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regardait son père et sa mère comme lui représentant Jésus-Christ et la sainte Vierge, et dans la personne de ses ft'ères et du reste de la famille, elle se représentait les apôtres et les disciples du Sauveur. Ainsi, ayant lesprit toujours rempli de cette idée, elle 8 acquittait de tout avec joie, dans la pensée que c'était Jésus-Christ qu'elle servait ; et se constituant à tout moment devant Dieu, eUe jouissait continuellement de sa présence, et se renfermait avec lui dans le sanctuaire. Aussi disait-elle d'ordinaire à son confesseur, lorsqu'il était chargé de plusieurs occupations temporelles, ou qu'il avait quelque voyage à faire : Mon père, faitesvous au dedans de vous-même une retraite, de laquelle vous ne sortiez jamais. Prenons ce conseil pour nous , et nous connaîtrons |[)ar expérience que, bien loin que les emplois extérieurs dont nous pourrons être chargés nous détournent de rien, ils nous aideront au contraire à nous recueillir intérieurement, et à être toujours en oraison.
« Les actions qui sont faites de la façon que nous avons dit s'appellent actions plei^ nés ; et saint Jérôme et saint Grégoire disent, que quand l'Ecriture sainte parle de ceux qui ont vécu de cette sorte, elle dit qu'iï* ont vécu des joun pleins , et qu'iï* sont morts pleins de Jours , quoique cependant ils soient morts fort jeunes. C est ce que le Sage nous apprend, lorsque, parlant du juste, il dit que, dans le peu qu'il a vécu, t7 a rempli un grand espace de temps. Mais comment peut-il se faire qu'en peu de temps an vive beaucoup, et que l'on renferme un grand nombre d'années ? Voulez- vous savoir comment? En faisant des actions pleines, et en vivant des jours pleins. On trouvera en eux des jours pleins^ dit le Psalmiste; et de ce second passage, il est facile de tirer Texplication du premier. Tous les jours des véritables serviteurs de Dieu sont des jours de ving-quatre heures entières. Ils ne souf- . frent pas qu'il y ait un moment de vide et d'inutile dans une journée; et elle est touîours pleine et entière pour eux, parce qu'ils remploient toujours toute à faire la volonté de Dieu. Les heures mômes du repas, de la récréation et du sommeil, ne sont poi;it pour eux des heures vides et inutiles , parce qu'ils rapportent toutes ces choses à la plus grande gloire de Dieu, et qu'ils ne les font qu'à cause que Dieu veut qu'ils les fassent. Ils ne mangent que pour leur besoin, jamais pour leur plaisir, et ne cherchent leur propre satisfaction en rien : au contraire, ifs voudraient, si c'était la permission de Dieu, pouvoir se passer de manger, de dormir, et lie se dissiper l'esprit par les récréations; ils voudraient n'être jamais occupés qu'à aimer Dieu, et ils désireraient, avec le Prophète royal, qu'il les délivrât de leurs besoins; c'est-à-cnre qu'il les dégageât de l'esclavage des misères du corps, et qu'ils fussent exempts de satisfaire à ses besoins, pour être toujours absorbés dans l'amour et dans la contemplation de Dieu.
Je sais que ce n'est pas une cno&e à laquelle on puisse parvenir en cette vie, et qu'il faut que le juste supporte avec patience toutes les infirmités delà condition humaine; mais il ne s'y accommode pas sans douleur, et le témoignage de Job et de David en est une assez bonne preuve. L'un dit qu'il soupire avant que de manger, et l'autre, qu'il mêlait sa boisson avec les larmes, qu'il lavera son lit toutes les nuits, et qu'il l'arrosera de ses pleurs. 11 faudrait que nous fissions de même; il faudrait que, lorsque nous allons nous coucher, nous disions à Dieu avec larmes : Hé quoi 1 Seigneur, faut-il donc que i'e sois si longtemps sans penser à vous? Pourquoi mon exil est-il prolongé? Quand vous plaira-t-il qu'il finisse? Tirez mon âme de sa prison; tirez-la de la prison de ce misérable corps, afin qu'elle ne soit plus jamais occupée qu'à vous bénir et à vous louer éternellement. C'est ainsi que toutes les actions et toutes les journées sont pleines. C'est ainsi que le juste vit beaucoup en peu de temps, et que peu de jours de vie font plusieurs années de mérite. Mais celui, dit saint Grégoire, qui n'a pas fait un bon emploi du temps, et qui a négligé de faire de bennes œuvres pendant sa vie, quelque long qu'en ait été le cours, on dit de lui qu'il meurt vide de jours, parce qu'il a laissé écouler inutilement les jours et les années ; et il peut dire que les journées de son pèlerinage ont été courtes et mauvaises.
