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Concluons : de tout ce (jui précède il suit que le supérieur doit craindre son poste au lieu'dc le désirer, ou de s'y trop complaire. Il n'est pas possible ({u'il songe à toutes les qualités que Dieu exige de lui , sans se sentir saisi de crainte. // y aura unjuaement rigoureux^ dit le Sage, à subir de la part de ceux qui président. En commentant ce passage, saint Grégoire dit : « Si le supérieur a peine à suffire à rendre compte de sa propre âme , comment ne tremblerait-il pas d'avoir à répondre pour les âmes des autres. » — « Que dirons-nous , dit saint Chrysostome, de ceux qui se précipitent pour gouverner les autres et qui ne savent se gouverner eux-mêmes, et qui se jettent aveuglément à travers les périk ; quoi 1 tu dois conduire les hommes, la femme, les enfants, les vieillards, tu dois en rendre compte, et tu ne crains pas de te jeter dans cet embrasement I »
Je savais, dit sainte Thérèse, que quelques religieuses de mon monastère songeaient à me nommer supérieure, et c*était pour moi une rude affliction. Voilà le sentiment qui faisait fuir saint Ambroise à l'approche des dignités qu'on lui offrait. C'est le sentiment de tous les saints : car il est plus sûr et plus doux d'obéir que de commander ; d'autant plus, comme nous l'avons vu, que celui qui commande est, en effet, obligé à plus d'obéissance; il obéit à un plus grand nombre de devoirs; il obéit en quelque sorte à toutes les exigences, à tous les caprices des autres qui doivent l'occuper
far sa charge. Il obéit à tous les malheurs, tous les contretemps. Chaque situation exige de lui une attention et une obéissance nouvelle.
SU80N (Henri), né vers l'an 1300 d une famille noble de Souabe, entra dans Tordre de SaintrDoroinique, et mourut à Ulm en odeur de sainteté en 1365. Surius a écrit sa Vie. Nous avons de Henri Suson : 1* Méditation sur la passion de Notre-Seigneur ; — 2* Horloge de la sagesse; — 3' des Sermons. Ces ouvrages ont été traduits en français ; 2 vol., in-12.
SVEDKNBORG (Emmanuel de). — Svédenborg, né à Stokholm, le 29 janvier 1688, fils d'un évoque Suédois, se montra avec distinction à l'université d'Upsal, tut nommé assesseur au collège des Mines en 1716, anobli en 1719, devint conseillerdes rois de Suède et membre de l'Académie, et mourut à Londres le 29 mars 1772. Il a publié un très-grand nombre d'ouvrages, mais qui forment deux catégories entièrement distinctes. Jusqu'à l'âge de soixante ans, il s'était principalement occupé de science ; il avait parcouru, à cet effet, une grande partie de l'Europe, pour se mettre en rapport avec les savants, et il avait eu partout les plus brillants succès. Ses OEuvres philosophiques et minéralogîques, imprimées à Dresde, en 3 vol. in-fol, après avoir fait une sensation extraordinaire en W34., sont encore aujourd'hui estimées et recherchées des savants ; mais, arrivé à l'âge de cinquante-cinq ans, au
grand étonnement de ses amis et admirateurs nombreux, Svédenborg renonça tout à coup à la carrière scientilique, et ne voulut plus s'occuper d'ouvrages reliçieux, déclarant qu'il en usait ainsi d'après 1 ordre formel du Seigneur Dieu Rédempteur qui lui apparaissait comme il avait apparu aux apôtres, et qui , en lui ouvrant , comme à eux, les yeux de l'esprit, non-seulement lui avait accordé la faculté d'entrer dans l'état extatique chaque fois qu'il le voudrait, afin de communiquer par là avec les hommes transformés et avec les esprits supérieurs de tous les degrés, mais lui avait même expressément ordonné de publier tout ce qu'il avait vu et entendu ]jar la voie de l'impression, le tout afin da tirer l'univers du vague pernicieux dans lequel il se trouvait relativement à la vie après la mort, et relativement à la religion chrétienne dont on ne possédait presque plus aucun des vrais éléments. — « Me trouvant , disait-il, dans le même état où avaient été les anciens prophètes, quand ils voyaient les scènes du monde spirituel par l'ouverture anticitjée des yeux de l'homme immortel, j'ai pu étudier'la langue par images parlantes, usitée parmi les esprits transformés ; le sens intérieur et caché de l'Ecriture sainte m'a été ainsi entièrement révélé ; et ce sens, réservé exprès par le Seigneur pour l'époque à laquelle son Eglise aurait besoin d'être renouvelé, je l'ai consigné dans mes écrits tel qu'il m'a été transmis. » En conséquence de cette prétendue mission, Svédenborg publia successivement plus de vingt ouvrages formant 15 vol, in-(^% écrits, pour la plupart, dans un style apocalyptique. 11 y traite des secrets du ciel, de l'enfer, de Babylone, de la nouvelle Jérusalem, de VApocalypse^ des relations de l'âme et du corps. Peu de temps avant sa mort, il composa un résumé complet de ses doctrines, intitulé : La vraie reliaion Chrétienne ^ renfermant toute la théologie de la nouvelle Eglise^ qui, d'après lui, commençait le jour même qu'il termina cet ouvrage, c'est-à-dire le 19 juin 1770.
Svédenborg se regardait comme l'envoyé de Dieu, pour transformer son Eglise, i) croyait communiquer directement avec le^ intelligences humaines et angéliques, et même avec la Divinité. Il voyait le ciel, l'enfer, tout le monde surnaturel, en un mot, non pas seulement des yeux de l'esprit par une intuition intérieure, mais, à ce qu'il croyait, par les yeux mêmes du corps. Joseph Gœrrès a démontré, par le caractère du proj)hèle, que sa conviction était sincère. Il explique ses visions par le somnanbulisiae magnétique. Voici comment Svédenborç raconte la première qu'il eut : « J'étais a Londres, dit-il, et je dînais fort tard dans une chambre que ie m'étais réservée à l'aubprge, afin de méditer à mon aise sur les choses spirituelles. Pressé par la faim, je mangeais de grand appétit, tout à coup une espèce de brouillara se répandit sur mes yeux, et je vis le plancher de ma chambre couvert de reptiles hideux, tels que crapauds^
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serpents, chenilles, etc. Je fus saisi, car les brouillards augmentaient, raais ils furent bientôt dissipés, alors je vis clairement un homme assis au coin de ma chambre, et environné d'une lumière brillante; les reptiles' avaient disparu avec les ténèbres . J'étais seul, jugez de ma terreur, quand je lui entendis prononcer distinctement et d'une voix effrayante ces paroles : Ne mange pas tant. (Les merveilles du ciel et de V enfer, ) » Ce fut une réaction exagérée contre le protestantisme et ses suites funestes, qui jeta Svédenborg dans ses rêveries et dans ses erreurs; on voit en effet dans ses écrits une préoccupation constante pour combattre les doctrines de la réforme, et surtout celle de la justiûcation par la foi seule, et lorsqu'il raconte ce qu'il a vu dans l'autre monde sur le sort des réformateurs, Ton s'aperçoit que Luther est moins puni que Calvin et Mélanchthon, |]arce qu'il s'écarta un peu moins de la doctrine oalholique; d'ailleurs il avoue que si les papistes ne préfèrent pas le Pape à Dieu, et s'ils font des œuvres de charité, il leur est aussi facile d'entrer dans le ciel qu'il Test «de pénétrer dans un temple dont les portes sont ouvertes, ou dans un palais dont les satellites ont l'ordre de laisser passer, de la part de leur souverain.» C'est avouer clairement que les catholiques sont dans la bonne voie, et cependant il s'éloigne luimême beaucoup de leur symbole, puisqu'il regrette le dogme de la Trinité, mais c^est parce qu'il croit que ce dogme mène droit à la justification protestante. D'après lui, le Père devant nécessairement appliquer les mérites infinis de son Fils, les œuvres ne seraient plus nécessaires pour le Chrétien ; c'est pourquoi, au lieu de trois personnes il admet en Dieu trois attributs ou trois objets d'un seul sujet, ou trois manifestations de la même personne divine : Père comme Créateur; Fils comme Rédempteur, Saint-Esprit comme Sanctificateur. 11 appelle Fils de Dieu l'humanité de Jéhovah; par une ignorance historique peu concevable dans un prophète, il suppose que le dogme de la Trinité inconnu à 1 Eglise apostolique a été introduit parle concile de Nicée,tandis qu'avant ce concile plusieurs hérétiques avaient déjà été condamnés par la doctrine
Î[u'il a soutenue lui-même. Comme les réormés avaient nié la liberté morale, Svédenborg se précipite encore dans l'excès contraire, en rejetant le péché originel. D'après lui, Adam et Eve ne sont qu'un mithe de la
Crémière Église. Le Rédempteur a eu pour ut direct, non de sauver l'homme, mais de subjuguer l'enfer, d'harmoniser le ciel et de rétablir l'Eglise sur la terre. Quant aux sacrements, il n'en admet que deux : le baptême, gui est la porte de l'Église, et l'Eucharistie, qui est la porte du ciel. « Ce dernier, dit-il, renferme trois objets : Dieu, la foi et la charité, qu'il communique à l'homme; mais, comme celui-ci est fini, il Be peut pas s'identifier avec l'infini , mais
s'unir à lui comme ià lumière s'unit h l'œilpourle transfonner. » On sait que le XVIII* siècle avait une tendance prononcée vers le matériali-^me, c'est probablement ce qui a jeté encore Svédenborg dans un spiritualisme exagéré, non qu'il considère la matière comme une illusion, ainsi que l'ont feil et Hains rêveurs, mais il spiritualise la matière pour ainsi dire, car le monde des intelUgCices qu'il a rêvé a, comme celui que nous habitons, des lleuves, des montagnes, des mers, des palais, etc. Le voyant prétend avoir visité Luther dans une nouvelle Vittemberg, située dans le monde nouveau; il assista aussi en personne au juçeraent dernier, qui eut lieu, selon lui, 1 an 1757. Ainsi, sans contester au monde actuel sa réalité, il en supposait un autre non moins réel, où son intelligence seule pouvait pénétrer, sans pourtant se séparer de son corps. Tandis que la réforme refusait à l'homme la liberté morale dans le monde que nous habitons, Svédenborg la lui accorda même dans la nouvelle terre^ où les anges essaient de rendre l'homme meilleur, en sorte qu'il n'est précipité dans l'abimc, comme Calvin, que s il persiste dans ses erreurs ou sa méchanceté. Il en vit un qui s'était égaré parmi les anges. 11 avait été
[tendant sa vie voleur et adultère, et comme es esprits bienfaisants voulaient le ramener ; « Non, dit-il, ie ne veux pas, » et il retourna dans les eniers. Le prophète suédois divise Texistence de l'Église en diverses périodes ; il regarde celle qui comprend depuis le concile de Nicée jusqu'à lui copmc étant la nuit de l'Église : u Elle n'est plus chrétienne que de nom , dit-il ; il ne s'y trouve plus rien de spirituel; » elle est l'homme du péché, la manifestation des mystères du mal. Elle ne comprend pas l'Ecriture, dont la lettre la séduit, tandis qu'elle en ignore l'esprit. A lui seul était réservée la mission de répandre la lumière, et cette mission régénératrice n'a d'autre garantie que la jiarole du voj ant ; point de miracles, point de preuves; il faut écouter, s'incliner et croire tout ce que le prophète assure avoir vu de ses yeux dans ses innombrables pérégrinations de l'autre monde. Sans contester sa conviction à lui, je dis que la part de ses disciples, qu'on dit être nombreux, surtout en Allemagne, c'est le fanatisme de la crédulité. Ce fut là le produit de la doctrine du libre examen qui enfanta l'incrédulité du siècle dernier; et celle-ci, par un mouvement de réaction, qui n'est pas sans exemple dans l'histoire de l'humanité, jeta dans le fanatisme de la raison, qui n'est qu'une excentricité, une folie. La science de Svédenborg et sa conviction profonde ne sont pas des preuves suffisantes d'une mission divine. La science enflcy dit l'Aj^ôtre, et on peut ajouter que l'orgueil mène à la folie, et qu'il n'y a pas de conviction plus profonde que celle d'un insensé.
TACHON (Dom CaniSTOPiiB), Bénéilictin «Je Saint-Sever, bu diocèse d'Aire, mort en W93, se distingua par ses talents pour la ciiaire. On a de lui un livre intitulé : De la sainteté et det dtvuirt d'un prédicateur évangélique, etc., in-12.
TAKISSE (Do^ Jbati-Grêgoire), né en 1575 à Pierrc-Kue, dans le Bas-Languedou, fut le premier général de la con^égalion de Saint-Maur, qu'il gouverna dej>uis 1630 jusqu'en 16V8, année de sa mort. II éclaira son ordre par ses lumières et l'édifia par ses vertus, Hien n'égala son zèle pour le rétablissement des études. On a de lui des Avis aux êupérieurt de sa congrégation, in-12, 1632.
TAULKR (Jean), Dotninicaiu allemand, né vers t274 Ë Strasbourg, ou. comme d'autres le pensent, h Cologne, se distingua dans ces deux villes par son talent pour Ta chaire et pour la direction. 11 mourut, en 13U1 , à Strasbourg, où l'on voit encore son tombeau. Bossuet le regardait comme un des plus solides et des plus corrects mystiques. On a de lui ; 1* Des Sermons, Cologne, 1695, in-4°; 2* intlitulionrs divinœ, 1623, in-fc"; 3' Une Vie de Jésus-Christ, in-8*, 1548. Ces ouvrages ont été traduits en français, et particulièrement les Institutions divines.
TAVELLI (Josbpb), né en Italie, dans le Bressan, le 6 octobre 1764, prit l'habit ecclésiastique en 1781. II donnait de grandes espérances, lorsque la mort l'enleva, le 24 octobre 1784, à Brescia, à la Heur de l'âge; quoif^ue n'ayant que vingt ans, il laissait plusieurs ouvrages, et entre autres : Saggio detlH dottrina de Padri greci , intorno alla predettinazione ed alla grazia di Gesu Chrislo, con alcune riflessioni, etc. ; Pavie, 1*^.
TAVELli (Jean), religieux de Tordre des Jésuites, évéque de Ferrare, florissait au xV siècle. Un savoir éminent et une vie sainte Je firent élever & l'épiscopat. Mais il vécut dans son palais épiscopal avec la même simplicité que dans son cloître, il assista, en 1438, au concile général de Florence pour la réunion de l'Eglise grecque à relise latine. 11 mourut en 1446. Outre plusieurs ouvrages et des Sermons, il a
(53) Eisai iiir la théologie eoa$idérée dam let rapporu avec la phyiiologU et la médecine, par M. Dk- BBETîiE, prÈtre. docteur en mÉdcciiie lîe h FaculK? do Paris : ouvrage cjuc nous citons suus le rapport médical et physiologiqui;.
(54) Quant au caractère, qui 3 toujours une conneiion avec le tempérament, pluaieuig auteurs ont examiné en quoi il consiste ; tes uns pensent que c'est le tempérament de rtiimime qui furnie son caractère propre ei distinclif. La raison qu'ils e,n donnent, est que la cunsiilutiun phvsique a une telle influence surlcs niouTcments de 1 âme el du cnrps, qu'il nouj> met dans une espèce de nécessité de suivre son impression. Les autres diseni, et avec plus de probabilité, que le caractère est one inclination nalurclic ou acquise qui nons porte au bien ou au mal
laissé : 1° Tratlato âella profezione délia vila spirituale, 1580; 2° La Traduction de plusieurs livres tic niélé pour l'oljiène, sœur du Pape Eugène IV.
TEMPERAMENT. — Un confesseur, pour bien diriger son pénitent, doit eonsidérer attentivement son tempérament et y accommoder sa conduite. Avant de donner les raisons qui obligent le confesseur à conduire la personne qui est sous sa direction, suivant son tempérament, nous allons exposer ce qu'on entend par tempérament. On entend par tempérament, ail le docteur Debre.yne, certaines différences physiques et morales, remarquables, que irésenlenl les hommes, et qui dépendent de la variété des rapports et des proportions de l'organisation humaine. Ce qui établit donc essentiellement le tempérament, c'est la prédominance d'organisation et d'aitioa d'un système d'organes sur les autres. Ainsi, si le système sanguin ou circulatoire , par son développement inné ou acquis, prévaut sur tous les autres systèmes, le tempérament sera sanguin, et ainsi des autres. Il est aujourd'hui inutile de chercher hi" grande influence qu'exerce le j Je moral; c'est là une vérité i viale à force d'être rebattue et tous les esprits. Mais, ce qui es nu, c'est l'immense influence i ments sur le moral ou sur les fi lectuellcs, morales et même l'homme, c'est-à-dire son esprit, son génie, son humeur, ses goûts, ses inclinations, sa moralité, son heureuse aptitude à la vertu, son malheureux penchant au vice, etc. (53.)
L'on admet quatre principales espèces de tempéraments , qu'on appelle des tempéraments types, primitifs et purs, savoir: le tempérament sanguin, le bilieux, le lymphatique et mélancolique, auxquels nos physiologistes, surtout les modernes, ajoutent différentes sortes de tomjiéramenls mixtes h raison de plusieurs variétés et d'une foule de nuances qui st" trouvent dans les tempéraments types et primitifs (54). Cela posé, nous disons :
Il n'y a point de directeur qui ne doive
et qui distingue chaque individu de ses semblaliles. Celle inclination ou ce penchant est dans la nature de l'homme; il l'npporie en naissant. L'oi^anisalion du corps conrourt, il est vrai, ï le Toriner, mais il a son principal siège dans l'àmi:: c'est là qu'il agit, qu'il remue TortemeDl nos raciillés intellectuelles, et qu'il porte notre volonté au bien ou au mal, si'Ioii qu'il est bien ou mal réglé. S'il est bien i^glê, il est une faveur du ciel; s il est désordonné, Il est un malheur, dont cependant on ne peut se plaindre, éianl lui -même une suiie du pèche de notre premier père. Mais, quclgue mauvais qu'il soit, on peut le corriger et le reformer, ainsi que l'atteste l'eipérience, comme on peut éfialcmeui vicier un caractère bon et heureux.
