‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 52 sur 315 · DICTI0N!IA1B · texte numérisé non relu

DICTI0N!IA1B

KëF

les mêmes matières, il s*en int>truit à fond, il s'en pénètre et conçoit le désir de mettre en pratique ce qu'il a entendu. Quelques jours après, durant le silence de la nuit et dans le temps qu'il destinait au repos, les mêmes idées lui reviennent ; jl pense de nouveau au bonheur de ceux qui servent Dieu ; il se sent ému et prêt à conclure son changement, il lui échappe de temps en temps des paroles ardentes et affectueuses: enun il propose dans son cœur de faTe une retraite de quelques jours. Il se retire en effet dans une maison , à la campagne ou dans un monastère. Là il vaque en silence à l'affaire du salut et se détermine tout de bon au service de Dieu. Cette dernière volonté vient certainement du fond, parce qu'il n'y a rien au delà de plus intime. C*est un homme qui est allé de désir en désir et de promesse en promesse, jusqu'à la résolution la plus sincère et la mieux marquée. Lendroit où celte résolution a été prise s'appelle le fond de l'Ame ; il s'agit de réformer ce fond pour l'entière periection de l'homme. — Le fond de Tâme dans la plupart des hommes est ordinairement, ou troublé par l'empressement naturel, ou couvert de ténèbres intérieures,ou livréàdes attaches et des affections humaines qui gênent et gui captivent. Pour le réformer et le perfectionner, il faut que Dieu l'établisse dans trois dispositions contraires, qui sont la tranquillité, la clarté et la liberté.

Dieu y met la tranquillité en chassant le trouble par la douceur de sa grâce , en lui faisant aimer la solitude qui l'éloigné des objets créés, et le rend propre à être un séiour de paix. Cette opération se fait par la lumière de la contemplation que peu connaissent , comme étant très-subtile et trèsprofonde ; et comme souvent elle ne découvre rien de distinct ^ on traite d'illusion et d'oisiveté cette conduite de Dieu sur les flmes. Cependant c'est le moyen dont il se sert pour leur donner une parfaite tranouillîté. — Dieu met la clarté dans lefoncl de l'Ame, non-seulement par sa lumière ctui dissipe les ténèbres que les idées, lasses aes objets des sens, ne manquent jamais de produire, mais encore par les peines et les épreuves qui purifient 1 intérieur de l'homme; de sorte qu il est capable de voir les objets sur- . natureis*,et devient par cette opération comme ' une eau chaire et une glace pure et fidèle où Dieu peut se contem[tler. — Dieu y opère la liberté en détruisant toutes sortes aatTcctions pour les biens terrestres, et en mettant l'homme en état de ne rien désirer, de ne rien craindre des créatures, en quoi consiste la parfaite liberté. H s'applique en particulier à nous défaire de l'attachement que nous avons pour nous-mêmes, car il est naturel à l'homme de se chercher, d'avoir ses intérêts à cœur, et de tout rapporter à son [jlaisir et à son utilité. Si nous pouvions pénétrer assez avant dans notre intérieur, nous entendrions l'amour-propre qui y fait son séjour, et qui dit sans cesse : Moi, moi; ce qui est un véritable csclavase. Mais lorsque Tinié-

rietir est réparé Lar la gréce qui délivre l'homme du joug ue l'amour-propre, il n'est plus question de soi-même, parce que Dieu a pris la place ; le fond de l'Ame ne rédame plus que Dieu; et n'ayant plus qu'un maître, il jouit d'une parfaite* liberté.

