‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 73 sur 315 · IL'N · texte numérisé non relu

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du mal qui l'Afflige, plus il sent ses entrailles émues d'une tendre coraïassion , et plus il s'empresse à lui procurer des remèdes. Le directeur dot surtout se garder de se laisser entraîner à l'étonnement, et enrore plus de le témoigner extérieurement, quelle que soit la tentation qu'il lui arrive ae remarquer chez ses pén tents. 11 doit avoir vivement gravée dans res[ rit cette pensée dont saint Bernard voudrait nous voir tous prémunis : Rappefez-vous bien tous que personne ne peut vivre sur tu terre sans tentatitn : si tous parvenez à vous préserver d'une, îoyez sûr den éprouver bifnlôt une uuire,

iPs, Qui habitat , serm. 5. ) Le démon ag t notre égard comme les chasseurs quiiemarquent avec soin la nourriture qui plaît le plus aux oiseaux , et qui s'en servent pour les attirer et les prendre. Aussi, dit saint Ambroise : « L'ennemi nous tend surtout des pièges, quand il remarque en nous quelques passions : il les fomente et s'en sert comme d'un aprftt qu'il nous préier.te. » Il recherche notre passion dominante et Tirrite violemment [ar ses tentations. C'est pourquoi, comme il n'est personne au monde sans quelque passion qui l'excite ou quelque plaisir qui l'attire , on peut dire avec raison qu'il n'est personne sans quelque côté faible qui prête aux pièges de l'ennemi.

11. Le directeur doit remarquer qu'il ne faut pas repousser toutes les tentations de la même manière. Quelques-unes doivent être rejetées par des actions positivement contraires; pour d'autres, il ne faut ni s'en inouiéter ni les mépriser. Je m'explique.

Quelques tentations sont dangereuses do leur nature, parce qu'elles représentent des choses conformes à la nature humaine et à ses passions : Telles sont les tentations déshonnêtes , qui présentent l'image des plaisirs défendus et poussent la volonté à les coûter; les tentations de haine, qui excitent fe volonté à la vengeance ; les tentations d'envie, par lesquelles nous nous affligeons du bien d'autrui, en tant qu'il semble empêcher le nôtre ; les tentations de vanité, qui poussent la volonté à se glorifier de ses propres qualités , et lui font rechercher la louange ; tnlin toutes les tentations de ce genre. Ces sortes de tentations ordinairement doivent être repoussées par des actes qui leur sont contraires ; soit parce qu'ainsi l'âme se met k l'abri de tout consentement au mal, soit parce qu'au moyen de ces actes elle est fondée et profondément enracinée dans la vertu contraire. C'est donc agir selon les prescriptions de la vertu , quand on est tourmenté par des tentations impures, que de protester qu'on aime mieux mourir que de se laisser mouiller par elles ; de déclarer, quand on est tenté par la haine, qu'on pardonne les injures et qu'on est disposé è rendre le bien pour le mal ; quand on est tenté par l'envie, qu'on ve»jt se réjouir du bien du prochain, et qu'on serait oisposé, s'il re l'avait pas, à le lui procurer, même au prix de grands sarritices; quand on est tenté par la vanité, de reporter à Dieu la gloire de toutes ses pré-

rogatives et de sert dépouiller soi-même. Quant aux autres tentations, elles ne présentent pas le même danger ; car elles sont op- E osées, ron-seulement h la partie raisonnale de l'homme, mais môme à sa partie animale , qui n'y trouve aucun plaisir. Telles sont les tentations de blasphèmes et d'imipiété, certaines marques d'irrévérences contre Dieu, contre les saints ou contre les images sacrées ; les tentations contre la foi et autres semblables, pour le.*^quelles l'homme éprouve une certaine répulsion naturelle. Avec ces tentations, il n'est besoin ni de lutter ni de raisonner, de dire : je ne veux pas, je les déteste, je les ai en horreur, etc. ; soit 1" parce que Tabsence du danger d'y consentir ne fait pas une nécessité d'une telle résistance; soit 2** parce que ce moyen nonseulement excite et renouvelle plus fréquenv ment ces tentations, mais aussi les grave plus profondément dans l'imagination. 11 vaut donc mieux procéder à l'égard de ces tentations par voie de mépris et de dédain. Que le directeur dise donc au pénitent qui est tenté de la sorte, que la présence de ces pensées ne constitue aucun péché, qu'il ait donc à rej ousser toute crainte. 11 doit lui recommander aussi de s'abstenir des actes contraires, comme nuisibles à sa guérison, et de procéder plutôt par voie de n. épris. De sorte que, s'il continue d'être tourmerté par les tentations de blasphèmes, a'impiété ou d'infidélité, il n'a à s'inquiéter uniquement que de n'y pas consentir, et de mettre toute son attention aux affaires dont il est actuellement occupé. S'il prie, qu'il soit tout à sa prière ; s'il parle, à ses paroles; s'il travaille, a ses travaux. Le directeur doit surtout se bien garder, quand les pénitents lui font l'aveu de leurs misères, de témoigner par aucune marque combien elles sont graves ou redoutables. Car ce serait les jeter dans une extrême consternation, et augmenter leur mal outre mesure. Qu'il leur réponde sans hésitation qu'il n'y a aucun mal, aucun péché, là où ils croient en voir ; qu'il faut donc mépriser toutes ces tentations. Qu'il leur dise encore : Je prends sur moi tous les péchés qu'il peut y avoir en ce point ; j'en réponds, et tout ce que je demande de vous, c'est de vous montrer dociles, de les mépriser et de négliger le soin de les guérir.

111. J'ai dit que les tentations déshonnétes et autres, qui sourient à nos passions, doivent être repoussées par les actes contraires d'une résistance positive. Cette règle comporte néanmoins quelques restrictions. Dans les cas ordinaires, c'est ainsi qu'il faut agir. 11 est toutefois des personnes a qui il ne serait d'aucune utilité de soutenir une lutte contre ces tentations et de les repousser par l'opposition d'actes contraires. 11 vaut mieux alors procéder par voie de mépris, co^me nous l'avons dit pour les personnes tourmentées par des lentalrons d'impiété. On trouve des âmes d'une conscience si délicaiV, qu'elles ont horreur de toute action honteuse, de toute chose où elles reconnaissent quelque faute grave. Aussi, quand elles ressen-

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tent en elle-mômcs la plus lég(TC apparence, le moindre sentiment contraire à la pureté, elles sont en proie aux craintes les plus vives, à une affliction violente ; elles se précautionnent dans les actes intérieurs et môme quelquefois aussi dans leurs actes extérieurs ; agitant la tête, se frappant la poitrine, tournant çà et là les yeux avec égarement, et exerçant d'autres violences non moins nuisibles au corps qu'à Tesprit. Plus elles cherchent à repousser ces pensées, plus elles se présentent fréquemment à Tesprit ; plus elles font d'efforts pour les comprimer, plus elles les sentent s'élever dans leur cœur: elles en viennent quelquefois jusqu'au point de ne pouvoir adresser la parole à personne, ni regarder aucun objet, parce que tout devient pour elles un sujet de tentation. 11 n'est rien d'étonnant dans tout ceci ; car rien n'excite mieux ces sortes de pensées et ne les grave plus profondément dans l'esprit, qu'une crainte excessive. C'est ce qui fait que ces âmes vivent toujours dans Taflliction , nourrissent une crainte continuelle des tentations impures : toujours leur imagination est obsédée d'images déshonnôtes, et leur crainte de ces tentations les excite et les entretient. Il faut en dire autant de ceux qui s'imaginent juger témérairement de tout le monde, se réjouir de tout le mal qu'ils remarquent chez leur prochain ; de ceux enfin qui, se regardant comme les esclaves de l'orgueil , pensent à chaque mot et à chaque pas être en proie à des pensées de vaine gloire. Il faut les délivrer tous de ces craintes excessives, déréglées et imprudentes , qui sont pour eux unesource de tentations, de misères et d'angoisses. Or, ce n'est pas par la voie de la lutte et de la résistance qu'on arrive à ce résultat ; mais c'est par la voie du dé Jain et du mépris. Dans toute pensée , sensation de plaisir ou tentation, même les plus honteuses, jamais il n'y a de péché sans un consentement libre et volontaire. «< La lutte intérieure, dit saint Bernard, est pénible, mais fructueuse : si elle a ses peines, elle a aussi ses couronnes. La sensation ne nuit pas, quand il n'y a point consentement : la résistance qui nous fatigue devient la couronne de la victoire. » Il faut donc dissiper de ces cœurs toute crainte excessive, en leur montrant que la grâce de Dieu les préservera de consentir au mal ; que l'affliction et l'amertume intérieure qu ils ressentent au milieu des tentations, est un indice manifeste que leur volonté les repousse ; que les angoisses avec lesquelles ils désirent se voir délivrés de toutes ces suggestions, montrent que leur volonté est loin de s'y associer, et que la résistance excessive qu ils leur opposent, prouvent clairement combien leur volonté est hostile à ces turpitudes.

Qu'il leur enjoigne ensuite, au retour de ces pensées et de ces tentations, de s'abstenir d'actes positifs de résistance : il leur suffira d'élever leur esprit et de porter sans inquiétude leur pensée sur d'autres objets ; semblables à celui qui , marchant au milieu d'un tourbillon de poussière, ferme les yeux

imur continuer sa route. Il sera préférable, si cela leur est possible, de fixer tranquillement et paisiblement leur esprit sur un objet sacré, comme de concevoir de pieuses affections pour Jésus-Christ ou sa très-sainte Mère. Toutefois ils doivent toujours procéder avec douceur. Si leurs occupations présentes ne leur permettent pas l'exercice de ces sortes d'actes, il leur faut conceùtrcr leur attention sur les objets qu'ils ont sous les yeux ou sur les occupations auxquelles ils s'appliquent actuellement. Le directeur doit, avant tout, interdire aux personnes tentées, de reporter leur esprit sur leurs tentations, une fois qu'elles sont passées, et d'examiner si elles y ont ou non consenti. Car non-seulement ce serait provoquer de nouveaux scrupules , mais encore réveiller, par un pareil examen , une tentation déjà assoupie. Qu'il leur dise d'avoir foi en leur directeur, eK qu'il les persuade qu'elles n'ont point péché mortellement.

IV. Le directeur doit proportionner la diversité des moyens de surmonter les tentations à la diversité des tentations elles-mêmes. L'homme en butte aux tentations de certains vices , tels que l'impatience , l'indignation , la colère, l'envie, la rancune, l'antipathie, doit généreusement aller au devant et lutter pour les vaincre ; car ces passions n'excitent ni joie, ni plaisir, et font éprouver à l'homme plus de douleur que de jouissance. Aussi quand le directeur reconnaitra en son disciple une vertu solide, il pourra lui accorder la faculté de vivre avec aos personnes d'un caractère difficile, grossier et ingrat, pour lesquels il éprouve de l'aversion , afin d'y exercer la charité ; de demeurer avec des hommes dont il aura à souffrir l'humeur caustique et les actions insultantes, afin de s'exercer à la douceur et à la patience ; de se soumettre à des maîtres sévères et rigoureux, afin d'apprendre à agir contre sa volonté personnelle. Les autres vices sont, comme je l'ai dit plus haut , doux et agréables. Tels sont ceuxt|ui inclinent aux péchés de la chair, à l'intempérance de la table, à la licence de la conversation, surtout avec les personnes d'un sexedifférent, aux réjouissances mondaines et autres semblables. L'homme ainsi tenté doit toujours les fuir; car ces vices sont sur une pente glissante, et en voulant les comtwttre, on court grand risque d'être entraîné par eux. Celui qui aime le aaiigery dit l'Es prit-Saint, y périra, {Eccli. m, 27.) « Prions, dit saint Jean Cbrysostome , pour ne pas entrer en tentation, car nous ne devons pas les rechercher. » C'est à cette espèce de tentation que se rapporte cette maxime célèbre du D. Philippe, que dans la lutte des sens, ce sont les lâches et les timides, c'est-à-dire ceux qui fuient, qui remportent la victoire. Le directeur doit donc insister avec le plus grand soin , pour que les personnes portées à ces pensées par caractère ou par instigation du démon, ne se fient pas à elles-mêmes , mais s'éloignent de ces pensées et les fuient. Agir autrement serait, non de la grandeur d'âme, mais une audace excessive et une extrême témérité.

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V. Le direcleur doit mettre toute son attentioa et sa vigilance à discerner les tentations de ses pénitents ; car souvent le démon les attire secrètement sous Tapparence du bien. Ces sortes de tentations sont d'une part très-difficiles à distinguer, et d'autre part, les plus dangereuses de toutes. Aussi saint Augustin a dit avec raison du démon : « H est plus redoutable quand il ruse que quand il sévit ouvertement. » {In Psalm, xxxix.) Parfois i ennemi, transformé en ange de lumière, pro|)Ose aux personnes pieuses des choses bonnes et saintes par elles-mêmes; alors, si Ton y ajoute foi, il suggère des rho^es dangereuses et exposées au péché, jusqu'à ce qu'il nous jette dans des fautes manifestes et nous précipite vers notre ruine. Ce sont les plus terribles des tentations. L'homme, ne pouvant les reconnaître , ne se prét-autionne pas contre elles; bien plus, il est attiré par elles, et finit, comme Toiseau gu entraîne un appât séducteur, par venir se jeter dans les filets. C'©st au directeur de découvrir ces fraudes, de reconnaître le démon, non-seulem.enl lorsqu'il tente ouvertement les âmes , mais encore lorsqu'il vient sous le masque d'une spécieuse piété; c'est à lui d'avertir ses pénitents, afin qu'ils sachent reconnaître et éviter les piégesde l'ennemi. Cela est d'autant plus nécessaire, que, selon l'opinion de saint Bernard, ce sont surtout les personnes pieuses qui en sont ordinairement victimes. L'homme de bien, dit-il, nest jamais trompé que par Vapparence du bien. (Serro. 60, in Canr) Rapportons ici une «•"^cdote qui jetera une vive lumière sur Ciçïs considérations.

