‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 71 sur 315 · UP · texte numérisé non relu

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prélat est.un pasteur, comme nous e verrons

S lus bas. Nous concluons aussi au'il doit Ire docteur : pour être maître, il raut avoir l'autorité de la science et de Texpérience, comme Fautorité du pouvoir. Ainsi, selon la remaraue ingénieuse de saint Jérôme, saint Paul n a pas lait de distinction entre le pasteur et le docteur, en disant comme ailleurs : a établi les uns pasteurs^ et les autres docleurs: mais, les mettant sur la même ligne, il a dit les tins pasteurs et docteurs; et personne ne peut-prendre dans l'Eglise le titre de pasteur, s'il n'est docteur, c'est-à-dire s'il ne peut fournir aux âmes la substance spirituelle de rintelligence. Nous lisons dans saint Luc (x, 16) : Celui qui vous écoutemécoûte; celui qui vous mi^prise me méprise. Ces paroles prouvent clairement ce que nous voulons établir. En saint Jean (xiii), Jésus- Christ dit aux apôtres : Tous m'appelez maU tre et Seigneur : vous parlez juste; je le suis en effet. Or, tous ceux qu'il appelle à gou-* vcrnerdans son Egli§e sont ses successeurs, et deviennent maîtres à leur tour. On sait que tons les saints Pères ont établi solidement cette doctrine, en particulier saint Jérôme, dans sa quatrième Lettre à Uustique ; saint Grégoire (or. 1 De sua fug.); saint Grégoire le Grand {in Pas t. ^ p. i) ; saint Jean Clîmaque, dans son Past.

Le- prélat doit être un homme de science. Il ne peut remplir convenablement son office dans toutes ses parties, s'il n'est muni de la mesure de science compétente. Sa doctrine et SCS lumières doivent être en rapport avec la supériorité de sa position, doivent donner raison h son autorité. L'Apôtre demande de tout prélat qu'il soit docteur. Il dit à Timothée : Préoccupez-vous de la lecture et de la • doctrine. Il recommande à Tite (c, i.) d'être capable d'exhorter au moyen d'une doctrine saine ^ et de reprendre ceux qui le contredisent.

Ecoutez saint Grégoire {Past,^ i) : « Les j»asteurs inexpérimentés n'accententia charge pastorale qu'avec une immense témérité. Et cependiant ceux qui ne connurent jamais les rcmèJe-s spirituels acceptent la charge de guérir Jes plaies du cœur, et ne craignent point de se donner pour médecins. Cependant ceux gui ne connaissent point les matières médicales n'ont point 1 impudeur de se poser comme les médecins du corps. » « Il faut qu'un abbé, dit saint Benoît, soit instruit de la loi divine, afin qu'il sache où puiser les choses nouvelles et anciennes qu'il doit fournir. » Ecoutons saint Bernard (serm. 3 De circoncis.) : « Celui-là souffrirat-il d'être maître qui n'a pas (\é disciple; cnseignera-t-il ce qu'il n'a jamfwà appris? » Saint Thomas (2-2, 185) dit des prélats : « Le prélat doit avoir en vue de se montrer tel qu'il puisse surpasserles autres en science comme en sainteté. » La raison nous fait entendre qu'un maître de science profane rougirait ae ne point posséder les connaissances qu'il prétend enseigner, et il ambitionne comme un titre d'honneur d'enseigner avnc succès ce qu'il possède p/^rfaitc-

ment; à plus forte raison, le prélat, qui est le raahre de es disciples, qu'a doit conduire par ses conseils, sa doctrine et son expérience, doit-il posséder tout ce qui concerne le gouvernement d'une' communauté. 11 doit dominer ; il a môme plus de raison de dominer sa position qu'un évêque dans son diocèse, et qu un curé dans sa paroisse, parce que l'objet spécial qu'il poursuit est plus éminent, puisqu'il s'agit de conduire des âmes qui se sont mises entre ses mains au terme sublime do la perfection chrétienne.

Quelle est la science qui convient au prélat? Il ne serait pas inutile qu'il excellât dans la littérature, qu'il fût érudit dans les sciences profanes, que ses connaissances eussent de la variété et de l'étendue ; mais le point capital où il doit exceller est lu science des saints, qui est une science plutôt pratique par laquelle chacun cherche à servir Dieu et à lui plaire. Ce n'est point le la^^cience des mondains, des politic[ues, des philosophes, des théologiens, mais c'est I» science des saints.

Un prélat ne doit point gouverner à la

manière du monde : politiquement et ,

mais comme un saint. Il doit avoir cette science pratique par laquelle il apprendra k ses subordonnés a servir Dieu fidèlement et à se purifier de plus en plus. Pour cela il faut qu'il connaisse parfaitement les choses saintes, la science ae Dieu et les mystères de la vie spirituelle.

