‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 7 sur 315 · TION PASSIVE DE LÀ PARTIE SENSIBLE · texte numérisé non relu

TION PASSIVE DE LÀ PARTIE SENSIBLE

Nous donnerons à ce propos les règles qu'un saçe directeur doit suivre dans la mortification des passions.

I. Le directeur, après une longue expérience dans le ministère, saura que s'il y a beaucoup d'âmes qui font profession de piété, il y en a i^u qui y parviennent , même à un degré inférieur. La raison en est qu'il y a en peu qui s'attachent sérieusement à la mortification intérieure et à la répression de leurs passions. Il remarquera que quelques-uns lont consister la perfection dans les jeûnes; d'autres, dans un grand nombre de prières vocales ; ceux-ci dans la fréquente communion; ceux-là dans la mortification du corps et l'usage des instruments de pénitence. Mais il en est peu qui s'appliquent sérieusement à vaincre les mouvements de colère qui agitent si souvent leur esprit ; à maîtriser leurs dégoûts , leur aversion contre le prochain ; à recevoir en paix et avec douceur les injures, les murmures ou les contradictions qui leur sont le plus sensibles ; à arracher de leur cœur l'amour de la fortune ou l'affection des personnes pour lesquelles elles ont un attacnement excessif; à soumettre leur jugement et leur volonté au jugement et à la volonté des autres ; et enfin à se conformer

f>leinement à la volonté divine dans toutes es adversités qui leur arrivent. Voilà ce qui explique comment de tant d'âmes qui s'adonnent à la vie spirituelle , il y en a si peu qui y fassent des progrès. Ce n'est pas que , toutefois, nous veuillons blâmer les prières^

•PAS

D'ASCETISME.

PAT

ÎS

îe.; lïiéJitûlions, l'usage fréquent des sacrements , les jeûnes ou les austérités corporelles; nous recommandons même de toutes nos forces la pratique de ces exercices de piété; mais ce que nous prétendons dire, c*est que ces exercices de piété , pour être uliles et pour conduire à la perfection , doi- Tcnt être dirigés vers la mortification des propres passions. Car ces diverses pratiques ne sont que des moyens éloignés pour la perfection, tandis qiie la mortification des passions en est le moyen prochain, à raison de ce qu'elle nous procure les vertus morales qui nous ouvrent le sanctuaire de lamour parfait de Dieu. C'est pourquoi, si une personne pieuse a l'habitude de la méditation, que le directeur la pousse à <1onner elle-même pour but à ses méditations rextirpation de ses inclinations mauvaises, et à y prendre la résolution de mortifier ces inclinations. Si elle a pour habitude de réciter de longues prières vocales , qu^elle derûande dans ces prières la victoire sur sa

fmssion dominante. Si elle fréquente souvent es sacrements, au elle s'y propose pour fin de vaincre quei((ue penchant vicieux. Si elle se livre aux jeûnes et aux mortifications du corps , qu'elle y cherche le moyen de soumettre à Tesprit te corps avec ses affections déréglées. En un mot, que le directeur lui fasse comprendre que tous ces exercices de piété ne sont que des moyens pour obtenir la mortification intérieure, comme la mortification intérieure n'est ellemême qu'un moyen pour acçiuérir les vertus qui constituent les dispositions prochaines et dernières poui* parvenir à la perftiution du divin amour. 11 faut donc lui répéter souvent ce mot si plein de sens : m vous ne ferez de progrès qu'autant que vous vous ferez violence. » Celui qui ne marche pas dans cette voie se fatiguera beaucoup et avancera peu. Mais si Ton s^ajierçoit qu'un pénitent est porté à la récitation des prières trop multipliées ou à des mortifications excessives du corps, il faut commencer par lui imposer à cet égard une règle qui modère ces excès et y substituer la mortification intérieure, en lui faisant entendre qu'il se rendra plus agréable à Dieu en se mortifiant pour telle ou telle chose à laquelle il se sent plus porté.