Pour se disposer à ces opérations de la grAce, l'homme peut et doit travailler de son côté à modérer l'empressement qui domine la plupart des hommes , surtout ceux qui suivent les mouvements de la nature ; ils sont sujets à faire les choses avec une certaine précipitation, qui est l'effet des passions et de l'impétuosité naturelle, et qui produit toujours le trouble et la confusion. Ceux qui veulent se sanctifier s'étudient à ralentir l'emjiressement et à ré[)riraer la vivacité, afin que la paix du cœur ne soit pas troublée. Et c'est ainsi qu'ils lèvent les obstacles à U grâce qui doit mettre le c^lme dans leur intérieur.Ùn autre soin que l'homme doit prendre, pour préparer le fond de son âme à recevoir les opérations de la grâce, c'est de travailler à se défaire de toute attache aux objets créés, et de si bien mortifier l'amour-propre /qu'il ne se glisse plus dans ses intention*;. C'est le moyen de ressentir les effets de cette promesse du Seigneur : Votre lumière éclatera comme Vaurore, vous recouvrerez bientôt votre santé.... si vous ôtez la ckatne du milieu de vous. {/5a., lviii, 8, 9.) C'est l'amourpropre qui forge cette chaîne par laquelle il nous attache à nos intérêts , et c'est en la rompant que nous devenons parfaitement libres. Un troisième moyen qui dépend de l'homme est de se soumettre par obéissance à la conduite d'une personne sage et vertueuse, et de renoncer à tous ses goûts et à tous ses sentiments particuliers, pour vivro dans une entière dépendance. Il n'va pas de voie plus sûre pour guérir bientôt le fond de l'âme de toutes sortes d'erreurs et d*illusions, des inclinations de l'amour-jropre et de tous les vices qu'il traîne à sa suite ; c'est le sentiment des saints les plus expérimentés dans la vie spirituelle. Saint Ignace ordonne cette pratique à ses religieux , et il veut qu'ils la préfèrent aux jeûnes, aux veilîîs, aux austérités, aux longues oraisons et à tout ce qu'ils pourraient faire par leur industrie. Saint François disait de la liberté que nous sacrifions, en nous rendant dépendants de la volontéd'autrui,ce que Notre-Seigneur a dit de la vie : Celui qui la perdra pour moi la sauvera. [Matth. x, 39.) Et on ne doit pas être surpris que l'obéissance soit d'un si grand prix, et gue Dieu y ait attaché ses plus grandes bénédictions; c'est de toutes les vertus la plus noble et la plus excellenle dans son principe, et celle qui demande plus de générosité de la part de l'homme.

II. RÉFORME DE l'hOMME DANS SES PAS- SIONS. — !• Dans l amour. — I^'amour est un mouvement de l'âme par lequel elle se porto et s'attache au bien qui lui est convenable. Cet attachement ne mérite proprement le nom d'amour que quand il a pour objet un bien qui se trouve en quelqu'un; et c'est làdessus qu'est fondée fa société civile , les

REF

D'ASCETISME.

RVS

hommes trouvsDl leur avantage à s'unir et h cominercer enscmhle. Plus l'umon est {jar* faite, plus l'amour l'est aussi; c'est pour cela que lamour conjugal imite plus pamitemeut celui que Dieu i oite à nos âmes. L'homme étantdonc capable liamour, étant même fort porté à aimer, rien ne lui est plus important que de se peifectionner en ce point,

La perfectiou en le genre consiste en ce que ce penchant naturel soit si bien réglé, qu'il porte toujours ou presque toujours I homme à son véritable bien , ce qui ne so rencontre que dans les personnes consommées en vertu, et en qui la grâce divine opère beaucoup. Rien n'est plus réglé ni tnus avantageux que l'usage qu'elles font de leur amour, parce qu'il se borne à ces trois objets: — Le premières! Dieu, pour lequel elles ont une affection bien grande et continuellement excitée et entretenue par une douce inclination qui les porte vers lui. Comme elles ne voient partout que des effets de l'amour de Dieu, elles trouvent dans tout ce qu'elles voient de nouveaux motifs de l'aimer et de s'élever à lui. C'était la disposition de plusieurs grands saints, que la seule vue d une fleuron d'un insotte péiiéirait de sentiments etTectucux et tendics. Comme le ciel, la terre, les éléments, les animaux, toutes les créatures portent les ii:arques de la bonté divine, il n'est pas élofinant que tout soit pour les saints une occasion d'admirer cette bonté et de s'ciillammcr d'amour pour elle.

Le deuxième objet est Jésus-Christ. Ces flines choisies le regardent comme leur époux ; elles sont dans une admiration conlinuelle de ses perfottîons et de ses vertus; elles l'embrassent sans cesse dans leur intérieur avec des ardeurs et des transports ÏDcroyables; elles ne goûtent aue lui et ne peuvent se lasser d'en parler. C est ce qu'on remarquait dans sainte Catherine de Sienne : elle eût été plusieurs jours sans boire ni manger , pour s'entretenir de son divin Epoux. Le penchant que ces personnes ont pour le Sauveur leur donne un sentiment Irès-vif de sa présence; l'union qu'elles ont avec lui est si étroite, qu'elles le regardent comme le principe de toutes leurs actions, et qu'elles ont peine ix le distinguer d'ellesmêmes.