Deux moyens sont à la disposition du supérieur pour arriver à ce but de la science de la doctrine et de la sagesse qui convient à son état : c'est Yoraison et ï étude. Comme nous sommes dans l'habitude de n'avancer aucune proposition qu'elle ne soit appuyée sur l'Ecriture sainte, nous prouvons celle-ci d'abord par saint Jacques (t, 6.) : Siquelqu'un d'entre vousy dit-^il, manque de sagesse^ guHl la demande à Dieu. Saint Paul dit k Timothée : Appliquez-vous à la lecture. Et YEcclé" siastique dit aux docteurs : Dès le matin il veille et s'occupe du Seigneur qui Va fait ; car^ si ce Dieu grand le veut^ il ie remplira de son esprit de sagesse. {Eccti. xxxix.)

Saint Grégoire dans son Pastoral (p. xi) nous dit : « Comme à travers les conversations humaines et les vaines paroles des homme?», notre cœur descend et nous échappe, comme dans ces préoccupations terrestres le zèle des choses de Dieu s'éteint, nous ne pouvons nous relever vers les choses solides du ciel que par la méditation des choses saintes : celui qui gouverne ne doit donc jamais interrompre ses lectures et ses études. » Saint Isidore (liv. ii De offic.) nous dit de son côté touchant les prélats : « Son premier devoir est de lire les saintes Ecritures et de parcourir les saints cations. »

La raison seule avertirait les prélats mie sans l'oraison ils ne pourraient acquérir ics vertus dont ils doivent être revêtus pour commander, et sans l'étude ils n'acquerraient pas les lumières qui sont nécessaires pour ré>oudre les difllculiés qui leur sont propo-

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DICTIONNAIRfi

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sées et donner des conseils salutaires el proportionnés à toutes les situations.

C'est donc un point jugé. Le prélat, le supérieur religieux doit se livrer avec une attention particulière à Tétude des choses divines, à Tétude de la théologie mystique considérée dans la spéculation et âans la

{)ratique. C'est le moyen de se rendre apte à 'union divine par la charité. Qu'il ne dise point que le temps lui manque pour les occu()ations intellectuelles. Combien.de saints religieux gouverneurs de maisons ont trouvé le temps d écrire et de composer d'excellents livres, de donner de pieux conseils, sans nuire aux occupations quotidiennes!

Comme la science du supérieur ne doit pas seulement profiter à lui-même , mais surtout à ses gouvernés, il est dans l'obligation de leur adresser de fréquentes exhortations, de les instruire par de solides discours. Ce commandement leur est donné par saint Paul (II Tim, iv) : Veillez sur vous-même et sur i instruction des autres ; demeurez ferme dans ce» exercices : en agissant de la sorte^ vous vous sauverez vous-même et ceuxqui vous écoutent. Je vous en conjure devant Dieu et Jésus-Christ qui doit juger les vivants et les morts, prêchez la parole avec instance à temps et à contre-temps. Ensuite il se donne lui-même comme exemple, et les Actes des apôtres (xx) confirment ses paroles : Pendant trois ans je n'at cessé le jour et la nuit d'avertir chacun de vous avec des larmes. Le concile de Trente (session v, De rcform.) enseigne aussi que la prédication de l'Evangile est le principal devoir des évôcjues, el que tous les autres prélats de l'Eglise, à moms qu'ils ne soient légitimement empêchés , ^ont tenus de prêcher par eux-mêmes l'Evapgile de Jésus-Christ. Aussi les anciens che& d'ordre étaient infiitigables dans leur zèle pour la prédication. Nous en avons un beau monument dans les Sermons de saint Bernard.

Appuyons-nous aussi sur l'autorité des saints Pères. Saint Grégoire (ep. 39, 1. u) dit aux évêques et par conséquent à tous les prélats : <• C'est le propre d'un évêque d'être constamment occupé élu ministère de la prédication : il doit considérer avec crainte que le Seigneur^ en distribuant ses talents à ses serviteurs, leur dit : Faites-Us fructifier jusqu'à te que je vienne. Nous faisons l'œuvre du Seigneur, si, par notre conduite et nos exhortations, nous gagnons des âmes au Seigneur, c'est-à-dire si nous consolidons les faibles dans Famour de Dieu, si nous réprimons les orgueilleux en faisant résonner à leurs oreilles les menaces du juste Juge et la rigueur de ses châtiments, si nous ne pardonnons à personne les entreprises contre la vérité, si nous méprisons les amitiés de la ten-e en vue des amitiés célestes. » — c Comprenez, dit saint Bernard au Pape Eugène, que la sécurité de votre conscience au milieu de vos eraves fonctions, dépend de deux choses : c est d'accomplir le commandement de la parole et de l'exemple. »

11 est facile de comprendre la différence

qu'il y a entre la perfection d'un religieux et la perfection de son supérieur. Celui-là doit être parfait pour lui-même, celui-ci pour les autres ; il doit donc pouvoir commjiniquer aux autres sa propre perfection uar sa science et la puissance de sa parole; ii doit donc attacher le plus haut prix à ce don de communication.

