‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 49 sur 315 · HIC · texte numérisé non relu

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de Sfties dans son lîvre de F Amour dt Dieu : « Je ne porle pas ici, Théotimey du recueillement par lequel ceux qui reulent prier se mettent en la présence de Dieu» rentrant en eux-mêmes, en retirant, pour ainsi dire, leur âme au dedans de leur cœur pour parler à Dieu ; car ce recueillement se fait par le commandement de Tamour qui, nous provoquant à Toraison, nous fait prendre ce moyen pour la bien faire ; de sorte 3 ne nous élisons nous-mêmes ce retirement e notre esprit. Mais le recueillement dont je Yeux parler ici, se fait par Tamour même; c'est-à-dire que nous ne le faisons pas nousmêmes par élection , tu qu*il n'est pas en notre pouvoir de lavoir quand nous voulons, et qu'il ne dépend pas de nous ; mais Dieu le fait en nous quand il lui pklt, par sa sainte grâce. »

On pourrait se laisser abuser en d'autres grâces, par exemple en des visions et des révélations ; mais on ne le peut en ce repos de Tâme en Dieu ; repos accompagné d'amour et d*humilité, vertus que le démon et la nature ont en horreur. Si quelquefois il se fait en nous certain repos qui ressemble à celui-ci, on en découvre bientôt la différence, comme nous ledit sainte Thérèse dans sa Ft>, écrite par elle-même : « Cette oraison de quiétude ou de recueillement^ dit-elle, est comme une étincelle par laquelle Dieu commence à embraser rame de son amour et à lui faire connaître avec plaisir quel est cet amour ; il est impossible que ceux qui ont Texpérience de cette oraison ne reconnaissent bientôt si cette étincelle est un effet de la grâce de Dieu, ou une illusion du démon, ou une tromnerie qui vient d'eux-mêmes. »

Si l'on doute qu*on soit, ou non, dans l'oraison de recueillement passifs cela vient de ce qu*on peut avoir quelque recueillement surnaturel et passif, sans être pour cela dans l'état passif. Ainsi dans l'oraison de recueillement actif ou d'attention amoureuse à Dieu présent j et même dès la Qn de l'oraison a/fec- /ivf , il y a des personnes qui parfois éprouvent des recueillements passifs et surnaturels, et qui cependant ne sont pas encore dans l'oraison de recueillement passif. Une âme est dans le recueillement passif, lorsqu'elle y est par état, c'est-à-dire lorsque ce qu'elle ' éprouve ordinairement dans son oraison n'est guère autre chosa que ce recueillement surnaturel ou de repos en Dieu. En effet, ce qui est passager et transitoire ne fait pas un état; un état supi»osant une certaine manière d'être assez fréquente et assez habituelle.

Il y a encore entre les recueillements passifs qui arrivent dans ces trois oraisons dont en vient de parler, une autre différence que le plus ou moins de permanence de durée et de stabilité : c'est que les recueillements surnaturels qu'éprouvent les personnes qui ne sont encore que dans l'oraison affective sont très-sensibles, et que la douceur de ces recueillements est toute répandue dans les sens, qui en sont si pénétrés, qu'on tombe presque en défaillance ; mais une fois passés,

ils laissent l'âme ride. Ceux qui antreni dans le troisième degré d'(H*aison sont à la vérité moins sensibles que ceux du second degré, plus spirituels et plus délicats; ils laissent après eux une impression qui ne passe cas si vite. Cependant ils sont un peu sensibles, et leur impression est de courte durée. Mais quant aux recueillements de l'état dont nous parlons, ils sont ordinaire < ment très-délicats, très-intimes et très^subtils, et leur impression est plus soutenue; en sorte que l'âme la ressent presque continuellement, sinon lorsque Dieu veut Ton priver, ou pour la punir, ou pour retrouver.

