‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 64 sur 315 · REY · texte numérisé non relu

REY

si Von est plusieurs , pour Tédification publique, etc.

Lecture ê sur les devoirs ecclésiastiques.

— Nous en indiquerons Tordre ci-après pour chaque jour.

Examen particulier, — On peut se servir de Tronson ou du miroir du clergé, ou simplement de Texamen qu'on trouvera ci-après, et qui est extrait du dernier ouvrage que nous avons nommé.

Dîner, — Si l'on est plusieurs , on dîne en commun, et , autant que possible , on entend une lecture sur les devoirs ecclésiastiques pendant le dîner.

Récréation. — Il faut la prendre environ d'une heure , ne la point faire bruyante et ne point s'y occuper d'affaires. — Visite au saint sacrement.

Récitation des vêpres et compHes. — Lecture de l'Evangile ou des épîtrês canoniques. — Nouveau silence. Voyez plus haut.

— Nouvelle lecture sur les devoirs ecclésiastiques. 11 faut donner h ces lectures tout le temps qui n'est pas rigoureusement nécessaire aux autres exercices ; la faire sérieuse et en matière d'étude, .

Récitation de matines et laudes. — Prières de dévotion. — Chacun a sa couleur de piété et sa dévotion favorite qu'il doit nourrir, car cela tient à l'ordre providentiel. — Sou-

{>er. Comme le dîner. — Nouvelle récréation. I faut la faire moins longue et moins distrayante.

Lecture spirituelle. — H faut , si l'on est^ plusieurs, la fdire en commun. Servez-vous de Rodriguez ou de Saint-Jure, ou de tel autre auteur estimé et digne d'estime.

Chapelet. — Prière vocale et lecture du sujet d*oruison pour le lendemain. — Coucher. En silence comme le lever. Voilà quels sont les exercices ordinaires des retraites ecclésiastiques , que chacun doit régler selon Topportunité et ses besoins; mais, encore une fois, en y donnant toujours la meilleure part à rétude des devoirs ecclésiastiques et à ceux de son état.

WÈVÈLXlilO^.— Révélation, dans le sens mystique et restreint où nous le prenons ici, est une lumière surnaturelle que Dieu communique à une personne dont il veut fo servir pour lui découvrir quelque chose de caché, soit pour son bien personnel, soit pour le bien des autres,

La révélation par excellence est celle qui résulte de toutes les communications surnaturelles renfermées dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et qui est la base de la religion chrétienne. Cnarune de ces révélations particulières faites aux patriarches ou aux prophètes , etc., sont des révélations canoniques. Mais ici il ne s'agit guede révélations privées : et on en peut distinguer de trois sortes : Les divines ou célestes, les démoniaques, et les naturelles. Une révélation peut avoir pour objet la manifestation d'une chose passée, ou d'une chose présente mais absente , ou d'une chose future.

Il v a toujours eu de temps en temps des révélations privées et divines faites à quel-

ques personnes dans l'Eglise, et par conséquent on en peut inférer qu'il y en a encore et qu'il y en aura toujours. Cela se prouve d'abord par l'Ecriture sainte, qui rapporte les révélations privées qui se faisaient dès les moments de l'Eglise naissante. Ainsi l'atteste saint Paul dans sa première Epttre aux Cor., XIV, où, selon l'observation d'Estius, ' il parle du don de prophétie , qui ne consistait pas seulement dans la prédiction des choses futures, mais aussi dans une certaine inspiration qui rendait intelligible des choses occultes , par exemple 1 exposition de certains passages de la sainte Ecriture, inexfJicables sans le don de prophétie, ou Téclaircissement de quelques parties des prophètes eux-mêmes , ou bien la solution de toute autre difficulté, insoluble aux seules forces de la raison, et qui intéressait la doctrine ou la piété et la bonne édification des fidèles.

Nous lisons dans les Actes des apôtrts (xni, 1) : // y avait dans V église d'Antiocht des prophètes et des docteurs, parmi lesquels Bamabas et Simon. Il y avait aussi les filles de Philippe, les Vierges prophétesses^ comme les appelle saint Luc (Act. vm).