Tous les supérieurs, qui ont à diriger des âmes dans le chemin de la perfection, doivent doni; leur adresser souvent des exhortations et des avis, soit en public, pour les choses qui conviennent à tous ensemble, soit eu particulier à chacun d'eux, pour les choses qui les intéressent personnellement. Dn supérieur ne doit pas se croire déchargé de ce soin parce qu'il serait surchargé d'administration matérielle. Le pain de Ta parole doit passer avant Taliment du corps. Le quatrième concile de Carthage veut que les évêques abandonnent à d'autres les occupations familières et de détail et réservent pour eux l'oraison, la lecture el la nrédication; il se fondait sur ces paroles aes apôtres : Il ne convient pas que nous abandonnion9 le ministère de fa parole pour le service de la table. Saint Anselme, étant encore abbé du Bec, rejetait sur d'autres les foins matériels du monastère et se livrait à l'oraison, à son instruction personnelle et surtout à celle des Ecritures. Ce n'est pas non plus une excuse acceptable pour un supérieur de dire qu'il remplit plus dignement par un autre les fonctions de prédicateur; c'est sa parole qu'on demande avant tout, fût-il moins instruit. S'il est nommé légitimement à ses fonctions, il a des grâces particulières, si ce n'est pour bien dire, au moins pour toucher et remuer les cœurs.

Il ne suffît pas de bien parler, il faut surtout bien agir. L'autorité de la parole se perd dans le bon exemple. Le supérieur brillera donc aux yeux de ceux qu'il dirige et qu'il instruit pour tous les genres de vertus. C'est Jésus-Clirist qui le leur dit (Matth. v) : On n allume point la lampe pour la mettre sou$ le boisseau, mais sur le chandelier, afin que votre lumière brille devant les hommes^ afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et ou ils glorifient le Père céleste qui est dans les deux. Les écrivains sacrés ont dit de Jésus-Christ : // commençapar faire et ensuite par instruire. Saint Paul dit à ïile : Montrez-vous un exemple de bonnes œuvres. El ailleurs : Soyez Vexemvle des fidèles. On doit vous voir dans une telle vie qui est placée devant les y/eux de tous, une image parfaite de la vie du souverain modèle, une exécution vivante et continue de tous ses préceptes. Saint Grégoire, dans son Pastoral, veut que les supérieurs soient autant élevés au-dessus des autres par leur conduite parfaite, qu'ils le sont par la dignité de leur office ; saint Pierre a bien exprimé cette pensée en disant des prélats....: vous rendant les modèles des trourpeaux du fond du cœur. Entendons ce que dit saint Benoit sur cette matière (Reg., c. 2) i « Lorsque quelqu'un accepte le nom d'abbé» dit-il, il .doit présider à ses discij-Ies par

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une double tloctriue, c'est-à-dire qu'il doit leur montrer la perfection t!e tous les biens, de toutes les choses dans ses actions plus que dans ses paroles, et toutes les choses qu'il recommandera à ses disciples de ne point faire, il faut aussi que sa conduite dise qu'on ne les fait point, de peur que le Seigneur ne lui dise : Pourquoi exposez-vous mes justices et piacez-vous mon testament sur vos lèvres? Vous détestez la discipline et rejetez mes discours derrière vous. Vous qui voyez un fétu dans Tœil de votre frère, vous ne' voyez pas la poutre qui est dans le vôtre. » I^ troupeau, dit saint Grégoire, doit être conduit par l'exemple. Le mouvement de la tôte entraîne celui de tout le corps, ou bien, comme parle saint Ignace de Loyx)la , une mauvaise habitude de la tête fait deshonneur à tout le corps.

Un supérieur de religieux est religieux quoique supérieur. 11 doit être soumis à la règle compae les autres, et même avec plus d'exactitude que les autres ; s'il s'en affranchissait, ce serait impunément puisqu'il n'y aurait personne pour le punir. Mais tout ce qui reste impuni n'est pas licite; et pour lui en particulier tous les maîtres dans la vie spirituelle déclarent qu'il est indigne de gouverner s'il n'observe pas la règle avec plus de sévérité que ses religieux, bien loin de songer à s'en dispenser. Il doit pouvoir leur parler comme saint Paul aux Corinthiens : Soyez mes imitateurs , comme je le suis de Jésus^hrist. S'il n'agit pas avec ce soin, s'il ne montre pas du respect pour la règle, quand on l'entendra dans ses discours et ses exhortations, on lui répondra dans le fond du cœur : Médecin^ guéris-toi toimême.