IL Si le directeur remarque en son pènileiit la ferveur dans les œuvres de piété et clans la pratique des vertus, avec le désir afJcnt cl'y faire des progrès, il faut le porter à la mortification intérieure et lui en suggérer les motifs et les moyens. Le directeur doit donc examiner (juelle est sa passion dominante, et Texciter adroitement à la mortifier. Si, par exemple, il .s'aperçoit qu'il est porté à l'orgueil, qu'il cherche l'occasion de l'en reprendre et lui îwontre qu'il n'a pas de lui une haute estime. S'il remarque en lui l'amour de la liberté, de la conversation et du jeu, au'il le retiemie, autant qu'il peut, dans ta solitude, li faut surtout nriser sa volonté dans les choses qu'il désire le plus , quelque bonnes

et spirituelles qu elles soient ; car, rien n'ef t plus saint que de renoncer à son propre jugement, à ses propres désirs. H ne faut pas toutefois oublier que ces mortifications doivent être proportionnées aux forces spirituelles du pénitent; car, autrement, se serait non pas exercer sa vertu, mais l'exposer à un danger de ruine.

IlL Le directeur ne doit pas se contenter de porter une personne pieuse à résister à ses affections mauvaises qui sont incompatibles avec la vertu ; il doit encore répriîmer en elle les désirs de choses même permises, mais non nécessaires, a Les saints, dit saint Grégoire, ont cela de propre, qu'ils s'abstiennent toujours des choses défendues, et se privent souvent même des choses permises. » (Dial. 1. IV.) Car en s'abstenant ainsi des plaisirs même honnêtes, on se met à l'abri do ceux qui exposent ou au péché ou à une imperfection; et ces mortifications volontaires et libres ont pour effet d'affaiblir tellement l'amour-propre, qu'il n'ose plus ensuite rechercher les choses défendues. • En outre. Dieu, en voyant une âme s'abstenir généreusement pour son amour de choses mêmes où elle pourrait trouver une délectation permise, se montre en retour plus généreux à son égard, et la comble de ses grâces et de ses faveurs. C'est ainsi que se mortifiaient et s'abstenaient de plaisirs permis une foule de

f personnages illustres par leur naissance et eurs vertus. Citons, entre autres, saint François de Borgia, qui, encore duc de Candie, et se trouvant à la chasse pour laquelle il était

f)assionnée, se priva du plaisir de prendre e gibier au moment où il pouvait le saisir ; saint Louis de Gonzague, qui, étant encore marquis de.Châtillon et se voyant obligé d'assister au spectacle , n'ouvrit même pas les yeux pour regarder la scène ; et surtout le roi David qui, tourmenté par une soif brûlante et se trouvant auprès d'une eau lim- Side, ne voulut pas la boire , mais C offrit au eigneur. ( // Rea. xxm. ) Q\xe le directeur forme donc ses pénitents à de tels actes do mortification et leur apprenne à se priver ainsi de satisfactions et de jouissances même licites. De cette manière il les verra bientôt s'élever d'un vol sublime aux plus hautes régions de la perfection chrétienne, puisque, selon que l'amour-propre s'affaiblit par la mortification, l'amour de Dieu s'augmente proportionnellement en nous. Diminutio eupiditalis^ augmcntum charitatis; pcrfectio nulla cupiditas,

PATIENCE. — La patience est une vertu qui nous donne la force pour supporter le mal. Il V a trois sortes de maux qui sont l'objet cfe la patience , ce que Dieu nous envoie, ce qui nous vient cfes hommes, et ce qui vient de nous-mêmes.

On rapporte à la première espèce de mal tout ce qui est contraire à nos inclinations, lorsau il vient de la Providence et de l'ordre établi de Dieu pour le gouvernement du monde : le chaud, le froid, la famine et les autres fléaux publics. On y ajoute encore les tentations, la mort de nos proches cl auîrcîj

PAT

PAT

SO

afflictions particulières auxquelles nous sommes sujets, et qu*on a coutume d^attribuer à la justice et à la providence de Dieu. Tous ces maux sont roDjet de la patience y et on doit s*accoutumerè les souffrir avec uae résignation pleine de douceur.