Saint Bonaventure parle, dans la lie de saint François (c. 10), d'un frère qui avait touiours extérieurement vécu dans une sainteté exemplaire. Livré à l'oraison, il jouissait d'une si grande abondance de consolations célestes, que toutes les fois qu'il entendait parler de Dieu, il ne pouvait cacher la joie

aui faisait tressaillir son cœur. Il avait tant 'amour pour la solitude et le silence, qu'il ne proférait jamais le moindre mot. 11 en vint même à ce point que, craignant la violation du silence, il ne déclarait ses péchés au prêtre en confession que par signes. Sur CCS entrefaites , saint François vint à passer par ce coty^ent et s'y rencontra avec le directeur spirituel , qui , entre autres choses , lui raconta la merveilleuse sainteté de ce religieux. Mais saint François, éclairé par Dieu d'une sublime lumière, lui répondit : « Vous Ates dans l'erreur; cet homme est trompé par le démon. — Mais comment se peut-il* faire, qu'un homme tellement livré à l'oraison et au silence, si religieux observateur de la Règhy en un mot si parfait, soit conduit par l'esprit du mensonge? — Ordonnez-lui, dit saint François, de purifier deux fois par semaine sa conscience par la confession, et vous aurez bientôt découvert l'erreur. » Le directeur suivit ce conseil. Ce malheureux, à cet onlre,se mit à secouer la tête et à témoigner [)ar signes qu'il ne voulait pas le faire Dar amour du silence. Peu de temps après, il

montra plus clairenient qu il élat au pouvoir de l'esprit du mal, et enfin il quitta rétat religieux pour rentrer dans le monde. Remarquons qu'ici le démon s'était transformé en ange de lumière, afin de précipiter dans l'abîme ce malheureux, insensiblement et sans qu'il s'en ai»erçût. D'abord il lui impose dans l'oraison par une multitude de consolations sensibles. Il l'abuse ensuite en lui inspi^ant un amour démesuré du silence, et par là le conduit à ne faire usage du sacrement de Pénitence que d'une manière très-gênante, et ensuite à s'en abstenir autant que possible; puis à résister ouvertement aux ordres de ses supérieurs. C'est ainsi que de degré en degré il le retira de l'état religieux pour le replonger dans la Babylone du siècle.

Ces ruses secrètes du démon pour la séduction (les âmes malheureuses sont innombrables. Il fera naître , par exemple, dans le cœur d'un prêtre un vir désir de conduire à la sublime perfection une personne de l'autre sexe. D abord il excitera dans son cœur une affection toute spirituelle pour elle. Ensuite il fera naître entre eux une grande confiance : la confiance devient liberté, la liberté dégénère jusqu'à se pernietlre des paroles empreintes d'un sentiment d'affection trop vive. Les paroles amènent les actions; ot ainsi j as à pas, le directeur de cette âme infortunée en est devenu le séducteur. Il excitera dans le cœur d'un religieux ou d'une religieuse un grand zèle à maintenir chez les autres l'observation de la règle ; de sorte qu'au lieu de veiller sur lui-même et sur ses propres défauts , il est du matin au soir occupé à remarquer les défauts des autres, et remplit la communauté de ses plaintes et de ses murmures. 11 n'en retire d'autre fruit que de s'inquiéter lui-môme, tout en inquiétant les autres , et d'exciter au sein du couvent des rancunes , des aigreurs et des discordes. Il serait aussi facile de compter les sables de la mer que de vouloir énumèret tous les artifices par lesquels la malice du démon trompe les âmes sous l'apparence du bien.

Pour dévoiler ces fraudes et ces machinations diaboliques, le directeur doit user de deux moyens. D'abord qu'il demande toujours à Dieu'sa lumière; car les ruses du démon sont subtiles, et seule l'éclatante et pénétrante lumière de Dieu peut les reconnaître. Ensuite qu'il sache quels sont les caractères et les signes particuliers à l'esprit divin et quels sont ceux qui sont propres au démon. A ces marques il saura facilement distinguer si le môme sentiment pieux vient de Dieu pour le salut et l'avancement de l'âme, ou de l'ennemi pour sa ruine.

VI. Je ne voudrais pas être un de ces directeurs qui attribuent toute faute aux fierverses inclinations de notre nature , et qui regardent le démon comme tournant autour de nous, oisif et sans rien faire. Une pareille idée est également fausse et coupable. Les saintes Ecritures disent en propres termes : LedemoUy votre ennemi, tourne autour devons comme un /ï«n rugissant , cherchant «wcric-

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time à dévorer. Je ne prétends [.as que nous ne soj'ons parfois agités par les passions de uotre nature; mais le démon, remarquant cette ag tation , accourt d'ordinaire pour les exo ter et en accroît la violence, de iorte que la pluj:ait des pé. hés, surtout ceux cans lesquels tombent les j er>onr.es pieuî^es, sont toujours cauîrés jar quelque nst gation du démon. Cette idée cti cou. able, |.art:e que , si riiomme a la conviit on quM est continuellement ^touré par le tentateur, qui lui suggère tantôt quelque pensée, tantôt quelque alfection mauvaise , alors il se tient sur ses garJes ; il ve.lle à î^a défense, il résiste avec plus de courage et recourt à Dieu nonseulement r)lus souvent, mais aussi avec plus de confiance. C'est j ourquoi il est d'une très-grande utilité pour la plupart d<^s hommes , de les persuader que leurs agitations intérieures proviennent ordinairement du démon, afin qu'ils se préparent à lui opposer une vigoureuse défense.

VII. Le directeur doit veiller à ce que ses pén'tents, au moment des tentations, se gardent bien de négliger leurs exercices accoutumés de la prière, de la pénitence, des mortifit-ations et des sacrements ; il doit plutôt s'appliquer à leur faire donner plus d'extension à ces exercices. En efiet, c'est à ce moment qu'ils ont surtout besoin de vigueur et de, forces, afin de pouvoir courageusement lutter contre les ennemis daleur î^alut éternel. Or, il n'est pas u'autre manière, pour acquérir ces forces, q le la pratique de ces pieux exercices. Qu'il veille encore à ce qu'au milieu des tentations, ils s'abstiennent de prendre de nouvelles déterminations et surtout de former de nouveaux vœux. Car l'âme éprouvée parles tentations est agitée par l'esprit diabolique. Aussi est-il dimcile de discerner avec sécurité si les mouvements

3ui sont alors excités dans l'ûme partent 'un bon plutôt que d'un mauvais esprit. En outre, l'entendement e.^t alors obscurci par les ténèbres, et l'esi^rit troublé par les passions; de sorte que dans ce tourbillon de pensées et d'atfections, il n'est pas facile de distinguer ce qui est avantageux, et de concevoir de sages et f)ru(lentes déterminations. Il faut donc remettre alors toute décision à des temps plus tranquilles.

Quoique cette mat ère puisse paraître ainsi sulfisamment traitée, cependant, voulant lui donnertous les développements dont elle est suscept ble, nous laisserons parler le U. P. Rodriguez.

« Mon fih^ en vous attachant au service de Vieuy persévérez dans la justice avec crainte^ et préparez votre âme à la tentation, [Eccli, II, 1.) Saint Jérôme, sur ces paroles de Y Ecclésiastique : Il y a un temps de guerre et un temps de paix (Eccli, ii, 8J, dit que tant que nous sommes oans cette vie, c'est un temps de guerre, et que quand nous serons en l'autre monde ce sera un temps de paix, suivant ces paroles : // a établi sa demeure dans la paix (Ps. Lxxv, 5), et que c'est pour cela

3ue le nom de Jérusalem, c'eît-à-aire vision e paix, est donné à cette céleste patrie à la-

quelle nous aspirons. « Que personne, ajou- « te-V-il, ne se < roie donc maintenant en sû- « reté dans u!i temps de guerre, où il est « question de combattre et de se servir des « armes a; Ohtoliques, afin que, remportant « la victoire, nous (uissionsjouirdune paix « que r en uq \ eut troubler. »

a Sa nt Augu.-t n, su-* ces paroles de l'Afôtre : Je ne fais pas le bien que je veux {Rom. vu), dit «que la vie de l'hommejuste n'est pas a un triomphe, mais un combat', et qu'ainsi <t nous entendons maintenant des cris de tf guerre tels que sont les paroles dont se « sert 1 Apôtre, lorsque, se plaignant de la « répugnance de notre nature au bien et de « son inclination au mal, il dit iJene fais pets « le bien que je veux, mais je fais le mat que « je ne veux pas. Je vois dans mes membres une a autre loi contraire à la loi de mon esprit, et « qui m*assujettit à la loi de la concupiscence a qui est dans mes membres, (Ibid.) Alais le;> » chants de triomphe s'oiteûdront , quand « notre corps mortel sera revêtu d'immorta- « lité, et nous nous écrierons alors : La mort Cl est éteinte par la victoire. 0 mort I où est « votre victoire ? 0 mort! où est maintenant « votre aiguillon? {I Cor, xv.) Ces senti- « ments sont bien exprimés dans ces paroles a de Job : La vie de Vhomme sur la terre ect c( une guerre continuelle , et ses jours sont « comme ceux d'un mercenaire. ( Job vu. ) « Car, de môme qu'un ouvrier travaille sans « relâche du matin au soir, et reçoit ensuite a son salaire ; de même toute notre vie esi 0 comme ,un jour de travail, de peines et de tf tentations, après lequel chacun recevra sa <t récompense selon ses œuvres. »

« Examinons maintenant la cause de cette guerre continuelle. L'apôtre saint Jacques nous l'apprend : D'où viennent les combats et les dissensions que vous sentez en vous-mêmes ? Ne viennent-ils pas de votre concupiscence qui vous fait la guerre? {Jac. iv, 1.) La source de tout cela eti au dedans de nousmêmes, et cette source est la répugnance au bien, qui est demeurée en notre chair depuis le pévîhé. Car notre chair a été maudite aussi bien que la terre, c'est pourquoi elle produit tant de chardons et d'épines qui nous piquent et qui nous tourmentent. Les saints nous comparent à celte Larque de l'Evangile, qui ne fut pas plutôt en mer, qu'il s'éleva une tempête qui la couvrif entièrement de vagues ; car notre âme e^t dans notre corps comme un vaisseau qui fait eau de tous côtés, et que les vents de mille j assions différentes mettent à tout moment sur le point de faire naufrage. Ainsi, la cause des tentationscontinuelles qui nous tourmentent, est notre nature corronq ue : Car la corruption de notre corps qui appesantit t'âme {Sap. ix), est le foyer du péché que nous | ortons en nous, et cette inclination au mal avec laquelle nous naissons.

« Notre ï lus grand ennemi est au dedens de nous-mêmes et nous fait continuellennent la guerre : il ne faut donc pas nous étonner que nous soyons tentés. Car, puisque nous sommes enfants d'Adam y que nous avons été

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conçut dans Viniquité, et que le péehénous a aeeompoffnés dèi le ventre de notre mire {Ps, t), le moyen d'être exempts de tentations est que DOS mauvaises inclinations ne nous fassent pas la guerre à toute heure. C'est pourquoi saint Jérôme remarque que dans 1 oraison Dominicale il n'est pas dit de demander à DÎBU que nous n'ayons pas de tentations, car il est impossible que cela soit autrement, mais seulement quil ne souffre pas oue nous tombions en tentation. [Matth. vi.) Jésus- Christ a dit la môme chose à ses disciples : feillex et priez, afin que vous n entriez pas en tentation, {Matth. xxyi.) n Car, entrer en « tentation, dit ce grand saint, ce n'est pas « être tenté, c'est succomber à la tentation. » Susanne fut ainsi tentée , mais Dieu lui donna la grâce de la résistance. Or, voilà ce que nous demandons à Dieu dans l'oraison Dominicale : qu'il nous donne celte grâce, qu'il nous donne la force de nous soutenir dans les tentations et non qu'il les éloigne entièrement de nous. « Vous vous trompez, mon « frère, dit le même saint à Héliodore, si vous « croyez qu'un chrétien soit jamais exempt « de tentation. Vous n'êtes jamais plus for- «-tement attaqué, que quand vous croyez ne

< pas l'être. Le démon ne vous fait pas de « plus rude guerre, que quand il vous sem- « ble qu'il vous laisse en paix. Notre adver- « saire est comme un lion rugissant qui tourne -c de tous côtés pour tâcher de dévorer quel- 4, fti'tin, et vous vous imaginez être en su- « reté 1 // est en embuscade avec les riches, « pour tuer l'innocent en cachette, 41 a tou- « jours les yeux sur le pauvre, il lui dresse « des embûches en secret , comme un lion « dans sa caverne. (Psal. ix, 30.) C'est un

< abus de croire que nous pouvons vivre « ici -bas en paix ; nous sommes dans un « temps de guerre, et nous étonner des ten- « talions, c est comme si un soldat s'éton- « nait d'entendre des coups de mousquet, et. « voulait pour cela quitter le combat, ou un « homme qui abandonnerait la navigation, « parce que la mer lui donnerait quelques «c légers mouvements d'estomac. »

« Saint Grégoire dit que c'est une erreur de bien des gens de s'imaginer que dès qu'ils sont attaqués de quelque tentation violente, tout est perdu et que Dieu les a abandonnés. Us s'abusent ; tous les hommes sont sujets aux tentations, et ceux qui aspirent à la perfection y sont plus sujets que les autres, comme le Sage nous l'apprend. L'Apôtre nous enseigne la même chose: Tous ceux, dit-iJ, qui veulent vivre saintement en Jésus-Christ, souffriront persécution. (1 Tim. m, 12.) Tous ceux qui voudront avancer dans la vertu, seront exposés aux tentations. Pour les autres, souvent ils ne savent pas ce que c'est, et ils ne s'aperçoivent pas de la révolte et du combat de la chair contre l'esprit; au contraire, iLs en font trophée. Saint Augustin, sur ce passade de VA\>6ive: La chair convoite contre Vesprtt, dit que c'est dans les gens de bien qu'elle açit ainsi, parce que dans les méchants elle n'a f»as contre qui convoiter, et que ce n'est que là ouest l'esprit, c'est-b-dire

où il y a un grand désir de vertu,, qu'elle convoite contre l'esprit. C'est pourquoi les méchants, n'ayant point en eux l'esprit qui combat contro la chair, ne sentent point aussi ]bs révoltes et les contradictions de la chair contre l'esprit ; et le démon n'a pas besoin de les tenter, puisque d'eux-mêmes et sans résistance ils se rendent à lui et se livrent entre ses mains. On ne chasse pas les animaux domestiques, mais le cerf et autios bêtes sauvages remarquables par leur vitesse. C'est à ceux à qui Dieu a donné des pieds aussi légers qu au cerf et qui se tiennent sur les hauteurs, que le démon en veut ; c'est \k la chasse à laquelle il s'adonne, et pour ceux

aui vivent comme des animaux domestiques, ne court pas après, ils sont déjà à lui, et il néglige d'inquiéter, dit saint Grégoire, ceux dans la possession desquels il n'est pas troublé. Aussi, nous ne devons pas non-seulement nous étonner d'avoir des tentations, mais les prendre comme iwe bonne chose, suivant ce que dit ^aint Jean Climaque, qu'il n'y a pas de marque plus certaine d'avoir vaincu le démon que d en être vivement attaqué. Car il ne vous attaque ainsi que parce que vous vous êtes révoltés contre lui, qu« vous avez secoué son joug; c'est là le sujet de sa haine et de ses persécutions contre vous, sans cela, il ne vous tourmenterait pat» tant.