Le troisième objet, c'est que ceux qui ont pour Die u «t pour Jésus-Christ un tel amour, ont aussi pour les hommes une tendresse

f particulière. Ils les regardent tous comme eurs frères; ils désirent ardemment leur salut, sont touchés de leurs besoins temporels ; et, comme si les pauvres étaient leurs enfants, ils n'examinent pas s'ils sont dégoûtants quand il s'agit de les soulager, l'amour faisant en eux ce qu'il fait dans une mère qui n'a aucune répugnance h s'approrher de son enfant, quoiqu'il soit couvert d'ulcères. La première production de la charité dans un cœur où elle habile, est cette inclination pour les pauvres. Le parfait chrétien les regarde comme une portion de 5oi-môme, comme les images et les substi-

tuts de Jésus-Chri:>t qu'il aiinx; par dessus tout. On raconte de saint Louis qu'il aimait les pauvres jusqu'à ne j^ouvoir se passer de les voir; il on entretenait deux cents dans son palais, et lorstiu'il prenait ses repas, il y en avait quelques-uns <;^ui lui tcnaienl compagnie. Ln jour, ayant jeté les yeux sur un vieillard qui mangeait a^sez près de lui et

3ui lui parut fort (tégodlé, il lui envoya un es mets de sa table ; le bo] ce qui lui convenait, et le restes. Une autre fois, élai monastère, et ayant appris avait une maladie qui le rc horrible à voir, il voulut lu cha de lui et le caressa. C bien dilTérente de celle de ne peuvent souffrir que le prochent, et qui l'ont bien c'est ramour-i:roi:re. et non qui domine dans leur en:

Créateur augmente quelqu qu'il inspire de la tendres ouvrages do ses mains. Qu été doux el débonnaires, animaux : ils n'auraient nuire, et ils en avaient pitié quand on leur faisait quelque mal. On raconte tlo saints Catherine de Gènes qu'elle ne pouvait voir sansune vive douleur tuer un animal ou cou- ))cr un arbre. Saint François avait de l'amour même pour les choses inanimées. La ChronUfue de son ordre rapporte qu'il svail du rcsjwrt pour l'eau , qu'il appelait le feu son frère, et qu'un jour qu on devait lui faire une opération de chirurgie où le feu entre nécessairement, il le pria de ne pas lui faire de mal, el en etfel il ne sentit aucune douleur. Une autre fois le feu ayant pris à sa cellule et l'ayant brûlée, il se reprocha d'en avoir tiré quelques meubles ot d'avoir par lit empêché que le feu ne les consumât. Ce ne sont pas Ib des exemples k suivre; mais malheur aux sages du monde qui ne connaissent pas le prix de cet instinct naturel , de cette haute sagesse et de cette admirable simplicité I On remarque que les saints qui sont dans cet heureux étal aiment singulièrement les enfants et toutes les créatures innocentes. Ils nagent, pour ainsi dire, continuellement dans les délices de l'amour; ils ne respirent que l'amour; c'est l'amour

S[ui les porte et qui anime tout ce qu'ils ont.

Pour s'attirer ces faveurs du ciel, trois choses dépendent de l'homme avec le secours ordinaire de la grâce, et ce sont trois pratiques excellentes. La première est de retirer son alfection des choses créées et de n'avoir nulle attache à quoi que ce soit. Cette liberté de cœur dispose merveilleusement 6 la perfection de l'amour : personne n'est plus en état de tout aiuier que celui qui n'nîme rion. 1-a deuxième est (Téviter les liaisons particulières, etd'empèchcrnotre cœur de mettre son- alfeclton ot sa confiance dans les personnes qui nous témoigncnl de l'amitié. Ce point est très-dillicilc, surtout aux personnes du sexe, qui croient ne pouvoir se uasser

&iS

DICTIONNÂIUE

EP

d*iino amie ou d'une confidente. Cependant il faut 6tre dénué de toute affection humaine pour arriver à l'état dont nous parlons. Mais on ne prétend pas condamner les entretiens particuliers avec les personnes vertueuses dont les discours peuvent contribuer à Tavancement spirituel. La troisième pratique est die s'exercer en l'amour du prochain et de surmonter généreusement les obstacles qui sy opposent, tels qie les dégoûts elles aversions naturelles qui naissent de la contrariété des humeurs, Hetle étude est importante et absolument nécessaire pour former en nous cette tendresse universelle qui do"t embrasser tous les hommes. Pour réussir dans ce travail , il faut avoir toujours en vue les vrais et solides motifs de la charité, dont le principal est que tous les hommes sont les épiants de Dieu, qui nous ordonne de les aimer comme nous-mêmes. Par Ih on se dispose h Tamour parfait que la grAce de Dieu forme dans les cœurs dont elle convertit les affections humaines et terrestres en surnaturelles et divines.

2* Dans la liaine. — La haine est un mouvement de Tâme par lequel elle s'éloigne do ce qui lui paraît mal. Pour réformer la haine, la grâce nous apprend à la tourner où il faut, à Fétouffer à propos et à la modérer toiyours.