Une autre vertu du supérieur c'est Vhumilité. Il ne peut soutenir sa dignité et même son lyitorité qu'en s'appuyant sur la base solide de l'humilité. Cest le Sauveur du monde qui leur fait cet enseignement et en termes bien forts [Luc. xxii) : Que^ celui qui est le plus grand parmi vous devienne comme le plus petit ; que celui oui préside soit comme le serviteur. Et Jésus-Cnristavoulu confirmer ces paroles par son exemple. Il les a servis, il est même allé jusqu'à laver leurs pieds. Nous lisons aussi dans V Ecclésiastique (m, 20) : Pl-us tu es grand , plus tu (humilieras en toutes choses ; et (xxviii, 7) : Ils font établi recteur^ ne f élèves pas, mais sois comme l'un d'entre eux.

Voici la raison que saint Grégoire {Past,j p. Il) trouve de l'humilité des prélats : « Il a, dit-il, d'autant plus besoin de se reprendre et d'avoir de l'humilité qu'il n'y a personne pour le reprendre. » Et plus loin : « H y a certains signes qui doivent laisser apercevoir à travers le commandement qu'il est humble en lui-même. » Saint Bonaventure dit, dans la Légende de saint François : « C'est par esprit d'humilité qu'il a voulu que ses frères fussent appelés mineurs, et les supérieurs ministres pour remplir la parole (le l'Evangile. » En effet, sans l'humilité, ce pouvoir du supérieur tournerait misérable-

ment au profit de sa vaine gloire et de ses commodités. On ne verrait i)lus l'usage de l'autorité, mais son abus.

Dans son opuscule De la tempérance et de ta modestie des prélats, Jean Gerson établit, que les prélats qui penchent vers l'austérité dans le service do leur table, leurs habits, le nombre de leurs serviteurs, etc., se rapprochent plus du véritable genre de vie qui leur convient que s'ils suivaient en cela les habitudes des séculiers, l' Cette pompe n'est pas agréable à Dieu, parce qu' elle s'éloigne des exemples de Jésus-Christ et des apôtres. 2* Cet éclat extérieur nuit à l'édification des inférieurs, scandalise même les gens du monde, irrite les grands du siècle en piquant leur jalousie. Un prélat qui vit dans le faste ne peut plus être le moclèle de ses administrés par son humilité et sa sobnété, mais i^ devient un exemple d'ambition et de vanité. Les évêques des premiers siècles de l'Eglise n'avaient un si grand crédit auprès des princes, n'exerçaient une si puissante influence sur les peuples que parce qu'ils vivaient dans un grand détachement cies biens du monde, que leur vie était une vie simple, laborieuse et dévouée à toutes sortes de bonnes œuvres. Gerson ne veut pas que les prélats regardent le faste comme un moye i de soutenir la dignité de leur ordre ou la dignité de l'Eglise; cette dignité se trouve plutôt dans les vertus qui font les apôtres, que dans te luxe du siècle.

Nous devons maintenant considérer le supérieur comme conducteur et directeur de ses inférieurs.

. Cette qualité de chef ou conducteur lui appartient, elle est une partie intégrante de son autorité ; nous pouvons le conclure de ces paroles de saint Jean (x, 4), où il est question du bon pasteur : Et lorsqu'il fait sortir ses propres brebis, il va devant elles: et les breois te suitent parce qu'elles connaissent sa voix. « Celui qui préside, dit saint Basile, doit être le conducteur partout, parce qu'il est la règle de notre vie. » Et saint Jérôme {ep. ad Rust.) nous dit aussi : « Celui qui est chef est comme un homme élevé sur une éminence au-dessus de la mer qui est témoin des orages et des écueils ; il les montre el les annonce à l'avance et en détourne. » Saint Basile parle du supérieur comme d'un chef militaire qui conduit ses soldats à la guerre. En effet, qu'est-ce qu'un supérieur ? C'est un homme qui doit conduire non-seulement les commençants, mais encore les progressants, et les parfaits à travers les écueils de la vie el les pièges des ennemis. 11 est donc le conducteur et le pilote de tous ceux qui se rangent autour de lui.

La prudence est aussi une des principales vertus du supérieur, et cette prudence, dans un supérieur, doit être consommée. Nous la définissons une aptitude à prendre à propos les moyens convenables pour arriver à une fin. Qui pensez-vous y dit Jésus-Christ, omî est le serviteur fidèle et prudent que le Seigneur a placé sur, sa famille? [Matth. xxiv.)

