‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 53 sur 315 · SI · texte numérisé non relu

SI

REF

çait à connaître la vanité. Comme la loi de Dieu ne souffre point le péché ni Timperfectton dans le sujet de notre joie, la grâce et la vertu n'y laissent pas entrer les choses indifférentes. C*est en Dieu seul et par Dieu seul que Thomme spirituel se réjouit.

Pour se disposer à cette entière réforme, rhomme doit veiller exactement sur les mouvements de joie qui s*élèvent dans son cœur pour voir quel en est le principe. C'est un point im|>ortant de la vie spirituelle et un excellent moyen [jour se connaître soimême : car par nos joies nous pouvons juger de ce que nous sommes aussi bien que |>ar nos désirs. Il faut pour cela faire des examens et des réflexions fréquentes et s'interroger souvent soi-même sur le sujet de ses joies, pour être en état de réprimer celles qui ne sont pas saintes, et d'en étouffer jus- ({uaux plu^ légers mouvements, dès qu'ils commencent à se former, jusqu'à ce qu'on ne soit plus touché que des biens surnaturels, auxquels on doit se réduire.

6** Danê la tristesse. — La tristesse est un sentiment du mal présent; sa réforme consiste dans le bon usage et dans la victoire sur cette passion. Il y a deux justes sujets de douleur que les personnes gouvernées par l'Esprit saint ressentent : elles s'affligent lorsqu'il arrive quelque chose de contraire à la joie des saints; mais leur dontenr est tellement modérée qu'elle ne produit aucun mouvement irrégulier ni aucun embarras dans le ecsur. La bonté et la compassion Îiue lajgrtce communique à ces personnes, ont qu elles s'émeuvent aisément a la vue des malheurs d'autrui; imitant en cela leur divin Maître qui versa des larmes sur la mort de Lazare. Elles ne sauraient considérer Certains objets pieux et touchants, sans être d'abord attendris : elles joignent volontiers leurs larmes à celles de Madeleine aux pieds de Jésus-Christ. Sainte Thérèse avait certainement ie eœur bien dégagé des créatures, cependant elle ressentait vivement lo mort des Personnes utiles à l'Eglise: elle pleura une eurc entière celle du P. Balthazar Alvarez, qui avait été son confesseur. Cette tris«> tesse des saints est bien différente de celle qu'on remarque dans les hommescrdinaires : eelle-ci abat et inquiète le cœur; celle-là ne trouble pas plus que la joie. Les hommes

3ue la grâce anime s'affligent sans rien nerre de leur tranquillité intérieure et de leur résignation aux ordres de Dieu; ils sentent même que ce qui cause leur affliction n'est point contraire à leur volonîé ; et s'ils pleurent» c'est parce que la droite raison et le Saint-Esprit qui habite en eux veulent qu'ils ressentent un mal contre lequel , dans le fond, ils n'ont aucune opposition. C'est ainsi qu'une mère soumise a la volonté divine pleure la mort de son fils, et ne laisse \)às d'être contente de ce que les desseins de Dieu sont accomplis ; elle ne voudrait même

Ks qu'il fût arrivé autrement, depuis que rdrede la Providence lui a été manifesté. Cette union admirable du contentement avec la tristesse est un effet de la grâce que les

mondains ne comprennent pas, et dont parle saint Paul quand il dit : Comme étant tristes et ayant toujours de la foie.

On remporte la victoire sur la tristesse, en ayant soin que cette passion ne gagne pas le rieur et ne le jette dans la mélancolie. Cette mauvaise humeur, qui est une suite de la tristesse, produit ordinairement trois effets. Le premier est de saisir l'âme, de l'engourd'r et de la rendre comme incapable de toutes sortes de biens. En effet, ceux en qui celle humeur noire domine, ne sauraient faire aucun effort; ils n'osent rien entreprendre de difficile, et tout leur paraît impossible ; leurs

Euissancessont comme liées; c'est une fa> lesse extrême et un épuisement universel qui dégénère en paresse. L'homme spirituel prévient un si grand mal par une vigoureure résistance^ par la gaieté que donne l'espr l de Dieu, par la confiance et le courage que ce divin esprit inspire. Le deuxième effet est d'ôter à l'âme tout ce qu'elle avait de noblesse et de générosité, si bien qu'elle ne se fait pas une peine de s'abaisser aux choses les plus viles, de se laisser aller aux objets des sens et aux attraits du vice. C'est ce qu'on remarque dans les personnes'mélancoliques : elles sont ordinairement sensuelles ; comme elles n'ont pas assez de vigueur et de générosité pour s'élever aux objets spirituels, elles demeurent, pour ainsi dire, enfoncées dans les objets sensibles, et se plaisent dans tout ce qu'il y a de plus matériel et de plus srossier. Le troisième effet est de produire Ta désolation et le dérourageroent qui font abandonner la pratique du bien , et qui con duisent quelquefois au désespoir. L'âme, qu. sent sa faiblesse et son imimissance, juge la vertu tellement au-dessus de sa portée, qu'elle perd courage et se détermine au mal. Le démon se couvre ordinairement de celle passion pour arrêter les hommes dans ses pièces, et pour opposer à leur salut, ou du moins à leur perfection, le plus grand de tous les obstacles. Nous ne saurions donc faire trop d'efforts pour prévenir un mal si dangereux, en nous mettant au-dessus de notre pusillanimité et de notre faiblesse.