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être convaincu que, dans la conduite des âmes, il ne faille faire une grande attention aux tempéraments de's pénitents. Dans cette sublime direction, nous devons imiter Dieu lui-même, qui s'accommode à nos tempéraments pour parvenir à ses fins dans l'œuvre de notre sanctification : il nous ajoute «es grâces qui sont secrètes ou éclatantes, lentes ou promptes, douces ou fortes, selon la nature du tempérament d'un chacun. II attend nos moments favorables, où il puisse, d'une manière plus naturelle, faire son entrée dans notre âme ; c'est pourquoi il s'accommode de telle sorte à la disposition de notre tempérament, que, ne lui faisant nulle violence, la chose va jusqu'à nous inspirer le plus grand respec t pour sa conduite a notre égard. L'on peut donc dire, qu'un confesseur qui ne considère point le tempérament des personnes qu'il conduit, pour s'y accommoder dans la douceur de l'esprit de Dieu, ne va pas moins contre Tordre de la grâce que contre celui de la nature. D'ailleurs, un ouvrier ne s'accommode-t-il pas toujours à l'espèce ou plutôt à la nature de la matière sur laquelle il travaille pour lui donner la forme dont elle est susceptible et qu'il vemt lui donner? Mais, si Ton en use ainsi sur un être brut et inanimé, la raison ne dictera t-elle pas de ne joint agir différemment à l'égard d'un être libre, pour imprimer avec la grâce toutes les formes divines qui ["ieuvent lui être inspirées? N'est-ce pajs par ce moyen que Ton trouvera dans le pénitent toute docilité? Car, ne cherchant qu'à le mener par des voies conformes à son" tempérament, guelle résistance opposera-t-il à ce qu'on exigera de lui? Aura-t-il |beaucoup de répugnance à s'y soumettre ? Qu'on ne dise pas que cette conduite est purement humaine et naturelle , et qu'on s'éloigne ainsi de celle de laf grâce, puisque la nature do l être assujettie et non satisfaite; car, nous ne prétendons pas que le confesseur doive se conformer au tempérament et aux inclinations de ses pénitents pour en seconder les erreurs; mais bien pour les corriger plus efficacement et par une manière plus douce, qui rencontrera toujours moins de répugnance dans la nature. Celui qui coupe un tronc d'arbre, s'il veut le fendre en travers, n'en viendra point à bout; mais, s'il le prend |)arla veine, il le fendra facilement. Ainsi, le confesseur, en se conformant au tempérament de son pénitent et usant de cette adresse, ne favorise point le tempérament, comme pour Tenlretenir dans des bornes* toutes naturelles ; mais il s'en sert avec prudence pour faire arriver le pénitent aux fins surnaturelles que se propose la grâce qui, par ce moyen, le purifie et le sanctifie» Les maîtres delà vie spirituelle font observer qu'une des grandes adresses du démon^ pour perdre l'homme, est de savoir bien s'accommoder à son tempérament et à toutes ses humeurs pour le porter plus facilement au péehé ; on remarque même que, dans les possessions, les démons qui animent les possédés leur sont ordinairemei^t sympa-
thiques : un oémoD furieux animera un homme d'un tempérament bilieux, emporté; un démon impur en animera un autre cKun tempérament sanguin, etc. L'on voit assez par là combien il est à propos que le confesseur examine attentivement le tempérament de son pénitent et s'y accommode autant qu'il peut, afin de s'en servir avec avantage pour l'œuvre de la grâce. Du reste, qu'on y réfléchisse, pour bien conduire les âmes , il faut savoir faire le discernement des esprits, et bien saisir le caractère d'un chacun; autrement leur direction sera aveu-
§le et téméraire; or, pour faire ce juste iscernement, il faut savoir faire celui du tempérament, afin de donner à chaque r énitent ce qui lui «st propre et ce qui lui convient. Penser mener des personnes de tempéraments différents parles mêmes voies, c'est vouloir les conduire par des voies opposées à l'exigence de leur fonds, ne f as s'accorder avec la grâce dans sa conduite à leur égard, et détruire dans leur conscience au lieu d"}[ édifier. Si Ton voit tant de pénitents qui se découragent, se rebutent et s'aigrissent, n'en doutons pas, la plupart, c'est parce que, dans la conduite qu'on tient • par rapport à eux, on ne fait nulle attention à leur tempérament, que l'on n'a aucune condescendance à leur égard et qu'on veut les conduire par des principes trop élevés, sans s'abaisser au tempérament pour en prendre une des règles de la conauite qu'on doit tenir avec eux. Voyons maintenant comment on doit conduire chaque pénitent, suivant la diversité de son tempérament.
Diverses ma!<iières de conduire chaqus pénitent en particulier, suivant la diter-
SITE DE SON TEMPÉRAMENT. — AprèS aVOir
démontré qu'une sage direction demande que le coniesseur conduise ses pénitents selon leurs tempéraments, il nous reste à l\ii indiquer la manière d'agir avec chacun en particulier, suivant la diversité de son tempérament. C'est ce que nous allons faire; et, comme nous avons distingué quatre espèces de tempérament, nous diviserons no^ tre matière en quatre parties :
!• Tempérament sanguin, — Le tempérament sanguin, dit M. Debreyne, est le produit de 1 activité prédominante du système vasculaire ou circulatoire, c'est-à-dire sanguin. Ses attributs physiques sont une taille avantageuse et bien prise, une physionomie animée, le teint vermeil, un visage riant et fleuri, des yeux vifs et brillants; les membres sont souples et asiles, les mouvements libres et lestes. Les formes douces et gracieuses mais bien exprimées, et les chairs fermes et compactes forment un état mitoyen entre l'obésité et la maigreur, les cheveux sont d'un blond tirant sur le châtain, etc.
Attributs moraux. — Chez les sanguins , les sensations sont très-vives; les fonctions intellectuelles s'exécutent avec aisance, la mémoire est heureuse, l'imagination vive et brillante, la conception est prompte; ils
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D'ASCETISME.
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saisisseai facilement ce qu*ûn leur ensei-
fne, mais ils passent rapidement d'une idée une autre, ofîrent peu de constanjce et de fixité dans leurs iaées, et sont impropres aux profondes et longues méditations, etc.
Vivacité, amabilité, générosité, franchise, bienveillance, cordialité, dévouement, vo là le caractère moral de l'homme à tempérament sanguin. II est bon, complaisant, doux, humain, compatissant, affectueux, courageux. 11 est d'un abord aisé, d'un commerce agréable ; mais il est , en général, fort léger et très-inconstant : on |»eut même dire que la légèreté jointe à l'inconstance est un (10 ses principaux attributs. Ses goûts dominants sont tous les plaisirs des sens et principalement les voluptés charnelles, les plaisirs de la table, les jeux, lamour excessif et le soin recherché de sa personne, les vanités, etc. Ses vices dominants sont l'intempérance et l'incontinence.
Un autre auteur a très-bien dépeint le caractère inconstant des personnes sanguines : «Aujourd'hui, dit-il, elles embrassent un parti avec rthaleur et demain elles l'abandonneront. Après une lecture ou un entretien de piété, elles sentiront une ardeur sir^gulière pour les choses de Dieu ; mais bientôt après elle^ laisseront s'éteindre ce beau feu que l'Esprit saint avait allumé dans leur âme. Quand eLes en voient d'autres qui marchent à grands pas dans la voie du salut, elles forment la résolution de les imiter; pendant plusieurs jours, elles brûleront d'un saint zèle; mais cet élan si louable, ce zèle si ardent et si chrétien, se ralentit bientôt, leurs forces spirituelles diminuent, leur r.ourage les abandonna, et elles retonobent dans leur coupable indolence.
Elles entreprennent tout et n'achèvent rien. Leurs projets si beaux, si louables dans leurs principes, sont comme des enfants qui meurent en naissant; leurs entreprises si bien conçues, si heureusement commencées, sont sans résultat, parce qu'elles ne les poursuivent pas avec assez de persévérance.
Si elles prient, ne persévérant point dans la prière, s en dégoûtant aussitôt, elles n'obtiennent point sur leurs ennemis la victoire qu elles avaient lieu d'attendre. Si elles aperçoivent dans leur Ame des habitudes coupables qu elles désirent déraciner, elles prenneiit de sages mesures pour y réussir; mais, si leurs premiers efforts ne sont pas couronnés de succès, elles perdent courage et laissent leur conscience en proie aux vifs remords. » Ajoutons que les personnes san- ^ines sont très-porteesà perdre leur temps inutilement , à converser avec légèreté , à trouver leur plaisir à railler, à rire, à rap- IK)rter ce quelles savent, à s'occuper de nouvelles, à se remplir de vanité, à s'affectioaner à ce qui ne convient pas, à contracter facilement des amitiés , et les rompant avec la même facilité, ^ vivre délicatement,
(5^) c La régime animal est pias propre ao développement du tempérament sanguin, que tout auioizeore d'ulimcutuliou, c^^mme on Tobserve chez
et finalement à avoir en horreur la pénitence.
Cela posé, nous disons : La conduite du confesseur à l'égard des personnes d'un tempérament sanguin, doit être surtout pleine de bonté. 11 doit commencer par leur témoigner de l'affection , parce qu'il n'y a rien qui gagne ces esprits comme une affection témoignée, de même que rien n'est plus capable de les rebuter qu'une conduite trop austère ou trop sérieuse , que de prime abord, tiendrait à leur égard le confesseur. 11 faut ensuite leur adoucir, autant qu'on peut, les voies de; la vertu, et ne rien leur présenter qui soit dur, rien qui affecte désagréablement leur esprit ; ne point leur parler des périls qu'on rencontre dans le chemin de la vertu, ni des grandes violences qu'il faut se faire pour y avancer; mais, au contraire, leur montrer que tout est facile avec la grâce, et que la manière la plus douce de vivre en ce monde est de jiratiquer la vertu et de servir son Dieu : car ces personnes sanguines sont très-délicates à cause de leur tempérament, qui est le principe de leur délicatesse. Le confesseur doit ensuite mettre tous ses soins à purifier leur cœur, parce que le cœur est ordinairement le principe de tous leurs désordres, puisqu'elles ne s'égarent guère que par les mouvements d'une affection déréglée.
Comme les hommes à tempérament sanguin sont des hommes de plaisirs, ils sont naturellement ennemis de la pénitence et de la mortification chrétienne, et sous ce rapport il faut beaucoup moins exiger d'eux que de ceux qui sont d'un autre tempérament. Sans cesse dominés par la loi de leur organisme, et poussés incessamment par la fougue de leur tempérament et des passions qu'il favorise, ils seront bientôt ramenés à leurs plaisirs criminels, si, par les soins du confesseur, ils n'exercent une grande surveillance sur eux-mêmes. Etant légers et inconstants, il faut peu compter sur leurs promesses, à moins que l'on ne soit parvenu à leur inspirer de l'amour pour la beauté de la vertu, ou du moins à les habituer à la pratique des vertus morales. On doit d'abord exiger dé ces sortes de personnes des vertus analogues à leur caractère et à leurs goûts, comme des actes de générosité, de dévouement au service du prochain, des offices de la charité; de bienveillance, l'aumône suivant les circonstances, et peu à peu on viendra à retrancher le luxe, ou la supcrfluHé de la table; et pour cela, on ne peut rien faire de mieux que d'exercer fortement le corps par un travail manuel, afin de dissiper ou de prévenir l'exubérance nutritive, et d'émoœser le sentiment de la volupté, dit M. Debreyne (55).
. Quaûd une personne à tempérament sanguin et caractère inconstant commente à entrer dan^ les voies de Dieu , il faut bien
les Anglais. Le tempérament sangoin est aussi celui mii domine en France, le midi pourtant excepté. » (M, Debbevnc.)
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la convaincre que rien n'est plus nuisible que rinconstan^e dans la vie spirituelle et dans l'affaire du salut , puisqu'il est écrit que celui cpii met la main à la charrue et regarde derrière lui n'est nas propre au royaume de Dieu [Lue, vi , 6i) ; que c'est cette inconstance qui refroidit notre zèle pour Dieu, qui éteint le beau feu de la divine charité et qui nous fait tomber les armes des mains au plus fort du combat; que c'est elle qui fait échouer les meilleures entreprises et qui est la cause du relâchement dans les devoirs de la religion , et met le salut dans le plus grand péril.
Après leur avoir démontré tous les dangers de Tinconstance et de ses déplorables effets , il est à propos de prescrire à ces f)ersonnes des exercices de piété qui conviennent le plus à leur tempérament et à leur humeur : elles en contracteront plus aisément l'habitude et y persévéreront plus cons* tamment. Par Un tel moyen , de sages directeurs ont élevé plusieurs de ces personnes h un très-haut degré de perfection.
Lorsque les personnes d'un tempérament sanguin s'adonnent à la piété et qu'elles veulent se livrer à des austérités , bien des raisons obligent un confesseur à ne leur en accorder qu'avec beaucoup de modération , parce qu'à cause de leur tempérament , elles s'échîuffent facilement , ce qui ne pourrait que favoriser leur penchant à l'incontinence, et que , quelque portées qu'elles soient aux macérations , la sensibilité de leur tempérament demande qu'on les ménage, de crainte que, vu leur inconstance naturelle, elles ne viennent à se dégoûter de la pénitence. Quant aux instruments de pénitence , tels que ciiices de crin , idisciplines , etc. , je serais assez d'avis qu'on ne les leur permît î»as : tout ce qui peut échauffer leur est dangereux. Cependant, il faut les porter particulièrement à la haine de leur corps et à le mortifier en ce qui ne peut nuire à la santé; car il n'est pas de personnes qui aiment leur corps comme les gens sanguins, et il importe dès le commencement de baser leur vertu sur cette haine et celte mortifia cation.
Pour les accoutumer à l'oraison il faut d'abord ne leur suggérer que des sujets doux, consolants, capables d'exciter leur coiîipassion, leur affection, tels que la Passion du Sauveur, les beautés du ciel, les miséricordes de Dieu , etc. : ces matières douces et affectueuses trouvent chez ces personnes un fonds tout préparé , parce que leur tempérament, étant de lui-même tendre , sensible , s'accommode très-bien à des sujets d'oraison qui in<îpirent la douceur, l'affection ou la compassion. Quand elles se portent avec ardeur à ce saint exercice, il faut leur recommander de ne pas faire de grands efforts pour s'exciter, s'échauffer, car rextréme facihté qu'elles ont d'être émues ferait que cette chaleur ne serait que l'effet d'une opération purement naturelle. On doit également les convaincre mi'elles ne doivent ,pas faire grand cas de leur tendresse et
môme des larmes qu'elles pourraient verser dans l'oraison, leur montrant Qu'elles doivent les regardet comme des iaiblesses de leiu* tempérament, qui s'attendrit de peu.de chose, afin de les tenir par là dans rhumilité. Comme elles sont particulièrement |>ortées à s'affectionner à des personnes qni sympathisent avec elles, le confesseur doit veiller avec soin à ce qu'elles ne contractent aucune liaison qui puisse leur être dangereuse, mais, surtout, prendre garde qu'elles ne s'attachent pas dérèglement à lui ; car, lorsque leur cœur a été dépouillé de tout ce qu'il aimait, il ne manque guère de se prendre à un directeur, de môme que celui qui manque d'appui de tout côté , s'attache à ce qui lui reste. C'est pour cela gu'H ne doit traiter avec ces personnes* qu'if a déjà formées à la vertu, qu'avec beaucoup de graviti et de retenue, ne souffrant aucune visite qui ne serait pas nécessaire.
2° (Tempérament bilieux.) Pour bien connaître le tempérament bilieux, il faut en considérer les attributs. C'est ainsi qu'ils sont décrits par M. le docteur Debreyne :
Attributs physiques.—Là taille est*^ médiocre, la charpente forte, il v a maigreur ou très-peu d'embonpoint, les formes sont bien marquées, mais rudes, les chairs fermes, les muscles vigoureux et saillants, les veines très-apparentes, le visage sec, le teint jaunâtre, sur un fond plus ou moins brun, les yeux vifs et étincelants, les cheveux noirs, parfois crépus, et tombant de bonne heure. La prédominance du système hépatique ou du foie, qui est l'organe sécréteur de la bile, im-
f>rime son cachet à tout l'organisme , et de là a dénomination du tempérament bilieux, dont le teint jaunâtre et les cheveux noirs sont les deux principaux caractères physiques.
Attributs moraux. — L'homme bilieux est doué d'une grande capacité de conception , montre beaucoup d'imagination, un. jugement solide et refléchi, et généralement il y a plus de génie que d'esprit. Ainsi, il est propre aux sciences et aux méditations fortes et abstraites. Son caractère est ferme et inllexible, ses passions sont fortes, plutôt égoistcs et concentrantes, qu'affectueuses et expansives; mais sa passion dominante, e*est l'ambition, comme l'amour chez le sanguin. Les bilieux sont jaloux, défiants, prévoyants, dissimulés, taciturnes, d'un abord sec et brusque, d'un commerce difficile et dur. Ils sont vifs, actifs, impérieux, emportés, entêtés et opiniâtres... Etant naturellement très-impérieux et entiers, ils sont fort attachés à leur sentiment... Leur caractère sournois, sombre, taciturne, dissimulé, défiant et soupçonneux, les rend très-difficiles à conduire, parce gue tous ces défauts cachent et couvent toujours chez eux un germe secret d'orgueil et d'ambition. Ils sont cependant capables de beaucoup de vertu par leur courage et leur constance, comme ils sont capables de grands crimes.
