-t-il, est de taire la volonté de celui qui m*a envoyé. Voila quelle doit être notre nourriture dans tout ce que nous faisons. Lorsque vous étudiez en votre particulier, que vous enseienez en public ou que vo'os prêchez la parole de Dieu, ne vous nourrissez pas du plaisir de savoir et de prêcher, mais nourrissez-vous du plaisir qu il y a à faire la volonté de Dieu , qui veut que ce soit à ces choses-là que vous soyez alors occupé. Que si vous êtes employé dans les fonctions qui regardent le service temporel de vos frères, usez-en encore de même; la nourriture du portier et de l'infirmier n'est point différente en lela de celle du prédicateur et du régent ; et vous devez être aussi content de votre emploi que chacun d'eux l'est dans le sien. Car, l'accomplissement de la volonté de Dieu étant le sujet de la satisfaction qu'ils doivent avoir, vous pouvez en avoir autant qu'eux, pourvu que, comme un bon mathématicien spirituel , vous ne vous arrêtiez pas à la matièîe de l'action que vous faites, mais que vous considériez seulement
2ue vous faites ce que Dieu désire de vous. 'est pourquoi nous devons essayer d'avoir toujours dans la bouche et dans le cœur ces paroles : C'est pour vous. Seigneur, que je rais ceci, c'est pour votre gloire, c'est parce que vous le voulez; et continuer sans cesse cet exercice, jusqu'à ce que nous parvenions à faire les choses comme des gens qui ser-r vent Dieu et non pas les hommes. C'est-àdire jusqu'à ce que nous nous sentions actuellement échauffés de l'amour de Dieu en ce que nous faisons, que nous ayons de la joie d'accomplir en cela sa volonté, et qu'enfin toutes nos actions ne soient proprement que l'effet de l'amour divin qui nous anime. Le P. Avila rapporte à ce sujet une comparaison familière, et dit que nous devons nous comporter dans toutes nos actions comme une femme qui, aimant extrêmemect son mari, et le vsyant revenir de la campagne, couvert de poussière et fort fatigué.
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lui lave elle-même les pieds. Elle se fait une joie si sensible du service qu'elle lui rend, qu'on voit bien que c'est l'amour qui l'anime en tout ce qu'elle fait. Si nous pouvions faire les choses de cette manière, si nous pouvions rencontrer ce trésor caché dans le champ, ce trésor exposé et si caché tout ensemble, que nous serions riches I que nous deviendrions parfaits I C'est là la véritable pierre philosophale, qui change le fer et le cuivre en or; puisque quelque basse qu'une action soit en elle-même, elfe la rend d'un très-grand prix. Tâchons donc dorénavant de convertir ainsi toutes choses en un or très-pur, puisqu'il nous est si aisé de le faire; et, comme dans le temple de Salomon, il n'y avait rien qui ne fût d'or ou revêtu d'or, qu'il n'y ait rien non plus en vous
3UÎ ne soit ou un acte ou un effet de l'amour e Dieu.