Pour dompter cette passion, l'homme doit commencer par combattre une certaine inciination que nous avons tous à nous occuper de nous-mêmes et de ce qui nous touche. Cette inclination est fortifiée par la mélancolie. Il estnci^urel, par exemple, à un homme qui est triste pour n'avoir pas réussi dans quelque projet, de s'entretenir de son malheur et de se repaître de cette pensée. C'est une grande sagesse de savoir alors se distraire de ces idées affligeantes pour tourner ailleurs l'application de son esprit ; et, parlant en général, rien n'est plus utile pour surmonter cette dangereuse passion cfue de sortir de soi-même pour s'occuper des choses qui regardent Dieu. Le deuxième remède contre la mélancolie, ce sont les pénitences exlérieures, et surtout la discipline, ta raison prouve qu'en frappant le corps on donne du mouvement au sang et aux esprits ;iet l'expérience fait voir que ce châtiment, pris

REF

DASCETISME.

REF

avec courage et confiance en Hieu , donne de la gaieté à FAme , dissipe l'humeur sombre, et chasse le démon avec toutes ses opérations malignes. Une preuve convaincante de cette vérité, c'est que ceux qui font profession d'une vie austère paraissent toujours contents et remplis d'une sainte joie. Mais le remède le plus efficace qui doit accompagner les deux autres, c'est de combattre cette passion sans relâche, en s'onposant directement et avec courage au pencnant qu'elle donne pour la retraite et 1 obscurité, et cela, sans aucun égard à son goût particulier, ni à sa disposition naturelle, ni à loutes les raisons qu'on pourrait avoir de ne pas le faire. 11 faut se produire et parler, malgré la peine qu'on y sent, et quoiqu'il semble qu'on ne prononce que des paroles mourantes, parce qu'on parle contre son inclination, il faut pourtant le faire et chercher les occasions de s'entretenir de ce qui peut contribuer au service de Dieu et aa salut des âmes, afin de remporter une pleine victoire sur l'amourprvîpre, qui favorise et entretient dans les i)ersonnes mélancoliques le penchant qu'elles ont à fuir le commerce des hommes et à se tenir cachées, il ne faut pas s'imaginer que ce soit là une entreprise au-dessus des forces de l'homme. Il peut en venir à bout avec /aide de l'esprit de Dieu, et faire succédera cette humeur sombre une sainte allégresse, qui s'accorde parfaitement avec la paix et le contentement au cœur. 11 est vrai pourtant tjue c'est, de tous les ennemis qu'on rencontre dans la vie spirituelle , le plus difficile à vaincre. Le P. Dupont donne au P. Balthazar Alvarez la gloire de l'avoir surmonté. De celte victoire dépend l'établissement du royaume de Dieu, que saint Paul fait consister dans la justice^ dans la paix et dans la joie que donne le Saint-Esprit, ( Rom. XIV, 17.)

T Dans la hardiesse ou le courage. — Le courage est l'effort que fait l'âme pour atteindre à un bien dilticile à acquérir. Pour r«éfornïer cette passion, il faut la modérer et la retenir dans de justes bornes, et s'en servir à propos. Il faut y mettre des bornes pour l'empêcher d'aller jusqu'à la témérité, comme font la plupart qui outrent ordinairement le courage, surtout dans trois sortes d'occasions : 1. Lorsqu'il s'agit de conserver une fausse liberté dans laquelle ils se sont établis; ils suivent aveuglement leur impétuosité naturelle, ils font et disent tout ce qu'ils veulent, sans égard à la droite raison et à la vertu. C'est la chaleur du sang et la vivacité de l'esprit qui favorisent ce penchant dans la jeunesse. Comme elle agit sans la réflexion et sans l'expérience, qui retiennent les gens sages, si la gr&ce et la crainte de Dieu ne viennent à son secours, elle est indocile, imprudente et téméraire. Nous avons déjà parlé de ce défaut qui porte les jeunes gens à parler sans réflexion, à prononcer sans discernement et à blâmer sans égard jusqu'aux choses qui regardent Dieu et son Eglise. On voit quelquefois de jeunes filles prendre, dans le commerce du grand

Dictions. d'Ascétisme.

