‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 56 sur 315 · SEG · texte numérisé non relu

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mier homme : Vous êtes terre et vous retournerez en terre , s'étend à tous ses descendants ; que ces paroles de Jésus-Christ h saint Pierre : Paissez mes brebis^ s'adressent aussi à tous ceux qui dans la suite devaient être chargés du soin du troupeau, parce qu'ils ont, comme saint Pierre, le pouvoir de lier et de délier : ce qu'il entend même des supérieurs des religieux; car le supérieur d'un monastère, dit-il, représente la personne de Jésus-Christ, faisant l'oflBce de médiateur entre Dieu et les hommes. L'auteur des Constitutions monastiquesàMy dans le chapitre xxv qui a pour titre ; De la modération et de la simphcité quilfaut garder dans le manger^ qu'un solitaire ne doit pas rechercher la diversité des viandes, ni, sous prétexte d'une tempérance plus parfaite, s'abstenir des aliments ordinaires : ce serait un renversement visible de la discipline commune du monastère et l'occasion d'une infinité de scandales. Les aliments ordinaires étaient, comme il le dit ensuite, une petite portion de chair salée, que l'on jetait dans une si grande quantité d'eau ou de légumes, qu'»! n'y avait pas lieu d'accuser, de luxe ni d'intempérance ceux qui en mangeaient. Les anachorètes ne se nourrissaient que d'aliments secs et qui n'araient que très-peu de suc et de force pour :.ùs soutenir dans leur faiblesse. Us ne mangeaient qu'une fois par jour et avec tant de sobriété que leur conscience ne leur eu faisait aucun reproche. Si quelque séculier d'une prudence et d'une uieté commune a'offrait à manger à leur table, ils pouvaient l'y admettre en gardant toutes les précautions nécessaires. A l'égard de ceux qui mènent Id vie cénobitique, il propose pour principe qu'un homme, une fois engagé et comme incorporé dans la société spirituelle de ses frères par une liaison sainte, ne peut plus s'en séparer sans crime, et sous quelque prétexte que ce soit. Parlant de l'obéissance, il dit que si la loi de Dieu .oblige à rendre une si grande soumission aux puissances du siècle, qui n'ont leur autorité qu'en vertu d'une loi liumainc, les religieux en doivent une bien )ilus grande à celui que Dieu a établi leur supérieur, et qui tire son autorité des lois divines.

On lit à la tète des Constitutions monastiques divers règlements pour la punition des fautes des personnes religieuses de l'un et de l'autre sexe, soixante pour les hommes et dix-neuf pour les filles. Dans l'édition do Paris en 1618, ils sont imprimés séparément, partie à la fin des pei'iies Règles, partie après les Constitutions monastiques. Ils ne sont ni les uns ni les autres tirés d'aucun ancien, et oq ne les trouve sous le nom de saint Basile sine dans très-peu de manuscrits. Ils sont avec cela remplis d'expressions inusitées dans saint Basile, comme est celle d'archimandrite et de monastère, et des constructions barbares. Il y a même des termes plus latins que grecs ; ce qui en marque la nouveauté. A quoi il faut ajouter que saint Basile laissant dans la cent sixième des petites Règles % la correction des fautes àla pru-

dence et à la discrétion des supéi^ieurs, il n'est pas vraisemblable qu'il l'ait déterminée lui-môme dans un pénitenciel.

RÈGLES (Observatioîi des). — Une des plus grandes grâces que Dieu ait faites aux religieux, c'est de les avoir munis de beaucoup de règles et de conseils, afin d'être plus en sûreté contre l'ennemi du salut. Aussi les saints comparent-ils très-bien les conseils évangéliques 4iux fortifications extérieures d'une ville : de même qu'une ville est en bon état de défense quand elle est environnée de fortifications extérieures, parce que, si Tennemi vient à se rendre maître de celles-ci, il est arrêté par celles du corps de la place ; de même ceux qui sont munis de conseils évangéliques sont plus en état de résister aux attaques du démon que les gens du siècle. Or c'est l'avantage dont jouissent les religieux en général, et dont nous jouissons par la miséricorde de Dieu; de sorte que nous pouvons nous appliquer justement ces paroles d'Isaïe : La ville de Sien est notre forteresse ; le Seigneur Va environnée d'un muret d'un boulevard pour la défendre. (Isa, XXVI, 1.) Il nous a d'abord environnés du rempart de sa loi et de ses commandements,' et il y a ajouté le rempart de nos règles, afin que tout Teffort de l'ennemi avec qui nous sommes toujours en guerre aille tout au plus à faire queique brèche à c^..ttt* iiremière fortification, et qu'ainsi celle de la loi de Dieu, demeurant toujours intacte, nous garantisse de ses insultes. C'est uno grande çrâce que Dieu nous a faite de nous avoir mis dans cet état, que le démon n? puisse guèi'c espérer, par ses plus fortes attaques, que de nous faire manquei à de^ règles dont la transgression ne sera pas môme un péché véniel, et que nous fassions maintenant pins de scruj.ulc de contrevenir à quelqu'une de ces règles que nous n'en aurions peut-être fait dans le monde de commettre de grands péi liés.

