‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 51 sur 315 · RE · texte numérisé non relu

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denee, de la patience, le talent de la persuasion, un courage àTépreuve, etc., et ces vertus ne sont pas communes.

RÉFORME DE L'HOMME. -La grâce n'agit sur rhomme que dans le but de le réformer. Cette réforme, pour être complète, doit embrasser, 1* nos facultés corporelles et intellectuelles; 2* les passioas différentes qui peuvent nous asservir. C'est à ce double point de vue que nous allons traiter cette question :

L RéFORME DE l'homme DANS SES FACUL- TÉS.—1° Dans son corps. —Les opérations de la grâce, à force d'être réitérées, se font sentir à rhomme extérieur; elles changent le corps qui en est le sujet, et lui donnent comme une nouvelle trem[>e, de sorte qu'il n'est pres((ue plus susceptible de certaines impressions qu'éprouvent les hommes curdinaires, qu'il résiste aisément aux inclinations vicieuses, et qu'il est tellement disposé, que presque sans nulle peine il obéit à tout ce que la raison ordonne. Bien plus , comme si la chasteté lui était devenue naturelle, il n'importune plus l'âme par des mouvements contraires à celle vertu, si ce n'est lorsque Dieu le permet pour humilier Tesprit, comme il est arrivé à saint Paul et à d'autres saints. Cette heureuse disposition du corps délivre l'homme des trois ennemis qui lui donnent le plus d'exercice et qui s'opposent davantage à la pratique de la vertu. Le ]i!)remier est la pesanteur et la lâcheté, qui sont en l'homme comme un poids qui Tentraine, et qui le rendent paresseux et négligent, ainsi qu'il e^^t écrit : Le corps qui se corrompt appesantit l'âme. (Daniel, ix, 15.) Cette disposition naturelle est changée par la grâce, qui non-seulement rend l'esprit libre et disposé à toutes sortes de biens, mais qui communique au corps une vivacité et une souplesse qu il n'avait pas auparavant. Le second ennemi que nous avons en nous-mêmes, c'est la précipitation qui prend sa source dans un tempérament tout de feu, et qui, causant un mouvement impétueux, nous fait agir en tout <runo mamère naturelle et inconsidérée.

Cette mauvaise habitude est corricée par la grâce qui moJèrc la vivacité naturelle, et qui arrête les fougues du tempérament. Le troisième ennemi que notre propre fonds nous suscite, c'est Torgueil qui consiste dans une enflure de cœur, a laquelle la disposition du corps ne contribue pas peu, et que les opérations de la grâce guérissent en matant le corps et en le rendant humble et soumis à lesprit. Mais le changement que la grâce opère dans le corps ne se borne pas à le fortifier contre le vice, elle le prémunit encore contre les accidents du denors, jusqu'à le rendre comme insensible au froid, au chaud, à la soif et à toutes les rigueurs des saisons, si bien qu'on voit quelquefois des personnes faibles supporter des travaux sous lesquels les plus robustes succomberaient.

Ui grâce opère encore des effets plus particuliers sur les corps. Elle s'attacne quelqîiefois à en |}erfectionner certaines parties; efle embrase le cœur d'une divine flamme.

elle le dilate et lui donne une étendue semblable à celle qui fut autrefois promise à Salomon ; elle dispose le cerveau à recevoir les impressions de la divine lumière, de sorte que l'âme, qui a l'expérience de ces effets surnaturels, distingue ces différentes opérations et comprend la vérité de cette parole : que ce n'est pas seulement l'esprit, mais encore le corps qui est le temple du Saint-Esprit. 11 y a une troisième sorte d'effets que produit la grâce pour le renouvellement du corps. Ce sont des opérations extraordinaires

aui font un changement total dans les saints. >n en a vu plusieurs exemples ailleurs. Le feu de l'amour divin avait embrasé saint Vincent Ferrier et sainte Catherine de Sienne si sensiblement, que leurs visages étaient toujours enflammés et leurs corps pénétrés d'une chaleur très-ardente. D'autres ont souffert dans leurs membres des douleurs semblables à celles de Jésus crucifié, comme saint François d'Assise.