Un autre auteur en fait le portrait suivant : « Les gens à tempérament bilieux ont pour
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compagne rarrogance et la volonté d'être îoujours âu-dqssus des autres ; ils ne cèdent jamais, pas^meme à la vérité connue ; ils suivent presque toujours en tout leur ambition ; iJs veulent que tout serve à les faire valoir ; ils se mettent peu en peine d'incommoder les autres» pourvu qu'ils s'arrangent eux-mêmes; ils blâment tout ce qu'ils voient, pour paraître en savoir davantage. Si néanmoins ils trouvent une forte résistance, ils cèdent J il suffit de les abattre pour qu'ils ne puissent plus- opérer. Ils se louent sans cesse; racohlant volontiers leurs ptopres événements, exagérant leur habileté, présumant de leurs forces^ parlant beaucoup, interrompant les autres pour n'avoir pas l'ennui de les écouter, se moquant de ceux qui sont au-dessus d'eux, désirant toujours être distingués, mentant, parlant h double sens, aussi faciles h reprendre les autres qu'à ne pas souffrir d'être repris et encore moins d'être corrigés, accoutumés qu'ils sont à couvrir leurs fautes et à se cacher; ce sont là et beaucoup d*au* très, les défauts des tempéraments bilieux, qui se corrigent ensuite par la grâce et les soins d'un sage directeur, mais qui ont besoin d'un bras fort pour les bien guider. »
Voyons maintenant la manière dont un confesseur doit se conduire avec les gens à I tempérament bilieux, pour les bien diriger. Il y a ici deux choses à considérer, les maximes qu'il faut leur inculquer et la manière de les leur présenter ou de traiter avec eux. Quant aux maximes qu'il faut leur inculquer, on doit avant tout, lorsqu'ils commencent à se tourner vers Dieu, leur inspirer iaraour de la vertu; car, une fois qu'ils en I auront goûté les charmes et la douceur, aucun sacrifice ne leur coûtera pour la pratiquer : comme ils sont doués a*un caractère ferme et inflexible, ils montrent dans l'exécution de leurs désirs une constance à toute épreuve ; aucun revers, aucun obstacle no rebute leur invincible persévérance, qui est ordinairement couronnée de succès; si Ion est assez heureux pour les faire entrer dans Jes voies de l'humilité chrétienne, ils peuvent parvenir en très-peu de temps à un haut degré de vertu et de sainteté. Une fois qu'ils ont goûté les voies de Dieu et qu'ils y sont entres, comme ils mettent une ardeur extrême dans ce qu'ils font, il faut leur recommander avec çrand soin de faire extérieurement toutes cnoses avec beaucoup de modération, étudiant leurs paroles et leurs actions, et de veiller à ce que les opérations de leur intérieur se fassent sans chaleur et avec toute la paix et toute la tranquillité imaginable. Cette modération, cette paix, cette tranquillité seront comme une eau répandue sur 1 ardeur bilieuse de leur tempérament, qui pourrait les porter à une ferveur indiscrète, si elle n'était pas modérée.
Si l'oraison doit être recommandée à tout te noonde, elle doit l'être surtout à ces personnes; car, il n'est point d'exercice plus capable de tempérer la fougue d'un tempérament bilieux : c'est dans le temps de lorailon que l 'Esprit-Saint fait couler la paix et
Dictionnaire D'ÀscéTiSME. II.
le calme dans l'âme, et modère le tempérament le plus agité. Il est également trèsutile d'inspirer souvent à ces esprits ardents et souvent emportés les maximes de la douceur chrétienne ; et pour cela, il faut leur mettre devant les yeux la douceur inefifable de Jésus, les porter à contempler souvent l'aimable simplicité de son enfance, la bonté et la douceur de ses conversations, la suavité de ses mœurs et sa divine modestie. Ce tableau est très-capable de leur communiquer de douces impressions, puisqu'il est naturel qu'on prenne l'esprit du moaèle que l'on contemple. Il importe aussi de recommander à ces personnes de s'abstenir de toute dispute dans les conversations, de ne prendre feu à quoi que ce soit, et de s'accoutumer à ne point contredire les sentiments des autres dans les choses indifférentes. Par cette manière d'agir, la bile de leur tempérament n'ayant plus occasion de faire ses sorties, prendra sa chaleur avec le temps, se ralentira et pourra à la fin s'éteindre. Par le même principe^ il est à propos que ces personnes ne fréquentent que celles qui ont des mœurs douces, fuyant, autant que le comportent la prudence et la charité, les personnes colériques et impétueuses ; car , comme la conversation des gens bilieux et emportés communique facilement aux euxire.s leur feu et leur emportement, de même la conversation des personnes qui ont l'esprit douX) pacifique, inspire insensiblement le même esprit à ceux qui les fréquentent.
Il est d expérience que ces personnes, uno fois animées de zèle et de ferveur pour leur sanctification, s'impatientent facilement contre elles-mêmes, quand elles tombent dans quelaue faute, et se découragent ; c'est pourquoi le confesseur doit instamment leur recommander de ne point se décourager quand, il leur arrive de faire quelque échappées do leur humeur violente, malgré leur résolution, mais d'être, dans ces- circonstances, fort douces à elles-mêmes, de compatir h leur faildesse et de conserver la paix intérieure, s'humiliant autant qu'il est possible en reconnaissant leur faute devant le Seigneur, et formant de nouveau le propos de se surmonter. Parla l'aigreur de leur esprit se tournera tout en douceur.
Quant à la manière dont le confesseur doit traiter avec les personnes d'un tempérament bilieux, pour réussir dans leur direction elle doit être pleine d'une douceur qui se manifeste non-seulement dans les cnoses qu'il leur-dit, mais encore dans le ton de voix qui los accompagne, afin que son exemple opère ce que souvent il n obtiendrait pas par ses paroles : ne laissant jamais rien sortir de sa bouche qui ne respire la douceur, la bonté, il adoucira par là leur bile, leur bumeiu*, et ne leur inspirera que des pensées de paix ; et par ce moyen il se défendra lui-même de toute mauvaise humeur à leur égard et de toute précipitation; car il estbien difficile que, lorsqu'un pénitent parle avec aigreur et un esprit emporte, le confesseur ne sorte de lui-même et ne
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s'impatiente, s*il n*est sans cesse sur ses gardes.
Comme ces caractères bilieux, une fois tournés vers le bien, ont, pour l'ordinaire, beaucoup de ferveur, il ne faut jamais les trop presser pour les animer à la piété; autrement ce que Ton ferait ne servirait qu'à échauffer leur bile et à les porter à suivre dans leur dévotion Tardeur naturelle de leur tempérament; il est donc à propos de leur parler, non avec feu. mais avec beaucoup de .modération. Quant ils témoij^nent une trop
f;rande ardeur, soit pour Toraison, soit pour es austérités, il faut également les modérer, parce que l'ardeur de leur tempérament les portant naturellement à tout ce qui est extrême, on ne manquerait pas de les ruiner d'esprit et de corps, si l'on secondait tous leurs désirs. Il en est de même de leur ardeur pour les bonnes œuvres : quand ils veulent courir à toutes les œuvres de piété, il est à propos de les arrêter et de les retenir pour un temps dans une vie cachée, obscure, jusqu'à ce que leur grand feu se modère et qu'ils aient appris à ne plus tant aimer à paraître, car tous les mouvements qu ils ont ne sont que les mouvements -d'une nature impatiente et précipitée, à qui Ton ne doit pas moins apprendre à acir avec modération qu'à aimer la vie humbJe et cachée. Pour les plier à l'obéissance, il est utile de leur refuser souvent ce qu'ils désirent avec ardeur, tel que certaines macérations, certaines œuvres de piété : ils ne perdront pour cela rien de leur mérite ; ils apprendront à vouloir les choses en paix et sans empresse raeat, et comprendront, par ce refus, qu'ils doivent i^référer l'obéissance à tout.
Lorsque ces personnes font quelque faute, il ne faut jamais les corriger par des paroles dures » mais le faire avec toute la suavité possible, car ces sortes de personnes sont,
Sour l'ordinaire, étrangement irritées par es corrections dures et sévères , tandis qu'une correction douce et suave est pour elles uûe huile qui adoucit leur âme, y porto la paix, et une eau qui éteint le feu ae leur emportement. De même, lorsqu'après avoir
*^ (56) Gomme il y a dans les tempéraments plusieiirs variétés et une foule de nuances plus ou moins mixles, les màlecins admettent encore le tempérament bilieux-sanguin ou sanguin-bilieux, suivant la prédominance organique.
c On reconnaît le tempérament bilieux-sanguin, dit le docteur Debreyne, à un coloris moins vif et moins ronge de la figure, à une physionomie un peu dure, à une légère teinte brunâtre ou foncée de la peau, aux cheveux plus noirs. Les sensations sont vives, rintelligence très-développéc, le jugement solide, la mémoire heureuse, Timagination vive; en un mot, ou observe toutes les qualités de Tesprit du bilieux pur, mais plus douces, plus calmes et plus polies. L'esprit conservant toute sa vigueur a perdu * son àpreté et sa rudesse... On trouve dans le caractère du bilieux-sanguin la fermeté et la constance jointes à la douceur et à Taménité. Les passions, en général quoique fortes, énergiques, sont tempérées par la fiolitesse et par le charme des formes sociales. L'amour des plaisirs sensuels et charnels est moins vif et moins impérieux, le tempé-
commis quelque péché elles reconnaissent humblement leur faute, il est à prt)pos de ne point marquer un grand étonnement, car, comme ces esprits chauds et ardents saisissent vivement les choses, ils s'abattent facilement et se désespèrent. 11 convient plutôt alors de relever leur courage et de les animer avec douceur à une grande confiance en la bonté de Dieu. Si leurs chutes étaient fréquentes, à cause de la violence de leur tempérament et de leur caractère, le confesseur devrait bien se donner de garde de s'impatienter jamais : il n'est rien qui soit plus capable de les faire rentrer en eux-mêmes et de les gagner, que la patience et la longanimité du confesseur, qui obtient souvent plus par ce moyen que par toute la force de ses remontrances (56).
3" (Tempérament lymphatique,) Le tempérament lymphatique, dit encore le docteur Debreyne, est caractérisé par une taille assez avantageuse, un corps, souvent assez volumineux et re[>let> ues chairs molles et iine peau lâche, décolorée, blanche et froide, surtout aux extrémités... Les naouvemenls lenls, tardifs et mesurés, le visage pâle ou légèrement rosacé, mais assez plein : la physionomie est tranquille , sans ou avec peu d'expression, et souvent assez insignifiante ; les yeux sont bleus, ternes, sans feu, le regard flasque et languissant, les cheveui blonds et cendrés, roux ou rouges, ou sans couleurs et plats, la barbe est blonde ou rousse, molle, fort légère, très-peu fournie, tardive, et souvent elle ne se développe quo longtemps après la puberté.
Attributs moraux. — Les facultés intellectuelles sont médiocrement développées, l'intelligence est faible, là mémoire infidèle, l'imagination froide, les sensations peu vives; cependant le jugement est droit et sûr. Les affections des lymphatiçiues sont paisibles et douces, mais sans vivacité et sans énergie. Un esprit de sagesse et de prudence leur donne un caractère excellent et sûr, une conduite pacifique et modérée, des goûts et des opinions qui sympathisent aisé» ment avec ceux d'autrui. Ils sont naturelle-
rament moins difficile ; la raison domine davantage» les exigences et les désirs de la cbair ; en somme il y a plus de ressource pour la vertu. Sous tous les rapports ce tempérament combiné ou mixte est préférable au sanguin ou au bilieux pur, II en est de même pour tous les auti-es tempéraments combinés ou mixtes. » Pour que IVconomic bumaine soit parfaitement barmoniqiic au physique comme au moral, il faut empêcher, autant que possible, qu*ancun système d'orpncs, ou si Ton veut d'un tempérament, n'acquière une trop grande prépondérance sur les autres, et aux dépens des autres; car, dans tout état d'association, le superflu de Tun est le nécessaire de Taulre. Les inégalités excessives deviennent toujours Forigine de toutes sortes de désordres et de perturbations. La santé parfaite du corps et de Tàme sera le résultat des mouvements harmoniques de la machine humaine, dont toutes les puissances, dans Tunité physiologique, sont sans ('«sse maintenues dans une juste et égale pondération.
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raenl amis du rej>os, lanl du corps que de Tûme et de Tespril, montrent peu de penchant pour les travaux qui demandent beaucoup d'activité, de hardiesse et de grands efforts. Leur naturel les porte puissamment à l'indolence et h la paresse. Ils sont calmes, doux, compatissants, affables, simples, sans malice, sans ruse, sans duplicité, ennemis du tumulte et des disputes; ils s'émeuvent difficilement, fis sont froids, iosouciants, lents, apathiques, c'est-à-dire peu sensibles, peu irritab les et peu impressionnables. Les passions tut bulentes et furieuses ne sont point dans \cur nature. Toutes les passions lymphatiques sont très-modérées. La patience et même la longanimité sont un de leurs principaux attributs : si les lymphatiques sont peu portés aux plaisirs de la cnair, ils aiment encore assez ceux de la table.
Quant à la manière de conduire les personnes à tempérament lymphatique et de les faire avancer dans la vertu, elle n'est pas une des moins difflciles dans la conduite des Âmes. Ces personnes, qu'on peut assez facilement former à une vertu ordinaire, ne sont nullement proi)res à des vertus qui demandent de grands sacrifices ; leur flegme apathique les en rend à peu près inca[»ables; d^aiJleurs, la grâce, qui s'accommode, pour l'ordinaire, au tempérament et au caractère des personnes, et qui, dans le cours de ses opérations, ne les élève jamais guère audessus d'eux-mêmes, ne trouvant, dans ces personnes, rien qui ait de l'activité et qui ne soit mou, ne s'en sert presque jamais pour des choses héroïques : c'est.une vérité qu'elles ne sont point nées pour de grandes (uioses. Leur indifférence extrême pour tout, fait aue presque rien ne les touche, que tout leur est, pour ainsi dire, également bon et mauvais, et que, d'accord avec tout le monde, elles n'opposent pas la moindre résistance aux volontés d'autrui, voulant tout ce que veulent les autres. A les voir, on dirait qu'elles sont douces, patientes, charitables, et que c'est la vertu de condescendance qui se rail tout à tous, dont parle saint Paul, qui les fait agir; mais, si Ion examine de près et qu'on fasse attention au caractère de ces personnes on verra que c'est souvent leur iiumeur froide qui leur donne l'apparence de toutes ces vertus , à cause du rapport qu'elles ont avec leur tempérament, et que cest leur llegme, qui, n'étant capable do prendre feu pour quoi que ce soit, suit tous les mouvements qu'on veut lui donner. C'est pour cela qu'un confesseur peut facilement se tromper sur le jugement qu'il porte de leur vertu, s'il ne fait point attention à leur tempérament et à leur caractère.
Mais, ce qui est fort à remarquer, c'est que si ces personnes sont chargées d'en gouverner d'autres, souvent, à raison de leur froideur et de leur grand flegme, elles ne verront guère plus les dérèglements d'autrui que leurs propres défauts ; et si elles ne peuvent passe dispenser de voir bien des choses déréglées, elles les excuseront lâchement Dar ce carcctère flegmatique qui ne se remue
de rien et ne prend feu à quoi que ce soit. Néanmoins, il faut le dire, si ces personnes sont froides, indifférentes pour toutes choses, elles ne le sont pas pour ce qui concerne leurs commodités et leurs aises : leur caractère, leur nature toute glacée qu'elle est, no manque pas de prendre feu, auand il s'ag't de leurs intérêts, et qu'on les blesse en quelque chose qui les regarde.
Pour bien diriger des personnes de ce caractère, il faut, quand elles commencent à se tourner vers Dieu, leur témoigner de l'estime. Comme elles sont timides, si on leur montrait quelque mépris ou qu on les reprît avec aigreur, elles se serreraient le cœur, et on leur fermerait la bouche, de sorte qu'elles ne s'accuseraient plus avec sincérité. Au contraire, si on les traite avec des démonstrations de bienveillance , elles se disposent à faire une confession sincère et à recevoir les instructions qu'on veut bien leur donner. Comme elles sont lentes pour le bien, surtout quand la peur ou la nécessité ne les remue pas, et que, même étant remuées, elles viennent bientôt à se ralentir par leur négligence, il faut combattre sans relâche la paresse, qui est leur passion dominante^ et cela, en les tenant sans cesse en haleine par une vie active , dont tous les moments soient remplis et utilement employés. « L'essentiel, dit M. Debreyne, est de leur faire éviter l'oisiveté et le désœuvrement, sans quoi vous les verrez livrées et abandonnées au vice, à la bonne chère, et, très-probablement, à l'onanisme; car leur caractère timide et indolent les portera plutôt aux déaordres solitaires , auxquels elles sont toujours à même de se livrer. Le principe de ce vie e détestable ne sera pas chez elles un excès de sensibilité , comme chez un grand nombre d'autres sujets plus ou moins nerveux, mais le seul fait du désœuvrement joint à la bonne chère et à la boisson. Ainsi, il y à chez les lympathiques deux vices capitaux, immenses à combattre ou à prévenir, savoir, l'onanisme dans la jeunesse, et la i)assion de la boisson dans l'âge viril.
Une fois que, dépouillées de tout vice grossier, ces personnes entrent dans les voies cie la vertu , le confesseur doit bien se donner de garde de leur imposer beaucoup de choses a faire, parce que la froideur et la mollesse de leur caractère ne les rendent auère capables de quelque entreprise pénible, il faut commencer par les dépouiller de l'attache qu'elles ont a leurs commodités, à leurs aises et à différentes choses superflues dont elles sont en usage d'abonder, afin de les accoutumer avec plus de douceur à la mortifination, et de les disposer à un plus grand détachement, qu'elles pourront pratiquer . dans la suite ; et encore faut-il en cela procéder doucement et insensiblement, pour ne pas les presser au-dessus de leurs forces ; car elles ne sont pas capables de supporter à la fois un dépouillement total. Etant froides et pesantes, elles ont aussi le cœur froid et fmsillanime. Cependant il est* à propos de les presser quelquefois vivement ; comme,,
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pour Tordinaire, elles se flattent assez , il e^ d^one sage direction de troubler quelquefois leur tranquillité apathique, qui sans cela deviendrait toujours plus humaine et plus terrestre par la longueur du repos; de mAme qu'une eau dormante se corrompt tou- AJOUTS davantage quand elle n'est pas remuée. Lorsqu'il est question de donner ou de iSier à ces personnes quelque occupation intérieure , il faut éviter de leur assigner des matières terribles, capables de porter la frayeur dans les ftmes, car, ces esprits, à raison de leur apathie et de leur indolence, ne prenant feu à aucune chose, on travaillerait en vain, et on agirait alors, en quelque manière, comme si on voulait allumer un incendie dans Toau. Il convient do leur ins- Sirer ou de l^ur d-éterminer des sujets doux, ont ils puissent plus facilement s'accommoder, étant plus conformes au flegme de leur caractère.
