‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 68 sur 315 · C(SC · texte numérisé non relu

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recouvrent une santé d*Ame parfaite. Hais, par là même que cette maladie spirituelle est si difficile a traiter, le directeur y doit montrer plus de charité, de prudence, de patience, de modération et de sagesse : v que le directeur , à Tégard des scrunuleux, procède sans hésitation et évite de donner à ses réponses un air de doute ou d'embarras ; autrement leur guérison serait désespérée, parce qu'il contribuerait plus par son exemple à augmenter leurs craintes,

Ju'il ne réussirait par ses paroles à leur ilater le cœur. 2' Que d'ordinaire il ne rende point aux scrupuleux compte de ses réponses, mais qu'il agisse avec autorité et avec une prompte décision , attendu que , expliquer ses raisons aux scrupuleux ne pourrait qu'être pour eux une source de nouveaux doutes. 3* Qu'il fes porte à s'ouvrir en toute sincérité , et en même temps leur fasse sentir que, s'il n'est pas permis de cacher un péché grave à son confesseur, ni de déclarer comme doutçuse une faute certaine, il n'est pas non plus permis de s'accuser d'une faute grave que l'on n'a point commise, ni de déclarer comme certaine une faute douteuse, sous le faux prétexte de tranquilliser sa conscience : car, c'est là recueil contre lequel se brisent les scrupuleux. 4* Qu'il les traite avec douceur et charité ; autrement ce serait ajouter pour eux affliction sur affliction. Quelquefois cependant il doit leur parler avec quelque dureté et d'un ton ae reproche, afin de soumettre leur entêtement, lorsqu'ils ne veulent point suivre ses conseils et s'opiniâtrent dans leurs idées. 5' Qu'il ne leur permette pas de revenir toujours sur les motifs et les sources de leurs scrupules, parce que ce serait pour eux un moven de s'enraciner de plus en plus dans leurs fausses imaginations, s'ils voyaient le directeur en concevoir quelque inquiétude. Il vaut bien mieu2 n'en témoigner aucun cas , n'y opposer que le mépris, afin de les porter par là a les mépriser eux-mêmes et à les regarder comme de ridicules inepties. 6** Qu'il ne leur permette point non plus de 8*accuser de leurs scrupules, mais seulement des fautes certaines ; et, s'ils n'en ont pas.

S'il les fasse communier quelquefois sans solution, car c'est là un puissant moyen pour dissiper leurs vaines craintes. 7* Si un scrupuleux est dans l'hésitation, dans la perplexité, et est agité par la crainte d'une faute grave, qu'il ne lui permette pas de s'examiner longtemps, mais lui dise que, s'il ne reconnaît pas, à la première vue, de faute et surtout de faute grave dans telle ou t&lle action, il la regarde comme bonne et ia mette à exécution. La raison en est que ces craintes n'ont généralement aucun fondement, et qu'un examen minutieux ne pourrait qu'embrouiller et inquiéter davantage ces Ames perplexes. Si donc, à la première vue, elles ne reconnaissent point dans leurs artes de péchés , et surtout de péché grave, on peut croire prudemment qu'il n'y en a réellement point ; et comme elles ne sont

pas capables d'une connaissance plus approfondie, elles doivent s'en tenir à cette première vue et y conformer leur conduite. Si par hasard elles s'étaient trompées et qu elles eussent fait une chose illicite, le directeur ne doit point leur en faire un crime ni y voir aucun péché, parce qu'elles onta^i avec une intention droite et selon qu'il était plus utile pour elles. 8* Que le directeur se garde de jeter le scrupuleux dans le découragement, en regardant sa guérison comme désespérée. Il faut au contraire lui donner es}X)ir qui! guérira, pourvu qu'il obéisse, qu'il se laisse diriger, qu'il soumette son jugement et agisse contre ses appréhensions; quil l'assure même de sa guérison, s'il la demande à Dieu continuellement et avec une foi vive. 9* Que le scrupuleux ne soit Jamais sans occupation, car Tinaction est la source ordinaire des scrupules. Une occupation constante met en fuite ces pensées importunes, et fait disparattre robstacle qu'elles opposent à notre salut et à notre perfection. 10' Enfin, quoique les scrupuleux aient ordinairement une conscience timorée, on en trouve cependant quelquefois qui , ayant une conscience en iort mauvais état, sont néanmoins agités de scrupules. Ils sont très-relâchés pour certains péchés, et trop timorés pour d'autres. Leurs scrupules ordinairement leur viennent de leurs confessions passées , ou des vœux qu'ils ont faits, ou de quelque tentation de blasphème et d'intidéiité. Ce sont ceux-là qu'il est difficile de traiter, puisqu'ils ont des scrupules et cependant ne peuvent être regardés comme des scrupuleux. Cependant la charité du directeur ne doit pas les abandonner : il faut, pour ce