Quoiqu'il ne convienne à personne ni de désirer, ni de rien faire pour obtenir de Dieu de telles faveurs, on peut cependant s'y disposer en trois manières. La i>remière est de négliger le soin de son corps et de ne pas seulement prendre garde à la manière dont on le traite , surtout en ce qui regarde le sommeil, le vêtement et la nourriture. Dormir sur la dure ou sur un lit mollet , être servi à son goût ou manger des viandes mal apprêtées, elre bien ou mal vêtu, tout cela doit être indiflérent, et s'il est nermis de choisir, il faut toujours chercher le pire. La deuxième est de maltraiter le corps et de le soumettre par les humiliations et les saintes austérités de la pénitence, car c'est ce qui mortifie la chair, la vivifie et la rend propre aux opérations de la grâce , comme nous voyons que lacier a besoin d'être longtemps* battu afin d'être mis en œuvre et de pouvoir être employé à des ouvrages nobles et délicats. La troisième est de composer son corps par la modestie, ne lui laissant faire aucun mouvement pour satisfaire la paresse ou la sensualité, et le rc^glanl de manière que chaque partie s'applique aux fonctions qui lui sont propres, avec toutes sortes de bienséance et de retenue. C'est ainsi qu'une personne qui veut contenter Dieu et ne mettre aucun obstacle à ses desseins, peut, avec le secours ordinaire de la grâce, faire d'un corps porté au mal et sujet au péché la demeure de la sagesse divine, et un instrument merveilleux des plus saintes et des plus nobles opérations du Saint-Esprit.

2" Dans ses sens. — Outre que la grâce règle l'usage des sens pour les faire servir à la pratique de la vertu, elle les rend propres à des fonctions spirituelles qui appartiennent en çiuelque sorte à l'ordre surnaturel , c'està-dire qu'un homme accoutumé à ne se conduire que par les mouvements de la grâce agit en toutes choses conformément au principe qui l'anime, non-seulement dans les fonctions spirituelles, mais encore dans les plus naturelles. 1! reçoit l'impression des objets sensibles, il goûte , il sent , il voit , il

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louche d'aue manière relevée qui surpasse les forces de la nature. Si quelque objet agréable se présente à sa vue, si quelque douce odeur vient à frapper son odorat, s'il {^oûte la délicatesse de quelque mets, la perception qui se fait en lui de ces objets est bien différente de ce qui se passe dans les personnes d'une vertu commune. Les hommes ordinaires s'arrêtent alors aux plaisirs des sen$, qui sont agréablement llattés ; ma's un homme rempli de grâce, tel que nous le supposons ici, est porté à Dieu par Tinuiression que font sur lui les objets sensibles. L'habitude qu'il s'est faite d'a^^ir surnaturcllement dans le cours ordinaire de sa vie change en principe de grâce ce qui de soi ne produit qu'un effet lort naturel. Ce qui entretient la sensualité dans les autres sert en lui d'aliment à Tamour divin, du moins par rapport à ce que cet amour a de sensible, et aux effets qu'il produit dans la |jartie inférieure de l'âme. On peut dire alors que toutes les facultés de l'homme sont les sujets des opérations divines. Et il ne doit pas paraître surprenant que Dieu se serve de ce qui lui plaît pour établir et entretenir en nous la vie de la grâce. Cette doctrine a beaucoup de rapport à celle de saint Ignace de Loyola, qui a laissé par écrit qu'il ne pourrait supporter la vie , s'il recoimaissait en lui quelque chose qui ne vînt pas de Dieu et (lu mouvement de la grâce : ce qui signifie *iue l'Esprit divin occupait en lui non-seuleinent les facultés intellectuelles, mais encore es sens pour en régler l'usage et pour influer dans leurs opérations. Ce qui doit i)araître surprenant, c'est que cet assujettissement du corps aux mouvements de l'esprit de Dieu, et cette abondance de grâces, puissent se trouver dans les personnes mariées. Lorsqu'elles vivent saintement , et que dans leurs obligations mutuelles elles n'envisagent que l'ordre établi par Dieu et la vertu qu'on pratique en se conformant à cet ordre, ce qu'elles accordent aux inclinations raisonnables d'un amour que Dieu lui-même sanctifie en le commandant ne porte aucun préjudice à la pureté de leur âme. Elles éprouvent au centraire que le sang de Jésus-Christ, qui leur est appliqué par le sacrement, donne la force pour accomplir avec pureté et avec mérite tout ce qui a été sagement et divinement ordonné par le Créateur pour l'avantage de ses créatures. Pour comprendre cette vérité, il n'y a qu'à réfléchir que c'est le péché qui 0 trouble et renversé l'ordre que Dieu avait établi, et que la grâce peut ré^ arer ce que le péché avait détruit , et porter les enfants de Dieu à l'amour de leur Père céleste, même par les actions les plus basses, dès que ce sont des actions que Dieu commande ou autorise. Il peut donc arriver que la grâce soit assez abondante en quelques saints pour les mener à Dieu, non-seulement par l'esprit et

chant, contribuent à l'élever à Dieu. On a lieu de croire que les Abraham, les Jacob ^ et les