C'est ce qui fait bien voir quelle est l'erreur de quelques religieux faibles, qui, commcttai.t quelques fautes contre leurs règles et tombant dans quelques imperfections,^ croient qu'il leur aurait mieux vale rester dans le siècle que de vivre ainsi en religion. C'est là une des plus dangereuses tentations du démon contre vous, puisqu'elle regarde une chose aussi importante et aussi essentielle que votre vocation. Une voudrait que vous tenir à découvert dans le monde, hors de vos règles et des conseils évangéliques; alors il ferait jouer librement toutes ses machines contre le rempart de la loi de Dieu, et peut-être vous ferait-il tomber eu quelque péché mortel. Mais ici il ne le peut, à cause de cette première enveloppe qui vous défend, et contre laquelle il emploie tous ses efforts, sans que pourtant vous soyez en danger d'en recevoir aucune plaie mortelle en votre âme, quelque dégoût que puisse vous donner la pratique de vos règles, et dans quelques imperfections que vous puissiez tomber. Un seul péché ouô vous

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DICTIONNAmE!

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commettriez dans le monde serait plus grand

Îiie toutes ces fautes commises en religion, insi, quelque mécontent que vous soyez du peu de progrès que vous croyez faire dans la vertu, croyez toujours que vous y êtes dans un meilleur état pour votre salut que vous n'eussiez été dans le siècle. Cet avantage est sans doute un de ceux qui doivent nous faire le plus estimer la vie religieuse, et cela seul est un si grand bien, que quand on n'en trouverait point d'autre, elle serait toujours très-estimaule , et nous aurions toujours beaucoup de erâces à rendre à Dieu de nous y; avoir appelés. Croyez-vous que ce soit peu de chose que, les autres étant dans la lice exposés à mille dangers, vous soyez dans un lieu de sûreté aies regarder? que, tandis qu'ils sont en mer, battus par les vents et la tempête, vous soyez à vous reposer dans le I)ort , et, lorsqu'ils sont au milieu des ondes de Babylone , dont le courant les entraîne, vous soyez assis tranquillement sur le rivage ? Un autre avantage de la vie religieuse et des conseils évangéliques , c'est qu'ils nous aident à observer les commandements, parce que la garde des commandements devient aisée à celui qui tend à la perfection des conseils évangéliques ; comme celui qui ne veut point suivre la perfection des conseils est peu fidèle aux commandements.

C'est le sens que saint Thomas donne à ces paroles du Sauveur : En vérité^ je tous dis

?u^un homme riche entrera difficilement dans e ciel. {Matth. xxix, 23.) « Et pourquoi cela ? dît îe saint docteur, c'est quil est difTicile de bien observer les préceptes qui conduisent Cl ce royaume, si on ne suit les conseils, et qu'on ne renonce aux richesses. La pratique des conseils rend au contraire celle des rommandements plus aisée ; car il est certain que d'avoir renoncé aux biens terrestres et de ne pouvoir posséder rien en propre, empêche fort qu'on ne veuille avoir le bien d'autrui ; que de prier Dieu pour ceux qui nous persécutent et de faire du bien à ceux qui nous font du mal, fait qu'on est éloigné de haïr ses ennemis ; et que cfe ne jamais jurer, même en disant vrai, nous éloigne des faux serments. Aussi les saints remarquent que les conseils évangéliques et les règles de la vie religieuse sont non-seulement un léger fardeau, mais même d'un secours et d un soulagement admirables pour nous aider à porter plus facilement le joug des commandements de Dieu. » {Perfect. chrét. du P. Ro-

DRI613EZ.)

Saint Augustin, parlant de la douceur de la loi de la ^rftce, l'explique par deux comparaisons très-justes : il la compare aux ailes des oiseaux et aux roues d'un chariot. « Les ailes, dit-il, ne sont pas un embarras pour les oiseaux, mais elles les rendent plus légers et les font voler. Les roues d'un chariot ne le rendent pas plus pesant ; au contraire, elles sont d'un si grand soulagement pour les animaux gui les tirent que sans elles, ils ne pourraient traîner la moitié de leur charge. Il en est do môme des conseils évangéliques $ur lesquels les règles sont formées ; bien

loin qu'ils soient un embarias et une charge, ce sont des ailes gui font voler vers le ciel, et des roues qui aident à porter plus facilement le joug de la loi de Dieu, tandis que les gens du monde, qui n'ont pas les mêmes avantages, ne le traînent qu'avec peine, gémissant sous le faix, et succombant à chaque instant. Tout cela devrait inspirer dç grands sentiments de reconnaissance envers Dieu« donner une plus grande estime pour nos règles, et nous rendre très-zélës à les observer. »

Observez ma loi a mon conseil^ et ce sera le salut de votre âme et la douceur de votre vie. {Prov. m.) C'est ainsi que le Saint-Esprit nous exhorte, par la bouche du Sage, àPexacte observation de la loi et des conseils, et ces paroles sont conformes à celles duPsalmiste : Que vos par oies j Seigneur y me sont agréables ! elles sont plus douces à ma bouche que le miel. {Ps. cxviii.) Saint Jérôme, écrivant à Helvidie sur douze questions qu'elle lui avait proposées, et dont la première regardait ce qu'il fallait faire pour acquérir la perfection, lui répond la même chose que Jésus-Christ à cet homme de l'Evangile qui lui demandait ce qu'il fallait faire pour la vie éternelle : Si vous voules, dit le Sauveur, acquérir fa vie éternelle^ observez mes commandements (Matth, xix) ; et cet homme lui ayant répondu qu'il les avait observés dès sa jeu^ nesse, Jésus le regarda et le prit en amitiés (Marc. X.) De là on peut voir quel est le mérite de la vertu et de la bonté, puisqu'elle attire les regards et le cœur du Fils de Dieu. Mais il y a encore une chose qui vous manque^ ajouta le Sauveur : allez^ rendez tout ce que vous avez^ donnez-le aux pauvres^ et vous aurez un trésor dans le ciel; venez et suivez-moi^ (Marc. X.) « Voilé, dit saint Jérôme, en quoi consiste la perfection, à ajouter les conseils évangéliques aux commandements dç Dieu. »