Les maux qui nous viennent du prochain sont les calomnies , les outrages, les persécutions , les procès et les querelles, la mauvaise humeur et les manières désagréables de ceux avec qui nous vivons. 11 y en a qui sont violents et emportés, il y en a de timides et d'imprudents , on ne saurait dire lesquels sont les plus difficiles à supporter. Les uns nous manquent par inégalité, inconsidération ou faiblesse^ ne faisant pas ce qu'ils devraient faire ; d'autres nous blessent par leur hauteur et nous tourmentent par Jeur violence.

Les maux qui viennent de nous-mêmes fH)nt les maladies , les infirmités du corps , les vices de l'esprit, nos passions, nos mauvaises habitudes, nos mouvements déréglés, nos inclinations perverses et les tentations que notre propre fonds nous fournit. Tous ces maux sont la matière de notre patience, et demandent beaucoup de fone et de générosité pour être supportés avec mérite. On pratique la patience au milieu de ces maux, en montant, comme par trois degrés, à la perfection de cette vertu. Le premier est de recevoir tranquillement les maux qui arrivent avec une humble soumission a la volonté divine. Le second est de regarder l'occasion de souffrir, comme un sujet de joie, selon qu'il est écrit : Faites toute votre joie des diverses qf/lictions qui vous arrivent. (Jac. 1,2.) Le troisième est d'être en effet, comme saint Paul» rempli de consolation et dans un excès de joie au milieu des plus grandes souffrances, [Il Cor. vu, k.)

Trois principaux motifs doivent aider une flme à la vertu de la patience. Le premier est d'être bien persuadé que tous les maux viennent de la main de Dieu, et de ne considérer que sa volonté dans ce qu'on souffre, ^e qui produira infailliblement la joie ^ ou du moins la soumission. C'était la pratique de tous les saints; ils n'envisageaient que Dieu dans les afflictions où Dieu paraissait avoir le moins de part. Job, persécuté par la Ja malice du démon, s'écriait : Le Seigneur m'avait tout donné j le Seigneur m'a tout re- Hiré; il n'est arrivé que ce qui lui a plu : que son saint nom soit béni, iJoo i, 21.) David rapporte à Dieu aussi les ipjures de Semeï : Le Seigneur ^ dit^il, lui a ordonné demaudire David, et ui osera lui demander pourquoi il Ta fait? II Reg, XVI, 10.) Ce motif, outre qu'il augînente beaucoup le mérite de la patience, est très-propre à adoucir toutes sortes de peine.

Le second motif de patience dans les j>eines de cette vie , ce sont les avantages inestimables qu'on peut tirer de de la souffrance, qui est un trésor inépuisable de toutes sortes de richesses spirituelles.

Le troisième motif, c'est Jésus -Christ, que nous devons nous proposer continuellement vjour modèle, afin que l'estime et l'amour

que nous avons pour lui nous fassent trouver agréables les souffrances qu'il a choisies pour son partage, La vue d'un Dieu crucifié a toujours été pour les saints un adoucissement dans leurs maux ; elle les a fait soupirer ardemment après la croix qu'ils ont Constamment préférée à toutes les douceurs de la vie. ? On peut ajouter à cela la pratique d'un saint et savant personnage du siècle dernier. 11 avait coutume de dire qu'un homme qui souffre peut trouver aisément partout des motifs de patience, soit qu'il regarde devant soi, ou derrière soi, au-dessus de lui, ou en-dessous et à côté de lui. Il a devant soi Jésus-Christ son divin modèle , derrière sont ses péchés qui pèsent sur lui comme un fardeau insupportable, dont il ne saurait se décharger par trop de soullVance; au-dessus de sa tête il no tient qu'à lui de voir le ciel qui doit être la récompense de ses peines; et sous ses pieds il lui est aisé de se représenter l'enfer qu'il a mérité; il trouvera à sa droite un nombre infini de saints qui lui tiendront compagnie, et il peut voir à sa gauche une multitude infinie de malheureux qui souffrent plus que lui, et qui ne sont pas si coupables. Tout homme qui fera ces réflexions souffrira sans doute avec patience , et au lieu de traîner sa croix, coûime font les lâches, il la portera avec soumission et avec plaisir