Tourner la haine où il faut, c'est Texerccr contre les objets qui en sont dignes : contre le péché, l'imperfection, et tout ce qui conduit à l'un ou a Vautre. On a remarqué dans tous les saints une grande aversion pour tout ce qui déplaît à Dieu. Il est dit de saint Jean l'Evangéliste qu'étant entré dans le bain, et ayant appris que l'hérétique Cérinthus s'y trouvait, il se hâta d'en sortir, jjour montrer à tout le monde qu'il détestait .'hérésie, jusqu'à ne souffrir aucun commerce avec ceux qui en étaient les auteurs. Saint Raymond de Pennafort, étant à la cour du roi a Aragon , fit tout ce qu'il put pour persuader à ce urince de faire cessçr un commerce scandaleux qu'il entretenait depuis longtemps, et ne pouvant rien gagner sur lui, ni supporter la vue de ses crimes, il résolut de sortir de ses Etats et de chercher un vaissçau pour s'embarquer; mais le roi,

3ui avait prévu son dessein, avait défendu e le recevoir sur aucun bâtiment. Alors le saint, s'abandonnant à son zèle et aux nobles emportements d'une sainte indignation, se jette dans la mer, met son manteau en forme de voile, et son bâton lui servant de mât, passe la mer, fait un trajet de soixante lieues, et arrive heureusement au port de Barcelone, Dieu ayant voulu témoigner par ce miracle combien il agréait la haine que son serviteur avait contre le péché. Les nommes remplis de grâces non-seulement haïssent le péché, mais encore les moindres imperfections; ils ont une extrême aversion pour les fautes les plus légères. On raconte de saint François d'Assise, que peu après rétablissement de sou ordre, ayant suri)ris un de ses religieux qui, dans un mouvement d'impatience, disait f{.uelque3 paroles aigres à un de ses frères.

il entra dans une sainte colère et s'écria, comme si le feu eût été aux quatre coins do son monastère : Comment, mon frère, dit-il au coupable, vous voulez introduire le vice dans lareliçion! Ensuite il ordonna qu'il fût enterré tout vif, et le fit mettre dans unt fosse qu'on avait creusée à cette fin; mais le voyant revenu de son emportement et demander pardon de sa faute, il le fit retirer. 11 est écrit de saint Ignace de Loyola, que voyant un frère qui, après s'être acquitté de ses fonctions domestiques , se lavait les mains avec grand soin et recherchait une propreté qui ne convenait pas à son état, il le reprit sévèrement et lui fit subir une rude pénitence. On sait que saint François Xavier, étant supérieur général des Jésuites dans le< Indes, chassa de leur Compagnie le rectear du collège de Goa, pour avoir marqué dar.s une occasion peu de soumission et d'obéissance, sans que ni l'archevêque de Goa ni le vice-roi pussent lui faire changer de résolution. Ceux qui n'ont pas l'esprit de Dieu traiteront ces exemples de sévérité outrée; mais c'est qu'ils ne comprennent pas quelle aversion les saints ont pour tout ce qui est contraire à la vertu. Cette haine s'étend encore à tout ce qui peut être cause ou occasion de péché ou d'imperfection. Notre-Seigneur veut que ses disciples haïssent leur père et leur mère, et même leur âme, c'est-a-dire leur corps et leur vie, lorsque l'amour du père et de la mère, du eorps et de la vie, peut leur être une occasion de chute. C'est pour cela que les saints ont do l'aversion pour leur chair, qu'ils sont contents de la voir souffrir, et qu'ils la maltraitent eux-mêmes; ils haïssent aussi le monde, comme étant à plusieurs une source de perdition ; ils recommandent fort la haine do tout ce qui porte au mal ou qui est conlraiie h la vertu. Saint Vincent Ferrier veut qu'on fuie une personne qui est une occasion de chute, comme on fuirait un démon. Sainte Thérèse, parlant de certaines gens qui prétendent que les personnes du sexe ne sont pas capables d'oraison, et qu'elles ne doivent s'occuper que d'emplois domestiques , recommande à ses filles de fuir ces personnes^ comme les suppôts de l'enfer. Nous ne serons ms surpris que les saints sont extrêmes dans leur haine, si nous réfléchissons qu'ils le sont aussi dans leur amour pour Dieu. 11 faut étouffer la haine toutes les fois u'elle s'allume contre des objets dilTérents e ceux dont on vient de parler. Nous trouvons en certaines personnes des manières qui déplaisent, des choses qui attirent le mépris, des défauts grossiers et des imperfections qui choquent, et quelquefois une humeur si opposée à la nôtre, qu'elle cause d'abord une antipathie naturelle qui ne manque {)as de produire de Taversioii pour ces personnes. L'homme spirituel doit d'abord étouffer ces mouvements contraires à la charité, parce qu'ils ne sauraient subsister avec la çrAce que Dieu communique à se:< enfants. Il faut être bien autrement sur se^^ gardes lorsque les personnes, qui d'ailleurs

REF

D'ASCETISME.