Saint Jérôme, parlant sur ces mots du roi Ezéchias, dans Isaïe : Au milieu de mes jours j'irai aux portes de V enfer ^ remarque
Îue les saints et les justes, tels que fut braham, accomplissent entièrement la multitude de leurs jours : // est mort dans une heureuse vieillesse et plein de jours^ dit l'Ecriture ; mais que les méchants meurent au milieu de leurs jours, et même ne vont pas jusque-là, parce qu'ils ont laissé passer les années inutilement. Les hommes de sang et les trompeurs, dit le Prophète, n'arriveront pas jusqu'à la moitié de leurs jours. C'est pour ce sujet, et dans la même pensée, que la sainte Ecriture appelle le pécheur un enfant de cent ans , parce qu'il ne vit pas en homme, mais comme un entant. Venfant de cent ans mourra, dit Isaïe, et le pécheur de csnt ans sera maudit. De là vient que les méchants sont toujours surpris de la mort, et moisson^ nés en vert ; et que, lorsqu' elle arrive, ils se plaignent qu'elle arrive trop tôt , et demandent du délai, pour avoir le temps de faire pénitence. On peut dire la même chose des reliçieuxtièdes et lâches : quelque longtemps ^ 1 qu'il y ait qu'ils aient pris l'habit, ils ont ce- ^^ pendant peu de jours de religion.
Nous lisons dans les Chroniques de saint François qu'un bon vieillard, étant interrogé par un séculier combien il y avait qu il était religieux, lui répondit qu'il n'y avait pas même un moment; et le vo^vant scandalisé de cette réponse, à laquelle il ne comprenait rien, il ajouta : « Je sais bien J qu'il y a soixante et quinze ans que je porte 1 habit religieux; mais je ne sais pas çom-
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dâscetisme.
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bien il y a que je suis véritablement religieux pai'mes actions. » Dieu veuille gue personne de nous ne puisse dire de lui-m^nie avec vérité ce que l'humilité seule faisait dire à ce saint homme : car l'importance n'est pas d*avoir été longtemps dans la religion, et d'y avoir vieilli , l'importance est d'y avoir bien vécu ; et que sert-il de compter plusieurs années depuis le jour de sa conversion, si on n'en est.i)as plus vertueux? Quelques jours d'une vie sainte et pure valent mieux que plusieurs jours d'une vie lâche et tiède, parce que devant Dieu on ne compte point les années de la vie , mais celles de la bonne vie; ni les années qu'on a passées dans la religion, mais celles où l'on a vécu en bon religieux. La sainte Ecriture nous fournit un bel exemple de cette vérité dans le premier livre des Rois ^ lorsqu'elle dit que Saul était un enfant d'tin an, lorsqu'il commença à régner^ et qu'il régna deux ans sur Israël. Il est constant toutefois qu'il régna quarante ans, et saint Paul le témoigne clairement dans les Actes des apôtres, par ces paroles : Ensuite ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saill, fils de Cy, de la tribu de Benjamin, pendant V espace de quarante ans. Pourquoi donc, dans fhistoire des rois, n'ftst-il fait mention que de deux années ? Parce que dans les annales de Dieu on ne compte que les années qu'on a bien vécu; ainsi, dans tout le temps que dura le règne de Saiil, la sainte Ecriture ne marque
3ue deux ans, parce qu'il ne régna que ces eux années-là en prince juste et en véritable roi. L'Evangile nous apprend que, quoique ceux que le Père de famille avait envoyés les derniers à sa vigne n'y eussent travaillé qu'une heure* ils eurent pourtant la naéme récompense que ceux qui avaient travaillé tout le long du jour; et qui doute
Su'il n'en usât ainsi, parce que, dans le peu e temps que ceux-là avaient travaillé, ils avaient autant ou plus mérité que les autres en toute la journée ?Réçlons donc notre supputation suivant ce calcul, et voyons combien à ce compte-là nous avons vébu dans la religion.
