‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 47 sur 315 · SOS · texte numérisé non relu

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celle que tu mènes; et parfois le démon tâcbo de leur faire \oir qu'elles feront un sacrifice agréable à Dieu en s*ôtant la vie. H n*y a pas de danger qu'elles en viennent à Texécution, elles sont trop bien protégées de Dieu pour craindre un tel malheur.

Les tentations contre la foi que Ton ressent dans les voies communes de la vie spirituelle consistent en certains doutes sur quelque point de notre religion; mais la tentation dont on parle ici est bien autrement terrible: il semble alors qu'on n'a point la moindre foi, pas plus qu'un païen et un idolâtre. On ne peut pas dire seulement, credo^ je crois; et quand on le dirait de bouche, le cœur semblerait démentir les paroles. Tout ce qu'on a appris de la religion, ne parait plus que rêveries, et fables faites à plaisir. Cette tentation s'étend tantôt sur les mystères de la sa nte Trinité, de l'Incarnation du Verbe, du saint Sacrement de l'autel, de la Passion et de la mort du Fils de Dieu ; tantôt sur le paradis, l'enfer, le jugement et autres articles de la religion. Toutes ces vérités passent alors pour ridicules et pour des niaiseries. Au milieu de ces impressions diaboliques on peut pratiquer des iBuvrejs de piété en s'appuyant sur la parole d'un directeur qui rassure autant qu'il peut, non pas jusqu'au point de tir.cr de peine, mais au moins jusqu'à empêcher de quitter tout, comme lo démon ne manque pas de le suggérer.

La tentation d'impureté consiste en ce qu'elle a toute l'apparence du néché, ce qui îirrive quelquefois d'une manière si surprenante, que, sans l'expérience des personnes éclairées cjui conduisent et soutiennent les Ames ainsi tentées, elles se croiraient réduites aux dernières extrémités du crime , quoiqu'il n*y en ait pas du tout. 11 y a plusieurs marques oui font discerner les péchés apparents des véritables : 1* quand les désordres en quesiion se passent en des personnes élevées à un état plus qu'ordinaire de perfection ; 2" quand, nors du temps de tentation, ces personnes ont une extrême hcrreur du péché et de l'impureté ; 3° quand elles "n'y donnent aucune occasion, ni par des regards, ni par des lectures, ni par des conversations ou en d'autres manières ; fc* quand elles embrassent volontiers tous les moyens pour se précautionner contre cette tentation ; quand il n'eat point de mortifications qu'elles ne soient disposées à pratiquer, point de satisfactions, même licites, qu'elles ne soient prêtes à abandonner; 5* quand ces misères surviennent dans les exercices les plus saints et les lieux les plus sacrés, comme dans l'oraison, à l'église , en se confessant, encommuniant ou en entendant la messe ; 6** quand on y est sujet après s'être offert à Dieu comme des victimes de sa justice ; 7* quand on a aperçu dans les personnes ainsi tourmentées quelques signes d'obsession de la part du démon. Toutes ces , choses sont des preuves que ce qui se passe n*cçt pas volontaire et ne vient que de la njûlico du démon ((ui peut sans doute, avec

la permission de Dieu, causer en nous tous cei terribles effets, sans que notre volonté y soit pour rien, et, par conséquent , sans qu'il y ait péché. Saint Paul, saint Antoine et autres ont passé uar celte voie. Dieu se platt souvent a puriuer les Ames par les grandes peines qu'elles souffrent dans ces terribles tentations dont il les rend victorieuses : ce qui nous montre la puissance souveraine et la bonté ineffable de Dieu, qui sait faire servir à la sanctification de ses élus les choses qui semblent y être opposées.