3ui est de leurs scrupules, interpréter leurs outes en leur faveur, mettre leur conscience plus au large, et suivre en ce point les règles qui concernent les scrupuleux; mais , pour ce qui est de leur relâchement sur d'autres points, il faut les reprendre^ réprimer leurs écarts , et leur imposer 1(> joug salutaire de la mortification des passions; en un mot, il faut corriger en eux. deux excès dangereux, en les faisant en-^ trer dans le iuste milieu, dans le sentier droit qui conduit à la patrie.

II. Les âmes récemment converties et qui ne font que débuter dans la vie spirituelle» conçoivent ordinairement de nombreux scrupules au sujet des péchés et des confessions de leur vie passée; et, quoique ayant déclaré toutes leurs fautes, elles se tourmentent et s'inquiètent fortement, dans la crainte de ne pas avoir tout dit, et de n'avoir pas suffisamment exprimé toutes les circonstances nécessaires : ce qui excite toujours en elles le désir de recommencer le récit de leur vie criminelle. D'autres se tourmentent dans la pensée que leur confession n'a pas été accompagnée de la douleur nécessaire. D'autres enfin s'imaginent n'avoir pas eu, et n'avoir pas encore le ferme propos de ne plus pécner. D'où il arrive que tourmentées, agitées par la crainte, elles ne peuvent goûter

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.Mucun repos, ni trouver la paix dans la nouvelle voie où elles viennent heureusement d'entrer. Ces sortes de personnes ne doivent plus arrêter leur pensée sur chacun des péchés en particulier dont elles se sont confessées avec les dispositions requises : car ce serait pour elles un moyen de concevoir une foule de scrupules ; elles ne doivent y penser que d'une manière générale , afin ae conserver en elles une crainte, remplie d'hum-lité, de paix et de confiance en Dieu. « Oh I que de fois, s'écrie saint Laurent Justiniani à ce sujet, que de fois, sous l'apparence du bien et d une sainte componction» le lémon jette dans l'illusion et tue des âmes sans expérience dans les voies spirituelles I II trouve l'occasion d'entrer furtivement dans leur cœur, et, comme un ange de lumière, il fa?t tous ses efforts pour leur persuader de rentrer en elles-mêmes et de considérer avec soin, par humilité, tous les péchés de leur vie passée. Par là il augmente peu à peu leur douleur, les plonge dans la tristesse et quelquefois dans 1 abîme du désespoir. »

III. Pour les âmes dont la conversion est récente, la confess on générale des fautes de toute leur vie passée est toujours ut le, bien qu'elle ne soit pas toujours nécessaire. De cette manière, ce qu'il y a eu de défectueux dans les confessions précédentes est réparé; l'âme est purifiée de toute souillure, et obtient, autant que le permettent les incertitudes de cette vie, l'assurance du pardon de ses péchés. On peut môme leur permettre de s'tcjuser, pendant quelque temps, d'une faute qu'elles ont omise par oubli dans la confession générale : car, dans le récit de tant de péchés, on peut oublier facilement une faute, même grave et mortelle. Mais si, après s'être confessées avec soin et diligence, elles commencent à tomber dans une agitation inquiète, à perdre la paix intérieure, par suite de la crainte où elles sont de n'avoir pas déclaré toutes leurs fautes, ou de ne l'avoir pas fait avec toutes les dispositions requises, gue le directeur leur impose pour toujours le silence à ce sujet, et ne consente jamais à entendre la confession de leurs péchés passés. Bien plus, si de tels scrupules viennent à augmenter, qu'il se rappelle que des théologiens de poids enseignent qu'il n'y a pas, pour les scrupuleux, obligation de déclarer aucun péché dont ils ne peuvent dire avec serment qu'il est mortel, et qu'il n'a jamais été accuse au tr.bunal de la pénitence. D'où il suit qu'avant de leur permettre la confession de semblables fautes, il faut leur demander s'ils sont disposés à faire les deux serments dont nous venons de parler. S'ils n'y consentent pas, il ne faut pas les entendre, mais leur fermer la bouche avec autorité.

