‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 67 sur 315 · SAR · texte numérisé non relu

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règle de saint Benoll dans l'abbaye de Saint- Laurent près de liège. Son sayoir et sa piété lui at^quirent une telle réputation, que Frédéric, archevêque de Cologne, le tira de son cloître pour le faire abbé de Deutz, visà-vis de Cologne, en 1113. 11 mourut en

1135. Ses ouvrages ont été recueillis on 2 vol. in-fol.; Paris, 1638. On y trouve des Commentaires sur l'Ecriture sainte; — un Traité des offices divins ; — des Lettres spirituelles, et des opuscules de piété.

SA ( Emmanuel ) , Jésuite iK)rtugais, prit l'babit en 15W. Il enseigna à Coimbre et à Rome, prêcha avec succès dans les principales chaires d'Italie , fut chargé par saint Pie V d'une nouvelle édition de la Bible, et mourut en 1566, à Arone, dans le Milanais. Nous avons de lui : 1* Scholia in quatuor Evangelia : — 2* Notationes in totam Scripturam sa* cram ; — 3" Aphorismi confessariorum.

SACCOPHORES. — Plusieurs faux mystiques ont été ainsi nommés, tels que les apostoliques ou apotactiques^ les encratites, les manichéens. Ils se revêtaient de sacs pour avoir un air pénitent et mortiûé, et souvent sous cet habit Ils cachaient une conduite très-dérégl.ée. L'Eglise, qui connaissait leur hypocrisie, n'hésita jamais de condamner ce vain appareil de mortification auquel le peuple ne se laisse prendre que trop aisément.

SAINT-ADON (François-Picard de], docteur de Sorbonne et prêtre du diocèse de Rhodez , né à Saint-Côme , devint doyen du chapitre royal de Sainte-Croix, et de la chrétienté d'Etampes. Il était pieux et savant. Il mourut en 1T73 , laissant , entre autres ouvrages , Gémissements d'un solitaire sur les désordres de la plupart des chrétiens , Paris , 1768, in-12, et Lettre d'un chanoine à un prieur,

SAINT-JURE (Jean-Baptiste), Jésuite, né à Metz, vers 1588, entra dans la Société en 1604. , et l'honora par sa piété et une rare érudition. 11 devint recteur du colléçe d'Amiens, et mourut dans un âge avancé, ila composé en français divers ouvrages ascétiques, qui se distinguent par beaucoup de piété et par les sentiments les plus religieux, et qui peuvent être très-utiles pour conduire dans la voie du salut. Us (e seraient peut-être plus encore, si le sens allégorique et mystique n'y était quelquefois poussé un peu trop loin. Ces ouvraççs sont: 1* De la connaissance et de l'amour ae Notre- Seigneur Jésus-Christ j Paris, 1634, in-4";— 2" Trésor de la vie chrétienne , ou VArt de connaître Jésus-Christ et deVaimer, ^vol., in-12;— 3" Réflexions sur les principales vérités de la religion; — h" Le moyen de bien mourir, Paris, 16*0, in-J2 ; — 5" la manière de bien remplir ses devoirs de chrétiens ; — 6' V Homme spirituel; — 7" Y Homme reli-

Îieux; — 8" le Livre des élus, ou Jésus sur 1 croix, etc; 9" des Lettres spirituelles. SALVIEN, prêtre de Marseille, épousa Palladie, avec laquelle il garda la conti-

nence , même avant la prêtrise , et la traita comme sa sœur. Elevé au sacerdoce vers 430, il déplora avec tant de douleur les dé« sordres de son temps , qu'on l'appela le Jerémie du v* siècle. Ses lumières et ses vertus le firent aussi nommer le maitre des étéques. Il mourut à Marseille vers 484. Il nous reste de lui : 1" un Traité de la providence de Dieu; — 2* un autre contre r Avarice; — 3* quelques Lettres spirituelles.

SANADON (Noel-Etienne), Jésuite, né i Rouen, en 1676, professa les humanités avec distinction à Caen et à Paris. En 1728, il devint bibliothécaire de Louis le Grand , et il mourut en 1733. Il joignait aux qualités d'un bon religieux cellos d'un littérateur aimable. Outre des Poésies latines ci des Discours , il a laissé un livre de piété , intitulé : Prières et instructions chrétiennes, Lyon, 1752, in-8% ouvrage rempli d'onction et d'une oiété solide.

SANCIO (Rodrigue), né à Santa-Maria da Nieva, dans le diocèse de Ségovie , en 1404, se fit connaître de bonne heure par son goût

Ï)OUT la piété et pour les lettres. Son mérite e fit élever sur plusieurs sièges épisconaux. Mais, abandonnant le soin de ses diocèses à ses vicaires généraux, il nassa sa vie S Rome où il fut gouverneur du cnâteau Saint- Ange. 11 mourut en cette ville en 1470. 11 a laissé, outre plusieurs ouvrages historiques, quel-

S[ues livres ascétiques, et en particulier : spéculum vitœ humanœ^ in-fol., Rome, 1468. SARARAITES. — C'est un nom donné à certains moines errants ou vagabonds, gui, dégoûtés de la vie cénobitique, ne suivaient plus aucune règle , et allaient de ville en ville, et vivant à leur discrétion. Ce nom vient de l'hébreu Sarab, se révolter. Cassien, dans sa quatorzième conférence, les appelle Renuitœ, quia iugumregularis disciplina rcnuunt. Saint Jérôme n'en parle pas plus favorablement (epist. 18 ad Eustochium); il les appelle remoboth, terme égyptien, h peu près équivalent à celui de saràbaites; saint Benoît, dans le premier chapitre de sa règle, les nomme gyrovagues, et en fait un portrait foit désavantageux. — Les |)rotestants, ennemis déclarés de la vie monastigue, ont encore enchéri sur ce tableau; ils disent que les saràbaites vivaient en faisant de faux miracles, en vendant des reliques, et en commettant mille autres fourberies semblables. (MosHEiM, histé eccles. , \y* siècle, ii* part., ch. 3, § 15.) Mais il y avait assez de mal à dire de ces mauvais moines, sans forger cou-

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tre eux des accusations fausses. Saint Jérôme dit qu'ils vivaient de leur travail, mais qu'ils vendaient leurs ouvrages plus cher que les autres, comme si leur métier avait été plus saint que leur vie; qu'il y avait souvent outre eux des disputes, parce qu'ils ne voulaient être soumis à personne ; qu'ils jeûnaient à Teuvi les uns des autres , et regardaient le silence ou le secret comme une victoire, etc. Quand on pourrait leur reprocher d'autres vices, il ne s'ensuivrait rien contre l'état monastique en général ; ce serait la vérification de la maxime commune , que la corruption de ce qu'il y a de meilleur est la pire de toutes : Optimi corruptio pessima.

SARNELLI (Pompée), né à Polignano, dans la terre de Bari , en 1649, docteur en droit et en théologie , protonotaire apostolicjue, abbé de Sainl-Homobon , ôvêque de Biseglia , mort vers l'an 17â2, est auteur des ouvrages suivants : 1* Le clergé séculier dans sa splendeur ^ ou de la vie commune des clercs y Rome 1688; — 2* Lettres ecclésiastiques ^ 3 vol. in-4**.

SAS (Corneille), né à Anvers en 1593, fut successivement professeur de philosophie à Louvain , chanoine et professeur de théologie à Malines, et enfin chanoine et vicaire général d'Ypres. Il mourut le 8 novembre 1656, après s'être distingué par sa piété, son savoir et ses écrits. Nous avons de lui ; 1" Epitome praxeos virtutum theologicarumy Rome, 1632, in-12; — 2"* OEcumenicum de singularitate dericorum , illorumque cum feminis extraneis vetito contuhernio judicium, Bruxelles, 1653, in-4.".

SAULT (Jean-Pall du ), Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Saint- Sever (cap de Gascogne), en 1650, fit profession en 1667. Il professa la théologie, et

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fut chargé du noviciat h Avignon , où il mourut en 1724, après avoir mené la vie la

Elus au5.tèrc , la jjIus pieuse et la plus édiante. 11 a laissé les ouvrages ascétiques suivants : 1° Entretiens avec Jésus-Christ dans le saint sacrement de l'autel^ Toulouse, 1701, 5 vol. in-i2; 2' — Abrégé du même ouvrage, Toulouse, 1706, in-12; — 3" Avis et réflexions sur les devoirs de Vétat religieuXj pour animer ceux qui l'ont embrassé^ Avignon, 1711, 2 vol. in-8'*; — 4" Le religieux mourant , ou préparation à la mort , pour les personnes qui ont embrassé l'état religieux, Avignon, 1718, 2 vol. in-8°; — 5" Abrégé du traité de la préparation à la mort, Toulouse, 1725, in-12. Ces ouvrages sont édifiants et remplis d'onction.

SCAPULAIRE. — Le scapulàire est une partie de l'habillement de différents ordres rcl'gicux. Il consiste en deux bandes d'étotTe, dont Tune passe sur l'estomac, et l'autre sur Tépaule ; de là lui est venu sou nom; les religieux profès le laissent pendre jusqu'à terre, les frères lais jusqu'aux genoux seulement. L'abbé Fleury en a indiqué l'origine : « Saint Benoît, dit-il, donna à ses religieux un scapulaire pour le travail. Il était beaucoup plus large et plus lourd qu'il

n'est aujourd'hui; il servait, comme le porte son nom , à garnir les épaules pour les fardeaux, et à conserver la tunique. 11 avait son capuce comme la cuculle, et ces deux vêtements se portaient séparés, le scapulaire pendant le travail, la cucuile à l'église et hors de la maison. Depuis, les moines ont regardé le scapulaire comme la partie la plus essentielle de leur habit. Ainsi ils ne le Quittent point, et mettent le froc ou la coule pardessus. » [Mœurs des Chrétiens, iV 5^.)

Le scapulaire est aussi un signe de dévotion envers la sainte Vierge, qui fut introduit parmi les fidèles, vers le milieu du xni* siècle, par Simon Stock, Carme anglais et général de son ordre. Ce signe, chez les religieux, est de porter leur scapulaire; chez les laïques, c'est de porter deux petits morceaux d'étoffe sur lesquels est brodé le nom de la sainte Vierge, et d'en réciter l'ofiice avec quelques autres pratiques de dévotion. Simon Stock assura que, dans une vision, la sainte Vierge lui avait donné le scapulaire comme une marque de sa protection spéciale envers tous ceux qui le porteraient, qui garderaient la virginité, la continence ou la chasteté conjugale, selon leur état, et qui réciteraient le netit office de Notre-Dame.