Eusèbe Emissène traite cet article admirablement bien, lorsqu'il dit : « C'est ordinairement dans le nombre des années que nous mesurons le temps que nous avons vécu; mais quelc^ue temps qui se soit écoulé depuis votre retraite du monde , prenez garde'de ne pas vous abyser dans votre calcul, en comptant de cette sorte. Car vous ne devez faire état d'avoir vécu, que le jour auquel vous avez renoncé à votre nropre volonté, auquel vous avez résisté a vos passions, auquel vous n'avez rien fait contre Texacte observance des règles, et auquel vous avez été éclairé d'une lumière plus pure qu'à l'ordinaire , par le moyen d une iBéditation fervente. De ces sortes de jours laites-en, si vous pouvez , des années ,, et mesurez par là le temps que vous avez été religieux ; mais craignez aussi qu'on ne vous 4ise ce qui est renroché a révêque de Sardes dant Y Apocalypse : écrivez a rançe de
VEglise de Sardes, dit le Seigneur : Je sait toutes vos actions; je sais qu*on dit que^ous vivez, et cependant vous êtes mort ; veillez-, car je ne trouve pas que vos actions soient pleines devant Dieu. ISe croyez pas que rien soit caché à la connaissance de Dieu; il voit en vous ce que les hommes ne peuvent y découvrir; ils vous croient vivant, et vous êtes mort : vous portez le nom de chrétien, et vous ne vivez pas comme un Chrétien devrait vivre ; vous portez le nom et l'habit de religieux, et vous n'en avez paslesqua- 1-tés. Toutes vos actions s'accordent mal avez le nom que vous portez : elles sont entière-* ment vidfes de Dieu ; et si elles sont pleines de quelque chose, ce n'est que de vous : vous ne cherchez que vous seul en tout ce que vous faites ; vous ne cherchez que vos commodités particulières, votre gloire et votre réputation. » Veillons donc soigneusement sur nous; tâchons que nos œuvres soie^it des œuvres pleines, et que nos jours soient des jours pleins, afin que de cette sorte nous vivions beaucoup en peu de temps, et que nous puissions mériter beaucoup devant Dieu.
On a coutume de donner à ceux qui s'emploient au salut du prochain un très-ben avis touchant la manière dont ils doivent se comporter dans les fonctions qu'ils exercent; et cet avis, qui est tiré de la doctrine de plusieurs Pères de l'Eglise, peut encore servir à nous montrer combien notre intention doit être pure en toutes choses, et avec quel détachement de nous-mêmes, et avec quelle simplicité nous devons chercher Dieu en tout ce que nous faisons. Quand vous entreprenez, dit-on, une chose dont il peut résulter quelque avantage spirituel à votre prochain, que ce ne soit pas l'heureux succès de votre entreprise, mais le seul accomplissement de la volonté de Dieu qui ieiSSQ votre principal objet. De cette sorte, quand nous confessons, quand nous prêchons, quand nous enseignons, nous ne devons point avoir principalement en vue la conversion, l'amendement et le profit do notre prochain; mais nous devons regarder, surtout à faire la volonté de Dieu dans les choses auxquelles il nous emploie, et à nousi en acquiUer du mieux que nous pourroBS
f)our lui plaire. Qu'après cela, ce que nous àisons réussisse , que l'un se corrige , et que l'autre tire quelque flruit de notre seimon , c'est l'affaire de Dieu, et non pas la nôtre. J'ai planté, dit. l'Apôtre, Apollon a arrosé, mais Dieu a donné raccroissement. Ce que nous pouvons faire, c^est de planter et d arroser comme le jardinier; mais de foire croître les plantes, et de foire porter le fruit aux arbres, ce n'est pas à lui, mais c'est à Dieu seul. Le fruit cies âmes, c'està-dire leur conversion, leur amendement et leui:s progrès dans la vertu, tout cela ne peut venir que de Dieu, et ce n'est point de ce ft*uit que dépendent le mérite et la perfection de nos actions.