Apuobismes. — 1. Si le directeur désire qu'une âme en proie aux tribulations les souffre avec patience, il doit l'exhorter à demander sans cesse à Dieu cette giâce, jusqu'à ce que la tranquillité soit rendue à son âme, selon cette parole de l'Apôtre : « Quelqu'un de vous est-il dans la tristesse , qu'il prie. » Et Dieu essuiera ses larmes, consolera sa douleur, adoucira son supplice. « 1) criera vers moi, et je l'exaucerai : car je suis avec lui dans la tribulation, je l'en délivrerai et le glorifierai. » (Ps. xc.) D'où il suit que si l'homme demandela patience. Dieu ne peut ne

Ks l'exaucer. 11 peut bien arriver que Dieu ne xauce point lorsqu'il lui demande d'être délivré des maux dont il se sent accablé, parce que cela peut ne pas convenir à son salut ou à la gloire de Dieu ; mais il ne peut se faire que Dieu lui refusela patience, s'il la lui demande convenafilement , attendu que la patience est toujours en conformité avec la volonté divine. Pour verser le baume de la consolation sur les douleurs de ses pénitents, le directeur doit les engager à demander souvent à Dieu du fond du cœur et avec conflance, premièrement la patience, et en second lieu seulement la délivrance de ses afflictions. S'ils n'obtiennent pas le second point, parce que peut-être leur propre intérêt en souffrirait, ils obtiendront certainement la première grâce, qui est bien autrement importante. Du reste, le directeur ne doit pas oublier de leur rappeler les motifs les plus propres à dissiper leur tristesse , à faire renaître la tranquillité dans leur cœur et les exhorter à porter patiemment leur croix.

II. Ce qui peut contribuer particulièrement à faire obtenir la patience , c'est la .prévision même des maux qui peuvent sur-

PAT

D'ASCETISME.

PAU

venir et -a généreuse disposition de l'âme à les recevoir avec résignation et avec courage. Car s'ils nous arrivent à Timproviste et sans que nous y pensions, ils nous accablent facilement et nous jettent dans un abattement tel, que nous restons sans force et ne pouvons nous aider nous-mêmes. C'est ainsi que Jésus en usa avec ses apôtres, pour les fortifier et les armer contre l'horreur des trbulations qui les attendaient. C'est ainsi qu il leur annonça d'avance son départ de ce monde, et leur dit que le monde serait dans la joie, tandis qu'eux, au contraire, seraient dans les larmes y dans les gémissements, dans l'affliction et dans la tristesse. Je vous ai du ces choses^ ajoute-t-il, afin que vous ayez ta paix en moi: vota serez opprimés dans le monde^ mais ayez confiance : fai vaincu le monde, ( Joan, xvi, 33.) — Aussi saint Grégoire a-t-il raison de dire que les traits prévus frappent moins, et que nous supportons plus facilement les maux de ce monde, si nous sommes' fortifiés contre eux par le bouclier de la prévision. (Hom. 35.) Que le directeur donc apprenne à ses pénitents qui désirent acquérir la patience, à prévoir dans leurs méditations les peines et les difficultés qui peuvent leur survenir, afin d'être disposés a les recevoir avec résignation et sans faiidesse.Cel utile exercice, souvent répété, les mettra en état de recevoir en paix les croix que Dieu leur envoie, sans en être accablés.

III. Mais le directeur doit remarquer que, quoique la prévision réfléchie des tribulations auxquelles nous sommes exposés puisse contribuer puissamment à nous donner la patience, toutefois il serait fort nuisible d'y arrêter sa pensée, lorsqu'elles sont arrivées. Si une personne, après avoir reçu une injure, s'applique à en peser toutes les circonstances, comme l'iniériorité de celui qui Ta faite, sa propre dignité, le déshonneur, Tafifront et les dotïimages qui en résultent, certainement il augmentera sa douleur et de la tristesse il passera à la colère, aux plaintes et à la vengeance. On doit en dire autant de toute espèce de tribulation. Si, au contraire, on n'y pense pas, le ressentiment s'évanouit bientôt. C'est pourquoi, au temps des tribulations, détoumons-en notre esprit, et n'y pensons

Qu'autant qu'il le faut pour les offrir à Dieu, t de cette manière nous parviendrons à souffrir patiemment et avec calme toutes les adversités.