Le docteur ae Launoy a fait un ouvrage dans lequel il a regardé cette vision coranio une imposture, et a traité de pièces supposées les bulles des Papes que l'on cite en sa faveur. 11 prétend que les Carmes n'ont commencé à porter le scapulaire que longtemps après la date de la vision prétendue. Le Pape Paul V, en retranchant quelques abus qui s'étaient glissés dans cette dévotion , l'a cependant approuvée , de même que Pie V, Clément Vlll et Clément X; Benoit XIV a réfuté l'ouvrage de Launov. (De canonis, sanct., t. IV, ir part., ch. i); Defestis B.Mariœ Mrginis, liv. u, ch. 6.)

Mosheim, en zélé |;rotestant, très-prévenu contre le culte de la sainte Vierge, a Irailé la prétendue vision de Simon Stotk de fable ridicule et imf)ic, de fraude notoire, de sottise superstitieuse. « Les Carmes , dit-il, ont publié gue la sainte Vierge avait promis à ce religieux que tous ceux qui mourraient avec Phabit des Carmes ou avec le scapulaire, seraient à couvert de la damnation éternelle. » Il témoigne son étonnement de ce que plusieurs Papes, et en particulier Benoît XIV, ont fait l'apologie de cette superstition. [Hist. eccL du w\V siècle j iv part.)

Pour avoir droit d'accuser Simon Stock de fraude et d'imposture, il faut être en état de prouver qu'il n'a eu ni révélation, ni vision, ni rêve; qu'il a forgé malicieusement cette histoire pour tromper les fidèles : où en sont les preuves ? Ce religieux austère, mortifié, dévot, fortement occupé du dessein d'augmenter la piété envers la sainte Vierge, a pu rêver qu'elle lui apparaissait ; et il n'est pas le premier qui ait pris de bonne foi un rêve pour une réalité. 11 n'a point publié que tous ceux qui mourraient avec le scapuluire seraient sauvé» ; si quelque Carme

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DICTIONNAIBE

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, ignorant a écrit cette erreur dans la suite, Stock n'en est pas responsable. Aucun des Papes qui ont approuvé la dévotion du sca^ pulaircj n'a affirmé la vision de ce religieux et n'a ordonné de la croire; aucun n'a donné aucune espèce d'approbation à l'erreur que Mosheira met sur le compte des Carmes. Autre chose est d'approuver une dévotion qui paraît utile et salutaire, sans en rechercher l'origine, et autre chose de confirmer le.s faits sur lesquels des visionnaires vou draient l'appuyer; Benoît XIV a pu réfuter les preuves et les suppositions sur Iesc[uel1es Launoy avait raisonné, sans juger vrai le fait que ce docteur attaquait.

Toute la question se réduit donc à savoir si la dévotion de porter le scapulatre est bonne ou mauvaise, pieuse ou abusive et superstitieuse; or, nous soutenons qu'elle est utile et salutaire, puisqu'elle porte les fidèles à honorer la Mère de Dieu, à imiter ses vertus, à réciter des prières, à fréquenter les sacrements, à fraterniser ensemble pour faire de bonnèaœuvres. Donc les Papes ont bien fait de l'approuver, surtout dans un temps où il était nécessaire de prévenir *es fi Jèles contre les clameurs des hérétiques, ' et de les affermir dans la piété. Mais il est faux que, par cette approbation, ils aient donné aucune sanction a la vision vraie ou fausse de Simon Stock, ni aux erreurs que les Carmes ont pu débiter sur l'efficacité du ncapulaire. Au contraire, Paul V a donné une bulle exprès pour proscrire toute conséquence erronée que l'on peut tirer de là, et tout abus que l'on peut en faire.

SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE. — Du moment où le Seigneur a institué un sacerdoce , il lui a intimé un précepte éternel de posséder la science ; de savoir distinguer le saint et le profane; de discerner ce qui souille de ce qui est pur, et d'instruire son peuple de tous les points de la loi. [Levit. x, 9, 10, 11.) Peuple^ disa't-il aux enfants d'Israël , interrogez mes prêtres sur ma Loi, {Afjg. XI, 12.) Et vouSj prêtres^ que vos lèvres soient dépositaires de la science. Cest de votre bouche qu^on viendra recevoir ma loi, parce que vous êtes les envoyés du Dieu des armées. {Malach. ii, 6, 7.) Du sacerdoce lévitique cette obligation a passé tout entière dans celui de Jésus-Christ. Elle y est même devenue plus stricte encore et plus imposante, soit à raison de la plus haute dignité du nouveau ministère, soit par la sainteté et la perfection plus éminentes de la loi chrétienne. C'est aux apôtres et à toute la suite de leur ministère qu'il est donné, et par conséquent ordonné, de connaître le mystère du royaume de Dieu. {Lue. viii, 10.) Saint Pauhrappelle souvent cet indispensable devoir au disciple qu'il avait établi évoque d'Ephèse. (/ Timoth. iv, 13. ) Et faisant aux Corinthiens Ténuraération des divers ministères ecclésiastiques, il dit qu'il y a des pasteurs et des docteurs. (Ephes. iv, 11.) II joint ensemble ces deux qualités, pour montrer leur intime connexion, leur inséparable association, leur essentielle union. De là,

dans tout le cours des siècles chrétiens, nous voyons une suite continuelle de canons des conciles, d'ordonnances des évêques, de décisions de tous les docteurs, qui enjoint aux ecclésiastiques de se remplir de la science. Contentons-nous de citer le célèbre concile d'Aix-la-Chapelle. Comparant ensemble la sainteté de la vie et de la science, il dit que le docteur ecclésiastique doit briller par l'une comme par l'autre. Car la science sans piété fait l'arrogant, et la niété sans science rend inutile. En effet, ces deux qualités sont également nécessaires; mais il y a cette différence : le défaut de piété est plus criminel sans doute, le défaut de science est plus irréparable. Avec la grâce de Dieu on peut assez promptement changer de mosurs; mais pour acquérir la doctrine dont on est dépourvu, il faut un long temps et de grands efforts.

Il n'y a pas d'état dans la vie qui n'impose des devoirs, qui ne donne des fonctions à remplir. Il n'^y a pas de devoir, pas de fonction gui n'exige aes connaissances pour s'en acquitter dignement. Le sens naturel et l'expérience sont utiles sans doute, mais insufnsants. Ils appliquent les connaissances, mais ne les suppléent pas. Faute de la science propre à son état, le magistrat commet des injustices, le guerrier se fait battre, le médecin fait périr ses malades, le négociant se ruine. N'y aurait-il donc que l'état ecclésiastique, l'art des arts, ainsi que l'appelle saint Grégoire, qui fût excepté de la loi commune? N'y aurait-il que le ministère le plus important qui existe parmi les hommes, auquel toute science fût inutile ? N'estce pas au contraire l'état dont les fonctions et les occupations sont les plus multipliées» les plus variées, qui exige les connaissances les plus étendues et les plus firofondes?

L objet du sacerdoce, le but de son institution est de perpétuer, de propager, de défendre la religion. Il est le rempart de sa doctrine contre les erreurs qui Tattaquent , le gardien de sa morale contre les maximes corrompues qui Tahèrent. (Tit. ix.) Comment le prêtre conservera-t-il ce double dépôt si précieux , ne le connaissant pas ? (1 Tim. I, 14.) Comment maintiendra-t-il l'intégrité des vérités saintes, la pureté des règles sacrées, s'il les ignore? Comment instruira-t-il celui qui n est pas instruit t On ne peut donner que ce qu'on possède. Il faut être rempli de ce qu'on doit répandre : il faut être source pour devenir fleuve^ {Prov. V, 15, 16.)

Qu'est-ce donc qu'un prêtre ignorant?- L'objet du mépris etde la dérision publique. Quelle considération peuvent avoir les peuples pour un pasteur qu'ils voient aussi pou instruit qu'eux? Quelle confiance peuventils prendre dans des avis sans lumière , dans des décisions sans principes, dans dos exhortations sans solidité? Voit-on Voveugie^ pour être conduit y se confier à un autre aveugle? {Matth. xv.) — Qu'est-ce encore qu'un prêtre ignorant ? Le témoin passif, le fauteur, le principe de tous les désordres tî©

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sa paroisse. Dans la chaire impuissant à instruire, dans le tribunal incapable de diriger, il ne peut ni prévenir les péchés par renseignement, ni les réparer par la pénitence. Les malheureux peuples, faute de connaissance , tombent dans le vice sans scrupule ; faute de correction, ils y persévèrent avec sécurité. {Ose. iv, J, 2.) Il les laisse s'endormir du sommeil de la mort, et ne sait pas les en réveiller. Il est Tinstrument dont se sert le démon pour retenir dans son tilet les âmes, par le moyen même <iiii devrait les en délivrer. — Qu est-ce, enfin, qu'un prêtre ignorant ? Le fléau de TEglise entière. Qui peut calculer la propagation des désordres qu'a fait naître et que favorise, son enseignement, ou nul, ou vicieux? Peut-on connattre jusqu'où circuleront des erreurs qu il ne réprime pas, des vices qu'il ne corrige pas? Si dans le xvr siècle l'hérésie fit de si rapides progrès, infecta une grande partie de TEurope, arracha à la foi de Jésus- Ckrist un grand nombre de ses Eelises, ce fut à Tignorance où croupissait Te clergé qu elle dnt ses déplorables excès. La digue gui devait la contenir se trouvant faible et impuissantei cette terrible inondation étendit sans obstacles ses ravages de tous côtés. Elle entraîna même dans son cours funeste beaucoup de ces pierres sacrées, qui avaient ^é posées pour l'arrêter, et qui, manquant de soutien, cédèrent sans résistance a son effort.

Us sont donc bien coupables, et devant Dieu, et devant les hommes, ces* prétendus docteurs de la Loi, qui, chargés par le Seigneur de porter la clef de la science, nonseulement ne sont pas entrés dans ce sanctuaire, mais en ont même fermé la porte aux autres. {Luc. xi, 52.) Selon Isaïe, ils se sont tous égarés dans leurs voies ces pasteurs qui ignorent Tintelligencc. Ce sont des sentinelles aveugles, des chiens muets qui ne savent pas aboyer. {Isa, lvi, 10.) Jérémie déclare prévaricateurs les prêtres qui, dépositaires de la Loi sainte, ignorent le Seigneur, et ne savent pas où on le trouve. {Jer. ii, 8.) L'ignorance, répréhensiblo dans le simple fidèle, est bien plus criminelle dans le prêtre, et à raison au principe, puisqu'il lui est positivement enjoint d'être savant, et par ses efi*ets, qui sont, parmi le peuple confié à .ses soins, la privation de toute connaissance, la perte de toute vertu, l'accumulation de tout désordre, avec la ruine temporelle et éternelle, qui en est la suite. Le laïque peut cependant encore quelquefois trouver dans son ignorance une excuse à ses fautes, et en rejeter le blâme sur son pasteur, qui, ou faute d'instruction, l'a laissé s'égarer, ou par un faux ensei^^nement l'a lui-même égaré. Mais le pasteur, quelle excuse pourra-t-il donner de sa criminelle ignorance? Ce qui peut faire la justification de l'un aggrave le tort et la punition de l'autre. Mon peuple s'est lu, dit le Seigneur, parce quil na pas eu la science. Et toi, qui as repoussé loin de lui la science, je te repousserai loin de moi^ pour que tu n exerces plus mon sacerdoce.