Telle est la pureté d'intention que bous devons essayer d'avoir, et> par ce »oyett
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nous pourrons parvenir à jouir a une paîx profonde en tout ce que nous ferons : car alors, quelque obstacle qui s'oppose à l'heureux succès d'une œuvre sainte, et au fruit qu'on prétendait en tirer, on n'en sera point troublé, puisque le but qu'on se sera proposé dans son entreprise n'aura point été d'y réussir , mais d'accomplir la volonté de Dieu, et de faire les choses du mieux qu'il est possible, pour mériter de lui plaire. Que si, lorsque vous prêchez, que vous confessez, ei que vous conversez avec le prochain pour son salut, vous avez en vue de faire un graud fruit par ce moyen, et que ce soit là votre principale fin, vous sentirez infailliblement du trouble en votre âme, si votre dessein vient à être traversé; et non-seulement vous perdrez quelquefois la paix intérieure du cœur, mais la patience aussi vous échappera ; et peut-être môme vous laisserez-vous emporter plus loin.
Saint Ignace avait accoutumé d'expliquer ceci par une comparaison Irès-juste. o Savez vous, disait-il, comment nous devons nous comporter envers le prochain, dans les ministères qui concernent le salut des âmes? Comme les anges gardiens se comportent envers ceux dont Dieu leur a commis la garde. Ils les conseillent autant qu'ils peuvent, et les défendent, les conduisent, }es éclairent, les excitent et les aident au bien ; mais si les hommes font un mauvais usage de leur libre arbitre, et se révoltent contre les bonnes inspirations, les anges ne s'affligent pas pour cela, et la félicité dont ils jouissent n'en est nullement troublée. Mais ils disent avec Jérémie : Nous avons eu soin de Babylone, elle n'est pas guérie, abandonnons-la. C'est ainsi que nous devons faire toutes les choses possibles pour la conversion et Tamendement de notre prochain; mais lorsque nous nous serons soigneusement acquittés de notre devoir, il faudra se mettre l'esprit en repos, et ne pas se laisser abattre par le chagrin, parce que le malade ne guérit point et ne veut pas même guérir. »
Les disciples ayant été envoyés par Jésus- Christ pour prêcher, et ne pouvant à leur retour s'empêcher de témoigner la joie qu'ils sentaient d'avoir fait des miracles, et d'avoir chassé les démons . Ne vous réjouissez pas de cela, leur dit le Fils de Dieu, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans le ciel. Ne faites donc pas dépendre votre contentement du- succès, quelque avantageux qu'il puisse être ; mais regaraez si vous laites des actions qui méritent que votre nom soit écrit dans le royaume des cieux. Regardez si vous satisfaites pleinement à ce qui est du devoir de votre charge, et établissez en cela toute votre ambition et votre joie. Les succès heureux, les conversions remarquables, et les autres merveilles que vous pourrez opérer, ne seront point mises en liine de compte pour vous, et ce ne sera point là-dessus que votre récompense sera réglée, mais, soit qu'on se soit converti, ou non, la peine que vous aurez eue en sera U véritable mesure. Au contraire
(et ceci nous fera encore voir plus clairement la vérité de cette proposition), quand même toute la terre viendrait à se convertir par votre moyen , de quoi vous servirait-il d'avoir gagné tout le monde à Dieu, si votre âme cependant souffrait quelque préjudice? C'est pourquoi croyez aussi que quand vous ne convertiriez personne, votre récompense n'en sera pas moindre, pourvu que vous vous acquittiez bien de voire devoir. Que s'il fallait qu'elle dépendît des événements, et que ce fût en cela que nous dussions mettre notre satisfaction, certainement l'apôtre saint Jacques aurait été malheureux, puisqu'on dit qu'il ne convertit iamais que huit ou neuf personnes dans toute l'Espagne. Cependant, le peu de succès qu'il eut ne diminya rien de son mérite, et ne le rendit pas moins agréable à Dieu que les autres apôtres.