Saint Paul, dans son EpUre aux Thessaloniciens , parle aussi de ce mode de prophétie , lorsqu'il dit : Ne méprisez pas les prophéties. Dans sa première Epître aux Corrinthiens il dit de ces prophètes qu'ils parlaient pour Tédification, l'exhortation e» la consolation des fidèles , et ne fait aucune mention des choses futures.

Ce que nous établissons ici peut se confirmer par l'enseignement du concile de Trente, Eour les siècles plus rapprochés de nous. >ans sa session vi% c. 12, il dit quon ne peut savoir ceux que Dieu a choisie si C€ n'est par une révélation spéciale; et au chapitre 18, que nul ne peut savoir d'une certitude infaillible s'il persévérera, à moins qu'il ne Fait appris par une révélation partiàulière. Le saint concile suppose donc qqjil peut y avoir révélation du mystère de la prédestination et de la persévérance , et à plus forte raison touchant d'autres vérités de moindre importance. C'est ainsi que le Pape Gélase (c. S. Rom. Eccles., d. 15] pense qu'on ne doit pas mépriser les nouvelles révélations, mais les éprouver ; le Pape Pie 1*' s'est appuyé surla révélation d'un fidèle pour s'attacher au sentiment que la Pâque devait être célébrée le dimanche, (c» Nosse vos, 21 decons., d. 3.) Le P. Gravina parcourt tous les siècles de lEglise et prouve invinciblement par une multitude de faits que des révélations et des prophéties ont toujours eu lieu. Enfin nous possédons les révélations de la bienheureuse Hildegonde , de la bienheureuse Ladgarde et Angèle , fille du roi de Bohême ; de sainte Gertrude , de sainte Brigitte et de sainte Thérèse, sur lesquelles on peut consulter Laurea (p. i, Decis. Granat., dec. ult., D$ révélât., n. 5,) et Théophile Raynaud, passim. Les Pères nous viendront en aide pojar prouver la même doctrine. Saint Justin (In Tryph.) dit des fidèles de son temps : « Cha-

ftEV

REV

que fidèle reçoit des dons célestes selon son mérite, et devient illuminé par le nom de Jésus-Christ. Celui-ci reçoit le don d'intelligence, celui-là le don de la prescience, c'est-à-dire de la révélation et de la prophétie. » Saint Grégoire a écrit quatre livres de Dialogues f qui sont remplis de visions merveilleuses , de révélations et de prophéties. Saint Thomas expliquant ce texte de saint Jean (xv, ih) : Je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ot fait connaître tou^ tes les choses que fai apprises de mon Père^ dit : « On donne une véritable marque de Tamitié considérée en soi , car un vrai ami verse dans le cœur de son ami tous les secrets de son profère cœur. » D'oii Louis de Blois {Monit. spirit.) conclut très-bien : « Il faut prévenir le lecteur de ne point suivre l'opinion perverse de certains hommes qui prétendent que toutes les révélations et les visions divines ne sont que songes ; car en cela ils se montrent peu humbles et peu spirituels. II ne faut pas tenir peu de cas des révélations, puisqu'elles sont un ornement merveilleux de l'Ëçlise de Dieu. » La raison d'ailleurs ne peut rien opposer de raisonnable contre les révélations considérées en soi. Cet ordre de • choses est hors de sa portée, elle n'y atteinti nullement. Il doit lui suffire d'une part qu'il' n'implique aucune absurdité , qu'e.^e puisse concevoir, comme elle conçoit eneflét, que la puissance de Dieu peut mettre une Ame spirituelle en rapport avec des choses qu'elle ne saisit pas naturellement» avec des vérités que l'intelligence connaît naturellement dans son objet , mais non dans ses moyens ; que de plus elle conçoive des motifs raisonnables pour quô Dieu agisse quelquefois ainsi, comme, par exemple, l'utilité et Védification générale : il suflit , dis-je , que ta raison conçoive ces choses pour qu elle reste I)leinement satisfaite en présence des révéalions.

Les centuriateurs de Magdebourg et Mélanchthon, ei^tre autres, ces ^ands ennemis des révélations privées considérées en dehors des révélations canoniques , ont relégué toutes ces communications surnaturelles parmi les superstitions et les fables ; mais Gravina (m Lop. Lyd.) démontre que c'est en vain que d'autres nérétiques antérieurs ont tenté de propager celte erreur. Il avoue , il est vrai, que plusieurs imposteurs ont voulu feindre des révélations, mais en même temps il prouve qu'un grand nombre de révélations véritables sont consignées dans l'histoire de l'Eglise , comme subissant avec triomphe les regards les plus rigoureux d'une sévère critique ; que ce don des révélations a de plus toujours persévéré dans l'Eglise.