{Ose. IV , 6.) En vain le ministre de la Loi sainte aura-t-il été pieux, chaste, sobre, humble, charitable ; toutes les vertus dont il aura été doué ne lui seront d'aucune utilité, s'il n'a pas eu la science nécessaire à son état. Son ignorance le suivra au tribunal suprême et le fera condamner. {Job xix, k,) L'arrêt est général et^positif ; celui qui ignore sera ignore. {ICor. xiv, 38.) Ce n'est pas seulement le serviteur infidèle, mais le serviteur inutile que Jésus-Christ ordonne de jeter dans les ténèbres extérieures, où sont les pleurs et les grincements de dents. {Matth. XXV, 30.) Ce n'est pas l'arbre mort ou qui porte de mauvais fruits qu'il fait couper et jeter au feu, c'est celui qui n'en porto pas de bons. {Matth. vu, 19.) Le magistrat gui aura rendu une sentence inique sera-t-il justifié devant la partie injustement condamnée, devant son souverain, devant Dieu, parce qu'il n'aura pas connu la loi d'après laquelle il devait juger? Son ignorance ne sera-t-elle pas, au contraire, un tort de plus, un nouveau titre à sa condamnation ?

Puisque la science est nécessaire aux ecclésiastiques, l'étude leur est indispensable. On ne sait que ce qu'on a appris ; on n'apprend qu'en étudiant. Les vérités saintes ne se devinent pas. Le ministère sacré exigeant impérieusement des connaissances très-étendues, très-variées, quelquefois très abstraites, commande plus que tout aut/e état une étude profonde et constamment soutenue. Danstoute science, si on n'avance pas on recule ; on perd quand on n*acquiert pas ; on oublie quand on ne continue pas d'apprendre. Le champ naturellement le plus fertile cesse de l'être, si on cesse de le cultiver ; il se couvre de ronces, d'épines, et sa fécondité même lui en fait produire plus abondamment. La science étant donc une des qualités les plus essentielles des ministres de Dieu, l'étude est évidemment un de leurs premiers devoirs. Et que d'avantages n'en retirera-t-on

f)as pour soi-même 1 Que d'inconvénients 'oisiveté n'apporlera-t-ello pas! L'application, qui suppose déjà un esprit solide, le rend plus solide encore. Elle étend les bornes, elle en accroît les forces. L'habitude de la réflexion augmente sa justesse, l'usage de la méditation multiplie ses idées. Avec les connaissances toutes les facultés spirituelles s'agrandissent et se développent. Le prêtre inoccupé, n'approfondissant rien, reste toujours superficiel, il pourra avoir quelques idées légères et brillantes, mais n ayant |;as l'usage de les rapprocher, il ne s'élèvera jamais à la hauteur du raisonnement. Son esprit, ne recevant pas de nourriture, dépérira de jour en jour. Sa légèreté, son inconstance iront sans cesse en croissant ; et il parviendra à la vieillesse, étant encore dans l'enfance. Voyez la considération que s'attire l'ecclésiastique studieux. On le respecte d'autant plus qu'on le voit plus rarement. La retraite où le retiennent d'utiles travaux estelle-même une grande édification : et quand il en ressort, c'est avec l'air grave, diene et recueilli qu'il y a puisé, qu il se présente

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vaux. Elles sont propres tout au plus à amuser ses loisirs. Qu'il y emploie, à la bonne beurre, les moments de ses récréations, ce délassement de seâ utiles occupations ne lui est pas interdit. Mais ses travaux, ainsi que sa personne, appartiennent à son ministère ; ils doivent être, comme lui-môme, consacrés à Dieu, il se rend coupable envers TEglise à qui il les doit, quand il les détourne à des objets étrangers. Il devient un Nadab, un Âbiu, mettant un feu profane dans l'encensoir, qui doit toujours élever vers le Seigneur une vapeur pure. L'oisiveté du prêtre consiste, non-seulement à ne rien faire, mais aussi à faire ce qu'il ne doit pas. De quelle utilité sont pour lui , ou pour son peuple, toutes ces connaissances indifférentes à son état? Ne deviennent-elles pas même nuisibles à l'un et à l'autre, si elles absorbent le temps consacré à des études commandées, si elles prennent la place d'instructions nécessaires? Et quand, au tribunal suprême, le compte lui sera demandé de l'emploi des jours qui lui furent accordés, répondra-t-il pour sa justification qu'il lut profondément versé dans les sciences physiques?

Les études ecclésiastiques devant être entièrement dirigées vers son ministère, on peut, en conséquence, les rapporter à deux points principaux : à la doctrine et à la morale.

Quand on dit qu'un prêtre doit étudier et connaître les dogmes sacrés, on ne prétend pas que tout ministre du Seigneur soit tenu d'approfondir ce que la science ecclésiastique a de plus sublime; de s'enfoncer dans 1 étude de tout ce que les hérétiques ont avancé d'erroné pour combattre la doctrine sainte ; de tout ce que les saints Pères ont établi de solide et de lumineux pour la défendre. Ces connaissances très-étendues, et de l'ordre le plus relevé, sont spécialement réservées à ceux d'entre eux que Dieu suscite au secours de la foi. Mais tout prêtre est tenu strictement à connaître parfaitement tous les

Îïoints de la doctrine chrétienne ; à posséder es principes sur lesquels ils sont fondés; h distinguer, dans les questions théologiques, le dogme de l'opinion ; ce que l'Eglise définit, ce qu'elle condamne, ce qu'elle permet de soutenir. Il doit, selon le précepte du Prince des apôtres, être toujours prêt à rendre, à celui qui le consulte, un compte satisfaisant de la foi qui est au dedans de lui. ( 1 Petr. III. )

Cette connaissance, nette, juste, précise, de la doctrine catholique est nécessaire, pour lui-même, afin de ne pas tomber dans l'erreur ; pour les autres, afin de ne pas les y entraîner. L'exactitude dogmatique est la première et la plus essentielle qualité des instructions chrétiennes; et pour l'obtenir, il est nécessaire de conserver dans son intéfjritéf dans sa pureté^ la forme an^iqu€^ pré^ cieiiêe et sacrée des saintes paroles, telle que ^ous Vont transmise nos pères dans la foi, {IJ Tim. I, 13.)

L'objet le plus ordinaire des exhortations U*un pasteur, l'objet principal de son mi-

nistère, étant de faire observer A ses paroissiens les préceptes divins, c'est l'étude de la morale chrétienne qui doit par-dessus tout l'occuper. S'il n'a pas une connaissance parfaite et entière des saintes règles, comment pourra-t-il les enseigner dans leur exactitude, sans les affaiblir ni les exagérer? Ses instructions tomberont indubita-» blement, ou dans le relâchement qui égare, ou dans le rigorisme qui rebute. Ou il entretiendra les âmes clans une sécurité funeste, ou il les jettera dans un désespoir accablant. De même, s'il ose s'asseoir sur lo tribunal sacré, sans connaissance des règles de la pénitence, sans discernement entre les péchés, sans mesure dans les satisfactions, au lieu de ramener les pécheurs à Dieu , il les retiendra sous le joug du démon. Tantôt son excessive indulgence les aveuglera sur leurs fautes ; tantôt sa sévérité outrée, en les décourageant, les y fera persévérer. Il remettra les péchés sans raison, et les retiendra sans justice. L'ignorance et l'excès marchent constamment ensemble. Il faut des connaissances, et par conséquent de l'étude,

I)Our se tenir dans le juste milieu où réside a vérité. Incapable de suivre la ligne droite, l'aveugle va se heurtant sans cesse, soit d'un côté, soit de l'autre.

Toutes les lectures qu'on peut faire se réduisent à deux genres : les profanes, et les religieuses. D'abord tous les livres contraires a la sainte vertu de pureté sont positivement, absolument et sans exception défendus à tout ecclésiastique. Aucune raison, aucun prétexte ne peut l'autoriser à les lire. Il lui sufllt de savoir que ce sont des ouvrages déshonnètes pour qu'il en détourne ses regards avec horreur. Les anciens croyaient

3u il existait un animai dont la vue seule onnait la mort. Tel est l'écrit obscène. Sa lecture est un premier coup mortel porté à l'âme, lequel sera infailliblement suivi de beaucoup d'autres. Arrêtez, ô vous qui avez ce livre funeste entre les mains ! Prêt à le lire et à l'ouvrir, arrêtez ! Si vous êtes resté jusqu'ici innocent, vous allez cesser de l'être. Si vous vous êtes déjà rendu coupable, vous allez vous enfoncer dans la perclition, commencer votre corruption, élever un puissant obstacle contre votre retour à la vertu.

Les ouvrages opposés à notre sainte religion, soit des incrédules contre le christianisme , soit des hérétiques contre l'Eglise, sont de même défendus, mais non pas aussi absolument, aussi indéfiniment. Celte interdiction souffre des exceptions, et il en est de deux espèces : les unes générales, introduites par l'Eglise en faveur de certaines classes d'ecclésiastiques ; les autres particulières, qui sont des permissions accordées par les supérieurs à des individus. Mais nul ecclésiastique, et môme nul laïque ne peut se permettre ces sortes de lectures. Aucun ne doit s'y ingérer sans y être autorisé de l'une de ces deux manières. Une autre condition nécessaire pour lire légitimement les ouvrages irréligieux est l'intention qu'on y apporte. Ce doit être dans la vue de les ré-

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fuler, d'en connaître et d'en faire connaître nu\ autres le vice et la faiblesse. Les bons soldats de Jésus-Christ ne connaissent ses ennemis que pour les combattre. Enfin un dernier devoir de ceux à qui la lecture de ces livres est permise, est de n'y procéder qu'avec une prudente circonspection, en demandant à Dieu la grâce de n'en être pas corrompus, et en travaillant à ne pas Têtre. Combien de malheureux, en sondant imprudemment cet abîme , y sont tombés I combien de téméraires ont péri dans ce combat, pour ne s'être pas suffisamment armés I Voyez que de précautions emploient ceux qui, des poisons, composent les remèdes, afin de n'en être pas infectés.^