monde, un certain air déterminé avec lequel elles se mettent au-dessus des bienséances et oublient ce qu'elles doivent à la pudeur et à l'humilité, qui devraient faire leur caractère. 2. Le courage a besoin d'être modéré et retenu dans toutes les rencontres où il y a danger d'offenser Pieu. C'est le défaut des hommes de ne pas assez craindre ces occasions dangereuses, de s'y jeter avec hardiesse, etde vouloir paraître courageux où ils devraient se faire une gloire d'être timides, à l'exemple des plus vertueux et des plus saints personnages. Ces téméraires devraient avoir toujours en vue l'ange de l'Apocalypse, qui disait d'une voix forte : Crai* gnez le Seigneur. {Apoc. xrv, 7.) 11 y a une troisième sorte de personnes qui abusent de leur courage et qui ont grand besoin de le modérer. Ce sont certains spirituels qui, voulant d'abord s'élever, affectent des sin-

fularités sublimeset extraordinaires, et n'ont la bouche que de grands termes mystiques dont ils ignorent le sens. C'est en oubliant leur faiblesse et en se confiant en leurs propres forces qu'ils s'égarent ; et leur cnute est d'autant plus lourde, que l'état oiï ils ont voulu s'élever était plus haut. Il appartient à la prudence, à l'humilité et à la chaste crainte de Dieu de réprimer le courage dans ces occasions.

Comme on ne parle ici que de ce qui re- •

{;arde le service de Dieu, les occasions où e courage doit avoir lieu se réduisent à trois :

La première , c'est lorsquMl s'agit de se donner . tout à Dieu , et d'entreprendre comme il faut l'ouvrage de la perfection. Les âmes lâches n'en sont pas capables, et la plupart des hommes mènent une vie imparfaite, parce qu'ils n'ont pas assez de courage pour surmonter les obstacles que le monde et leur faiblesse naturelle opposent à leur sanctification, La difficulté consiste en ce que, pour réussir dans cette importante affaire, il faut être résolu à ne rien refuser à Dieu, comme saint Paul et saint Augustin, lorsqu'ils disaient, au commencement de leur conversion : Seigneur, que voulezvous que je fasse?

La deuxième accasion est qu'il ne suffit pas d'entreprendre avec générosité; il y a des moyens nécessaires qu'il faut prendre et qui sont accompagnés de grandes difficultés qu'il faut dévorer. Le recueillement est une de ces pratiques pénibles qui rebutent les commençants. Il s'agit d être toujours intérieu-, rement attentif à Dieu et à soi-même, de fuir les entretiens et les occupations inutiles, les empêchements du dehors et tout ce qui peut flatter la curiosité : tout cela est nécessaire au parfait recueillement, sans lejjuel on ne' saurait faire aucun progrès ; mais tout cela est bien difficile, et il faut avoir delà générosité pour se roidir contre ces obstacles. La victoire sur soi-même ne coûte pas moins à la nature. Se mortifier sans cesse, être toujours occupé à mortifier son penchant, contrarier son numeur, lutter contre ses inclinations et se décacher de tout ce. qui flatte l'amour-^

REF

MCTKH«MAI11E

propre, poar mourir à soi-même, c'est le Irait de plusieurs efforts qui sont Teffet d*un grand courage. Autre source de peines et de combats continuels, c*est le dégagement des créatures, sans lequel on ne saurait, ni conserver la liberté de cœur, ni être propre à Tunion divine. Ajoutons-y le respect humain et la Causse complaisance, qui retardent si fort les flmes, et dont la victoire demande tant de force et de générosité.

La troisième occasion est lorsqu'il s*agit de former de grandes entreprises pour la gloire de Dieu, et de vaincre de granaes difficultés ÏK)ur les faire réussir. Ce désir de faire beaucoup pour Dieu a fait le caractère des grandes âmes. Saint Paul, dans Tardeur de ce désir, défiait toutesles créatures : Quinous téparerUf disait-il, de Famour de Jésus-Christ Y (Rom. Yui, 35.) Ces hommes généreux n'avaient en vue que les croix, les dangers, les persécutions , les naufrages , les supplices et la mort ; et c'est ce qui augmentait leur amour pour Dieu. Le courage de saint François Xavier augmentait à la vue des mers orageuses, des périls et des tempêtes ; et alors il se sentait pressé d*un désir incroyable de travailler pour Dieu et pour le salut des Ames. Sainte Thérèse était dans la même disposition : elle aimait la croix jusqu'à ne pouvoir s'en passer; elle ne soupirait qu'après les occasions de faire de grandes choses pour son divin Epoux, et c'est son courage héroï-

Ïue qui lui a mérité le nom de femme forte. es grandes entreprises sont propres aux enfants de Dieu, qui trouvent leur force dans leur courage, et qui tirent leur courage du thle qu'ils ont pour le service de leur Père céleste. Souvenez - vous , mes frères, disa-t un fervent religieux à ses compagnons, sur le point de souffi^îr le martyre par la main des hérétiques, souvenez-vous ae ne jamais dégénérer des sentiments des enfants de Dieu. H avait appris cette maume du P. Balthazar Alvarez, oui avait été son maître dans la vie spirituelle.