autres saints patriarches, que les Louis, les Léopold, et les autres saints de la Loi nouvelle étaient dans cette disposition. Ce qui le fait penser, c'est que ces grands hommes ne perdaient jamais de vue la volonté divine, et n'auraient pas voulu pour tout au monde s'en écarter un seul instant. Saint Thomas semble autoriser ce sentiment, lorsque, parlant d'Abraham, il fiait consister la sainteté de ce patriarche en ce qu'il ne vivait dans le mariage que pour obéir à Dieu, étant disjosé à s'en passer si Dieu l'avait exigé de lui, comme il l'a exigé de quelaues autres. Puis donc que c'est la volonté de Dieu qui met l'ordre en toutes choses, et que tout ce qui est conforme à cet ordre est saint, il ne faut nullement douter que dans toutes les actions où cette conformité se trouve, la grâce ne puisse aussi s'y trouver pour les animer et les rendre agréables à Dieu. C'est ce que saint Paul a voulu nous faire entendre en disant que tout concourt à Vavantcige de ceux qui aiment Dieu.

Pour se disposer à une si grande grâce, l'homme peut user de ces trois pratiques, qui consistent h mortifier ses sens, à les gai'der et à en faire bon usage. On mortifie ses sens en les privant de toutes les satisfactions qu'ils peuvent prendre, hors du cas de nécessité, en condamnant les yeux à ne point regarder les objets curieux etag^^éables» les oreilles, à ne point entendre ce qui pourrait les flatter, et généralement tous les autres sens, à ne point chercher leur plaisir, et à souffrir qu'on les gêne pour avancer ea esprit. On purifie ainsi les sens, et on les rend rropres aux opérations de la grâce. Tous les saints ont tenu cette conduite : il Ciit écrit de saint Ignace qu'étant à Maurèse, un peu après sa conversion, il mettait tous ses soins à refuser à ses sens toute satisfaction naturelle. Il faut veiller à la garde de ses sens pour en régler l'usage, et empêcher qu'ils ne se licencient en rien. Cette vigilance peut aussi être appelée la garde m cœur, parce que ce qui est contraire à la vertu ne peut entrer dans le cœur que par les sens. Le vrai moyen de réussir dans ce travail, c'est de bien employer les sens, de ne les appliquer qu'à des choses utiles à l'avancement de l'âme, telles que la lecture^ des bons livïes, la vue des saintes ima^es^ le chant des cantiques et les objets de piété qui touchent le cœur, y font naître des sentiments de dévotion et' le portent à l'amour de Dieu. De ces trois pratiques, la mortification est la plus nécessaire ,. parce qu'elle fait à l'égard des sens ce que font la piété et l'abstinence à l'égard de la santé du corps.

3* Dans son imagination. — La grâce opère" dans l'imagination , en l'élevant , en la purifiant et en la réglant. Elle l'élève en deux manières : l" en y imprimant des idées nobles et surnaturelles qui donnent à cette faculté une élévation où elle est comme inaccessible aux faiblesses et aux misères humaines qui l'importunaient beaucoup auparavant^ comme en effet elles importunent tous ceux ([ui ne parliciuent pas à la faveur dont nous

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parlons. Soit passion, soit faiblesse dans la plupart des bomaies, les objets terrestres font sur eux beaucoup d'impression : ou ils les tentent par le plaisir qu'ils leur procurent, ou ils les inquiètent lorsqu'ils veulent résister h ce plaisir. Mais ceux en qui la

frAce a gravé les imagf3s surnaturelles sont gaiement afifranchis, et de Tattrait dn plai-* sir, et de Timportunité qui vient de la part des objets sensibles. Ce qui nuit beaucoup aux autres ne porte aucun préiudice à ces âmes élevées, parce qu elles ne le voient que de fort loin. Elles ressemblent en cela à quelqu'un qui loge sur la rue, sans avoir le désagrément de ce qui s'y passe et sans être incommodé du bniit qu'on y fait, parce qu'il habite un bel appartement dans l'étage le plus haut. 2* Dieu élève encore Timagination par le moyen de l'entendement auquel il découvre Tordre admirable qu'il a étaWi dans l'univers, et les traits de sa sagesse qui parait jusque dans les choses les plus viles. Si bien que l'élévation que l'esprit acquiert par ces connaissances sublimes et surnaturelles se communique à l'imagination, qui n'envisage plus les choses que d'une manière sainte et relevée.

