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colière, et étant comprises sous la préface générale des ascétiques, n'ont pas besoin de ce prologue.
Saint Basile composa ses Règles dans la retraite, comme nous l'apprenons de saint Grégoire de Nazianze, qui aioute qu*il eut lui-même beaucoup de part a cet ouvrage; RuSin les traduisit en latin presque aussitôt qu'elles parurent, ou plutôt il en fit un extrait en latin, qu'il publia sous le titre de Règle de Saint-Basile, et qu'il adressa à Ursée ou Ursace, abbé dans la Sicile, ou dans la Calabre, assez près de Reggio, qui avait souhaité savoir quelle était en Orient la manière de vivre des religieux.
Ces Règles sont écrites d'un style un peu différent des autres ouvrages de saint Basile. Il ^ a moins d'élégance, moins d'élévation; mais c'est que la simplicité convenait à un ouvrage de ce genre, et il fallait que saint Basile s'y abaissât un peu pour rendre ses instructions plus utiles et plus proportionnées aux besoins de ceux pour qui il écrivait. On voit même, par plusieurs endroits qui étaient plus susceptioles d'ornements, que ce saint ne les négligeait pas lorsqu'il trouvait à les placer, et on y remarque un fond d'éloquence qui lui est propre, la fécondité, le choix, l'arrangement des termes, une grande connaissance des saintes Ecritures. Le P. Combefis, qui ne croit pas 3ue les grandes ni les petites Règles soier.t e saint Basile, en donne pour preuves la manière désavantageuse dont il est parlé des anachorètes dans la septième de ces Rèulcs. La huitième lui parait outrée, en ce qu elle enseigne la nécessité de renoncer à toutes choses pour suivre Jésus-Christ : et c'c&t là précisément, dit-il, ce que les Pères du concile de Gangres ont condamné depuis. 11 objecte encore que, contre la doctrine de ce concile, la douzième règle autorise trèsclairement ceux qui rompent les mariages pour embrasser la vie religieuse: c'était, seion lui, ce que faisaient les eustathiens. Il croit trouver dans la dix-septième l'apathie des stoïciens, parce que saint Basile y dit que celui qui vit dans la continence est délivré de tout péché, cette vertu nous détournant du plaisir qui nous porte au péché, il condamne la règle trente-deuxième, àcause qu il y est défendu aux moines de visiter leurs parents qui mènent une vie séculière et peu chrétienne, et d'avoir rien de commun avec eux. II trouve de l'excès dans ce que dit la règle quarante-deuxième, qu'il faut être saas inquiétude pour ce qui nous re-
Earde, et travailler des mains, non pour nos esoins particuliers, mais pour ceux des autres. II prétend trouver cette fausse maxime, dans la première des petites règles, 3ue, hors de l'Ecriture, il n'y a rien oui soit e Jésas-Christ ni du Saint-Esprit. Il traite de maxime stoïcienne ce qu'on lit dans la quatrième de ces règles, qu'il n'y a aucun
Iéché que l'on doive négliger comme petit. Lnfln ù objecte que la deux cent quatre- ▼ingt- treizième autorise Terreur de& stoïciens louchant l'égalité des péchés.
Ce sont là les principales obiections dut P. Combefis contre les règles de saint Ba^ sile, et il faut avouer que la première a, quelque fondement ; car il est vrai qu'il j a une espèce d'anachorètes que saint Basile désapprouve, mais ce n'est qu'à cause des dangers dont leur manière de vivre était accompagnée ; c'est par la même raison qu'il préfère la vie cénobitique à celle des anachorètes en général; et je ne crois point qu'on le puisse nlâmer de cette préférence. Si dans ce qu'il a dit pour détourner de ce derniep genre de vie, il lui est échappé quelques termes durs, cela lui est commun avec beaucoup d'autres qui en ont parlé. Il n'y a rien non plus de bien extraordinaire dans ce qu'ils dit de la nécessité de renoncer à toutts choses pour suivre Jésus-Christ. Il parlait à des; religieux, qui, par leur état^ doivent' pratiquer ce renoncement à la lettre : les termes qu'il emploie pour les en persuMer, ne sont pas plus forts que ceux de l'Ecriture sur la même matière. Si saint Basile dit qu'il est impossible d'obtenir le royaume des cieux sans renoncer aux richesses, à la gloire, à tout ce que l'on possède sur la terre , saint Paul ne dit-i>pas quil est impossible à cens qui sont décrus de la grâce, ae la recauvreti. Toutefois, personne ne dira que l'impossibilité dont parle saint Paul exclut la vérité de la pénitence. On ne doit pas dire non plus que le renoncement que prescrit saint Basile exclut la possession de toutes les richesses et de tous les honneurs temporels ; on doit l'entendre du renoncement intérieur » s&ns lequel ou ne peut être sauvé. A l'égard de ce que Ton objecte qu'il autorise dans la douzième règle ceux qui rompent le mariage, il semble effi^ctivement que saint Basile y permette de recevoir dans le monastère ceux qui veulent s'y retirer malgré l'opposition de leurs fempies ; mais si l'on en examine bien le sens ^ on verra clairement qu'il n'a
[)oint prétendu engager ces sortes de proséytes sans le consentement de leurs femmes, mais simplement les recevoir à probation, dans l'espérance qu'ils pourront obtenir de Dieu ce consentement par leurs prières et par leurs jeûnes. En effet, il- déclare dans le commencement de cette règle, qu'il faut bien s'assurer de ce consentement, parce que, selon saint Paul, le mari n'est point maître de son propre corps. Ce n'est pas là assurément autoriser le divorce» bien moins encore aller contre la décision du concile de Gangres, qui ne condamne que les femmes qui se séparent de leurs maris par horreur pour le mariage.