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Quoi de plus exprès que ce mot des Proverbes (xxvii) : Celui qui manque de prudence en opprimera plusieurs y et celui-ci de saint Matthieu (x) : Soyez prudents. comme des serpents?

Le quatrième concile de Carthage, auquel assistait saint Augustin, exigeait comme

{première condition d'un candidfat à la préature, la prudence. « Les prêtres» dit saint Prosper (1. n De vit. contempL)^ doivent discerner avec ime grande [prudence qui sont ceux qu'on doit corriger avec une sage sévérité, et ceux pour qui il faut avoir de la condescendance.» — «tll est de la nature de la prudence, dit saint Thomas, de juger et de statuer sur les choses au moyen desquelles on {parvient à une bonne fin, et il est manifeste que la prudence ne concerne pas seulement le bien privé d'un seul homme, mais aussi le' bien commun d'une multitude. » La précipitation , la témérité , sont opposées à la prudence. 11 est évident qu'un supérieur doit être continuellement sur ses gardes pour ne point tomber dans cet excès

aui compromet et son autorité, et le salut e ceux qjuM conduit.

Lorsqu un supérieur se trouve haut placé,

Îu'il a un grand nombre de personnes et es intér'êts compliqués à gouverner, ce qui peut même arriver dans une direction moins étendue, il lui est permis et même recommandé, (et saint Thomas (2-2, q. 50], le conseille) de se servir des ressources delà prudence humaine, et que saint Thomas appelle de la politique religieuse^ par laquelle on met habilement en œuvre les finesses et les ressources de la politique humaine, dont se servent les hommes d'Etat pour arriver à leurs fins. Hais nous posons deux conditions : la première, qu il n'est jamais permis de blesser la vérité, quoiqu il soit souvent prudent de cacher certaines choses. 1^ seconde , c'est qu'un supérieur religieux doit bien plus se confier dans les moyens spirituels, qui sont la grâce de Dieu, la prière et Je concours de la Providence, que <lans les ressources de son habileté et de son génie. Quoiqu'il soit certain qu'on doit seconder la Providence par ses efforts et sa propre prudence.

La prudence du supérieur religieux a donc trois sources différentes et inégales en efiicacité, mais qui doivent se soutenir. La première est la grâce de Dieu ; la prudence est un don du ciel, et ce don, il faut le demander, et le ciel l'accorde aune prière bien faite, lorsqu'on est él u supérieur selon toutes les règles; la seconde est l'expérience et la science de l'homme qui commande; la troisième est une certaine prédisposition qui vous rend plus propre au commandement par le naturel, par une certaine fermeté de caractère, par une certaine facilité à connaître les hommes*, et ce qui intéresse le succès du commandement.

Voici certaines règles pratiques pour réussir à gouverner les inférieurs pour leur bien.

L Si l'on est obligé d'user envers eux de

sévérité, il faut tempérer cette sévérité par la douceur.

U. Alors même qu'il connaît intérieurement la différence des vices et des vertus de ses inférieurs, il ne doit pas le manifester généralement, pour ne point donner d'orgueil aux uns m décourager les autres.

in. Il ne doit pas faire acception de personne puisqu'il est également le- père de tous.

lY. U s'accommodera à la faiblesse des commençants qui portent encore péniblement les premières épreuves du renoncement au monde.

V. Il fournira à chacun des occupations qui vont à leur nature et à leur talent : les robustes au travail des mains , les faibles à des travaux moins durs, les capables au labeur de l'intelligence.

VI. 11 se mêlera quelquefois avec les inférieurs pour leur parler familièrement, mais rarement, jwur ne pas perdre Tascendant qu'il doit avoir sur eux. Il sera d'un aboni facile; simple avec les simples, parlant avec les doctes , poli avec les nobles ; en un mot, il se fera tout à tous comme saint Paul.