Dieu purifie l'imagination par la lumière qu'il verse dans l'entendement , ce (jui est aisé h comprendre. L'esorit , à la faveur des connaissances surnaturelles dont il est orné, ne découvre partout que la sagesse de Dieu, Tordre qu'il a établi; il voit clairement mie tout ce qu'il y a de Dieu dans les choses les plus viles et dans les actions les plus basses, est saint et pur, et qu'il n'y a de mauvais

Sue ce que le péché y a mis. Il s accoutume onc h ne chercher en toutes choses que la volonté de Dieu ; cet unigue motif devient l'âme de sa conduite. Si quelquefois son

filaisir et son propre intérêt se présentent à ur, il les rejette, il y renonce pour n'envisager (jue son devoir et se conformer aux intentions du Créateur. Cette manière d'agir lui don'ne la plus grande pureté dont il soit capable. Cette pureté passe bientôt à Timagination, qui ne trouve plus rien qui la Blesse ni oui lui fasse la moindre peine, parce qu'elle s'est accoutumée, aussi bien que l'esprit, à ne se représenter les choses que par .le bon endroit et d'une manière sainte.

Dieu règle l'imagination de l'homme en procurant par sa grâce que la subordination soit gardée parmi les puissances de Vâme. Cette subordination demande que Timagination n'anticipe point sur le droit des autres, fju'elle n'entreprenne pas de faire la loi à 1 esprit ou d'aller de pair avec lui , mais Qu'elle se contente de lui servir comme de fonds pour appuyer et conserver ses raisonnoments et ses pensées, de lui fournir de nobles images de Dieu, des idées nettes qui Taident dans ses opérations et qui ne contribuent pas peu à faire couler la lumière divine sans l'entendement humain. Cet ordre est ordinairement renversé dans les hommes dont la plupart, faute de vertu, par pure fai- Wesse , se laissent aller à leur imagination

ui les entraîne. Et sans parler du commun es hommes, sainte Thérèse a dit ou'il ^ a dans la vie spirituelle un état où 1 on n est

f)as maître de son imagination. La force de a grâce délivre l'homme de cette misère, en mettant Tordre parmi ses facultés, et en les disposant de telle sorte qu'elles Taident h acquérir un très-pur amour de Dieu.

Pour s'attirer un si grand bien, Thomrae, de son côté, peut s'y disposer en trois manières : 1. en réglant son imagination autant 3ue possible, en Tempèchant de s'amuser à es choses inutiles et à des idées basses qui donnent lieu aux satisfactions naturelles, aux vaines complaisances et au contentement de Ta mour-propre. On peut corriger ces égarements en retenant l'imagination comme on retient un enfant gui se porte de soi-même k des ailiczs \ï\^s e4 méprisables; 2. en prenant un soin }articulier d'éloigner de son imagination les objets capables de la souiller, de porter aux rlaisirs des sens et d'altérer la pureté de âme , ce gui doit se faire avec douceur, en Proposant a Tesnrit des objets honnêtes ouï occupent agréahlement tandis qu'on le détourne des autres. Un cœur pur trouve le moyen d'en venir à bout par son zèle pour se conserver sans tache et mériter l'honneur d'être le temple du Saint-Esprit. La troisième chose qui dépend de Thomme, c'est de tourner son imagination vers les objets de piété» de l'accoutumer à se proposer souvent Jésus- Christ dans les différents états de sa vie, et surtout de sa Passion, et à se le représenter intérieurement , tantôt au jardin des Olives» tantôt dans le prétoire de Pilate, et tantôt sur le Calvaire. Ce soin qu'on prend de no proposera l'imagination que des objets saints et utiles, engage enfin Notre-Seigneur h y venir lui-même pour la remplir d'idées sublimes et surnaturelles qui l'ennoblissent et qui fournissent à Tesprit une sainte et continuelle occupation.

k" Dans sa mémoire, — Pour réformer la mémoire par sa grâce, Dieu prend, pour ainsi dire , possession de cette faculté qu'on

[)eut appeler la base et le fondement de tout e bien qui se fait en Thomme, parce qu'elle donne occasion à ses pensées d'où dépendent ses raisonnements et ses affections. Lorsqu'il s'est rendu maître de cette puissance de l'âme, il prend soin : i. de la vider; 2, de la remplir; 3. de la conduire et de l'appliquer comme il faut au plus grand avantage de Thomme.

Quand Dieu fait entrer Thomme dans la voie parfaite , et qu'il veut opérer en lui d'une manière surnaturelle et extraordinaire, il commence par agir dans la mémoire qu'il réduit et qu'il attache, pour ainsi dire, au seul souvenir de Dieu, r.^ lui laissant l'idée de toutes les autres choses qu'autant

Su'il est nécessaire pour ne pas oublier ses evoirs et pour être en état de remplir ses obligations. L'homme ainsi vidé de tous les objets humains et ordinaires se sent abîmé en Dieu et absorbé dans son amour; il se regarde dans le nion^le comme un étranger

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DâSCETISME.