8* Dans la crainte. — La crainte est un mouvement de l'Ame par lequel elle fuit un mal encore éloigné, mais dont elle est menacée, et qui est considérable et difficile à éviter. La réforme de la crainte consiste h en régler si bien l'usage, qu'on craigne, lorsqu il le faut, et qu'on ne craigne pa$lorsqu*il ne le faut pas. — La crainte qui convient à une Ame cnrétienne est celle de Dieu, qui est appelée dans ses Ecritures le commencement de la sagesse. Trois sortes de personnes ont besoin de cette crainte : 1. Celles qui passent leur vie dans les plaisirs et les délices ; elles ne devraient jamais oublier ces paroles de Notre-Seigneiu* : Je vous montrerai qui vous devez craindre ; craignez celui quij après vous avoir été la vie^ peut précipiter dans l'enfer. {Luc. xii, 5.) Elles devraient sans cesse se rappeler le souvenir des jugements de Dieu, et dire, avec le prophète David : Pénétrez ma chair de votre crainte^ car vos jugements me remplissent de frayeur. {Ps. cxviu, 120.) 2. La crainte est encore trèsnécessaire aux personnes qui, dans le che-

min de la perfection, ne se défient pas assez de leurs forcés, ef dourrissent dans leur Ame une secrète ambition qui les porte à s'élever aux états les plus sublimes de la vie spirituelle. Elles ont du mépris pour les voies communes et pour les exercices de la vie purgative. Leur langage ordinaire est que tout consiste dans 1 intérieur, et qu'un retour à Dieu vaut mieux que tous les chAtiments du corps et que toutes les œuvres extérieures. 11 laudrait que ces personnes envisageassent souvent la vie des Antoine, des Hilarion, des Dominique, des François et autres, et qu'elles considérassent avec quelle humilité ces grands saints marchaient dans les voies de Dieu, et avec quel zèle ils s'appliquaient aux exercices de la pénitence. 11 y a, en troisième lieu, des personnes qui, ayant fait quelques progrès dans la vie spirituelle et se sentant quelque goût pour Dieu, s'imaginent qu'elles peuvent se reposer et

3u*il est temps de bannir la crainte pour onner tout à Tamour. Elles cessent en effet do combattre les inclinations de la nature, elles se laissent aller à leurs sens, et prétendent autoriser cette conduite du sentiment de saint Au^stin , qui a dit en quelque endroit : « Aimez, et faites ce que vous voudrez ; » abusant ainsi des paroles de ce saint docteur, qui n'a jamais prétendu exclure la vigilance et la crainte. Ce sont des aveugles qui se mettent au nombre des enfants de Dieu, et qpii ne savent pas que la sainte liberté que Dieu donne à ses enfants ne les dispense pas de la crainte de lui déplaire, et qu'on ne doit jamais oublier ce que disait saint Paul : Je châtie mon corps et je le réduis en servitude^ de peur qu'après avoir prêché aux autres^ je ne devienne moi-même réprouvé. (I Cor. IX, 27.) Si c'était sagesse à saint Paul de craindre, la confiance de ces faux spirituels ne saurait être que folie. Qu'ils aient donc recours à la défiance pour retenir leur foi dans de justes bornes, et qu'ils soient persuadés qu'une crainte modérée, bien loin de diminuer leur amour, contribuera à l'augmenter.

Toute autre crainte que celle de déplaire à Dieu est indigne d'une Ame chrétienne. Mais, en particulier, il y a trois sortes de craintes qu'il faut soigneusement combattre. La première, qu'on appelle ordinairement peur, vient de la faiblesse de l'in^gination. Od n'ose pas demeurer seul pendant la nuit ou en des lieux écartés ; on se figure mille fantômes et on croit être toujours sur le point de les voir paraître. Ces vaines terreurs viennent souvent faute de foi et de confiance en Dieu; il faut les combattre en s'j opposant directement. Les personnes qui aiment Dieu et qui sont accoutumées à marcher en sa présence se croient toujours en sûreté, parce qu'elles sont persuadées que rien nVrive sans l'ordre de la Providence, sur laquelle eHes se reposent avec une entière confiance. Une autre crainte très-dangereuse, c'est celle des hommes, qu'on appelle respect humain; elle gêne et embarrasse le copur en le tenant dans une inquiétude con-

REF

ITASCETISME.