Le Vénérable Bède dit que cette seconde couronne d'or que Dieu commanda à Moïse de mettre sur la première, marque la récom^ pense de ceux qui, ne se contentant pas de garder les commandements de Dieu, prati-^ quent aussi les conseils de l'Evangile, et c'est pour cela gue Jésus-Christ ajoute : Ei vous aurez un trésor dans le ciel (Matth. xi±)i voulant dire : non-seulement vous obtiendrez la vie éternelle en suivant mes conseils^ mais votre récompense dans le ciel sera plus grande et plus glorieuse. Ainsi Dieîi ne nous a pas seulement appelés des ténèbres â la /timiêré admirable de sa gloire (JPetr. ii),comme le reste des chrétiens; il ne veut pas seulement nous transférer dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col. i) avec ses élus ; il veut encore nous y donner les premières places^ et pour cela, il nous a appelés à la gardé des conseils évangéliques, gui' est l'état de perfection gue tous les religieux ont embrassé. 11 est bien justev de notre côté, de tâcher de correspondre à un si çrand bienfait, et nous y parviendrons en pratiquant les règles. « Que tout religieux, dit saint Ignace, se propose d'observer ses constitutions, ses règles et ses pratiques, et qu'avec le secours de Dieu, tl

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s'attache de tout cœur à les observer parfaitement. » Voilà en quoi consiste Tavancement spirituel et la perfection, et Ton sera de parfaits religieux, si on les observe dans toute la perfection requise. Le nom même de religieux semble marquer cette obligation ; car il signifie un homme lié dt nouveau, parce qu enefifet les religieux sont liés nonseulement par les commandements de Dieu, comme les autres chrétiens, mais aussi par les conseils évangéliques contenus dans les règles de chaque ordre. L'obligation qu'ils ont de garder leurs règles est aussi marquée par le nom de réguliers^ nom très-honorable qui leur est donné par le droit canon : les religieux sont appelés clercs-réguliers par le concile de Trente et par les bulles des Souverains Pontifes. Que tout religieux tâche donc de remplir dignement son nom en menant une vie conforme à son état et en devenant régulier observateur de ses règles. Saint Bernard, écrivant à quelques religieux pour les exhorter à persévérer dans leur ferveur : « Je vous prie, mes frères, leur dit-il, et je vous conjure instamment de vivre de telle sorte dans le Seigneur, que vous ayez toujours soin de garder vos règles, afin qu'elles vous gardent vous-mêmes. » On voit donc parla que si on a^soin de garder ses règles, elles garderont et maintiendront les religieux dans la perfection de leur état,

L Ecriture dit que la force de Samson consistait dans ses cneveux, et que dès qu'ils furent coupés il n'eut plus de force, et fut aisément vaincu et garrotté par les Philistins. Figure admirable de 1 état de la vie religieuse ; car, de môme que la force de Samson consistait dans ses cheveux, qu'il entretenait comme étant Nazaréen, c'est-àdire consacré à Dieu, parce que cette secte faisait profession d'entretenir la chevelure sans jamais la laisser couper, de même la perfection et la vertu des religieux consistent dans les règles qui ne paraissent que des choses légères et de peu de valeur, comme les cheveux, mais qui sont très-importantes, à cause du vœu qu on fait à Dieu de les observer. De plus, comme dès que Samson eut les cheveux coupés par la trahison de Dalila, à qui il avait confié, ce secret, il perdit toute la force que le Seigneur y avait attachée, de même, dès qu'on se négligera sur ses règles, on sera aisément vaincu et lié par les Philistins, comme Samson, c'est-àdire qu'on tombera facilement dans les embûches et au pouvoir du démon, notre ennemi.

Les règles et les constitutions n'obligent, m sous peine de péché mortel, ni sous peine de péché véniel,ainsique les commandements des supérieurs, à moins qu'ils ne commandent de la part de Dieu, et en vertu de la sainte obéissance. Il faut cependant bien se garder d'y contrevenir par cette raison, qui est une espèce de tentation dont le démon se sert ûssez souvent pour foire qu'on ne se soucie pas d'y manquer, et on ne doit pas pour cela les observer moins exactement. Saint Ignace, i*e voulant pas, d'un côté, y lier de telle