REF

niG

ne nous plaisent pas, viennent h se déclarer contre nous, à nous causer du mal ou à nous faire quelque outrage. On sent alors la haine s'allumer comme par degré; c'est le ressentiment qui commence; du ressentiment on passe à la colère, et de la colère à l'aversion. A quoi il faut opposer la patience, l'humilité et la douceur, pour remporter une victoire entière sur la haine. Saint Paul veut que nous ne nous laissions pas vaincre par te mal^ mais nue nous travaillions à vaincre le mal par te bien, {Rom. xii, 21.) Nous sommes vaincus lorsque nous rendons mal pour mal, injure pour injure, et nous sommes victorieux lorsque nous rendons le bien pourleroal. C'e^t ce que faisaient Notre- Seigneur et ses disciples, comme le dit le même apôtre : On nous maudit, et nous bénissons. (/ Cor. IV, 12.) 11 ne faut Oj^poser que douceur au mal qu'on nous fait, si nous voulons atteindre à la perfection du chrétien. Ne rendez à personne le mal pour le mal {Rom. xii, 17) , dit encore saint Paul, r/est-à-dire, soyez comme des brebis qui se laissent égorger sans résistance. Souvenezvous des paroles de Notre-Seigneur : Vous serez heureux lorsqu'à mon sujet les hommes vous chargeront d opprobres, vous persécuteront et diront de vous toute sorte de mal contre la vérité. [Matth. v, 11.) Ce que nous regardons comme la cau?e de notre bonheur ne doit pas nous offenser.

On éteint la haine par la pratique continuelle des vertus de patience, d'humilité et dQ douceur. Il faut être déterminé à ne se jamais lasser de souffrir et de lutter contre ramour-prppre, qui veut toujours murmurer et se plainure du tort qu'on lui fait — 11 fant modérer la haine lorsqu'on se trouve dans les occasions énoncées ci-dessus; la haine étant légitime et môme sainte, il ne s'agit plus que de la modérer, en empochant quelle ne cause du trouble et de l'inquiétude, comme font les haines injustes et les aversions naturelles qui gênent et agitent le cœur. Rien ne prouve mieux combien la grâce est au-dessus de la nature, que ce qui î-.e passe à cet égard dans les saints; ils haïssent le péché, et tout qui est contraire à la vertu, d'une haine qu on peut appeler extrême ; et cette haine pourtant les laisse libres et tranquilles; elle ne leur fait rien per.ire de leur douceur, et ne porte aucun préjudice à la perfection de leur amour.

3* Dans le désir. — Le désir est un mouvenaent de l'âme par lequel elle se porte vers un bien qui est éloigné. La réformation en Hiatière de désirs consiste à les former tels qu'il faut, et à savoir les supprimer quand ils ne sont pas ce qu'ils doivent être. — JLes désirs que la grâce inspire à un homme cju'elle entreprend de réformer, sont les désirs qui regardent uniquement les biens surnaturels. Les hommes parfaits n'en forment pas d'autres , et c'est pour cela que David est appelé dans l'Ecriture un homme retnpli de désirs. ( Dan. ix , 23. ) [jn grand saint du dernier siècle, parlant de ceux qui dirigent les communautés religieuses, dit

qu'ils doivent soutenir ces maisons par leurs oraisons et leurs saints désirs. Un docteur mystique a dit des personnes qui sont parfaitement soumises à la conduite de la grâce , «t qu'à force de soupirer vers Dieu, par des Soupirs vifs et ardents , elles se sont comme épuisées et qu'elles sont desséchées jusque la moelle de leurs os. » Il est naturel do demander quel est l'objet de ces désirs qui sont si efficaces et si puissants. Ils se rapportent tous à trois sortes de biens. Le premier est la gloire de Dieu, tout ce oui regarde son service, l'établissement et l'accroissement de son empire sur toutes les créatures, ce qui renferme la propagation de la foi , la conversion et la perfection des^âmes , etgénéraleaient tout ce qui porte à*aimer Dieu, ou qui contribue à le faire honorer. Le deuxième est leur avancement spirituel. Les âmes dont nous parlons ne cherchent qu'à se connaître pour se corriger, et à prouter de tout pour avancer de vertu en vertu; c'est d'elles que Notre-Seigneur a dit : Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. { Matth. V , 6. ) Le troisième objet de leurs aésirs embrasse tous les moyens de perfection. On ne saurait exprimer avec quelle ardeur elles souhaitent de souffrir et d'être méprisées non-seulement par zèle pour leur avancement, mais encore par respect et j.ar amour pour Jésus-Christ. Kien ne fait mieux connaître la disposition des saints à cet égard que ce que saint Ignace recommande à ses enfants, comme un excellent point de