Vu te naturel de ces personnes, on ne peut guère les engager dans quelque emploi considérable, car, passionnées pour le repos^ comme elles sont, s'il faut leur faire une sorte de violence pour les réveiller de leur fissoupissement dans ce qui concerne leurs intérêts spirituels, comment pourrait-on espérer qu'avec une telle apathie elles s'intéresseront soigneusement à ce qui est hors d'elles-mêmes? Comme le travail leur est à charge et qu'elles ne s'y livrent que le moins qu'elles peuvent, les choses qui leur seraient commises ne pourraient que languir et dépérir entre leurs mains par ce caractère flegmatique qui ne peut rien faire avec un soin très-exact, non plus qu'avec ardeur. De plus, étant pour l'orainaire incapables de grandes vertus, un confesseur qui voudrait les porter à des choses sublimes, en fait de vie intérieure, perdrait à peu près son temps. Cependant!, comme elles ont naturellement le cœur bon, n'étant point sujettes aux aigreurs de la bile, une fois qu'on est parvenu à éloigner d'elles les grands vices, on les forme assez facilement à une vertu ordinaire : leur humeur paisible , leurs mœurs pures et douces et leur esprit de modération concourent beaucoup à les rendre vertueuses. C'^st pourquoi il faut savoir se servir de ces dispositions pour les sanctifier et pour les
(57} Les médecins distinguent encore le tempérament lymphatique-sanguin ou sanguin-lymphali(|ue, suivant là prédominance organique, c Les individus qui sont doués de ce tempérament mixte, dii le docteur Debreyne, tiennent plus ou moins du sang ou du lymphatique. Us ont plus d'embonpoint et les formes sont plus arrondies que chez les sanguins purs. Leur physionomie est aussi plus fleurie, plus douce, plus animée que le visage pâle et terne des lymphatiques purs ; ils ont également les cheveux moins blonds et plus châtains. *
c L'intelligence des sanguins-lymphatiques est mëdiocre, ils sont incapables de beaucoup d'application; leurs passions sont douces et modérées, ils montrent beaucoup d'égalité dans le caractère, une gaieté franche, un goût pur; en un mot, ils sont spirituels, enjoués et d'un commerce en général très- •sréable. lis aiment assez les plaisirs, mais avec puis de sagesse et dejmodération que les sanguins
faire avancer, autant que possible, dans les voies de Dieu, ^ais , quelque désir gu'ait le confesseur de leur perfection, il doit éviter de le leur témoigner avec trop d'arcfêur, parce qu'étant elles-mêmes si apathiques et si froides, et n'aimant presque que ce qui est flegmatique, si le confesseur leur manifeste, par des démonstrations fort sensibles et fort obligeantes, le grand zèle qui l'anime pour leur avancement spirituel, elles pourraient croire qu'il agit humainement ou par un esprit d'intérêt. 11 est donc à propos do les traiter, pour l'ordinaire, selon leur humeur, et de ne pas leur montrer, en quelque sorte, moins de flegme qu'elles n'en ont, sans cependant manquer en rien de ce oui peut les aider et les porter à avancer dans la vertu. Pour les corrections, il est nécessaire de leur en faire de t^raps en temps, et toutes les fois que leur inlérôtspiritucl le demande : si elles ne sont par là, réveillées de leur engourdissement, il est facile à elles de dégénérer en une certaine paresse terrestre ei presque insurmontable; mais, dans les corrections qu'on leur fait, il faut apporter beaucoup de modération avec une grande fermeté. Ce n'est pas cependant que parfois on ne doive le faire avec feu et avec zèle, et même avec un peu de rigueur, surtout quand elies tombent dans quelques fautes plus notables, autrement, comme elles ont un caractère mou, un esprit modéré, et qu'elles sont exemptes de passions vives, elles se persuaderaient avoir une grande vertu, tandis que peut-être en auraient-elles à peine l'ombre. Les réprimfindes, les remuant et les animant, les tireront de leur erreur, interrompront leur repos oisif, et les disposeront à recourir au confesseur pour être tranquillisées, et par là elles donneront à celui-ci le moyen de Ie« faire sortir de leur assoupissement. Néanmoins, comme elles ne sont pas, pour l'ordinaire, capables de concevoir que l'on puisse parler avec une chaleur qui soit sainte , le confesseur doit être extrêmement prudent quand il est obligé de leur parler avec ri-
Speur. L'on voit par là combien de tact il 6ut à un confesseur pour bien diriger le» personnes à tempérament lymphatique et à ceraCtère flegmatique (57).
hè" [Tcm'péramtnt mélancolique [58]). Pour
purs. Cependant, malgré ces qualités naturelles, une éducation négligée ou mal dirigée peut faire fausser leur caractère, le rendre fi^oid et égoïste, et, former, en un mot, des sanguins-lympbatiques, des sujet» superficiels et médiocres, taiU sous le rapport iitiellectuel que moral. Mais, à part cette déviation, le moraliste prudent et éclairé les fermera plus aisément à la vertu que les sanguins purs, parce que toutes leurs passions sont en général plus modérées, et sont empreintes d'un caractère de OéxibUitc qu'elles tiennent de rélément Ijrmpliatique. > On voit par là que la conduite que doit tenir le confesseur avec ceux qui sont doués de ce tempérament mixte ne doit pas être la môme que celle qu'il doit tenir avec les personnes à tempéiament lymphatique pur.
(58) Un caractère sombre, méfiant, inquiet, rêveur, accompagne ce tempérament.
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D ASCETISME.
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caractériser le tempérament mélancolique, M. Debreyne s'exprime ainsi : « On peut considérer le tempérament mélancolique comme une exagération du tempérament bilieux, plus un excès de sensibilité; caries nerfs y sont pour autant que la bile. On y remarque une stature élevée, un corps maigre, erôle et sec, une flgure pâle ou jaunâtre, allongée, amaigrie, anxieuse et osseuse ; le regard est sombre, inquiet et triste, les yeux enfoncés, bruns ou noirs, les cheveux également noirs, les veines grosses et Irès-apj arentes. Tous les mouvements des mélancoliques sont lents et compassés, » etc.
Attributs moraux. — Les mélancoliques ont l'imagination très-vive, mais très-lugubre et exaltée, avec une force de mémci?c singulière Leurs sensations sont très-vives
et profondément et douloureusement ressenties; ils sont d'une sensibilité exquise ou d'une dureté stoïque.... Le mélancolique ne se plaît que dans la solitude, pour s'y livrer avec liberté à ses éternelles méditations ; il fuit les hommes.... choque tout le inonde, hors ses amis, auxquels il est Adèle. 11 est Ifès-vindicatif, et souvent il nourrit dans son cœur ulcéré des haines profondes, implacables, éternelles. Aussi, on le déteste, on le fuit ! Ses passions sont en général véhé- Uientes, explosives, et souvent dangereuses, mais il sait les dissimuler et les concentrer. Et si les passions de ce tempérament extraordinaire, en quelc^ue sorte accidentelles, ne sont pas refï^énées a temps par les principes religieux et une bonne éducation, elles produiront des hommes dangereux et insupportables à la société, ou des êtres bizarres, fantastiques et visionnaires, ou môme des chefs de partis, de factions, de sectes.... car ils sont souvent doués de talents et de grands moyens d'action sur leurs semblables....
Les i?ices dominants du mélancolique sont un orgueil secret, profondément concentré et dissimulé : la jalousie, la haine, l'envie, le désir de la vengeance , une tristesse pro-, fonde qui porte au désespoir et même quelquefois au suicide , un attachement excessif à ses propres idées, sans déférer au sentiment de personne, une opiniâtreté presque invincifcle à poursuivre des chimères au préjudice cJe ses de^voirs positifs et réels. « Nul autre peut-être que le mélancolique n'a au-^ tant d'eflbris à faire r>our pratiquer la vertu, bien qu'il soit généralement exempt des vices grossiers de la chair et des pteisirs ou excès de la table. Mais, si l'on est assez heureux pour lui inspirer l'amour de la vertu, sa fermeté et sa ténacité pourront le maintenir dans la voie droite , etc. Un autre auteur caractérise ainsi les mélancoliques : « Us sont taciturnes, rendent en peu de paroles ce qu'ils ont appris, surtout en mal ; ils sont caoliés et secrets, pour ne pas laisser connaître leurs projets, ou ce qui leur fait de la peine ou ce qui leur cause du plaisir ; ils paraissent ne pas s'émouvoir avec passion, mais, à la fin ils se laissent emporter à la colère ; ils sont peu courtois dans la société , ennemis de la gaieté, peu soucieux de plaire aux autres ;
personne ne leur étant agréable, ils sont ainsi ennuyeux à eux-mêmes et à ceux qui les fréquentent. Us sont incapables d'amitié, et peu reconnaissants des honnêtetés qu'ils reçoivent ; ils sont avares, payant difficilement ce qu'ils doivent ; ils sont très-réservés pour louer le bien, et faciles à croire le mal; ils sont ayides d'acquérir et durs à retenir, sans égard pour personne; ils méprisent le sentiment des autres, comme mal avisé, et donnent volontiers de mauvaises nouvelles ; ils refusent de rendre service, et, lorsqu'ils le font , ils en gâtent le mérite par la mauvaise grâce dont ils s'en acquittent. »
Quant à la manière dont le confesseur doit agir avec les mélancoliques, voici ce que nous croyons devoir exposer : Pour bien diriger et manier ces esprits , il faut beaucoup de tact et de prudence. Souvent, on en est très-embarrassé à cause de leur profonde rêverie, de l'attache à leurs idées, et de la bizarrerie de leur humeur. Pour réussir dans leur direction, il est nécessaire que la coa-duite du confesseur soit douce, pour gagner leurs affections; sincère, afin qu'ils ne prennent pas de l'ombrage et qu'ils n'entrent pas en méfiance; cordiale et amicale, pour leur donner la liberté de s'ouvrir et faire connaître leur intérieur. Il faut, de plus, donner à leur tempérament le meilleur tour possible, et ne pas leur refuser absolument toute solitude, parce qu'il n est pas prudent de refuser tout à leur humeur, quand la chose est indiiférente en elle-même ; mais il faut aussi savoir interrompre cette solitude, afin que leur huipeur mélancolique ne devienne pas trop sombre et trop noire par la longueur de la retraite. Du reste, souvent il faut leur donner extérieurement de l'occupation, car alors leur mélancolie, étant appuyée par l'action, n'est plus si sombre , et fa solitude devient beaucoup plus douce, quand ils y rentrent.
Lorsqu'un mélancolique commence à se tourner vers Dieu, il ne faut point, généralement parlant, le porter de suite à un trèshaut degré de vertu : ce serait l'exposer à un très-dangereux écueil, et à de grands scrupules, dont peut-être on ne le guérirait jamais, et qui enfin pourraient le conduire au désespoir, et lui faire perdre ou rejeter toute pratique de religion. L expérience est là pour attester plusieurs faits qui ne viennent que trop à l'appui de ce que nous disons. U iaut donc, pour l'ordinaire, dans les commencements, se contenter de conduire le mélancolique à un degré de perfection commune, et, {\o\xT l'y maintenir, le point essentiel est de 'essayer et de le distraire de ses rêveries et de ses mortelles tristesses, afin de le rendre inaccessible aux scrupules, auxquels les personnes mélancoliques sont fort sujettes, quand elles s'adonnent à la piété.
Les maîtres de la vie spirituelle font observer qu'il n'en est peut-être point qui tombent aussi facilement dans l'illusion que les personnes pieuses qui sont d'un tempérament mélancolique. La raison en est que nul ne tient aussi fortement à ses propres
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idées, à cause de Thumeur rêveuse qui les domine; se présentant intérieurement les choses avec une étrange vivacité, elles se persuadent que le rêve de leur imagination est un mouvement divin qui les attire au dedans d'elles-mêmes, loin des choses visibles; ce qui fait que, quelquefois, par une *^ douce mélancolie qui fes endort, elles ne plaisent qu'à elles-mêmes, et s'ensevelissent, pour ainsi dire, dans leur intérieur, Sar le moyen des rêveries de leur esprit, ont il n'est pas fecil^ de les désabuser ; elles aiment la solitude et la retraite si passionnément, que, pour ne pas en sortir, souvent elles se dispenseront de toutes les œuvres de charité, même les plus pressantes.
Il est fort à remarquer qu'à raison dç Tima- Çination extravagante de ces personnes, une infinité de soupçons et de bizarreries passent et roulent souvent dans leur esprit, et qu'elles ont une forte inclination à les manifester. 11 est du devoir du confesseur de leur interdire d'en parler à qui que ce soit, afin d'étouffer toutes ces folies ; la liberté qu'on leur laisserait de manifester ces extravagances, loin de les soulager, ne ferait qu'écnauffer leur imagination, et augmenter leur mal. Pe même, comme il arrive quelquefois à ces personnes de se figurer qu'elles ont des visions, qu'elles entendent des voix intérieures, ce qui ne provient que de la profondeur de leur mélancolie, qui fait dire a leur imagination tout ce qu'elle veut, le confesseur doit leur recommander instamment d'en détourner totalement leur esprit, de les mépriser, et de ne les écputer que comme des bruits importuns et mensongers.
Lorsque le confesseur s'aperçoit que son pénitent mélancolique s'attache extraordinairement à ses idées, il n'a rien de mieux à faire que de blesser son imagination par quelque objet saint et conforme à son inclination, l'appliquant à des matières qu'il sait convenir à la force ou à la douceur de sa mélancolie, telles que les sujets de la naissance, de la vie cachée et des souffrances du Sauveur, les beautés du ciel, la mort du juste, etc.; il le portera h s'en former des images vives, pour fixer et gagner doucement son imagination ; c'est le moyen qu'emploie, tous les jours, le démon pour perdre les âmes; car il tâche d'impressionner vivement l'imagination, par les objets mauvais qui sympathisent le plus avec le tempérament des person-
(.59) Suivant les physiologistes, le tempérament méiancoli(|ue peut être mixte, mélancolique-sanguin ou sanguin-mélancolique, suivant la prédominance organique ou mélancolique-bilieuse. Par rapport (lu tempérament mélancolique'bilieux, c'est ainsi que 6'exprime le docteur Debreyne; c Cette variété ou
Ï»lutét cet état, en quelque sorte maladif, n'est que 'exagération trè$-prononcée âçs tempéraments bilieux et ^léjancoliqués ;' cet ét9t est le résultat ordinaire de longues souffrances, soit physiques, soit morales, de profonds chagrins ou des travaux excessifs de l'esprit, ou enfln d'une piété ou d^une dévotion peu éclairée, fausse ou mal entendue.
c Cette espèce de tempérament pathologique, rend l'homme rude et aiistère à l'excès envers luimême et également dur et farouche à legard des
nés. Une fois que le confesseur aura gagné l'imagination de^on pénitent, en la remplissant d'objets agréables qui l'occuperont saintement, il doit peu à peu le faire entrer dans une vie intérieure beaucoup plus simple, lui apprenant à se défaire insensiblement de tous les fantômes qui blessent son imagination, et l'empêchent de faire des progrès dans la vertu. Si l'on ne se conduit pas ainsi avec ces sortes de pénitents, ils s'accoutument à n'agir intérieurement que d'une manière fort humaine, étant sans cesse dans le travail de l'imagination, qui retient toujours l'âme dans la bassesse de la matière. Mais, pour se défaire de ces fanlômes, loin de les combattre et de s'en tourmenter, il faut que le pénitent les méprise ; autrement il n en finirait jamais , 1 imagination ne pouvant alors produire que des fantômes. Le confesseur aoit, dans cette circonstance , encourager son pénitent, et l'engager à supporter patiemment ce supplice intérieur; en s abandonnant en sacrifice à toutes les peines que la mélancolie et Vimagination lui font souffrir par ordre de la Providence.
Les personnes d'un tempérament mélancolique, quand la mélancolie a de justes bornes, sont quelquefois nées pour de grân('es choses, et peuvent faire d'immenses [ ro^rès dans la vertu, si l'on sait se servir adroitement de leur humeur, parce qu'elles ont les sens bien moins disposés que les autres; leur humeur est plus rassise et ue leur [ erraet guère de se laisser aller à des manières évaporées, comme les personnes sanguines. Elles se fixent bien plus dans l'objet qu'elles méditent ; car, ce fond de mélancolie modérée s'attachant de lui-môme, par une constance qui lui est propre, à l'objet qu'il contemple, elles sont naturellement toutes recueillies; leur douce mélancolie les retire sans peine de tous les objets qui frai> pent les sens pour les concentrer en ellesmômci. Et, comme la contemplation ou la méditation des choses divines demande un esprit éloigné de la dissipation, toujours rétiré en lui-même et facile à se tenir attaché à son objet, il est aisé de voir que les personnes dont nous parlons v ont des dispositions très-favorables (59). C'est pourquoi, quand un confesseur rencontre dans un mélancolique un esprit bien fait, un jugement droit, quoique souvent emporté et balloté par la fougue de son imagination, il
autres. CeUe condition étrange et anormale peut facilement conduire au dernier degré de misanthropie, amcMerun désordre, une perturbation mentale ou une lésion affectiye, et avoir pour résultai final l'homicide ou le suicide. Il est donc très-important de surveiller de nrès ces sortes de personnes et de les traiter avec oeaucoup de prudence, de patience et de charité; ce que l'on ne pourra faire avec succès qu'après avoir gagné entièrement leur confiance. Et à cet effet il faudra s'appliquer à s'insinuer peu à peu dans leur esprit et danç leur cœor, h s'identifier en quelque sorte avec eux et ainsi, par cette conduite de douceur et de charité, on gagnera leur atrêctïon et leur confiance, on dominera tout leur être moral et intellectuel, et on leur sauxera a la fois l'âme, l'esprit et le corps, i
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peut, en bridant celle-ci, le diriger, le pousser sans crainte vers le but d'une haute perfection, le préservant avec soin de tout scrupule et des illusions auxquelles les mélancoliques sont très-sujets, à raison de leur î^umeur rêveuse.
Ùétude du tempérament n'est pas seulement nécessaire au directeur, elle 1 e*st même h tous ceux qui veulent avancer dans la
f perfection et ne point se faire illusion dans e chemin de la vertu.