sorte qu'elles puissent devenir une occasion de péché, et voulant porter les religieux à les observer le plus parfaitement possible, dit qu'il faut que l'amour de Dieu succède à la place de la crainte d'offenser Dieu, et que ce soit le désir de notre plus grande perfection et de la plus grande gloire de Dieu qui nous fasse agir. Au commencement de ses Règles, il ait que la loi intérieure de la «tharité, que le Saint-Esprit a écrite dans nos cœurs, doit porter à les observer exactement. Le Fils de Dieu nous dit la même chose dans saint Jean : 5t vous m'aimezy gardez mes commandements. [Joan, xiv.) Il suffit à celui qui aime de connaître la volonté de celui qu il aime; il suffit à un enfant bien né de connaître la volonté de son père ; il n'a besoin d'aucun motif de crainte pour agir; et celui qui méprise les règles et les transgresse, parce qu'elles n'obligent pas sous peine de damnation, n'est ni un enfant bien né, ni un bon serviteur. Quel jugement ferait-on d'un serviteur qui ne voudrait pas obéir à son maître, à moins qu'on ne an commandât Tépée à la main et sous peine de la vie ? Quelle opinion aurait-on d'une femme gui dirait à son mari : Je ne vous serai pas infidèle, mais je veux faire tout ce qui se présentera à ma fantaisie, quelque chagrin que vous en ressentiez? Voilà ce que lonl ceux qui transgressent les règles comme n'obligeant pas sous peine de péché et de damnation ; ils imitent les esclaves gui ne font rien, dans la crainte d'être punis. Les méchants, dit un ancien poëte, s aosliennent de pécher dans la crainte du châtiment; mais les gens de bien s'en abstiennent par amour j»our la vertu.

Saint Grégoire rapporte qu'un saint religieux, nommé Marcius, s'elant retiré dans une solitude du mont Marsique, se mit aux pieds une chaîne de fer qu'il attacha à un rocher, afin de ne pas aller au delà de son étendue. Saint Benoît, l'ayant su, lui envoya dire par un de ses religieux : « Si vous êtes serviteur de Dieu, que ce soit la chaîne de Jésus-Christ qui vous retienne et non une chaîne de fer;» et le religieux se la retira pour obéir, continuant cependant à ne pas aller plus loin qu'auparavant. Saint Ignace a voulu attacher à ses règles , non par des chaînes de fer, c'est-à-dire par la crainte du péché et de la damnation, mais par Tamour

four Jésus-Christ, et c'est ce qui doit obliger être encore plus fidèle à son devoir et à demeurer dans une plus grande retenue.

Du reste, il faut remarquer ici deux choses : !• Quand quelqu.'une des règles contient quelque cnose concernant iqs vœux au'on a faits, ou qui est défendu par la loi e Dieu, alors on est obligé de 1 observer, sous peine de péché mortel, non en vertu de la règle, mais en vertu du vœu qu'on a fait ou de la loi que Dieu nous a donnée; 2** c'est que, quoiqu une règle n'oblige pas sous peine de péché, il peut cependant y avoir péché à la transgresser, lorsqu'on le fait par négligence, par paresse, 'mépris pour a règle ou autre motif de même nature ; et.

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ACTIONNAIRE

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c'est ce que saml Thomas a observe en parlant des règles de Tordre de Sainl-Dominique, qui, par elles-mêmes, n'obligent pas plus aue les autres sous peine de péché mortel ou véniel.

Le démon se sert encore d'autres ruses j)our faire manquer à l'observation de certaines règles , en nous faisant entendre qu'elles ne sont pas importantes et que ce n*est pas en cela que consiste la pnerfection ; de sorte nu'aidé d'ailleurs par tiédeur ou ptr lâcheté , on est porté facilement à les transgresser. 11 est nécessaire de se tenir en réserve contre cette tentation, en sachant bien que le prétexte qu'une chose est peu importante ne rend i)as la faute plus excusal)le, mais l'aggrave môme en quelque sorte. Cette doctrine est de saint Augustin, qui, parlant de la désobéissance de nos premiers pères, dit que, comme l'obéissance d'Abraham est d'autant plus çrande que le commandement de Dieu était difficile , aussi la désobéissance d'Adam est d'autant plus criminelle que ce que Dieu lui avait commandé était facile. Car quelle [excuse a-t-il pu avoir de ne pas obéir en ne mangeant pas du fruit d'un seul arbre, puisqu'il y en avait tant d'autres dont il pouvait faire usage et

Sui étaient peut-être meilleurs? Qu'auraitdonc fait, si Dieu lui avait commandé quelque chose de plus difficile ? Si, par exemple, il lui eût commandé de sacrifier sa femme, comme il ordonna à Abraham de lui immoler son tils? Comment eût-il pu se réspudre à ce sacrifu*e , lui qui aima mieux désobéir à Dieu en mangeant du fruit défendu que de la ft\cher? De môme on peut dire que la facilité d'accomplir les règles en rend la transgression moins excusat>le. Saint Bonaventure est de ce sentiment, auand il dit qu'on est d'autant plus cou[)abJe de manquer aux petites choses, qu'il est plus facile de n'y pas manquer. On serait [)cutôtre excusable s'il s'agissait d'une choie difficile ; mais comment peut-on l'être pour une chose aisée et facile?