La tentation de blasphème consiste en une telle impression de blasphème, qu'elle se fait sentir non-seulement au dedans du cœur, mais se manifeste même au dehors par des paroles. On a vu des personnes qui n avaient jamais su ce que c'était que jurer et blasphémer, et qui cependant le faisaient de la manière la plus horrible ; il est vrai qu'à pro- Î)rement parler, ce n'était pas elles qui proéraient les blasphèmes, mais plutôt le démon qui se servait de leur langue pour les proférer. Pour bien entendre ceci, il faut savoir que le démon peut, avec la permission de Dieu, brouiller notre imagination, se saisir des organes de nos sens, se servir de nos mains, de notre langue et de nos autres membres, sans qu'on s'aperçoive toujours qu'on n'est pas libre dans toutes ses opérations : le démon fait alors, à l'égard des membres du corps, les fonctions de rame, et il agit en nous comme s'il était notre âme. Dieu no permet pas ordinairement qu'elles tombent dans ces excès en public, mais seulement en secret, ou en présence des personnes de confiance qui n'en sont pas scandalisées, sachant la cause de ces horribles paroles. S'il permet quelquefois que ces blasphèmes éclatent en public, ce sera ou parce qu'elles l'auront souhaité pour s'humilier, ou pour ôter de l'esprit du monde la bonne estime qu'on a de leur vertu, ou pour donner de la terreur à ceux qui en sont les témoins et leur faire connaître ce que peut le démon sur les hommes, quand il plaît à Dieu de le laisser faire.

La tentation de haine contre Dieu consiste en une aversion si extrême, qu'elle ne penl être plus grande. « 11 me semole, disait une personne ainsi tourmentée , que lorsqu'on commet quelque péché contre Dieu, mes délices sont de le voir offenser. » — « Je ne hais pas seulement Dieu, disait une autre, mais tous ceux qui lui appartiennent ; c'est assez que quelqu'un fasse profession de le servir, pour être mon plus cruel ennemi. >» Il est possible que la grâce de Dieu subsisto dans une âme avec de si étranges sentiments ; et ces personnes n'ont jamais plus aimé Dieu que lorsqu'elles pensent le moins aimer: c'est le démon qui exprime ces sentiments par leur bouche, tandis qu'elles croient que c'est leur propre cœur. Ce qui fait voir la vérité de ces paroles, c'est qu'elles ne se démentent en quoi que ce soit, qu'elles sont fidèles à leurs exercices et aussi humbles, aussi mortifiées, aussi charitables qu'elles l'ont jamais été. Cette régularité pourrait les consoler dans leur affliction et les porter à

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croire que la haine qu'elles pensent avoir contre Dieun*est pas d'elles, mais du démon, si Dieu permettait qu'elles fissent cette réflexion, mais elles ne la fout pas ; ou si elles ne peuvent quelquefois s*empécber de sV percevoir de leur constance à faire le bien, malgré toutes ces impressions infernales, elles lattribucnt à Thabitude , à la routine, ou à quelque autre principe naturel. Tant qu'elles subsistent dans ce pénible état, elles reçoivent de Dieu des secours qui leur sont inconnus, lesquels ne leur ôtent ni ne diminuent rien de leurs peines, mais seuleirent les soutiennent dans leur plus ^ande détresse et les empêchent de tout quitter et de s abandonner au vice, comme elles en sont souvent sollicitées par les suggestions du démon.

La tentation de défiance et d'aversion pour le directeur consiste en ce que lésâmes tentées de celte manière se trouvent en certains temps, à l'égard de leur directeur, dans des dispositions entièrement contraires à celles ou elles ont toujours été ; elles ressentent tant de dégoût contre ceux qui les dirigent, tant d'aversion, tant de défiance, que tout ce au'ils disent leur déplaît ; il leur semble qu'elles ne peuvent avoir aucune confiance en leurs avis ; tout ce qu'elles voient en eux les choque, Içur extérieur, leurs gestes, leurs façons, ce qu'ils ont de meilleur leur parait mal ; elles interprètent en mauvaise part le zèle qu'ils ont pour les aider ; elles se persuadent qu'ils veulent les tromper, qu'ils ne leur parlent jamais sincèrement, que toute leur conduite est une fourberie continuelle ; de là naissent des désirs de les cjuitler, des démangeaisons d'en consulter d autres, ce qu'elles font parfois, mais sans y trouver leur compte. C'est ainsi que le démon, qui est accoutumé de semer la zizanie, tâche de le faire surtout entre le pénitent et le confesseur, parce qu'il n'y a pas de division qui lui soit plus utile.