a Saint Grégoire dit qu'il y a des personnes que la tentation n'attaque jamais plus vivement que dans le commencement de leur conversion, et que Jésus-Christ, par une providence admirable, a voulu nous le faire voir par lui-même, n'ayant permis au démo^ de le tenter, qu'après s'être retiré après son baptême dans le désert, pour ^-.rier et pour jeûner. Il voulut par là, ajoute le mémo saint, apprendre à ceux qui devaient être ses membres et ses enfants, qu'en se retirant du monde pour s'adonner entièrement à la vertu, ils doivent se préparer à de rudes attaques, parce que c'est alors que le démon fait ordinairement de plus grands efforts contre eux. Dès que les entants d'Israël furent sortis d'Egypte, Pharaon rassembla aussitôt son armée contre eux. Quand Laban vit Jacob se séparer de lui, il le poursuivit avec tout ce qu'il avait de monde. Quand le démon fut sorti du corps de cet homme dont parle l'Evangile, il fit comme quand on arme contre un rebelle pour le remettre en son devoir, il pnit sept autres esprits pires que lui {Luc. Il), pour retourner au lieu d'où il avait été chassé. C'est ainsi que quand le démon voit qu'on se révolte contre lui, et qu'on veut secouer son joug, il devient plus furieux, et fait une guerre plus cruelle. Lorsque Jésus-Christ chassa cet esprit immoncfe, qui était sourd et muet» il sorjtit, dijl l'Evangile, du corps de cet homme, en criantet en l'agitant avec force {Marc, ix, 25) ; et saint Grégoire fait observer que quand le démon possédait cet homme, il ne le tourmentait j)as ainsi ; mais quand il est forcé de le quitter par une puissance divine, c'est alors qu'il l'agite plus cruellement, pour

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nous faire comprendre, dit ce Père, oue* quand nous nous séparons du démon, c est afors qu*il faut nous attendre à être combattus par de plus violentes tentations. li dit aussi qu'une des raisons pour lesquelles Dieu permet que nous soyons tentés au commenftement de noire conversion, c'est pour empêcher que nous ne nous laissions aller trop facilement à la présomption, et afin que nous ne pensions pas être déjà saints, pour nous être tirés du chemin de perdition et nous être mis dans la bonne voie. « C'est encore, ajoute- t-il, parce que « la sécurité est la mère de la négligence ; « ainsi, pour empêcher que cette sécurité « ne nous fasse tomber dans la négligence « et le relâchement, Dieu permet qu il nous « arrive de« tentations qui nous fassent voir « le péril continuel où nous sommes dans « cette vie, et qui nous obligent à veiller sur « nous avec plus d'application et plus de n soin. » Saint Jean Climaque dit que les (commencements d'une vie sainte et réglée pciraissent ordinairement fâcheux à celui qui était accoutumé à une vie licencieuse, et que, comme un oiseau ne s'aperçoit d'être pris dans le filet que quand il en veut sortir, aussi n'est-ce que quand on renonce au vice qu'on s'aperçoit mieux de l'engagement malheureux oii Von était, et qu'on éprouve plus (le contradiction en soi-même. Il ne faut donc point s'étonner ni perdre courage, quelques diflîcullés qu'on rencontre au comraencoment, et de quelques tentations qu'on soit combattu ; car ceux qui se mettent au service de Dieu, sont ordinairement exposés à ces épreuves.

« Saint Grégoire ajoute que parfois il arrive qu'un homme, qui a renoncé au monde j)our s'engager entièrement dans le service de Dieu, éprouve alors des tentations plus violentes que celles qu'il avait éprouvées avant sa conversion. Ce n'est pourtant pas, dit-il, qu'il n'eût alors en lui-même la racine de toutes ces tentations; mais c'est . qu'elle ne paraissait pas alors, et qu'elle vient ensuite à se découvrir. C'est ainsi qu'un homme dissipé par beaucoup de soins et de pensées qui l'occupent, ne se connaît pas lui-même à fond, et ne sait presque pas ce

aui se passe en son intérieur; mais quand vient à se recueillir et à rentrer en luimême, il s'aperçoit alors du désordre qui est dans son cœur. 11 en est des tentations, ajoute le saint, comme d'un chardon qui cr^ît dans un chemin, et qui sort à peine de terre, parce que tout le monde marche dessus: quoique les piquants ne paraissent pas, la racine ne laisse pas de demeurer toujours en terre; et dès qu'on ne le foule plus aux pieds, ils commencent à se montrer. ** La racine des tentations, continue-t-il, est «ainsi cachée dans les gens du siècle; la « diversité des pensées, des soins et des « affaires, empêcnant qu'ils ne s'en aperçoi- « vent, et faisant en eux, à cet égard, le « même effet que font les passants à l'égard « du chardon qui vient dans un chemin; id ils

« mais quan<

renoncent à toute autre

« occupation pour ne plus songer qu'à ser- « vir Dieii, alors, comme il n'y «{uus per* <» sonne qui marche sur le chardon, il pousse « librement au dehors, et on commence à « sentir les épines des tentations dont on « avait la racine dans le coeur. Cest aussi «pour cela que quelques-uns ont coutume « de sentir plus vivement les tentations dans

• le temps de la retraite et de la prière que « quand ils sont occupés à des emplois ex- « térieurs. Ainsi, si quelquefois on sent dans «r la religion des tentations plus violentes

* que celles qu'on avait éprouvées avant sa « conversion, ce n'est pas qu'on soit alors « dans un plus mauvais état que quand on « était dans le siècle ; mais c'est qu on ne se V connaissait point alors, et qu'on commence « à s'apercevoir de ce qu'on a de mauvais en « soi. C'est pourquoi le soin que l'en doit <r avoir n'est pas de cacher Ta racine des « mauvaises inclinations que Ton a, c'est de « l'arracher entièrement, i»

c* Quant h ceux qui ont- beaucoup de consolation et de douceur au commencement de leur conversion, et que Dieu éprouve ensuite par les tentations; c'est, dit saint Grégoire, un effet de la Providence divine, qui ne veut pas que le chemin de la vertu leur paraisse d'abord si rude et si difficile, qu'ils viennent à perdre courage et à retourner en arrière; c'est ainsi qu'il traita son peuple, quand il le tira de h servitude d'Egypte. 11 ne le mena pas du cttédes Philistins, qui était le pays le plus voisin de celui qu'ils quittaient, de peur^ dit l'Ecriture, qui le peuple ne se repenlîty se voyant une guerre sur les bras, et quil ne s'en retournât en Egypte, {Exod. xni, 17. ) Mais lorsque ce peuple eut passé la mer Rougo et pénétré dans le désert, et qu'il n'y eut plus à craindre qu'il s'en retournât. Dieu l'éprouva par beaucoup de souffrances et de tentations, avant de le mettre en possession de la terre promise. 11 en use quelquefois ainsi envers ceux qui renoncent au monde ; il ne veut pas qu'ils soient tentés, de peur qu'étant encore chancelants dans la vertu, ils ne s'épouvantent et retournent au siècle; et il les conduit d'abord par des voies douces et pleines de consolations , afin qu'après avoir goûté ce que c'est que Dieu, et avoir connu combien il mérite d'être servi et aimé, ils puissent, avec d'autant plus de facilité et de couraçe, soutenir la guerre intérieure des tentations. Aussi ne permît-il que saint Pierre fût tenté par une femme,

2ui lui demanda s'il était disciple de Jésushrist, qu'après lui avoir fait voir la majesté de sa gloire dans la Transfiguration, afin que, quand il aurait été humilié par la tentation, il pût, en gémissant de douleur et de tendresse, se prévaloir de ce qu'il J avait vu sur le Thabor ; et que, comme la crainte des hommes l'avait Tait tomber, la considération de la bonté de Dieu, qu'il avait , déjà éprouvée, aidât à le relever.

« Cela peut faire connaître, dit saint Grégoire, combien se trompent ceux qui, commençant à servir Dieu, et voyant qu'ils y

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trouvent beaucoup de douceur, que Dieu leur fait la çrâce cle leur donner tle la ferveur dans la prière, et que tous les exercices de la vertu et de la mortification leur deviennent aisés, s'imaginent alors qu'ils ont déjà acquis la perfection, tandis qu'ils devraient songer que ces sortes de faveurs sont des caresses que Dieu leur fait, comme à des enfants qui commencent à changer de nourriture, et qu'il veut achever de sevrer entièrement des choses du monde. C'est quelquefois, continue le même saint, à ceux qui sont moins parfaits et qui ont fait moins de progrès dans la vertu, que Dieu se communique plus abondamment, non parce qu'ils le méritent davantage, mais parce qu'ils en ont un plus grand besoin. H agit comme un |jère qui, ayant beaucoup d'enfants qu'il aime avec tendresse, ne se soucie pas, ce semble, de ceux qui se portent bien, mais s'il y en a un de malade, il fait ce qu'il peut pour le guérir, le régale et le flatte de mille choses. C'est un jardinier qui a bien soin d'arroser à tout moment de jeunes plantes, mais dès qu'elles sont devenues fortes et ont bien pris racine, il ne les arrose plus de même, et ne les soigne plus comme auparavant.

« Les saints remarquent encore que parfois Dieu envoie plus de consolations aux pécheurs convertis, et semble leur faire plus de faveurs qu'à ceux qui ont vécu plus saintement, afin que les uns ne tombent pas dans le découragement, et que les autres ne se laissent pas aller à la vanité. Cette conduite nous est bien expliquée dans la parabole de l'enfant prodigue. Son uère le reçoit avec toute la loie possible; il lui donne une robe neuve, fa.it venir des instruments de musique ; et ce même père, qui n'ayant jamais reçu que des sujets de satisfaction de son fils a)né, ne lui avait jamais donné un chevreau à manger avec ses amis (Luc, XV, 29), prépare un grand festin, fait tuer un veau gras pour le retour d'un fils qui lui avait désobéi toute sa vie. C est que ceux qui se portent bien^ dit le Sauveur, n^ont pas besoin de médecins^ mais ceux qui sont malades, (Matth, ix, 12.) — Le Seigneur votre Dieu vous tente , afin de connaître si voyLS l'aimez ou non de tout votre cùsur et de toute votre âme. [Veut, xiii, 3.)

« Saint Augustin, sur ces paroles, demande comment accorder ce que dit ici le Saint-Esprit avec ce qu'il dit ailleurs par la bouche de saint Jacques, que Dieu ne tente personne (Jac. i, 23) ; et, répondant lui-même a son objection, il dit qu il y a deux manières de tenter : <c L'une tend à tromper les « âmes et à les faire tomber dans le péché, « et Dieu ne se sert pas de celle-là, mais le « démon seulement, de qui le métier est de « tenter ainsi, suivant ces paroles de l'Apô- « tre : de crainte que celui qui tente^ c'est-à- « dire le démon^ ne vous ait peut-être tentés. « (/ ThessaL, m, 5.) L'autre ne tend qu'à « éprouver les cœurs, et c'est dans ce sens « que l'Ecriture dit que Dieu nous tente, et « que dans un autre endroit elle dit que

a Dieu tenta Aoraham. (Gen. xxii, 1.) Dieu « se plaît à nous éprouver, pour nous faire « connaître nos forces, et de quelle manière a nous l'aimons et nous le craignons; et « c'est pour cela que dès qu'Abraham eut « levé le bras pour immoler son fils : Je con- « nais maintenant, lui dit-il, que vous crai- « gnez Dieu (/6îd.), c'est-à-dire, comme Tex- « plique saint Augustin, je vous ai fait con- « naître que vous Taimiez. » Ainsi, il y a deux sortes de tentations : les unes que Dieu nous envoie lui-même, et les autres qui nous arrivent seulement par sa fiermission, et qui viennent de nos ennemis, c'est-àdire du démon, du monde et de la chair.

a Dieu permet que nous soyons tentés de cette dernière manière, disent saint Grégoire, Cassien et autres, pour notre avantage, et il retire quelquefois de nous sa main pour un peu de temps ; si cela n'était pas, le Prophète ne lui aurait pas dit : Ne m abandonnez pas pour toujours [Ps. cxviii) ; mais comme il savait bien aue Dieu a coutume d'abandonner quelquefois ses serviteurs, et de retirer sa main d'eux pour quelque temps et pour leur plus grand bien, delà vient qu'il ne demande pas à Dieu qu'il ne l'abandonne jamais, mais seulement qu'il ne Tabandonne

fas pour toujours. Il tient le même largage Dieu dans le Psaume xxvi : Ne vot^ éloignez pas de votre serviteur en colère, 11 ne demande pas que le Seigneur ne s'éloigne jamais de lui, mais qu'il ne s'éloigne point en colère, c'est-à-dire de manière qu'il tombe dans le péché ; car, pour cet éloignement qui ne va qu'a éprouver l'homme, et pour les tentations que. Dieu lui envoie lui-même, n'estce pas ce que le Prophète demande en disant : Eprouvez-moi^ Seigneur ^ et tentez-moi. (Ps. XXV.) Et le Seigneur ne dit-il pas luimême danslsaïe: Je vous ai abandonnée pour un instant, et je vous assemblerai par des tîVnfaits signalés. Dans mon indignation, j'ai caché un peu ma face de vous, et voilà otie j'ai pitié de vous pour toujours. (Isa. uv, 7.)

