‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 61 sur 315 · HET · texte numérisé non relu

HET

DASCLTISMk:.

RtT

COâ

dissipation d'esprit et par le commerce des hommes, que la ferveur se ralentit, et que la vertu devient languissante, on ne peut remédier à ce malheur que par la retraite et le recueillement. Le Saint-Esprit n'est descendu visiblement aue clans le désert, et pendant la retraite aes apôtres, dans le cénacle ; et Ton peut dire que Jésus-Christ ne s'est si souvent retiré seul sur la montagne,

Î)Our prier, que pour nous apprendre par là a nécessité de se retirer quelquefois dans la solitude, et ce fut là qu'il fit sentir à trois de ses apôtres un avant coût des délices du c'el, et les combla des puis grandes faveurs. Peut-on raisonnablement refuser un moyen si avantageux, si aisé, et dont on a un si grand besoin.

On convient aisément de l'utilité, de la né/essité même de la retraite; toute la difficulté consiste à en trouver le temps; c'est l'excuse la plus ordinaire de ceux qui n'en font pas usage. Mais cette excuse est-elle lecevablc? Ce sont, dit-on, les affaires qui occupent, qui absorbent tout notre temps. Est-ce que l'affaire du salut n'en est pas une ? en aurons-nous jamais une qui nous touche de plus près, et plus importante ? Hélas I nous n'a vons, proprement ait, que cette seule atfaire; toute la vie ne nous est donnée que l)0ur y travailler ; Dieu n'a pas jugé que pour y réussir il fallût moins de temps, et, s'il faut trouver huit ou dix jours dans un an pour ne vaquer qu'à cette unique affaire, on n'a pas le temps. Si nous sommes malades, le soin do notre santé nous fait quitter tout autre soin; qu'on soit en danser de perdre un procès ou un héritage, qu'il survienne à un ami, à un parent, une affaire fâcheuse, on s'interdit durant des mois entiers toute autre affaire, et Ton ne pense qu'à celle-là ; on dira que c'est une nécessité ; et n'en estce pas une aussî pressante, de sortir de l'état du péché, que de relever d'une maladie ? N'est-il pas aussi nécessaire de gagner le ciel que ne gagner un héritage? Quelle affaire nous intéresse plus que le salut de notre âme, et quoi de plus important que de prendre des mesures certaines pour bien mourir? Quoi de plus pressant que de se tirer du péril évident d'une éternelle damnation? On espère donner à l'affaire du salut le premier loisir que les affaires donneront. Hélas 1 si nous ne prenons du loisir, les affaires ne nous en donneront jamais. En avons-nous trouvé beaucoup, depuis que nous en cherchons? Ayons un peu moins d'indifférence pour notre salut , et regardons-le seulement comme une affaire , et nous trouverons facilement quelques jours pour vaquer à cette affaire, qui est proprement celle de l'éternité.

Il est surprenant que les personnes les plus innocentes, celles qui en ont le moins besoin, ne croient pas pouvoir se passer de retraite. Les hommes apostoliques, qui ne voient le monde que pour le sanctifier, crai-

Sfnent eux-mêmes d'en être pervertis. Ces Imes pures, qui ne perdent jamais la présence de Dieu, reconnaissent pourtant qu'el-

les se di&sipent dans les plus saints exercices de leur zèle. Ces héros du christianisme interrompent leurs plus saints travaux pour se recueillir de temps en temps dans la solitude, et ils ne pensent pas pouvoir se défendre du mauvais air du monde, qu'en venant prendre dans la retraite de nouvelles forces et de nouveaux préservatifs. Les religieux les ])lus réglés, et dont la vie est une retraite perpétuelle, ne se trouvent pas encore assez retirés, et des personnes qui n'oseraient se flatter de mener une vie aussi pure, aussi innocente, et qui n'ont pas à beaucoup près un aussi grand fonds de vertu, des personnes exposées à tout moment aux plus grands dangers ; des personnes qui vivent dans une dissipation d esprit continuelle, au milieu d'un monde corrompu, croiront que quelques jours de retraite ne leur conviennent pas ? Avouons-le de bonne foi, c'est la bonne volonté qui leur manque et non le temps.