Les révélations privées et divines peuvent être un objet de foi. Celui à qui ces révélations sont faites, dès qu'il a employé les moyens de prudence pour s'assurer qu'il n'est point dans l'illusion, doit fermement croire à ce qui lui est révélé. Cependant Arauxo pense qu'il ne peut ni ne doit croire ces choses à l'égal d'un article de foi , c'està-dire conune étant de foi catholique. Le

fondement de cette croyance aux prophéties, aux discernements des esprits , n'est point dans Tobjet formel de la roi , mais consiste dans une lumière particulière qui est un fait privé et particulier. Cependant le cardinal Gotti pense (JAeo/., 1. x, q. 1) qu'on doit croire aux révélations d'une foi théologique, soit que la révélation concerne un bien public, soit qu'elle concerne un bien particuher.

Si une révélation avait pour objet de conseiller une action qui serait contre une loi positive, il faudrait encore exiger une prudence plus grande qu'à l'ordinaire, avant de se décider à suivre cet avis. Il faudrait consulter et méditer longtemps et sur la certitude de la révélation divine , et sur la manière de l'exécuter. Nous voyons dans le troisième livre des /toû (xui) un prophète de Dieu dévoré par un lion, parce qu'il avait pris de la nourriture à Béthel , ce qui lui était défendu par une révélation certaine. Il préféra suivre une révélation douteuse d'un autre prophète.

Doit-on croire aux révélations qui sont approuvées pr le Saint-Siège? Voici la réponse de Schram : « On ne peut et on ne doit pas croire d'une foi catholique aux révélations privées, même approuvées, comme celles de sainte Brigitte, de sainte Catherine de Sienne. On ne peut y ajouter qu'une foi humaine, selon la règle de la prudence; l'intention de l'autorité ecclésiastique étant sans doute de donner ces choses comme bonnes , pieuses , mais probables. » C'est le sentiment de Melchior Canus {Locis theoL) , auquel on peut joindre le cardinal Turrecremata , qui , à l'occasion de l'approbation du livre des Révélations de sainte Brigitte^ a dit : « Qu'il n'y a rien trouvé de contraire au sentiment de l'Ecriture sainte et des saints Pères ; que dès lors on pouvait les proposer à lire dans l'Eglise comme les livres des docteurs et les Vies des Saints.i^ Il suit delà qu'on peut, sans blesser la foi , refuser son adhésion aux révélations précitées, pourvu que ce soit avec modestie, raisonnablement et sans aucun mépris.

Parmi les révélations approuvées, il peut y en avoir quelques-unes d'apocrypnes.

Ainsi, sans compter les révélations qui sont attribuées à Paul, à Thomas, à Etienne, et qui sont certainement fausses, comme le prouve Jean de Raguse au concile de Bâle » on doit regarder comme apocryphe la révélation de sainte Colette, qui attribue trois maris à sainte Anne. Canisius combat cette révélation à juste titre. On a aussi déclaré comme apocryphe la révélation attribuée à sainte Brigitte par saint Michel et sainte Elisabeth, et celle de sainte Catherine de Sienne touchant la conception de la sainte Vierge, dans le péché originel.

Il peut même se faire qu'une sainte i>ersonne, sous l'impression d'idées préconçues et de préjugés involontaires , croie de bonne foi qu'une certaine chose est révélée divinement, tandis qu'elle ne l'est pas. Ainsi le pense Hurtado , et il apporte pour exemple la prétendue révélation de sainte Brigitte,

REV

D'ASCETISME.

RET

CâG

OÙ elle dit que Jésus-Christ, dans sa flagellation, a couvert sa nudité d un voile. Le P. Lancicius dit que les révélations peuvent être divines » quant à leur substance , sans que tous les détails qui se sont produits dans ces visions soient pour cela assurés. Ainsi, dans des révélations de différentes personnes, mais certaines , les unes ont vu Jésus- Christ, dans le crucifienaent , percé de quatre clous, les unes de trois. Les docteurs pensent que le Saint-Esprit, faisant ses communications, n'a nullement eu Tintention de parachever Thistorique de certains événements.