C'est cette horreur du mariage que ce concile condamne dans Eustatbe, et dont on ne peut accuser l'auteur des règles, puisqu'en plus d'un endroit il déclare nettement que le mariage est permis et honoré de la bénédiction de Dieu. L'objection contre la règle dix-septième aurait quelque vraisemblance, si saint Basile y disait que celui qui s'engage dans la continence peut arriver a la perfection de cette vertu ; mais il ne le dit pas : ainsi l'cypathie que le P. Combffis crok y
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eiitrevoir, est une imagination de sa part. La r^le trente-deuxième, qui défend aux moines de visiter leurs parents, ne regarde que ceux qui ne sont pas encore affermis dans la vertu : elle n'est pas si générale qu'elle exclue le cas où Userait nécessaire qu'ils allassent voir leurs |)arenis. Ce qu'on objecte contre la règle trente-deuxième est une pure chicane. Saint Basile, en prescrivant de travailler pour soulager les besoins des autres, n'interdit pas le travail pour soi-même quand on n'a pas d'ailleurs de quoi vivre; il veut seulement qu'on le fasse sans attache, sans avarice, sans empressement, sans in-
Suiétude, et ce qui ne laisse aucun lieu de outer que ce ne soit là sa pensée, c'est que dans la vingtième règle il établit clairement la nécessite que les moines ont de travailler pour vivre. Il est encore à remarquer que saint Basile parlait à des religieux qui vivaient en communauté, et qui devaient se reposer de tous leurs besoins sur la charité de leurs supérieurs. La premières des petites règles ne dit pas, comme le prétend le P. Combens, que hors de l'Ecriture il n'y a rien qui soit de Jésus-Christ ni du Saint-Esprit ; mais uniquement, que quand nous trouvons une chose dans l'Ecriture, il n'est pas permis de faire ce qu'elle défend ni de ne pas faire ce qu'elle ordonne; que pour les autres choses on doit user de discernement, suivant ce que dit l'Apôtre, que tout lui est permis, mais que tout n'est pas avantageux.
Saint Paul ne nous apprend-il pas que tout violement de la loi,sans distinction,déshonore Dieu. Tous les péchés ne sont-ils pas srands, si Ton a égard a la majesté suprême de Dieu qu'ils offensent? Mais saint Basile ne nie pas
3u'il y ait des péchés petits en comparaison 'autres péchés plus grands ; il le dit même fort clairement dans la règle quarante-sixième où il enseigne que le péché de Pilate était moindre que celui des Juifs. Et dans les règles cinquante - huitième et deux cent âpixante-septième, il établit la diversité des peines réservées aux pécheurs dans l'autre monde. Il ne croyait donc pas, avec les stoïciens, que tous les péchés fussent égaux.