« Lesavantages des tentations, dit Cassien, « sont que Dieu se comporte avec nous « comme il l'a fait envers les enfants d'iraël, « quand il les introduisit dans la terre protf mise. Il ne voulut pas détruire entièrement « leurs ennemis; mais il y laissa les Chana- « néens, les Amorrhéens et autres peuples; « a^n, dit l'Ecriture, qu'Israël fît son apprence tissage sur eux, et que ses enfants apprissent (c à combattre avec les ennemis et à s accoutu- « mer à la guerre. (Judic, m, 1.) C'est ainsi « que le Seigneur veut que nous ayons des « ennemis et que nous soyons exposés aux « tentations, afin qu'étant continuellement « dans le combat, nous ne nous perdions « pas par la mollesse et la prospérité. Car il <f est souvent arrivé que ceux que l'ennemi t( n'avait pu vaincre par une guerre ouverte, « il les a surmontés ensuite plus facilement, <c après les avoir séduits par l'apparence <f trompeuse de la paix. »

o( Saint Grégoire dit que Dieu, par une

f providence secrète et aamirable, veut que es élus soient tentés et affliges en cette vie^

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f>arce que le inonde n*e5^t qu'un lieu de pèerïnage ou plutôt d'eiil, où il nous raut marcher continuellement, jusqu'à ce que nous arrivions à notre céleste patrie. Quand les voyageurs rencontrent quelque prairie agréable et quelque bocage sombre, ils se détournent quelquefois de leur chemin; Dieu, qui ne veut pas que rien puisse nous détourner du nôlre, et que nous nous attachions à la terre, ni que nous i)renion5 le lieu de notre exil pour celui de notre patrie, permet que cette vie soit remplie de peines et de tentations, afin que la considération de ce que nous y souffrons nous fasse soupirer plus ardemment après l'autre.

« ?aint Augustin parle de nième, quand il dit que les tentations et les afflictions servent à nous montrer les misères de cette vie, et à faire que nous <lésirinns plus ardemment et que nous recherchions avec plus de soin celle où l'on doit jouir éternellement du véritable bonheur. Dans un autre endroit, il dit qu'elles empêchent qtie le vovai^eur qui veut aller en sa nalrie, ne regarde rhotcllcrie comme le lieu de sa demeure, et no s'y attache trop. Lorsqu'on veut sevrer un enfant et l'habituera une nourriture solide, sa nourrice se frotte les mamelles de quelque chose d'amer qui puisse l'en dégoûter. Dieu en use à peu près envers nous; il rép.ind de l'amertume sur les choses de ce monde, afin que nous nous en dégoûtions, et que, ne voyant rien ici qui ménie nos soidiaits, nous n'en fossions que pour le ciel. C'est ce qui a fait dire à saint Grégoire, que les niaux qui nous affligent ici-bas nous repoussent vers Dieu, et nous contraignent de ne nous attacher qu'à lui.

« Heureux rhomme qui supporte la ieniation ; car^ lorsqu'il aura été éprouvé^ il recevra la couronne de vie. {Jac. i, 12.] Saint Bernard, expliquant ces paroles de saint Jacques, dit : « Il est nécessaire que les tcnla- « tions arrivent; car qui est-ce qui seracou- « ronné, sinon celui qui aura légitimement « combattu? Et comment cond)attre, si Ton « n'est pas attaqué? L'Erriture et les saints « Pères nous apprennent qu'il y a une infi- « nité d'avantages attachés aux souffraiicos a et aux adversités; tous ces avantages sont « de même attachés aux tentatioîis, et entre « ces avantages, un des plus grands est celui « qui nous est jiroj osé ]iav ces paroles de « saint Ja'jques : Dieu nous envoie des tena tations, pour que notre mérite «leviennc « plus grand, et que notre récompense soit a plus éclatante : Car c'est par le chemin des a souffrances que nous devons entrer dans le « ciel. Aussi, lorsque la gloire des bienheu- « reux fut découverte à saint Jean {Àpoc, « vil, H), un des vieillards qui étaient de- « vant le trône, lui dit : Voilà ceux qui sont a venus par le chemin des afflictions, et qui K ont lave et blanchi leurs roues dans le sana « de rAgneau, » Saint Bernard demande a ce sujet, comment elles sont devenues blanches dans le sang de l'Agneau; car le sanç n'a pas coutume de rendre blanc ce qu'il *~''che; au contraire, il le rougH ; ^ Files

« sont devenues blanches, répond-il, parée « qu'avec le sane qui sortit du sacré eôté de <t Jésus-Cbnst, iïsortit aussi de l'eau qui les « a blanchies ; ou plutôt elles sont devenues « blanches, parce que le sang de cet Agneau « .sans tache est blanc et vermeil, selon ces « paroles des Cantiques (y. 10) : Mon bien" « aimé est blanc et vermeil; il est choisi entre « mille. » Ainsi c'est par les peines et les souffrances qu'on entre dans le ciel. C'est ici qu'il faut tailler et polir les pierres qui doivent servira bûlir le temple de la Jérusalem célcîîtc; car on ne donnera pas un coup do marteau dans cette sainte cité. Lorsquonbàtissait la maison du Seigneur^ on n'ent4ndit aucun bruit, ni de marteau^ ni de 5cic, ni rft quelque ferrement que ce fût. (111 Reg. vi, 7.) Or, plus l'endroit où les pierres doivent être l>osées est considérable, idus il faut donner de coups de marteau et (le ciseau pour les polir. Celles, par exemple, qui doivent fermer l'ouverture de îa porte d'un bâtiment, doivent «^tre mieux travaillées que les autres, afin iTen rendre l'entrée plus belle; cl nonseulement c'est pour cela que Jésus-Christ, s'étant fait pour nous la norte du ciel, a voulu être affligé par tant de souffrances et d'opprobres; mais c'est encore afin qu'33'aDt h passer par une jmrle où les souffrances et les op|)robres avaient, pour ainsi «lire, donné tant de coups de marteau et de cisean, nous eussions honte de n'en avoir pas reçu quelques-uns auparavant, pour être plus propres à servir à ce bâliment céleste. On ne taille jKis avec soin les pierres qu'on veut jeter dans les fondations; aussi n est-il pas nécessaire que ceux qui doivent être précipités dans I enfer, soient éprouvés par les afflictions et les tenlations. Que les réprouvés ne songent donc qu'à se divertir; qu'ils ne refusent rien à leurs sens, qu'ils suivent leur inclif ation en toutes choses ; mais pour ceux qui sont destinés à remjilir la place des anges rebelles, il faut qu'ils soient exercés par les tentations et les soulfrances. Car si nous sommes enfants de Dieu, nous sommes par cohséquent ses héritiers ; héritiers de Dieu, cohé^ ritiers de Jésus-Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin d'être aussi glari-^ fiés avec lui. {Rom, vni, 17.)

a 1^ nécessité de l'épreuve des tentations nous est encore bien marquée par ces paroles de l'ange à Tobie : Parce que vous étiez agréable à Dieu, il vous a fallu être éprouvé par la tenlalion. [Tob. xii, 13.) Et le Sage dit : Que c'est la tentation qui a fait paraître la fidélité d'Àbrahaip, lEccli. xuv,21.) Aussi, parce qu'il fut trouvé re»'me dans la tentation, Di«^u lui firopose aussitôt îa récomj ense de sa vertu, et lui jui e qu'il multipliera nés descendants comme les étoiles du ciel, et comme le sable de la mer. {Gen. xxii, 17, 18.)

« Ainsi, une des raisons pour lesquelles Dieu nous envoie des tentations, c'est pour nous faire mériter une plus grande récompense et une plus riche couronne. C'est pourquoi les saints disent que Dieu nous fait plus de grâces en nous envoyant des tentaftions, et en nous donnant la force de les sur-

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monter, que s'il nous en délivrait entièrement; rar, de celle sorte, nous serions privés de .a récompense do la gloire quelles nous font mériter. Saint Bonaventure ajoute une aulie raison qui est que l'amour que Dieu a pour nous fa t que, non -seulement il veut nousfa're parvenir à la gloire, et à un haut deaçré de çloire, mais que nous puissions b'entôt jou r de la gloire, sans être obl'gés de demeurer longtemps dans le lieu qu il a destiné à la purgation de nos fautes. Pour cela, il nous envoie ici-bas des tentations et des souffrances, qui, purifiant notre âme des taches de la rouille du péché, la mettent en état de jouir plutôt de la vue de Dieu. Otez la rouille del'arrfent^ dit le Sage, et on en fera un vasp très-pur, [Prov, xxv, k.) C'est ainsi qu'il faut que notre âme soit purifiée de ses souillures, avant que d'être capable de la gloire ; et sans doute ce n'est pas une grâce médiocre que celle que Dieu nous fait, de nous mettre ainsi en état de jouir plutôt de la gloire, outre que c'en est encore une Irèsgï'ande de vouloir bien que les tourments que nous aurions dû soufirir en purgatoire, soient changés en quelques peines légères dont il nous châtie en cette vie.

« L'Ecriture sainte est remplie d'exemples qui nous font voir que la prospérité nous éloigne ordinairement de Dieu, et que l'adversité, au contraire, nous fait retourner à lui. N'est-ce pas la prospérité qui flt que l'érhanson de Pharaon oublia sitôt Joseph!

Toutes choses prospérant à Véchanson^ dit l'Ecriture, il ne se souvint plus de son interprète, (Gen, XL, 23.) N'est-ce pas la prospérité qui fit que le roi Osias, après avoir si bien commencé, finit si mal? Lorsqu'il vit sa puissance bien affermie^ son cœur s*éleva pour son maJheur^ et il négligea le Seigneur son Dieu, (Il Parai, , xwi, 16.) N'est-ce pas enfin ia prospérité qui fut la source des malheurs de Nabuchodonosor, qui fit prévariquer Saloraan, qui porta David a faire le dénombrement du peuple, et qui fit que les enfants d*Israël, ayant reçu tant de bienfaits de la main de Dieu, en perdirent si aisément la reconnaissance et le souvenir? Mon bien aimé s^est engraissé, et il a regimbé. Il est devenu gras^ tout bouffi de graisse et d'embonpoint; il a abandonné le Dieu gui l'a fait^ il s'est éloignédu Dieu qui Va sauvé, (Deut. xxxiu 15.) Les afllictions, au contraire, le ramenaient vers Dieu, et c'est ce qui fait dire au Prophète ! Seigneur j couvrez leur front dimominie^ et ils chercheront votre nom. {Ps, Lxxxir, 17.) — Lorsquils se voyaient affligés^ ils intoquaient le Seigneur, (Ps, cvi, 1.3.) — Lorsquil les tuait^ ifs le recherchaient, ils retournaient à lui, et i's s'adressaient à lui aussitôt,(Ps, Lxxvii,3ii'.) Lorsque Nabuchodonosor est changé en bête (soit que ce changement fût réel, soit qu'il n'eût d'effet que dans son imagniation), c'est alors qu'il connaît Dieu. Et David n'est-il pas plus fidèle, lorsque Saùl le persécute, qu'Absalon se révolte contre lui,etque Sémeï l'outrage, que quand tout lui prospère? Aussi l'exnérience qu'il avait des avantages que les aW' lions portent

avec elles fait que, s'adressant à Dieu, il lui dit : Nous nous sommes r/joitis, à cause des jours où vous nous avez humiliés, et des années où vous nous avez affligés. Il m'a été avantageux que vous m'ay^z humVié, (Ps,^ Lxxxix, 15; Ps, cxviii, 71.) Combien de gens que la prospérité aurait | erdus, ont été sauvés de cette sorte. Je me suis converti dans le temps de mon affUction, et lorsque f en sentais davantage les épines. (Ps, xxxi, k.) Lorsque ces éfûnes viennent à piquer, c'est alors qu'on rentre en soi-même et (ju'on a recours à Dieu. C'est une maxime commune parmi les gens du monde, que le châtiment rend sages ceux qui sont insensés. Le Saint- Esprit nous dit la même chose, lorsqu'il dit par Isaïe : que le châtiment seul donnera de iintelligence pour entendre {Isa., xxvni, 19), et lorsque, s'exprimant plus clairement par le Sage, il dit qu'une grande maladie rend Vâme plus sage et plus retenue (Eccli., xxxr, 2), et gue le châtiment et la correction donnent la sagesse, (Prov, xxix, 15.) La prospérité rend l'homme vain et insolent; c'est un taureau qui n'a pas encore supporté le joug, et Dieu, pour le réduire, lui impose celui des tentations et des afflictions. Tous m'avez châtié, et vous m'avez dressé comme un taureau indompté (Jerem,, xni, 18). Ce fut avec du fiel que l'ange guérît Tobie ; ce fut avec de la boue que Jésus-Christ rendit la vue à l'aveugle, et c'est dans la vue de nous guérir, que Dieu nous envoie les tentations, qui sont les plus grandes souffrances auxquelles ceux qui le servent véritablement puissent être exposés. Car les pertes de biens, les maladies et autres choses semblables sont des afllictions peu sensibles pour les véritables serviteurs de Dieu. Comme elles ne touchent que le corps, et ne vont qu'au dehors et à 1 écorce, ils s'en mettent peu en peine; mais quand ii S'agit d'une chose qui pénètre jusqu'à l'âme, comme la tentation qui tend a les séparer de Dieu, et qui semble les mettre en danger de perdre sa grâce, c'est alors que, se sentant touchésjusqu'au vif, et pressés par la révolte de la chair, qui veut entraîner l'esprit après elle, ils s'écrient avec l'Apôtre, dans l'excès de leur douleur : Malheureux que je suiSj qui me délivrera de ce corps mortel? [Rom,, vu, 24.) La corruption de la chair m'entraîne au mal; je suis rempli de bons desseins gue je n'exécute point; qui me tirera des liens d'une servitude si funeste et si dangereuse ?