11 n'est pas difficile de comprendre, comme nous l'avons déjà dit, combien une pratique si chrétieYine doit être utile à toutes sortes de personnes, et combien elle est efficace, soit pour retirer les pécheurs de leurs effarements, et les ramener à Dieu, soit pour affermir les justes et les élever à la plus haute perfection du christianisme. Outre les méditations que l'on fait sur les vérités les plus importantes de la religion; il est bien difficile gu'une personne, qui interrompt ses plus sérieuses occupations, qui se soustrait au commerce des hommes pour ne vaquer qu'à son salut; il est bien difficile qu'elle ne réussisse dans cette affaire; et ce Dieu qui, sans se rebuter, cherche si longtemps ceux qui s'éloignent le plus de lui ; ce Dieu qui ne cesse d appeler ceux qui le fuient, et de parler à ceux que le tumulte des affaires du monde rend sourds à sa voix, s'éloighera-t-il de ceux oui viennent le chercher jusque dans la solitude, et ne se fera-l-il entendre qu'à demi à ceux qui s'éloigneLt de tout pour l'écouler.

Qu'un homme considère avec attention ia vanité de tout ce qui plaît, de tout ce qui enchante dans le monde ; qu'il considère de sang-froid l'inutilité de la plupart de nos soins, le vide des plaisirs et le néant de tout ce qu on appelle grandeur mondaine, qu'il songe attentivement à ce qu'il pensera à l'heure de la mort, qu'il considère avec (luelle rapidité tout ce qui flatte à présent disparaîtra alors, (|u'il envisage le pitoyable étal d'une âme qui va paraître devant Dieu, sans avoir presque jamais rien fait pour lui plaire, qu'il se rej)résente [son corps livré aux vers dans le tombeau. Qu'un homme considère sérieusement ce qu'il croit de l'enfer, du jugement, de l'éternité, qu'il en pénètre les rigueurs, en prévoie toutes les conséquences; peut-il ne pas se rendre à la grâce, qui profite toujours de ces heureux moments? Ce sont ces [réflexions qui ont

Ï>euplé les déserts, et qui remplissent togs es jours les maisons religieuses. Ce sont elles qui font revenir les pécheurs de leurs

RET

DiCTIONNÂmÊ

RET

égarements. Qu'on trouve l'art de faire faire ces fréquentes rétlexions, on trouvera le secret de réformer les mœurs des hommes, d'entretenir la ferveur des religieux, d'erapôcher les plus grands désordres; on trouvera Tart de faire des saints. Voilà ce qu'on se propose dans les retraites dont on parle , lie faire de sérieuses réflexions sur les plus importantes vérités de la foi. Toutes les réflexions que nous faisons sur notre conduite durant ces jours, sont proprement des jours de réflexions, d'où Ton peut conclure facilement combien une pratique si chrétienne et si nécessaire doit être utile, l'importance de s'en acquitter parfaitement, et combien sont vains et frivoles les prétextes (jue l'amour-propre peut inventer pour s'en dispenser.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'une pratique si sainte est en usage ; elle a été fami- Jière aux plus grands saints de tous t^mps. Quoique la vie des premiers chrétiens lût une retraite continuelle, ils avaient la pieuse habitude de se disposer à la solennité des plus grandes fêtes de l'Eglise, par un recueillement particulier. C'est à cette pieuse pratique que les anciens maîtres de la vie spirituelle renvoyaient les âmes tièdes et les religieux imparfaits. On peut dire que c'est Jésus-Christ qui nous a donné le premier l'exemple de ces fréquentes retraites, car il se dérobait souvent à la foule qui le suivait, et même à ses propres disciples,

f)Our se retirer seul sur la montagne ou dans e désert; et le fruit qu'on retire de ce saint exercice fait voir combien il lui est agréable.

Cet exercice de piété si utile et si nécessaire, s'accommode aisément avec tous les états, les occupations et les emplois; il est

f)ro,)re indistinctement aux personnes sécuières et aux religieux; à ceux qui sont arrivés au plus haut degré de perfection comme à ceux qui comuiençent ou qui ont besoin de se convertir. 11 n'y a guère de remède plus efficace pour guérir, surtout ceux qui vivent dans la tiédeur; s'il n'opère rien dans leur âme, leur mal est presque incurable. Mais, comme les ecclésiastiques et les religieux sont obligés à une plus grande perfection que le reste des Chrétiens, il est évident que la retraite leur est absolument nécessaire pour entretenir leur ferveur, outre qu'il leur est plus facile de trouver le temps et les moyens de s'en ac(ni tter.

RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE (51). — En flxant le séjour des prêtres au milieu du monde, le Seigneur n'a ras prétendu leur interdire toutes sortes de retraites; il a voulu au contraire qu'ils vinssent de temps en temps dans la solitude rallumer dans leur âme la ferveur de l'homme intérieur, qui s'éteint peu à peu dans le commerce des créatures, et renouveler en eux l'esprit du sacerdoce, qui s'affaiblit insensiblement dans l'exercice des fonctions saintes, si l'on n'a

soin de le ranimer. Cette intention du souverain prêtre nous est bien marquée dans la conduite qu'il tient à l'égard de ses apôtres. 11 les avait choisis pour être les prédicateurs de son Evangile, avant de les établir comme premiers pasteurs de son Eglise, il les envoie dans les bourgades de la Judée et de la Galilée, pour y faire les premiers essais de leur zèle. Au retour de leurs courses évangéliqucs, ils lui rendent compte du succès de leur mission, ils lui raccontent avec conplaisance tous les prodiges qu'ils ont opérés en son nom : les aveugles à qui ils ont rendu la vue, les malades qu'ils ont guéris, les démons qu'ils ont chassés et qu ils ont soumis à leur empire. Après les avoir entendus, le Sauveur les invite à rentrer dans la solitude, à s'y reposer de leurs travaux, et à se mettre en état, par un saint loisir, d'en entreprendre de nouveaux et de plus grands. Venez-vousen à l'écart dans un lieu solitaire, leur dit-il, venez y réparer vos forces spirituelles, et reprendre une nouvelle ferveur; vous n'en serez que plus propres à procurer la gloire de mon Père et le salut des âmes que je veux vous confier: Tenite seorsum in desertum lacumetreifuiescitepusUlum, [Marc, vi, 31.) Paroles divines et pleines d'instruction pour les prêtres et pour tous les ministres de la religion; ils V apprennent la nécessité qu'il v a j our eux de se séparer de temps en temps d un monde profane, de se dérober quelquefois à leurs atiaires, à leurs emplois, à leurs fonctions, pour vaquera Dieu seul dans la retraite, pour s'y mettre en état de reprendre ces mêmes fonctions avec plus de ferveur, et de les remplir avec plus de succès. La retraiVe est nécessaire à la plupart d'entre eux ; elle est utile à tous; elle demande de ceux qui la font certaines dispositions (jui seules peuvent la rendre profitable. \érités bien intéressantes pour tous les ecclésiastiques qui commencent la retraite; il m'a paru indispensable de la leur mettre d'abord devant les yeux, d'en faire le fondement et la base de toutes celles que nous aurons à leur exposer dans le cours de cet ouvrage.

1. Un prêtre, occupé des fonctions de la vie apostolique, n'est pas moins obligé de se retirer quelquefois aans la solitude, que l'est un religieux appelé à la vie contemplative, de n'en jamais sortir. Mort au monde par sa profession, celui-ci ne doit plus avoir de commerce avec ce monde pervers; destiné à sanctifier le monde par l'exercice de ses fonctions, l'ouvrier évangélique doit s'en éloigner de temps en temps, et apprendre dans la retraite, a le combattre avec plus de succès. Ce qui rend nécessaire cette retraite au ministre des autels, c'est, premièrement, la contagion du monde, et le danger continuel où il ne veut que le réformer et le sanctifier. Rien de plus commun dans le monde que les plaintes qu'on y entend de la difficulté qu il y a de s'y sauver : les mondains ne sont pas moins éloquents sur cette nia-

(51) Ce ((ue nous disons de la retraite ecclésiastique peut, avec cariaiues modifications, s'appliquer à la retraite des religieux.

RET

DASCETfSME.

RET

tière. Celte difficulté n*est pas moindre pour les prêtres que pour le reste des Chrétiens, ou, pour mieux dire, au lieu de la diminuer, leur ministère sert à l'augmenter, par la dissipation qui en est inséparable, et par le nombre des écueils contre lesquels ils risguent continuellement de faire naufrage, La fréquentation des gens du monde, quoique inspirée par la charité ou commandée par la nécessité, ne laisse uas d'être dangereuse pour les ministres de l'autel; il est bien plus facile de s'égarer avec les mondains, quand on se trouve mêlé avec eux, que de les ramener de leurs égarements. Le monde nous transmet bien plus aisément ses ^ices et ses

Fassions, que nous ne lui faisons pratiquer a vert.u et goûter les maximes de l'Evangile. C'était à nous, comme prêtres, de le réformer, et bien souvent c'est lui qui nous corrompt : il nous gagne et nous attire à lui, lorsque nous le combattons. Il nous infecte de son poison dans le temps même où nous nous efforçons de guérir ses plaies.