Outre cela, comment croire qu'on obéira dans les choses difficiles, si l'on transgresse les faciles? 11 n'y a pas lieu de croire que celui qui ne fait pas le moins fera le plus; et celui, dit saint Bernard, oui ne peut comniander ni à sa langue ni a sa bouche, ne peut être bon religieux. Cette maxime était comme un premier principe parmi les anciens religieux, et c'est pour cela qu'ils commençaient toujours leurs exercices par l'abstinence. Car celui, disaient-ils, qui ne pourra se vaincre en des choses extérieures, où la victoire sur soi-même est plus aisée, comment pourra-t-il se vaincre pour l'intérieure, où la difficulté est plus grande? Comment pourra-t-il se défendre contre la malice de ses ennemis invisibles, s'il ne peut résister à ceux qu'il voit? Ceci peut servir à discerner ce qu'il y a de faux ou de vrai dans les désirs qu'on a quelquefois de faire de grandes choses pour l'amour de Dieu , comme d'endurer toutes sortes de peines et de mortiUcations, et d'aller môme souffrir le mar-

tyre chez les inQdèles. Car si , étant parmi ses frères, on ne peut supporter une ])etite mortification, si l'on viole tantôt une règle, tantôt une autre, seulement pour éviter de demandej la permission au supérieur, que peut-on attendre dans des choses difficiles ? «Plusieurs, dit saint Bonaventure, voudraient mourir pour Jésus-Christ, qui ne voudraient pas endurer un mot pour lui ; mais celui qui tremble au bruit d'une feuille aurait-il l'assurance d'attendre le coup d'une épée prête à tomber? » Si une parole qu'on vous dit est capable de troubler et de vous faire perdre le repos, que sera-ce quand la persécution s'élèvera , qu'on vous accablera ae faux témoignages en des choses importantes, et qu'on verra le monde y ajouter foi? C'est pourquoi, dit le même saint, il faut s'accoutumer à supporter patiemment les petites choses, parce qu'on ne se met jamais au-dessus des plus grandes que quand on a appris à supporter les petites,

Denys le Chartreux rapporte qu'un novice, plein de ferveur dans les commencements, vint ensuite, comme il arrive souvent, à tomber dans le relâchement et la tiédeur. Tout lui semblait facile d'abord, et peu après, les exercices de mortification et d'humilité lui devinrent pénibles : par exemple, il ne pouvait souffrir un habit très-grossier que portaient alors les novices. Cn jour, il vit aans un songe Jésus-Christ, chargé d'une croix très-pesante, qui s'efforçait de monter par un escalier fort rude et très-étroit, ce qui augmentait sa peine de beaucoup ; le novice, touché de compassion, s'offrit aussitôt au Seigneur pour l'aider à porter sa croix ; mais, le Sauveur le regardant avec indignation, lui dit : Comment osez-vous prétendre porter ma croix qui est si lourde, puisque vous avez j)einè de porter, pour l'amour de moi, votre habit qui pèsesipeu? Aumôme instant la vision disparut, et le novice se réveilla, se trouvant si confus de ce reproche , et si résolu à souffrir tout pour Jésus-Christ, que depuis lors , cet habit grossier et méj risable qu'il portait avec tant de peine, devint pour lui un sujet de contentement et de joie.

Celui qui est fidèle dans les petites choses lésera aussi danslei grandes^ et celui qui est injuste dans les petites choses le sera dans les grandes. Comme il est ordinaire au démon d'essayer de porter au relâchement des règles, sous prétexte que les choses qu'elles renferment sont peu importantes, et que notre avancement spirituel n'y est point attaché, on parlera ici de deux remèdes contre cette tentation. Le premier est la ccnsidération du danger a négliger les petites choses; le deuxième, la considération de l'avantage à ne les pas négliger; et le Sauveur nous indique l'un et l'autre dans les paroles qu'on vient de citer. 11 dit, touchant le premier, que celui qui est fidèle dans les

Eetites choses le sera aussi dans les grandes. e Saint-Esprit en avait dit autant en nous avertissant que celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu, ÇEccli. xix.) Ces sentences, qui viennent de Dieu, devraient

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suffire i)Our rendre soigneux à observer son règles, et empêcher ay contrevenir, sous prétexte que ce sont des choses de peu d'impertance. Le prophète Jérémie nous apprend que la destruction de Jérusalem est venue par de petits commencements. Le.Seigneury dit-il, s'est proposé de renverser les murs de la fille de Sion ; il a pris ses mesures au cordeau 9 et n'a point cessé de travailler à sa perte. Toits ses dehors ont été entièrement désoléSj et ses murailles ont été pareillement renversées, (Thren.si^ 8.) Voilà comme on vient à bout des plus fortes places, et c'est ce que fait le démon pour se rendre maître de la forteresse de nos âmes. Les règles en sont les dehors , et servent de défense à la loi de Dieu, qui en est le mur principal, en sorte que si Ton ne garde pas bien ces dehors «t ces défenses extérieures , l'ennemi invisible sapera le mur principal et s'emparera de notre âme. Celui qui détruit la haie sera mordu par le serpent {Eccli. x), dit le sage ; si ion commence à détruire cette haie et cette enceinte des règles, si on rompt une fois cette clôture, le démon ne manquera pas de pénélher dans l'âme et de la perdre. Tous avez détruit la muraille sèche qui enfermait votre vigne^ dit le Prophète, en parlant à Dieu , et maintenant tous les pas- *ants y vendangent (Ps, ix); si tous détruisez cette muraille qui renferme la vigne du Seigneur, vous ne pourre^ç plus espérer en tirer aucun fruit, et elle sera bientôt ravagée.