! Saint Jérôme, Ruflin, Cassien, Sozomène, qui avaient lu ces Kèglesj aussi bien qjje le P. Combefis, n'y avaient rien trouvé qui fût indigne de saint Basile; et il est surprenant que ne faisant aucun cas du témoignage de ces grands hommes, il se soit éloigné de leur sentiment sur des raisons peu considérables. On peut remarquer dans la neuvième des grandes règles^ que saint Basile y interdit tellement aux personnes religieuses tout genre de procédure par-devant les tribunaux séculiers, qu'il leur permet néanmoins d'y comparaître lorsqu'elles y seront traduites par leurs adversaires. Il dit dans la .règle quatorzième, que si quelqu'un, après s'être consacré au Seigneur par la profession religieuse et avoir été reçu au nombre des frères, vient à quitter son état pour retourner au siècle, on le regardera comme un sa-
crilège 4^tti a péché contre Dieu : il ordonne de n avoir plus de commerce avec lui, et de lui refuser jusqu'au devoir de l'hospitalité, même en passant. Dans la quinzième, en parlant de la manière de recevoir dans le monastère les enfants qui sont offerts à Dieu par leurs parents, il veut que cette cérémonie, aussi bien que celle ae leur réception, se fasse devant plusieurs témoins, afin de
E révenir les soupçons et les plaintes du deors ; aue, pour le bien de la régularité, ils soient logés dans des demeures séparées de celles des frères, avec qui ils ne doivent rien avoir de commun que les assemblées pour les prières du jour ; que l'on ne néglige rien pour les former à la piété ; que leurs études soient saintes, comme l'état pour I0quel on les élève est saint ; qu'on leur rende familières les paroles des divines Ecritures, et qu*au lieu des fables, on ne leur apprenne que les histoires saintes et les importantes maximes du livre des Proverbes, Pour ce qui est du temps de leur profession, il ne içeut pas qu'ils soient reçus à la faire avant l'Age où la raison et le jugement sont dans leur force ; et il a ajouté qu'elle se fera en présence des prélats de l'Eglise, et peut-être môme entre leurs mains, car il semble le dire ainsi. Il dit dans la règle dix-huitième, gue, quoique la tempérance soit un devoir indispensable pour ceux qui font profession de piété, néanmoins les serviteurs de Dieu, pour n'être point confondus avec les impies qui détestent comme impurs des alimenta que Dieu a créés, doivent recevoir avec actions de grâces, et manger indifféremment, dans les occasions, tout ce qui leur est présenté par les fidèles ; parce que tout est pur h l'égard de ceux <]ui sont purs, et que toutes choses sont sanctifiées par la parole de Dieu et par l'oraison. La règle vingtième regarde la manière d'exercer Fhospitalité : il y établit pour maxime que rien ne convient moins à des personnes religieuses qui ont fait profession d'une exacte pauvreté, que de marquer de l'empressement pour régaler leurs hôtes par des mets singuliers et trop délicats; que c'est autoriser la vie molle et voluptueuse que leur état condamne, et qui étant mauvaise en elle-même, ne ^eut à raison d'aucune circonstance devenir permise et légitime; qu'ainsi, lorsqu'il arrive des hôtes au monastère, il faut les recevoir modesteinent, sans beaucoup d'appareil, et en suivant pour règle la leçon que Jésus- Christ donnait à Marthe, qui est de ne leur servir rien au delà du nécessaire. Car si c'est un frère, il reconnaîtra sa table, et il lui suflira d'avoir ce qu'il aurait eu dans sa propre maison; si c'est un séculier, en lui donnant un repas chrétien, il apprendra cl)ez nous à devenir sobre, ou à nous laisser en repos s'il ne s'accommode point de notre frugalité. Et en effet, ajoule-t-il, puisque la vie d'un chrétien doit être une conduite simple et unie, il n'est pas moins honteux à des moines de changer leur table à l'arrivée des grands dans le monastère, qu'il paraîtrait étrange qu'ils changeassent aussi la forme de
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-eurs habits. Dans la règle vingt-deuxième, saint Basile s'étend beaucoup sur la simplicité des habits 9 et il porte si loin la pauvreté, qu'il voudrait que l'on se contentât d'un seul habit pour le jour et pour la nuit : il en excepte toutefois le cilice dans la règle quatre-vingt-dixième, que l'on peut avoir, selon lui, sans crainte de violer la défense que Jésus-Christ fait d'avoir deux vêtements. Il recommande fort à ses disciples, dans la règle vingt-sixième, de s'ouvrir avec confiance à leur supérieur, et de lui révéler les plus secrets mouvements de leur cœur, parce que cette pratique est utile pour les affermir dans le bien et peur remédier à leurs imperfections. Pour le maintien de la régularité, il ordonne dans la règle suivante que si le supérieur est soupçonné de quelque dérangement, les premiers d'entre les frères