Quand le recueillement cesse, l'âme doit faire quelques petits actes fort simples, pour ne pas demeiu*er oisive et pour chercher son Dieu qui semble s*être caché; quelquefois il daignera se montrer à elle, après qu'elle aura lait ses petites diligences ; s'il continue de se cacher à ses regards, comme à ceux de l'épouse des Cantiaues, qui disait : Tai cherché mon bien-aimé^ et je ne Cai pas trouvé {Cant. ni), elle doit prendre patience, et ne pas, pour cela, diminuer le temps de son oraison, mais espérer qu'il lui arrivera, comme le dit le Psalmiste : J'ai attendu le Seigneur avec grande patience, et enfin il m*a écouté, il a entendu mes prières, il m'a tiré d'un fond de misères et aun abime de boue; il a €Lff*ermi mes pirds sur la pierre, et il a conduit mes pas ; t7 m'a mis dans In bouche un nouveau cantioue, un cantiaue de louanges pour noire Dieu, (Ps, xxxix.) Ou bien ce que dit saint PauJ aux Hébreux : Encore un peu de temps ^ et celui qui doit venir viendra, et il ne tardera point. Or, en attendant que je vienne, dit le Seigneur, le juste qui m^appartient vivra de la foi; *'ii se retire, et s'il s'affaiblit, il ne me sera pas agréable. Quant à nous, mes frères, nous ne sommes pas des personnes à nous retirer^ ce qui serait notre ruine ; mais nous demeurons fermes dans la foi pour le salut de nos âmes, {ffebr. x.)

Dans les temps de sécheresse et de privation, il ne fmt pas abréger son oraison, mais s'en tenir à ce qu'on s est prescrit, conformément à ses emplois et à l'avis de son directeur; pour ce qui est de l'augmenter, quand il plaît à Dieu de nous favoriser d'un plus long reci^eillement, on le peut, comme plusieurs l'ont fait. On rapporte entre autres de Thomas A'Kempis, que lorsque se trouvant en société, il sentait l'attrait de Dieu qui le mettait dans le recueillement, il quittait en disant qu'on le demandait dans sa cellule, voulant dire par là que c'était Dieu qui voulait lui parler par cet attrait qu'il lui faisait sentir. Il est bon d'en agir de la sorte, pourvu que l'obéissance, les devoirs et les obligations ne nous appellent pas ailleurs; car, dans ce cas, il faut quitter Dieu pour Dieu, et laisser là l'oraison, et Dieu nous en saura gré ; et même, à bien dire, ce n'est pas Dieu que nous quitterons, mais nous nous priverons de sa conversation pour lui obéir et lui rendre le service qu'il désire de nous.

Les avantages que l'on retire ordinairement de l'oraison passive, c'est qirelle est

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un bon moyen pour avance? dans Tamour de 0ieu et dans les autres vertus. Pour prouver cette vérité, écoutons sainte Thérèse et saint François de Sales. Après avoir dit que Foraison cfe quiétude est une étincelle de Tamour de Dieu, sainte Thérèse, dans sa Yie écrite par elle-même, continue ainsi : « Lorsque cette étincelle vient de Dieu, quelque petite qu'elle soit, pourvu que TAme ne Téteigne

{^as par sa faute, elle allume bientôt un grand eu qui jette des flammes de violent amour four Dieu, dont il favorise et embrase les mes parfaites. Cette étincelle est une marque et un gage qu*il donne à Tâme du choix qu*jl a fait d'elle, pour lui accorder de grandes grâces, si elle se prépare avec soin â les recevoir. Celte faveur est telle qu'elle va infiniment au delà de tout ce çiue j'en pourrais rapporter. » Voilà une partie de ce que cette sainte, si éclairée dans les voies intérieures, dit de Tutililé que Ton retire de cette sorte d'oraison, pour avancer dans i amour de Dieu. Ecoutons maintenant saint François de Sales. Après avoir dit, dans son traité de \ Amour de Dieu^ que saint Jean l'Evan^éliste se reposait sur le sein de Notre-Seigneur pendant la cène, dans ce recueillement dont nous i)arlons, il ajoute : « Quand donc vous serez dans cette simple et pure confiance filiale au près de Notre-Seigneur, demeurez-y, cher Tiiéotime, sans vous remuer nullement j»our faire des actes sensibles, ni de l'entendement, ni de la volonté; car cet amour simple de confiance, et ce sommeil amoureux de votre esprit entre les bras du Sauveur, comprend par excellence tout ce que vous aller chercher çà et là pour votre goût. Il est mieux de dormir sur cette poitrine sacrée que de veiller partout ailleurs. » Afirès les témoignages de ces deux grands saints, à qui Dieu avait donné tant de lumières pour traiter des voies d'oraison, on ne peut douter que celle dont nous parlons, ne soit d'une grande utilité et d'un trèsgrand profit pour acquérir l'amour de Dieti et les autres vertus, 11 y a encore d'autres avantages du recueiltement passif pour avancer dans l'amour de Dieu. Dans la passivité. Dieu gagne Tâme et l'apprivoise par ses caresses ; il l'épure par le feu sacré qu'il lui communique ; il l'anime et l'encourage à entreprendre de grandes choses pour son service; il la remplit d'amour; enfin il commence cette union sainte et tout intime] qu*il veut à jamais avoir avec elle.