{)erfection. Il veut qu'ils regardent les afi*onts, les calomnies et les injures du même œil que les gens du monde regardent les honneurs et les dignités temporelles, et qu'ils souhaitent môme de passer pour fous, pourvu qu'ils n'y donnent pas d'occasion par leur faute, afin de ressembler plus parfaitement h Notre-Seigneur. Qaant aux désirs qu'il faut supprimer, la règle est générale, il faut les faire mourir tous, excepté ceux dont on vient de parler. Mais il ne laut pas les combattre tous à la fois. On commence par les désirs mauvais et déréglés dont parle saint Paul : Ne cherchez pas à contenter votre sensimlitéj en satisfaisant à ses désirs. {Rom, xJii, 1^.) On étouffe ensuite les désirs des choses indifférentes, parce qu'ils troublent la paix, ne manquent pas de nuire et d'être un très-grand obstacle a la perfection. Aussi le même apôtre les appelie-t-il inutiles et pernicieux. ( / Tim. vi, 9.) Les hommes spirituels ne s'en tiennent pas là , ils en viennent jusqu'à ne souffrir en soi aucun désir, même bon, dès qu'il est inquiet ou qu'il les tire de la sainte indifférence.

C'était la maxime de saint Ignace. Tout désir marque imperfection , disait-il, et je ne voudrais pas souffrir en moi le désir d'aller aux Indes pour y trouver le martyre; j'aimerais mieux me réduire à ne rien désirer. On ne blâme pourtant pas les désirs particuliers que Dieu donne pour l'accomplissement de sa sainte volonté, parce qu'ils sont paisibles et s'accordent très-bien avec l'état d'indifférence et d'abandon où doivent

REF

REF

l^ii

être les hommes parfaits à l'égard de Dieu. Dans cette suppression des désirs on trouve la paix et la liberté la plus parfaite.

Comme le cœur humain est une source inépuisable de désirs, il faut se faire une étude particulière de les combattre à mesure qu'ils naissent , et ne faire grâce à aucun. H est même nécessaire d'en chercher la cause dans nos inclinations, afin de les étouffer jusque dans leur source ; car c'est un point sur lequel on s aveugle. H y a bien des gens qui croient ne désirer que Dieu, et qui sont en proie à mille désirs frivoles. Ce travail doit être continué sans relâche , jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le désir de la perfection et de la gloire de Dieu.

4* Dans la répugnance ou Faversion. — L'aversion est un mouvement de l'âme, par -equel elle s'éloigne du mal dont elle est menacée. Réformer l'aversion , c'est la donner aux objets gui en sont dignes et la refuser à ceux qui ne la méritent pas.

Ce qui nous apprend à bien p.acer notre aversion, c'est une espèce d'instinct que la grâce donne, lequel porte les hommes spirituels à fuir de toutes leurs forces tout ce qui peut mettre obstacle à leur progrès dans la vertu. Le monde est un de ces obiets que les saints ont en aversion. 11 est aisé d'en juger par la conduite des Antoine, des Arsène et autres saints anachorètes qui ont cherché la solitude. Les autres saints qui n'ont pu les imiter , en prenant le parti de la retraite , en ont conservé l'inclination, et, s'ils se sont déterminés h vivre dans le monde , c'a été par zèle, pour travailler au salut des autres, ou par nécessité , parce que leur condition les y attachait. Ils ne se sont r as moins éloignés (les plaisirs des sens ; ils ont regardé une vie douce qui contente la nature, comme une mer orageuse où il est aisé de faire naufrage. C'est pour cela qu'ils ont évité avec soin la compagnie des personnes du sexe ; et tout homme sage qui en connaîtra le danger ne s'y engagera jamais ou ne le fera que pour de grandes raisons et avec des précautions infinies. La grâce inspire encore aux enfants de Dieu une sainte horreur et une crainte salutaire des honneurs et des dignités, surtout de celîes gui donnent autorité sur les autres, et qui imposent l'oblication de répondre de leur conduite. La plupart des saints évèques ont redouté l'épiscopat , et, quoiqu'ils eussent des marques certaines de la vocation divine , et qu'ils fussent parfaitement soumis aux ordres de Dieu, ils ont cru lui plaire beaucoup en faisant tous leurs efforts pour n'y ôtr»» pas élevés. Saint Ambroise et saint Martin ne se rendirent aux empressements du clergé et du peuple que lorsqu'ils ne purent plus résister. Que ceux qui désirent les prélatures et qui se les procurent, comparent leur conduite à celle de ces grands hommes , et ils verront si ce n'est pas courir à sa perte que de briguer une dignité qu'on ne peut ambitionner sans une extrême présomption , ni sans choquer Thumilité, qui est la vertu la plus nécessaire et bplus délicate du chrétien. Les saints les

plus éclairés dans les voies de Dieu n ont trouvé leur sûreté que dans le refus de ces sortes de dignités. Saint Ignace, un des plus grands maîtres de la vie spirituelle, veut que les profès de sa Compagnie s'y engagent par vœu, afin de fermer la porte pour toujours à une des passions les plus dangereuses, qui est la convoitise des honneurs. C'est donc un des principaux effets de ta

f;râce , lorsqu'elle travaille à la réforme de 'homme intérieur, de le porter à la fuite de tout ce qui peut mettre obstacle à sa {perfection.