Quant h ces paroles de l'Esprit-Saint: Que celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu^ il faut les entendre dans le sens que les théoloçiens et les saints disent que ie péché véniel est une disposition au péché mortel. Les péchés véniels, quel qu'en soit le nombre, ne peuvent faire un péché mortel , ni donner la mort à l'âme et lui faire perdre la grâce de Dieu, mais ils la disposent au relâchement et à la mollesse, la rendent plus facile à être vaincue à la première occasion et à la faire tomber dans le péché mortel. De même que les premiers coups de canon tirés contre une muraille ne la renversent pas par terre, mais Tébranlent de telle sorte qu'elle peut facilement être renversée par ceux qu'on tirera ensuite ; comme aussi les premières gouUcs d'eau qui tombent sur une pierre ne peuvent la creuser, mais la disposent de telle sorte que celles qui tomberont ensuite U creuseront en effet; I eau creuse les pierres, dit Job, et les inondations emportent les terres peu à peu. De même pour le péché véniel , il porte insensiblement à perdre la crainte de Dieu et à agir par d'autres motifs que celui de son amour ; ensuite on n'est plus guère éloigné de faire quelaue chose qui y soit directement <v)ntraire. Celui qui ne fait pas difficulté de mentir et de jurer sans nécessité, se laissera bientôt aller à affirmer avec serment quelque mensonge ou quelque chose de douteux, et le voilà tombé dans le péché mortel. Celui qui ne se fait pas scrupule de médire en des choses légères , médira bientôt sur des

DnTioNNNAiRi: d'Ascétisme. IL

choses importantes et sera ainsi en danger de perdre la grâce de Dieu. Celui qui ne re* tient pas ses regards et ne rejette pas assez vite les mauvaises pensées oui lui surviennent , est bien près de sa chute. Il viendra une occasion où son cœur et ses désirs suivront ses regards et ses pensées, et le voilà malheureusement tombé; c'est ce que le démon prétend en nous engageant dans les péchés véniels, de nous précipiter par là dans ceux qui donnent la mort à l'âme.

Il en est de même du mépris et de la transgression des règles, moyens dont se sert le démon pour faire arriver à quelque chose de pire, et faire tomber dans quelaue précil»ice. On se fera d'abord scrupule ae contrevenir à la moindre règle, ensuite on s'en fera moins; enfin on v manquera librement sans aucun remords de conscience. Il en est de même pour l'oraison et les autres exercices spirituels qui ne sont pas d'une obligation plus stricte que le reste. On y manquera une fois , une autre fois on les fera par manière d'acquit et sans aucun fruit; enfin on tombe dans un si grand relâchement que l'on vient à perdre le goût des chose)» spirituelles. C'est de ces commencements qui paraissent si peu importants que viennent les chutes mortelles d'un religieux, comme le remaroue très-bien saint Augustin au sujet de la réflexion que fait l'Evangile sur le parfum d'un çrand prix que répandit Madeleine sur les pieds du Sauveur. Judas en murmura en disant : Pourquoi n'a-/-of» pas vendu ce parfum etn'ena-t-on pas distribué V argent aux pauvres? Car l'Evangile

il avait la di4position de tout ce qu'on lui donnait, {Joan. xii.) 11 était fâché que Madeleine lui ôtât ainsi le moyen de dérober quelque chose sur l'argent qu'on eût tiré de ce parfum si on l'eût vendu, et pour se récompenser de celte perte, le malheureux résolut de vendre son Maître. « Remarque! à ce sujet, dit saint Augustin, que ce ne fi*: pas en vendant le Sauveur du monde que Judas commença d se perdre, le mal avait commencé de plus loin; depuis longtemps il était larron , son corps seul suivait Jésus- Christ, tandis que son cœur en était éloigné entièrement. » Aussi, quand on verra ua religieux faire quelque lourde chute, qu'on ne croie pas que le mal ne fait que com* mencer, il y avait, sans doute, déjà longtemps que son esprit et son cœur n'étaient plus dans la religion , qu'il ne se souciait pas de contrevenir aux règles, et qu'il ne faisait ni prière, ni examen, ni aucun autre exercice de piété. Considérez dans (juel précipice Judas est tombé pour n'avoir pas réprimé sa trop grande cupidité, et apprenons à ne jamais nous relâcher sur les moindres choses, de peur que des commencements faibles ne nous jettent dans des suites terrible». La pauvreté et la disette précèdent sa face (Toh. xLi), dit l'Ecriture ; et un des sens qu'on donne à ces paroles est que le relâchement

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et la tiédeur précèdent toujours l'entrée du démon dans une âme. Elle tombe auparavant dans cette indigence spirituelle , qui vient de la multitude des fautes vénielles , et de ce qu'on s'est privé soi-même des secours qu'on avait coutume de tirer de Voraison et des exercices spirituels, et ensuite elle succombe facilement aux attaques de la première tentation délicate qui survient. Qu'on se garde donc bien de toute nonchalance jBt de tout mépris pour les rèdes , de peur de donner par là entrée au démon; car, dès qu'on ne se fait pas scrupule de tomber de propos délibéré dans des imperfections et des péchés véniels, on ne tarde guère h en commettre des mortels. Apprenez^ Jérusalem^ dit le Seigneur par la bouche de Jérémie, apprenez de crainte que mon âme ne se retire de vous , et que je ne vous rende une terre déserte et inhabitable. {Jerem, vi.) Apprenez, âmes rel.gieuses, à vous conformer à la pratique de la discipline religieuse, et attachezvous à l'exacte observation des règles, de peur que Dieu ne s'éloigne de vous et no vous aoandonne, et qu'ainsi vous ne fassiez quelque dangereuse chute.