REF

tinuelle au aujet des discours et des jugeloenls des hommes. C'est à force de marcher €11 ia présence de Dieu qu'on s'affranchit de cette servitude. Une personne spirituelle doit s'appliquer ces paroles du prophète : (^t itês-vous. pour avoir peur d'un mortel f (/ta. u» 12.) N ôtes-vous pas enfant de Dieu ? ne le connaissez-vous pas pour votre luge? et pourquoi vous mettre en peine d autres chose que de lui plaire? Tai présenté mon visage comme une pierre très-dure {Isa, l,7), disait le même prophète, c'est-à-dire, jai porté sans crainte toutes les paroles que Dieu tn'a ordonné de porter. C'est la grâce qui inspire cette hardiesse aux serviteurs de Dieu, et qui leur dit, comme autrefois le Seigneur à Jérémie : Ifappréhendez pas de paraître devant eux , parce que ie ferai que tous n'en aurez aucune crainte, (jer, li, i*1.) Cette liberté évangélique a bien paru dans saint Jean-Baptiste, lorsqu'il disait a Hérode : // ne vous est pas permis. Rien n'a jamais empêché les apôtres de dire ce qui convenait au service de leur Maître ; ils n'ont pas redouté la face des grands ni le pouvoir de rimpie. Ce que dit saint Paul aux serviteut*s ï Servez vos mattres selon là chair , avec crainte et avec respect (Ephes. vi, 5), n'est point contraire à celte doctrine, puisque sâiïki Paul n'entend parler que de la crainte de déplaire à Dieu, comme on le voit dans les paroles suivantes i Regardez en eux le Seigneur 9 et non les hommes. (/6id., 7.) I^ troisième sorte de crainte qu'on ne doit pas souffrir en soi, c'est celle dô Dieu, quand elle est excessive , et qu'elle va jusqu'à troubler et tourmenter le cœur. Dieu s'en sert quelquefois pour éprouver et purifier les âmes qui sont à lui, et les disposer à recevoir ses plus grandes grâces. Cepenflant elles doivent travailler de leur c6lé à modérer celte crainte par la confiance et l'exercice du pàifait amour qui, comme dit saint Jean, chasse la crainte, c'est-à-dire la crainte des esclaves; car celle qui convient à un serviteur ûdèle à l'égard de son ami, à tin fils à regard de son père, est paisible et se trouve dans les enfants de Dieu, n'étant autre chose qu'un effet de la charité, aui les rend vigilants et attentifs à ne pa^ aéplaire à l'objet qu'ils aiment.

9" Dans la colère. — La colère est uù mouvement ardent de l'âme contre un mal présent difficile à repousser. Réformer la colère, c'est se mettre en état de la répritner et de la faire éclater à propos. On réprime la colère par un effort généreux qu'on doit faire sur soi-même pour étouffer cette passion, principalement en trois rencontres : 1. Lorsqu'on se voit contrarié dans ses desseins par des accidents fâcheux (|ui irriteitt 3uelq[uefois contre des animaux et contre es crëatufes insensibles. Un ancien philotophe, pour faire comprendre combien la colère est aveugle et déraisonnable, décrit un horomé qui, ne pouvant ouvrir une porte h son grë, s indigne, eulre en fureur, frappe du pied celte porte et jette la clef par (erre, «ommo si c*étaientdes ennemis qui pussent lui

résister et dont il pût se venfgèr avec g(loire/ L'homme spirituel, accoutumé à se vaincre^ réprime aussitôt ces saillies en y opposant la résignation et la tranguiliité que la grâce opère en lui. 2. On s'indigne aussi ordinaire-^ ment contre les personnes avec qui on vit^ lorsqu'elles sont inconsidérées ou d'un naturel violent. On a besoin de beaucoup dé charité et de douceur pour supporter les dé^ faut s qui choquent et pour étouffer les mouvements d'indisnation. Les âmes docifes à se laisser conofuire à la grâce reçoivent à propos les secours dont elles ont besoin pour se modérer dans tes rencohlresi VM troisième occasion où la colère est diflicilel à surmonter, c'est lorsqu'on se voit insulté et maltraité par les autres. La perfection demande alors, non-seulement qu'on ne se venge pas, mais encore qu'on ne s'aigrisse

Sas et qu'on ne témoigne aucune inquiétude^ 'est la doctrine que Jésus-Christ a confirmée par son etemple. Nous voyons dans l'Evangile qu'il ne répondait pas ordinairement à ceux qui l'outrageaient, et que lorsqu'il était à propos de leur répondre, il 1er faisait avec une modération et une douceui' charmantes. Ses vrais disciples doivent l'imiter en ce point, et s'étudier à devenir doux comme des agneaux et des colombesi

Ï)Our remporter une victoire complète sui' a colère.