La seconde chose à faire pour l'entière réformation de la répugnance ou aversion nas turelle , c'est de la surmonter et de l'étouffer, lorsqu'elle nous porte à fuir en certaines rencontres où il convient de tenir ferme et de combattre courageusement, La première de ces rencontres est lorsqu'il s'agit du travail nécessaire pour acquérir la vertu. 11 est naturel aux âmes faibles de vouloir que tout ce qu'elles ont à faire leur soit aisé, et de redouter tout ce qui est pénible et difficile. On voit des gens remplis de bons sentiments et de saints désirs , qui se rebutent pour h moindre contradiction ; ils sont toujours prêts à reculer et à tout abandonner, au moindre effort qu'il faut faire pour se recueillir, pour garder le silence , ou pour se détacher des personnes qui leur agréent; tout ce qui est dilHcile leur fait peur , quoiqu'ils le jugent nécessaire pour leur avancement spirituel. Au contraire, les âmes fdrt3$ et généreuses aiment la peine et la souffrance. Autre rencontre qu'on fuit avec soiri, et où il est nécessaire de s'armer contre la répugnance ; c'est lorsqu'on est exposé à être repris et mortifié. La grâce rend ces occasions précieuses à ceux en qui elle 0[.ère beaucoup; ils souhaitent les humiliations, les chercnent et s'y plaisent. Témoin ce serviteur de Dieu, quî, ayant trouvé sur son chemin un enfant qui se moquait de lui, s'arrêta pour lui donner le loisir de se satisfaire, se faisant 'un sujet de joie de ce oui devait naturellement exciter sa colère. Il y a une troisième répugnance contre laquelle il est nécessaire de se roidir, c'est une faiblesse ordinaire à bien des gens en qui il y a de la vertu ; ils ne peuvent souffrir qu'on les détourne, et qu'on dérange leurs projets et leurs desseins particuliers. Comme ils sont timides^et d'une humeur un peu farouche, c'est leur faire un grand chagrin que de les tirer hors d'eux-mêmes, pour les obliger à se produire ; et lorsqu'ils voient approcher quelqu'un pour entrer en conversation , ils fuiraient brusquement , s'ils osaient, pour l'éviter. 11 y a en'cela beaucoup d'amour-propre. Les personnes généreuses vont simplement et avec beaucoup de liberté : elles ne craignent pas qu'on les approche ; elles parlent sans gêne et sans embarras à qui les invite à le faire , et profitent des moindres occasions pour insinuer quelque mot de Dieu, Leur courage et leur zèle sont un effet de leur sainte liberté; elles ne prétendent rîon, ne désirent rien,

HEF

D'ASCETISME.

RET

&fiO

et on peut leur appUquer cette parole du Saint-Esprit : Unecratntriende tout ce yu il rencontre. [Prov. x, 30.) Les esprits timides, au contraire, sont continuellement attentifs à écarter tout ce qui n'est pas conforme à leur humeur, parce qu'ils se cherchent euxmêmes et qu'ils sont, pour ainsi dire, amoureux de leurs desseins et de leurs pensées. Ce sont quelquefois des hommes appelés au ministère apostolique, qui ont le talent de la parole, et qui, ne prenant pas garde que plusieurs âmes se perdent faute d'instruction, préfèrent les ciouceurs de leur retraite aux fruits qu'ils pourraient faire par leurs prédications et leurs entretiens. On ne comprend pas combien il est important, dans la vie spirituelle, de se surmonter soi-même, ^ pour renoncer à ses propres vues et à ses * desseins particuliers. Cependant ,. pour ne pas faire quelques efforts, on demeure attaché à sa propre volonté, et on se rend incapable d'accomplir les desseins de Dieu , qui portent souvent à toute autre chose qu'à ce que nous faisons par notre choix.