IV. Les personnes affligées doivent être admises au fréquent usage des sacrements, puisaa'elles ne peuvent trouver ailleurs autant de force pour supporter leurs afflictions, selon cette parole du Prophète-Roi : Vous avez dressé devant moi une table contre ceux qui me persécutent. (Ps. xxu.) Certes le pain eucharistique nous donnera les forces nécessaires et le courage dont nous avons besoin au milieu des persécutions et des afflictions de ce monde. Aussi les premiers chrétiens se nourrissaient-ils souvent de cet aliment céleste pour se fortifier et se préparer au mart>re:en quoi se trouve le plus grand danger autiuel puisse être exposée lafoi du clu-ét'en.

Si donc le directeur veut aujgmenterlaraticncc dans les personnes accablées sous le poids de nombreuses et lourdes tribulations, qu'il augmente aussi en elles l'usage des sacrements ; car, s'ils sont reçus avec piété, ils obtiendront l'effet désiré.

V. Mais ce à quoi le directeur doit faire une attention toute i/articulière, c'est de traiter avec bonté et douceur les personnes affligées ; il faut supporter leurs plaintes, souffrir leurs emportements, compatira leurs douleurs et pleurer avec eux. En un mot, le directeur doit pratiauer è leur égard la patience même qu'il leur conseille, et avoir pour leurs maux la même commisération qu'il voudrait que Ton eût pour lui, s'il était en proie à de semblables afflictions. Cette compassion, cette douceur, cette bonté de cœur seront un baume à leurs plaies et un adoucissement à leurs douleurs.

PAULIN (Saint), né en Autriche, que Charleraagne fit patriarche d*Aquilée en 777, parut avec éclat au concile de Francfort en 794, et mourut en 80i, aimé et estimé. Ses OEuvres ont été publiées en 1737, Venise, in-fol. ; on y trouve en particulier un livre d'Instructions salutaires y attribué longtemps à saint Augustin.

PAUVRETÉ RELIGIEUSE ET VOLON- TAIRE. — La maxime de Jésus-Christ Bienheureux les pauvres y l'exemple de ce divin maître et des apôtres, qui ont renoncé à tout pour prêcher l'Evangile, ont engaaé une infinité de Chrétiens fervents à embrasser le même genre de vie , et le vœu de pauvreté est devenu partie essentielle de la profession religieuse. L'Eglise y a donné une approbation; Dieu lui-même semble l'avoir autorisé par le don des miracles qu'il a daigné accorder à plusieurs de ces pauvres volontaires, et par les conversions qu'ils ont opérées ; il s'est trouvé des circonstances dans lesquelles la pratique d'une pauvreté absolue était nécessaire pour exercer avec fruit les fonctions apostoliques. Sans faire aucune attention au temps, aux événements, aux besoins de l'E-

flise, les protestants ont condamné ce vœu et ont tourné en ridicule : le vœu de pauvreté, disent-ils, est le vœu d'oisiveté et de subsister aux dépens d'autrui ; ils ont rappelé le souvenir des disputes auxquelles ces vœux ont donné lieu parmi les Franciscains, et dont le bruit retentit dans toute l'Europe au xiv* siècle. Sans doute les protestants ne prévoyaient s que les incrédules tourneraient contre es apôtres mômes les sarcasmes qu'ils lançaient contre le vœu de pauvreté des moines ; voilà cependant ce qui est arrivé , et cela prouve qu'il ne faut pas blâmer une chose louable en elle-même , parce qu'il en peut résulter des abus. — Lorsque les anciens moines ont embrassé une vie pauvre, loin de se livrer à la mendicité et à l'oisiveté, ils ont trouvé dans le travail de leurs mains, non-seulement leur subsistance, mais encore de quoi faire l'aumône. Après la dévastation de 1 Europe par les barbares, les moines ont défriché des lieux incultes; la continuité de ce travail ne pouvait manquer de les enrichir;

PAU

DICTlONiNAIRfi

ma. S alors les luonaslères fureul la seule ressource des peuples débrouillés, esclaves et malheureux. Après la ehule du clergé séculier, ils ont été obligés de renoncer au travail manuel, pour prendre le soin des paroisses abandonnées et le çouvernement des âmes ; ce n'était pas là se dévouer à l'oisiveté et à la mendicité.