aient droit de l'en avertir. Il prescrit, dans la vingt-huitième, de retrancher du corps de la communauté les frères incorrigibles, comme des membres pourris, dont la contagion est à craindre. Dans la trentesixième, il ne permet aux moines de se séparer de leurs frères pour passer dans d'autres monastères, que lorsqu'ils y sont contraints par les excès et les désordres de celui où ils avaient fait profession de vivre ; encore veut-il qu'auparavant ils aient communiqué à la communauté le motif de leur séparation, et qu ils aient donné avis de ses dérèglements à ceux qui peuvent en juger. Dans la trente-septième, après avoir recommandé le travail des mains, comme un devoir indispensable de la profession monastique, il marque la distribution des heures du jour et de la nuit destinées à la prière
{mblique, et les motifs de cette distribution. 1 dit que l'heure du matin, autrement des Primes, est pour consacrer au Seigneur les prémices de nos pensées, et pour nous rem-f
Elir avant toutes choses de la pensée de ieu et de la joie salutaire qu'elle excite en nous ; que l'heure de Tierce nous rappelle le souvenir du don de l'Esprit-Saint que les apôtres reçurent vers cette heure-là, et que nous y demandons avec le Prophète que le Seigneur daigne créer en nous un cœur nouveau «t nous remplisse de son esprit; que l'heure de Sexte,si religieusement observée par le5 saints, e^t fK)ur prier Dieu qu'il nous protéfçe contre le démon du midi , et qu'à cet effet on y récite le quatre-vingt-dixième psaume ; que l'iieure de None n'est pas moins nécessaire, et que Ton en voit rétablissement dans les Actes^ où il est dit que Pierre et Jean montèrent au temple à la neuvième heure; aue le jour étant fini, c'est-àdire, comme on l'appelait, la douzième heure, il faut non-seulement rendre grâces à Dieu de ses dons et des bonnes œuvres que nous avons faites pendant le jour, mais encore nous accuser de nos omissions, parce que, quelque péché que nous ayons commis, soit volontaire, soit involontaire, soit connu ou cachée soit par paroles, par actions, ou dans le eoBur, c'est par la prière que nous apaisons Je Seigneur que nous avons offensé;
qu'au commencement de la nuit, c'est-à-dire à l'heure de Complies, nous devons demander que le Seigneur nous préserve pendant le sommeil de tout péché et de toute illusion, en récitant pour cela le psaume se; que l'heure du milieu de la nuit doit être aussi sanctifiée par la prière, à l'exemple de Paul et de Silas dans les Actes^ et du Psalraiste, qui déclare qu'il se levait au milieu de la nuit pour louer le Seigneur, enfin qu'il faut encore prévenir par ce saint exercice le lever de l'aurore et ne point permettre que le jour nous surprenne dans les bras du sommeil. Voilà les Heures canoniales bien marquées dans saint Basile; mais il n'entre point dans le détail des prières que Ion devait y réciter. Saint Basile déclame, dans la quarantième règle, contre un abus qui régnait dèslors, détenir des assemblées, des marchés et des foires, dans les lieux où l'on révérait la mémoire des saints martyrs ; et il dit qu'on ne doit se trouver dans ces saints lieux que pour y prier et pour s'exciter à marcher sur les traces de ceux qui ont combattu jusqu'à la mort pour les intérêts de la religion : ce qui semble insinuer qu'il y avait encore des persécuteurs lorsque saint Basile composait ses Règles. En parlant des voyages que les religieux étaient quelquefois obligés de faire pour les pressants besoins du monastère, il dit, dans la règle quarante-quatrième, que s'il ne s'en trouvait point d assez affermi dans la vertu pour vojager sans quelque risque , il vaudrait mieux tout souffnr, jusqu à la mort , que d'exposer le salut d'aucun des frères; et quelque jmrfait que soit celui qui est ainsi envoyé, il veut qu'à son retour le supérieur lui fasse rendre un compte exact de toute sa conduite au dehors : les personnes avec qui il a eu affaire, les discours qu'il a tenus, quelles ont été les pensées dont il a été occupé pendant le voyage ; s'il a eu jour et nuit la crainte de Dieu dans le cœur; s'il n'a point violé quelques-unes de ses règles, et comment. La règle cinquante et unième nous apprend en quoi consistait l'excommunication monastique. Le coupable était séparé de ses frères; il ne leur était pas permis do travailler avec lui , ni de recevoir son ouvrage pour le mêler avec le leur, jusqu'à ce qu'il eût réparé sa faute par la pénitence, et qu'il s'en fût corrigé : il s'agit ici d'un murmurateur, et alors même son ouvrage ne pouvait être employé à Tusage des Irèi-es. Enfin, dans la règle cinquante-cinquième, qui est la dernière des grandes, saint Basile enseigne clairement la doctrine du péché originel , dont il dit que les maladies et la mort sont les suites inévitables.