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dans \)n pays inconnti. Ka cet éiât, il ne pourrait pas, quand il le voudrait, se mettre en peine de ce qu'il doit faire et de ce qu'il doit dire , parce qu'il sent en soi Taccomplissement de celte promesse du Fils de Dieu : Ne songez point ni comment vous parlerez^ ni à ce que vous direz; car ce que vous aurez à dire vous sera suggéré à V heure même. [Malth, x\ 19.) En vertu de cette promesse , les personnes dont nous |.arlons , quoique uniquement et entièrement occujîées de Dieu, sont assez présentes à ellesr À mêmes pour ne manquer à rien de ce qui est du devoir. Tout ce qu'elles ont à faire ou à dire leur e£l suggéré lorsqu'elles en ont besoin. Ceux mêmes qui par leur emploi sont obligés de parler souvent en public, peuvent le faire dignement avec peu de préparation. Ils éprouvent que les paroles leur sont miî^s en la bouche; ils ne pensent qu'à ce qu'ils disent actuellement, sans prévoir ce qu'ils ont à dire, et ils oublient d'abord ce qu'ils ont dit. Il est écrit dans la Tie de sainte Catherine de Génesy qu'elle gouvernait un grand hôpital où elle avait un maniement considé* rable et de grands comptes à exiger et à rendre , sans que la multitude des soins la mit jannais en peine un seul moment; chaque chose se présentait d'elle-même à son esprit, lorsqu'il fallait y pourvoir; de sorte quelle ne se trompait*^ jamais , et que ne pouvant être en peine ni sur le passe, parce qu'elle oubliait les choses à mesure qu'elle les faisait, ni sur l'avenir, yane qu'elle ne prévo^^ait rien de ce qu'elle avait à faire, elle était toujours parfaitement libre pour s'appliquer entièrement à Dieu. Le fondement de cette liberté d'esprit est le vide dont on vient de parler, \)av lequel Dieu commence très-souvent les opérations extraordinaires de la grâce. Et il n'est pas surprenant que ceux en qui Dieu opère cle la sorte, quoique chargés cle plusieurs obligations à remplir, puissent néanmoins suffire à tout, et que sans être jamais embarrassés , ils fassent chaque chose en son temps, parce que celui qui fait un si grand vide dans leur âme , la tient entre ses mains pour l'avertir à propos, afin qu'elle se trouve prête à tout. Au reste, comme ce vide fait par la grâce ne les rend ]ia3 moins propres a l'action , l'action , de quelque nature qu'elle soit, n'est point un obstacle à ce vide. On en voit qui , de l'embarras des soins et des affaires domestiques, ou d'une forte application à l'étude, passent h i*oraison avec un dégagement et une faci- Lté merveilleuse. D'autres, après les occultations extérieures qui épuisent le i)lui> l'ciltention, rentrent d'abora dans leur premier vide , et se trouvent comme s'ils n'avaient rien fait et qu'ils n'eussent rien à faire.

Comme c'est la mémoire qui conserve les richesses de l'entendement, on peut dire que 1. Dieu remplit celle-là de toutes les connaissances dont il enrichit celui-ci. Et pour être remplie, elle n'en est pas moins libre, parce que sa liberté vient du vide que Dieu a fîiit en elle, et que la plénitude qui vient des richesses spiriluolles ueul subsister avec

le vide des objets créés. 2. Dieu, en ouvrant la mémoire et en réveillant les idées, lui fournit bien des trésors qui étaient fermés pour elle auparavant , et la rend capable do fournir elle-même h l'homme, promptemeul et à propos, tout ce qui hii sera suggéré ; c'cst-à-uire que Dieu, après avoir communiqué à l'esprit l'abondance des himières , après avoir vidé la mémoire , après l'avoir remplie, se charge de la conduire et de l'appliçiuer comme il convient. Cette opération, qui est la troisième, consiste en ce que Dieu, qui tient l'âme en sa puissance , prend \xu soin particulier de cette faculté que nous appelons mémoire ; si bien que tout lui vient ; h propos , et que les vérités qu'elle a une fois connues, les textes de l'Écriture, le souvenir des choses passées, et généralement tout ce qui lui est nécessaire, se présente k elle dans l'occasion aussi facilement que s'il était présent devant les yeux , ce qui est

f)Our l'homme un avantage merveilleux qui e met en état de rendre à Dieu des services importants.