Au XII* siècle, lorsqu'il fallut travailler à la conversion des albgeois, des vaudois, des pétrobrusiens, des béguards, des apostoliques, etc., les hérétiques entêtés ne voulaient écouter que des prédicateurs aussi pauvres que les apôtres; pour les contenter, il se forma des ordres mendiants. Aujourd'hui encore les missionnaires, qui veulent se faire écouter des Siamois, sont forcés d'imiter la pauvreté absolue de leurs talapoins. Jusqu'ici nous ne voyons ni désordres ni abus. — Pour précLc? avec fruit, il fallait avoir fait des études ; les mendiants furent donc obligés de fréquenter les écoles; s'ils y ont contracté les défauts qui y régnaient alors ; si dans les contestations quMls ont eues entre eux touchant la pauvreté religieuse , ils ont mis la môme chaleur et la môme opiniâtreté que dans toutes les disputes scnolastiques , il y a de l'injustice à leur en faire un crime personnel; il s'agissait de savoir si un religieux qui a fait vœu de pauvreté a encore la propriété des choses qui sont à son usage, si cette propriété appartient à Tordre entier, ou si elle est dévolue à TEglisc romaine. Cause frivole, et qui ne méritait pas de causer un schisme parmi les Franciscains. Mais on a vu chez les protestants des schismes pour des questions qui n'étaient guère plus graves, pour savoir si là philosophie est utile ou nuisible à la théologie ; si les bonnes œuvres sont un moyen de salut ou seulement un signe et un effet de la loi ; si le péché originel est la substance même de l'homme ou un accident de cette substance, etc. Ce n'est donc pas aux protestants qu*il convient de reprocher des schismes et des disputes aux autres. (Hist. de VEgL galL, t. XIII, liv. xxxvii, an 1332.)

Mais laissons là ces objections souvent puériles, et donnons à cette matière si importante de la théologie mystique tout le développement dont elle est susceptible. Bienheureux les pauvres (Tesprity dit Jésus-Christ, car le royaume du ciel est à eux. Ce fut par ces paroles que le Sauveur du monde commença ce sermon admirable de la montagne. Quelques docteurs et quelques saints les entendent de rhumilité, mais plusieurs autres et avec beaucoup de raison, les entendent de la pauvreté volontaire, et de celle principalement dont les religieux font profession. Nous suivrons ici ce derniersentiment qui est celui de saint Basile et de plusieurs autres saints. Et sans doute ce n'est pas une médiocre louange de la pauvreté d esprit, que Jésus- Christ ait commencé par là le sermon de la montagne, et qu'il l'ait mise pour la première des huit béatitudes. Mais ce qui en fait encore mieux Téloge, c'est que lui-même nous l'a enseignée toute sa vie par son exemple , et

que c'est la première leçon que ce divin maître nous a donnée en venant au monde. L'étabîe et la crèche oii il naît, les langes qui l'enveloppent, le foin sur lequel il repose» Thaleine des animaux qui sert à te garantir du froid, tout cela nous prêche la pauvreté dès le commencement de sa vie. Que si ça été la première leçon qu'il nous a donnée* c'a été aussi la dernière, et la croix a été la chaire d'où il nous l'a prêchée en mourant, comme la crèche avait été celle d'où il nous l'avait prêché en naissant. Il mourut nu et si pauvre, qu'il fallut que Joseph d'Arimatbie achetât un linceul pour l'ensevelir. Quelle plus étrange pauvreté peut-on imaginer, et la fin ne répond-elle pas bien au commencement ? Toute sa vie a été semblable : il n'avait pas un denier quand il fallut payer le tribut