Que sont les révélations démoniaques? Ce sont des connaissances fournies par le démon, qui, quelquefois, sont de bonnes choses en soi, et qu'il communique pour faire plus de mal ; parce qu'en révélant des choses bonnes , il trompe ceux qui ne sont pas sur leur garde, et il s insinue pour ensuite détourner d'un plus grand bien, ou bien pour attirer au mal.

Le démon peut simuler des révélations , soit extérieurement, en usant d'une voix sensible qu'il peut facilement produire, soit seul, soit au moyen d un corps qu'il s'adapte pour être vu et pour parler; soit intérieurement, en remuant les numeurs, et les esprits animaux , et les nerfs , au moyen descmels il produit des fantômes dans 1 imagination , ou des idées extraordinaires, des conceptions fantastioues de quelque objet inconnu. Rien n'empêche de croire que le démon puisse se servir d'un corps naturel et réel, dans lequel il forme une voix artificielle comme il est censé l'avoir fait pour séduire Eve, notre première mère. Ensuite il peut aussi former un corps aérien , dans lequel il produit des sons, comme il le fit en effet en tentant Nôtre-Seigneur. Il peut souvent arriver aussi que les révélations démoniaques aient lieu par un grand ébranlement de l'imagination, soit dans les sens extérieurs pendant la veille, soit dans le sommeil.

Nous avons maintenant à prouver que les révélations démoniaques, telles que nousvenonsdeles exposer, ont eu lieu eneffet et parconséquent sont possibles. Nous avons lu dans la seconde EpUreaux Corinthiens : Satan m transfigure en ange de lumière. Ainsi, de même que les bons anges , ou Dieu jiar leur moyen, illamine quelques hommes pour le bien, ainsi les mauvais anges se transfigurent en anges de lumière pour séduire les hommes. Laurea s'est occupé à recueillir un grand nombre de révélations démoniaques {Decis. GranaL)^ et avec lui Del Rio (Disq. mag.^ sect. 2) , Philomorinus. Parmi ces visions on peut mettre celles que îes hérétiques, soit anciens soit modernes, assurent leur être arrivées, à moins qu'on ne préfère les ranger parmi leurs mensonges. Celles de Cérinlhe, de Montan et de* sa prophétesse ont été célèbres. Luther, Carlostad, Thomas, Monzer Tanabaptiste , se sont aussi vantés d'en avoir éprouvé. Qu'il y ait des révélations sataniques, nous pouvons aussi le prouver par les saints Pères. Antiochus

(serm. 84) raconte d'un certain moine qu'il était séduit, pendant son sommeil, de différentes communications du diable. Il succomba enfin à la tentation d'entrer dans le judaïsme et de recevoir ta circoncision.

Saint Augustin (liv. xn De Genes.^ c. 13) enseigne : qu'en ces matières la prudence commande une sévère attention et une

Srande réserve... car le démon dit souvent es choses vraies pour éloigner toute défiance, et quand il a obtenu confiance, il suggère le mal. Saint Thomas, expliquant la deuxième Epitre aux Corinthiens , ait : « il faut remarquer que le démon se transfigure quelquefois visiblement, comme autrefois à s&int Martin pour le tromper, et il en trompe beaucoup de cette manière. D'autres fois il se transforme invisiblement, et cela, quand il fait paraître bonnes les choses mauvaises, en ^pervertissant les sens de l'homme et en enflammant la cupidité. » — « Quand l'ange do ténèbres, dit Horpius rt. m Th. myst^^se transforme en ange de lumière pour tromper les insensés, les imprévoyants et les orgueilleux, qui sont vides de charité et pleins de vanité, il répand intérieurement une certaine lumière fantastique, dont il enveloppe les malheureux, et qui leur devient un piège dont ils ne peuvent se débarrasser; et parce qu'ils aspirent ardemment en visions et en nouveautés, les images fantastiques leur présentent beaucoup de choses nouvelles et merveilleuses. Et le démon, s'aperçevant que ce misérable vaniteux se compiatt dans cette triste posture, lui en fournit de plus en plus, jusqu'à ce qu'il sente qu'il est complètement séduit , et que la vraie lumière n'a plus pour lui d'attrait. » Saint Thomas ajoute même à ces observations (2-2, q. 5) : «Que le démon, qui ne s'occupe que de la perdition des hommes, a soin, dans les pensées et les paroles qu'il fait entendre alors, de mêler bien des choses vraies, afin d'accoutumer ses victimes à avoir confiance en lui et à le croire, et ensuite il entraîne aux choses qui nuisent au salut et qui perdent. »