Les personnes qui sont fidèles jusqu'au bout se soumettent et ne consultent pas leurs propres sentiments, mais la volonté de Dieu qui leur a donné ceux qui les dirigent. Appuyées sur cette volonté sainte, elles font, malgré la révolte intérieure qu'elles ressentent en elles, tout ce que leur conseillent ceux qui leur tiennent la place de Dieu. 11 est vrai qu'jl y a des personnes à qui cette tentation a été nuisible, aussi parait-elle la plus funeste et la plus dangereuse. En toutes les autres tentations, quand le ciel, la terre et les enfers semblent conjurer notre perte, le directeur sert d'appui et de soutien ; mais si le démon vient a bout d'ôler cet appui, il y a danger de faire de lourdes chutes. Pour éviter ce malheur, il faut se souvenir que la Providence veut que nous soyons conduits les uns par les autres, que 1^^ temps de trouble et de tentation n'est pas propre à faire un choix, et qu' en pratiquant l'obéissannc on ne se trompe jamais.

La tentation d'opposition contre les personnes avec qui Ton vit consiste en une telle aversion, qu'il n'y a point d'homme.

quelque violent et quelque forcené qu'on le suppose, qui soit agité d'une haine (jareille à celle que ces âmes s'imaginent avoir contre plusieurs de ceux avec qui elles sonloWîgées de vivre. Quelauefois il leur échappe des paroles rudes, des gestes de colère, le ton même de leur voix est un peu aigre, mais ce n'est rien auprès de ce qui se passe dans leur intérieur. Pour surmonter celte tentation, il faut redoubler d'égards et d'attention envers les personnes qui nous déplaisent, prier particulièrement pour elles, rechercher leur conversation, et leur faire des excuses toutes les fois qu'il nous arrivera de leur témoigner de l'humeur.

La tentation d horreur pour les choses les plus saintes et les plus sacrées, consiste en ce que les âmes ainsi tentées ont des répugnances extrêmes pour les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. La communion, xjui faisait autrefois leurs plus douces délices, fait alors un de leurs plus grands tou^ ments. Elles sont à la table sainte à contrecœur et par pure obéissance à leur directeur ; elles se sentent même quelquefois pénétrées d'un tel éloignement pour ce grand sacrement, qu'elle ne se résoudraient jamais à en approcher, si, par une grâce secrète. Dieu ne les y portait malgré toutes leurs répuenances. *Voilà une partie des tentations aont les plus saintes âmes sont quelquefois attaauées.

Il n'est pas nécessaire que ceux qui tendent à la ^perfection passent par ses épreuves ; il sumt que chacun s'attache à suivre la voie de Dieu, qui ne manquera pas de le conduire par celle qui lui sera plus avantageuse ; car Dieu sait donner à chacun ce qui lui est nécessaire et ce qui lui est meilleur; laissons-le donc faire; la voie où il nous mettra sera toujours celle qui lui conviendra le mieux, et il saura bien faire en nous, sans ces tentations, ce qu'il fait en d'autres par ces terribles épreuves. A la vérité, si Dieu nous laissait le choix de notre état, nous devrions îTéférer les peines aux jouissances. Cependant, il faut que les personnes gui sont conduites par la voie des tribulations ne méprisent pas celles qui marchent par la voie des jouissances, et réciproquement : les uns et les autres doivent s'elTorcer de répondre à leur vocation, et Dieu sera béni et glorifié en tout.

Voici quelques avis qui pourront servir à ceux qui sont attaqués de tentations extraordinaires : V Qu'ils soient fidèles à leurs exercices spirituels, n'en omettent aucun, quelque dégoût qu'ils ressentent, quelque peu cfe profit qu'ils croient en retirer, et sous quelque prétexte que ce puisse être. 2** Qu'ils soient fidèles à faire tout le bien qu'ils pourront, conformément à leur état et a leur condition, malgré les pensées qui leur viendront que tout ce qu'ils font ne vaut rien et ne sert de rien. 3" Qu'ils soient fidèles surtout à exécuter les avis de leur directeur, quoiqu'ils leur paraissent de peu d'imporjance et peut-être même en quelque sorte préjudiciables à leur avancement. S'ils observent

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ces atis avec couraçe, ils peuvent être assurés que jamais 1 enfer ne pourra leur nuire.