Dieu gagne Tâme par le moyen de ses caresses. Il prit cette voie pour nous retirer du péché, et si nous nous en souvenons bien, à notre conversion il nous fitoine bonne part de ses douceurs ; quand, dans la suite, il a voulu nous attirer à son service d'une manière spéciale et particulière, il en a encore usé de même envers nous. A présent qu'il veut nous élever au nombre de ses plus chers favoris, il redouble de nouveau ses caresses. C'est ainsi que bien des cœurs ont besoin d'être gagnés, et il v a apparence que si Dieu ne les traitait de fa sorte, jamais ils ne se donneraient entièrement à lui. Dieu, à la

vérité, ne conduit pas tout le monde par cttt« voie; il en est pour qui Dieu semble n'avoir que des rigueurs ; if ne faut pas pour cela qu'ils s'imaginent être rebutés et abandonnés ; car il leur donne en secret des grAces et des soutiens avec lesquels ils avancent dans leur voie, sinon avec suavité, du moins avec courage ; et il ne laissera ) as, s'ils sont fidèles, de les conduire jusqu'à la perfection et jusqu'au degré de la sainte union.

Souvenons-nous que ce qui nous est le plus avantageux n'est pas toujours ce qui nous semble tel, mais ce que Dieu préfère et choisit pour nous. U ne nous donne pas toujours le choix de notre voie, comme il le donna à Notre-Seiçneur qui choisit les croix. Si nous avions la liberté de choisir, nous ne devrions pas balancer à prendre la voie la plus rude; mars, comme il n'en est pas ainsi, marchons avec confiance dans la voie des douceurs et de repos de l'âme en Dieu, si Dieu nous en fait part. Cette voie n'est pas elle-même exempte de peines, comme on lo verra dans la suite.

Puisqu'il serait plus généreux de vouloir servir Dieu sans ce recueillement qui renvplit parfois l'âme d'une si grande paix, il semble ou'on devrait le supprimer et y renoncer, si c est en notre pouvoir. Plusieurs, en raisonnant ainsi, ont agi en conséquence; c'est-à-dire ont étouffé, autant qu'ils ontpu^ cette étincelle d'amour de Dieu, dont parle sainte Thérèse. Je dis, autant qu'ils ont pu^ car il n'est pas toujours en notre pouvoir de l'éteindre. Dieu qui l'a allumée en nous et sans nous, la peut aussi conserver en nous, en quelque façon sans nous. Mais quand Dieu les a laissés faire, et qu'ils sont venus k bout d'éteindre cette étincelle, ils ne s'en sont pas bien trouvés ; Dieu les punissant de s'être voulu faire un chemin de leur choix, au mépris de celui qu'il leur avait tracé. Ainsi se vérifie cette parole de l'Esprit-Saint,

3ue Dieu conduit les justes par des voies roites qui les mènent sûrement jusquau règne de Dieu [Sap., x, 10), mais que hors de là, on est errant comme une brebis égarée. {Ps. cxvni.)

Le deuxième avantage de l'Oraison pojtsive, c'est qu'elle épure Tâme par un feu sacré que Dieu lui communique. Dieu se sert de deux moyens pour purifier nos âmes: 1* II emploie le feu des tribulations : des tentations et des privations; 2* celui des douceurs, des joies et des consolations : il sait quand il faut user pour notre bien de ces diflérenls feux. Voici comment cela se fait pour ce feu qui est le plus doux. Une Ame qui se voit ainsi aimée et chérie de Dieu, met à la vérité tous ses soins à se purifier, afin d'être sans tache devant Dieu ; mais comme elle ne pourrait seule se rendre puro et nette aux yeux de son Epoux, lui-même en prend soin en la purifiant chaque jour davantage. En effet, on sait par expérience que l'on pèche bien moins en cet état, ce repos sacré.étant fiour l'Ame comme un soutien favorable qui lui fait éviter tMen des chutes. Nous ne le disons point pour rabais*

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