‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 62 sur 315 · RST · texte numérisé non relu

RST

DICTiONNAlUK

RET

nus propres malheurs, des éjucils où nous 113US sommes brisés, nous prendrons les mesures les plus solides et les plus sûres pour les éviter.

Tels seront pour nous les effets de la retraite : nous y entrerons, selon Texpreshion de Tapôtre avec la corruption elTinfection du péché, et nous en sortirons avec la pureté et Tinnocence qui conviennent aux ministres d*un Dieu saint : Seminatur in corruptionty surget in incorruptione, (I Cor. xv,^2.) Nous Y entrerons avec la honte attachée h la qualité de pécheurs, et nous en sortirons aveola gloire q[ui suit toujours la vertu : Semnatur in ignobilitate, surget in glorid. [Ibid,^ 43 ) Nous y entrerons chargés du poids de mil le in&rmités spirituelles, et nous en sortirons affranchis de toutes faiblesses et pleins d'une force divine pour exterminer les ennemis du Seigneur : Seminatur in infirmitatf, surget in virtute. (Ibid.) Nous y entrerons avec des affeclions basses et terrestres, nous en sortirons avec des affections spirituelles, et toutes surnaturelles : Seminatur corpus animale^ surget corpus spirituale, (/6td., W.) Avant la retraite, hommes charnels et grossiers, nous ne soupirions que pour les choses de la terre ; par la retraite et le saint coçimerce que nous y avons avec Dieu, nous devenons des hommes nouveaux, des hommes célestes en quelque sorte, qui ne respirent plus que Tamour de Dieu, et le zèle de sa gloire : Primus homo de terra terrenus; secundus homo de cœlo cœlestis. {Ibid,, kl.)

A la vue des changements merveilleux qu'opère tous les jours la retraite dans un si grand nombre de ministres bien disposés, que deviennent les prétextes dont les lâches ont coutume de s'autoriser pour se dispenser de la faire? Ils s'excusent sur le défaut de temps, sur cette multitude de devoirs et de fonctions dont ils sont chargés pour le salut des peuples; on n'a pas le temps dit-on, on a des affaires et des occupations incom-jatibles avec la retraite. On n'a pas le tem[>s 1 chose étrange, qu'un prèlre, qui est l'homme de Dieu, et son ministre sur la terre, qui doit s'y regarder comme médiateur entre lui et lès hommes, n'ait point le temps pour venir traiter avei; lui dans la retraite, etde ses propres besoins, et des besoins des peuples dont il est chargé 1 On n'a point de temps I prétexte frivole : on trouve assez do temps pour des visites inutiles, pour des parties de plaisir et d'amusement, {lour des voyages de pure curiosité; on en trouve assez pour régler avec les hommes des intérêts temporels, et Ton n'en trouvera point quand il s'agira de penser sérieusement à son salutl On n a pas le temps ! mauvaise excuse: si l'on voulait être de bonne foi, on conviendrait que, ce qui manquo, c'est bien moins le temps que la ferveur et la volonté. Dans la vie de ceux qui parlent ainsi, combien de jours vides I combien peut-être de semaines et d'années misérablement consumées dans une molle oisiveté 1 11 n'en faut pas tant pour la retraite; quelques jours dérobés h nos fondions pour nous mettre en état de les

