‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 59 sur 315 · REN · texte numérisé non relu

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DICTIONNArRE

jours des obstacles invincibles à une bonne éducation. En général^ il est utile que les enjGEints aient une nourriture simple et frugale, beaucoup de mouvement, d'ébats, de gaieté; qu'ils soient dans une égalité parfaite avec ceux de leur âge, qu' ils se reprennent et se corrigent les uns les autres, etc., et cela est peut-être encore plus nécessaire j^our les filles que pour les garçons. Nous ajoutons que SI Tétlucation Ses couvents n'est pas plus parfaite, c'est moins la faute des reliaieuses que celle des parents, qui leur font la loi par leurs goûts dépravés et leurs idées singulières.

RENONCEMENT.— Jésus-Cbrist, dans son Evangile, dit : Si quelqu'un veut venir après moij qu'il renonce à lui-même^ qu'il porte sa croix et qu'il me suive, {Matth, xvi, 2*.) Est-il donc possible de renoncer à soi-même, disent les incrédules î Sans lamour de soi, Thomme serait stupide, ou serait tenté de se détruire. Mais s'il y a un amour-propre bien réglé et bien entendu auquel Jésus-Christ ne nous ordonne pas de renoncer, il y a aussi un amour de soi excessif et mal réglé, qui tourne à notre propre dommage, et c est celui dont il faut nous dépouiller. Le Sauveur s'explique assez en ajoutant : Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra pour moi la retrouvera. Pour suivre Jésus- Christ en la qualité de son disciple, il fallait être prêt à tout quitter pour se livrer à la prédication de l'Evangile, môme à soufl^ir la mort pour en attester la vérité, comme ont fa't les apôtres. Renoncer ainsi aux choses du monde et à l'amour de la vie, ce n'était pas renoncer à l'amour bien réglé de soimê;tte : au contraire, c'était consentira perdre une vie fragile et passagère pour en acquérir une éternelle {Joan. xii, 25.)

Dans la naissance Je l'Eglise, l'usage s'est établi que les catéchumènes, prêts à recevoir le ))aptôme, étaient obligés de renoncer solennellement au démon, à ses pompes et à ses œuvres, avant de faire leur profession de foi. Par là ils renonçaient non-seulement à l'idolâtrie-que l'on regardait comme le culte des démons , mais aux jeux, aux spectacles, aux plaisirs scandaleux que se permettaient les païens, à toute espèce de péché que Jésus- Christ appelle les œuvres du démon. Tertullien, saint Cyrille de Jérusalem et d'autres Pères de l'Eglise parlent de ce renoncement, et font souvenir les fidèles des obligations qu'il leur impose. Saint Jérôme nous apprend que, pour renoncer au démon, le catéchumène se tournait du côté de l'Occident qui est le côté de la nuit et des ténèbres; que, pour faire la profession de foi, il se tournait du côté de l'Orient, pour adorer ainsi Jésus- Christ, lumière du monde et soleil de justice. C'est ainsi que TEglise multipliait les cérémonies pour instruire jes nouveaux enfants qu^elle recevait dans son sein. Sage conduite, qui ne méritait pas la cenèure de ses enfants rebelles. (Mênard, Notes sur le Sacram, de tuintGrég., p. 140)

Il y eut dans les premiers siècles div<^rs Hérétiques nonmiés apostoliquesy apotaclites^

eustathiens, saccophores, qui enseignèrent que tout Chrétien, pour Caire son salut, était obligé de renoncer à tout ce qu'il possédait, et de vivre avec ses frères en communauté de biens. Ils furent condamnés par le concile de Gangres, l'an 325 ou 34-1, et leur erreur fut taxée d'hérésie. En effet, cette doctrine ne pouvait servir qu'à rendre la religion chrétienne odieuse , et à en détourner les païens. Ces hérétiques furent aussi proscrits

Ear les lois des empereurs. {Cod. Theod., XVI, t. V, De hœret.^ leg. 7, 11.) Ils abusaient évidemment de ces paroles de Jésus- Christ : 5t quelqu'un d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu il possède, Une peut être mon disciple. (£uc. xi, 33.) On peut être Chrétien et très-attaché à la doctrine du Sauveur, sans être son disciple dans le même sens que les apôtres, sans être destiné comme eux à prêcher l'Evangile à toutes les nations. Pour remplir cette vocation, les apôtres étaient obligés sans doute de renoncer à tout, h leur fortune, à leur famille, à leur patrie [Matlh. XIX, 27); mais c'était une absaraité de vouloir obliger tout Chrétien à faire de même.