Mais quelles sont les choses cachées que le démon peut révéler.? par lui-même le démon ne peut connaître ni révéler les secrètes pensées des hommes, quoiqu'il puisse les conjecturer par le jeu de la physionomie et par le mouvement du sang artériel. Cependant, par accident, par la considération du temps et des lieux, il peut connaître et faire connaître des choses occultes : ainsi, le démon peut retenir de mémoire toutes les choses passées, soit qu'il les ait vues arriver, soit qu'il en déduise l'existence d'autres faits. Il peut aussi savoir des faits présents, mais obscurs , pourvu qu'ils soient actuellement accomplis et visibles , par exemple, des vols secrets, qui échappent à la connaissance des hommes. 11 peut aussi annoncer promptement et avant les hommes, avec leurs moyens ordinaires , les choses qui se passent dans des régions éloisnées.

Qu'est-ce que Ta révélation naturelle ? C'est la troisième espèce de révélation ; elle a sa raison d'être dans les causes piireraenl natu-

BEV

OICTIOHNAIRE

RET

sa

e , dans une çronde surdans un long jeûne, dans gées , dans la lésion du imaginaiiun emportée et

révélation peut avoir lieu le n'est pas une petite dif- ■r dans les songes ceux lose qui tient de la rêvéïonges de Joseph, etceui aturels ou extravagants, lelques songes qui appordes lumières par euxsonge d'un ami de sainl Augustin, dans lequel ce saint lui apparut pendant le sommeil et lui expliqua nettement un passago de Cicéron, dont il n'avait pu par lui-mème trouver la solution.

Il peut se faire aussi que quelqu'un révèle des choses cachées dans la veille , parce que ses sens seront malades et surexcités : mais alors régulièrement il dira des choses fausses ou des choses vraies par hasard; ces sortes de gens ont volontiers beaucoup de loquacité, et il n'est pas surprenant que parmi tant de faussetés qu'ils uébitent il se trouve quelque vérité. Nous pouvons rapporter à ce chapitre tous les phénomènes de magnétisme animal qui ont si vivement préoccupé l'opinion publique de notre temps. Nous ne tranchons nullement la question de savoir si on doit attribuer aux personnes magnétisées les visions à dislance et les révélations de choses cachées dont on leur fait honneur. Nous sommes porté à croire le contraire, du moins la question nous semble nR pas reposer sur des faits assez bien caractérisés et a l'abri de toute séduction. Cependant, devant tous les témoignages qui se sont produits, il est dilTicile de ne pas admettre la présence d'un fluide quelconque qui produit des effets qui sortent des cercles des lois physiques connues; et pour rattacher ce fait a la question que nous traitons, nous remarquerons que les personnes qui passent pour lucides en magnétisme sont ordinairement des personnes bibles, valétudinaires, h imagination facilement ébranlable, et que celte classe de personnes rentre dans la catégorie des hommes que les mystiques ont désignées comme étant le sujet d une révélation proprement naturelle.

I*s révélations naturelles dont nous nous occupons peuvent être quelquefois l'effet de

Pénitences exagérées et indiscrètes, qui rend imagination languissante et sans frein, et alors il n'y a point de conception singulière rju'elle n'invente. Mais c'est là un état qui tient plus de la folie que de la sagesse, et nous ne nous en occupons que pour montrer quels sont les éoueils à éviter quand on aurait à nrononcer sur des révélations.