Une autre raison de la nécessité qu'il y a pour nous de faire de temps en temps la retraite, ce sont les perles que nous faisons et les fautes que tous les jours nous commet- Ions dans l'exercice du ministère. Nous travaillons pour les autres avec une sorte d'ardeur, d'activité, et nous nous négligeons nous-mêmes; trop semblables à ces canaux stériles qui se vicient pour fertiliser tout ce qui les environne, nous donnons tout ce que nous avons, et nous ne retenons rien pour nous. Nous avons souvent le Seigneur à la bouche, et il est absent de notre cœur; nous le faisons servir aux autres, et nous-mêmes nous l'oublions. Nous annonçons les vérités du salut sans en être toucliés; nous prêchons l'enfer sans le craindre; nous parlons de ia mort sans nous y préfiarer; nous déclamons contre le péché sans le haïr. Cette foule d'infirmités spirituelles que nous apercevons dans les autres, diminue les nôtres à nos propres yeux, et affaiblit en nous l'idée que la foi nous donne de l'énormité du péché. En nous comparant aux nïbndains, nous nous croyons saints, parce que nous sommes moins criminels; nous nous regardons comme parfaits, parce que nous avons moins de défauts. Les occupations extérieures de nos fonctions nous cachent à nous-mêmes cet état d'infidélité; nous amassons un trésor de colère que nous ne craignons pas, soit, parce que nous ne le connaissons pas, et que notre vie n'offre point de grands crimes à nos yeux, soit parce que les ténèbres étant toujours la juste peine de nos péchés, plus nous les multiplions, plus nous nous calmons, et notre aveuglement devient d'autant plus grand, que les lumières qui devaient nous ouvrir les yeux s'affaiblissent et s'éteignent insensiblement pour nous.

Or, c'est la retraite qui nous fournira les secours les plus abondants et les plus efficaces pour remédier à tous nos maux, pour réparer toutes nos pertes, pour expier nos fautes passées et pour guérir toutes les plaies que la contagion du pe^hé a pu faire à nolro

âme. C'est laque, loin du tumulte du monde, nous reconnaîtrons la vanité, que nous verrons le néant de ses grandeurs et le vide de faux biens qu'il étale h nos yeux [>our nous surprendre ; son éclat éblouissant et ses misères réelles, ses promesses magnifiques et ses noires perfidies ; c'est là qu'affranchis de cette multitude et de cette variété de soins qui nous agitent dans ce monde, nous n'aurons d'autre occupation que celle de réfléchir sur lés vérités du salut les plus propres à inspirer l'horreur du péché, le aégoût du monde, l'amour de Dieu, et le désir du ciel; c'est là que nous considérerons, tantôt les suites terribles d'une mort toujours incertaine, qui peut nous surprendre à chaque instant; tantôt la sévérité des jugements de Dieu, que nous sommes peut-être sur le point de subir ; tantôt enfin les rigueurs de l'hiver

3ue nous n'avons que trop mérité. C'est ans cet asile sacré que, déchirant le voile épais et imposteur qui nous cachait nousmêmes à nous-mêmes , nous percerons jusque dans le plus intime de notre âme; que nous y découvrirons toute notre misère, la grandeur de nos chutes, la profondeur de nos plaies, et ce fonds inépuisable decorruption qm nous porte au mal. Passions vives qui nous tyrannisent, habitudes invétérées qui nous dominent, goût décidé pour le monde qui nous éloigne de Dieu ; voilà ce que la retraite nous remettra fidèlement devant les yeux. Malgré l'opinion des fausses louanges qu'ils prodiguent à je ne sais quel extérieur de piété, une voix sûre, sortie du fond de notre conscience, nous dira que nous ne sommes rien moins que les dispensateurs fidèles des mystères de Dieu. C'est là surtout, qu'éloignés des objets qui flattent et qui séduisent, mille et mille infidélités, qui avaient comme disparu au milieu de la dissipation du monde et de nos fonctions , reparaîtront à nos yeux, comme avec tout ce qu elles ont d'oclieux et d'opposé à la sainteté de notre étal. C'est là enun, qu'à l'exemple du saint roi Ezéchias, repassant les années de notre vie dans l'amertume de notre cœur, nous nous rappellerons les occasions où notre fidélité s'est démentie : Rccogitabo tibi omnes annos mcos inamaritudine animœmeœ. {Isa, xxxvni, 15.) Comparant la sainteté de notre étal avec nos mœurs, le contraste de ce que nous sommes et de ce que nous devrions être, nous couvrira d'une confusion salutaire, qui fera naître en nous les sentiments d'un rej cntir amer et d'une volonté sincère de revenir à Dieu. Nous formerons mille résolutions saintes d'une vie plus sacerdotale et plus ecclésiastique. Considérant les lieux, les occasions qui ont favorisé nos penchants vicieux et facilité nos chutes, nous remon I terons à la source du mal. A la lumière du flambeau présenté i ar la retraite, nous étudierons les moyens, nous chercherons les remèdes les plus efficaces pour guérir nos blessures spirituelles. Semblables au pilote échappé du naufrage, et instruit l'ar

Page 1