3u'on lui demandait; il n'avait pas non plus e maison oik il pût célébrer la Pâque avec ses disciples, il n'avait pas même de demeure où il put se reposer. Les renards, dit-il, ont des tanières; les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas où pouvoir reposer sa tête. Le Sauveur du monde vouftnt établir la pauvreté volontaire pour fondement de la perfection évangélique : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres. Ainsi il éta'l; nécessaire qu'il la laissât bien autorisée par son exemple. Aussi voyons-nous qu'elle était en si grande recommandation dès le commencement de la primitive Eglise, que tous les biens des fidèles étaient alors en commun, en sorte que ceux qui avaient des maisons et des héritages, les vendaient, et en apportaient le prix aux pieds des apôtres, qui en. feisaieni ensuite la distribution , selon lej besoins de chacun. Ils les apportaient aux pieds des apêtres, dit saint Jérôme, pour montrer que les richesses doivent être foulées aux pieds; et le même saint, avec saint Cyyricn et saint Basile, dit que les fidèles faisaient alors vœu de pauvreté, et il le prouve {)ar le châtiment d'Ananias et de Saphira, qrii urent punis de mort subite, pour avoir retenu une partie du prix qu'ils avaient reçu de leurs oiens, ce qui n aurait pas, dit-il mérité une si grande punition, si en le retenant ils n'eussent pas contrevenu à ce qu'ils avaient promis à Dieu.

C'est conformément à la sainteté do cette doctrine, et à l'ancienneté de cette pratique, que tous les saints et. tous les fondateurs d'ordres ont mis le vœu de pauvreté pour fondement de la vie religieuse, et c'est à leur exemple que notre saint instituteur dit quïl faut considérer la jiauvreté comme le mur de défense de la religion, et qu'il faut la conserver dans sa pureté, autant qu'on le pourra avec le secours de Dieu. Au lieu que, dans le monde, les richesses sont le fondement des états et des grandes maisons, dans la religion, la pauvreté est le fondement de l'état religieux et de la perfection chrétienne; et cela, parce que l'éaiflce que nous voulons élever étant bien différent de celui des gens du mon Je, il est raisonnablequelesfondementsen soient différents. Le Sauveur du monde nous mar-

DASCETISME.

PAU

SS

que bien cette vérité dans Tévangile, quand il dit :

Quel est celui d'entre vous qtuiy voulant bàlir une tour y ne suppute pas s'il a les fonds nécessaires poar r achever; de peur que, auand il en ^ura jeté les fondements et qu il ne pourra pas ïachever, ceux qui le verront ne commencent à se moquer de lui, en disant : Voilà un homme qui a commencé à bâtir, et qui n'a pu achever. Ou quel est le roi qui, ayant à soutenir la guerre contre un autre roi, ne songe pas premièrement s'il peut s'opposer avec dix mille hommes à celui qui vient avec vin^t mille contre lui? Autrement il lui envoie aes ambassadeurs, lorsqu'il est encore ioinj et lui fait des propositions de paix. Ainsi, quiconaue d'entre vous ne renonce pas à tout ce quHl possède, ne peut pas être mon disciple. 11 veut nous donner à entendre ifar ces deux comparaisons que ce que le nombre des soldats et la quantité d'argent sont à l'égard d'une guerre qu'on a à soutenir, et d'un Bâtiment qiron a àiaire, la pauvreté et le déiiùment de toutes choses le sont à l'égard de la guerre que nous avons à soutenir contre les ennemis de notre salut, et à Tégard de l'édifice spirituel que nous voulons élever. C'est pourquoi saint Augustin, expliquant ce passaàe de l'Evangile, dit que cette tour dont parle le Fils de Dieu signifie la perfection de la vie chrétienne, et que les foncfs nécessaires

Jour la bâtir marquent le renoncement entier toutes choses, qui fait qu'on est plus en état de servir Dieu, et qu on a moins sujet d'appréhender le démon, parce que par là il a moins de prise sur nous et moins d'endroits par où pouvoir nous attaquer.