Nous devons encore signaler un excès qui est plus séduisant , et oui en effet a souvent

firoduit des effets do séduction ; nous vouons parler de l'excès des méditations prolongées avec indiscrétion, surtout si on s'abandonne à une oiseuse et intempestive contemplation. Car de ces excès il suit l'afTai-

blissement de la santé, la lésion du cerveau, non-seulement chez les femmes, mais encore chez les hommes, et chez des hommes qui ne sont ni méprisables ni dénués de sagesse; mais ils sont détournés de toute forte occu-

fiation de la volonté, par celte douce et vouptueuse contemplation qui les énerve, et les grise pour ainsi dire de ses pensées creuses. C est pourquoi sainte Thérèse tient ce langage h cette sorte de personnes : « H faut leur interdire l'oraison, et autant que faire se peut, leur défendre de prêter attention à ce qu'elles appellent leurs révélations, car par ce moyen le démon a coutume de prendre pied dans ces flmes, et s'il n'arrive pas à les perdre, du moins il leur nuit considérablement. « [Mans. VI, c. 3.)

Les femmes surtout sont très-exposées à ces sortes d'accidents et sont toutes prêtes i se former des songes, parce que, dit Del Rio, leurs passions sont plus véhémentes et plijs âi:res, et ce qui vient de la passion elles le prennent comme venant de la vérité. Elles sont d'un tempérament plus humide et plus visqueux, et la où l'humide domine, la commotion est plus facile, et les impressions également; d'autre part, cependant, si les femmes reçoivent plus facilement les impressions de l'imagination , on peut dire que les hommes, une fois sous ces impressions, les gardent avec plus de ténacité.

On peut tirer de ce qui précède sur les révélations naturelles les corollaires suivants : 1° toutes les fois que les produits extraordinaires de l'imagination peuvent être attribués àla faiblesse physique, on ne doit pas les attribuer au démon; 2' le démon fera tous ses efforts pour s'emparer de ces effets pour les tourner au détriment de l'âme, mais Dieu ne le laissera pas faire à son gré; 3" on ne doit

!}as s'empresser d'attribuer ces imaginations i un délire formel qui tue la liberté, de telle manière que toutes les autres révélations qu'une telle personne peut avoir eues, soient liar là même considérées aussi comme vaines et insensées.

Si donc nous considérons les révélations purement naturelles dans les circonstances telles que nous venons de les déterminer, on verra que s'il peut y avoir réellement quelquefois des révélations naturelles, elles ne peuvent point être prises pour telles, car en soi elles peuvent être attribuées au hasard ; prouvons-le :

Par l'Écriture sainte (Eccli. xxxiv) :

L'homme insensé se laisse conduire par une vaine espérance el par le mrnsonge, et les songes noient les imprudents,... Celui qui fait attention à des visions menteuses ressemble à celui gui embrasse des ombres et qtii poursuit le vent. Et encore : La vision d'un songe est comme une image sans récUité devant la face de l'homme.

Saint Augustin s'occupe de cette matière dans son livre xii' des Commentaires sur fa Genèse. Il dit qu'on peut avoir des visions non-seulement par l'intermédiaire des bons et des mauvais esprits, mais encore par suite d'une attention soutenue avec un violent

Hi

REV

. D-ASCETISHE.

excès, d'une maladie ou d*une TréiMsie. « De. telle sorte qu'on croit voir |:résent de ses; propres yeuiuahoiumeabsent, et onenavu:

qui faisaient la conversation avec des per-i sonnâmes imaginaires qu'ils contemplaient^ ilcvanl eui, et qu'ils croj'aieutélreleurs interlocuteurs. ■ Et pour exemple, saint Augustin cite un fiévreux ou un frénétique qu'on prenait pour un possédé du démon, qui voyait beaucoup de choses absentes, et qui annonçait des choses futures, et ces annonces se trouvaient vérifiées. Il avoue que les causes d'un tel événement lui sont inconnues, mais qu'on ne doit pas ajouter plus de foi à ces visions qu'à de vains songes. Saint Bonavenlure se moque (1. vn, Profcsi, relig.) de ceux qui se laissent séduire par des révélations lausses, prenant leur fiction imaeinaire pour un esprit prophétique. Sainte Thérèse, dans .<:on Cnitfeau de r^m«, Mans. VI, dit :« Quelquefois, dans les personnes faibles et débiles, et dans les mélancoliques, les conceptions de l'imagination peuvent avoir une très-grande puissance ; mais on ne doit leniraucun compte des visions dé ces deux sortes de personnes, quoiqu'elles affirment avoir vu ou entendu. »

On ne peut pas leur objecter qu'elles sont mélancoliques et que leur imagination est exaltée, car elles vous aflirmeront sans fin et jwr serment que la réalité des choses leur élait manifeste.