Voici comment s'exprime sur cette matière le P. Guillori dans ses Maximes spirituelles :
« Je ne sais pas, Théonée, si je serais assez heureux pour débrouiller une matière aussi importante pour la vie spirituelle qu'elle est délicate, et que l'usage qu'on en fait d'ordinaire est sujet à l'illusion et à la tromperie; car on s'abuse si étrangement, et Ton prend si facilement le change dans la recherche des vertus, qu'on croit souvent eu posséder la vérité lorsqu'on n'en a que l'apparence; et, ce qui est de plus déjilorable , l'on se réjouit d'un bien imaginaire, comme si c'étaient de solides richesses.
« Je veux dire, pour vous en parler nettement, au'il n'est pas croyable combien Thumeur, la complexion et îe tempérament prévalent et dominent dans l'exercice de la vertu; cela vient de ce qu'on ne distingue pas assez l'humeur d'avec la vertu qui lui est conforme, et que l'on confond 1 un et i'autre avec beaucoup de facilité, car il y a de certaines vertus qui ont une ressemblance si naturelle avec le tempérament de certaines personnes, que presque tout le monde y est Irompé par une apparence spécieuse de sainteté que porte leur complexion, et prend ainsi fort aisément le tempérament pour la vertu.
« Souvenez-vous donc, je vous prie, qu'il est fort aisé de s'y tromper, soit que nous regardions les vertus dans les autres, soit quQ nous les considérions en nous-mêmes; c^r nous avons ordinairement ou de la com-
Î)laisance pour nous ou de l'admiration pour es autres, dans la vue de certaines vertus imaginaires qui n'ont que le dehors et l'éclat, et qui ne sont, en effet, qu'une véritable illu-sion.
« C'est pourquoi je vous avertis encore que l'on prend très-souvent pour une vertu solide ce qui n'est qu'une complexion grossière ou sensuelle. Celui - là pense au'un véritable zèle et qu'une sainte ferveur l'animent dans les moyens qu'il prend pour le salut des âmes et dans l'ardeur qu'il fait paraître pour cet emploi : je veux bien qu'il y en ait quelque chose ; mais, ce qui en fait d'ordinaire la meilleure partie et ce qui en est presque toujours le principe, cest sa complexion ardente et bilieuse qui n'aime rien tant que le bruit et l'action. Et, afin de s'en convaincre, qu'il fasse lui-môme un retour sur soi, et il verra combien il souffre impatiemment le repos de la retraite et d'une vie commune; et, ainsi que son humeur violente, comme un feu qui ne peut être ren-
fermé, demande toujours h sortir au dehors, et fait Tûme de ce qui nous parait être un grand z^le. Voilà comme la ferveur du jtèle et le feu du tempérament bilieux ont beau* coup de rapport.
« Un autre s'imagine que son cœur esttouché et brûlé d'un feu divin toutes les fois qu'il se sent intérieurement échauffé de certaines douces ardeurs, lorsqu'il est dans la contemplation, dans le discours et dans la lecture des choses divines; mais c'est une pure h'omperie et une dançereuse vanité, car je vous prie, Théonée, d'y prendre garde, et vous trouverez que sa complexion est sanguine et affectueuse, et que son tempérament, gui abonde en sang, est un fonds S[ui prend lacilement les tendresses et les eux de l'affection, sitôt que quelque douxobjet se présente à l'esprit, qui s'y attacheensuite encore davantage, sentant cette agréable opération; et là -dessus, il croit que tout ce feu est le feu d'un amour céleste. Son erreur vient de la ressemblance trompeuse du feu terrestre et du feu divin qu'il ne distingue pas.
« Il y en a d'autres qui semblent avoir la douceur d'une colombe et posséder en un degré éminent cette charmante vertu, par une participation abondante de celle de Jésus; vous diriez qu'il y a en eux une infusion de Tonclion divine répandue sur tout l'extérieur. Ahl détrompez-vous, je vous prie; arrêtez-y un peu les yeux, et vous verrez que leur complexion est froide et flegmatique, dont l'humeur grossière, étant difficilement émue, laisse je ne sais quelle fausse égalité que l'on confond aisément avec la véritable douceur, à cause do l'ap-
farente conformité qui se rencontre entre une et l'autre. Il y en a encore qui se persuadent jouir d'un profond recueillement que fait en eux l'esprit de la grâce, et être continuellement sous l'opération de Dieu; ceux-ci ne sont pas capaoles de s'en désabuser, Théonée, car c'est leur propre esprit 3ui les trompe ; mais, moi, je vous désabuse e ce que vous en pourriez penser. Examinez bien que c'est leur naturel, et vous découvrirez que c'est une complexion bien mélancolique et une imagination forte qui s'établi*. sans peine dans un faux recueillement, ai qui s endort assez doucement dans ce repos qu'elle se procure ; ohl qu'il en est de cette sorte, qui prennent leurs agréables mélancolies pour des contemplations, et qui se forment des suspensions, des quiétudes, des silences et des sommeils par les doux efforts de cette puissance Imaginative 1 Ne vous y laissez donc pas tromper, et que la ressemblance qui se trouve entre le véritable recueillement et une paisible mélancolie, ne vous les fasse pas confondre indilFéremment.
« Enfin, vous en verrez qui semblent brûler d'une ardente charité pour le prochain, qui ne sont que main et entrailles pour le secourir dans'la nécessité, et qui s*oublient d'eux-mêmes pour lui en faire un perpétuel sacrifice. Qui ne croirait que c'est ua cœur
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vraiment charitable qui les anime ? Et néanmoins, si vous les considérez de près, vous trouverez que ce sont des naturels bienfaisants et affables* qui ont reçu de la nature un esprit compassir^ qui sont nés à caresser et à obliger; oui veulcnl toujours être bien dans Tesprit ue tout le monde, et qui aiment le mouvement et Taction. Appellerez-vous cela une véritable charité du prochain ? Voilà comme ils tromf.ent les autres, et comme ils se trompent aussi eux-mêmes, se persuadant qu'ils possèdent une vertu dont ils n ont purement que l'éclat.
« C*est ainsi que le tcmpéran^ent, qui a beaucoup de rapport avec une vertu, se prend assez ordinairement pour elle, parce que Tun et Tautre ont tout le môme exercice, et toutes les mêmes inclinations en apparence, et c'est ainsi aue, par cette confusion de l'humeur avec la vertu, Thumeur et la complexion régnent communément dans toutes les actions qu'on appelle vertueuses. 11 en est à proportion, comme de ces vices dont parle saint Grégoire, qui ont une ressemblance si naturelle avec de ce» tainos vertus, qu'ils sont ])Our cela bien préjuidiciables à l'âme, parce qu'on les aime et qu'on les estime à cause de cette conformité, comme si c'étaient de véritables vertus; de même aussi la complexion naturelle, qui poile la teinture de quelque vertu, trompe par cette apparence, se laisant passer pour ce qu'elle n'est pas.
« Ce que je viens de dire étant bien compris, je veux, Thôonée, que vous concluiez avec moi, qu'il est très-dîffiî-ile d'avoir une vertu conforme à' son humeur et à son tera-
{)ôrament : car il ne faut pas que vous tomnei, dans l'illusion, ni que vous preniez la vaine occupation de l'humeur, pour l'exercice d'une vertu solide. Et la raison de cette vérité est que, si une personne n'est parfaitement convaincue qu'elle a besoin d'une vertu, elle n'a rien qui l'oblige ni qui l'occupe à travailler pour l'acquérir; car la nécessité à*iine chose est, d'ordinaire, ce qui produit en nous le désir de la posséder, et ce désir s'augmente à proportion de la nécessité que nous en avons.
« Si Ton ne comprend donc pas le besoin que l'on a d'une vertu en particulier, l'on se repose facilement, sans se mettre beaucoup en peine, [)arce qu'on la considère, ou comme un bien qui n'est pas fort nécessaire, à notre bonheur» ou comme un bien dont on a déjà la possession. Or, prenez garde à ce que je vais dire, pour vous convaincre entièrement de cette vérité. 11 est très-constant que celui qui est doux et débonnaire de son naturel, n'est pas bien capable de concevoir qu'il a besoin de la vertu de douceur, ayant en soi toutes les bonnes qualités que cette vertu a coutume de donner, et se persuadant qu'il jouit d'un bien qui est né avec lui; de sorte, que son tempérament froid, doux et modéré, lui fait croire aisément qu'il n'a plus besoiri de la vertu de douceur, et que ce serait un travail superflu et inutile que do travailler à l'acquérir. Une personne bilieuse et ardente, qui a d'ailleurs de l'in-
clination au bien, ne comprend pas facilement qu'elle doive tant se tourmenter pour aveir la vertu de zèle, parce qu'elle senien soi une ferveur et un feu qui, la portant naturellement à l'action, la portent conséqueniment aussi à travailler pour le frochain, et même avec d'autant plus de chaleur qu elle voit dans la conversion des âmes i^lus de gloire et d'éclat, ce qui est encore un charme plus doux à la nature. Une personne decomploxion sanguine et affective, qui sans peine s'écliautfe doucement le sang et les esj rits à la considération de quelque saint objet. n'entre pas aisément dans la pensée qu elle soit si éloignée du divin amour, parce qu'olie voit qu'elle excite, quand il lui yMU uie dévote et douce chaleur en son âme, et qu'une tendresse amoureuse et mainte lui est comme naturelle. Un mélancohque poiti' à la piété, qui a l'imagination vive et fonc, et qui se recueille facilement en soi-mêuie, par le dégagement des objets, ne croira [ii) qu'il ait besoin de ce divin recuoillem.c dont on parle tant, et à quoi portent tous les spirituels, parce que ce tempérament ton: propre à se former des idées intérieures, lui fait penser qu'il y est déjà entré, et que les exhortations qu'on en fait ne sont pas pour lui.
«Il en est de même de ceux dont le tempérament a grande ressemblance avec udc vertu particulière, lesçjuels ne croient presque jamais avoir besoin de la vertu, dont ils ont en eux-mêmes l'apparence, parce qu étan. trompés par cette apparence, ils se persuadent qu'ils en possèdent la véritc. Si cela est, n est-il pas manifeste, Théonée, qu'il est très-difficile d'avoir une vertu coniorme à sa complexion, puisqu'alors on ne travaille pas a l'acquérir, parce qu'on s'est fauNsement persuadé qu'on la possède ? De pla«. dans cette grande ressemblance qui se trouve entre l'humeur et la vertu, étant bien difB* cile dans la chaleur de l'action, de ciiscerner si c'est la vertu qui agit ou l'humeur; alors le poids de la nature l'emporte, et i?. seule humeur fait l'âme de l'action, tandis qu'il ne reste qu'une idée nue et vaine de la vertu particulière que l'on pense pratiquer, et tout cela est fondé sur la resseuv blançe fqrt naturelle des opérations de Tliumeur et de la vertu. Par exemple, qui pcui assurer que c'est un zèle véritable, et r\vi\ pas reffet du tempérament bilieux etardert. quand quelqu'un travaille incessammert lipu^* les âmes, et s'emporte contre le vire^ car ce louable travail peut être aussi bien l'effet d'un esprit chaua et violent que • t» la vertu. Qui peut assurer que ces douces ardeurs dont la poitrine est quelquefois en)brasée au temps de l'oraison, sont produites par l'opération d'un feu divin, et qu'elles ne sont pas purement l'effet d'un cœur échauffé par quelque effort naturel, i;ai' ^^^ élans, par des soulèvements de poitrine, H
Êar des soupirs? Car, si l'amour divin cmrase l'intérieur par l'ardeur de ses feux. l'esprit aussi joint avec le cœur enflamme m mas^c du sang par son action. Qui peut assu-
D'ASCETISAOE.
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r^rque le recueillement de Tâme est un reinueillement divin, et' non pas TefTort d'une imagination mélancolique. Car, comme j*ai déjà dit, une imaginatioji forte et profonde peut établir Tintérieur dans une disposition lort recueillie. Qui peut assurer que cette belle et louable activité que Ton a pour \es misères de son prochain, procède d'une nure et solide charité fraternelle, et non pas d une humeur agréable, née à obliger tout Iç monde? car la véritable charité et l'esprit naturellepaent cpmpassif ont extérieurement tout le mémq exercice. Tout cela ne montre-t-il pas pvidemment que l'humeur et la vertu qui sympathise avec l'humeur, ne peuvent presque sedistinguerdansla pratique, et qu'ainsi, |a nature y ayant d'ordinaire la meilleure part, il est tcès-diflicile d'avoir la vertu, qui porte le môme visage que la complexion.
X Après cela, que ces mélancoliques se donnent, s'ijs peuvent, des assurances de Içur recueillement; que ces cœurs aflfectifs se persuadent de la vérité de leurs saintes ardeurs; que ces esprits ardents e\ bilieux se flattent de la vérité de leur zèle; ces tempéraments doux et modérés de la vérité d'une douceur vertueuse ; ces personnes bienfaisantes et compassiyçs cfe la vertu d'ui.e vraie charité pour le prochain : ils ont au moins tous les sujets du monde à se défier qu'un tempérament trompeur ne leur dérobe la vertu, dopt ils sont infiniment éloignés, lors même qu'ils pensent Être assu^*és tic la posséder.
T Pour vous, Théonée, quelque tempérament que Dieu vous ait donné, mettez-vous J)ien dans l'esprit que vous aurez bien plus de peine à acquérir une vertu, quand elle aura de la ressemblance et de l'affinité avec votre complexion naturelle, que si elle lui était contraire, et suivez toujours cette règle et cette maxime, d'être plus circonspect et plus sur la défiance quand vous sentirez beaucoup de facilité à une vertu particulière que si vous aviez bien de la répugnance.
« Mais ne faut-il pas, me direz-vous, que je m'étudie à la vertu qui a le plus de rapport à mon naturel; car tout ce discpurs jette mon esprit dans l'embarras et dans la crainte. Je suis bien aise, Théonée, que vous me donniez une si belle ouverture pour éclairer votre esprit et pour dissiper tous vos dpu.tes, par l'explication d'une chose qui serait capable de vous laisser beaucoup de difficultés, si elle n'était bien développée. Disons donc, avec ordre, qu'il y a des vertus, qu'on appelle intérieures, dont l'essence est dans l'habitude intérieure (ie Time ct'dans les actes qu'elle en produit; il y en a d'autres, qu'on appelle extérieures, qui consistent dans la pratique et dans l'action, et qui émanent des intérieures comme de leur principe : par exemple, nous disons qu'il y a une patience intérieure, laquelle est dans l'Âme une habitude et une qualité fortifiante pour soutenir toutes les choses pénibles et pour les faire avec facilité ; et il y a une patien(?c extérieure qui consiste à supporter les épreuves qui nous viennent
de Dieu et des créatures ; il en est de mémo de toutes les autres vertus qui, d'une part, ont leur principe et leur essence au dedans de nous-mêmes, et de l'autre ont leur sortie par l'action.
« Votre demande donc se borne à ces vertus extérieures, et non pas aux premières vous voulez savoir si vous ne devez po toujours vous étudier à caHes qui naturelle ment reviennent mieux à votre humeur et . votre complexion. Ppur vous satisfaire plei nement, je vous dirai, Théonée, qu'il se trouve en no^s deux sortes de complexions : l'une est vicieuse, comme celle qui nous porte à l'orgueil, à la volupté, à l'intempérance ; or, il est certain que, } our celle-ci, il faut la ruiner par l'exercice des vertus tout opposées, cpmme par des actions d'abaissépient, de mortification, de sobriété ; l'autre est indifférente de sa nature, comme une complexion sanguine, inélancolique , billieuse, bienfaisante et débonnaire. Vous devez savoir maintenant quMl faut toujours vous étudier aux vertus les plus conformes à celte sorte de complexion qui est de soi indifférente. Je vous jorie, Théonée, d'en bien remarquer le principe, sur lequel vous devez, en toutes choses comme en celle-ci, vous régler exactement. C'est que Dieu luimême, selon les ordres oi^dinaires de sa sagesse, ne nous porte qu'aux choses qui sont conformes h nos états, à nos disposi* tions , à nos inclinations , y accommodant touiours le mouvement de sa grâce, afin d'obtenir plus heureusement de nous ce qu'il en prétend, et que sa grâce ne travaille point inefficacement. Voilà ce qu'il faut imiter, s'appliquant toujours aux vertus qui s'accordent le mieux avec la complexion et le tempérament, parce qu'ainsi les choses se font avec bien plus de facilité ; elles se continuent avec plaisir et elles sont plus constantes dans leur du^'cc, avant une corres|;ondance et une mutuelle sympathie.
C'est pourquoi, celui dont le naturel est bilieux doit s'appliquer aux exercices des vertus agissantes, capables de donner toujours de la matière à son ardeur et à son feu ; le mélancolique doit se servir ad|pitement de son humeur^ la laisant doucement tourner à l'occupation de l'intérieur et à la contemplation, et ménageant sa solitude qui en est le doux élément ; le sanguin et l'anectif doivent beaucoup laisser aller leur cœur aux opérations de l'amour, et donner cet appât à une si belle et si noble disposition ; le bienfaisant et l'afi'able doivent se donner de l'cnifîloi parmi les misérables dont le besoin peut exercer toutes les bontés de leur cœur.
« C'est ainsi qu'on réussit sans peine dans l'acquisition des vertus, parce que la nature se voyant appliquée à celles qui s'ajustent si bien avec son tempérament, elle ne fait guère de résistance, et se laisse enfin pren^. dre à un objet qui ne lui est pas si désagréable, parce qu'il ne lui est pas si contraire. C'est par le manquement de cette judicieuse application et cour vouloir tourner le
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tempérament à des vertus qui lui sont tout à fait contraires, que nous voyons naître tant de révolte et si peu de succès. Car il y en a qui, n'ayant pas ce jugement pratique et le aiscernement nécessaire pour appliquer où il faut la complexion naturelle aans Texercice des vertus, causent par là de si vives initations et des aigreurs siamères à la nature, qu'on y pei^lout au lieu de gagner. Il faut avoir une indulgence raisonnable pour elle, et ce qu'on peut lui accorder sans intéresser la vertu ne doit pas lui être refusé.