Il n'y a qu'une occasion où Ton peut fairtf usage d'une sainte colère, c'est lorsqu'il s'agit de soutenir les intérêts de Dieu ou dcf Venger le mépris qu'on en fait. On remarque cette sainte colère dans les hommes apostoliques, lorsqu'ils sont témoins de l'of» fense de Dieu ou de quelque action qui leur

Îaraît déraisonnable et indigne. Il est dit def ésus-Christ qu'il regardait les pharisiens avec indignation et qu'il reprenait vive-» ment leurs vices. Saint Pierre, dans le feu d'une semblable indignation^ frappa de tnort ceux qui avaient menti au Saint-Esprit.

Moïse, voyant que le peuple avait idolâtré, jeta les tafcles de la Loi au pied de la montagne. Le prophète Elie commanda au feu du ciel de descendre sur les envoyés du roi d'Israël et de les dévorer. Saint FrançoiSf faisant la visite des maisons de son ordre dans l'Etat (Je Florence, trouva que dans un monastère les jeunes reïigieul employaient trop de temps à subtiliser sur certains points de philosopnie, et chargea le provincial de mettre fin à ces disputes qu'il jugeait contraires à l'esprit d'oraison et de religion. Le provincial promit de les foire cesser, et il n'en fit rien. Le saint, en étant averti, entra dans une sainte colère et maudit le provincial qui, étant tombé malade, envoya prier sou général de lui paMonner. Le saint dit aux envoyés : Je Fài mauditi et il le sera^ sans qu'on pti tirer de lui d'aètrô réponse. A ces paroles, il partit dil cie) un carreau epii tomba sur la cnambre dt malade, perça le toit et le plancher, et le tua lui-même dans son lit. On raconte de e^ même saint un trail beaucoup plus surprenant : il dit un jour ne quelqu'un qu'il était prédestiné^ et qu'il W

DiGTIONNAIllE

REF

savait par révélation ; ces paroles furent rapportées à un docteur qui avait beaucoup d éruaition, mais peu de dévotion et d'esprit de Dieu. Cet homme, enflé Je sa science, ayant rencontré saint François:» Etd'où savez-vous, lui dit-il, qu'un tel est prédestiné?— Je l'ai ap^ pris, répondit le saint, de celui-là même qui m'a .dit que vous étiez damné! » Et, en euet, la nuit suivante, il fut surpris et poignardé dans un crime qu'il commettait habituellement. 11 y a plusieurs exemples semblables dans la vie de ce saint dont on peut dire qu'il avait la colère de Dieu. 11 est écrit de saint Xavier, qu'ayant formé le dessein d'aller en Chine pour conquérir cet empire à Jésus- Christ, son voyage fut traversé par le gouverneur de Malaca. Xavier n'oublia rien pour l'adoucir; et ne pouvant rien gagner sur son esprit, il passa de la douceur à l'indignation, mit la ville en interdiction, en qualité de légat apostolique, maudit les auteurs du retardement de son voyage, et ordonna à tous les Pères de sa compagnie de sortir du pays ; il en sortit lui-môme et secoua la poussière de ses pieds à laporte'de la ville. Aussitôt après son départ, la ville fut affligée de la peste ; le gouverneur, accusé de plusieurs crimes à la cour, fut saisi par ordre du roi, emmené en Portugal et mis en prison , où il mourut de chagrin et de misère. 11 y a tant d'exemples de cette colère af)Ostolique, au'on ne peut douter que le Saint-Esprit n en soit l'auteur. 11 est seulement à remarquer que ces mouvements d'indignation, qui viennent de Dieu et qui ont Dieu pour objet, ne causent aucun trouble dans 1 âme, et qu'ils la laissent aussi libre et aussi tranquille que si elle était dans un mouvement cle joie. On peut dire en général de la colère ce qu'on a ait de la tristesse et dô la haine : quand c'est la grâce qui les forme dans le cœur, non-seulement elles n'éloignent pas Dieu, mais elles unissent à lui et disposent à l'oraison aussi bien que pourrait le faire une consolation céleste. La rafson est que ce n'est pas un intérêt propre ni aucune satisfaction particulière qui touche l'âme dans ces rencontres, mais le seul intérêt de Dieu auquel elle veut plaire uniquement.

10" Dans la honte, — La honte est une douleur qui vient à l'âme, du sentiment de sa faiblesse ou à la rencontre de certaines choses peu convenables à son état et qui sont mises en évidence. La réformation de la honte consiste à en être susceptible quand il le faut, et à savoir l'étouffer quand la raison le demande.