Les ouvrages profanes d'histoire ou de littérature, qui ne sont souillés ni d'obscénités ni d'irréligion, non-seulement ne sont pas interdits aux ecclésiastiques, mais peuvent leur devenir utiles. Salomon décore avec Tor des nations le temple du Seigneur, et Judas Machabée y suspend les dépouilles des infidèles vaincus. L'histoire civile des empires a un rapport intime avec l'histoire sacrée de la religion. Elles traversent ensemble, et en se touchant sur tous les points, rétendue des siècles. On ne peut posséder I une pleinement, si on n'est pas instruit de l'autre. II est aussi très-utile au ministre de la parole sainte d'être versé dans la littérature même profane. Ce fut dans les grands modèles de la Grèce et de Rome que nos savants docteurs, les Cvprien, les Ambroise, les Basile , les Grégoire de Nazianze , les Chrysostome, les Augustin, les Léon et tant d'autres puisèrent Fart de composer ces pieuses et éloquentes homélies écoutées de leur temps avec transport, lues avec admiration des siècles qui les ont suivis. Sur les traces de ces grands personnages, que le prêtre descende dans ces mines fécondes; qu'il s'enrichisse des trésors qu'elles renferment pour venir ensuite les répandre. Mais en se charjjeant de ces précieuses richesses. Jeux considérations doivent se tixer dans son esprit. D'abord ce n'est pas pour luimême, pour paraître avec éclat dans le monde, qu'il les amasse. Qu'il laisse cette futile vanité aux élégants du siècle. Tout ce qu'il a acquis, il le redoit à l'Eglise ; ce n'est que pour elle qu'il a dû thésauriser. Sa richesse était profane ; l'emploi doit la rendre religieuse. En lui appartenant, elle est devenue sacrée. Le prêtre doit considérer de plus que ses acquisitions littéraires, quelque abondantes qu'elles puissent être, ne sont pas sa véritable fortune. Que penserait-il d'un propriétaire qui regarderait comme sa principale possession les fleurs qui parent son jardin, de préférence aux moissons qui remplissent ses greniers? Non-seulement l'ecclésiastique ne doit pas cultiver les lettres au préjudice de la science propre à son état; il ne doit les cultiver que relativement à cette science, que pour lui servir, l'orner et l'embellir, pour la rendre agréable, pour la fdre recevoir et goûter. La littérature est aux connaissances ecclésiastiques ce que le

vernis est aux couleurs ; il ne sert qu'à les relever et à leur donner de l'éclat. En faire Tobjet capital de ses occupations, c'est préférer la forme au fonds; c'est sacrifier le principal à l'accessoire ; c'est abandonner le nécessaire pour courir après l'agréable. Estime-t-on l'architecte qui, s'occupant uni-

auement de la décoration, néglige la soÛité ? Fait-on cas des haillons qui sont chargés d'une riche broderie ?

Des études ecclésiastiques, les seules absolument nécessaires aux prêtres, la plus nécessaire, sans aucune comparaison, est celle de l'Ecriture sainte. Elle est le trésor où sont renfermées tous les trésors de la science céleste , la source d'où découlent avec abondance toutes les sciences ecclésiastiques, le fondement le plus solide, le seul solide de l'instruction cnrétienne. Ne vous contentex vas^ dirons-nous avec Jésus-Christ, de lire lei saintes Ecritures , approfondissex-les, ( Joan. V, 39. ) C'est là que vous trouverez tout ce qiii vous est nécessaire, et pour vous et pour les autres. Ce sont les livres saints qui forment les saints. Quand nous prions, nous parlons à Dieu, quand nous lisons ses sacrés oracles, c'est lui qui nous parle. Cette parole admirable se met à la portée de tous les esprits. L'homme peu instruit y goûte sa simplicité ; le savant en admire la vaste profondeur. Elle estf nous dit son plus illustre ministre, vivante et efficace^ elle perce plus qu'un glaive à deux tranchants^ elle entre et

?énitre jusque dans les replis de Pâme et de esprit j jusque dans les jointures et dans Us moelles ; elle démêle les pensées et les mouvements du cœur. ( Uebr. iv, 12. ) Etudiez l'Ecriture, son enseignement fixera votre foi ; étudiez l'Ecriture, ses maximes vous inspireront la piété ; étudiez l'Ecriture, ses préceptes vous feront pratiquer les bonnes œuvres ; étudiez l'Ecriture, ses règles réprimeront vos passions, ses principes vous fortifieront contre les tentations, ses promesses encourageront vos efforts, ses menaces vous préserveront du péché. C'est dans l'Ecriture que l'Eglise puise les dogmes qu elle définit, la morale qu'elle enseigne, le culte qu'elle prescrit, la discipline qu'elle règle. C'est dans l'Ecriture que le pasteur trouvera tous les renseignements, toutes les exhortations, tous les encouragements, toutes les réprimandes qu'il doit à son peuple. ( // Tim. m, 16. ) Nourries, pénétrées, soutenues, animées du suc des livres saints, ses instructions seront pleines de la solidité qui persuade, de l'onction qui touche, de la force qui entraîne. Dénuées de cette substance qui leur est nécessaire, elles ne sont plus qu'un vain son qui frappera agréablement, peut-être, mais inutilement les airs.

A l'étude des saintes Ecritures, il convient d'ajouter celle de la tradition qui les commente, qui les explique, les développe, en fixe le sens, en applique les principes, en déduit les conséquences. Les écrits des saints Pères offreiU une vaste et utile matière aux lectures et aux méditations de l'ecclésiastique ; il y verra traitées avec étendue et pro-

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DASCETISME.

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fondeur tous les points de la doctrine et de Ja raorale chrétienne. Il y admirera les modèles de l'éloquence chrétienne, il y trouvera des préceptes et des exemples de tout te mril doit être et de tout ce qu il doit faire. 11 s'y formera aux fonctions qu'il est chargé d'exercer ; mais il ne faut pas qu'il se perde dans l'étude beaucoup trop étendue pour un seul esprit de tous les volumineux écrits de nos saints docteurs. Il doit y rechercher, en choisir, en méditer ce qui est particulièrement utile pour régler sa conduite, ce qui est spécialement adapté aux sujets qu'il doit traiter. Il en est de même des saints canons. De l'immense collection des conciles, il doit extraire ce oui pourra servir à diriger sa vie privée et publique, ses actions personnelles et son ministère. Ceux qui creusent les entrailles de la terre n'en retirent pas indistinctement tout ce qu'elles renferment. Ils se contentent de recnercher, de séparer et de rapporter les métaux utiles à nos usages. Il faut enfin étudier les ouvrages des théologiens, et surtout ceux des moralistes, en choisis* sant les plus estimés et les plus exacts, et lire les exhortations des prédicateurs les plus solides et les plus éloquents, pour y

{miser la manière de présenter avec succès a parole sainte.

Pour acquérir la science, l'étude est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Dieu n'accorde les connaissances ecclésiastiques qu'à l'application ; mais c'est lui qui les accorde. C'est de ce soleil de vérité qu'émanent toutes les clartés. C'est de l'auteur de tout don parfait, du Père des lumières, que descendent toutes celles que nous pouvons avoir. {Jàc. i, 17.) Pour les acquérir, il faut les obtenir de lui. Pénétré de cette essentielle vérité, son ministre aux travaux assidus joindra des prières ferventes. 11 ne commencera aucune étude qu'après en avoir imf)loré le succès. Le Docteur angélîque, dont es écrits si nombreux, si érudits, si profonds, sont la lumière de l'Eglise, reconnaissait avoir acquis plus de connaissances auprès du crucifix que dans ses livres. Le Docteur des nations déclare qu'i7 ti'o pas d'autre science que Jésus crucifié. (/ Cor. ii, 2). Ainsi le prêtre, s'il plaît à Dieu de bénir son travail, lui en rapportera toute la gloire, et se gardera bien de s'en attribuer le succès. 11 se regardera comme le manœuvre qui plante et qui arrose, mais qui est incapable de donner l'accroissement. Hélas! telle est la malheureuse corruption de notre esprit, il n'y a aucun bien dont nous n'abusions, et dont nous n'ayons le funeste talent de nous faire un mal. La science, si nécessaire aux ecclésiastiques, si importante pour leur ministère, devient elle-même, pour beaucoup d'entre eux, un piège et une cause de ruine. Le grand Apôtre le déplorait déjà de son temps : la science enfle le cœur. [1 Cor. viu, 1.) C'est la vanité qui a'abord la fait acquérir, et qui s'accroît ensuite de ce qu'elle l'a acquise. Ainsi, en travaillant à sauver les autres, le prôtre travaille à sa propre perte. (/ Cor. ix, 27.^ En creusant les fondements de l'édifice

Dictionnaire d'Asc^:tisme. IL

qu'il doit élever, il s'y enterre lui-même*

Qu'ils reconnaissent donc leur erreur et leur faute les ecclésiastiques, malheureusement trop nombreux, qui se croient dispensés de toute étude, lorsque, sortis des saintes retraites où on instruisait leur jeunesse, ils commencent à être admis dans le saint ministère, mettant ainsi un terme à leurs travaux, au moment où ils leur sont devenus le plus nécessaires. Que penseraient-ils d'un jugfe qui regarderait comme inutile l'étude des lois, parce qu'il siège Sur le tribunal pour en être l'organe ? N'ayant plus de compte à rendre de leur application et de leurs progrès à des supérieurs, ils comptcFit pour rien, et l'opinion de leurs inférieurs oui blâment leur oisiveté, et le jugement de Dieu qui les punira. Ces premières études, trop courtes, trop légères pour les instruire à rond, ne sont que la préparation à des études plus profondes et plus continuelles. Ce qu'ils ont dû principalement y apprendre, c'est la nécessité et la manière d'apprendi*e.

Et quels sont donc les motifs qui les détournent de ce devoir si important et si sa^ cré? On allèçue le défaut de temps absorbé par ses fonctions. Qu'il emploie à l'étude le temps qu'il perd dans des frivolités, et il en trouvera abondamment.

Etaient-ils donc moins occupés que lui, ces grands docteurs, les Augustin, les Chrysostome, les Athanase, les Grégoire, qui, au milieu des fonctions multipliées de leur é,piscopat, trouvaient le temps de composer leurs nombreux et savants écrits? Un autre prétend avoir besoin de récréation à la suite de ses occupations ministérielles. Oui, sans doute, elle est nécessaire, mais c'est au laborieux, et non à l'oisif. Pour jouir du repos, il faut en avoir acquis le droit par le travail. Pour le prôtre vertueux, la variété même des occupations en est le délassement. L'étude repose le corps du travail des fonctions, et les fonctions remettent l'esprit des fatigues de l'étude. Celui-là se rejette sur son incapacité qui est, au contraire, une raison de plus pour qu'il la répare par une application continuelle. Cet autre se plaint du défaut de livres que la modicité de son revenu ne lui permet pas d'acquérir : comme si la multiplicité des livres était nécessaire. Celui qui possède l'amour de l'étude trouve toujours, dans le plus minro revenu, le moyen de le satisfaire; et, au défaut de moyens personnels, il sait emprunter les livres qui lui manquent. Pour sentir la futilité et la nullité de tous ces prétextes, il n'y a qu'à considérer quels sont ceux qui les proposent. Les entend-on sortir de la boucne des pasteurs édifiants, zéiés, objets du respect de leurs peuples, modèles de leurs confrères? Non, vous ne les entendrez mettre en avant qu'aux ministres mondains, étrangers à l'esprit de leur état, dénués de

Çiété, indifférents au bien de leurs paroisses, elle est, et l'expérience constante le démontre, l'association des vices ; le désœuvrement et la dissipation, la paresse et l'oubli des der

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DICnONNAlHË

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voirs, rignorancô et le scandale marchent 4oujours ensemble.