Outre ces tentations, il y a encore dans cette oraison d'autres peines particulières dont voici les princi})ales : la première consiste à ne pouvoir aimer Dieu autant qu'on le voudrait. Quand une fois les personnes d'oraison ont allumé en leur cœur le feu de l'amour de Dieu, elles voudraient faire de grandes choses pour lui, et elles voient uu'elles en font très-peu; elles voudraient tftrc toutes à lui, et elles voient que leur cœur est encore plein de raille petits attachements; elles ne voudraient \i\re que pour Dieu et ne penser qu'à lui, et elles se voient comme obligées d'occuper leur esprit à d'autres choses ; or tout cela les fait beaucoup souffrir. La deuxième peine est un grand dégoAt de la vie, à cause de la conversation qu'on est obligé d'avoir avec le monde. Elles disent avec lapôlre saint Paul: Malheureuses que nous somwcs, qui nous délivrera de ce corps de mort? {Rom. viii) ou avec David : Hélas ^ ywc notre exil est long! (Ps. cxw.) Là troisième peine est celle que causent les péchés du monde, les désordres où sont fîlongés la plupart des hommes, le peu d'estime que Ton lait de Dieu et de ses commandements, I^ quatrième peine est la crainte où elles sont d'offenser leur bon roattre. De quehfue côté qu'elles se tournent , elles ne voient que péril ; toute la terre est couverte de pièges, tout est plein d'occasions du néché, et au seul mot de péché elles tremblent et frémissent d'horreur.

Quant à la question de savoir si l'on demeure longtemps dans cet état d'oraison avant de passer plus avant ; comme les états suivants sont parement surnaturels, il n'est pas en notre pouvoir de nous y mettre quand il nous plait; cela dépend uniquement de Dieu. Cependant Dieu a égard pour lordinaire à la fidélité que l'on apporte à se perfectionner dans le troisième état, en soutenant les aridités, les vides, les sécheresses, les privations par lesquelles il faut passer; en souffrant patiemment les contradictions qui s'y rencontrent, et en faisant bon usage des grandes tentations qu'il faut quelquefois essuyer. Quand Dieu voit que nous sommes iidèles à tout cela, il nous prévient et nous dit : 0 bon et fidèle serviteur , parce que vous avez été fidèle dans les petites chO' ses^ je vous établirai sur d'autres beaucoup plus grandes ; entrez dans la joie de votre niaitre, (Matth, xxv.)

Quelle est cette joie du Seigneur? c'est celle qui oaît de cette paix dont parle saint Paul aux Philippiens, ({uand il leur dit: Que la paix de Dieu^ qui surpasse tout sentiment^ garde vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ. {Philip, xiv.) Or, c'est surtout dans l'état de recueillement passif, ou de repos de Tâmo en Dieu, que se trouve cette paix dont parle l'Apôtre. (Voir le mot Re-

Cl3BILtEMb!«T PASSIF.)

RECUEILLEMENT PASSIF, ou quiétude

(Oraison de) ; sa nature^ ses avantages^ ses dispositions y ses défauts; manière de s*y conduire^ ses tentations^ ses peines. — L'oraison qui suit celle d'attention amoureuse ^ est l'oraison de recueillement passif oude ne- }>os de l'âme en Dieu ; c*est comme la perfection de l'état |>récédent et le commencement de l'état d'union ; cependant on distingue cet état de ces deux autres, parce qu'en effet il s'y passe des choses difTérentes. On l'appelle recueillement passifs pour faire voir que cette sorte d'oraison est toute de Dieu« et pour la distinguer du recueillement oc/t/. Dans le recueillement actifs avec la grAce ordinaire, celui qui veut faire oraison rassemble et réunit au dedans de lui-même ses puissances pour être tout attentif à Dieu ; mais ce n'est pas ainsi que le recueillement se fait dans ce nouvel état d'oraison : tandis que nous nous recueillons dans les oraisons qui précèdent, c'est Dieu qui, par sa bonté , prend lui-même le soin de nous recueillir dans l'oraison Je recueillement passif.