« La tentation porte encore un autre avantage avec elle : c'est qu'elle fait qu'on se connaît soi-même. Souvent nous ne nousconnaissons pas; dit Thomas-à-Kerapis, mais la tentation nous découvre ce que nous sommes, et cette connaissance de nous-mêmes est la pierre fondamentale de tout l'édifice s})irituel, sans laquelle on ne saurait rien bâtir de durable, et par le moyen de laquelle l'âme venant à mettre tout son ajipui en Dieu, en gui elle peut tout, est capable de s'élever jusqu'au comble de la perfc. tion chrétienne. Ce que fait donc la tentation, c'est qu'elle nous ouvre les veux sur notre ftpbles.^c ei

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Doire ignorance; car «rant ceuu Iboinme ne conoalt pas assez sa misère, et comme il ne Ta fms encore assez éprooTée, il n*a pas aussi one assez basse opinioD de loinméme. Mais quand il roit par expérience que le moindre souffle le renrerse, qu'il laul un rien pour loi faire perdre courage* qu'une légère tentation le déconcerte et lui Dut une plaie dangereuse, que le jugement et la fermeté l'abandonnent an besoin, et que les ténèbres renrironnent de toutes fiarts ; alors il commence à modérer sa présomption et sa ▼anité, à sliumilier et à n aroir de lui-même que des sentiments conformes à sa bassesse. « Si ce n'était la tentation, dit saint Grégoire. « nous aurions trop bonne opinion de notre « courage et de nos forces; mais quand il « arriTC une tentation, qu*on se voit sur le « point de tomber, et qu'il semble qu*on est « près de faire naufrage, alors on reconnaît « sîmèrement sa faiblesse, et on entre dans « de véritables sentiments d'humilité et d'à- « I»a!S';ement. » Aussi l'Apôtre parlant de luimême " De peuTj dit-il, que la grandeur de$ révélations que fat eues ne méletàt trop ; fûiquillon de ma chair ^ fange de Satan^ m'a été donné pour nu tourmenter, (II Cor.j xu, 7.)

« Il s'ensuit de là un autre bien ; c'e t que la connaissance de notre faiblesse nous fait connaltro le besoin que nous avons d*être secourus de Dieu, de recourir à lui dans la prière, et de nous attacher uniquement à lui, suivant ces paroles du Psalmiste : Mon Ame s'est attachée à vous; il m'est avantageux d'être attaché à Dieu, (Ps, Lxn, 9.) De même qu'une mère qui veut que son enfant n'aille qu*à elle, lui fait peur de tout le monde, atin que celaToblige a se rejeter entre ses bras; (le même le Seigneur permet que le démon nous éî>ouvante par les tentations, aGn que cela nous fasse revenir plus prompteraent à notre Père céleste. 11 s'éloigne de nous pour un peu de temps, dit Gerson, comme laigle qui s'éloisne de ses petits, pour les exciter à voler à elle, comme ^^ne mère qui laisse son fils [K)ur un moment, afin qu'il crie plus fortement après elle, qu'il la cherche avec plus de soin, qu'il Tembrasse plus étroitement après lavoir trouvée, et qu'elle le caresse aussi plus tendrement qu'à l'ordinaire. Saint Bernard dit que auand Dieu semble quelquefois s'éloigner cle nous, c'est afin que nous le rappelions avec plus d'empressement, et que nous fassions plus d'efforts pour le retenir. C'est ain^iqu'étant avec les deuxdisciples qui allaient à Emmaûs, il feint de vouloir les quitter, et d'être obligé de passer outre, afin qu'ils le pressent davantage de s'arrêter avec eux, et qu'ils lui disent : Demeurez avec nous^ car il se fait tard^ et le jour commence déjà à tomber, (Luc. xxiv, 29.)

« Il arrive encore par laque voyant le i>esoin que nous avons du secours de Dieu, nous en faisons aussi plus d'estime. C'est aussi ce qui fait dire à saint Grégoire qu'il nous est utile que Dieu retire quelquefois sa main de nous, parce que s'il ne nous abandonnait jamais, nous pourrions faire moins

de eas de sa protectun, et la croire nécessaire qu elle n'est ; au lieu que qujnd il nous quitte pour Quelque temps, et quVnsuite il nous tend la main au moment od nous étions près de tomber, nous coDceross beaucoup mieux alors le prix de ses grâces. Quand on songe que sans lui on était^erdu : Potfr peu que le Seigneur emi iarae à me secourir^ mon âme serait descendue aux enfers (Ps, xcni, 17) , on a alors une reconnaissance bien plus vive de ses faveurs, ei on entre dans de bien plus profonds sentiments de sa miséricorue et de sa bonté. En quelque temps que je vous appelle ^ je connais aussitôt que vous êtes mon Dieu iPs, i,v, 10) , par le secours que vous me aonnez. Des qu'on a recours à Dieu dans la tentation, on en reçoit du secours, on éprouve la fidélité de Dieu à nous assister dans le temps de la nécessité ; et cette épreuve fait que, le regardant alors plus particulièrement comme notre Père et notre défenseur, on s'enflamm!^ davantage en son amour et on se répand en ses louanges, comme firent les enfants disraël, lorsqu'ils virent périr dans les flots de la mer Rouge leurs ennemis qui les poursuivaient. Un autre bien que produit encore la tentation, c'est qu'elle apprend à l'honime à ne s*attribuer aucun avantage à lui-même, mais à rap(>orter tout à Dieu et à lui donner la gloire de tout; et ce bien-là est d*autact plus grand, que c'est aussi un remède trèseCficace contre les tentations et un moyen très-propre pour obtenir de nouvelles grAces de Dieu.

« Les saints disent que c'est eï;:jre pour mettre la vertu de chacun à l'épreuve, que Dieu veut que nous soyons tentés. De même que c'est dans les grands vents et dans les bourrasques qu'on voit si un jeune arbre a pris racine, et que c'est dans la guerre et les combats , et non dans la paix et le repos , qu'on connaît le courage et la valeur d'un soldat, de même c'est dans les tentations et les souffrances, et non r^dus le temps d'une dévotion douce et tranquille, que l'on reconnaît le zèle et la fermeté d'un véritable serviteur de Dieu. Saint Ambroise, sur ces paroles du prophète royal : Je suis prêt à garder vos commandements sans être étonné de rien (Ps, ex vin, 60), dit que « comme il « faut qu'un pilote soit bien habile pour « gouverner un vaisseau pendant latem|;ête, « lorsque tantôt un coup de vent l'élève jus- « qu'aux nues , et tantôt lorsque la vague « s entrouvrant semble devoir l'engloutir « dans les abîmes , de même il y a un bien « grand mérite à savoir si bien se conduire a dans le temps des tentations, que sans se « laisser aller à l'orgueil dans la prospérité, « et sans se décourager dans l'adversité , ou « puisse toujours dire avec le Prophète : Je « suis prêty sans être étonné de rien. » Or, c'est pour cela, que Dieu nous envoie [des tentations, pour nous éprouver comme son peuple, qu'il laissa au milieu des nations ennemies : Afin^ dit l'Ecriture, que par leur moyen il éprouvât Israël et qu'il vit s'ils ob^ servaient ou non les commandements que le

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Seigneur leur avait donnés par Moise, (Judic. III, fc.) L' Apôtre ne nous apprcRd-il pas aussi qu'%1 faut qu'il y ail des hérésies^ afin que [*on connaisse ceux qui auront été à répreme. (7 Cor. ii, 19.) Et le Sage ne dit-if pas, en parlant des justes : Que Dieu les a tentés et les a trouvés dignes de lui ? (Sap. III, 5.)

« Les tentations sont comme des coups de m^irteau qui servent à faire connaître la bo nté du métal. Elles sont la pierre de touche av^c laquelle Dieu reconnaît ses amis ; car Bi^euveut, aussi bien que les hommes, avoir des amis à l'épreuve, et c'est pour cela qu'il y met les siens, suivant ces paroles : Les vases d'argile s'éprouvent dans le fourneau^ et les hommes justes dans l'affliction, [Eccli, xxYii, 6.) Et comme l'argent s'éprouve par le feu^ et l'or par le creuset, ainsi le Seigneur éprouve les cœurs {Prov. xvii, 3) par la tentation. « Quand une masse de métal, dit saint « Jérôme, a bien pris le feu, on ne sait plus « si c'est de l'or, de l'argent ou du cuivre ; « parce que dans le feu, tout ce qui est bien « embrasé ne paraît que feu : de même dans « Tardeur delà dévotion, dans la ferveur e que donnent les consolations spirituelles, « on ne connaît pas ce que chacun est: tout « est de feu alors. Mais retirez le métal du a feu, laissez-le refroidir, et vous verrez ce « qu'il est. Laissez passer le temps des con- « solations et de la lervenr; laissez venir les « souffrances et les tentations, et on connaî- « tra alors ce que chacun est véritablement. » Lorsque, dans un état de tranquillité et de paix, on s'adonne à la vertu, il est diiBcile de savoir si l'on s'y adonne ou par vertu, ou par bonté de tempérament, ou par le plaisir qu'on y trouve, ou enfin parce qu'on n'est alors touché d'aucune autre chose; mais celui qui persévère, malgré les assauts que la tentation lui livre, celui-là fait bien voir que c'est la vertu et l'amour de Dieu qui le font agir.

« La tentation sert encore à nous purifier davantage, fous nous avez purifiés, dit le Psalmiste, comme on purifie l'argent par le feu. {Ps. Lxv, 10.) Dieu nurifie s^s élus par la tentation, comme l'orfèvre purifie l'or et l'argent ])ar le feu. Je les ferai passer par le feUf (lit-il dans Zacharie, comme on y fait passer fargent , et je les éprouverai comme on éprouvé l'or. {Zach. xiii, 9.) Et dans Isaïe : Je vous affinerai au feu^ dit-il, je vous ôterai tout ce que vous avez de crasse^ d'écume et (Tétain. [Isa. i, 25.) Voilà ce que fait la tentation dans les justes: elle consume en eux ce que les vices y avaient laissé de rouille et d'impur; elle les délivre de l'amour-propre et de l'amour des choses du monde, et elle les rend plus purs et plus agréables auï yeux de Dieu. Il est vrai, dit saint Augustin, que tout le monde ne retire pas ce fruit-là des tentations. Il y a des choses qui s'amollissent et se fondent dès qu'on les présente au feu, comme la cire ; il y en a d'autres, au contraire, qui s'y endurcissent, comme l'argile. 11 en est de même des justes

et des méchants ; ceux-là s'amollissent au feu des tentations et des souffrances, en s'humiliant dans la connaissance de leur bassesse, et ceux-ci, au contraire, s'y endurcissent; et c'est ainsi que les deux larrons sur la croix, l'un fait de son supplice l'instrument de 5a conversion, et l'autre en prend une occasion de blasphème. C'est ce qui a fait dire à ce saint docteur, que la tentation est un feu dans lequel l'or se purifie, la paille se consume, le juste se perfectionne, et le pécheur rencontre sa perte; crue c'est une tempête

Sui jette l'un à bord et engloutit l'autre, ieu ouvrit un chemin à travers la mer aux enfants d'Israël, mais les mêmes eaux qui les sauvèrent engloutirent les Egyptiens.

c< Saint Cyprien, voulant encourager les fidèles à supporter courageusement l^s i>ersécutions : « De même, dit-il, que le peuiîlo « d'Israël multipliait tous les jours de plus « en plus pendant l'oppression des Egyp- « tiens, de même l'Eglise de Dieu augmento « parmi les persécutions des infidèles; et « comme l'arche s'élevait en haut à mesure « que les eaux croissaient {Gen. vu, 17) ; de « même les vrais serviteurs de Dieu s'élèvent « au ciel à mesure que les tentations et les « souffrances redoublent. » — « Comme l'a- « gitation de la mer, dit Gerson, fait qu'elle « rejette tout d'un coup sur le rivage toutes « les immondices qu elle avait entraînées « peu à peu durant le calme, aussi les tena tations et les souffrances servent à purifier « notre âme de toutes les imperfections « qu'elle a contractées pendant une paix (c profonde. Le vigneron taille la vigne, afin « qu'elle rapporte davantage; et c'est ainsi, « disent les saints, que Dieu, qui se compare « au vigneron dans l'Evangile , taille ses « vignes, c'est-à-dire tente et éprouve ses <f élus, afin qu'ils produisent plus abondam- « ment des fruits de justice. // taillera ^ dit « l'Ecriture {Joan. xv, 2), tout le bois qui « porte du fruits afin qu'il en porte en- « core davantage. » — « Les vents, dit le saint « abbé Nil, font que les arbres se fortifient « davantage ; et fa tentation fait que l'âme « s'affermit de plus en plus dans la vertu. » Et c'est dans ce sens que les saints entendent ces paroles de l'Apôtre : La vertu se perfectionne dans la faiblesse {II Cor. xii, 9); comme s'il disait qu'elle s'affermit davantage et fait mieux connaître sa solidité. Quand on attaque une vérité que vous soutenez, plus on allègue de raisons pour la combattre,

Î)lus vous vous efforcez d en chercher pour a défendre; ainsi il arrive que par votre réponse aux objections qu'on vous fait, vous vous y confirmez de plus en plus. Il en est de même dans les tentations : plus le démon fait d'efforts pour détourner un serviteur de Dieu de la pratique de quelque vei tu , plus le serviteur de Dieu cherche à s'y fortifier par de saints motifs, par de fermes résolutions et par de nouveaux actes; et ainsi elle s'établit davantage dans son cœur, et y jette de plus profondes racines. C'est pourquoi on dit iort bien que les tentations sont \ l'âme ce que les coups de marteau sont à

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renclume : elles servent à la rendre plus forte à toute éiireuve.