Dans la suite plusieurs Chrétiens fervents, dans le dessein d'imiter les apôtres, de servir Dieu plus parfaitement, de se consacrer à l'utilité spirituelle de leurs frères, ont renoncé à toutes choses, ont vécu dans la solitude, se sont exercés à la prière, à la méditation, au travail; mais ils n en ont pas fait une loi aux autres. Il est constant qu'un trèsgrand nombre de moines, soit anachorètes,, soit cénobites de l'Orient et de l'Occident» ont été missionnaires, et ont contribué beaucoup à la conversion des (>aïens. Il faut donc louer le courage avec lequel ils ont renoncé à tout comme Tes apôtres, afin de se rendre utiles à tous.

RÉSIGNATION. — La résignation Ma volonté de Dieu est la disposition d'un Chrétien qui envisage tous les événements de la vie comme dirigés par une Providence paternelle et bienfaisante, qui reçoit d'elle les biens avec action de grâces, et se croit d'autant plus obligé à la servir par reconnaissance ; qui accepte les humiliations sans murmure, comme un moyen de satisfaire à la justice divine, d'expier le péché et de mériter un bonheur éternel. C'est la leçon que saint Paul donna aux fidèles {Hebr. xii). 11 établit l'obligation de la patience sur l'exemple de Jésus-Christ et sur celui des anciens lustes. Cette vertu est plus commune parmi le peuple, exposé à souffrir beaucoup et souvent, que parmi les heureux du siède :

après quelques plaintes que la sensibilité arrache d'abord aux hommes du commun, ils se consolent en disant : Dieu l'a voulu.

Il y a dans le fond plus de philosophie dans ces courtes paroles que dans les réflexions sublimes de Sénèque et d'Epictète. Toutes celles-ci se réduisaient à dire : « C'est une nécessité de souffrir; il n'y a point de remède contre les arrêts du sort ; il est inutile de vouloir y résister ou de s'en plaindre. » Un Chrétien se console avec plus de raison ; il sait qu'il n'est aucun malheiu- au-

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quel Dieu ne puisse remédier; que, quand il nous afflige, il nous donne aussi la force de souffrir, et que, s'il ne nous délivre i)as de nos maux en ce monde, il nous en dédommagera dans une autre vie. Quand la charité chrétienne n'aurait produit aucun autre bien dans le monde que de consoler Thomme dans ses souffrances, elle serait encore le plus

frand bienfait que Dieu ait pu accorder à humanité. (Voy. Abandon, Peines.) KETRAITE. — La retraite, d'après la théologie mystique, est un éloignement volontaî re pour un temps, des affaires, des compagnies et de rembarras du monde, }î0ur penser à son salut, mettre ordre aux affaires de sa conscience et prendre dans la suite une conduite de vie ou Ton puisse servir Dieu et remplir chrétiennement les devoirs de sou état. C'est un éloignement pour un temps, ce qui distingue cette retraite de la vie religieuse, qui est une retraite perpétuelle, et un renoncement entier au monde et pour toujours. On rappelle retraite volontaire^ pour la distin^er du bannissement et de l'exil forcé, qui est une punition qu'on est contraint de sobir. On dit que c'est pour raquer à son salut, afin de montrer la différence de la retraite chrétienne de celle des philosophes qui ont recherché la solitude et se sont éloignés de tout commerce avec les hommes pour étudier à loisir les secrets de la nature ; ou bien de celle des personnes mécontentes, qui, par chagrin ou par une humeur sombre et mélancolique, se retirent de la société des hommes.