SCOUVILLE (Philippe), Jésuite, né à Champion, dans le duché de Luxembourg, en 1622, se dévoua entièrement à l'instruction des peuples de cette province. 11 était doué, à un ciegré supérieur, des lumières, du zèle, de Tabnégation et de la mortification nécessaires à cette importante fonction.

Aussi obtint-il des succès immenses. Il mourut le 17 novembre 1701, après des fatigues et des* peines incroyables. 11 a laissé : 1" Un Catéchisme en allemand, 7 vol. in-8-; — 2" Sancta sanctorum sancte tractanda. La Vie de ce zélé religieux a été publiée en 1703, Cologne, in-^".

SCKIBANI (Charles), Jésuite, né à Bruxelles en 1561, mort en 1629, fut professeur, puis recteur de Bruxelles et d'Anvers, et enfin provincial de Flandre. Plusieurs princes, et entre autres Henri IV, Ferdinand II et Philippe IV, lui donnèrent des marques de leur estime. Outre plusieurs livres distingués de controverse et d'histoire, il a laissé les ouvrages ascétiques suivants : 1* Meditationes sacrœy 1615, 2 vol. in 8'; — 2" Medicus religiosus^ 1619, où il est traité des maladies de l'àme ^t de leur çuérison; — 3* Superior religiosus^ 1619, in-12; — 4.* Cœnobiarcha^ i62'», in-8-.

SCRUPULE. — Scrupule vient du mot latin »crupif lequel désigne les petites pierres qui fatiguent parfois les pieds du voyageur, ot lui rendent la route ennuyeuse et désagréable. On appelle en général scrupule cet acte de notre esprit, qui, sur de*^ motifs légers et dénués de tout fondement raisonnable, considère comme péché ce qui n'en est pas un, ou comme péché mortel celui qui n'est que véniel ; par exemple, si quelqu'un vient, en marchant, à fouler aux pieds une fîroix tracée par hasard sur le sol par de petits morceaux de bois, et qu'il s'im&gine ain:>i avoir manqué de respect envers Jésus crucifié. Mais cet acte, à parler justement, est plutôt un jugement erroné qu'un véritable scrupule. Au contraire, il y a réellement scrupule* si quelqu'un, foulant aux pieds une croix de cette nature, s'imagine tantôt avoir péché, tantôt n'avoir commis aucune faute, î't demeure ainsi dans un état bien pénible (le trouble et d'anxiété intérieure. C'est jiourquoi saint Antoine définit le scrupule une sorte d'hésitation mêlée de crainte, provenant de conjectures faibles et incertaines. On voit par la en quoi consiste une conscience scrupuleuse f et quel est l'homme véritablement scrupuleux. Car c'est une grave erreur que d'appeler scrupuleux celui qui, inquiet sur son salut et guidé par un amour ûlial pour son Dieu, scrute toutes ses œuvres {Job ix), dans la crainte d'offenser Dieu en quelque chose. Un tel homme doit être appelé, non scrupuleux^ mais timoré.

Valentia (t. II, d. 2, q. 14) divise le scrupule en rationnel et irrationnel. Le scrupule

est rationnel quand il est causé par un motil réel d'incertitude, qui permet bien d'agir prudemment, mais n'ôte pas une certaine crainte prudente. Tels sont les actes réguliers de prudence qui, fondés sur une opinion et n'étant que probables, ne laissent, après mûre rétlexion, aucune plus grande prohabilité; l'esprit, en les considérant comme permis, ne peut toutefois se défendre d'une certaine crainte d'erreur, forcé qu'il est de se dire à lui-même, peut -être que je me trompe (52). Le scrupule est irrationnel^ quand on manque tie motifs, non seulement pour suspendre ou refuser son assentiment, mais môme pour craindre prudemment. Ainsi le doute ou la crainte oans les choses de foi, qui sont d'une certitude complète, et dans les choses moralement certaines, constitue un scrupule irrationnel.

Les scrupules portent , ou sur la vie pasêécy par exemple, si l'on s'est bien confessé, si l'on avait tien fait son examen de conscience, si Ton a omis cpielques circonstances dans la confession, si les anciennes confessions ont été bonnes, si l'on a eu suffisamment de contrition et de ferme propos au moment de l'absolution, si l'on a confessé tous ses péchés , etc. ; — ou sur la vie présente : dans ce cas ils consistent surtout dans la pensée qu'on est en péché mortel, ou qu'on agit avec la conscience du néehé mortel, par exemple, quand le hasard offre aux regards quelque objet honteux qui excite au mal ; de môme l'incertitude, si Von y a consenti, si l'on s'est arrêté avec plaisir à des pensées honteuses, si l'on a été pour le prochain l'occasion de quelque dommage spirituel ou temporel, si des actions indifférentes ne sont )as des péchés, si Ton est bien baptisé^ si 'on est excommunié, si Ton est en état de grâce , si l'on satisfait aux préceptes de l'Eglise, tels que le jeûne, l'audition de la messe, la récitation des heures canoniques ; si l'on administre ou si l'on reçoit convenablement les sacrements, etc.

L'expérience nous prouve que les scrupules donnent lieu d'ordinaire à beaucoup de maux et d'inconvénients. 1* Ils détruisent la paix et la tranquillité de l'Ame. 2" Ils torturent l'esprit et le rendent souvent incapable de remplir les devoirs de la piété chrétienne. 3' Ils sont cause que nous éprouvons des sentiments moins justes de la bonté de Dieu. 4.° Enfin ils occasionnent souvent de graves maladies corporelles, et font tomber quelquefois le scrupuleux dans la folie ou le désespoir.

Avant de parler des causes de scrupule, remarquons que nous entendons ici, non une cause phjrsique qui nous pousse inévitablement, mais la cause morale et occasionnelle. Car personne, à proprement parler, n'est entraîné vers le mal. Les causes des scrupules sont intrinsèques ou extrinsèques du côté de l'dme. Les premières sont : 1° l'ignorance, qui empêche l'homme de discerner la teu-

(52) Il est entendu que ce scmpule raisonnable, guérir par un simple principe réflexe dans ropinioa in eoêu opimonis iolum probabilh pro praxi, peut se des probabilistes du moins.

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latioD du consentement ; 2* Torgueil secret et l'opiniâtreté du jugement; 3** la trop ffrande appréhension de la justice divine et le peu de cçnfiance en sa miséricorde ; k° le soin excessif de fuir toute apparence de péché et d'acquérir une certitude complète si telle chose est ou n'est pas un péché; 5" l'austérité poussée troj) loin à la misanthropie. Les causes extrinsèques du côté de lame sont : 1* la permission de Dieu, qui permet le scrupule dans les justes^ afin de les purifier par des châtiments spirituels et de les faire ainsi avancer de plus en plus dans la voie du salut; dans les tièdes, afin de leur inspirer la résolution de remplir avec plus de lerveur les devoirs de la piété chrétienne; dans les pénitents, aïin de leur faire expier leurs pécnés passés ; or, on reconnaît que les scrupules viennent de Dieu, quand ceux qui en sont agités deviennent meilleurs, 2' La tentation du démon, qui, dit saint Antoine, avec la permission' de Dieu, peut exciter dans Vhomme des idées noires, qui induisent Cimagination en erreur, ou la troublent par des craintes exagérées. Les scrupules viennent du démon, quand celui qui en est atteint tombe dans la tiédeur, perd le goût de la vertu, et surtout sent naître en lui des sentiments de désespoir au sujet de son salut. 3* La conversation fréquente avec les scrupuleux, surtout si l'on se conforme à leurs conseils, et si l'un s'entretient fréquemment avec eux des choses qui ont rapport à l'âme ou au sacrement de pénitence, i" La lecture des livres trop sévères qui prescrivent des règles de conduite au-dessus delà condition humaine, comme le remarque saint Ambroise (m Ps. cxvni). Car peu à peu et sans nous en apercevoir, nous finissons par partager les opinions que nous étudions.

Les causes ^ut proviennent du corps sont : !• une romplexion froide, mélancolique et hypochondriaque; 2" la faiblesse de la tête. Par là nous pouvons reconnaître ceux qui sont réellement scrupuleux. Les signes auxquels on les distingue sont : 1- l'opiniâtreté de jugement ; 2° le fréquent changement d'opinion pour de légers motifs, et l'inconstance et le trouble dans les actions; 3** la crainte du péché, môme dans les bonnes actions ; k" les mouvements et les gestes ridicules ; 5" une crainte perpétuelle d'avoir inal fait sa confession.

Le remède général contre les scrupules irrationnels est de les mépriser.

1* On le prouve par l'Ecriture sainte. Les Juifs, par scrupule fOur les observances légales» aimèrent mieux se laisser tuer par leurs ennemis que de se défendre. [IMach. XI, 38); mais le pontife Mathalhias leur fit connaître que non-seulement ils n'y étaient pas obligés, mais qu'ils agiraient mieux en méprisant ces vains scruj)ules et en combattant pour se défendre. (/6td.,4.1.)Tels étaient encore ces fidèles scrupuleux, qui n'osaient manger des viandes offertes aux idoles.

/ Cor. >m.) L'Apôtre décida sur ce point ru'à moins de scandale, il fallait mépriser

f qu

cette crainte comme un scrupule et ne se point lier la conscience. Il en dit autant do ceux qui n'osaient manger des viandes interdites par la Loi. {Rom, xiv.) L'Ecriture dit encore : Que la vérité précède toutes ViS œuvres et qu'un conseil stable règle auparavant tout ce qu^e vous faites. (Eccli. xxxvu, 20.) Or, le scrupule n'est pas une parole véritable de res[)rit, mais une parole trompeuse; ni un conseil stable, mais un conseil inconsistant : donc il faut le mépriser.

2° Les saints Pères, comme le remarque Rossignol, ont à peine fait mention des scrupules, sans doute parce qu'autrefois la i)énitence satisfactoire était plus sévère; cette pénitence avant été mitigée depuis, notre ennemi est devenu plus audacieux à inquiéter les consciences par les scrupules. Au reste, ils nous ont excités à les méj;riser, sous les noms de pusillanimité, d'inquiétude de conscience, de tentations et d'aridités.

S** Innocent III (c. Per tuas, 35, De Simon.), à propos d'un moine craignant d'exercer un ordre inférieur qu'il avait reçu de passer dans un ordre supérieur, parce qu'il soup-

Sonnait de simonie l'évoque qui l^avait oronné, le regarde comme ayant une conscience trop scrupuleuse, et déclare qu'il peut et même qu'il doit mépriser ce scrupule erroné.