Il composa les petites Règles étant évoque, ou du moins prêtre, comme il paraît par la préface qui est à leur tête. Voici ce qu'on y peut remarquer : qu'il y a des choses et des expressions en usage dans l'Eglise, qui ne se trouvent point dans TEcriture sainte; que si nous rendons compte à Dieu de l'inutilité même de nos paroles, il est clair que nous devons appréhender jusqu'aux moindres pé-»
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chés, parce que tout pécbé déshonore Dieu ;
3ue le pécheur en ce monde ne doit point ésospérer de la miséricorde infinie de Dieu, et que , quelques péchés que Ton ait commis, on peut les laver dans le sang de Jésus- Christ par un repentir sincère, par une vraie horreur du péché et par de dignes fruits de pénitence ; que le religieux, qui marque du chagrin ou de la colère lorsqu'on vient le réveiller pour les offices divins, sera premièrement puni par l'excommunication ou la séparation et par le jeûne , et ensuite , s'il persévère dans son engourdissement, retranché pour toujours du corps de la communauté, comme un membre pourri; que celui qui, sans le savoir, dit quelque chose contre la vérité, n'est pas exempt de péché, puisque le Seigneur punira ceux même qui pèchent par ignorance : Celui, dit-il, qui n'a point su et qui a fait des choses dignes de châtiment , sera peu châtié ; que le démon ne peut être par lui-môme Fauteur des péchés que nous commettons, et que, pour nous les faire commettre , il n'emploie que les mauvaises dispositions qu'il trouve en nous, comme il se servit de Favarice de Judas pour le porter à trahir son maître ; que le cœur de Inomme est la source de tous les
f)échés, puisque Jésus-Christ déclare que de à sortent toutes les mauvaises pensées; qu'il n'est jamais permis de mentir, quelque utilité qu'il en revienne, ni de quelque manière qu'on le fasse. Il est parlé dans la règle cent dixième de la confession des péchés, de même que dans la suivante et dans la deux cent vingt-neuvième ; mais il paraît qu'elle doit s'entendre, non de la sacramentelle, mais d'une pratique monastique très-utile pour la correction des mœurs. Saint Basile explique ces paroles de saint Paul aux Calâtes : Portez le fardeau les uns des autres , de l'obligation que chacun a de travailler à la conversion de son prochain. Ce qu il dit dans la règle deux cent trente-troisième, que l'omission d'une seule bonne action rend toutes les autres inutiles pour le salut, doit s'expliquer des actions qui sont ordonnées par les commandements de Dieu, comme il paraît par le texte môme de cette règle, et plus encore par le discours qui sert de préface aux grandes Règles. Il remarque que l'Ecriture emploie souvent l'impératif pour le fu» tur, conmie dans cet endroit du psaume cviii : Que ses enfants deviennent orphelins; que la naille qui doit ôtre brûlée dans le feu éter* nel, selon saint Matthieu, est le symbole de ceux qui, à la vérité, font du bien aux serviteurs de Dieu, mais qui ne le font point par le mouvement de l'amour de Dieu et du prochain; que ces paroles de Jésus-Christ: Si deux d'entre vous sont d'accord ^ doivent s'expliquer, naturellement de celui qui reprend et de celui qui est repris ; en sorte que si celui-ci, touché d'un vrai repentir, acauiesce aux avis do son frère, et que lun et l'autre prient de concert , le Seigneur ac- «îordera le ^mrdon au pécheur, quelque péché qu'il ait commis; au lieu que, sans cet accord, il ne peut espérer de rémission, selon
ce qui est écrit : Tout ee que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel ; que ce qui paraît obscur dans les Livres saints, s'y trouve en d'autres endroits plus clairement exprimé. Saint Basile en donne pour exemple le verset M du chapitre xii de saint Luc, où il est dit que l'un sera plus châtié j et Vautra moins; ce que quelques-uns estimaient ne pouvoir se concilier avec la croyance de l'éternité des peines de l'autre vie. Il prouve qu'on n'en doit point tirer cette induction ; que le vrai sens de ce passage est suffisamment déterminé par d'autres, où Jésus-Christ parle tantôt du supplice et du feu éternel, tantôt de la géhenne, où se trouvent le ver rongeur qui ne meurt point et le feu qui ne s'éteindra jamais ; qu'il ne serait pas moins contraire à l'Ecriture de nier l'éternité du feu et du supplice, gue de vouloir donner des bornes et une fin à la vie étemelle;