* Saint Bonavcnturo dit encore que ceux qui, se trouvant vivement tentés de quelque vice, demeurent flièles dans la tentation, Dieu les récompense, pour Tordinaire, par la possession éminente de la vertu la jilus opposée au vice qu'ils ont combattu. C'est ainsi que saint Benoît, au ra,)porl de saint Grégoire, ayant courageusement surmonté une tentation violente d'impureté, en se roulant tout nu sur do-; chardons et (ies éi»ino.s, regut de Dieu, en récompense, le don de la chasteté, sans que depuis il sentit jamais en lui aucun mouvement qui v fût contraire. Nous lisons la môme chose (ïe saint Thomas d'Aquin. Une femme voulant le solliciter au

Séché, il la fait fuir avec un tison ardent, ieu couronna sa résistance; il lui envova deux anges qui lui ceignirent fortement les reins, pour marque qu'il lui accordait le don d'une chasteté perpétuelle. Dieu en agit ainsi envers ceux qui résistent fortement aux tentations contre la loi ; il leur donne ensuite des lumières vives et pures, oui éclairent leur esprit, et qui échautfent tellement leur cœur, que rien ne leur fait plus de peine. Saint Bonaventure applique k ce sujet les paroles d'isaïe : Ils mèneront en captivité ceux dont ils étaient captifs^ et ils assujettiront ceux dont ils étaient tributaires, (Isa. XIV, 2.) Consolez-vous donc, et prenez couraf^e lorsque vous êtes tentés ; c'est par là que Dieu veut affermir en vous la vertu que la tentation y attaque; c'est par ces révoltes et ces contradictions de la chair qu*il veut TOUS faire obtenir le don d'une chasteté angélique. Samson rencontre un lion en son chemin, il l'attaque ot le met en pièces, et repassant quelque temps après par le mèmq endroit, il trouve un rayon de miel dans le corps du lion mort. Attaquez courageusement la tentation, et surraontez-Ia, vous verrez ensuite quelle douceur vous en retirerez.

« On peut connaître par là aue c'est aussi donner de nouvelles lorces a la tentation pour l'avenir que d'y succomber; car le vice s'augmente et se fortifie ainsi, et devient plus difficile à surmonter, comme le remarque saint Augustin, sur ce passage de Jérémie ; Jérusalem a péché ^ et cest ce qui fa rendue faible et chancelante, {Thren. i, 16.) Le Sage nous enseigne la même chose dans ces iparoles : Le pécheur péchera encore (Ecch. m, 29) ; et cet avis est très-important j>our ceux qui sont combattus par la tentation. Car le démon en abuse quelques- uns, on leur faisant croire qu'ils feront cesser la tentation en y succombant, et c'est une erreur ; car, au contraire , c'est le moyen de lui donner plus de force et de faire que la concupiscence prenne plus d'empire sur vous, et puisse vous vaincre plus facilement dans toutes les occasions. Il en est de cela conime d'un hydropique, qui ne fait qu'accroître sa soif en pensant l'aiiaiser, ou comme d'un avare , qui , en voulant satisfaire son avarice^ la rend toujours plus insatiable.

Tenez pour certain que , lorsque vous vous laissez aller à la tentation, vous lui donnei: de nouvelles forces contre vous, et vous perdez quelque chose d(is vôtres, et qu'a nsi vous devenez f>lus facile à vain rc une autre fois; au lieu que quand vous ré islcz courageusement, la vertu se fortifie et s'augmente davantage en vous. C'est p»ourquoi Je moyen de ven.r à bout d^s tentatio'is, et de faire en sorte qu'on n'en soit plus inquiété, c'est de ne point s'y laisser aller, et de ne souffrir jamais qu'elles gagnent rien sur nous; car elles perdent ainsi tellement leurs forces, qu'elles viennent enfin à ne donner plus aucune peine; et c'est là ce qui devrait nous encourager extrêmement à leur résister..

« Un autre avantage que la tentation porte avec elle, c'est qu'elle nous rend plus attentifs à nos obligations, nous empêche de nous relâcher, et nous fait tenir sur nos gardes comme des gens qui sont à toute heure sur le point de combattre. De même qu'une longue paix rend les hommes négligent?, qu'elle leur ôtc les forces et amollit leur courage, de même Texercice de la guerre les rend vigilants, hardis et robustes. C est pourquoi Caton soutint, dans le sénat, qu il ne fallait pas ruiner Carthage, de peur qiie les Romains ne se perdissent ensuite dans Toisiveté de la paix. Et malheur à Rome, dit-il, si une fois Carthage n'est plus 1 I^s Lacédémoniens avaient les mêmes sentiments envers leurs ennemis; car un de leurs rois ayant proposé d'exterminer entièrement une ville avec laquelle ils étaient continuellement en guerre, les éj>hores s'y opposèrent, et dirent qu'ils ne souffriraient point au'on brisât la pierre de meule qui servait à aiguiser la vertu et le courage de leurs concitoyens. C'est ainsi qu'ils appelaient la ville ennemie qui les tenait continuellement en haleine et qui leur donnait des alarmes à toute heure; et c'est ainsi qu'ils croyaient que rien ne leur était |ilus préjudicialje que le défaut des occasions de combattre et de se signaler. 11 en est de même dans les choses du salut; le défaut des tentations jette les hommes dans la nonchalance et le relâchement ; au lieu que les tentations les rendent plus soigneux et plus vigilants, et réveillent leur ferveur et leur courage. Un religieux, par exemple, est tombé dans un état de nonchalance qui le rend négligent pour tous ses devoirs et ses exercices : plus cle cilice, ])lus de discipline ; il s'endort à l'oraison, n'obéît

Sue lâchement , et ne cherche qu'à se faire es amusements et des entretiens. Là-dessus il survient une tentation violente, dans laquelle il a besoin de recourir à Dieu et dux remèdes; alors il se réveille de son assoupissement, et reprend des forces et de la ferveur pour la mortification et pour la prière. C'est même un proverbe, parmi les gens du monde, que pour apprenare à prier Die»i, il faut se faire matelot ; et cela ne veut-il pas dire que la nécessité et le péril sont de grands moyens pour nous obliger de recourir à Dieu? C'est dans cette vue, dit saint Jean

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Chrysostome, et dans celle de notre avancement spirituel, que Dieu permet les tentations ; car lorsqu'il nous voit tomber dans la nonchalance et la tiédeur, nous retirer du commerce que nous avons avec lui dans l'oraison, et ne plus faire tant d'état des choses spirituelles, il s*éloigne un peu de nous, pour nous obliger par là à retourner à lui avec plus d'ardeur. Quand le démon , dit-il,

Jorte la terreur et l'épouvante dans notre me, alors nous devenons plus fidèles, nous reconnaissons notre faiblesse, et nous nous jetons entièrement entre les mains de Dieu, tf Ainsi, bien loin aue les tentations soient pour nous un cmpôcnement et un obstacle à marcher dans le chemin de la vertu, elles nous y aident au contraire. C'est pourquoi saint Paul,parlant de la tentation, et voulant la désigner par une expression figurée, ne se sert pas des termes d'épée ou de lance, mais de c<î!ui d'aiguillon • Vaiguillon de la chair^ dit-il, m'a été donné. {II Cor, xii, 17. ) Pour faire voir aue comme l'aiguillon n'est pas fait pour blesser et pour tuer, mais seulement pour exciter à marcher plus vite, aussi la tentation ne nous est pas donnée pour notre lierle, mais pour notre avancement et réveiller notre fei'veur; et en cela elle est utile h ceux-niftmeîi qui ont déjà fait le plus de progrès dans la vertu. Car, de même que quelque bon et quelque vigoureux que soit un cheval, il va toujours mieux quand il sent l'éperon; de môme, quelque parfaits que soient les serviteurs de Dieu, ils courent toujours plus légèrement dans la voie du Seigneur, quand ils se sentent pressés par l'aiguillon dé la tentation.

« L'intention du démon dans la tentation «st mauvaise, dit saint Grégoire; mais celle de Dieu est bonne. C'est ainsi que les sangsues qu'on applique à un malade lui suceraient tout le sang jusqu'à la dernière goutte, si elles pouvaient; cependant le liiédecin ne s'en sert que pour tirer le sang corrompu. De même, lorsqu'on met le feu à une plaie, l'activité du feu tend à brûler aussi bien la chair vive que l'autre; mais l'intention du chirurgien la Bétermine à n'agir qu'où il faut, et à guérir. La vue du démon dans la tentation est, h la vérité, de détruire la vertu dans notre cœur, et de nous ravir le mérite et la récompense de nos bonnes œuvres; maïs la vue de Dieu est en cela tout opjjosée à la sienne. Les pierres que le démon nous jette pour nous accabler. Dieu les cb*inge en pierres précieuses, pour nous en composer une couronne de gloire. Les Juifs îapident saint luienne, et ne respirent que sa mort ; c'est alors qu'il voit les cieux ouverts et le Fils de Dieu qui l'appelle.

« Gerson remarque à ce sujet une chose qui doit être de grande consolation pour nous. Il dit que cest l'opinion des saints Pères, que quoique dans le temps de la tentation on commette quelques fautes légères, et qu'on pense y avoir donné lieu par quelque négligence, cependant la patience et la résignation avec lesquelles on aura d'ailleurs soulTert cette éoreuve, la résistance

qu'on aura apportée aux attaques de la tentation , et les efforts qu'on aura faits pour la vaincre, non-seulement effacent toutes ces fautes et ces négligences, mais font que Ion augmente en grâce et en mérite devant Dieu, suivant ces paroles de l'Ajôtre : Dieu tous fera tirer un avantage de la tentaticn, (/ Cor, X, 13.) Lorsqu'une mère ou une nourrice veut apprendre un enfant à marcher, clic s'écarte un peu de lui et l'appelle ensuite ; il tremble alors et n'ose avancer; cerendant elle le laisse, au hasard même quelquefois de le voir tomber, croyant que c'est | our lui un moindre mal que cle ne savoir j as marcher. Dieu en use de même avec nous. Je suis^ dit-il, comme le pire nourricier d'E- ])hraïm (Osée ii, 3); ces chutes légères, ces lautes que vous croyez avoir commises, il les compte pour rien , en comj araiscn du profit que vous retirez des tentations en y résistant. Blosius rapi:orte que sainte Gertrude, s'allligeant un jour amèrement d'un défaut auquel elle était sujette, et demandant instamment à Dieu de l'en délivrer, le Seigneur lui répondit avec une extrême bonté : Fourquoi voulez-vous y ma fille, me priver d'tm« grande gloire , et vous d'une grande récompense? Toutes les fois que, reconnaissant ce défaut en vous, vous vous proposez de vous corriger à l'avenir, c'est un nouveau mérite que vous acquérez ; et toutes les fois qu'on tache de surmonter quelque défaut

Sour Tamour de moi, on me fait le même onneur qu'un brave soldat fait à son roi, en combattant courageusement contre les ennemis, et en s'efforçant de les vainc re.

« La vue de ces avantages qui sont attachés aux tentations, faisait que les saints, au lien de s'en affliger, s*en r^ouissaient,'et c'est à quoi nous exhorte l'ajôtre saint Jacques, par ces paroles : Recevez , mes frères^ ave^i grande joie, les diverses tentations qui vous arrivent. [Jac. i, 2.) Saint Paul parle dans lo même esprli : Ce n'est pas seulement, dit-il^ dans l'espérance des enfants de Dieu que nous

preuve, et l'épreuve, l'espérance. (Rom. v, 3, 4.) Saint Grégoire expliquant ce passage de Job : Siie me coucke^ je dirai : Quand me lèverai" je? et quand je me lèverai, je serai encore dans Vattente du soir (Job vu, 4), dit que l'attente du soir en cet endroit, est l'attente de la tentation; et il remarque à ce sujet que Job parle de la tentation comme d'une chose bonne et avantageuse. Car nous sommes dans l'attente des bonnes choses, continue ce Père, et dans l'appréhension des mauvaises : et Job en di5ant qu'il est dans l'attente de la tentation, montre assez l'estime qu'il en fait.

« Saint Dorothée rapporte à ce sujet l'exemple u'un disciple ues anciens Pères du désert, qui, étant continuellement combattu de l'esprit d'impureté, y résistait courageusement parla m-isérieorde de Dieu, ot par î^ moyen de la prière, du jeûne, du travail et de plusieurs autres austérités. Son njeîlie,

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gui le voyait dans cet état, lui a\'ant dit un jour que, s'il voulait, il prierait Dieu de l'en délivrer : « Je vois bien, mon Père, lui ré- « pondit-il, cnie c'est un état bien pénible « que celui ou je suis ; mais je vois aussi « qu'il est utile pour mon avancement; car « il fait que je m'adonne davantage à l'orai- « son , à la mortification , h la pénitence ; « ainsi tout ce que je vous prie de demander « à Dieu pour moi , c'est au'il me donne la « grâce de la patience et la force de sortir « victorieux du combat. » Le saint vieillard fut ravi de la réponse du disciple, et lui dit : « Je vois bien maintenant, mon fils , que « vous avancez véritablement dans le cne- « min de la vertu; car lorsqu'on est vive- * ment combattu d'une tentation, à laquelle « on s'efforce de résister, on en est plus nam- « ble , plus soigneux et plus mortifié , et « Pâme venant ainsi à se défaire de tout ce « qu'elle a d'impur, parvient enfin à un « haut point de pureté et de perfection. » Le même saint Dorothée raconte d'un autre solitaire, que se voyant délivré d'une tentation h laquelle il était sujet, il s'en affligea et s'en plaignit tendrement à Dieu, en lui disant: « Est-ce donc, Seigneur, que vous « ne m'avez pas jugé digne de souffrir quela que chose pour 1 amour de vous. »

« Saint Jean Climaque dit que saint Euhrem se voyant dans cet état parfait de tranquillité et de i)alx, qu'il appelle impassibilité,demandai t instamment à Dieu de le rengager dans le combat, atin d'avoir matière démériter et de travailler à sa couronne. Et Pallade rauporte qu'un solitaire étant allé trouver l'aboé Pastor, et lui ayant dit qu'il était enfin délivré de toutes les tentations qui le tourmentaient, et que, par la miséricorde divine , il jouissait dune paix profonde; allez vous rejeter aux pieds de Dieu, lui dit le saint homme, et demandez lui qu'il vous renvoie vos tentations, de peur que l'état où vous êtes ne vous rende plus tiède et plus négli-

fmt dans son service. Le solitaire s'adresse Dieu de nouveau, épanche son cœur et son esprit devant lui, pour lui demander ce qui lui était le plus convenable ; et Dieu lui renvoya ses premières tentations. On voit par .tout cela que quand l'ApAtre demanda d'être délivré de la tentation qui le persécutait, il ne fut point exaucé : Ma grâce vous suffit^ lui répondit le Seigneur^ car lavertu sejper" fectionne dans la faiblesse, {JJ Cor. xii, 9.)