Par tout ce que nous venons de dire, il est aisé de voir que, si quelquefois les emplois auxquels nous sommes occupés nous causent de la distraction, et nous portent au relâchement, la faute ne vient pas des emplois, mais de nous-mêmes, qui ne savons pas nous en acquitter comme nous devons. Si vous vous arrêtez à l'extérieur et à l'écorce de l'action, vous vous fatiguerez le corps en vain , et vous vous épuiserez inutilement l'esprit ; la voljnté de Dieu, qui est comme le dedans et la moelle de toutes choses, est ce qui doit faire votre nourriture ; rompez l'écorce , et pénétrez jusqu'à la moelle , comme l'aigle dont parle Ezéchiel, qui em-
Sorta la moelle du cèdre , et dites avec le salmiste : Seigneur, je vous offrirai des ho-^ locaustes pleins de moelle et de suc, et de cette sorte, vous ferez un progrès continuel dans la perfection. Marthe et Marie sont sœurs ; l'une ne nuit point à l'autre ; je veux dire que l'action et la prière ne se nuisent point; au contraire, la prière bien faite aide a faire chaque action, et chaque action, faite comme on aoit, est d'un grand secours pour bien faire la prière. Si vous vous sentez donc du trouble et de l'inquiétude dans vos actions, c'est que le secours de la prière vous manque : Marthe, Marthe, vous vous tourmentez et vous vous troublez de beaucoup de choses. Marthe se trouble, parce que sa sœur Marie ne lui aide point : Dites-lui donc qu'elle fn'aide. Tâchez de tirer du secours de Marie, c'est-à-dire de la prière et de la méditation, et vous verrez que toute votre inquiétude sera bientôt dissipée. Les saints animaux qui apparurent à Ezéchiel tenaient la main cachée sous leurs ailes, pour nous donner à entendre que ceux qui font profession d'une vie spirituelle ne doivent agir qu'à l'ombre de la contemplation, et qu'il faut qu'ils unissent tellement la méditation et l'action, que Tune ne soit jamais séparée de l'autre. Cassîen dît que les anciens solitaires d'E- Byi»te ne laissaient pas de vaquer à la contemplation, quoiqu'ils fussent attachés au travail, et que tandis que leurs mains étaient einpiovées aux fonctions de Marthe, leur cœur était entièrement occupé aux exercices
de Marie. Et saint Bernard, parlant sur un semblable sujet : « Le principal soin, dit-il» de ceux qui s'adonnent aux exercices spirituels, est de s'occuper tellement aux choses extérieures, que la chaleur intérieure de la dévotion n'en soit point ralentie, mais que les mêmes fonctions qui leur abattent le corps servent à donner une nouvelle vi-^
f;ueur à leur esprit. Tant s'en faut donc que' es occupations extérieures empêchent la dévotion et le recueillement intérieur, qu'au contraire elles y contribuent, d'autant que, comme elles n'occupent que le corps, l'esprit n'est alors embarrassé de rien qui puisse le détourner de penser continuellement à Dieu. » Cest pourquoi un ancien religieux» fort consommé dans la vertu, disait que dans la religion il portait une extrême envie à deyx sortes de personnes : aux novices, parce qu'ils ne sont occupés d'autre chose que de leur avancement spirituel, et aux frères servants, d'autant que, n'ayant l'esprit chargé et embarrassé d'aucun soin» ils peuvent ravoir toujours libre et dégagé pour prier.
Saint Jean Climaque rapporte que dans un monastère voisin d Alexandrie if trouva un cuisinier qui était extrêmement occupé»
parce que tous les jours il fallait qu'il apprêtât à manger pour deux cent trente reli- Sieux, sans compter les servants, et cepenant, au milieu de toutes ces occupations, il ne laissait pas toujours d'être recuelli en lui-même, et de répandre des larmes en abondance. Saint Jean Climaque, fort étonné de cela, le pressa de lui dire comment, parmi tant d'embarras, il avait pu se former une si grande retraite d'esprit, et obtenir le don des larmes. « Je me suis toujours imaginé» lui répondit-il, que c'était Dieu que je servais, et non pas les hommes ; c'est pourquoi j'ai ctii que je ne devais me donner aucun repos, et la vue de ce feu matériel me fournit une source continuelle de larmes, en me remettant sans cesse devant les yeux la? violence du feu éternel. » Nous lisons ausst de sainte Catherine de Sienne que la persécution que ses parents lui faisaient souffrir pour l'obliger à se marier alla jusqu'à un tel excès, que, estimant que les exercices spirituels qu'elle pratiquait étaient ce qui la détournait le plus du mariage, ils lui ôtèrent toute liberté de pouvoir vaquer en secret à la prière, l'occupèrent aux emplois domestiques les plus bas, et la mirent à la cuisine, à la place d'une esclave qu'ils en ôtèrent. Mais cette sainte fille, instruite par le Saint-Esprit, se bâtit au fona de son cœur une retraite et se proposa en elle-même de n'en sortir jamais, et le fit comme elle sel'était proposé ; de sorte que, quant à la cellule qu'elle avait auparavant dans le logis de son père, elle n'y était qu'autant que l'on souflVait qu'elle y fût ; mais pour celle qu'elle s'était faite au dedans d'elle-même, jamais elle n'en sortait ; et s'il fut aisé de la priver de l'une, il fut impossible de la chasser del'autre. Lorsqu'elle était occupée aux fonctions Les plus serviles de la waison, ella-
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