Nous devons ajouter quelques observatioRS sur l'exécution des projets. Nous parlons des projets sagement délibérés, prudemment ceaçus. Or, un nrojet conçu n'est point un projet exécuté. Il est même facile d'en orueaner l'exécution, de commander, de donner le premier mouvement, mais le tout est d'arriver à la fin. Voici à ce sujet quelaues maximes : Dans toutes les entreprises publiques un seul doit commander pour assurer l'unité de r^es. Celui qui commande doit être différent de celui qui exécute ; celui qui commande doit être plus prudent que courageux ; celui qui exécute peut-être plus courageux que prudent : s'il y avait en celui-ci excès, il vaudrait mieux qu'il péchât par entraînement aue par faiblesse et timidité, car, la crainte qu on inspire fait plus pour l'exécution des choses difliciles que l'amour. Il ne doit point se servir de gens fourbes et trompeurs. Si'celui qui commandeexécute lui-même certaines choses difliciles , il ne recueillera que des récriminations, des haines et des vengeances. Voici quelques règles })ratiques proposées aux supérieurs par le prudent Scnram : !• Recommander son projet à Dieu dans la prière et eu conférer avec un ami sûr avant de le confier à l'exécution. — 2" Dissimuler pendant quelque temps les contradictions et les objectinr.s aue font les sujets contre une entreprise difcile. —3" Savoir dansl'exécution souffrirdes maux moindres (>our arriver à un plus grand bien. — i* Si on a à guérir un mal incurable, il n'eu faut pas tenter la guérison, surtout si l'on ne peut le tenter qu'en suscitant de graves embarras sans aiu^une compensation. — 5" Pour la réussite, le supérieur doit avoir vigilance, zèle; force, patience, constance. — 6" que pendant que le projet se jwursuit, le su[iérieur reste toujours invariablement le modèle de-tous en tout bien. — 7" Qu'il redouble de soin pour capter l'amitié des iflférieurs et les tenir unis entre eux. -^

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8* Qu'il se garde pendant ce temps d'accorder des licences dont les suites seraient dangereuses.

Un supérieur prudent se remarque aux traits suivants : 1" Quoiqu*il sache beaucoup il parle peu ; 2* il pénètre bien, il dissimule mieux ; 3" il tolère à propos les vices des autres; k'' il désarme la méchanceté par les bienfaits; 5** il reçoit des conseils multipliés, il ne se laisse conduire que par les conseils d'un petit nombre. Il sait cacher ses secrets. En choses licites il préfère le fait d*autrui au sien. L'impnident est tout volonté; le prudent tout intelligence. L'imprudent conçoit peu et désire beaucoup. Le prudent conçoit beaucoup et désire peu. De grands emplois confiés aux hommes prudents les font ou les trouvent grands. Avec les grands eml>lois les imprudents paraissent ce qu'ils sont, petits. Le prudent sait supporter ce qu'il ne

Ceut corriger , et attendre l'occasion favorale ; l'imprudent est, au contraire, l'esclave de sa volonté ou de ses caprices.

Les moyens d'acquérir la prudence sont : 1* Les fréquentes réflexions sur soi-même et sur ses actions ; 2' de se souvenir des faits passés pour prévoir ceux de l'avenir ; 3* de rechercner les conseils des saxes et des hommes d'expérience; i' de la demandera Dieu comme 5alomon a demandé la sapsse.

Autre qualité du supérieur : la vigilance. Saint Pauï l'exige {Act. \x) ; il dit, en parlant à tous les préposés dans l'Église : Cest pourquoi soyez vigilants. En parlant h Timothée (//, iv) : Quant à vousy coyez vigilant et laborieux en toutes choses. Dans î'^^ocalypse (m, 2), il est dit à l'évéque de Sardique : Soyez vigilant;,., si vous n êtes point vigilant je viendrai à vous comme un roieur. Voici comment saint Hilaire parle de la visilance <idns soa Commentaire sur saint .Matthieu (xxvi) : Quoique le Seigmur^nous exhorte tous à une infatigable vigilance^ cependant il la recommande plus spécialement aux chefs du peuple , aux évéques et aux autres sup&ieurs; ce sont eux qu'il désigne dans ce serviteur vigilant à qui il confie sa famille. « Celui qui est préposé aux autres, dit saint Ephrem, doit être très-«xpéri mente et très-vigilant à veiller sur le salut de ses subordonnés. » — « Lorsque les sujets dorment, dit saint Bernard, les supérieurs veillent sur eux, comme devant rendre compte de leur Ame. Ils passent la nuit en oraison; ils sont sagaces à découvrir les pièges de l'eniLcmi; ils pénètrent ses conseils, ils livrent leurs cœurs à la veille matinale vers le Dieu qui les a faits. » (Scrm. 19, De mod. bene rit?.)

Les supérieurs qui ne résident pas dans leur couvent ne remplissent pas le devoir de la vigilance ; ils ne le remplissent pas ceux qui, même en y résidant, sont toujours en mouvement pour les choses extérieures , qui ne s'inquiètent pas de la vie, des mœurs de leurs inférieurs; s'ils passent leur vie dans l'oisiveté et le luxe, si les deniers de la maison se dissipent 'sans raison, si la règle s'observe mal et se perd. L'ignorance ne le sauvera |*a«, puisque d'avoir les con-

naissances requises, unies à Texpérienre, est de son premier devoir.