Pour préparer les voies h cette opération de la grâce, l'homme doit 1. faire une étude particulière de ne rien laisser entrer d'inutile dans sa mémoire ; d'en bannir tout ce qui n'a aucun rapport au service de Dieu ; de ne s'entretenir jamais du souvenir des objets qui ne servent qu'à procurer de vaines .satisfactions et à nourrir l'amour-propre. 2. Il faut qu'il s'accoutume à donner toute son attention à l'objet présent qui l'occupe, et à se tenir comme en sentinelle à la porte de son âme, pour en défendre l'entrée aux autres objets , afln d'éloigner cette multitude de pensées qui importunent les hommes ordinaires, et troublent la paix de leur cœur. Comme ce sont les soins qui tourmentent et qui produisent cette foule de pensées, le vrai moyen de s'en délivrer est de jeter ^ comme dit l'apôtre saint Pierre, toutes nos inquiétudes dans le sein de Dieu (/ Petr. v , 7), et de nous conformer à cette maxime de Jésus-Christ : Ne vous inquiétez point. {Mat th. VI, 25.) En remettant ainsi à Dieu tous ses soins , on soulage la mémoire et on engage Dieu à venir prendre possession de cette faculté de l'âme pour achever de la videret d'en perfectionner la liberté. Ce qui a fait dire à quelques mystiques que la conOance en Dieu purifie la mémoire, comme la foi purifie l'entendement.

L'homme doit, en troisième lieu, fournir à sa mémoire quelques objets particuliers qui l'exercent saintement ; par exemple, le désir ardent de la eloire de Dieu et les moyens de la procurer; la vie, la passion et la mort de Jésus-Christ. Ces saints objets, en prenant la place des autres qui sont vains et terrestres, disposent merveilleusement la mémoireà recevoir les opérations de la grâce , à ne s'occuper que de Dieu et de ce qui regarde sa gloire.

5* Dans son entendement, — La réforme de l'entendement consiste en trois effets que la grâce produit dans cette puissance de l'âniè. Le premier e^t de la remplir de inixxi-

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mes et de vérités solides, qui servent de fondement à la perfection. Dieu prend soin d'instruire Thomme et de le dresser à la vie parfaite, en l'éclairant sur les conseils évanfféliques. Il lui fait connaître que c'est une naute sagesse d'aimer le mépris , d'estimer les humiliations et l'obscurité , comme les mondains estiment les grandeurs et les dignités; que la pauvreté, la privation de toutes choses est un excellent moyen pour arriver bientût à Dieu; qu'il est avantageux de souffrir , d'être exposé aux mauvais traitements et aux injures; que rien n'est plus beau ni nlus précieux aux yeux de Dieu que la pureté du cœur. Ces vérités et autres semblables sont les richesses dont Dieu pare l'entendement et comme un fonds inestimable de sagesse, sur lequel il bâtit l'ouvrage de la perféction. il n'y a pas une de ces vérités qui ne soit une source inépuisable de lumières; et toutes ensemble , elles forment un trésor de science qui met une différence presque in&nie entre ceux qui sont instruits de la sorte et ceux qui ne le sont pas. A ces connaissances Dieu ajoute des illustrations particulières et des notions distinctes de ses attributs , de ses grandeurs et des différents mystères de la rei gion.

Le deuxième effet de la grâce veut qu'après avoir imprimé fortement dans l'esprit de l'homme Tes vérités évangéliques qui forment l'état de la perfection chrétienne , Dieu lui donne plusieurs autres connaissances qui servent comme d'ornement et qui mettent l'homme en état de procurer le plus grand service de Dieu. 11 lui Communique en particulier une lumière qui est comme un don de science , pour lui apprendre sans étude tout ce qu'il lui faut savoir : la pénétration et l'intelligence , pour discerner les esprits et voir clairement dans l'intérieur des'âmes ; la sagesse, pour donner conseil , et. autres dons qui embellissent l'entendement et qui sont comme les apanages de la grâce de cet état.

Le troisième effet de la grâce pour perfectionner l'entendement est d'humilier l'orgueil de la raison et de l'assujettir à la lumière siurnaturelle que Dieu communique à ses enfants dans l'oraison, aûn qu'elle leur serve de guide et de règle de conduite. Un 3eul trait de cette lumière, qui est fort simple et fort pure, découvre à l'homme en un moment tout ce qu'il doit savoir, et lui montre tout ce qu'il doit faire. Elle est au-dessus de la raison y autant que la raison est au-dessus de l'instinct des animaux. C'est pour cela qu'un devoir essentiel à l'homme est de compter pour rien ses raisonnements et sa sagesse au prix de cette lumière. Les âmes que Dieu en favorise ne croient pas pouvoir y trop déférer , parce qu'elles la regardent comme la véritable science et comme le grand jour de la grâce. Le livre de Vlmitation en

Earle en ces termes : « J'élève un esprit umble et , par un seul mot, je lui fais plus comprendre de raisons qui regardent l'éternelle vérité que les plus savants maîtres des écoles n'en peuvent enseigner en dix ans, ».