La saino raison nous avertit donc, règle générale, de ne point accueillir ces sortes do révélations, et de traiter avec prudence et pitié ceux qui disent les avoir.

11 est arrivé souvent qu'on a fabriqué volontairement des prophéties et des révélations, comme Laurea en cite une foule d'exemples, ainsi que Gravina. 11 faut mettre une grande différence entre ces coupables manœuvres et les fictions involontaires dont nous venons de parler. Celles-ci sont l'œuvre (le l'ignorance et de la faiblesse, celles-lè de h méchanceté; celles-ci trompent leurs auteurs, celles-là leurs victimes ; celles-là corrompent, celles-ci mettent un voile de préjugés devant la vérité.

Nous pouvons maintenant établir d'une manière certaine quels sont les signes aux-

Suels on reconnaît une révélation vraie et ivine d'une révélation fausse, et nous les tirons du côté de la matière révélée, onde la personne à qui se fait la révélation, ou des effets qui s'ensuivent. En considérant la matière de la révélation, voici les signes d'une révélation divine qui en sortent :

1° Si elle ne contient rien que de conforme aux saintes Ecritures, aux traditions divines et apostoli<iues, aux bonnes mœurs et aux déQnitions de l'Eglise. Ce n'est pas à dire que par cela seul qu'une révélation a cette conformité, ilfaille l'accepter comme divine; mais, dès qu'elle choque un des points énoncés, il faut la reléguer parmi les mensonges. L'Apôtre lui-même nous dit {Gai. i) quc:Si iinange vient nous évonjUUer quelque chose outre ce que Jésus-Christ noua a enseigné , qu'il soit anathèmf. Et aux Thessaloniciens, xv ;

Conserves tes traditions qu'on vous a ensfeignétt ; et aux Hébreux : JVé vous laisses point séduire par des doctrines singulières et apportées de loin, II faudrait penser de même si la révélation contredit le sentiment unanime des saints Pères et des théologiens. Car le consentement unanime des saints Pères est une autorité infaillible en matière de foi : et quand les théologiens s'accordent universellement sur un point déduit des vérités de foi, si on y contredit, on approche de l'hérésie. Chacun sait que le consentement unanime des saints Pères se jircnd moralement : cela veut direàpeu près tous les saints Pères, comme l'enseigne le cardinal Perrono. [In resp. ad Keg.)

Que devons-nous penser de c( lions qui contrediraient un point d< enseigné non par l'unanimité, m?

très-grand nombre de saints Pères doctrine qui contiendrait de la n qui affirmerait une chose encore aux jeuï de l'Église, sur laquelle rait pas encore voulu se prononcer!

Que doit-on penser encore d'une révélation qui se donnerait l'autorité de dispenser d'une loi générale, naturelle ou ecclésiastique î

Hurtado (De Rio [Disq. tnoj) faut pas sur-lo' tions comme d h faire selon e reraent quelle remplit u'aille conditions d'ui très auteurs ve tout examen c cependant qu'il d'une loi natui Dieu lui enjoif Innocent Ui u injuncto, De ht ter foi à ces tiennent une d muoe, à moins par un miracle public.

2° Si elle ne provoque pas au mal, si elle empêche un plus grand bien, ou conseille un bien mêlé de mal, né la regardez pas comme divine. C'est cette révélation que Jésus- Christ a eue en vue lorsqu'il a dit : Gardezvous des faux prophètes qui viennent à vous sous des peaux aagneaux, mais intérieurement vous trourtz des loups ravissants.

(Afaff/i., VII.] Il la signale encore lorsqu'il parle de la comparaison de l'arbre et il établit celte règle : Vous les connaltrczpar leurs fruits.

On ne peut nous faire une difficulté en nous disant que l'Ecriture sainte elle-même a quelquefois autorisé le mal : comme lorsque les Hébreux enlevèrent les vases égyi)tiens ; lorsqu'Abraham voulait immoler so3 fils, etc. Car ici Dieu intervient, comme maître de la vie et de la mort, comme possesseur universef; il peut à son gré transférer les droits et communiquer son pouvoir.

3" Pour qu'une révélation soit divine, il

UEV

DlcnONNÂlRE

Page 1