« Il faut détruire tout^ je le confesse, mais non pas ce qui est innocent et indifférent de soi-même, par un renversement d'application prise mal à propos : c'est néanmoins ce que font ceux dont les règles de conduite sont ténébreuses et hors du sens commun ; ils jetteront une humeur douce et flegmatigue dans les grandes occupations de l'extérieur; ils laisseront dans une vie sédentaire et languissante un esprit plein de bile et de feu; ils voudront borner un grand cœur et une âme tendre aux plus légères touches de Dieu , à trois pomts de méditations; ils voudront faire un contemplatif de celui qui a une ardeur extrême de courir aux besoins de tous les misérables. C'est là tout renverser, parce aue l'on veut appliquer le tempérament à oes exercices de vertus qui lui sont tout à fait opposées. Il faut se servir avec plus de prudence des çomplexions miturelles qui n*ont rien de vicieux, et les ménager, comme l'habile laboureur menace les terres, auxquelles il fait porter des fruits proportionnés à la nature du sol; autrement il ne retirerait aucun avantage du meilleur fonds.
a Vous venez de me dire , me rcpartirezvous, qu'il faut que je m'applique aux vertus les plus conformes à mon tempérament ; c'est ce que je juge très-à-propos et d'une conduite bien raisonnable , et vous m'en avez si bien convaincu que je n'ai aucune peine à m'y soumettre ; mais vous souvenez-vous bien qu'auparavant vous m'avez dit que, s'appliquai#aux vertus conformes à sa complexion, l'on n^cn avait ordinairement que l'ombre et l'apparence, par le grand abus qui s'y glisse, de faire les choses les plus saintes suivant son humeur. Je m'en souviens fort bien, Théonée ; l'un et l'autre sont très-véritables , et que l'abus des vertus sympathiques est très-grand, et qu'il faut néanmoins y donner toute son application et son étude ; mais il faut savoir la manière dont ces vertus doivent s'acquérir. Car, pour les vertus intérieures, et pour toutes les autres universellement parlant , il y a cent moyens d'y parvenir, que nous en donnent tous les livres qui en traitent; il n'est pas ici question de celles-là, et je parle seulement des vertus qui ont de la ressemblance et de la conformité avec l'humeur et la com- ]'lexion, pour faire bien comprendre la manière de les acquérir, sans tomber dans l'illusion et la tromperie dont j'ai parlé,
lorsqu'on demeure dans la pure bassesse de son tempérament.
« Pour le premier, ce que je puis vous en dire en général, c^est que j'estime qu'il font avoir une attention intérieure extraordinaire dans l'exercice des vertus qui ont beaucoup d'affinité avec la complexion naturelle, afin qu'elles soient des vertus véritables et non pas colorées. La raison en est manifeste, car, si cette attention particulière manque, le tempérament qui abonde et qui domine nous portera par son propre poids à faire les mêmes fondions que demande la vertu qui lui ressemble, il en prend la place sans en prendre l'âme, les vues, les motifs , parce que cette complexion étant une expression et une image lort naïve de la vertu qui lui est comme sympathique , c'est-à-dire l'humeur bilieuse et ardente d'une personne qui s'emploie pour le prochain , étant une expression bien naturelle du vrai zèle, et aii^j des autres, elle agira toute seule; et, s'insinuant dans les actions les plus saintes ea apparence, les rendra terrestres et animales, ne leur laissant que le dehors qui porte le masque trompeur de la vertu.
« Or, l'attention singulière qu'une personne peut faire sur soi dans ces rencontres, est comme un frein qui arrête les insinuations secrètes et corrompantes de l'huracir et du tempérament, qui empêche qu'on ne prenne le change, et qui fait qu'on docne uniquement lieu à la vertu et non pas au tempérament qui lui est conforme. Cette vue attentive et cet œil toujours ouvert font qu'elle se défie perpétuellement de cette humeur, comme d'un larron caché qui dérobe t^out, ou comme d'un ennemi déguisé, qui, sous l'air emprunté d'un ami, porte Je couj) dç mort : et il n'est point de temps ou les personnes intelligentes et bien spirituelles soient plus sur la défiance , que lorsqu'elles sentent que tout ce qu'il y a en elles d'humeur et de complexion, trouve de la joie et de la facilité dans l'exercice des vertus , parce qii'elles sont persuadées que la nature n'est jamais guérie avec un si agréable repos, dans quelque pratique vertueuse, qu'elle n'y trouve son avantage. C'est pourquoi elles se défient toujours et s'observent elles-mêmes soigneusement , quand elles voient que, dans les occasions d'exercer la vertu, la nature ne fait aucune résistance. Mais venons, je vous prie, en particulier, à la manière d acquérir les vertus qui sont conformes à la complexion et à l'humeur, et tâchons d'expliquer plus nettement ce que nous avons dit. Je vous conseille donc* Théonée, si vous êtes bilieux et ardent de votre naturel, de vous appliquer à modérer l'ardeur que vous apportez à faire des actions de zèle pour le prochain ; car, croyezmoi, toute celte grande activité à parler^à courir, à marcher, à s'empresser de cent choses, n'est d'ordinaire qu'un feu grossier de la nature, qui contrefait le vrai zèle. Diminuez donc tous ces empressements si échauffés, et faites les choses d'une manière plus modérée et plus tranquille; c'est le
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D'ASCETISME.
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moyen d'arrôlcr les dérèglements de voire naturel et de ne donner lieu qu'à un zèle pur et sincère. Si vous avez le naturel affable et porté à bien faire , retenez-vous, et n'en faites pas tant que demande ordinairement cette humeur. Ne soyez pas si caressant, retranchez-vojs toutes ces manières trop obligeantes, et dans vos soins et vos services charitables, ne regardez iamais le sang et la chair, car autrement ce n est plus qu'humeur et non pas charité; et celle humeur vous ravit le mérite et la gloire de tant de bonnes actions : mais, sans tant de façons, soyez honnête et charitable avec simplicité, et, rendant service au prochain, n'y considérez que Jésus qui est également en tous: voilà le moyen de faire en sorte que votre tempérament affable et bienfaisant n'altère point la charité de la pureté fraternelle. Jft vous conseille , si vous êtes d'une complexion douce et débonnaire, d'observer deux choses, pour n'intéresser pas la vertu de douceur : ne soyez point pesant en vos paroles, en votre démarche, en toutes vos actions, et ne vous laissez pas endormir l'esprit dans cette douceur purement terrestre : mais, par un dessein formé , donnez toujours un peu de vie et d'activité à voire discours , aux mouvements de votre corps, et universellement à tout ce aue vous ferez; cela désappesantit en quelque manière cette douceur matérielle qui vous compose; mais, de plus, accoutumez-vous toujours à vous entretenir l'esprit de quelque vue intérieure de la divine douceur de Jésus; car votre regard continuel sur cette douceur charmante en fera couler en vous une secrète impression, qui relèvera et spiritualisera la bassesse do votre douceur naturelle. Que si vous êtes d'un tempérament affectif, souvenez- vous de ne vous fioint échauffer le cœur par vos propres opérations, lorsque vous sentez (îueljjue attrait de l'amour divin ; car d'ordinaire ceux qui ont cette sorte de complexion veulent toujours faire le feu plus grand que Dieu ne l'allume, n'ajoutez donc lias une chaleur de sang à la pureté de la chaleur divine. Mais je suis d'avis que vous receviez avec quelque sorte de froideur ces divines flammes que Dieu vous insinue ; il arrivera ainsi que , retenant l'action naturelle de votre complexion affective, l'amour divin ne sera point altéré, et votre cœur en recevra les plus saintes ardeurs, sans y mêler ses impuretés. Si vous êtes mélancolique, je vous conseille de ne point vous figurer des idées de recollection , de n^en point former des images particulières , et de ne vous pas appuyer beaucoup sur ce que l'imagination en peut produire ; car tout cela ne fait que détruire le divin recueillement , en le contrefaisant ; mais, afln que la mélancolie de votre tempérament n'y nuise point, défiez-vous beaucoup de toute disposition recueillante, fût-ce l'esprit divin qui l'opérât, parce que cette défiance est le moyen qui peut empêcher que cette complexion mélancolique et imaçinative ne se mêle dans ce recueillement divin; et, étant
de cette humeur, vous ne serez jamais plus sage que lorsque toutes vos retraites intérieures vous seront suspectes; c'est le véritable moyen d'éviter 1 illusion et la tromperie, et d'acquérir la pureté et la vérité de la recolleclion.
a Voilà, Théonée, ce que j'avais à vous dire sur une matière qui fait une grande science de l'intérieur. Le grand bien que je vois qui en peut naître, c'est que, connaissant, que le tempérament et la vertu font souvent toutes les mêmes choses, !• vous serez plus circonspect, pour ne pas confondre l'opération dutempérament et l'opération de la vertu ; 2' celle circonspection tçra que vous ne tomberez pas dans cette illusion si ordinaire, de [irendre sa complexion et son humeur pour la vertu avec laquelle elle a de la ressçipblance; 3- vous ruinerez par ce moyen votre hunieur, ou plutôt vous laspiritualiscrez ; iJ^'' en vous servant avec avantage de votre humeur et de votre complexion, vous pourrez aussi avoir avec [dus de facilité et plus de perfection la vertu qui lui est conforme.»
TEMPÉRAÎ^CE. — La tempérance est une vertu cardinale, qui modère Pappétit dans les plaisirs de T.âme et du corps. « La tempérance, dit saint Augustin, a pour fonction dç réprimer et de calmer les convoitises qui nous détournent de la loi de Dieu et du fruit de sa bonté. » {De mor, Eccl.y c. 19.) Il dit ailleurs : « La tempérance est une aucction qui réprime l'appétit et le détourne de tout ol)|et honteux. » (L. i De Hb. arbit,, c. 13.)
baint Thomas traite de la tempérance (2-2, q. 14.1, a. 1), et prouve que c'est une vertu, parce qu'elle incline vers les -choses conformes a la droite raison ; il prouve que c'est une vertu spéciale (art. 2 seq.), parce qu'elle a pour objet spécial dç mettre un frein à l'appétit, pour leaétourne^ de tout ce oui nous charme le plus vivement dans les plaisirs du boire et du manger et dans les jouissances charnelles, dont on ne doit user que pour le soutien de la vie.
Les parties intégrales de la temp^^rancç sont : V l'honnêteté, ou l'amour de ce qui est vertueux, beau, honorable; 2" la retenue (verecundia)^ ou la crainte de l'infamie et de tout acte honteux qui j)roduit l'infamie.
Les parties subjectives c'est-à-dire les diverses espèces de tempérance sont :
1" Yabstinenccy ou vertu qui modère, sous l'impulsion de la raison, les appétits et les jouissances du manger, afin qu'ils ne soient pas un obstacle au bien de la raison ; 2" la sobriété, ou veilu qui modère l'amour et Tusage de la boisson; 3" la chasteté ou vertu qui modère, d'après les règles de la droite raison, les jouissances charnelles : on en distingue de trois sortes, la chasteté congugale, la chasteté viduale et la chasteté virginale; 4- la pudeur, oui nous enseigne à nous détourner avec norreur de tout attouchement ou de tout aspect déshonnête et impudi(^ue: elle réprime tout ce qui pourrait nous exciter aux plaisirs de la cnair. — Les parties potentielles ou vertus annexées à la tempe-
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rance sont : 1* la douceur^ qui modère la colère selon la droite raison ; 2" la clémence qui modère les peines par douceur d'âme, autant que le permet la raison de justice ; 3* la continencej cette vertu générale, par la-
auelle nous résistons à tous les mouvements ésordonnés du vice. Il y a encore la modestie, Vhumilitéy le zèle^ Veutrapélie et la simn plicité dans le vêtement : toutes ces vertus na sont pas à dédaigner, quoiqu'elles paraissent de peu d'importance ; car, elles nous accompagnent partout. Nous renvoyons aux articles spéciaux où elles sont traitées avec plus de détails.
Quiconque veut s'avancer dans la perfection chrétienne doit s'appliquer à la pratir que de la tempérance.
£n effet, 1** tous ceux qui soutiennent des luttes doivent garder en toutes choses une exacte tempérance. (/ Cor. ix, 25.) — A la science joignez la tempérance (il Petr, i, 6), c'est-à-dire, selon Estius , ajoutez cette vertu qui consiste à réprimer les plaisirs.
2° Saint Prosper nous exhorte h la môme vertu î « La tempérance, dit-il, rend celui qui la pratique abstinent, économe, spbre, inodéré, pudique, silencieux, sérieux, modeste. Quand cette vertu habite dans le cœur, elle met un frein aux passions, tempère les affections, multiplie les saints désirs, corrige les vicieux, met en ordre la confusion intérieure qui règne en nous, affermit cet ordre établi, éloigne les mauvaises pensées, nous en inspire de saintes, éteint le feu de la volupté sensuelle, enflamme la tiédeur de l'esprit par le désir de la récompense future, remplit l'âme d'une tranquillité pleine de douceur et la protège fans cesse contre l'ouragan des vices, d [Vita contempl.^ c. 10, 1. m.)
3** La raison en est que, si la tempérance ne met un frein aux passions, celles-ci entourent la raison de nuages si épais, que la prudence ne peut plus sûrement la guider dans la direction de nçys actes.
Les actes de ^a^exnpé^ance sont : 1" la modération dans Iç boire et le manger par le jeûne; 2" Vabstiiience de» plaisirs charnels illicites: â" rétention à mettre un frein à sa colère; 4" rhumilia^tion^e soi-^néme; 5** la modestie éUins la tenue du corps et dans les actions extérieures: 6" la moaération dans les jeux et le^ autres récréations du corps , etc. Si tous cas actes se produisent avec joie, promptitude et empressement, malgré les difficultés et môme de grands risques pour la santé et la vie, et cela par le don de crainte produit du Saint-Esprit, lequel, selon saint Thomas, correspond à la tempérance (2-2, q. 14-1, a. 1); dans ce cas ces actes de tempérance sont appelés des actes héroïques.
Abstenons-nous donc des désirs charnels, qui combattent contre Tesprit, et suivons les avis de VJScclésiastique : Ne soyez jamais avide dans un festin ^ et ne vous jetez point sur toutes les viandes: car V excès des viandes cause des maladies. L'intempérance enatuéplur rieurs ; mais Vhomme sobre prolonge ses jours.
ÇEccli. xxxYu, 32, 33, 34.) Par cette abstinence nous mettrons en sûreté la vertu de chasteté : car le vin est une source de luxure. {Prov. XX, 1.) Et le Sage a dit : J'ai pensé en moi-même à retirer à ma chair Vusage du rtn, pour porter mon esprit à la sagesse, (Eccli. II, 3.) Et saint Paul : Ne vous laissez pas aller Qux excès du rm, d'où naissent les dissolutions. {Eph. V, 18.) Que notre démarche soit d'une gravité modérée, sans trop de précipitation ni de lenteur. Tenons nos yeux modestement baissés : que nos gestes soient honnêtes et sans boulTonnerie ; évitons les éclats de rire : a^ons un visage ni trop triste, ni trop sévère : soyons décemment vêtus, par,-- Ions à voix basse : que notre convecsatiou soit douce et cakne, évitons d'offenser les autres ; montrons-nous affables envers tout le monde, sans toutefois croire à la légère et sans discernement tout ce qu'on nous dit; distinguons prudemment ce qui est le plus digne de notre foi. Montrons de l amitié à tous, de la familiarité à personne, car la familiarité engendre le mépris : ne révélons pas nos secrets à tout le monde, et ne nous confions pas indistinctement à toute sorte de personnes ; car il est des amis qui découvrent un jour la haine et les querelles et l'injure {Eccli. VI, 9.)
Aphorismes. — L Le directeur doit savoir que Ton peut pécher autant par excès que par défaut dans Tusage des aliments; que toutes les fautes sur ce point ne sont pas également dangereuses, mais que l'excès et le défaut sont également opposés à la tempérance. Du reste, chacun a plus besoin de mettre ses soins à éviter l'excès, et à y opposer les armes de la mortification : car notre propre instinct de conservation nous prémunit assez contre l'extrémité opposée. En ce qui touche le sens du goût, les saints, dans la crainte de se tromper, ont toujours
S référé l'abstinence. Saint Jérôme rapporte e sainte Paule que, malgré les avis des mé^ decins qui l'engageaient , après une maladie grave, à prendre un peu cie vin, on ne put jamais parvenir à la gagner sur ce point; elle ne voulut même pas accorder à son corps ce léger soulagement, sur les instances que lui en fit Eusèbe, évêque de Jérusalem ; au contraire, elle lui exposa avec tant 4e vivacité et de force les motifs de détester le vin, que le prélat, tout octogénaire qi^'il était, alla presque jusqu'à s'en priver lui-même entièrement. Tant il est vrai que, pour ce qui con^ cerne le boire et le manger, les saints préférèrent toujours user de rigueur plutôt que de faiblesse. C'est pourquoi, quiconque désire pratiquer la tempérance à Vexcmple des saints, doit toujours éviter d'user de trop de condescendance pour les sens et prendre plutôt le parti d'une sainte rigueur. Cependant tout doit être réglé sur les lois ne la prudence, qui est le sel de toutes les vertus. IL La tempérance doit aussi modérer les sensations agréables et permises que produisent en nous Todorat, l'ouïe, la vue, le goût. A cet égard, il ); a deux règles différentes à suivre : la première, qui consiste h priver les
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sens des choses qui produisent ces sensations de plaisir; la seconde , qui consiste à les priver, non pas des choses mômes, mais du plaisir seul, de la délectation seule qui en résulte. La première rèçle, qui a été plus fréquemment suivie par Tes saints, est, sans aucun doute, la plus sûre : car, les sens étant privés de toute sensation agréable, Tesprit restera à Tabri de toute délectation sensible, et, par conséquent, de toute atfection déréglée. Mais il n'est pas toujours possible de se conformer entièrement a cette règle. Qui-, par exemple, peut toujours se cacher le visage, se fermer les yeux, se boucher leé oreilles? Qui, encore, peut vivre en jeûnant toujours t il est nécessaire de donner au corps la nourriture qu'il réclame, pour conserver la vie, la santé, les forces et 1 aptitude % remplir ses devoirs et son ministère ; il est nécessaire de voir, de parler, de marcher^ lorsque nos affaires Texigent, 11 faut mômç de temps en temps délasser Tesprit fatigué f>ar l'étude, la prière, ou les rigueurs de ht règle, en lui accordant une honnête récréation, une conversation agréable, etc.; et un directeur ne doit pas tenir constamment les sens de ses pénitents attachés à la croix de la mortiûcalion. C'est pourquoi, qu il leur fasse suivre en ces sortes de cas la seconde règle que nous avons indiquée, de sorte qu en accordant à leurs sens ce qui leur est nécessaire, ils élèvent leur âme au-dessus du plaisir sensible qui en résulte. Que ceuœ\ dit saint Paul, qu% ont une femme eoieni tomme s^ih nen avaient pas ; que ceux qui pleurent $ ient comme s'ils ne pleuraient pas; que ceux qui se réjouissent soient comme s'ils ne se réjouissaient pas; que ceux gui achètent soient tomme s'ils ne pos^ sédaient rien^ et que cÈuœ qui ustnt de ce monde soient comme nen usant pas, (I Cor. vu.) Par ces paroles l'Apôtre nous montre clairement que nous devons posséder les biens de ce monde, en user et en jouir avec une âme si élevée, que le plaisir qui en résulte s'en tienne uniquement aux sens extérieurs, sans s'attaquer à la volonté qui reste toujours libre de toute affection sensible ; car c'est là se réjouir du bonheur de ce monde, comme ne s'en réjouissant pas. L'homme sobre boit comme l'intempérant boit, avec cette différence cependant] que l'intempérant boit le vin en grande quantité^ le déguste lentement, et non-seulement en remplit son estomac, mais y plonge aussi toute sa volonté ; tandis que l'homme sobre, au contraire, évitant tous ces raffinements de sensualité, vide son verre sans y chercher aucun sentiment de nlaisir et uniquement pour apaiser sa soif. On doit en dire autant des autres sens et des sensations qui leur sont propres. Mais, pour obtenir cette fln si désirable, il faut agir avec une intention excessivement pure et droite, ne se livrer aux opérations des organes, n*user des sens du goût, de la vue, de Touïe et de la langue, que selon la volonté de Dieu ou pour quelque autre fin honnête. £n agissant de cette sorte. la volonté n'aime point ces sensations
agréables que Ton accorde aux sens pour de justes motifs ; mais elle aime la volonté et la bon plaisir de Dieu, ou ce qu'il y a d'honnête dans la fin qu'elle se propose. Et ainsi la pureté d'intention est extrêmement nécessaire à la vertu de tempérance, tant pour la direction extérieure des sens que pour le gouvernement intérieur de la volonté.