2u'ainsi ces expressions de l'évangéliste, tre plus châtié , être moins châtié, ne marquent que la diversité du supplice et nullement sa fin ; car si Dieu est un iuste juge, qui ne traite pas seulement les oons selon leurs mérites, mais qui rend aussi à chacun des méchants ce qui leur est dû, il se peut faire que l'un mérite d'ôtre jeté dans un feu qui ne s'éteindra jamais, et que ce feu en brûlera quelques-uns avec plus d'activité, et traitera un peu plus doucement les autres. Il se peut faire aussi qu'entre ceux qui seront relégués dans les ténèbres extérieures, il y en aura quelques-uns qui ne seront condamnés qu'aux pleurs, et d'autres aux grincements de dents, que leur causera la violence extrême de leurs supplices. On voit môme, ajoute saint Basile, que ces ténèbres, dont il est parlé dans l'Ëvançile, montrent qu'il y en a d'autres gui sont mtérieures. El quand nous lisons dans les Proverbes^ le iond de l'enfer, l'Ecriture marque là qu'entre ceux qui sont punis dans l'enfer, il y en a qui ne descendent pas jusqu'au fond , jîarce qu'ils sont punis plus légèrement que les autres. Eh expliquant cet autre passage de saint Luc-: Donnez l'aumône de ce que vous avezj toutes choses vous seront pures , il dit
Su'elles doivent s'entendre delà rémission es péchés d'injustice et de rapine; ce qu'il prouve par les paroles et l'exemple de Zachée, rapportés au même endroit. Ce' n'est pas, ajoute-t-il, que l'aumône soit suffisante d'elle-même pour obtenir l'expiation de ces fautes; mais nous avons besoin, avant toutes choses, de la miséricorde de Dieu et du sang de Jésus-Clirist, dans leguel nous trouvons la rémission do tous nos péchés, si nous faisons de dignes fruits de pénitence; c'est-à-dire, comme il s'explique ailleurs, si nous faisons des œuvres de justice contraires aux i*échés que nous avons commis. Il fait consister le olasphème contre le Saint-Esprit à attribuer au démon les opérations et les fruits de cet Esprit-Saint. Et pour faire voir que ce crime est plus ordinaire qu'on ne pense, il dit que c'est s eii rendre coupable que d'appeler vain et glorieux un homme qui s'applique à la ver(u avec ferveur; de blâmer comme un
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emportement de colère le saint zèle ]dont il est animé, et de décrier injustement, par de mauvais soupçons, de semblables actions très-innocentes et très-justes. Il distingue deux sortes de bonnes actions que l'on fait avec le secours de Dieu : les unes se font par la seule volonté et par la seule résolution de l'âme ; les autres, outre cela, ont besoin du ministère du corps pour être faites ou avec zèle, ou avec patience ; le démon ne peut jamais mettre aobstacle aux premières ; mais, pour celles qui ne peuvent être exécutées «ans la coojpération du corps , Dieu permet souvent qu'il y arrive de l'embarras et des obstacles, ou pour l'épreuve, ou pour la correction de celui à qui ils arrivent. Il enseigne qu'il ne suffît pas de foire la volonté de Dieu, et d'accomplir ce qu'il nous commande, mais Qu'il faut encore le faire de la manière que le Seigneur nous l'a prescrit par ces paroles : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme , de toutes vos forces et de tout votre esprit. A l'occasion de ces paroles de saint Paul : Si je prie en une langue inconnue^ mon cœur prie y mais mon esprit et mon intelligence sont sans fruits il dit, lorsque les ternoes dont on se sert en priant sont inconnus aux assistants : L'esprit de celui qui prie demeure sans fruit, parce que personne n'en tire aucune utilité; et au contraire, lorsque les assistants entendent ce que signifie une prière qui peut ôtre utile à ceux quil'écoutent, c'est alors ^jue celui qui prie trouve son avantage particulier dans la conversion de ceux à qui elle devient utile. Il établit la nécessite de confesser ses péchés à ceux à (|ui Dieu a conflé la dispensation de ses mystères, par l'exemple des anciens pénitents qui, selon la remarque de l'Evançile, confessaient leurs péchés a ceux qui les baptisaient. Il permet d'instruire dans le monastère les enfants que les séculiers présentent pour être élevés dans la crainte du Seigneur, et d'y recevoir ceux qui témoignent avoir dessein d'y demeurer quelque temps pour le salut de leur âme; mais il n approuve point que Ton reçoive indifféremment toutes les donations qui se font au monastère par les parents des religieux au jour de leur réception; et il charge les supérieurs d'examiner avec soin de qui il en faut recevoir et à qui on les doit distribuer, pour éviter le scandale du peuple et poup travailler à l'édiûration de la foi. Il parle, dans la règle trois cent neuvième, de la pureté de corps nécessaire pour recevoir dignement le sacrement de l'Efucharistie, et paraît être du sentiment que les impuretés, même Involontaires, doivent nous en faire éloigner. Il dit dans la règle suivante que, comme il ne convient pas de faire des repas communs dans l'éçlise, il n'est pas non plus permis de manger l'Eurliaristie hors de ce saint lieu, si ce n'est que Ton soit contraint par quelque nécessité pressante; et, en ce cas, il faut choisir un lieu fort net et une maison fort nropre. Il loue, dans la trois cent onzième, les visites de charité; mais il blâme celles que des re-
ligieux font par la seule considération de la parenté ou de Tamitié.