« Un autre profit que peuvent retirer des tentations ceux qui sont emplovés à la direction des âmes , c'est que leur faisant éprouver en eux-mêmes ce qu'ils doivent voir ensuite dans les autres, ils apprennent par là comment ils doivent se gouverner. 11 n'est pas, dit-on, de meilleur chirurgien, qu'un homme qui a été souvent blessé; de sorte que comme celui qui est exercé dans cette milice spirituelle, connaît par lui-même tous les artifices du démon, et que l'expé • pience est un grand maître, il devient beaucoup plus habile dans la conduite du prochain. Ceux qui ont été sur wifr, dit VEcclésiastique^ connaissent les dangers qu'on y

court, (Eccli. xuu, 26.) Et ne voyons-nous pas tous les jours que ceux qui sont versés dans la pratique du monde, se démêlent bien mieux que les autres de toutes les diverses occurrences de la vie? Or, les tentations nous donnent le même avantage pour les choses qui regardent notre salut ; et c'est ce que nous apprend le Sage par ces paroles : Que sait celui qui n'a pas été tenté? Un homme qui a été éprouvé en beaucoup de choseSy fait beaucoup de réflexions ; celui qui n'a pas été éprouvé j ne songe à rien. (Eccli. XXXIV, 9.) Enfin un homme qui aura fait un long apprentissage dans ce genre de guerre, ^era sans doute très-propre à la direction des Ames ; et c'est pour nous rendre habiles dans cette science, que Dieu veut que nous ayons des tentations. 11 le veut encore, afin qu'elles nous apprennent à compatir à celles des autres : de même que les maladies et les infirmités corporelles dont nous avons été affligés, nous apprennent à avoir compassion de ceux qui sont attaqués des mêmes maux.

« Cassien rapporte qu'un jeune solitaire étant tourmenté par de continuelles tentations d'impureté, s'adressa à un ancien anachorète, et lui découvrit l'état de son âme. espérant trouver de la consolation et du remède à ses maux, par les conseils et les prières du vieillard ; mais il lui arriva tout autrement. Cet homme, qui n'avait ni la jjnidence ni la discrétion que l'âge a coutume de donner, lui témoigna une extrême surprise, au récit qu'il lui fit de ses tentations, le rej rit avec aigreur , et le gourmanda en raj>pelant infâme et malheureux , et lui disant qu'il était indigne du nom de solitaire, puisqu'il lui arrivait des choses de celte nature. Il le renvoya enfin si désolé, parla dureté et la rudesse de ses réprimandes, que, dans l'accablement et le désespoir où il était, il ne songeait plus à résister à la tentation, mais seulement à exécuter ce qu'elle lui suggérait, et qu'il prenait déjà des mesures pour cet effet. L'abbé Apollon, qui était alors en grande recommandation dans le désert, par sa sainteté et sa prudence, le rencontra sur le chemin de la ville; et jugeant du trouble intérieur par l'émotion du dehors, il lui demanda avec beaucoup de douceur ce qtfil avait et quelle était la cause de l'égarement et de la tristesse qui paraissaient sur son visage ; mais le jeune homme était si profondément enseveli dans ses pensées, qu'il ne lui répondit rien. Le saint abbé connaissant encore davantage par là le désordre de son âme, insista plus fortement, et le presfa tellement, qu'il 1 obligea à lui déclarer l'agitation d'esprit où il était, et que les reproches du vieillard l'avaient tellement découragé, que désespérant de pouvoir surmonter la tentation, et de vivre en vrai solitaire, il avait résolu d'abandonner le désert, et de retourner dans le monde pour se marier. Le saint homme commença alors à le consoler et à l'encourager, en lui disant qu'il était combattu tous les iours tJes mômes tentatiors que lui, etqu il ne fallait pas pour cela se rebuter et percire courage, puisque, pour

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D'ASCETÎSME.

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)e.> Vaincre, ce n'était pas tant sur ses propres forces qu'on devait compter, que sur la ^râceet la miséricorde de IHeu. H le conjure enfin de dilTérerd'un jour à exécuter sa résolution, de s'en retourner à sa cellule, pour y implorer le secours de Dieu, et comme le terme était court» il l'y fait consentir. Après cela il s'achemina à celle du vieillard, et dès qu'il en fut proche, il se prosterna à terre, et levant les mains au ciel en fondant en larmes, il adressa à Dieu cette prière : a Seigneur qui connaissez notre force et « notre faiblesse, et gui êtes le souvera-n « médecin des âmes, laites que la tentation « qui tourmente ce jeune homme passe « dans le cœur de ce vieillard, afin que du « moins dans sa vieillesse il apprenne à <r avoir compassion des peines et de la fai- « blesse de ses frères. » A peine eut-il achevé sa I rière, qu'il vit le démon, sous la forme d'un petit nèere hideux, tirer une fiècbe de feu à la cellule du vieillard , qui n'en «ut pas plutôt senti l'atteinte, que le Voilà dans une agitation d'esprit qui ne lui donne aucun relâche. Il se lève, il sort, il rentre, et après avoir été quelque temps à ne faire continuellement autre chose, ne pouvant plus enfin supporter l'ardeur qui le dévorait, il prend là même résolution que le jeune solitaire avait formée , et prend le 'même chemin que lui. Le saint abbé qui l'observait, et qui par la vision qu'il avait eue connaissait la tentation qui le tourmentait, s'approche de lui, lui demande où il va, et d'où vient qu'oubliant ce qu'il devait è la gravité de son âge et de sa profession, il avait tant d'inquiétude et tant de hâte. Le vieillard, qui se crut découvert, et que le témoignage de sa mauvaise conscience remplissait de honte et de confusion, ne répondit rien. Alors le saint homme inrofitant du trouble où il le voyait : « Retournez à votre « cellule, lui dit-il, et croyez que si le démon « vous a laissé en paix jusqu'ici, c'est ou « Qu'il ne vous connaissait pas, ou qu'il ne « misait nul cas de vous. Vovez quelle est « votre faiblesse, puisqu'apres avoir vieilli « dans le désert, vous n'avez pu résister à « une tentation , ni même en soutenir les « premières attaque^; mais que vous vous « êtes laissé vaincre d'abord, et que saris n vouloir ditférer d'un iour seulement, vous « n'avez plus songé qu'a exécuter votre mau- « vais dessein. Dieu Ta permis ainsi, afin « que du moins dans votre vieillesse vous « appreniez à compatir aux infirmités et aux « peines de vos frères, et que vous sachiez « par votre propre expérience qu'il faut les « consoler et les encourager, et non les re- « buter et les désespérer , comme ce jeune « solitaire qui s'était adressé à vous. Le dé- « mon ne lui livrait des assauts si rudes « pendant qu'il vous laissait en repos, que « parce que, voyant plus de vertu en lui qu en « vous, u en était piqué d'un plus vif ressen- « timent de jalousie et d'envie, et qu'il lui « semblait qu'une vertu si ferme ne pouvait « être attaquée par des tentations trop fortes « et trop violentes. Apprenez donc par vous-

DlCTIONNAIWK d'A&C^TISMK. IL

<c même à avoir compassion des autres , et « qu'il faut tendre la main à celui qui est « près de tomber, et le soutenir par des pa- « rôles de douceur et de consolation, et non «c pas l'accabler par un traitement plein de « rudesse, et lui donner lieu de tomber pl^is « lourdement. » C'est ce que nous enseigne Issiie par ces paroles : Le Seigneur m'a donné une tangue éloquente^ afin que je eache soutenir par la parole celui qui est las (Isa. l, 4); et c'est ce que Jésus-Christ a pratiqué luimême. Saint Matthieu lui applique ce passage du môme prophète : Il n'achèvera pas de rompre le roseau déjà faible, ni d'éteindre la torche qui fume encore. (Matth. xii, 20.) « Pour conclusion, continua le saint, comme « ce n'est que par le secours et la grâce de « Dieu quon peut réprimer et éteindre les « mouvements et les ardeurs de la concu- «c piscence, recourons à lui et demandons- « lui qu'il vous délivre de la tentction qui « vous tourmente : Car c'est lui seul oui a la « puissance de blesser et de guérir y ctabais- « ser et d'élever , de donner la mort ou la « vie.ïi (IReg, 11,6,1,) Ils se mettent alors en oraison : et comme c'était par les prières du saint que cette tentation était survenue h ce vieillard. Dieu l'en délivre aussi par les mêmes prières. C'est ainsi que le jeune solitaire et le vieillard reçurent tous deux le remède et l'instruction doiU ils avaient besoin.

a Du reste , mes frères , fortifiez-vous dans ce Seigneur et dans la puissance de sa vertu ; endossez les armes de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les embûches du diable. (Ephes. y i, iO, 11.) Saint Antoine, qui était si exercé dans cette sorte de guerre, que les fidèles ont à soutenir contre le démon , avait coutume dédire qu'un des principaux moyens de la vaincre, était de montrer de la résolution et de la joie dans les tentations, parce qu'alors il s'afflige et perd l'espérance de nous nuire. Saint Ignace nous donne à ce sujet un avis excellent. 11 dit que le démon en use avec nous dans les tentations, comme une femme qui querelle un homme: si la femme voit que 1 homme lui tienne tête, elle perd courage et s'enfuit; mais si elle s'aperçoit qu'il la craigne , elle en devient plus hardie et plus insolente; enfin ce n'est plus une femme , c'est un lion. De même , lorsque le démon nous tente , s'il nous voit de la résolution et de la fermeté, ti perd courage et se rebute ; mais, s'il nous sent de la faiblesse , il reprend de nouvelles forces,' et devient un redoutable ennemi. Résistez au démon, dit saint Jacques, et il s'enfuira de vous (Jac. iv , 7), et la réflexion que fait saint Grégoire sur ces paroles de Job: Le tigre est mort, faute de vroie (Job k) , est entièrement conforme à cela. Car, ce qui est appelé tigre en cet endroit, est appelé par les Septante wjyriwtco/eon , c'est-àdire lion et fourmi; et le démon, dit le sainU nous est désigné par ce mot. C'est un lion et une fourmi tout ensemble : Un lion pour ceux

![ui ne sont pour lui que des fourmis, et une ourmi pour ceux qui sont j^onv lui des

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DICnONNAUlE

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lions. Cesi pourquoi les saints nous avertissent de ne point nous affliger dans les tentations , de peur que notre courage ne s'affaiblisse, mais de combattre avec joie, comme les Machabées, dont TEcrituro dit : QuiU faisaient la guerre avec joie pour le peuple d'Israël (/ Machab. ui , 2) ; car c'est là effectivement le moyen de vaincre comme eux.

« Il y a encore une autre raison d'en user ainsi , c'est que le démon, étant ennemi de notre bien , il est certain qu'il s'afflige de notre joie , et qu'il se réjouit de notre tristesse. Ainsi, quand ce ne serait que pour le priver d'une joie si maligne , et pour l'affli-

!;er, nous devrions toujours nous efforcer de ui faire voir de la joie et du courage. La joie et la fermeté que les saints martyrs témoignaient dans leurs tourments étaient un supplice aussi cruel pour leurs tyrans, que tous ceux que la cruauté de ces mêmes tyrans leur faisait souffrir. C'est ainsi que ,

Kr une sainte joie , et par une sainte résotioa, nous devons nous venger de la malice des démons ; et , comme c'est un des meille^irs moyens que nous ayons pour remporter la victoire sur eux, nous allons faire quelques rétlexions qui peuvent le plus i'ontribuer à entretenir dans notre cœur celte joie et cette résolution.

« U nous sera très-important, pour nous encourager dans les tentations^ de considérer la faiblesse de nos ennemis, et le peu de valeur de ce que le démon peut contre nous, puisqu'il ne saurait nous faire tomber en aucun péché sans notre consentement.

« Voyez, mes frères, dit saint Bernard, com- « bien notre ennemi est faible^ il ne peut « vaincre que celui qui veut bien être vaincu. « Si un homme qui va au combat était assuré € de vaincre, s'il voulait, quelle joie u'aurait- « il pas? Ne ^ «roirait-il pas assuré d'une « victoire qui ne dépendrait que de sa vo- «c lonté ? Nous pouvons aller au combat con- « tre le démon avoc la même confiance et la « même joie , car nous savons bien qu'il ne « peut nous vaincre , si nous ne le voulons.» C'est ce que fait observer très-bien saint Jérôme .%ur>les paroles que l'esprit malin dit à Jésus- Christ, lorsque, l'ayant enlevé surle pinacle du temple^ 41 lui conseillait de se' précipiter. Jetez-vous en bas^ lui disait le tentateur , « et voilà , dit le saint , le véritaa ble langage du démon , qui ne désire rien « tant que la chute de tous les hommes. Il ff peut a la vérité leur persuader de se préci- « pîter , mais il ne peut pas les jeter lui- , « même dans le précipice. La voix du dé- « mon, qui vous tente, vous dit: Précipitez- « vous en enfer, il ftiut lui répondre : Préci- -m pitez-vous-y vous-même, vou» en savez le « chemin ; pour moi je n'en veux rien faire: •c< car il n*en saurait avoir Je pouvoir, si vous <« n'en avez la volonté. Un homme, se sentant « continuellement sollicité par le démon de « se défaire lui-même , découvrit à son con- * fdsseur le trouble et l'agitation d'esprit où .« il était.Le confesseur lui ayant fait enten- ^drequeles sollicitations du malin esprit ««ne îîouva'ent avoir sur lui de pouvoir que

« celui qu'il voudrait bi€n lui donner , lui « dit que toutes tes fois qu'il se sentirait « pressé de cette tentation , il rép(mdit : je « n'en veux rien faire, et qu'il le vînt trou- « ver au bout de huit jours. Cet homme praff tiqua ce que son confesseur lui avait dit , « se délivra par là de la tentation qui le a tourmentait, et vint le remercier ensuite « du remède qu'il lui avait donné. »