mieux remplir, c'est tout ce que Bieu demandait, et c*e$t ce qu'on lui refuse. On dit qu'on a des affaires, y ena-t-il, ou peut-il y en avoir de plus intéressante que celle du salut? N'est-ce pas même cette multitude d'affaires et d'occupations dissipantes qui devrait nous porter à venir chercher dans la solitude un saint repos qui n'est point dans les embarras du sièelc> et qu'on ne trouve qu'aux pieds de Jésus-Christ. Aulre excuse non moins frivole ; une répuenance secrète et presque invincible pour la retraite. 11 en coûte pour se recueillir, pour rentrer en soi-même, jiour sonder les plis et replis d'une conscience qu'on sent bieu n'avoir point été aussi réglée qu'elle devait l'être ; on frémit à la seule pensée de se rappeler tant d'infidélités dont on se sent coupable, et qu'il faudrait se reprocher dans la retraite : voilà ce qui la fait regarder comme une sorte de gêne et de torture qu'on cherche à s'épargner; du moins on diffère Ir plus qu'on peut, on remet chaque jour à un terme qui n'arrive jamais. C*est ainsi que, par un vain fantôme de peine imaginaire, l'ennemi du salut retient dans ses fers une âme séduite, qu'il avait trouvé le secret d'y engager; il lui cache avec im grand soin la paix et les consolations qu'on trouve daas la retraite, en même temps qu'il lui en exagère prodigieusement les amertumes et les peines. Ces peines, fussent-elles aussi réelles, et aussi grandes qu'on veut se le persuader, ne faudrait-il pas les surmonter, dès que cela est nécessaire pour plaire è un Dieu si bon, que nous avons tant d'in; térêt .de servir, pour sauver une Ame aussi précieuse que la nôtre, pour éviter un enfer si affreux, et enfin pour mériter uu bonheur éternel si digne de toute notre ambition et de tous nos désirs? Quel est au contraire le fruit de nos résistances et de nos délais? Hélas! bien souvent point d'autre que les remords cuisants et continuels d'une conscience trop justement alarmée, avec le danger de se perdre. Insensiblement les inclinations vicieuses prennent le dessus, elles jettent dans le cœur des racines profondes ; 'on vit dans l'oubli d^ Dieu et de ses devoirs , et de tout cela concluons que rien n'est plus nécessaire aux prêtres et aux ministres de Dieu, et de l'Eglise, que de faire de temps en temps la retraite, afin d'expier les fautes qui sont comme inévitables dans le commerce du monde. Ils y trouveront de plus un mojen sûr pour ranimer en eux la ferveur de 1 es-

[)rit sacerdotal, et pour bien remplir toutes eurs fonctions.

IL Plus nos emplois nous répandent au dehors, plus aussi nous avons besoin de rentrer en nous-mêmes. Tous les jours nous l'éprouvons , que notre première lerveur insensiblement se relâche , que ce geût tendre de la piété, dont nous nous sentions animés dan^ les premiers jours de notre sacerdoce, se ralentit par l'usage même des choses sainte> qui devraient servir à lenlretenir et à Tauj;menler. On s'approche du saint auto! 1*'

RET

D'ASCETISME.

IIET

GiO

habitude ; on y est plus saisi de celle sainte et salutaire horreur qui doit toujours y accompagner ceux qui en sont les ministres ; on se familiarise, pour ainsi dire, avec le corps auguste de Jésus-Christ; on le touche, on le reçoit , on le distribue comme si c'était un pain commun. On récite les divins oiSces sans respect et sans attention, sans esprit intérieur et sans rien éprouver de cette onction sainte, de ces douces consolations que Dieu a coutume de Arerser dans les cœurs udôles à bien remplir cette importante obligation. C'est un dégoût universel pour tout ce qui regarde le ciute et le service de Dieu. En cet état , les voies de la justice où nous courrions autrefois avec tant d'ardeur, deviennent pour nous des voies rudes et pénibles, nous ne faisons plus que ramper. Endormis dans une molle indolence , nous laissons s'éteindre en nous cet esprit de piété qui fait Tâme du sacerdoce. Cette langueur spirituelle est en nous , comme une lièvre lente qui nous mine, qui ruine peu à peu dans nous la force du tempérament, détruit imperceptiblement dans notre âme tous les principes de la vie surnaturelle et nous conduit à la mort du péché presque sans que nous nous en apercevions; nous la croyons encore bien éloignée lorsqu'elle est à nos côtés et prête à nous immoler. Do là cette tiédeur dans la prière, cette omission de nos exercices de piété, cette habitude de sacrements jointe à une vie dissipée ; de là enfin cette langueur mortelle qui nous fait allier les ministères les plus saints avec les mœurs les plus communes ; elle est d'autant plus à craindre que nous la craignons moins peut-ôtre et quelle nous laisse plus tranquilles. Nous nous calmons sur je ne sais quel désir vague d'une vie plus ecclésiastique, qui ne servent qu'à flatter notre amour-propre; nous nous rassurons sur ce que nous n'apercevons point en nous de ces désordres grossiers et criants qui révoltent ; ne voyant pas ou ne voulant pas voir qu'une vie sans crimes est un grand crime aux yeux de Dieu dans un prêtre dès qu'elle est sans vertu. Pour sortir de cet état si dangereux, point de naoyen plus sûr que de venir de temps en temps dans la retraite y ressusciter la grâce du sacerdoce qui vous avait été communiquée dans notre ordination. C'est là, qu'éloignés de tout objet de dissipation, nous reprendrons l'esprit ecclésiastique dont nous étions déchus; que, nous rapfjelant aux enjçagements saints que nous avions pris avec le Seigneur aux pieds do ses autels , nous nous sentirons plus touchés de la grâce, plus animés à remplir nos fonctions avec fidélité, plus disposés à réparer les fautes que nous pourrions y avoir faites. H est vrai, nous ne manquons pas de grâce dans le monde, mais que d'obstacles ne trouve-l-elle pas ? Dans la retraite, au contraire, tout concourt à la faire fructifier et à la rendre féconde : interruption des affaires, silence religieux, prières assidues, méditations ferventes, conférences pieuses, exhortations louchantes, lectures spirituelles, examens