C'est ce qui nous a paru de plus remar- (^uable dans les grandes et petites Règles. ^ous ajoutons que Ton voit reçner, dans les unes et dans les autres, le môme esprit, la môme économie, la môme discipline; et il sera aisé à chacun de s'en convaincre, si Ton prend la peine de faire un parallèle de la trente-neuvième des petites avec la quin-^ zième des grandes ; de la quarante-quatrième des petites avec la vingt-huitième des grandes; (le la (jiiatre-vingt-troisième des petites avec la seizième des grandes; et ainsi de plusieurs autres. Mais ce qui ne laisse au-» cun lieu de douter que les unes et les autres ne soient d'un môme auteur, c'est que la seconde des petites le marque clairement, en citant la huitième des grandes, aussi bien que la soixante-quatorzième des petites, qui renvoie à la septième des grandes; la cent troisième & la vingt-septième, et la deux cent vingtième à la trente-troisième ; aussi ne voit-on pas qu'aucun des anciens ait séparé les grandes des petites pour les attribuer à différents auteurs.
Des constitutions monastiques et des règlements pour la punition des fautes. — A la suite des Ascétttpies est un assez long ou-» vrage, sous le titre de Constitutions monastiques. C'est un recueil de règlements qui concernent les solitaires, et dont la première partie est pour les anachorètes qui viveht dans une entière retraite ; la seconde regarde ceux qui vivent en communauté dans les monastères.
Ces constitutions portent le nom de saint Basile, dans les manuscrits comme dans les imprimés, et l'opinion commune est qu'elles sont de lui, de môme que les grandes et les petites règles; mais cette opinion souffre de grandes difficultés. On ne conçoit pas aisément comment saint Basile, qui, dans la septième des grandes Règles^ paraît peu favorable à la vie des anachorètes, en aurait fait réloge dans les dix-sept premiers chapitres des Constitutions ; pourquoi ayant coutume, dans ses petites règles, de Venvover aux grandes lorsqu'il y avait traité la même matière, il n'en use pas de môme dans les constitutions monastiques, où toutefois on trouve des règlements semblables à ceux crue nous lisons dans les grandes et petites Règles sur plusieurs sujets : comme sur les entretiens avec les femmes, le choix des travaux qui conviennent aux moines , Tobéissance, les devoirs des supérieurs, les habits et autres choses de cette nature. Il n'est pas non plus à croire que saint Basile qui, dans ses Ascétiques, comme dans tous ses autres ouvrages, établit une morale stricte et sévère, ait pensé différemment dans les Constitutions monastiques, où il y a un chapitre exprès pour prouver que l'on doit mesurer l'abstinence aux forces du corps ; où l'on laisse h un chacun la liberté de régler ses austérités sur ses forces; où il dit qu'un chrétien qui fait i»rofession d'imiter la vie du divin Sauveur et
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celle de ses disciples et de ses apAtres, par la prali(|ue des vertus intérieures et par Les exercices du cot^s , agit sagement lorsque, conservaotles forces et l'activité de son corps, il le tient en état de prêter son ministère aux actions les plus vertueuses et les plus saintes ; où, pour empêcher qu'on n'imite lejeùne de Jésus-Clinst, de Moisc et d'Elîe, on répond qu'ils n'ont pratiqué ce jeûne qu'une fois. Qu'on lise ses deux homélies sur le jeûne, et on verra qu'au lieu d'y chercher des raisons de dispeaser les chrétiens d'imiter les austérités des saints , il les leur propose pour modèles; et que, loin d'^ enseigner à conserver les forces et l'activité au corps, il veut que les infirmes mêmes ne soient pas dispensés de la loi du jeûne. L'auteur des Conttitutions est beaucoup moins réservé que saint Basile sur le fait de la retnite : il permet aux solitaires de faire 'les voyages dont la conscience ne leur fait aucun reproche, soit pour aller visiter drs frères vertueux, soit pour dissiper leurs ennuis et renouveler, par un peu de relflche, leur ardeur dans les exercices et dans les combats de la vie religieuse. 