Il faut être susceptible de honte en trois sortes d'occasions : 1 . Quand on entend dire ou qu'on voit faire quelque chose contre la pudeur et l'honnêteté. Les hommes déréglés dans leurs mœurs» qui sont ordinairement effrontés, ne sont choqués de rieQ. Mais les

Î)ersonnes chastes et modestes, qui ont à cœur a pureté, souffrent beaucoup lorsqu'on tient devant elles des discours libres ou indécents; elles s'en éloignent comme d'un grand mal , se reliront en elles-mêmes par une espèce

d'instinct que donne la vertu ; le sentiment qu'elles ont de leur faiblesse fait qu'elle?» ne peuvent entendre sans rougir de tels discours. 2. La honte est louable dans toutes les occasions où l'on se voit en but aux respects et aux applaudissements. Une personne humble, qui se défle d'elle-même, regarde la louange comme un poids sous lequel elle est prête à succomber, et cette défiance fait paraître la rougeur sur son visage. 3. La honte n'est seulement pas louable, mais héroïque, lorsque, poussé par le mouvement de la grâce , on découvre sa faiblesse pour dompter son orgueil par le mépris et la confusion. Saint Louis de Gouzague, devant paraître dans une illustre assemblée où il pouvait facilement, par ses réponses, donner des preuves de son esprit et de sa capacité, eut une forte pensée de s'humilier en faisant paraître son insuffisance; mais, ayant consulte là-dessus son père spirituel, il fut obligé d'en user autrement. Cleux qui désirent sincèrement leur perfection vont au devant des humiliations, ils aiment et cherchent avec ardeur tout ce qui peut faire connaître leur faiblesse et leur peu de vertu. Les pères spirituels qui s'intéressent véritablement à l'avancement des âmes qu'ils dirigent, les mettent à ces sortes d'épreuves ; et lorsqu'elles y pensent le moins, ils les engagent dans des occasions d'où il doit leui revenir de la confusion et du mépris.

La grâce, qui autorise et sanctifie cette passion, apprend aussi à la réprimer; quel quefois elle porte l'homme à laire tous ses efforts pour surmonter la honte ; elle Tétouffe môme quelquefois sans attendre la coopération de l'homme, lorsqu'il s'agit de faire des actions chrétiennes qui honorent l'Evangile et contribuent à la gloire de Dieu, mais dont le monde a coutume de se moquer; par exemple, lorsque l'occasion se présente de souffrir avec patience une injure dont les mondains auraient honte de ne Ï)as se venger; de prendre la dernière place orsqu'on pourrait avoir la première, sans rien faire contre la bienséance, ou de pratiquer certaines œuvres qui font souffrir l'orgueil, c'est à l'homme à faire tous ses efforts pour étouffer toute honte, et à prendre un visage assuré, de peur de tomber dans l'inconvénient de ceux dont Jésus-Christ a dil: Qui aura honte de moi,., le Fils de Vhomme aura honte de lui, ( Luc, ix, 26. ) 11 y a des occasions où la vertu semble demander qu'on rougisse , et où cependant une grâce d'un ordre fort élevé étouffe dans l'homme toute honte. Ces effets extraordinaires ne se voient guère que dans les plus grands saints. Comme à force de mourir à eux-mêmes ils sont devenus insensibles à tout ce qui les regarde, pour n'être plus touchés que des intérêts de Dieu, ils reçoivent sans peine, en certaines occasions, les louanges et les honneurs de la part des hommes, haint François se trouvant un jour au milieu de plusieurs personnes qui s'empressaient à lui baiser les mains et les pieds, les laissait faire tranquillement sans témoigner la moin-

SCI

DâSCETISME.

REF

(ire peine ; et comme son compagnon, fort surpris, lui demandait raison de cette conduite, il répondit gue ces personnes ne faisaient pas la moitié de ce qu'elles devaient. Cette réponse fait voir quil regardait ces honneurs comme rendus à Dieu, qu'il avait lui-môme on vue, et qu'il n'avait alors aucun retour d'amour-propre. Une autre fois, on le vit aller au-devant de ceux qui s'approchaient pour toucher sa robe et leur présenter ses mains à baiser. 11 est aisé de comprendre qu'une âme absorbée dans la grâce perd de vue tout objet créé, et que, s'ou- Lliant elle-même, elle ne fait pas seulement attention à bien des choses qui font de la peine aux autres. Mais cette disposition est manifestement au-dessus des forces ordinaires et du train commun de la vertu. Les âmes de cette élévation ne sont susceptibles d'autre honte que de celle qui vient cle l'offense de Dieu. Le P. Balthazar Alvarez disait du Frère Ximénès, religieux de la Compagnie de Jésus, qu'il était parvenu à ce noint de perfection. C'est ce que rapporte le P. Dupont dans la Vie du P, Balthazar. 11" Dans la compassion, — La compassion est une douleur produite dans l'âme par le sentiment de la misère d'autrui. On réforme cette passion par le soin qu'on prend de la réprimer et de l'exciter à propos. 11 faut la réprimer quand elle peut nuire au bien spirituel de l'âme, ce qui arrive en trois manières : 1. Lorsqu'on se laisse attendrir ]mv des récits fabuleux et qu'on donne sa compassion à des aventures auxquelles on n'a oucun sujet de s'intéresser , comme font ceux qui se plaisent à la représentation des comédies et à la lecture des romans. Saint Augustin , ayant encore l'esprit du monde, versait beaucoup de larmes en lisant l'histoire de Didon; et, dans les livres de ses Confessions , il se reproche celte vaine occultation, qu'il regarde comme un égarement d un esprit oisif. On ne saurait croire combien cette vaine tendresse rabaisse l'âme, l'affaiblit, répuise et l'éloigné de la dévotion. 2. On ne doit pas oublier que la compassion a pour objet les misères d'autrui, et gu'il n'est pas }>ermis de la tourner vers soi-même et de s'attendrir à la vue de ses propres misères , comme font les personnes du sexe , qui