4- La raison nous le montre aussi. C'est une folie de chercher dans les choses morales une certitude mathématique jusqu'à l'extinction de toute crainte : Dieu ne l'exige pas de nous, et n'a pas même | remis de l'accorder à ceux qui lui en feraient la demande. D'ailleurs on ne peut toujours l'avoir; car, dit saint Thomas (2-2, q. kl, a. 3, ad 3) : a La raison humaine ne peut comprendre l'infinité de chaque chose ; c'est ce qui rend nos jugements incertains. » Ensuite le scrupuleux recherche cette certitude j lus par amour-propre que par l'amour de Dieu; il s'oppose en cela aux intentions de la divine Providence qui, pour nous retenir dans l'humilité, veut nous laisser ainsi entourés d'incertitudes, aimant mieux que nous cherchions à lui plaire que de chercher à le savoir, ainsi que le remarque saint Bonaventure (i, d. 17, p. 1, q. 1, a. 3, ad 3) : « 11 est nécessaire, pour le salut, non de savoir qu on a la charité, mais de l'avoir. » 11 faut donc mépriser le scrupule irrationnel ainsi que la crainte qui l'accompagne, de manière cependant à conserver assez de liberté de conscience pour discerner sagement quand il n'y a aucun péché, ni aucun soupçon de péché. « Puisque les préce[)tes de Dieu et de l'Eglise, dit saint Antoine (p. i Sum., t. III, c. 10, § 10), n'ont pas pour but d'enlever toute douceur spirituelle, ce que font ceux qui les observent avec trop de scru-

fmle et de timidité;. . . puisque ni Dieu ni 'Eglise n'entend obliger personne à ses préceptes jusqu'au point d'en perdre la raison; ces préceptes n'obligent donc jamais au temps et au lieu où leur observation deviendrait ridicule, du moins aux yeux des gens sages et vertueux. »

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Les scrupuleux qui, par la crainte de Dieu, sont dans la ferme résolution de ne jamais commettre sciemment une faute grave, et qui néanmoins se tourmentent sur la manière dont ils remplissent leurs obligations, trouveront quelque utilité dans les considérations suivantes. 1" Ceux qui sont tourmentés par des scrupules dans la célébration ou l'audition de la Messe, dans la récitation des Heures canoniques, dans la prononciation des paroles de la consécration ou dans l'administration des sacrements, et qui, pour se rassurer de plus en plus, répètent plusieurs fois ces mêmes paroles, doivent se rappeler cette pensée de Gerson à leur sujet (be remed, pusill.) : « Il peut arriver qu'à force de recommencer la môme chose, on en prenne du désoût et qu'on finisse par s'en acquitter avec plus de négligence que la première fois. » 2* Ceux qui sont scrupuleux sur le sacrement de Pénitence, par rapport à la douleur, ^u ferme propos et à la confession, doivent se carder de faire trop souvent des confessions générales ou particulières. Qu'ils s'habituent plutôt à se confier dans la miséricorde de Dieu qui a institué ce sacrement non pour en faire la torture des consciences, mais une piscine de purification comme celte de Siloé. 3** Que ceux qui ont des scrupules h propos de tentations impures, de blasphèmes, de fautes contre la foi, etc., écoutent -ces paroles de saint Bonaventure : « Les tentations contre la foi, les blasphèmes contre l'esprit, et les autres fautes semblables, nous ne pouvons ni les fuir ni les vaincre en les repoussant. Car plus nous nous indignons contre nous-mêmes et nous luttons avec elles, plus leur fureur s'accroît et s'allume. Il ne faut ni s'en inquiéter ni les craindre. Il suffit de n'y point consentir et de supporter patiemment leur poursuite, qu on ne peut autrement empêcher, comme une sorte de murmure diabolique. » (L. i Ih prof, rel,^ c. 2.) 4" Ceux qui sont tourmentés sur leur état de grâce, sur leur prédestination, doivent marcher avec une confiance filiale dans la voie des commandements de Dieu, avec d'autant plus de sécurité, Îfu'ils méprisent plus librement ces craintes rivoles, selon Tavis de Gerson : « Il survient parfois un mouvement de désespoir salutaire, alors que, considérant combien est vaine Tespérance de l'homme, on se jette en Dieu seul, et on demeure finalement et principalement attaché à lui seul. » (L. De mendie, spir.^ p. i.)

Le second remède contre le scrupule est la prièrcy soit de la part du directeur, selon cette parole de Jésus-Christ à ses apôtres à propos d'un lunatique, figure du scrupuleux : Cette sorte de démon ne se chasse que par la

tmère et le jeûne [Matth, xvn, 20) ; soit de a part du scrupuleux, selon cette parole de saint Pierre, sur le point d'être englouti dans les flots : Seigneur^ sauvez-moi, (Matth. XIV, 30.) La tempête et la crainte qui faisaient croire aux disciples, à la vue de Jésus-Christ marchant sur la mer, que c'était un fantôme, peuvent encore figurer

les scrupuleux; qu'ils prennent bien garde qu'on ne puisse leur appliquer ces paroles : Ils n'ont pas invoqué Dieu, ils ont tremble d'effroi^ là où il ny avait aucun lieu de crainte. {Ps, XIII, 5.)

Bien que les scrupuleux, abandonnés h eux-mêmes, ne puissent guère faire usage de ce remède de la prière, on peut cependant facilement les instruire à passer du déses-

f)oir à l'espérance et à recourir à Dieu, à 'exemple Je ceux qui sont en péril de mort ou sur le point de faire naufrage. H leur suffira donc de se tourner vers Dieu par des oraisons jaculatoires, surtout s'ils ont soin d'v ajouter une invocation h la sainte Vierge» à leurs saints Patrons et aux autres maints qui, dans leur vie, ont été éprouvés par des scrupules.

Le troisième remède est la mortification^ comme le prouve le texte de saint Matthieu (xvii) cité plus haut, où, sous le nom de leûne, sont désignées toutes les afflictions et les mortifications intérieures et extérieures de la chair. Cette mortification doit venir de la part du directeur, afin qu'il se prépare k obtenir de Dieu la grâce signalée ci'un heureux succès dans une cure si difficile; et à plus forte raison de la part du scrupuleux, afin qu'il coopèie par tous les moyens qui sont en son pouvoir.

Dans la mortification extérieure et l'affliction de la chair, il faut observer, à l'égard du scrupuleux, beaucoup de modération et de discernement, soit pour ne pas ajouter une nouvelle affliction a celle qu'il a déjà, soit pour ne pas augmenter ses scrupules et le rendre pusillanime en afiaiblissant ses forces et sa tête par une extiessive austérité. Il faut prendre garde toutefois de tomber sous ce prétexte dans un autre excès, ce rejetant avec répugnance toute mortification et en vivant avec mollesse. Car, de cette manière, on se mettrait en contradiction avec le but de purification que Dieu recherche par cette épreuve ; et souvent c'est ainsi que Dieu punit la mollesse, afin que celui qui néglige la croix de la mortification ait à porter la croix plus douloureuse des scrupules. Le quatrième remède est la pureté de con^ science : il consiste à la purifier et à la conserver pure de tout péché et de toute apparence de péché. En efl'et, la sagesse n entrera point dans une âme maligne^ et elle n'habitera point dans un corps assujetti au péché. (Sap. I, k.) 11 s'agit ici, selon l'observation de Corneille Lapierre, de la sagesse pratique» c'est-à-dire de la manière d'agir sagement selon la volonté de Dieu : le scrupuleux en a surtout besoin et en est souvent très-justement privé, au point que, pour n'avoir pas voulu être fidèle à Dieu dans les choses

au'il connaît bien, bientôt il lui déplaît par es fautes vénielles et par une tiédeur coupable; parfois même il péchera mortellement et dévoré d'inquiétudes, ne trouvera le repos ni en Dieu ni dans les créatures. Précisément parce qu'il est conduit unique ment par une crainte servile, souvent il tombe dans une crainte exagérée du péché

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oiortely même dans les circonstance; qui ne lui en devraient inspirer aucune. La cause en est qu'il craint seulement ce qui l'oblige sous peine de grave péché, et ne veut pas ftire libéral avec Dieu ens'efforçant demi plaire dans les plus petites choses et dans celles qui ne sont pas d*obIigation.

Les moyens les plus utiles pour obtenir et conserver cette pureté de conscience sont : !• un examen de chaque jour, particulier et général. Les scrupuleux doivent le faire rapidement quant aux péchés, et jeter seulement d'abord un coup d'œil sur leurs actions défectueuses pour reconnaître si la faute est certaine ou douteuse; ensuite, s'y arrêter avec douleur et ferme propos , d'après des motifs universels, mais seulement d une manière simple et directe. 2* Une confession et une communion chaoue semaine : Texamen de chaque jour suffira pour fournir la matière de cette confession, qui doit être courte. 3" Pour la confession générale, elle ne doit être permise qu'une seule fois ; dans ce cas, le confesseur doit plutôt interroger qu'écouter, et surtout ne pas la laisser faire par écrit, s'il voit que l'œuvre du pénitent est un vrai cahos. 4° Dans la confession générale, comme dans les fréquentes confessions particulières, le confesseur ne doit souffrir aucune répétition quand la conscience du pénitent lui est suffisamment connue, à moins de choses tout à fait graves et qui n'aient point encore été confessées. Selon le P. Godinez {Praxis TheoL myst,^ l. I, c. 10) : <r Quand le confesseur a reconnu que ces personnes ne sont pas en état de péché mortel, il doit les obliger à recevoir

Juelquefois la sainte Eucharistie sans avoir té aosous, parce que le très-saint Sacrement possède une vertu spéciale pour rendre la paix aux âmes éprouvées. Et quand le confesseur sait avec certitude que la pureté habituelle de Tâme exclut toute faute mortelle, il peut prescrire, parmi les péchés véniels que commet le pénitent, ceux dont il doit s'accuser : cela suffit pour l'absolution et pour recevoir la grâce sacramentelle ; au lieu que la méthode qu'on suit trop souvent est un labyrinthe inextricable. »

Le cinquième remède consiste, pour le scrupuleux, à s'en rapporter en toute chose, non à son propre jugement, mais au jugement du directeur; celui-ci doit être pris par obéissance ou choisi conformément au caractère du scrupuleux qu'il doit diriger. « Si je ne me trompe, dit Gerson {De Vit. êpir.y lect. 4-, coroll. 8), c'est le Sage luimôme qui nous l'ordonne : Ayez confiance en Dieu de tout votre cœur^ et ne vous appuyez point sur votre sagesse ; ne soyez point sage à vos propres yeux. {Prov.y m, 5-7.) Les scrupuleux doivent surtout se faire l'application de ces paroles, eux qui sont faibles d'esprit, et, comme des aveugles ou des petits enfants, ils ont besoin d un guide pour les diriger. » Qui vous écoute m'écoute^ dit saint Luc (x, 10) ; et saint Matthieu ( xxiii, 8) : Tout ce quHls vous diront (il parlait des scriLes et des pharisiens assis sur la chaire

de Moïse), faites-le. Les scrupuleux doivent, plus que tous les autres, observer ce précepte, en raison de leur incapacité à juger sagement. Saint Antoine, cité par Jean Ger son, le démontre en ces termes : « Ceux qui refusent de croire leurs supérieurs et les personnes prudentes qui leur conseillent de rejeter ces scrupules et d'agir en sens opposé, sont dans une profonde erreur. C'est là surtout la pierre d achoppement des simples qui ne savent distinguer, sans leurs supérieurs, si c'est la partie supérieure ou la partie inférieure de l'âme qui souffre. » { Tract, de Prœpar. ad miss.)