Nous avons encore un très-grand sujet de consolation en tout ceci ; c'est que de tout ce que nous venons de dire, il s ensuit que non-seulement Dieu ne nous demandera pas si nous avons fait beaucoup de fruit, ou non, par nos prédications, mais qu'il ne nous demandera pas même si nous avons bien prêché ; car ce n'est pas là ce qu'il nous commande, ni à quoi notre mérite est attaché. Ce qu'il veut de nous, c'est que nous fassions tout ce oui est en notre pouvoir, à proportion du talent qu'il nous a donné; il désire peu de choses de nous si nous avons peu reçu. Mais de celui, dit l'Evangile, à qui l'on aura beaucoup donné on exigera beaucoup aussi. Saint Chrysostome explique admirablement bien cette doctrine, lorsqu'au sujet de la parabole des talents il demande pourquoi le serviteur, qui avait gagné deux talents, est aussi bien traité que celui qui en avait gagné cinq. L'Evangile dit que quand le maître demanda compte à ses serviteurs des talents qu'il avait partagés entre eux, celui à qui il en avait donné cinq s'avança, et lui dit : Seigneur^ vous maviez donné cinq talents^ en voilà encore cinq autres que j'ai gagnés. — Courage^ serviteur bon et ^ fidèle^ lui répond le maître , parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous donnerai une plus grande administration: entrez dans la joie de votre Seigneur. Celui qui avait reçu deux talents se présente ensuite, et dit : Seigneur, vous m'avez confié deux talents, et je Iss ai augmentés de deux autres. Son maître lui fait là-dessus la même réponse et lui promet la même récompense qu'à celui qui avait gagné cinq talents. « C est avec justice, dit ce grand saint: car le plus et le moins de gain que l'un et l'autre ont fait, ne procède ni du soin de l'un ni de la négligence de l'autre ; quant au soin, il a été pareilen tous deux, et c'est pour cela quMls reçoivent une récompense pareille. » Ce point est d'une très-grande utilité et d^une extrême consolation, parce qu'il peut s'ajvpliquer à toutes choses et à toutes sortes d'emplois et de ministères. Ainsi, celui .qui travaille et qui apporte autant de soin qû^un autre à s'acîiuitter de ce qu'on lui a commandé, mérite autant que lui, quoique peut-
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être il ne fasse pas tant de caoses. Par exemple, si je prends autant de peine à prêcher que vous, et que cependant je prêche mal, et ({ue TOUS prêchiez bien, il peut se faire que je mérite en cela autant que vous, et peutêtre davantage, parce que je fais tout ce que je puis, et que peut-être vous* pourriez faire encore quelque chose de plus. Il en est de même pour les études : quoioue celui qui étudie avec vous réussisse mat, et que vous fassiez de grands progrès, qu'il soit trèsignorant, et vous très-habile, il peut se faire qu'il mérite plus dans son ignorance que vous dans votre savoir. Pareillement, en matière de charges, si je ne m'acquitte pas si bien de la mienne, que vous de la vôtre, et que mes forces et la portée de mon espnt ne s'étendent pas si avant, il pourra se faire qu'il y ait plus de mérite dans le peu que je fais, qu il n'y en a en tout ce que vous faites. Et sans doute cette considération pourra beaucoup servir, et pour étouffer les mouvements de vaine gloire en ceux qui ont de meilleures qualités que les autres, et pour empêcher que ceux qui ont moins (l'esprit et de talent ne perdent courage par la connaissance de leur incapacité.