(ui , h3.) Rien n'est donc plus avantageux à l'homme que de dépendre d'une telle lumière et de n'y jamais résister. Mais n'oublions

Eas qu'elle ne se donne qu'aux âmes humles et pures.

Pour disposer l'entendement à recevoir do si grandes richesses, il dépend de Ihomisie d'être docile à la lunïière divine , et de la préférer à tous les efforts êle la raison. Cet avis est particulièrement nécessaire aux savants qui pensent ne pouvoir s'égarer em suivant la voie du raisonnement, et qui comptent un peu trop sur leurs lumières; ils ne doivent pas oublier qu'il y a un guide plus sûr que la raison ; et ce sont les counaissances que Dieu communique aux âmes humbles qui dans leurs doutes retournent k lui avec une entière défiance d'elles-mêmes. — Quant à savoir s'il y a une règle plus sûre que de suivre en tout la raison ; si c'est la vérité dont on parle, et qu'on la confonde avec la raison , la règle est sûre , et rien n'est meilleur que de la suivre ; mais si c'est de la voie du raisonnement qu'on prétend parler, elle ne saurait être comparée avec la lumière surnaturelle qui conduit l'homme dans le chemin de la perfection , et sans laquelle l'esprit le f)lus éclairé, la raison la plus droite tombent souvent en défaut. On raconte de Charles de Lorraine, évoque de Verdun, et aussi grand évoque quo grand prince , qu'il alla voir un jour la père Lessius, de la Compagnie de Jésus , au collège de Louvain, et que ce | ère» qu'il trouva dans la bibliothèque, lui dit » en lui montrant cette multitude de livres qu'ils avaient devant les yeux :«Monseigneur, ne serait-ce pas un grand avantage pour les hommes que de savoir ce qui est contenu dans ces volumes. Je crois néanmoins qu'un petit rayon de la lumière divine vaut mieu^

aue tout cela. » En effet, cette lumière esl 'un prix inestimable; Dieu la donne quelquefois à une pauvre servante, à un frère lai qui fait les fonctions domestiques dans un couvent, et qui se trouve par là plus éclairé que le plus grand docteur de l'ordre. 11 est à croire que Suarez avait part à cette faveur, et que c'est ce qui lui faisail dire qu'il aurait volontiers donné toute sa science pour une heure de conversation avec Dieu.

Il y a encore deux autres moyens que l'homme peut prendre pour se disposer à recevoir cette lumière divine. Le premier est de s'assujettir à l'obéissance, pour se défendre des illusions, des erreurs et do^ l'attache à son propre sens, qui sont les écueils contre lesquels ceux qui se conduisent eux-mêmes ont coutume d'échouer.

Cette précaution lui est encore nécessairf^ pour pratiquer l'humilité , sans laquelle on ne peut participer aux communications célestes. Le deuxième moyen est de s'adonner aux saintes méditations et de travailler à se remplir de connaissances utiles, par le mqyea de la lecture spirituelle et des entretiens avec les personnes éclairées. Ce qu'on a dit ci-de>sus ne tend pas à exclure, la voie dJSL

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raisonremenl; il faut en faire usage lorsque la lumière surnaturelle se retire, afin d'appuyer solidement ses résolutions et ses desseins, après les avoir formés sur la foi. Ceux mômes à qui cette lumière est donnée doivent même se servir de leur raison et soumettre Tune et Tautre à Tobéissance et au sentiment commun des gens habiles et vertueux.

6' Dans sa volonté. — Cette réforme consiste dans l'application de cette puissance à Dieu, qui la tourne sincèrement vers lui et

3ui lui donne trois sortes de dispositions : e dégagement , de droiture et d'amour. — Le dégagement se fait par le soin que Dieu prend de faire perdre à la volonté l'affection pour les choses créées, ce qu'il accomplit de deux manières: 1. en la prévenant par sa grâce , en lui faisant goûter la douceur de son service, et en lui donnant de la bonté divine un sentiment tendre qui lui fait comprendre que Dieu seul mérite d'être l'objet (Je ses empressements et de ses désirs; 2. en procurant à l'homme, de la part des créatures, des peines et des contrariétés qui détachent son cœur et l'obligent à renoncer à toutes les choses périssables , pour ne chercher«que Dieu et s'attacher uniquement à lui.