Il ne faut pas toutefois entendre par là que le scrupuleux ne puisse avoir un jugement propre de conscience ; il doit seulement le conformer au jugement de son dire.cteur et agir d'après ses décisions. S'il ne se regarde

f)as comme scrupuleux quand le directeur e lui a déclaré, il lui sera difficile de se laisser gouverner par lui comme tel. Il doit aussi recevoir du directeur des règles générales, souvent même par écrit, lesquelles puissent le diriger dans toutes ses actions. Quand il s'agit pour lui de faire choix d'un directeur, il doit, après avoir prié, choisir celui qu'il pense le meilleur pour lui; et alors il ne doit pas en changer facilement, ni aller d'un directeur à l'autre, ni s'inquiéter si celui que lui a prescrit son supérieur ou que lui a procure le hasard, est suffisamment capable, puisqu'il n'a pas la faculté d'en prendre un autre. Il doit avoir confiance en Dieu, car ce n'est pas lui qui peut suppléer à ce qui manque à son directeur.

Le sixième remède est que le scrupuleux, suivant les instructions de son directeur, s'arme de courage contre le scrupule ; qu'il le méprise, s'il ne consiste que dans une simple appréhension du péché ou dans un jugement objectif absolu, ou dans un jugement subjectif absolu, qui ne porte que sur le mode du péché ; ensuite, que le scrupule subsiste ou qu'il ait disparu, il doit toujours, d'une manière aveugle et en vertu d'un jugement absolu, persister à croire

3u'il n'a pas péché, fondé au moins sur k écision de son directeur; ou bien il doit rejeter le scrupule, s'il est devenu le résultat d'un jugement subjectivement absolu ou d'un doute proprement dit sur le péché luimême, toujours selon lavis du directeur... Et cela, le scrupuleux doit le faire en reje-^ tant immédiatement toutes ses premières, appréhensions, avec calme, ou, si le scrupule résiste à ses efforts, avec témérité. En eflfet, comme le reraaraue Cajétan, l'attention à éviter le scrupule engendre le scru-^ pule. Quant à la nécessité de rejeter le scrupule qui se transforme en doute, elle ^ésultc^ de ce que personne ne pourrait , dans l'hypothèse contraire , jamais s'arracher à unfr obligation provenant d'une conscience erro-^ née, quoique scrupuleuse, puisqu'il ne peut jamais s'en aflTiranchir sans déposer son er-^ reur. Et la raison, c'est que si le jugement sur l'illicite d'une aciion est absolu, quoique? fondé sur un motif léger, il est touiours iik-

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compatible avec le jugement absolu de la conscience sur la licite de Taclion, ce qui, cependant, en morale est toujours nécessaire. Si, au contraire, le jugement n est pas absolu, mais fondé sur un simple peut-être^ il j a encore lieu à un jugement absolu de la conscience sur la licite de l'action, soit qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas à rencontre une cVainte d'agir.

Le scrupuleux, dans toutes les choses où il ne reconnaît pas un péché manifeste, doit obéir à son directeur. Et celui-ci doit le traiter tantôt avec douceur, tantôt avec sévérité; tantôt en Tentendant, tantôt en le renvoyant sans l'entendre; tantôt en lui donnant des raisons, tantôt en résolvant simplement ses doutes ; tantôt en lui donnant des avis, tantôt en ne le faisant pas, selon la diversité des circonstances, mais toujours avec la tendresse d'une mère pour un fils égaré.

Le septième remède contre le scrupule se trouve prescrit par saint Antonin (p. i Summ.y c. 3), qui donna, pour la mitigation dos bcrapules, sept règles d'énikie, ou d'interprétation des termes de la Loi selon l'équité, d'après l'intention du législateur , savoir : 1** toutes conditions égales, entre le parti sévère et le parti de Tindulgence , il faut choisir le dernier ; 2" personne n'étant tenu à l'impossible, il faut en dire autant de ce qui est presque impossible ou qui ne peut se faire qu'avec les plus grandes difficultés ; 3^* on n'est pas obligé par les lois et les préc^îptes dont l'observance serait ridicule aux yeux des personnes sages et pieuses, pas plus que par un vœu dont l'accomplissement

Ï)résenterait les mômes difficultés ; 4° dans es cas douteux, on peut prendre pour exemple et pour règle la conduite des gens do bien , qu'on suppose devoir connaître ce qu'il faut faire et n'être pas arrêtés par des scrupules; 8" l'usage raisonnable interprète et même détruit la force de la loi , surtout de la loi positivement humaine ; G** à moins de faute gr^ve, on n'encourt pas l'excommunication, au moins dans le for intérieur; T on est légitimement dispensé de la loi, à raison d'un grave péril, lorsqu'il n'y a pas mépris de la loi.

Pour la juste application de ces règles, il faut remarquer : 1** Qu'il ne faut pas approuver ceux qui prétendent que les opinions peu sûres ou trop larges sont permises aux scrupuleux ; 2** le scrupuleux peut quelquefois être astreint à remplir un précepte ou à l'omettre, soit pour le premier cas par crainte d'un plus grand scrupule, soit pour le second, à cause du ridicule attaché à l'accomplissement ou parce qu'il lui ferait courir un danger très-grave. Ainsi saint Ignace avait prescrit à un scrupuleux de réciter les Heures canoniques pendant un temps déterminé par le clepsydre, et d'omettre ensuite tout ce qu'il n'aurait pas récité : il fut guéri par cette méthode ; 3° le scrupuleux, tourmenté par la crainte de consentir au péché, ne doit s'en défendre ni par geste, ni par parole, comme en secouant la tête, ou en disant : Je ne veux pas , etc. ; c'est ce qu'on appelle des

moyens étranges ; il doit rester calme et tran • quille, continuer ses occupations , ou s'il n'a fjen àfaire, penser à une chose indifférente, ainsi , par exemple , se mettre s'il veut û compter les carreaux de ses fenêtres, etc., et ne pas s'inquiéter de ce au'il aura à faire, si la tentation devient plus forte. Dans le cas toutefois où la violence de la tentation serait excessive, il peut avoir recours à des oraisons jaculatoires, telles que : Seigneur^ wnez à mon secours^ etc.

Tout ce aue nous avons dit jusqu'ici su» les scrupules se rapporte aux scrupide^t irrationnels; car il faut se garder de mépriser les scrupules, quand ils sont raisonnables.

On le prouve :

1° Par l'Ecriture sainte qui loue ceux qui ne veulent pas observer la loi de Dieu sans quelque sorte de scrupule. Heureux thomm^ qui craint le Seigneur et qui a une volonté ardente ^accomplir ses commandement$, {Ps, CXI, 1.) — fous avez ordonné que voi commandements soient gardés très-exactement. ( Ps, cxviii, 4. ) — Abstenez'vom rfe tout ce qui a quelque apparence de mal. (/7Ac55. v,21.)

2* Par les saints Pères. Saint Grégoire répond à saint Augustin, au sujet de certaines femmes timorées d'Angleterre, qui n'osaient pas s'approcher de la très-sainte Eucharistie au temps de leurs règles, qu'elles n'étaienl pas tenues de s'en abstenir , mais quen lo faisant par un sentiment respectueux^ elles méritaient d'être louées. De même Clément V (in Clem. Exivil) s'exprime ainsi sur quelques points douteux de la règle des Frères Mineurs : « La plupart du temps, lescons cicnces timorées craignent le péché là où fi jî'cxiste point , redoutant tout ce qui leur semble douteux dans la voie du Seigneur... Ils doivent, dans ce qui concerne le salut de l'âme, afin de s'éviter de vifs remords de conscience, choisir le parti le plus sûr. » Il enseigne donc qu'il ne faut pas mépriser les scrupules rationnels.

3" Par la raison. Comme les scrupules sont des aiguillons de conscience qui détournent du péché par des motifs tirés de la foi, des lois ou des inspirations divines, il faut bien se garder de les mépriser. En effet, dii saint Grégoire (1. xv Jfcfor., c. 25) : « Celui cjui, pour ne pas connaître la vérité, ferme 1 oreille à sa voix, ne l'ignore pas, mais la méprise. «Souvent la conscience scrupuleuse est large en même temps , ce qui est la source de grands daneers ; car en méprisant facilement les scrupules, on s'expose à mépriser également les péchés mortels ; et ceux qui sont ainsi scrupuleux, ressemblent aux scribes et aux pharisiens , qui passaient un moucheron et avalaient un chameau. (Matlh. xxni,2&^.] D'ailleurs, si l'on méprise indistinctement tous les scrupules, on court risque de confondre les scrupuleux avec les timorés , et la conscience délicate avec la conscience scrupuleuse ; de sorte qu'en voulant mépriser les scrupules, on mépriserait la perfection chrétienne qui consiste dans

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rexcès rationnel. Aussi c'est souvent à tort qu'on appelle scrupuleuses les personnes craignant et aimant véritablement Dieu, et s'etforçant, autant que possible, d'éviter les fautes vénielles et les imperfections. Car ce sont des âmes bonnes et timorées, qui suivent les insnirations de l'amour filial et d'une paisible sollicitude. Les scrupuleux au contraire sont toujours dans les ténèbres , en proie à Tamour-propre, à une crainte servile et à une inquiète pusillanimité ; tout en ne voulant éviter que le péché mortel, ils sont tourmentés par des scrupules qui n'ont d'autre efiTet sur ceux oui aspirent à la perfection que d'augmenter le plus souvent leurs mérites.

il résulte de tout cela : l*Que bien que l'usage de la confession générale engendre souvent de véritables scrupules qui doivent être méprisés comme tels , cependant cette confession, qu'on doit faire au moins une fois dans la jeunesse, non-seulement est souvent nécessaire, mais presque toujours utile pour apaiser les scrupules rationnels qu'il faut se garder de mépriser. Car la jeunesse se passe communémentaumilieu de péchés beaucoup moins excusables, que la vertu du sacrement peut à peine effacer. 2** Quoique la pratique fréquente des confessions particulières, la douleur et le ferme propos, suivis d'amélioration dans la conduite, Taveu sincîère de tous les péchés, le religieux accomplissement de la pénitence imposée, engendrent parfois des scrupules irrationnels qu'il faut mépriser, cependant les scrupules sur la négligence à fréquenter le sacrement de pénitence, la douleur et le propos non suivis d'amélioration, la confession faite sans un examen convenable , celle où le confesseur aurait omis d'adresser les questions nécessaires, la satisfaction accomplie avec négli- Î^ence, ou mal à propos imposée par le conesseur, toutes ces causes peuvent donner naissance à des scrupules rationnels qui ne sont pas à mépriser. 3" De même, quant à la célébration et à la réception du sacrement de l'Eucharistie, bien qu il faille mépriser les scrupules irrationnels qui nous détournent du pieux et fréquent usage de ce sacrement, il ne faut pas toutefois mépriser ceux qui nous rappeJIent qu'on doit s'approcher des saints mystères saintement et sans précipitation^ V De même il ne faut pas mépriser les scrupules qui nous excitent à remplir parfaitement les obligations de notre état, et à éviter les occasions de péché que nous y rencontrons le plus fréquemment : par exemple Kexaute récitation des Heures canoniques, la stricte observation des vœux religieux, le parfait accomplissement des préceptes de l'Eglise, la fuite des entretiens calomnieux et des sociétés dangereuses , etc. ; toutes choses qui fournissent souvent matière aux scru-;ules rationnels.