5" Dans la joie, — La joie est la délectation de l'âme causée par la jouissance d'un objet présent. Réprimer la joie, c'est la bien placer et la réprimer à çropos. L'homme spirituel doit chercher sa ioie dans les biens surnaturels, qui sont les seuls dignes d'occuper son ccDur. On peut distinguer comme trois degrés dans cette joie spirituelle. Le premier est une paix et un contentement qui sont l'effet d'une bonne conscience, de la droiture d'intention et de l'amour qu'on a pour Dieu. Le deuxième est un tressaillement de cœur, qui ajoute à la paix une consolation sensible. Le troisième est une sainte impétuosité qui vient aux âmes saintes de l'abondance do leur joie, qui les fait éclater intérieurement et quelquefois même au dehors, lorsqu'elles ne peuvent pas contenir en elles l'abondance de la grâce. Saint Paul disait dans ces occasions : Je suis dans un excès de joie (II Cor. vii, *); saint François Xavier se promenant dans le jardin du collège de Goa, et ne pouvant soutenir le torrent de délices dont Dieu inondait son âme, s'écriait de teoips en temps : Cest assez^ Seigneur^ c'est assez. — Seigneur^ disait saint Ephrem, arrêtez le torrent de votre grâce. Cette joie des saints est proportionnée à leurs désirs et roule sur les mênoes sujets dont voici les principaux. \ Ils se réjouisseut d'abord des progrès de l'Eglise, de la propagation de la foi , de la conversion des âmes, de tout cç qui contribue au service de Dieu et à l'accomplisse- ; ment de son roj^aume dans le monde. Leur avancenaent spirituel et leur progrès dans la vertu sont un autre sujet de joie. Telle fut celle de saint François quand Dieu lui eut fait connaître qu'il était du nombre des élus : il en fut transjjorté hors de soi pendant plusieurs jours. Les mondains ont peine à crofre que les saints trouvent encore un sujet de joie dans les afflictions et les souffrances (Je cette vie : cependant rien n'est f.Ous vrai; et l'apôtre saint Jacques réprouvait quand il di>a:t aux ûdèles : Mes frhrs, faites toute

votre joie des diverses afflictions oui vous arrivent. {Jac. i, 2.) Tomber en quelque mépris, recevoir quelque mauvais traitelnent, voilà ce qui fait les délices des enfants de Dieu, ce qu'ils appellent leurs bonnes fortunes. En effet, ils y trouvent des trésors précieux que la grâce leur découvre. Quoi de plus consolant que de ressembler, à Jésus- Christ souffrant et crucifié, de le recevoir dans la sainte Eucharistie, de retirer une âme de l'enfer, et de voir la volonté de Dieu accomplie, surtout quand c'est d'une manière éclatante! Et faut-il s*étonner que les saints ne veuillent pas d'autre joie que celle qui leur vient de tels objets ?

Tout sentiment de joie qui n'a pas pour objet les biens surnaturels dont on vient de parler, doit être étouffé dans le cœur. 11 ne faut pas être fort spirituel pour se défendre de cette joie criminelle qui vient d'une satisfaction qu'on s'est accordée contre la loi de Dieu. Ceux qui trouvent du plaisir à penser qu'ils ont contenté leur haine en se vengeant, ou qu'ils ont pris quelque autre satisfaction illicite, sont clu nombre des méchants dont l'Ecriture a dit : Qu'ils se réjouissent lorsqu'ils ont fait le mal , et qu'ils triomphent dans les choses les plus criminelles. Il y a une joie maligne qui consiste dans le plaisir qu'on prend à voir tomber en confusion ceux par qui on a été offensé ou pour qui on a guelque aversion naturelle. Sans être homme intérieur, on comprend assez que cette joie e$t blâmable. Mais il y en a une autre dont on ne se défie point, parce qu'elle est procurée par des choses indifférentes et qu'il faut pourtant retrancher, parce qu'elle est naturelle et qu'elle contente l'amour-propre. Un religieux est envoyé par ses supérieurs dans une maison de son ordre, où il se plait; on lui confie un emploi qui est de son goût, et il en conçoit une grande joie : il n'y a rien que de naturel et d'numain dans la cause de son plaisir. Un père , après avoir exercé son fils à l'étude des sciences, après lui avoir donné une belle éducation , lui voit donner avec éclat des preuves de sa capacité et de son esprit devant une nombreuse assemblée, et il s'abandonne à la joie. S'il se réjouit de ce que son fils a bien répondu aux soins qu'on a pris de lui , et de ce qu'il s'est mis en état de remplir les desseins de Dieu, rien l'est plus louable; mais si le motif de sa lOie n'est autre que la gloire que son fils ^'est acquise et celle qu il procure à salamille, c'est une joie purement humaine et par conséquent frivole, qu'un homme spirituel aurait soin de réprimer. On a vu un homme rechercher avec ardeur une personne qui devait,* en l'épousant, l'élever au premier emploi delà province; il parlait sans cesse de son mariage, comme du plus grand bonheur qui pût lui arriver. 11 obtint en effet ce qu'il souhaitait, et il en eut une joie extrême. Peu de jours après, étant tombé malade, se voyant près de mourir, il parut consterné et accablé de tristesse : la raison en e^t évidente. L'excès de sa consternat'on vena t de l'excè.*' de sa ^oie, dont ilcoHUP^ons

Page 1