fréquents , exemples édifiants , tout nous poiteà Dieu; rien ne nous manque de ce qui peut l'engaser à se communiquer à nous et à nous combler de ses dons les plus précieux ; il nous y remplit d'une force invisible, pour rompre tous les liens qui nous attachaient au monde et à ses faux biens. Nous en avons une preuve bien convaincante dans l'exemple des apôtres. Que sont-ils ces apôtres, avant d'entrer dans le cénacle? Des hommes faibles et timides , qui tremblent à la seule voix d'une servante , des hommes charnels et grossiers, qui ne goûtent que les choses d'ici-bas; ambitieux et jaloux, qui disputent des préséances, gui mettent le royaume de Dieu dans les biens fragiles de la terre. Sont-ils revêtus de la vertu d'en haut dans la retraite, ce ne sont plus les mêmes hommes : ces lâches disciples qui avaient pâli à la vue du moindre danger, aeviennent des hommes intrépides, méprisent les menaces des tyrans, bravent tous les sup-

Ïiices, vont prêcher un Dieu crucifié aux uifs mêmes, ses ennemis déclarés , jusque dans leurs synagoges. La faim, la soif, la nudité, l'appareil des plus cruelles tortures, la mort même, rien ne les ébranle , rien n'est capable de les séparer de la charité de Jésus- Christ : image bien naturelle de ce qu'opère la retraite dans les ministres. des autels, fidèles à venir s'j^ renouveler de temps en temps dans l'esprit du sacerdoce; ils y deviennent comme des hommes créés de nouveau, ils sortent de ce nouveau cénacle embrasés d'un feu céleste; une sainte ivresse, une plénitude de l'Esprit saint leur fait mépriser tous les respects humains qui avaient comme enchaîné leur zèle et retenu la vérité captive dans la justice ; la retraite leur faitrom- Ï)re toutes les liaisons qui les dérobaient à eurs devoirs , elle les affermit contre tous les exemples qui avaient affaibli leur piété ; avant la retraite , c'étaient des hommes d'une foi chancelante, d'une piété languissante, d'une dissipation continuelle; ajirès la retraite, ce sont des hommes remplis de foi, pleins de religion, des hommes tout de feu, qui ne soupirent que pour Dieu, qui ne veulent que lui, qui n'aiment que lui, qui ne ehercnent qu'à lui témoigner leur amour, qui ne brûlent que du désir de se sacrifier pour lui. Avant la retraite, on les voyait dissipés dans le sanctuaire, distraits à l'autel, indolents dans la célébration du divin sacrifice, précipités dans le chant des saints offices; après la retraite, on les voit recueillis dans le temple du Dieu vivant, modestes au saint autel, fervent dans la prière, partout pleins de zèle et de piété exemplaire.

De là encore les succès de leurs fonctions, et les fruits abondants de leurs travaux pour le salut des âmes; succès qui répondent à la ferveur de leur retraite , fruits proportionnés à l'abondance des grâces qu ils puisent dans cette source féconde. Avant d'y entrer ils prêchaient froidement, sans onction cl presque sans fruit; au sortir de la retraite, ils annoncent les vérités saintes avec autant de force que de succès, parfe qu'avant eu lo

RET

Page 1