On ne prétend pas seulement dans cette retraite s'éloigner de tout commerce pour vaquer à l'uraison , à la méditation des choses divines, à la lecture des bons livres et aux autres exercices spirituels; mais la fin principale qu'on doit s'y proposer, c'est de réformer ses mœurs, rentrer en soi-même, examiner la vie qu'on a menée jusqu'alors, déraciner ses mauvaises habitudes, et se tracer un nouveau plan de vie, en sorte qu'après la retraite on prenne une toute autre conduite , les méditations fréquentes et réglées Ju'on y fait et toutes les autres pratiques de évotion servant de moyen pour opérer en nous ce cltangement ou ce renouvellement intérieur. Aussi ne faut-il pas entreprendre une action si importante avec lâcheté, par contrainte ni par manière d'acquit ; mais avec ferveur et avec un ardent désir de profiter d'une occasion si favorable d'apprendre ce que Dieu demande de nous.

C'est une vérité constante et confu'mée par l'expérience de tous les jours, que si l'on emploie d'une manière convenable ces saints jours de retraite , et avec l'application que demande une action si importante, on ne manque pas d'en retirer un fruit considérable : on y expie ses fautes passées par une sincère pénitence ; on prend des précautions contre celles qu'on pourrait commettre à l'avenir ; on y trouve la paix du cœur et le repos de conscience, qui est un bien préféraole à tous ceux de cptte vie ; on y puise une nouvelle ardeur pour travailler au ser-

vice de Dieu, et de nouvelles forces pour marcher dans la voie du salut et de la perfection, et l'on peut dire véritablement de ces jours de solitude et de retraite : Eece nunc tempus acceptabilcj ecce nunc dies salutis. {II Cor, VI.)

Cette action ayant pour fin et pour but la parfaite réforme de l'homme, ne peut être que très-agréable à Dieu ; on peut dire avec les maîtres de la vie spirituelle que c'est une béatitude anticipée, autant que l'on en peut jouir en cette vie. En effet, en congédiant toute autre pensée , tout autre som, toute autre occupation, en retranchant toutes les visites, les conversations et les entretiens, on n'est occupé que de Dieu, en no fwrle qu'à lui ou que de lui, on écoute intérieurement sa voix, on traite et l'on converse avec lui. Quelle joie pour une âme fervente 1 quel sujet d'esjîérance et de consolation pour un pécheur qui voit que Dieu lui ouvre cet asile contre sa propre justice, et qu'il lui offre un port si sûr après son naufrage î

Quant a la manière de pratiquer la solitude du cœur, tout le monde convient qu'on peut le faire de deux sortes : la première, c'est de demeurer dans le monde, mais sans attache et sans affection, ne s'en séparant que de cœur et se faisant une solitude dans sa propre maison et dans son intérieur, sans prendre part aux joies et aux divertissements du monde, ou, si notre état et notre profession nous engagent de nous y trouver, de ne le faire qu'en gémissant et à regret. La deuxième manière gui est plus sûre et plus facile, c'est de s'en éloigner effectivement de corps et d'esprit, du moins pour un temps, afin de s'en éloigner pour toujours de cœur par la suite, en se retirant dans quelque maison destinée à cette fin, et d'y méditer sérieusement sur les vanités du monde et les vérités chrétiennes auxquelles on pense si peu.

On a souvent mis en question s'il est plus avantageux pour le salut et pour acquérir la perfection, de vivre dans la retraite, que de mener une vie sociable et de converser avec les hommes pour les porter à Dieu et à la vertu. 11 est certain que ces deux genres de vie pris en particulier ont chacun leur avantage, et qu'ils ont des dangers propres, sans compfer ceux qui leur sont communs ; cela dépend absolument de la vocation de Dieu et de l'attraitr qu'on se sent pour chacun d'eux. Voici ce qu'en pensent les saints Pères et les maîtres de la vie spirituelle : 1° La vie qui peut allier l'un à l'autre est sans contredit la plus parfaite, puisque c'est celle que le Sauveur, modèle de la perfection, a embrassée et à laquelle il a appelé les apôtres et les personnes apostoliques. 2" Un chrétien, qui veut pratiquer les maximes de l'Evangile^ doit toujours de lui-môme pencher vers la retraite et ne s'engager dans le commerce du monde, gu'autant que son état et sa profussion l'y oWigent. 3" Quand on est engagé dans le monde, quelque état et quelque profession qu'on ait, u est bon, avantageux et souvent nécessaire de se retirer de temps en temps dans la solitude, pour penser sérieusement à

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