La vigilance du supérieur doit lui inspirer d'avoir le zèle de la justice, la force et le courage pour la répression des péchés. Voici ce que dit le Seigneur dans Èzéchiel (ai, 17) : Fils de l'homme, je t'ai placé comme une sentinelle et comme un gardien sur la maison d'Israël; tu entendras les paroles de ma bouche, et tu les leur annonceras. Et si le prophète n'annonce pas ces paroles à l'impie ou au juste tombé, pour le ramener, alors le Seigneur le menace ainsi : Je réclamerai de toi son sang. Saint Paul parle dans le môme sens (// Ttm. ii) : Parle, exhorte, reprends avec toute autorité; que personne né te méprise; et (Tit. iv) : Reprends en toute patience. Voilà des conseils et des ordres adressés aux supérieurs, de peur qu'ils ne soient des chiens muets qui ne savent point avertir par leurs c ris.... Appuyons-nous aussi sur saint Augustin (Tract, de past.) : « Le pasteur, dit-il, sera justement condamné s'il est négligent , s'il^ ne donne pas d'avertissement, parce qu'il est préposé pour cela, parce qu'il est la sentinelle. ».

Voici comment parle saint Grégoire [Past.j c. 15) : « Souvent le prélat craint de parler de peur de perdre des faveurs temporelles. En cela ils cessent d'être pasteurs pour devenir mercenaires. Ils se taisent devant le loup qui dévore les brebis : Ge sont des chiens muets qui ne savent plus aboyer. Ils méritent celle condamnation d'Ezéchiel : Si vous ne vous êtes point opposé à l'ennemi , vous ne vous êtes point placé comme un mur devant Israël au jour du combat. » De son côté, saint Benoit dit aux abbés qu'il ne dissimule pas les fautes des coupables, mais au'aussitôt ùu il s'en apercevra, il arrachera les vices par la racine , en se souvenant du danger et du malheur encouru par Héli le grand prêtre.

Ecoulons même la raison qui nous dit que

f partout, même dans les maisons religieiues, es mauvais sont mêlés aux bons , et ceux-ci cherchent à communiquer leurs vices et lenr.<j défauts aux autres. Si le supérieur n'est pas animé de zèle , de force et oe vigilance pour arrêter l'action des vices et les tentations sourdes des pervers, toute la communauté sera bientôt tombé dans le relâchement , et le relâchement non combattu conduit à toutes les extrémités.

Mais ce zèle doit s'exercer avec pruaence . On doitreprendreouavertirchacun des coupables d'une manière diflérente, selon son caractère, son esprit, ou sa condition. On usera de plus de rigueur envers un jeune, de plus de précautions et de douceur envers un vieux. Ceux qui ne manquent pas de sagesse seront dominés par des arguments et une discussion serrée et énergique , qui dompte leur résistance» Les pusillanimes seront ramenés avec douceur; les artificieux avec finesse, les obstinés avec une volonté de fer, mais en laissant toujours briller une lueur d'espérance ; les colères doivent être traités avec un grand calme ; les vaniteux accepteront U

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correction si on Tassaisonne de quelques louanges. Dans raccomplisscment de tous ces devoirs, le supérieur doit se rappeler le moy de saint Grégoire : Poursuivez les vices j mais aimtz les personnes.

Autre vertu du supérieur : La patience et la constance dans les tribulations et les persécutions. Ainsi renseignesaintPauI(/rtm.rv):

Reprenez , suppliez en toute patience ; et les Proverbes (w\) : La science de Chomme se fait connaître par la patience; et saint Paul a ïimothée (iv) : Vous^ ô homme de Dieu^

Îratiquez la patience.,. Saint Grégoire dira son tour aux supérieurs (lib. n,epist. 24.) : « Quelle merveille d'être humWe oevant les personnes qui nous bonorentl les séculiers mômes savent Tôtre; mais nous devons être humbles môme devant les personnes qui nous font souffrir. » L'expérience nous apprend que nous devons, quand nous sommes élevés pour diriger les autres, souffrir et nos propres tristesses, et les tristesses des autres. Comme les choses de ce monde ne marchent jamais à notre gré , ni aussi vite que nous voudrions, il faut savoir attendre et souffrir.

Voici les soucis les plus pénibles à porter pour un supérieur. Il doit réfléchir et se demander: 1* si la piété ne se refroidit pas dans son monastère par sa faute ; 2* comment il pourra pacifier les mille contrariétés et oppositions qui se produisent là où il y a réunion d'hommes. Comment il doit accueillir les ])Iaintes diverses et contradictoires dont il est assailli.

