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sensible qu'elle prend à jouir de la présence divine. »
I>est certain que pour ce qui regarde la principale action exprimée par ces mots : de jouissance, de goût et de possession de Dieu, elle appartient à la volonté; mais il ne s'ensuit pas que toutes les autres puissances soient entièrement oisives. La volonté entre dans la demeure de Dieu, et là elle le possède et en jouit à son aise, tandis qu'à l'entrée de cette demeure restent l'entendement et la mémoire, prenant part à la joie de la volonté, comme étant leur reine et leur maîtresse ; ces deux facultés font voir, par le repos où elles se tiennent, qu'elles sont persuadées que c'est leur avantage de se ten^'r ainsi dans un humble silence qui vaut mieux que tous les raisonnements.
Il n'arrive que trop souvent que ces puissances de l'âme se troublent et s'agitent. Voici comme sainte Thérèse en parle dans son Chemin de la perfection : « Durant cette oraison de quiétude, dit-elle à ses filles, vous vous trouverez souvent dans un étal de ne pouvoir vous servir ni de l'entendement ni de la mémoire, et il arrive qu'au même temps que la volonté est dans une très-grande tranauillité, l'entendement , au contraire, est dans un tel trouble que, ne sachant où il esi^ et se croyant être dans une maison étrangère, il va d'un lieu à un autre pour en trouver quelqu'un qui le contente, parce qu'il ne peut plus durer où il est..... En d'autres temps, il me semble que mon entendement s'arrête, et comme étant dans sa maison , et sy trouvant bien, il accompagne la volonté. Si la^mémoire s'y joint, et que ces trois puis- .^ances agissent avec concert, c'est un bonheur inconcevable et comme un triomphe qui remplit Tâme de contentement et de gloire : comme dans le mariage , quand les époux sont si bien unis, que l'un ne veut que ce que l'autre désire , au lieu que Tun des deux ne saurait être de mauvaise humeur sans que l'autre soit dans une souffrance continuelle. »Par là, sainte Thérèse fait bien voir : V que l'entendement et la mémoire n'accompagnent pas toujours la volonté dans l'oraison passive ; 2° que ces deux puissances, Tentendement et la mémoire, agissent quel-
auefois dans cette oraison, de la manière iniques; 3" que le bonheur de l'Ame n'est complet que quand ces trois puissances agissent de concert.
II semble que la volonté devrait rappeler Tentendement de ces égarements, afin que son bonheur fût plus entier. Ecoutons encore sainte Thérèse répondre à cette question : « Lorsque la volonté, dit-elle, se trouve dans cette grande tranauillité et dans cette quiétude , elle ne doit laire plus de cas de l'entendement et de l'imagination que d*un fou ou d'un insensé, parce qu elle ne pourrait s'amuser à le vouloir tirer par force après elle sans se détourner et s'inquiéter; d'où il arriverait que non-seulement elle ne tire^ rait jias par ce moyen un plus grand profit de son oraison, mais que tous ses efforts ne «'•rviraicnt qu'à lui faire pordre ce que Dieu
lui aurait donné , sans qu'elle y eût en rien contribué. Lors donc que l'âme est dans un état si sublime d'oraison , ce qui est entièrement surnaturel, s'il arrive que son entendement se laisse aller à des pensées extravagantes, sa volonté ne doit pas s'en mettre en peine, mais le traiter comme un insensé , et demeurer dans son repos, puisqu'après qu'il aura couru de tous côtés, elle le fera revenir à elle comme en étant la maîtresse et l'ayant sous sa puissance , sans que pour cela elle perde de son recueillement. Si elle veut l'arrêter par force, elle se priverait elle-même de la force que lui donne cette divine nourriture, et ainsi toutes deux perdraient au lieu d'y gagner, suivant cet axiome : Qui veut trop embrasser n'embrasse rien. C'est ce qui arriverait ici, et ceux qiii l'auront éprouvé, n'auront pas de peine à le comprendre. »
On ne peut s'apercevoir de ce qui se passe dans le recueillement passif entre Dieu et la volonté.L'entendement,qui est la seule de nos facultés capables de connaître, est à la porte de la demeure où se fait ce divin et amoureux commerce entre Dieu et la volonté; ainsi l'entendement ne peut savoir précisément ce qui s'y passe, il sait seulement que la volonté jouit d'un grand bonheur qui se répand sur tout le reste de l'âme, mais il ignore
?uel est ce bonheur et en quoi il consiste, oilà comme s'en exprime sainte Thérèfc : « L'âme qui est en cet état, ressemble à un enfant qui est encore au sein, à qui ra mère,
f)our le caresser, lorsqu'il est dans ses bra?, ait distiller du lait dans sa bouche, rans qu'il remue seulement les lèvres. Car il arrive de même dans cette oraison que la volonté aime sans que l'entendement y contribue en rien par son travail, parce qtie Notre- Seigneur veut qiie , sans y avoir pensé , elle connaisse qu'elle est avec lui, qu'elle se contente de sucer le lait dont il lui remplil la bouche; qu'elle goûte cette douceur, sans se mettre même en peine de savoir que c'est à lui qu'elle en est redevable ; qu'elle se réjouisse d'en jouir, sans vouloir connaître ni en quelle manière elle en jouit, ni quelle est cette chose dont elle jouit, et qu'elle entre ainsi dans un heureux oubli de soi-même, par la confiance que celui auprès duquel elle est si heureuse de se trouver, pourvoira à tous ses besoins. » Remarquons que cette grande sainte prétend que l'âme, dans le fort de son oraison, ne fait aucune réflexion volontaire, ni sur le bonheur dont elle jouit, le recevant sans l'examiner, ni sur Dieu qui lui fait part de cette grâce, ni sur elle-même qui la reçoit. On voit par là la différence qu'il y a entre cet état d'oraison et l'oraison de recueillement actif; dans celui-ci on ne s'attache plus à faire une attention particulière à Dieu présent, à tendre sans cesse à lui, à le regarder et à se souvenir de lui , mais seulement à jouir de lui sans faire attention au reste.
On ne pjeut avec la grâce ordinaire parvenir à l'oraison de recueillement passif: il en faut une extraordinaire pour produire de tels effets. Voici ce qu'en dit samt François
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