TENTATION. — Ceux qui progressent dans la vie spirituelle et qui s'appliquent à ^rner leur âme de vertus , sont iiabituellement en butte à diverses tentations , surtout à des tentations déshonnêtes ; et le P. Godinez atteste « qu'ayant à diriger les Ames d'un grand nombre de personnes , il en a trouve bien peu que Dieu ait toulu dispenser de cette épreuve particulière. Cette tentation, en efiet, est la gardienne de l'humilité et le champ de bataille des luttes , des couronnes et des récompenses^ Ni les vierges de la pureté la plus exemplaire , ni les anachorètes les plus éloignés du monde, ne sont à l'abri de cette tentation. Les maîtres spirituels eux-mêmes ont toujours à soutenir ces attaques, afin de conserver l'humilité. 11 est rare que les commençants en soient exempts^ à moins qu'ils ne soient terrestres, froids el tron mélancoliques. Et dans ce cas ils sont en butte à des inconvénients et à des tentations plus graves. » {Prax. TheoL myst., 1. II, c. 3.)
La tentation j prise en général, est une excitation au péché pr(^osee à notre propre volonté, une sorte d'aiguillon par lequel notre volonté est attirée ou inclinée à violer le précepte de la loi. Elle peut provenir ou de la corruption de notre nature ou du démon seul, ou encore à la fois du démon et de nous-mêmes, quand la tentation tire son origine du démon et en même temps de notre concupiscence ; dans tous les cas^ elle est ou légèrcj ou grave^ ou très-grave.
Tenter^ en général, selon saint Thomas (2-2 , q. 97, a. l ) , c'est proprement faire Vépreuve de la personne tentie. Ainsi l'hommo est dit improprement tenter Dieu, quand il veut, sans motif, faire l'épreuve du pouvoir, de la volonté et de la science de Dieu. Au contraire. Dieu est dit tenter 1 homme, quand il éprouve quelqu'un, afin de le faire servir d'exén.î>le aux autres* Aussi, selon le même saint docteur « il est Une certaine tentation qui a pour objet et pour résultat notre salut, et qui donne à celui qui nous tente la mesure de nos forces. C'est ainsi que nous sommes dits être tentés par la chair et par le monde, j)arce que ces tentations manifestent la force ou la faiblesse de notre esprit, comme la guerre fait éclater le courage du soldat, bien que les attaques de l'ennemi aient pour objet, non de le connaître, mais de le vaincre. C'est ce qui a fait donner le nom de tentation aux attaques livrées à la vertu. Or, la tentation provient ou d'un principe iintrinsèque, de la corruption de la chair, et elle s'appelle tentation de la chair; ou d'un principe extrinsèque; et elle se produit alors de deux manières. Ce qui est extérieur neus attaque ou par manière d'objet , telle est la
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tentation du monde, dont les sédni ttoos entraînent le cœor de llionirae an péebé ; ou par manière d'agent , leqnel entraîne an féché f»ar la persuasion, la frainle ou les care«^e> : c'est la tentation de rennemi, c'est»è-df re du démon et de ceux qui sont ses instruments » iLoc. cit.^ in % d. 21.» : 1* Donc Iliomme tente Dieu ouami il se jelle téméra!rement au milieu des dangers et qu'il lui laisse tout le soin de Ten tirer. 2* Dieu tente rbomme quand il éproute soit les justes, pour les i^erfectionner dans la justice, soit les f-écheurs, pour les détourner de leurs fautes, il les éprouve en les exer<;ant parles peines de celte rie et en î>ermcitant les tentat'ons qui les poussent au mal , selon ces paroles : Le Seigneur rot fe Dieu ton* éprourr afin quil paraisse clairement si tous Vaimrz de tout votre cœur et de toute votre âmc^ eu si vous ne faimex pas de cette sorte, {Deut, xni, 3.) 3* La chair nous tente, parce que, corrompue par le péché originel , elle nous porte au fié 'hé : cette corrujrtion s'appelle concupiscence ou désordre de la partie inférieure contre la supérieure. En ce sens, ce n>st i^s Dieu qui nous tente, c'est la concupiscence, selon ces ))aroles : Que nul ne dine^ lorsqu'il est tenté ^ que cest Dieu qui le t^nte , car Dieu est incapable dt trxter et de pousser personne au mal, (Jac, 2, 13. ) i* Le monde nous tente, en ce sens que les hommes sont attirés au péché par Tabtis qu'ils font occasionnellement des biens du monde ; c'est à 'ce sujet qu'il est écrit : Les créatures de Dieu sont devenues un objet d^abominaticn , un sujet de tentation pour les hommes j c'està-dire |)ar la faute de ceux qui en font un usage in«onsé, dit saint Thomas (i p. , q. 65, a. 1, ad 3), et un filet cm les pieéls des insensés se sont pris, {Sap, xiv , 11. ) 5* Le démon nous tente par ce qu'il est lui-même l'ennemi acharné de la vertu : sans cesse il l'attaque, lui, et ceux qui sont en quelque sorte ses instruments et ses membres. C'est pourquoi il est a)>pelé par antonomase le Tentai leur. (Malth, iv, 3.)
Nous devons nous conformer à la permission divine dans les tentations, quelles qu'elles soient, parce qu'elles ont été décrétées par la divme providence pour notre bien.^n effet :
1* il est dit : Heureux celui qui souffre patiemment les tentations^ parce que^ lorsque sa vertu aura été éprouvée^ il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. (Jac. i, 2.) Si donc nous voulons être heureux et recevoir la récompense qui nous a été promise, nous devons supporter avec patience toute tentation, qu'elle provienne de Dieu ou qu'elle soit seulement permise par lui, et nous conformer à sa permission divine.
a 2* Supportons un peu les tentations qui »notts arrivent en cette vie, dit saint Jérôme, afln de pouvoir un jour, pour une tentation temporelle , recevoir une éternelle récompense. »(jFp. 50, ad Océan. ^ serm. 1 Qttadr.)
3* La raison en est bien simple. La tentation est pour nous une source de mérites et
une occasion d'exercer les t4iis {«réciesses vertus, comme l'atteste V\\ ^re, tourmenté (lar une très-violente tentation , quoiqu'il eût par trois fois demandé avec fenreor d'en être délivré : La puissance^ dit-il, se fait plus voir dans la faiblesse, II Cor. xu, 9.; £n effet, one vertu qui n'a pas été éprouvée n'a de vertu que le nom. Jésus^Christ lui-même a été cona ait dans le désert pour y être tenté pmr le démon. [Matth. ir, 1.; // o éprouvé comme nous toute sorte de tentations^ hormis U péché ' Hebr. nr , 15> , sans doute afin qu à son image nous ne refusions pas d'être tentés de toute manière, selon le plaisir de la uî« vine providence, tout en évitant soigneusement le péché. Enfin, nous sommes tenus lîe nous conformer à la Toionté divine : Q*ie votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, xMatlh. Ti, 10. j Mais, comme sur là terre cette volonté de Dieu ne peut être iaite que par le moyen des tentations, nous devons, en les souffrant, nous conformer à la divine providence, afin que les naéritesdes épreuves de cette rie nous Cassent jouir dans le ciel de l'étemelle béatitude.
Nous en concluons :
L Que, dans les afilictions qui no os arrirent en punition de nos péchés nous devons , sans exception, nous conforme^à la volonté uivine qui , par elles , nous tente ou nou5 éprouve. Ainsi nous l'enseigne : 1* la saitte Ecriture : Toici que je vous prépare plusievs maux. (Jer. xvra, 11.) — ArriveraU-il dans la ville quelque mal qui ne vienne point da Seigneur? [Amos ni, 6.) — Je reprends et je châtie ceux que f aime. (Apec, ni, 19.) Diea nous envoie donc ces maux en expiation^ nen l>arce qu'il veut notre mal , mais jjaree qu'il désire notre bien; c'est ijarcegu'il nousaime^ qu'il nous éprouve et nous châtie. 2* Là raison: En effet par ces maux en punition Bioa cherche notre bien , et nous excite et nous aide par sa grâce à en faire un bon usage. Donc nous devons en cela nous conformer à sa divine volonté.
il. Dans les tentations qui nous attirent vers le mal , lesquelles proviennent de 1* chair, du monde et du démon , nous devonf, tout en évitant soigneusement la faute, nons conformer à la volonté de ÏHeu qui les a permises. 1* Saint Paul nous en instruit par son exemple: Dieu à permis que je ressentisse dans ma chair un aiguillon , ^i est rtmge de Satan^ pour me donner des soufflets. {II Cor. XII , 7.) Si saint Paul n'en a pas été exemnt, s'il a été instruit au contraire à supporter les humiliantes tentations de ce tyran cruel, nous devons assurément, dans les tentations que Dieu permet , toujotirs en exceptant le péché, nous conformer à sa volonté divine. 2r « Il faut savoir , dit saint Grégoire , que la volonté de Satan est toujours pleine d'iniguité, mais que son pouvoir n'est jamais inja^te; car sa volonté lui vient de lui-même, mais son pouvoir vient de Dieu; ce qu'il désire faire dans son iniquité. Dieu nelui permet qu'autant que cela est juste. » (L. n Mor.f c. 6.) il le prouve par ces paroles du premier hvre des jRoû (xyi^ 23) : Lesprit
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inaHn ( envoyé) du Stxgheùr se saisissait Ue SaUl, disant : « Voici le même esprit , dit-il,
aui est appelé à la fois esprit malin et esprit u Seigneur: il est Tesprit du Seigneur, parce qu'il exerce un juste pouvoir; il est l'esprit malin , à cause des désirs de son injuste volonté. » Nous sommes donc tenus de nous conformera ce juste pouvoir et à cette juste permission divine. 3" Ce qui précède nous en fait voir la raison. Les démons, etc., sont les instruments dont Dieu se sert pour nous infliger les maux d'expiation [mala pœnœ) , pour notre épreuve et notre purification , en tant qu'ils proviennent de Dieu. Ensuite, bien que Dieu permette simplement ce qui est péché ou qui y excite , et que, loin Tleles approuver, il est rempli de haine pour ceux qui pèchent ou qui ne résistent pas à ieurs mauvaises inclinations ; les bons effets qui en résultent sont non-seulement permis, mais aimés de Dieu , surtout quand il s'agit de ceux qui s'abstiennent du péché , et ne font qu'endurer la tentation , comme il est dit de la passion de Jésus-Christ : La passitn a plu , l'action a déplu. Nous devons donc adoror dans ces tentations, toujours à l'exception du péché, la volonté et la permission divine et nous y conformer.
III. Tous, commençants, progressants et parfaits , nous devons toujours être prêts à soutenir la tentation , au moindre signe de la volonté' de Dieu. 1" Ainsi nous le recommande l'Ecriture sainte; d'abord pour les commençants: Mon /î/*, lorsque vous entreres au service de Dieu , demeurez ferme dans la justice et dans la crainte et préparez Votre âme à la tentation. {Eccli. ii, 1.) Ensuite pour les progressants : Parce pue vous étiez ûgréahle à Mieu , il était nécessaire que la tentor (ion vous éprouvât. [Tob. xn, 13.) Enfin pour les parfaits : De peur que la grandeur de mts ^révélations He mé causât de la vanité ^ Dieu a permis^ que je ressentisse daM ma chair un aiquillcn. (II Cor. xii, 7.) 2" Ainsi nous le démontre parfaitement saint Grégoire, en disant : « Si nous y faisons bien attention , nous trouvons dans le cœur de chaque élu trois alternatives de tristesse et de joie, causées successivement par la conversion, la tentation et la mort. » (L. xxiv Mor., c. 7.) Il en donne l'explication détaillée. L'ennemi nous tente, non-seulement au moment de la conversion , pour nous empêcher de l'accomplir, mais encore après la conversion, pour nous empêcher d'y persister, w Après les luttes de la conversion , après les soutTrances de répreuve, il reste encore une pénible tentation : car on ne peut atteindre aux joies de la liberté parfaite, avant d'avoir payé le tributde la condition humaine. » 3" La raison en est que la vie de Chomme sur la terre est un combat , ou selon les Septante , une tentation. (Job Yii, 1.) En effet notre vie tout entière se passe au milieu des ennemis : bien plus, nous avons un ennemi jusqu'au dedans de nous-mêmes. Donc , si nous no Toulons pas périr, nous devons être toujours prêts au combat de la tentation : car, sans ce combat , pas de victoire.
IV . Enfin dans les tentations nous devons faire nos efforts pour nous conformer à la , volonté divine^ non-seulement avec patience^ * mais encore de bon cœur et même avec joie. 1" Saint Jacques nous y exhorte : Mes frères^ considérez comme le sujet d'une extrême joie les diverses afflictions qui vous arrivent. (/ac. 1,2.) Jésus-Christ et les apôtres nous
I ont montré par leur exemple. Je dois être baptisé d'un baptême, dit Jésus-Christ, et conU)ien me sens-je pressé, jusqu'à ce qu'il s'accomplisse? {Luc. xu , 50.) ~ Je prendrai plaisir, dit saint Paul, à me glorifier dans mes infirmités , afin que la puissance de Jésus-^^ "Christ habite en moi. Et ainsi, je sens de là satisfaction dans tes faiblesses , aans les oti-> tragci , dans les nécessités , dans les persécu^ lions, dans les afflictions profondes que je souffre pour Jésus-Christ. (II Cor. xu, 10.) —^ Les apôtres sortaient joyeux du conseil, parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir l'ignominie pour le nom de Jésus. (Att.r, *1.) 2" Saint Grégoire tient le même langage. « Une grande consolation dans les choses qui nous contrarient , c'est que rien ne nous arrive que parles ordres de celui qui n'aime que la justice. » (L. ii Mor., c. 12.) Saint Thomas dit aussi : « Comme la force de Jésus- Christ réside en moi au milieu des infirmités et des tribulations, je m'en réjouis et jô trouve plaisir h souffrir ces infirmités. » (In
II Cor., lect. 3.) La raison se tire de la volonté divine qui envoie et permet les tentations: nous devons donc nous efforcer de nous y appliquer avec joie.
La conformité à la volonté de Dieu, dans les tentations que nous avons à souffrir, ne nous empêche pas de désirer et de demander la grâce de n'être pas vaincus par la tentation, et même de n'être pas tentés, si ce n'est autant que cela peut nous être utile, selon les décrets dô la divine providence. Ainsi 1* JésUs-Christ lui-mêpxe nous enseigne cette prière : Ne nou^ induisez point en tentation (Matth. VI, 13), c'est-à-dire, selon l'explication du P. Suarez, « dans.une tentation coupable, qui doit nous vaincre. Car, lors-
Ju'il s'agit d'une tentation de ce genre, nous evons prier, pour n'être pas vaincus par elle, et même pour n'avoir pas à la souffrir. » (T. U De rel.\ 1. ni.] Jésus-Christ nous dit encore : Veillez et priez, afin de ne point entrer en tentation. 11 en donne aussitôt la raison : L'esprit est prompt et la chair est faible. (Matth. xxvi, ki.) Donc, bien au'il no soit point désirable, et même moralement impossible, je dirai plus, très-rarement utile de n'être pas tenté, il ne faut pas toutefois demander indifféremment la tentation dans nos prières, mais plutôt de n'être tenté "u'autant que cela pourra nous être utile; ' tel est aussi l'enseignement des saints Pères : « Qui voudrait souffrir des peines et des difficultés, dit saint Augustin? Vous ordonnez de les supporter, et non de les aimer. Personne n'aime ce qu'il supporte, quoiqu'il aime à le supporter : tout en se réjouissant de ce qu'il souffre, il aime mieux cependant n'avoir rien à souffrir. » (L. x
TEM
DICTIONNAIIUI
TCN
\Conf.^ ÎO.)î)ohCi si les adversités, qui sont •un moins ^rand mal, ne doivent pas être désirées, mais suppbrtées par tous, à plus forte raison les tentations, oui peuvent être coupables, ne doivent-elles iiisis être désirées indistinctement ; mais on doit s'efforcer de les détourner par la prière ^ selon la volonté de Dieu. Saint Thomas enseigne môme « que la tentation en elle-même a pour but la perdition de rbomme; elle ne tourne à son salut que par accident; c'est-à-dire qu'autant
au'elle est vaincue par le secours de la grâce ivine. Nous ûe devons donc jms désirer la tentation; et^ comme notre fragilité rend la victoire fort douteuse^ il est plus sûr de la fuir que de la rechercher. » (P. ii, d. 21, q. 1, a. 3.) Siaint François de Sales tempère vivement le désir dés tentations, qui sont des croix, et il défend formellement de désirei" celles qui sont dés tentations prô-^ prement dites, du moins pour les imparfaits^ et dans de bien rares exceiitions. (P. m Introd.\ c; 37.) Alvarez de Paz j ScupDIi et Rodriguez déclarent aussi qu'il n est permis de souhaiter et de rechercher les tentations
?ue dans très-peu de cas ; 3"* la raison en a té donnée plus haut par saint Thomas.