Pour savoir comment se conduire à l'égard des scrupules rationnels qu'il ne faut pas mé riser, il est utile de bien connaître les règles suivantes :

l** Quand il importe peu qu'une chose se

fasse dételle ou telle manière, si un scrupule trop subtil nous pousse de préférence, vers un parti quelconque, il faut le prendre sans aucune préoccupation ultérieure, sans même rechercner si ce parti semble le meilleur au premier aspect. Saint Thomas ( 1-2, q. 14, a. 4) en donne ainsi la raison : «Il importe peu qu'on agisse de telle ou telle manière : la différence entre les deux partis est minime et de peu d'importance pour ou contre la fin que Ton veut obtenir. La raison veut donc qu'on ne tienne aucun compte de cette différence. » Saint François de Sales (1. viiii>e am,j c. 14) tient le même langage.

2" Quand il s'agit d'une affaire de quelque importance, soit pour l'observation d'un précepte divin qui oblige dans les prescriptions les plus minutieuses, soit pour le progrès vers la perfection , alors il faut écouter le scrupule rationnel , jusqu'à ce qu'une consultation plus ou moins approfondie, selon la gravité de la matière, nous fasse suffisamment connaître ce qui nous oblige, ou du moins ce qui nous est utile. C'est encore l'avis de saint Thomas (/or. cit., art.. 1, 3) et de saint François de Sales. Il faut prendre conseil, dit ce dernier, du directeur de notre conscience, et même, si l'on veutf de deux ou trois personnes très-expérimentées dans les choses spirituelles. En effet, à moins d'avoir recours à cette consultation,, on se rend facilement coupable de mépriseç un scrupule qui ne devrait pas l'être ^ et on tombe dans uhe ignorance volontaire qui ne peut servir d'excuse.

3" Si, après cet examen, le scrupule persiste, et nous inspire même la crainte de^ nous tromper,^ on peut quelquefois passer outre, dans les choses où 1 on ne peut ontenit qu'une certitude conjecturale ou probable, ou dans celles où cette sorte de certitude a'est pas un obstacle à une sage résolution sur la licite de l'acte ; par exemple, quand il s'agit de l'état de grâce et des dispositions suffisantes pour la réception des sacrements,, dont une crainte d'erreur ne peut nous dispenser. Mais souvent on ne doit pas le mépriser, s'il importe d'ailleurs de faire ce que prescrit le scrupule, et s'il s'aeit non d'une chose obligatoire, mais d'une chose qui tend à la perfection et qui relève la dignité* du précepte. Bien plus , si le trouble de l'âme ou toute autre cause ne nous conseille pas le contraire, celui qui agit contre un pareil scrupule ne peut guère s'empêcher de commettre une faute vénielle ; par exemple , si un jour de jeûr e^ sans motifs on ne s'abstient pas de prendre du chocolat, malgré un scrupule rationnel qu'x)n ne devait pas mépriser.

4" Les scrupuleux auront moins de difficultés que les autres dans l'examen sur ce qu'il leur importe de faire, et agiront plus facilement et plus utilement, s'ils choisissent toujours le parti le plus utile à la perfection, selon celte parole de l'apôtre : Tout m'est permis, mais tout n'est pas avantageux. II Cor. X, 22.) Corneille de Lapier.-e cite à l'appui de cette opinion cette parole de Clé* ment d'Alexandrie (1. m Strom.}: < Ceux.

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qui font tout ce qui est permis finissent bientôt par Caire ce qui ne Test pas. » Saint Grégoire dit aussi (1. v Jlfor., c. 8) : « Celuilà seul ne tombe pas dans les choses défendues, qui parfois s'abstient avec sagesse des ch;ses permises. » Cette méthode ouvre donc une voie facile aux douteux et aux scrupuleux.

5** Les scrupuleux, aussi bien que les autres y quand il s*agit de faire un cnoix entre des opinions probables, doivent s'attacher à ce qui conduit le mieux à la perfection. Dans le doute^ il faut choisir le parti le plus sûr. Cet axiome doit surtout s'observer chez ceux qui désirent plaire uniquement à Dieu, comme au meilleur ami, au seigneurie plus généreux et à l'époux le plus digne d'amour. C*est ce qui a fait dire à saint Jean de la Croix: « Si quelqu'un s'efforçait de vous persuader une doctrine trop laree, ne le croyez pas, quand même vous le verriez prouver sa doctrine par des miracles ; croyez plutôt à la doctrine d'austérité , à la pénitence et au renoncement de toute chose. » {Sent, spir.j sent. 72.)

Que le directeur spirituel s'attache donc à consoler le scrupuleux , mais avec une grande discrétion , selon le conseil de Gerson. [De sollic. Eccl.^ part, xui, xiv, xv.) Qu'il ne soit pas comme un médecin ignorant, qui applique le même remède à toutes les maladies ; mais qu'il fasse bien attention aux circonstances, afin de pouvoir tantôt aîlirmer, tantôt nier pour de sérieuses raisons , bien qu'on n'aperçoive pas facilement le motif de celte différence : c'est ainsi que l'Evangile nous enseigne tantôt à manifester nos bonnes œuvres , tantôt à les tenir cachées. « Et comme il est très-rare de trouver des personnes aussi circonspectes , car il leur faut beaucoup de science et une lon-

Sue expérience, il n est pas utile de demaner indifféremment à tous un conseil sûr à propos de morale ; et de môme toute personne ne doit pas se croire en état de donner ce conseil, surtout quand on n'a pas une connaissance complète du cas dont il s'agit, avec toutes ses circonstances et sous sa forme véritable, p En outre, le directeur doit traiter le scrupuleux non-seulement avec bienveillance et charité, mais encore toujours avec une grande discrétion. De même que dans les scrupules irrationnels, il faut mépriser non la personne, mais le scrupule ; (le même dans les scrupules rationnels il doit porter un juste jugement sur ce qui est permis; selon Bellarmin : « Si quelqu'un veut mettre en sûreté l'affaire de son salut, il doit toujours rechercher la vérité certaine.... Et s'il ne peut obtenir une certitude évidente, il doit toujours suivre le parti le plus sûr. » {Appena. ad opusc. De princ. Christ,) Et ce n est pas seulement en cette matière qu'il faut user de discrétion à l'égard du scrupuleux, mais encore en beaucoup d'autres cas , avec le désir de hâter leurs progrès vers la perfection. Le directeur obtiendra ce résultat, s'il recherche a.vçc soin celui qui est véritablement scru-

puleux et celui qui ne Test pas, quels sont les vrais scrupules, et ceux qui n*en sent pas ; enfin si par force et par douceur il amène le scrupuleux à mépnser les subtilités, sans mépriser les péchés, quel qu'en soit le plus ou moins de gravité, afin que, jouissant de la paix du cœur, il s'élève de plus en plus vers la perfection.

Le scrupuleux è son tour goûtera de douces consolations, s'il les recherche auprès d'un excellent directeur, avec une humble docilité , un sérieux désir de se perfectionner et une vive confiance en Dieu. Or il doit rechercher cette consolation dans l'intention non de s'affranchir de la crainte, mais de la modérer en y mêlant l'espoir; non de mépriser tous les scrupules, mais de s'en faire un instrument de perfection; enfin moins ])ar une crainte excessive du péché

Sue par l'amour de Dieu et un plus vif désir e lui plaire. « Que les imparfaits ne craignent pas, dit saint Augustin, mais qu'ils se perfectionnent ; et parce que j"ai dil qu'ils ne craignent pas, il ne s'ensuit pas qu'ils doivent aimer l'imperfection et rester stationnaircs dans la voie du salut; non,- mais il faut qu'ils se perfectionnent autant qu'ils le peuvent. » {InPs, cxxxviii, 16.) S'ils n'agissent pas ainsi et s'ils ne veulent fuir que le péché mortel, en s'efforçant plus ou moins de mépriser les scrupules , ils ne font que se créer de plus en plus des scrupules rationnels. Rien ne les excuse d'un autre côté de chercher des directeurs qui ne s'inquiètent pas de les tirer de cet état dangereux. Sainte Thérèse se plaint de cette connivence des confesseurs médiocres : « Ils me disaient, écrit-elle , que ce qui était un péché véniel n'était pas un péché, et ils traitaient de véniel ce qui était un péché mortel. Cela m'a été si funeste, qu'il n est pas hors de propos d'en parler ici, pour engager les autres à se précautionner dans une affaire aussi grave. Car, aux yeux de Dieu , comme ie le vois bien, il n y avait aucune excuse. Il me suffisait qu'une chose fût naturellement mau« vaise, pour m'en abstenir. Je crois que Dieu avait permis en punition de mes pécliés que ces directeurs fussent séduits, et me séduisissent ensuite , pour qu'à mon tour, j'en pusse séduire beaucoup d'autres, en leur répétant ce qu'on me disait. » (c. 5 Vit.) Qu'il y ait ou non de notre faute, il n'est pas toujours au pouvoir du directeur de porter remède à nos scrupules; il ne faut pas alors nous décourager, mais supporter cette croix avec espoir et résignation , en expiation de nos péchés, jusqu'à ce que Dieu daigne venir à notre aide.

Voici du reste quelques règles qui serviront à éclairer le directeur dans la conduite des âmes scrupuleuses:

L La guérison des scrupuleux est extrêmement pénible et pleine de difficultés pour les médecins spirituels des âmes. Elle est pénible, car les scrupuleux sont toujours tourmentés par les mômes scrupules, et ne cessent d'en tourmenter leur directeur ; elle est difficile, parce que peu de scrupuleux

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