ly. Le directeur rencontrera des pénitents pleins d'inquiétude, qui s'imaginent, tantôt qu'ils n'ont pas ou n'ont pas eu la douleur nécessaire de leurs péchés, tantôt qu'ils n'ont pas ou n'ont pas eu le ferme propos de n'y plus retomber. Il faut, dans le premier cas^

examiner si le pénitent fait ou a fait des efforts pour concevoir de la douleur : s'il répond affirmativement, il ne faut pas lui permettre de réitérer sa confession.il est bon, du reste, d'avertir le pénitent que, pour la validité du sacrement, il n'est pas besoin d'une douleur sensible, et qu'il suflSt de la douleur de l'esprit, de la douleur de la volonté ; et quand on dit que la douleur requise pour le sacrement doit être souveraine ou audessus de tout, il faut entendre par là une douleur souveraine (ï appréciation^ et non de sentiment. D'où il faut conclure que, si un pénitent, bien que n'éprouvant dans le cœur aucun sentiment de douleur, reconnaît cependantla malice que renfcrmeunc offense contre Dieu, déteste cette offense au-dessus de tout mal, et est disposé h souffrir tous les maux plutôt que d'offenser Dieu de nouveau» ce pénitent a les dispositions requises pour recevoir le sacrement de fénitenre. D'ailleurs, Dieu ne refuse à personne la douleur nécessaire, pourvu qu'on la lui demande |>ar la prière, et qu'on ne néglige rien pour s'y exciter. Pour ce qui est du ferme propos, de ce qu'un pénitent retombe, et même souvent, dans ses péchés, il ne faut pas conclure qu'il y a certainement absence de bon propos»

Euisque le sacrement ne rend pas impecMîale, et que la volonté peut facilement changer. C'est pourquoi on doit se mettre peu en peine des inquiétudes du scrupuleux qui a sur ses confessions des craintes excessives, à cause de l'inconstance de ses bons propos*

V. Quelques-uns éprouvent de grandes angoisses au sujet de la récitation de leurs prières vocales, s'imaginant qu'ils ne disent pas tout, ou qu'ils ne le disent pas bien ; et, sous ce prétexte, ils recommencent souvent les mêmes prières, et répètent les mêmes paroles, sans être jamais contents. Ufaut leur prescrire de continuer la récitation de leurs prières, et de ne jamais les recommencer sous le prétexte d'une vaine crainte qu'ils doivent mépriser. Si quelque pénitent est dans l'inquiétude au sujet de l'attention qu'il croit n'avoir jamais dans ses prières, il faut lui rappeler qu'on distingue trois sortes d'attentions : l'une, aux paroles que l'on prononce, afin de les dire toutes décemment, et avec l'intention de prier; l'autre au sens des paroles; la troisième à Dieu même. 11 suffit de l'une de ces attentions, pour satisfaire au précepte de la prière, et en obtenir la récompense. C'est pourquoi, si le directeur remarque qu'un pénitent met son attention, dans la prière, à la prononciation convenable des paroles, et ne se permet point de distractron volontaire, il ne doit pas le laisser recommencer : car cette attention, quoique lamoins parfaite, est cependant sufllisante.

SCDPOLI (Laurent), né à Otrante, dans le royaume de Naples, ïhéatin, se distingua par sa régularité, sa mortification, son zèle et ses lumières, et mourut en odeur de sainteté, à Naples, en 1610, âgé de quatre-vingts ans. On lui attribue assez communément le Combat spirituel^ excellent traité de la per-

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