Le supérieur se considérera aussi comme un pasteur. C'e^t d'abord à Pierre que Jésus- Christ a dit : Pais mes agneaux; mais il avait aussi l'intention de désigner tous les supérieurs à charge d'âmes. Aussi saint Pierre leur adresse lui aussi et à tous ces paroles : Paissez le troupeau de Dieu qui est autour de vous.

Saint Jean Climaque (i Past.\ saint Bernard (serm. 100 De dît?.) parlent dans ce sens.Voici ce que dit saint Benoît des abbés : « II ne doit être satisfait dans sà conscience que lorsqu'il a appliqué sa sérieuse attention et tous les soins d'un bon pasteur pour comprimer l'inquiétude et la désobéissance d'un troupeau malade. »

L'office de pasteur oblige premièrement à exceller dans la charité qui est le sommet de la perfection. Cela se conclut des paroles de Jésus-Christ h saint Pierre. Lorsqu'il voulut lui confier l'autorité de pasteur, il lui demanda s'il l'aimait plus que les autres, voulant marquer que la charité était la première qualité du pasteur. C'est ainsi que l'entend saint Grégoire. Saint Thomas enseigne :

que celui-là |n'est pas un vrai pasteur qui n'aime pas le Seigneur; mars celui qui ne cherche pas ses propres intérêts, et qui cherche ce qui intéresse Jésus-Christ;

3ui le cherche pour l'amour de lui. Saint enoît (dans le 2* chapitre et dans le 24* de ^a Règle) dit : « Que sa charité soit égale j>our tous... qu'il baisse les vices et qu'il aime ses frères, »

Sans amour de Dieu le supérieur ne chercherait pas la gloire et les intérêts de Dieu dans sa communauté, et sans l'amour du prochain il ne pourrait regarder ses inférieurs comme ses enfants, et avoir pour eux le conir d'un père, et môme d'une mère ; et il en doit être ainsi.

La charité du supérieur doit ôtre 6tent7fi.lante : Il fournira aans l'occasion , à ses administres, tous les soulagements (]ui peuvent s'accorder avec la Règle universelle : personne ne sera exclu, il n'aura aucune antipathie qui gène l'exercice de sa charité: douce f patiente et miséricordieuse^ afin qu'elle

fiénètre au fond des cœurs et produise des ruits de paix et d'union dans les inférieurs; enfin, elle sera telle que le pasteur, comme un vrai pasteur, sera prêt en tout temps à donner son âme pour son troupeau.

Un autre effet de la charité du pfélat, c'est la douceur et Y affabilité^ selon ces (paroles de Notre-Seigneur (Matth. v\\ : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ; et selon ces autres de VEcclésiast. (vi) : Une parole douce multiplie les amis, adouci, calme les ennemis, et la langue gracieuse (]J>onde dans Vhomme de bien. £t saint Paul (Gai. vi) ordonne : 5t quelqu'un est tombé dans quelque faute, vous, qui êtes spirituels, éclairez-le dUns cet esprit de douceur, jetant les yeux sur vousmêmes, de peur a être tentés. Saint Grégoire (ep. 39) veut que le supérieur ne reprenne pas son subordonné en déployant sou autorité , mais avec bonté et tranquillité. £t saint Benoit veut que l'abbé soit plus aimé que craint,

Cettedouceuret cette affabirté,dontnousvenons de parler, doivent avoir leur racine dans la miséricorde, c'est-à-<iire dans une vraie amitié pour tous, et particulièrement dans la compassion et la pitié que lui inspirent les souffrances du corps et de l'âme de ses administrés. C'est en s adressant à tous les supérieurs que Jésus-Christ a rapporté la parabole du Samaritain qui avait pitié des malheureux qui étaient tombés dans les mains des voleurs. Saint Paul leur propose pour modèle Jésus-Christ, comme un Pontife qui sait compatir à nos infirmités. Voici ce que saint Ambroise dit aux prêtres : a Nous compatissons aux calamités des autres ; nous soulageons autant que nous le pouvons et quel- Suefois plus que nous le pouvons, la gêne u prochain. Il vaut mieux s'exposer par bonté que d'être trop prudent par dureté. » Tout cela est vrai, parce que c'est la doctrine divine ; cela nous doit paraître vrai aussi jwir le cœur , parce que un sujet est plus qu un prochain; c'est un fils.

Bourdaloue propose cette règle aux supérieurs : dans le doute , s'il faut employer plus ou moins de bonté et de miséricorde, il vaut mieux pencher du côté de la bonté : entre les deux chances de se tromper, il n'y a pas à balancer : inclinons à la compassion. Saint Benoît veut que cette bonté miséricordieuse s'étende aux voyageurs, aux pèlerins, à tous ceux qui se présentent et qui ont l>esoin de seins

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