Saint Jérôme et yaint Grégoire sont de ce même sentiment. « Nous sommes venus dans le monde, disent-ils, pour combattre le démon qui e.*.t dénué de toutes choses et qui ne possèJe rien. C'est pourquoi il faut que nous nous déijouillions aussi de toutes choses pour corabatlre contre lui. Car celui qui étant habillé lutic contre un autre qui est nu, est facilement jeté par terre, parce qu'on neut le prendre par beaucoup d'endroits. Voulez-vous combattre courageusement contre le diable ? Jetez vos. habits de peur qu'il ne vous terrasse, car tous les biens de la terre sont-ils autre chose que des habits qui nuisent, et qui font que celui qui en a davantage est plutôt vaincu, parce qu'il donne plus de prise sur lui. » Saint Cnrvsostome recherchant la cause pour laquelle les Chrétiens de la primitive Eglise étaient si remplis de zèle et de ferveur, et que ceux de son temps étaient au contraire si tièdes et si relâchés, dit que cela vient de ce que les

Eremiers Chrétiens se dépouillaient de leurs iens, pour combattre nus contre le démon ; au lieu que les autres combattent chargés d*habits, c'est-à-dire, chargés de biens, de richesses, et de mille autres choses qui ne servent qu'à les embarrasser dans la lutte. Or, nous sommes déliviés de tous ces obstacles pour être plus en état de combattre contre le démon, et de suivre Jésus-Christ; et c'eiit ainsi, dit le même saint qu'un athlète

se met tout nu pour mieux lutter; que celui qui veut passer une rivière à la nage se dépouille de ses habits, et qu'un voyageur marche bien plus lestement quand if n est chargé de rien.

Outre cela, comme la cupidité est la racine de toute sorte de maux, la pauvreté est aussi la racine et le fondement de toute sorte do biens, et c'est pour cela que le vœu de pau-

f)reté est le premier de tous ceux que l'on ait dans la religion. Saint Ambroise, expliquant ce j3assaçe de l'Apôtre, dit que de môme que les richesses sont l'instrument de toute sorte de vices, parce qu'elles donnent de la facilité pour l'accomplissement de tous les mauvais désirs qu'on jjeut avoir. De môme le renoncement aux richesses est la source et la conservation de toute sorte de vertus. Premièrement, quant à ce qui est de l'humilité , saint Grégoire dit expressément que la pauvreté en est la cardienne. Pour ce qui est de la chasteté, il n'est pas difficile de faire voir que la pauvreté dans la nourriture et dans les habits est un srand moyen pour la conserver. 11 est encore facile de montrer qu'elle est d'un grand secours pour l'abstinence et pour la tempérance; enfin, il serait aisé de prouver la même chose à l'égard de toutes les autres vertus, si on voulait les parcourir toutes. C^est par cetto raison que les saints, parlant de la pauvreté, l'appellent tantôt la gardienne et la maîtresse, et tantôt la mère des vertus. Saint Ignace, dans ses Constitutions, nous recomman^ie de l'aimer comme une bonne mère, | arec

3ue c'est elle qui fait naître et qui conserve ans nos âmes toutes les autres vertus, et qui entretient la discipline religieuse. Aussi voyons-nous que les ordres qui n'ont pas

f;ardé cette sainte j^auvreté dont ils étaient es enfants, n'ont plus eu de figure de religion, dès qu'ils n'ont plus ressemblé à leur mère. Aimons-la donc pour conserver parmi nous l'esprit de la religion, et aimons-la avec un amour tel qu'on doit l'avoir pour une mère, c'est-à-dire avec un amour extrême, avec un amour plein d'estime, de tendresse, et de respect. Saint François avait coutume d'appeler la pauvreté sa maîtresse ; et de là vient que dans la règle de sainte Claire il est dit expressément : Nous nous obligeons pour toujours à la sainte pauvreté, notre maîtresse. Ce jeune homme de l'Evangile, qui aspirait à la perfection et ne se contentait jDas d'observer les commandements, se retira fort affligé quand Jésus-Christ lui eut dit que s'il voulait être parfait, il vendît tout ce qu'il avait, et qu'il le donnât aux pauvres. Il avait tant d'attachement à ses richesses qui étaient considérables , qu'il n'eût pas le courage de les quitter; ainsi il manque de fonds pour élever la tour de la perfection évangélique. Or, afin qu'il ne nous en arrive pas autant, et que nous puissions avoir la force de nous détacher absolument de toutes les choses de la terre, Jésus-Christ nous propose la grandeur de la récompense qui est jointe à ce détachement absolu : Bienheureux, dit-il, les pauvres d'esprit, parce que le roy<ttmi^

PAU

Page 1