Courage, serviteur bon et fidèle : parce que vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous donnerai une grande administration; entrez dans la joie de votre Seigneur. {Matth. XXV.) Le Fils de Dieu nous montre dans ces paroles la récompense attachée à la fidélité dans les petites choses, et pour nous mieux faire voir la grandeur de cette récompense, il ne dit pas que la joie du Seigneur entrera en nous, car notre cœur est trop petit pour la contenir; mais il dit que. nous entrerons dans la joie du Seigneur, ce gui marque l'excès et Tabondance de cette joie, et que nous y serons tout à fait plongés. Il nous promet dans un autre endroit que Von versera dans notre sein une bonne mesure qu'on aura bien entassée et bien remuée, et qui sera comblée jusau à répandre par-dessus. {Luc. yi.) Considérons pourquoi il promet de si

Î grandes récompenses h ceux qui seront idèles dans les petites choses ; c'est çjue, de la manière dont un homme en use ainsi, on connaît comment il en usera dans les grandes, suivant cette parole de saint Luc, ch. XVI : Celui qui sera fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes. Remarquons au'il ne dit pas que celui qui est fidèle dans les grandes le sera dans les petites ; mais tout le contraire , parce qu'il semble que la fidélité se fasse plus connaître dans les petites choses que dans les grandes. Quand un homme achète une maison , ce n'est pas à n'être point trouvé en mécompte de cent ou de deux cents pistoles que sa fidélité paraît, mais bien à n être pas trouvé en mécompte môme d'un denier. Un bon serviteur se reconnaît moins aussi dans les principales actions qui sont purement de son devoir, que dans certains petits soins auxquels il n est pas tenu ; et un fils marque moins son amour et son respect pour son

Eère par son obéissance dans les choses ^portantes que dans les petites, et par son

attachement à ne rien faire qui paisse lui déplaire tant soit peu. Il en est de même d'un bon religieux : il fait moins paraître sa vertu en évitant de tomber dans aucun péché mortel, qu'en «'appliquant à s'acquitter fidèlement des choses que les règles et lobéissance lui prescrivent, et c'est pour cela que Dieu traite si bien ceux qui en usent ainsi et qu'il leur fait tant de grâces. II e<it libéral envers eux, parce qu'ils le sont envers lui , d'après ces paroles de Jacques , ch. iv : Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous; et plus ils s'approchent de Dien et usent de libéralité envers lui , plus aussi il s'approche d'eux et les comble de ses grâces. Celui qui a bien soin de plaire à Dieu, non-seulement dans les choses de précepte et de devoir, mais aussi dans celles qui ne sont que de conseil, qui le fait nonseulement dans les grandes, mais encore dans les petites, il est vraiment libéral envers Dieu, et Dieu en récompense se montre très-libéral envers lui.

Ceux qui en usent de la sorte sont les favoris de Dieu , c'est sur eux qu'il verse ses bénédictions et ses grâces les plus abondantes ; ce sont eux enfin qui se cfistingiient ordinairement des autres par leur perfection et leur vertu. On a vu des religieux devenir par là des hommes excellents dans la spiritualité, et d'autres dans un âge très-avancé se montraient si fidèles dans les moindres règles, qu'ils servaient d'exemple à tous leurs frères et leur donnait en même temps de la confusion. 11 ne faut pas s'étonner si ceux-là sont les bien-aimés de Dieu. Dans le monde, ne voit-on pas que les domestiques qui font tout ce qu'ils peuvent pour plaire à leurs maîtres, et qui se mettent indifféremment atout pour leur se-rvice, sont ceux qui s'insinuent davantage dans leur esprit et à qui ils font le plus de grâces*? 11 en est de même dans la maison de Dieu ; ceux qui s'abaissent à tout, qui se font petits et ont soin des moindres choses qui regardent la gloire et le service de Dieu, sont les bien-aimés de Dieu ; c'est pour eux qu'il ouvre ses trésors de grâces, et c'est d'eux qu'il dit : Laissez ces enfants , ne les empêchez pas de venir à moi, car cest à ceux qu% sont comme eux qu'appartient le royaume céleste. {Matth. xix.)

Au contraire, ceux qui prétendent des distinctions, qui pensent pouvoir par droit d'ancienneté se dispenser des règles communes, qui, ne regardant les petites choses 3ue comme des amusements de novices, déaignent de s'y abaisser. Dieu les humilie et les rejette suivant ces paroles de David : 5t je n'ai pas eu d'humoles sentiments de moi-même, et si au contraire f orgueil m'a trop élevé, traitez-moi, Seigneur, comme une nourrice traite son enfant quand elle le sèvre. {Ps. cxxx.) Que fait une nourrice qui sèvrs son enfant? Elle ne le porte plus entre ses bras , ne lui donne plus la mamelle , icais elle la frotte même avec quelque chose d'amer, afin qu'il n'y trouve plus de douceur comme auparavant. Voilà l'imprécatioa ifnQ

D' ASCETISME.

ItKI.

Dayid fait sur lui-même cl sur ceux gui scnl un troisième [réteitc;oi) s'y adonne veulent paraître grands au lieu cl 'Ctre petits, sans discrétion et on ne se fait r;os une peina Il demande que Dieu les rejette , les prive de quitter l'oraison, l'examen ae conscience, de ses consolations cl change en amertume les pratiques de mortification, pour se réloulBs les douceurs spiriluelies dont il les pandre au dehors. Voilîi comme se dissipent Carorisait auparavant, les forces de l'Ame, comme on revient aux

inclinations de la nature corrompue, ol qu'on tombe enfin dans un entier relâchement, auquel contribue la fi équentation des personnes relâchées. Mais, sans que le mauvaûi exemple s'en mêle, il sufllt d avoir quelque égard aux inclinations de la nature, | our 5n relAchcr bienlAt.