{)leurent souvent sans savoir pourquoi. Cette ausse compassion ne vient pas de contrition et d'humilité; c'est un effet de l'amourpropre et d'une attache sensible à nos intérêts. Aussi , tout ce qu'on en tire n'est qu'une vaine satisfaction qu'on se procure, et qui est toujours suivie d'un relâchement de ferveur. La vertu qui est généreuse ne I^ermet point à l'homme spirituel de s'attendrir ainsi ; elle le fait comme sortir de luimême pour s'élancer en Dieu. 3. On peut s'émouvoir trop vivement à la vue des misères d'autrui , et eaêtre si vivement touché aue rame en soit afliigée jusqu'au trouble. l ne faut pas étouffer cette troisième sorte de compassion , mais la modérer et la retenir dans de justes bornes , de peur qu'elle ne nous abaisse vers des objets sensibles et

Îu'elle ne nous occui>e trop , au préiudîee e la tranquillité intérieure et de cette égalité d'âme qu'il est important de conserver, et qui ne peut s'accorder avec d'autre compassion que celle qui est véritablement chrétienne.

11 faut donner lieu à cette compassion et la mettre en pratique, principalement dans l'exercice de l'amour du procnain , dont le propre est d'émouvoir les entrailles à la vue des misères d'autrui , comme saint Paul le dit: Revêtez-vous comme des élus de Dieu^ saints et bien-aimés , de tendresse et d'entrailles de miséricorde, {Col. m-, 12.) Cette miséricorde a trois objets : Le premier , ce sont les âmes du purgatoire ; les personnes dévotes en ont ordinairement grande compassion , parce qu'elles les regardent comme de vrais enfants de Dieu, qui souffrent beaucoup dans l'attente du paradis et qui ont besoin d'être aidés pour y entrer. Le deuxième , ce sont les pécheurs; la charité fait qu'on est sensible à leur malheur, qu'on travaille à les en tirer ; et c'est cette compassion qui produit le zèle. Le troisième , ce sont les nécessités des pauvres. Le spectacle de leurs souffrances nous porte à les soulager par des aumônes , par des services et par toutes sortes de bienfaits. Rien n'est , ce semble , tant recommandé que cette charité envers les pauvres. Notre-Seigneur déclare bienheureux les hommes miséricor* dieux , et leur promet qu'ils trouveront auprès de lui la miséricorde (ju'ils auront exercée envers les autres. Mais rien n'est

[)lus fort que ce qui a été dit en faveur de 'aumône en quelques endroits de l'Ecriture. Tobie , exhortant son fils à faire part de ses biens aux pauvres, lui en donne cette raison • Parce que Faumône délivre de tout péché et qu'elle ne laissera pas tomber Came dans les ténèbres. {Tob. iv, 11.) 11 est dit dans VEcclésiastique : Veau éteint le feu lorsqu'il est le

ÎUus ardent , et Vaumône résiste au péché. Eccli. m, 33.] Le prophète Daniel, après avoir prédit à Nabucnoaonosor les malheurs qui devaient lui arriver, l'exhorte aies prévenir et à les détourner, et lui donne ce conseil : Rachetez vos péchés par les aumônes . et vos iniquités par les ceuvres de miséricorde envers les pauvres. (Dan. iv , 24.) On ne peut pas douter que le prophète ne conseillât è ce prince ce qu'il y avait de plus propre à toucher le cœur de Dieu. Ces passages de l'Ancien Testament s'accordent parfaitement avec ce (jue nous lisons dans TEvangile. Notre -Seigneur , parlant du jour du jugement , dit qu'il s'adressera aux élus en ces termes: Venez y les bénis de mon Pire; possédez le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde; car f ai eu faim^ et vous m'avez donné à manger; fai eu soif^ et vous m'avez donné à boircy etc. {Matth. xxv, 34- , 35.) Il semble qu'il ait voulu nous fairo entendre par là que pratiquer les œuvres de miséricorde et être prédestiné, ce ne soit qu'une môme chose. Une autre fois il conclut une de ses exhortations par ces paroles : Après toutj donnez l' aumône j et Un y a plus rxen que de pur à votre égard. {Luc. xi , M.)

DtCTlONNAIRS

est food^* sur la

Page 1