D'ailleurs, refuser de demander à Dieu de n'ôtre tenté qu'autant que la divine providence le juge utile à notre salut, ou de n'être pas vaincu par la tentation, ce serait se reposer sur ses propres forces^ comme si nous pouvions surmonter les tentations par elles seules, et sans le secours de la grâce, qui n'est promis qu'à ceux qui le demandent. Aussi, tous les théologiens reconnaissent que nous sommes gravement obligés à prier, soit pour éviter autant que possible les tentations funestes et dangereuses, soit pour y résister, si l'on ne peut les éviter.
11 résulte de tout ceci : 1* que nous devons surtout consulter un sage directeur, pour connaître quand il faut et quand il ne faut pas désirer et demander les tentations ou plutôt les épreuves en expiation de nos fautes, telles que les maladies, la mort et la pauvreté. Suarez (1. li De oraLj c. 19) en donne la raison. Ce ne sont pas simplement des maux ; ils peuvent au contraire en (][uelque manière devenir simplement des biens, s'ils sont désirés par un motif honnête et dans une fin simplement bonne, et si d'autres biens contraires, tels que la santé, etc.f paraissent devoir nous nuire. 11 ne faut pas toutefois conseiller à tout le monde ce mode de prière, parce que tous ne sont nas propres à ce genre d'épreuves, et, dans le doute, nous devons plutôt craindre la fragilité de notre nature; mais il faut éprouver avec soin ces désirs, pour voir s'ils viennent vraiment de Dieu. Saint François de Sales nous donne à ce propos cet avis : « Gardez-vous de désirer de nouvelles croix, si ce n'est dans la mesure de celles que vous avez déjà supportées. Car c'est un abus de souhaiter ^e martyre, pour quelqu'un qui ne sait souffrir une injure. Le tentateur souvent excite en nous de vifs désirs pour les objets absents, qu'on ne pourra jamais atteindre, dans le but de dé-
tourner noiiré esprit des objets présents, qui, malgré leur peu d'im))ortance ^npareiitei
fleurent nous être d'une grande utilité. Nous uttons en imagination contre des monstres africains, et nous nous laissons blesser mortellement par la morsure de petits serpents qui se rencontrent çà et là sur notre route. » (/n/*-od., p. 111, c. 37.) 2" Quand dans les tentations ou les épreuves intervient le mal de la faute {malum culpœ)^ comme dans lés persécutions, par exemple , que suscitent les méchantSf il faut prendre garde, s'il e^ utile de les désirer, de souhaiter en même temps que la faute arrive, ou seulement la perdiîssion de la faute : nous ne devons jamais désirer que notre progrès dans la ï^erfedion. Car, de même qu't7 nest pas permis de faire le mal pour que le bien arrivé (Rom. ui, 8), de même il n'est pas fîermjs de désirer le mal i)our en retirer du bien. 8'Les teplatious, touchant les vices et les péchés spirituels de l'orgueil, de la colère, de lenvie, etc.^ peuvent être désirées et detnandées, quatrd on a Tespoir de les vaincre par la grâce de Dieu r ft S'exercer volontairement, dit saint Bohaventure, à lutter contre les vices spirituels^ tels que la colère, l'envie^ la vaine gloire, etc.-, est parfois utile à celui qui choisit sa demeure parmi ceux qui l'offensent et le perséctitent, aûn d'apprendre ainsi la patience. 11 faut en dire autant de celui qui Vit sous les lois d'un maître discret, lequel brise en toutes choses la volonté, et l'habitue de la sorte à obéir avec humilité et promptitude^ et ainsi par la suite, à sunnonter les autres ticès spirituels. » (L. IV Prof, relig.y c. 12.) k* Les tentations, touchant les vices et les réchés charnels de la luxure^ de la gourmandise et de 1 avarice, peuvent rarement être l'objet de nos désirs et de nos démandes; nous devons plutôt générniement désirer et demander qu'elles s'éloignent de nous, suivant ces i aroles de l'Aj-ôtrc : Fuyex la fornication (ICor. ri, 18), et suivant son pro| re exemple : car il pria avec instance^ pour être délivré de l'aiguillon de sa chair. Il ne faut donc pas imiter l'exemple de quelques-uns, qui ont demandé à leurs pères spirituels de prier, non jour qu'ils fussent délivrés de l'esprit de fornication, mais pour qu'ils pussent résister et vaincre en comljattrnt contre lui, ou à qui leurs pères spirituels ont conseillé de prier pour obtenir le retour de ces tentations, afm de ne pas tomber dans la tiédeur; il faut les réserver potir ceux-là seuls, rour qui une longue expérience et la décision du père spirituel a montré qu'il avait plus d'utilité que de péril dans ces humiliantes tentations. Il vaut mieux imiter Sara, qui, tourmentée pendant treize ans par l'esprit de fornication, et ayant la conscience de l'utilité qu'elle en retirait, ne priait ni pour être tentée, ni pour être délivrée de la tentation : elle se contentait de dire : Seigneur donnez-moi la force.
Si Dieu n'exauce pas les prières par lesquelles nous lui demandons d'être délivrés de la tentation, et s'il nous laisse toujours éprouvés par quelque tentation, alors nous
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DASCETISME.
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devons recourir aax remèdes qui nous empêchent d'être vaincus : Le premier de c^s renièdes est la résistance aidée du secours de la grftce divine.
!• L'Ecriture sainte nous prescrit ce remède. Le démofiy votre ennemt, tourne autour de vous comme un lion rugissant^ cherchant quelqtî'un qu'il puisse dévorer. Résistez-lui courageusement dans la foi. (/ Petr. v, 8.) — Mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante : revêtez-vous de toutes les armes de DieUj afin de pouvoir vous défendre des embûches et des artifices du démon... Cest pourquoi prenez toutes tes armes de Dieu^ afin que vous puissiez résister au jour mauvais, et demeurer fermes et sans rien omettre de vos devoirs. (Ephes. vi, 10, 11 et 13.) Dieu nous donne l'assurance qu'il nous accordera, non-seulement les armes, mais encore les forces nécessaires pour résister, quand il dit : Venez à moiy vous tous qui souffrez et qui êtes accablés defali- <jue, et je vous soulagerai. (Matth. Xf,28.) — Je suis avec lui dans la tribulation :je le délivrerai et je le glorifierai. {Ps. xc.) Saint F&ul lui en rend témoignage, en disant : Je peux tout en celui qui me fortifie. [PhiL iv, 13.)
2^ Les saints Pères nous font aussi une obligation de la résistance : « Voyez comme la puissance de Tennemi nous excite et nous rend vigilants ; car nous savons que les nlus grands de tous nos biens sont en péril, et que, si nous sommes vainqueurs, nous obtiendrons les plus glorieuses récompenses.» ^SàiNT Jean Chhtsostoue , Ep. ad Eph. , hom. 22.) Saint Thomas nous enseigne le moyen de résister par la foi : « Si le tentateur nous propose Tattrait de la gourmandise , rappelons-nous ces paroles : Lhonune ne vit pas seulement de pain, ou ces autres : Le royaume de Dieu n'est ni dans la nourriture ni dans le breuvage. Sommes-nous tentés par la luxure, rappelons-nous celles-ci : fom ne commettrez point d'adultère ; est-ce par une pensée de vol ? fous ne ferez point de larcin; et ainsi des autres. » (L. v ad Ephes. VI.) Saint Jean Chrysostome dit encore, au sujet de la grAce divine qui nous soutient dans les tentations et nous aide à y résister : ff Pourquoi avons-nous à soutenir une lutte contre les démofts? Parce que nous avons un secours inexpugnable, la grâce du Saint- Esprit. Avec ce secours, impuissants à lut*.er contre les hommes, nous )X)uvons lutter contre les démons. » {Loc. cit.) « Notre ennemi, dit saint Bernard, depuis ce temps est fiercé de son propre glaive, et la grandeur de a tribulation par laquelle il nous tentait autrefois, nous sert aujourd'hui à surmonter les tentations elles-mêmes. N'est-ce pas là une preuve évidente de l'assistance divine ? Que pouvons-nous craindre, si nous avons avec nous celui qui soutient toutes choses? » {In Ps. xc.) Ecoutons aussi sainte Catherine de Sienne : « J'étais dans votre cœur... Pourquoi vous attrisliez-vous et ne preniez-vous pas plaisir à ces honteuses pensées, sinon
Dictionnaire d'Ascétisme. IL
parce que je résidais au milieu de votre cœur? »
3' En voici la raison : Dieu ne permet au grand séducteur de nous tenter, soit par Juiméme, soit parla chair ou le monde, qu'autant que nous pouvons supporter ces tentations avec le secours de sa grâce ; et eu etl'et, te démon ne peut influer sur la liberté de nos actes qu'autant que Dieu le laisse faire, c'est-à-dire d'une manière proportionnée à nos forces, aidées de sa grâce. Donc il nous est possible, et c'est pour nous un devoir, de résister à ses tentations avec la grâce divine, et nous ne serons pas excusables de céder à la tentation, si forte qu'elle puisse être.
Comme les tentations proviennent ordinairement du démon, du monde et de la chair, nous croyons nécessaire de proposer quelques considérations sur la manière de résister à ces trois ennemis. Et d'abord c'est au nom du Seigneur, non avec timidité, mais avec force, qu'il nous faut résister au démon;' quoi que nous puissions et que nous devions toujours craindre de nous-mêmes, ainsi que des périls et des occasions auxquels nous ne pourrions nous exposer sans |}résom[)tion et sans tenter Dieu ; néanmoins, si Dieu permet que , malgré nous , nous soyons tentés par le démon, il faut secouer toute crainte, soit parce que ses ruses sont plus redoutables que ses forces, et que nous pouvons toujours, par la force, mépriser et déjouer ces ruses ; soit parce que sa forcé est en quelque sorte enchaînée,* et n'a d'action réelle que celle gue lui permet notre timidité .C'est pourquoi il est dit : Résistez au démon, et il fuira loin de vous. {Jac. iv, 7.) « La volupté, dit saint Clu'ysostome, est semblable à un chien : si vous le chassez, il fuira ; si vous le nourrissez, il restera. » [llora. 22 ad Pop.) « Montrez-vous donc à lui toujours comme un ennemi terrible et impitoyable. C'eSt ainsi que vous le rendrez bas, méprisable et facile a terrasser. Si nous sévissons contre lui, il ne sévira point contre nous; si nous sommes doux a son égard, il sera cruel envers nous. » Hom. 22 In hpist. ad Ephes.)
Le monde est plus redoutable : le charme de ses honneurs, de ses richesses et de ses délices est un des instruments dont le démon se sert pour nous tenter et nous porter au péché. Tenons-nous donc sur nos gardes
[)Our éviter les dangers du monde. Car tout e monde est sous V empire de V esprit malin. (I Joan. V, 19.) Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie [Ibid., ii, 16) ; c'est^-dire que, par les objets de ces concupiscences, le monde nous tente et nous excite è les désirer avec excès. C'est à cause de ce honteux abus que nous en faisons que les créatures sont dites être un sujet de tentation pour les âmes des hommes, et un piège où se prennent les pieds des insensés. (Sap. XIV, il.) Saint Jean Chrysostome donne de cette métaphore une explication fort belle : « Comme la terre recouvre des pièges secrets, ainsi le démon sème les pé-
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mCTIORNAmE
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thés par iialtraii des plaisirs dei la vie... Dé* plojfons donc en toute chose Tattention la plus scrupuleuse. Reconnaissons les préci-^
faces pour les éviter. » (Hom. 15 ad Popul.) 1 ne s'en suit pas que nous devions éviter les périls les plus éloignés, car autrement t7 nous faudrait sortir de ce monde. (7 Cor, v, 10.) Mais il ne faut pas se contenter, selon l'opinion commune des théologiens, de ne fuir que le prochain danger de péché; les saints Pères sont d'avis qu'il faut aller plus loin, et ils nous conseillent de fuir tout danger notable, môme (juand il ne serait certainement pas prochain; et sans cette fuite, ils ne reconnaissent pas de sécurité réelle.
14 faut encore craindre la chair plus que la démon et le monde : si Ton ne prend soin d'en réprimer les concupiscences, bientôt elles fournissent au démon et au monde loccasion de déployer toutes leurs forces. Les autres tentations sont extrinsèques ; et si elles n étaient favorisées par le désordre intrinsèque des concupiscences, il serait facile de les rejiousser, et elles ne nous vaincraient que bien rarement et par l'excès de notre malice. Mais comme notre nature est désordonnée par les excès des passions ou par la concupiscence, nous nous trouvons en grand péril de tomber dans le péché, et nous sommes comme des sacs remplis de poudre: une seule étincelle suffit pour nous faire périr. C'est ce qui fait dire à l'apôtre saint Jacques : Chacun est tenté par les attruits et les séductions de sa concupiscence, {Jac. 1 , 14-. ) Il faut donc résister avec soin aux attaques de la concupiscence , et cela aussi vite que possible; car la concupiscence enfante le péchés aussitôt qu' elle l'a conçu. ( /6ed., 15. ) C'est pourquoi saint Grégoire nous dit : « Si Ton ne résiste pas tout d'abord aux suggestions du démon , il pénètre en un instant tout entier au fond du cœur, sans qu'on s'en aperçoive. » ( L. xvii^ Jtfbr., C.20.)
Un autre remède très -puissant et trèseflîcace pour tirer piofrt des tentations , c'est fa prière faite avec humilité,
r L'Ecriture sainte la recommande. La prière de celui qui s'humilie ^pénétrera les nues. Il ne se consolera pnnt quelle n'ait été jusguà Dieu , et il ne se retirera point nue le Très-Baut ne le regarde. (Eccli.xxxv^ 21.) — Priez pour ne pas entrer en tentation, (Matth. XXVI, ii^l. ) Jésus-Christ lui-môme nous enseigne à faire cette prière : Ne nous induisez point en tentation. [Matth, vi, 13.) 2^ «Et pourquoi tant de pièges? » s'écrie saint Jean Chrysostome. « C'est pour ne pas retourner en arrière, et pour chercher à monter toujours plus haut. 11 est difficile de prendre les oiseaux quand ils fendent l'air. Ainsi tant que vous serez tournés vers le ciel, vous tomberez difficilement dans aucun piège» dans aucune embûche : c'est le démon qui est le chasseur, élevez-vous donc audessus de ses filets. » ( Saint Jean ChrysosTOME, hom. 15 ad PopuL) — (Voir à Tarticie Prière jles témoignages de plusieurs nMit^na ciôuts Pôres.)
3' La raison en est facile à saisir. Laprièrt vocale ou mentale est surtout nécessaire dar > le cas d'une nécessité urgente. Or, une absolue nécessité nous presse dans une circonstance aussi grave, où l'âme est en péril, d'implorer le secours divin , comme nous le faisons dans les dangers du corps. La tentation elle-même nous rappelle notre fragilité et nous reporte facilement vers l'humil.té et la prière. Et comme souvent la tentation s'avance à pas furtifs , il est urgent de détacher notre cœur des choses de la terre e*, d'élever notre esprit vers le ciel , afin de lui apprendre à s'humilier et à prier.
Le troisième reraèdB contre les tentations est la mortification. ( Voyez Mortification.) 1° Jésus-Christ dit à celui qui veut le suivre : Qu'il fasse abnégation de lui-même. (Matth. XVI, 24.) — Conduisez-vous selon Vesprit , et vous n'accomplirez point les dé* sirs de la chair : car la chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et Vesprit en a de contraires à ceux de la chair. ( Gai. v, 16, 17. ) — Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises. (76td., 24.);Nous devons donc nous mortifier , faire abnégation de nous-mêmes et crucifier nos convoitises , afin de pouvoir résister aux tentations et les sur;monter.
2" Les saints Pères nous donnent le même avis. « Celui qui jeûne, dit saint Jean-Chrysostome, est plus dispos, prie avec vigilance, et apaise facilement Dieu , en éteignant en lui le feu de la concupiscence et eu humiliant son âme. » Saint Thomas tire cette conclusion du passage de saint Paul que nous avons cité plus haut : « Il faut donc affaiblir la chair et fortifier l'esprit. Mais l'esprit se fortifie par la prièfe, qui est une élévation de l'âme vers Dieu : quant à la chair, on TafTaiblit par le jeûne. »
3^ La raison en est que la chair , avec ses concupiscences et ses passions, est le fo ver le plus dangereux des tentations : il fout donc la vaincre parlabnégation et parJa mortification de la concupiscence.
Le quatrième et le plus efficace de tous les remèdes pour vaincre les tentations, est /e pieux usage de la sainte Eucharistie, Comme nous avons traité ce sujet avec tous les développements que comporte sa haute importance , nous y renvoyons le lecteur. ( Voir Eucharistie.)
Nous croyons devoir compléter l'article Tentation par quelques avis aux directeurs spirituels, sur les obstacles que les tentations opnosent à la perfection.
I. Le directeur doit éviter de montrer une sévérité austère aux personnes tentées. Ce serait vouloir abattre un roseau déjà brisé , contrairement à l'exemple de notre divin Rédempteur, dont le prophète Isaïe a dit : Une brisera point le roseau cassé, (Isa, xlu, 3.) Il faut les écouler avec un sentiment de patience et de tendre commisération; les conseiller avec chanté , et les remplir de courage ex de confiance pour le combat. On doit agir à leur égard comme un père avec son enfant malade ; plus il le voit souffrir
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D'ASCtTiSME.