La seconde cause du relâchement est lo changement d'éiai qui, par ta raison qu'il est utile k quelques-uns, est souvent nuisible jt d'autres, en leur donnant occasion de déchoir du leur première ferveur. Par exemple, une personne qui élait d'une grande régularité dans l'élatde veuvage, si elle s'engage dans le mariage, court grand risque dn se réduire h un genre de verlu fort inférieur è celui qu'elle pratiquait auparavant. Qu'un religieux, qui mène une vie retirée et pénitente, étant simple particulier, soit élevé aux enij lois de son ordre, ce sera merveille s'il ne se relâube dans la pratique de la n;ortilicBtion. Il y a bien peu do gens qui soient à répreuve de l'épiseojal, et en qui cette dignité ne donne occa.<sion h quoique dimir.ution de ferveur. Cet ce qui obligea fainl Bernard è donner tant d'avis au Pape Eugène 111, qui avait été son disciple. Ainsi voit-on dans le monde une Infinité de gens, après avoir passé plusieurs années dans la dévotion, lorsqu'ils passent d'une fortuna mMiocie i une plus relevée, et qu'ils commencent à goûter des emplois et des grandes affaires du siècle, abandonner leurs saintes pratiques, ouvrir les yeux à l'aviince, former de grands projets pour rétablissement de leur tamille, et perdre beaucoup de

. uparavai

Saint JérAoïe, qui connaissait bien quels devaient être les sentiments d'un véritable serviteur de Dieu, dit que celui qui est enlièrement dévoué à Jésus-Christ n'a pas moins d'attention et d'exactitude pour les petites choses que pour les grandes, sachant qu'il doit rendre compte un jour même d'une parole inutile. Il sait que des petites choses on tombe peu à jpeu dans les grandes, et il est assuré que, s il est fidèle dans les petites Dieu l'eu recompensera par une plus grande abondance de grâces ; ainsi il a une exttfimc alleniion sur les petites choses, et n'en néglige aucune. Saint Basile nous fait la même recommandation: « Tâchez, dit-il, de parvenir aux vertus les plus élevées, mais ne négligez pas cependant les moindres; qu'il n'y ait aucune faute que vous reganiîez cumme légère , quand même elle serait plus petite qu'un atome. «

RELACHEMENT. — Se relflcher dans la vie spirituelle, c'est passer de l'état des parfaits ou des gens de bien à un état moins parfait. Il y a trois fortes de personnes qu'on pout appeler lâches dans le service do Dieu ; celles qui l'ont toujours été el qui n'ont jamais eu de ferveur-, relies qui ont été ftrvcntes et qui se sont laissé aller a leur fathtesse naturelle; enfin les personnes tièdes qui veulent toujours la perfection, mais qui la pratiquent mal, faisant peu de nien, et gâtant le peu qu'elles foui var leur négligence. C'est des deux dernières sortes de personnes qu'il est question, quand on parle de relâchement, et surtout de celles qui sont déchues de l'état de ferveur.

Il y a trois causes principales de relâchement :

Iji première est la négligence naturelle & i'honjme, et qui, s'il n'y prend garde, le fait 4léchoir insensiblement de sa première ferveur. Ce n'est presque rien au commencement, rien de plus légerquc les satisfactions qu'on s'a cconle; encore a-t-on sû'n de les couvrir Je divers préteiles qui sont oïdinairemcnt suggérés par I "amour-propre, et quelquefois par le démon. Prétexte d'intiririité : le corps a besoin de relâche, dil-on, il lui faut accorder quelque divertissement; et sur ce principal malentendu on se livre à des amusements qu'on regarde comme soulagements nécessaires, dont on se passerait si on ne se flattait pas. Autre prétexte, c'est celui de la liberté qu'on croit avoir méritée par ses travaux passés. On établit pour masiDoe que l'esprit de Dieu ne veut pas tant de contrainte ; et cette maxime est vraie lorsqu'elle est bien appliquée et qu'on ne s'en sert pas au préjudice de la vertu. C'est ainsi qu'on se trompe en nrenant un relâcbement très -réel pour la sainte liberté des enfants de Dieu. Les fonctions du zèle el les bonnes œuvres extérieures fournis-

leur ancienne dévotion. Et, sans qu'ils changent eux-mêmes d'état, le seul étaulissement temporel de leurs enfants peut donner lieu au relâchement qui s'introduit dans leur âme, k la faveur îles pompes cl des vanités du siècle qui entrent dans leur maison. Gn ne saurait trop recommander è ces personnes d'être sur leurs gardes pour emièther que les changements du dehors n'en fassent aucun dans leur intérieur, et ne leur fassent perdre le goût de la modestie et de la simplicité chrétienne.

La ti'oisième cause de relâchement est le changementdedirecleur; car, comme on sa-, gne beaucoup à changer pour avoir de pliis grands secours spirituels, ob y pero aussi beaucoup lorsqu'on rencontre un confesseur moins fervent qu'on avait au qu'étant obligi mort ou d'abse sans prendre le) bien choisir. D directeur pensï et n'étant ni a:

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