La disposition de droiture que Dieu donne à la volonté est un sincère attachement au service de Dieu , accompagné d'un grand déi:j de lui plaire et de le jjréférer à tout. C est ce qu'on appelle ordinairement la droite intention , oui a pour but principal la gloire et le bon plaisir de Dieu. Toutes les grandes âmes ont eu part à cet faveur. David est loué dans TEcr/ture de ce qu'il était selon le cœur de Dieu , toujours prêt à exécuter toutes ses volontés. Lorsqu'un homme en est venu à ce point, qu'il n'a, |our ainsi dire, de çoûl et de sentiment que pour la Tolonté divine , qu'il la trouve partout, par sa parfaite résignation h tout ce qu'elle fait ou permet, par sa volonté à accomplir tous 5ÎCS commandements , par une estimé singulière et une véritable affection pour tout ce qui porte la marque de la volonté de Dieu , «ivec une docilité charmante h obéir à toutes les inspirations de la grâce; lorsque l'homme en est venu à ce point, on peut dire que le rœur a toute la droiture qu'il peut avoir. Mais, pour arriver è cet heureux état, il faut que Dieu travaille longtemps et d'une manière extraordinaire par les attraits de sa grâce.

La troisième disposition que Dieu met flans la volonté pour la réformer entièrement, est un amour tendre et ardent qui la rend sensible aux intérêts de Dieu, et qui est toujours prêt à s'allumer au moindre signe de la volonté de celui quelle aime, comme la poudre prend feu des que la moindre étincelle tombe dessus. Cette divine flamme a trois qualités : 1. Elle est délicieuse , car on ne saurait exprimer le plaisir qu'un cœur pur et droit trouve à faire la volonté de Dieu. 2. Elle est noble et infiniment pure , parce qu'elle vient ducieJ et qu'elley porte le cœur,

en le renoant capable de converser avec Dieu et avec ses anges. 3. Elle est sainte et féconde^ parce qu'elle porte è tout bien et à toutes sortes de vertus, et en particulier au zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes.

Pour arriver à un état si parfait, trois excellentes pratiques peuvent disposer l'homme à recevoir les dons de Dieu dont on vient de parler. La première est le dénûment intérieur qui ne souffre aucune attache , et qui demande une grande vigilance et de fréquents examens pour se tenir en garde contre tout ce qui peut captiver la volonté, et l'emi.ôcherde donner tout son attachement à Dieu. La deuxième est celle de la droite intention,

3ui a f)Our objet le parfait accomplissement e la volonté divine, et qui consiste en ces trois points : 1. faire en tout la volonté do Dieu, qui nous est déclarée par ses commandements et ceux de son Eglise, par les règles et les devoirs particuliers de notre état, par les événements et les effets extérieurs de la Pi.ovidem-e, et j»ar les mouvements intérieurs de la grâce ; 2. exécuter la volonté de Dieu » en faisant les choses comme il veut qu'elles se fassent, et non comme il nous plaît; 3. faire toutes choses par le motif de la volonté de Dieu , si bien que le désir de lui plaire et de faire ce qu'il veut devienne l'âme de toutes nos actions , ce qui dispose merveilleusement à la perfection de l'amour. La troisième pratique est de s'exercer par des aspirations vives et ardentes et par des élancements de cœur, qui contribuent beaucoup à allumer l'amour de Dieu, car, comme dit Notre- Seigneur, on ouvre enfin à celui qui frappe constamment à la porte.

7" Réforme du fond de son dmc. — Pour comprendre ce que c'est que le fend de l'flme, il faut la comparer à une maison où il y a plusieurs membres et divers apiartements. Vous allez voir un ami pour lui parler d'une affaire ; vous;le trouvez dans la cour de son logis , il vous écoute , votre proposition lui agrée , et il s'en tient là pour cette fois.Vous y retournez Quelques jours après, il vous reçoit dans sa salie ou dans sa chambre, il s'informe de toutes les particularités, et il diffère la conclusion de 1 affaire à une autre fois qu'il vous introduit dans son cabinet , pour être éloigné du bruit et parler plus librement.Li, après vous avoir montré ses papiers, après s'être pleinement instruit , avec une mûre délibération, il se détermine à faire ce que vous lui avez proposé. Cette détermination qu'il prend ensuite de plusieurs précautions est censée venir du fond. 11 veut véritablement ce qu'il fait, ce n'est pas le caprice ni la fantaisie qui le fait agir; c'est bien lui ^ qui se détermine, sa résolution est sérieuse, cest sa dernière et sincère résolution, et vous pouvez dire que vous voyez ce qu'il a dans l'âme. Il en est de même de ce qui se passe dans l'intérieur par rapport aux cposes spirituelles. Un homn^e entend un préaicateur : il trouve que sa morale lui convient et qu'il doit en profiter. Une autre fois, étant seul ou ayant occasion de s'entretenir sur

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