11 ajoute que les plus parfaits surtout seraient hlâmahies s'ils ne sortaient point, et qu'ils rendraient compte à Dieu de n'avoir point répandu au dehors l'éclat de leur doctrine et de leur piété, A l'égard de ceux qui vivent en communauté, ilordonne que celui qui est destiné parle supérieur pour vaquer au dehors aux besoins corporels des frères, ne doit point cherchera se dispenser de voyages que son emploi demande de lui, qu'autrement il ferait connaître qu'il n'a pas encore tout à fait compris jusqu'où s'étend la patiaile ohéissance; que, toute considération cessant, il doit sortir de la maison toutes les fois qu'il sera nécessaire, sùt-U môme par expérience combien les sorties du monastère sont nuisibles à son salut; et la raison qu'il en donne, c'est que, par de semblables prétextes, il pourrait arriver aun le monastère manquerait absolument d'ouiciers et en recevrait un notable préjudice. Or, rien n'est Elus opposé h la discipline élat.lie dans I quarante-quatrième desgrandes Bèeles de saint Basile, oi^ il dit en termes formels que si, dans un monastère, il arrivait qu'il ne se trouvât pointde religieux assez aQermi dans ager sansquclques risques, II souffrir la plus extrême lit même, que d'exposer le s frères. Le style des Comcore différent de celui des iry emploie des termes inuiile, quelque occasion qu'il servir : comme de pliiloso- • philosophie, pour marquer ir genre de vie, et de beauimLlablcs. Enfin, autant les riture sont fréquentes d.ins stites RègUtàe saint Basile, rares dans les Conslitutiom quelquefois d'une manière , comme on peut le voir par chapitre x ae saint Luc. 11
faut ajouter qu ancoD des anciens u'a dit clairement que les Cotuiitutions monaaliqut» fussent de saint Basile. Il y a même un endroit d'oij on peut inférer avec quelque certitude qu'elles ont été écrites après sa mort, ou du moins ailleurs que dans le Pont et la Cappadoce; le voici : ■ Mais parce que la plupart des religieux vivent dans les eonuannau'tés, qu'ils s'excitent les uns les autres à la pratique de la vertu, et que, par une sainte émulation, ils s'animent réciproquement aux actions de piété pour s'avancer dans la vie spirituelle, nous avons cru^ les devoir aussi exhorter par nos discours.* Il est clair, ce semble, par ces paroles, que les monastères étaient déjà en grand nombre lorsque l'auteur des Consiitultovi écrivait. Il n'écrivait donc pas dans le Pont ni dans la Cappadoce, où il n'y avait point de monastère avant que saint Basile y en établit, et où il n'y en avait encore que très-peu lorsque l'abbé Pianon y vint apporter des aumônes aux solitaires d'Egypte qui étaient relégués par Valens dans ces provinces. Cet abbé dit même qu'il n'avait pasremarqué que le nom des anachorètes y fût seulement connu. Au contraire, l'auteur des Coastilutions monattiques les supposait bien connus dans le pays où il écrivait, puisqu'il emploie les dixsept premiers chapitres de son ouvrage à leur Erescrirc des règles. L'abbé Pianon vit dans i même voyage les solitaires relégués en Arménie : ainsi, son témoignage nesl {-as moins exprès pour Aler les Cofu(ifulion> mvna»liqu€s à Eustaclie de Sébaste, h qui quelques-uns les attribuent, qu'à saint Basile.
Mais de quelque auteur qu'elles soient, on peut y remarquer plusieurs choses importantes, entre autres, que la profession monastique impose la nécessite de vivre dans une continence perpétuelle ; que Dieu prévient de ses grâces ceux qu'il prévoit en devoir bien user. Dieu est si bon, dit-il, que s'il savait qu'en obtenant promptement sa grâce vous ne la perdriez point , il vouu la donnerait avant même que vous la demandassiez ; qu'avant que d'entreprendre quoi que ce soit, il faut que la foi que nous devons avoir enDieu nous serve de guide, et qu'elle soit accompagnée d'une très-ferme espérance, afin que d une part la foi soit la force et l'affermissement de notre âme, et que de l'autre l'espérance nous anime h l'entreprise des bonnes actions. Car, sans le secours du ciel, ajoute l'auteur, jamais les hommes ne ^urront exécuter leurs plus saintes entreprises , et Jamais Dieu ne nous accordera sa grâce, si nous ne faisons nos efforts pour l'obtenir; mais pour monter jusqu'au comble de la parfaite vertu, il faut que ces deux choses cons- Siirent ensemble, savoir : le désir et l'elfort le l'homme, d'une part ; et de l'autre le secours du ciel que l'on attire par la foi ; que les mauvaises pensées ont leur source, ou dans notre négligence, ou dans la malice du démon qui les excite dans notre esprit , et qui ne cherche qu'aie détourner de la contemplation des ODJets qui sont dignesde l'occuper ; que l'arrêt prononcé contre le prc-
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DâSCETISME.