Le sentiment de saint Jérôme est trèsconforme à tout ceci, lorsque parlant sur la même parabole : « Enfin, dit-il, il fit le même bon accueil, et à celui qui de cinq talents en avait fait dix, et à celui qui de deux en avait foit quatre ; et sans avoir aucun égard à Ja grandeur du gain, il ne considéra que celle du soin et du zèle. »— « Ce n'est pas la valeur do l'offrande, dit Salvien, mais c'est rafifection avec laquelle on la fait, qui la rend agréable à Dieu. »— « Il ne regarde pas combien on lui donne, dit saint Grégoire, mais avec quel esprit on lui donne; il n'estime les présents que par le cœur, et ainsi on f>eut faire moins ae choses qu'un autre, et ni plaire davantage, si on a^it avec une plus grande étendue de chanté. C'est en cela que la grandeur de Dieu éclate, que quelque service qu'on puisse lui rendre, il ne peut être considérable devant lui que par la grandeur de l'amour. Car, comme il n'a aucun besoin de nos biens, qu'il ne peut augoienter ni en richesses ni en aucune autre chose, et que toutes nos bonnes actions ne peuvent rien lui donner, ce qu'il veut de nous, c'est que nous l'aimions, et ^e nous fassions ce qui est en notre pouvoir. Nous en avons un exemple formel dans les deux deniers qu'offrit la veuve de l'Evangile. Le Fils de Dieu s'était arrêté dans le temple auprès du coffre ou du tronc destiné pour recevoir les aumônes. Les pharisiens et les gens riches y mettaient beaucoup d'argent, et une pauvre veuve, s'étant avancée, y mit deux deniers. Le Sauveur se tournant alors vers ses disciples : En vérité^ leur ditii, je vous assure que cette pauvre veuve a plus donné que tous les autres : Us n*ont rien donné que de leur superflu^ mais pour elUj malgré son extrême nécessité^ elleaaonnétout ce qu*elle avait, sans même se réserver rien pour vivre. Cesi ainsi que Dieu juge nos
actions ; et ce qu*il a fait à l'égard de la veuve, dit saint Chrysostome, il le fera encore à l'égard de ceux qui enseignent les autres. 11 eardera cette même règle envers ceux qui prêchent, qui étudient, qui travaillent, et qui s'occupent aux autres fonctions de la religion ; il prendra moins garde à ce qu'ils feront qu'à la charité qui les aura fait agir, et à la ferveur qu'ils auront eue. »
Saint Grégoire établit une bonne marque pour discerner si dans les ministères où l'on est employé pour le salut du prochain on cherche purement la gloire de Dieu, ou si Ton envisage aussi la sienne propre. « Refjardez, dit-il, si, lorsque quelqu un prêche bien, qu'il est extrêmement suivi et qu'il fait un grand fruit dans les Ames, vous en avez la même joie que lorsque vous produisez les mêmes effets ; car si vous ne vous en réjouissez pas autant, et qu'au contraire ses succès vous donnent quelque sorte de chagrin ou quelque espèce aenvie, c'est une marque infaillible que vous ne cherchez pas purement la gloire de Dieu, puisque l'apôtre saint Jacques dit en termes exprès : Si vous avez une jalousie amère , et que vous nourrissiez dans votre cœur des sentiments de contention et d'envie ^ votre sagesse ne vient voint d'en haut^ mais elle est terrestre^ animale et diabolique, »
i^ Vous n'êtes point jaloux de l'honneur de Dieu, vous ne l'êtes que du vôtre ; vous ne l'êtes que de vous acc'iérir autant de réputation et d'estime qu ua autre s'en est acquis ; car, si vous desiriez la gloire de Dieu et non pas la vôtre, vous seriez bien aise qu'il y eût beaucoup d'excellents personnages, et qu'un autre fît ce que vous n'êtes pas capable de faire. C'est ainsi que ce comporta Moïse, lorsque, Josué voulant qu'il empêchât quelques Israélites qui prophétisaient dans le ramp, il lui répondit comme en colère : Quel zèle vous prend pour moi ? Plût à Dieu que tout le peuple prophétisât et que le Seigneur leur départit son esprit à tous 1 Un véritable serviteur de Dieu doit dire de même : Plût à Dieu que tous les prédicateurs fussent extrêmement habiles, et que le Seigneur leur donnât l'esprit d'éloquence et de persuasion, afin qu'ils pussent mieux étendre sa gloire partout, et que son nom fût connu et sanctifié de tonte la terre I
Le P. Avila nous fournit un exemple de ce que je dis. On rapporte de lui que lors-
Su'il sut rétablissement qui se faisait de la ompagnie de Jésus par le moyen de saint Ignace, et qu'il apprit quelles en étaient la fin et l'institution, il dit que c'était à cela qu'il aspirait depuis tant d'années; mais qu'il n'y avait pu parvenir, et qu'il lui était arrivé la même cnose qu'à un enfant qui, étant au bas d'une montaene, s'efforcerait de tirer quelaue pesant fardeau jusqu'au sommet, et nen pourrait venir à bout à cause de la faiblesse de ses forces: il survient ensuite un géant qui, prenant la charge que l'enfant ne pouvait traîner, la porte où il veut avec la plu$ grande iaciliié du monde. C'est ainsi que ce saint homme ne