Pour expliquer comment ce recueillement passif se fait en nous, il faut entendre saint François de Sales qui en avait l'expérience ; ce qu'il en dit s*accorde fort bien avec les paroles de plusieurs Ames que Dieu avait mises dans cette voie : «11 arrive, dit ce saint, que Notre-Seigneur répand imperceptiblement au fond du cceur une certaine douce suavité qui témoigne de sa présence, et alors les puissances et même les sens extérieurs de l'Ame, par un secret contentement, se retournent du côté de cette intime partie où est le très-aimable et tiès-cher Epoux. Car tout, ainsi qu'un nouvel essaim de mouches à miel, lorsau'il veut fuir et changer de pays, est rappelé par le son que Ton (ait doucement sur des bassins, ou par l'odeur du vin emmiellé, ou encore par la senteur d'herbes odorantes; en soi te qu'il s'arrête par l'amorce de ces douceurs, et entre dans la ruche qu'on lui a préparée : de même Notre-Seigneur, prononçant quelque Twrole secrète de son amour, ou répandant l'odeur du vin de sa dilection plus déli-" cieuse que le miel, ou bien évaporant les parfums de ses vêtements, c'est-à-dire quelques sentiments (Je ses consolations célestes en nos cœurs, et par ce moyen leur faisant sentir sa très-aimable présence, il retire à soi toutes les facultés de notre Ame, les^ quelles se ramassent autour de lui et s'arrêtent en lui comme dans leur objet désirable. Et coipme qui mettrait un morceau d'aimant entre 'plusieurs aiguilles verrait que soudain toutes leurs pointes se retourneraient du côté de leur aimant bien-aimô et viendraient s'y attacher; ainsi, lorsque Notre-Seigneur fait sentir au milieu de notre Âme sa très-délicieuse présence, toutes nos facultés retournent leurs pointes de ce côtélà, pour se venir joindre à cette incomparable douceur, v Voilà comme ce saint homme, éclairé de Dieu et savant en cette science par l'expérience qu'il en avait luimême et par celle des Ames dont il avait kl

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conluite, parle de ce bienheureux état de recueillement.

On appelle ce quatrième deçré d'oraison, oraison de repos de l'âme en Dieu^ parce que les mystiques, et entre autres sainte ïnérèse, la nomment oraison de quiétude , ce qui signifie la môme chose, et aussi parce que cette âme, après avoir bien cherché son Dieu et l'avoir trouvé, se repose en lui comme en son souverain bien. Comme une rivière qui, aj)rès avoir fait mille détours, va se jeter dans l'océan, et finit ainsi toutes ses courses et ses mouvements dans le sein de la mer; ou de môme qu'un voyageur qui, après avoir traversé bien des pays, essuyé bien des fatigues, trouve enfin le but et la fin de son voyage, et se repose à son aise ; de même nous devons nous reposer en Dieu : car la fin que nous devons chercher, c'est Dieu ; ce doit ôtre ih le but de nos pensées et de nos actions. Malheur à l'homme qui ne cherche pas Dieu î périsse l'action qui ne tend pas à lui, et le moment qui n*est pas employé k le chercher 1 Tout le temps que Ton consume à autre chose est un temps perdu. Or, ce Dieu de bonté, comme il est bien dit dans le prophète Jérémie , se laisse trouver par ceux qui le cherchent , pourvu quils le cherchent dans la vérité et ta sincérité de leur cœur. {Jerem. x\ix.) Ceux qui l'aiment ainsi, se reposent amoureusement en lui.

Ce quatrième degré d'oraison est encore nomme par quelques-uns tin doux sommeil des puissances ; par là on veut dire que les puissances de TAme ne sont pas en mouvement comme à l'ordinaire , mais que leur agitation ayant cessé par le calme que Dieu leur a donné, elles sont comme assoupies et endormies dans le sein de Dieu, comme on le voit dans le Cantique des cantiques^ où l'Epoux dit ces paroles : Je vous conjure^ filles de Jcrusa'em, de ne point éveiller ma bienaimée, jusqu'à ce quelle s'éveille d'ellemême, {Cant, II.) Ceux à qui Dieu fait cette faveur comprennent bien ces paroles, et peuvent juger que cette oraison est appelée a bon droit un doux sommeil. Sainte Thérèse l'ai.pelle encore un évanouissement intérieur et extérieur, « durant lequel, dit «ette sainte, le corps voudrait demeurer sans se remuer, ainsi que le voyageur qui, étant arrivé presque au terme de son voyage, se repose pour y arriver encore plus tôt |;ar le redoublement que ses forces recevront par ce repos. Mais si le corps se trouve comblé de plaisirs, celui dont l'âme jouit n'est pas moindre. La joie de se voir près de cette fontaine céleste est si grande, qu'avant môme que d'en boire elle se trouve désaltérée. Il lui semble qu'elle n'a plus rien à désirer; toutes ses puissances sont si satisfaites, qu'elle ne voudrait jamais sortir de cette heureuse tranquillité. » C'est ainsi que parle cette savante maîtresse de la vie intérieure. Elle nomme encore ailleurs cette oraison un absorbement de puissances, parte qu'en effet elles sont comme toutes englouties cl absorbées en Djcu, en sorte

qu'elles ne se voient ))lus, ne se connaissent plus, tant que l'oraison dure, tant elles sont toutes abîmées et perdues en Dieu I

Dans l'oraison passive, les Ames sont attirées de Dieu, pénétrées de lui et occupées par lui. !• Uneame est attirée de Dieu ijuand elle est appelée intérieurement par lui pour coûter la suavité qu'il lui plaît d y répandre ; il la convie, il la sollicite, la oresse de rentrer en elle-môme, de quitter Je dehors ; ces invitations, ces sollicitations, ces mouvements qui pressent ainsi l'Ame, sont des attraits, et ceux qui les écoutent , y obéissent et s'y soumettent, sont attirés. 2' Une Ame est toute pénétrée de Dieu, quand Dieu qui est partout, qui pénètre tout, mais qui ne se fait pas sentir partout, se fait sentir à cette Ame avec une certaine plénitude; quand il répand en elle une certaine onction qui la saisit, une certaine sensation délicate qui r.e laisse pas douter que ce ne soit Dieu qui se fait sentir. 3** Enfin une âme est tout occupée de Dieu quand il répand en elle ses faveurs, ses grâces spéciales, et lui ôte en quelque façon la manière imfîarfaife et moins pure d'opérer, de tendre à lui, de le prier, de l'adorer et de faire tous les autres actes qu'elle avait coutume de faire; enfin quand il met en elle son £s])rit saint qui, selon saint Pà\i\, nous soulage et nous aide dans nos faiblesses ; car, nous ne savons pas ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières, pour le prier comme il faut^ mais le Saint-Esprit prie pour nous par des gémissements ineffables. (Bom. viii.) Voilà comme il plaît à Dieu d'agir dans les Ames.

On ne prétend pas dire, d'après cela , que los puissances de l'âme sont tellement liées dans l'oraison passive qu'elles n'agissent pas du tout. Selon le sentiment de plusieurs personnes très-éclairées, elles agissent, mais d'une manière fort délicate et élevée au-dcsjus de l'ordinaire par une impression surnaturelle que Dieu leur donne; et c'est pour cela qu'on appelle celle oraison passive ^ non que nos puissances soient privées de toute action, mais seulement de toute action commune et ordinaire, Dieu les élevant à une )'açon d'agir extraordinaire. Aussi, pour faire voir qu'elles opèrent, on dit que dans cette oraison nous jouissons de Dieu, nous le possédons, nous le goûtons. Or, tous ces termes signifient quelque action de notre part , qui ne peut être faite que par le moyen de nos puissances. Il est bien vrai que ces mots de jouir, de posséder et de goûter, ne semblent regarder que la volonté, comine le dit saint François de Sales, dans son livre de V Amour de Dieu, où ayant comparé l'âme en celte oraison à un enfant au sein de sa mère , il conclut ainsi r a II en est de môme de TAme qui est en repos et en quiétude devant Dieu, car elle suce presque insensiblement la douceur de sa présence , sans discourir , sans opérer et sans rien faire par ses facultés, sinon par la seule pointe de sa volonté, qu'elle remue doucement et presque iunperceptiblement, comme la bouche par laquelle entre la délectation et rassouvi5semcnt iu-

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