« Le sentiment de saint Augustin s*accorde très-bien avec ce qu'on vient de dire. 11 dit que le démon n'était pas lié avant la naissance de Jésus-Christ , et qu'il exerçait librement sa t vrannie sur les hommes , mais que Jésus-Christ le lia en venant au monde , comme saint Jean nous l'apjirend dans l'Ap )calypse : Et je vis descendre du ciel un ange qui avait (a clef de foMme et une grande chaîne en sa niain ; et il prit le dragon , ie vieux serpent , fut est le diable et Satan , et le lia pour mille ims , et le jeta dans fabime^ qu'il ferma et quHl scella sur lui , afin qu'il ne séduise plus les nations , que mille ans ne soient accomplis , après quoi il doit être délié pour un peu de temps, (Apoc. xx, 1.) Dieu a donc encnatné le démon , continue ce saint docteur, et savez- vous comment? en ce qu'il ne lui permet pas de faire tout le mal qu*il pourrait et qu il voudrait, s'il avait la liberté de tenter et de tromper les hommes par tous les artifices dont il est capable. Mais il est enchaîné, direz-vous : comment donc fait-il encore tant de mal ? k 11 est vrai , répond ce « Père , qu'il en fait beauC'Oup; mais ce n'est « au'à ceux qui ne prennent pas garde h eux. « Il est enchaîné comme un chien qu'on « tient à l'attache, et qui ne peut mordre que a ceux qui s'approchent de lui. Il peut aboyer « et faire peur ; mais il ne peut mordre que « celui qui veut bien l'être. De même, con- « tinue-t-il, qu'on se moquerait d'un homme a qui se laisserait mordre par un chien en- « chaîné , on a droit aussi de se moquer de « ceux qui se laissent vaincre par le démon; « car, puisqu'il est si étroitement lié, il ne « peut faire de mal qu'à ceux qui s'appro- « chent trop près de lui. » Ainsi , c'est votre faute, s'il vous en fait; en l'état où il est, il ne peut vous nuire si vous voulez , et vous pouvez même vous moquer de lui tant qu'il vous plaira. C'est ce que le même saint nous apprend sur ces paroles du Psalmiste : Ce dragon que vous avez formé pour nous servir de aivertissement, {Ps. cm, 26.] «c N'avez^ a vous pas vu, dit-il, comme les enfants « prennent plaisir à voir un ours ou un au- « tre animal enchaîné, et comme ils s'en « divertissent? Vous en pouvez faire de mémo « à l'égard du démon toutes les fois qu'il vous « tente; ce n'est qu'un chien enchaîné qui « aboie et qui fait du bruit, mais il ne sautf fait vous mordre, si vous ne le voulez. »

a Les démons étant apparus une fois à saint Antoine , sous diverses formes épouvantables, et l'ayant tous environné comme pour le dévorer, le saint ne fit que se 010quer d'eux, et leur dire : « Si vous aviez la « liberté de me nuire , le moindre de vous « suflîra't pour me combattre : mais parce que

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DASCETISME.

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« VOUS no l'avez pas , vous venez en Iroupe « pour m'épou vanter. 8i Dieu vous a donné « quelque pouvoir sur moi , me voiri , dé- « vorez-moi ; si non , tous les affronts que « vous me faites sont inutiles. » Nous pou- Tons répondre de même à toutes les tentations; car, en effet , depuis que Jésus-Christ s'est fait homme, le démon n a plus de force, et lui-même l'avoua un jour à saint Antoine, qui lui répondit : « Quoique tu sois le père « du mensonge, tu ne laisses pas d'avoir dit « maintenant la vérité maigre toi, puisque « le Sauveur nous a dit: Ayez confiance /j^ ai « vaincu le monde. (Joan, xvi, 33.) C est « pourquoi je rends grâces à Dieu, qui nous a « donné la victoire par Notre -Seigneur Jésus- « Christ. » (1 Cor. xv , 57.)

«Ce qui (loi t encore nous encourager et nous donner de nouvelles forces dans les tentations , c'est de songer que nous combattons sous les yeux de Dieu. Un soldat, qui combat sous les yeux de son général et de son prince, en devient plus brave. Or, nous combattons en effet sous les yeux de Dieu dans les tentations ; ainsi, dans toutes les attaques que nous avons à soutenir, nous devons nous imaginer que nous sommes dans une lice, que tous les esprits bienheureux sont les spectateurs du combat , qu'ils en attendent le succès avec impatience , et que c'est Dieu qui en est le juge et le rémunérateur. Celte pensée est des saints Pères , et elle est fonuée sur les paroles de l'Evangile, où il est dit que le démon, après avoir tenté inutilement Jésus-Christ et 1 avoir quitté, les anges survinrent et le servirent. [Matth. iv, 11.) Nous lisons dans la Ftede saint Antoine, qu une nuit où les démons l'avaient tout brisé de coups , il leva les jreux en haut , et vit une lumière éclatante qui, perçant le toit de sa cf Uule, en dissipa les ténèbres, chassa les démons , et lui ôta en un moment toute la douleur des coups qu'il avait reçus. Aussitôt, s*adressant à Jésus-Christ : « Ou étiez-vous, « mon Sauveur, lui dit-il , pendant que vos «r ennemis me maltraitaient si cruellement ? « Pourquoi n'êtes-vous pas venu dès le com- « raencement du combat, pour les empêcher « et pour me délivrer de leurs mains?— An- « toi ne , lui répondit alors une voix , j'ai été « ici dès le commencement du combat, et « j'en ai été spectateur; et, parce que vous « avez combattu avec courage , je continue- « rai toujours de vous assister, et je rendrai « votre nom célèbre par toute la terre. «Ainsi, dans les tentations nous pouvons nous assurer d'avoir Dieu et les anges pour témoins do notre résistance , et quel est celui qui ne s'encouragerait point à bien faire devant de teis spectateurs?

« De plus , comme en Dieu , c est secourir que de regarder, nous devons songer qu'il nous regarde , non-seulement comme notre maître et notre juge pour nous couronner, si nou^ sortons victorieux du combat, mais aussi comme notre père et notre protecteur, pour nous secourir au besoin, .sui\^nt ces paroles de l'Ecriture. Les yeux du Seigneur contemplent toute la terrçy et

donnent de la force. {II Parai, xvi, 9.) Le Seigneur est à ma droite, de peur que je ne sois ébranlé. (Ps. xv, 8.) 11 est rapporté dans le IV' livre des /{«û, que le prophète Elisée étant dans la ville de Dothain, le roi de Syrie envoya de nuit une partie de son armée lK)ur le prendre. Giézi , le serviteur du pro-

1)hète, étant sorti de grand matin, voit toute a ville entourée de troupes ; il court en avertir son maître , et se crovant perdu avec lui, il se met à crier: Hélas l hélas ^ mon Seigneur , que ferons-nous ? Ne craignez pas, lui répond le prophète, nous avons plus de gens pour nous qu'ils nVn ont pour eux. {IV Reg. VI, 15 et 16.) 11 se met ensuite en prière, pour demandera Dieu qu'il lui plût d'ouvrir les yeux de Giézi ; et aussitôt Giézi vit la montagne toute couverte de gens à cheval et de chariots de feu, et il fut rassuré. Nou^ n'avons pas moins de sujet de conconflance , puisque nous savons que Dieu est toujours prêt h nous secourir. Mettez-moi auprès de vous. Seigneur, disait Job, et m'attaque qui voudra. (Job , xvii , 3.) Le Seigneur est avec moi, disa t Jérémie, comme un puissant guerrier qui me protège ; c'est pourquoi ceux qui me poursuivent tomberont: ils seront faibles contre moi , et ils demeureront couverts de confusion. (Jerem. xx, tl.) « Saint Jérôme, écrivant sur ces paroles du Psalmiste : Seigneur, vous nous avez couronnés du bouclier de votre bonne volonté ( Ps. V, 13), dit que, dans le langage des hommes, il y a une grande différence entre un bouclier et une couronne ; mais que, dans le langage de Dieu , le bouclier et la couronne sont la même chose, parce que, quand il nous couvre du bouclier de son amour, ce boucl er, qui est hotre protection et notre défense, est aussi notre couronne et notre victoire. Pour fin'r avec l'Apôtre : Si Dieu est pour nous , qui sera contre nous ? [Rom. VIII, 31.)

« Saint Basile dit que le sujet de la rage du démon contre nous ne vient j>as seulement de l'envie qu'il portée l'homme, mais de la haine qu'il a pour Dieu. Or, comme il ne peut rien ccmtre Dieu, il tourne toute sa fureur contre l'homme qui en est l'image, et tâche ainsi de se venger en quelque sorte de Dieu même. « 11 fait, dit saint Basile, « comme un homme qui, ne pouvant se ven- « ger de son prince, déchirerait son por- « trait, ou comme un taureau furieux qui, « se sentant piqué de toutes parts , et ne « pouvant attraper ceux qui le piquent, X déchai^ge sa fureur sur l'homme de carte • « que l'on a mis exprès dans la place, et le « met en pièces. » — De cette vérité , les saints tirent deux raisons très-propres pour nous exciter à comliattro courageusement dans les tentations : la première , qu'il n'y va pas seulement de notre gloire, mais aussi de celle de Dieu que le démon tâche d'offenser en notre personne; et cette considération doit nous porter à perdre plutôt mille fois la vie que de donner lieu au dénjon de se venger de Dieu sur nous. Car ce n'est j)as seulement pour nous que nous coml)8tton£f

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WCTJO.NNAIRE

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c'est Qlors pour Dieu; c'est son mtéiôt et sa cause que nous défendons ; ainsi il faut mou- Tir en soutenant sa querelle, plutôt que dé souffrir que sa gloire soit flétrie. — La seconde est que, puisque c*est en haine de Dieu que le démon nous fait la guerre , nous pouvons être assurés que Dieu prendra notre défense contre lui, et nous aidera à le vaincre, puisque même dans le monde, lorsqu'un prince ou un grand Seigneur voit qu'on s'est engagé pour lui dans quelque querelle, il ne manque pas ordinairement d'y prendre part et a'en faire sa propre affaire. C'était en haine de Mardochée qu'Aman voulait perdre tout le peuple iuif ; et Mardochée en entreprit si bien la défense, qu'il fit périr Aman luimême. Avec combien plus de raison devonsnous attendre la même chose de Dieu ? C'est pourquoi nous pouvons nous adresser à lui avec conûance, et lui dire : Levez-vous^ Seigneur , jugez votre propre cause. ( Ps. hJixtUy 22.) — Prenez vos armes et votre bouclier^ et levez-vous paur me secourir. (Ps. xxxiu , 2.) — Dieu est fidèle , dit l'Apôtre , il ne permettra pas que vous soyez tenté au delà de vos forces; mais afin que vous puissiez résister à la tentation , il vous donnera du secours à proportion des attaques que vous aurez à soutenir. ( / Cor. x , 13. ) Ceci doit être pour nous un grand sujet de consolation et de confiance dans les tentations.

« Nous savons déjà d'un côté que le démon n'a de pouvoir que celui que Dieu lui donne, et qu'il ne saurait nous tenter qu'autant que Dieu le permet; et, d'un autre côté, saint Paul nous assure que Dieu ne souffrira pas que le démon nous tente au delà de nos forces ; quel est celui à qui cette assurance ne doive donner de la consolation et du courage ? 11 n'y a pas de médecin qui proportionne si bien aux forces et aux besoins d'un malade la dose des drogues qu'il lui donne , que le céleste médecin proportionne à nos forces les tentations et les afflictions dont il permet que nous soyons combattus. Si le

})Otier , dit saint Ep&rem , lorsqu'il met au eu les vases d'argile qu'il a préparés , sait f>récisément combien de temps il doit les y aisser pour les faire servir, et s'il ne les y laisse m assez longtemps pour qu'ils viennent à s'éclater, ni assez peu pour qu'ils s'en aillent en pièces en les touchant , à combien plus forte raison devons-nous croire que Dieu , dont la sagesse et la bonté sont infinies, saura garder la même mesure envers nous dans les tentations ?

« Saint Ambroise , sur ces paroles de saint Matthieu : Jésus étant monté dans la barque^ «es disciples le suivirent; et aussitôt il s'éleva une si grande tempête sur la mer^ que la barque était toute couverte de flots ^ et lui ^•epenaant dormait ( Matth. vni, 23 , 2{^) , dit que les élus du Seigneur, et ceux qui sont avec lui, sont tentés comme les autres. 11 arrive môme quelquefois, ajoute-t-il, que Dieu semble dormir, cachant ainsi avec «adresse son amour pour ses enfants, afin de les obliger davantage de recourir à lui ; mais

il ne dort pas, et il ne les a pas oubliés. ^*i7 est quelque temps sans venir ^ attendez-le^ dit le Prophète, car il viendra bientôt* ei

il ne tarderapas. ( Babac. ii , 3.) 11 semble à un malade que la nuit s'allonge , et que le jour tarde à venir; cependant il n'en est rien, et le jour vient à l'ordinaire : ainsi, quoiqu'il vous semble dans votre maladie que Dieu tarde plus qu'il ne faut, il n'en est cependant rien , il sait en quel temps il lui faut venir, et il ne manquera par de le faire quand il le faudra.

« Saint Augustin explique à ce sujet ki conduite du Sauveur, lorsque les sœurs de Lazare lui envoyèrent dire que leur père était malade : Cette maladie , dit-il , ne va pas à la mort ; mais elle est arrivée pour la gloire de Dieuy et afin que le Fils de Dieu tn soit glorifié. (Joan. xi,4.) Ensuite il s'arrête deux jours", pour rendre plus grand le miracle qu'il voulait faire. C'est ainsi, continue le saint , que Dieu en use quelquefois avec ses serviteurs. 11 les laisse quelquefois dans les tentations et dans les souffrances , il semble les avoir oubliés ; mais ce q\i\l en fait n'est que pour les en tirer ensuite avec

f)lus davantage pour eux. Comme après avoir aissé longtemps Joseph dans la prison, il l'en tira 'ensuite avec plus d'éclat , pour le faire gouverneur de toute l'Egy nte, de même s'il vous laisse longtemps dans les tentatiuos et les souffrances , c'est pour vous en tirer d'une manière plus avantageuse pour sa gloire et pour votre salut. Saint Cnrysostome remarque la même chose sur ces paroles du Psalmiste : Vous qui m^élevez des portes de la mort. (Ps. ix , 15.) Prenez garde, dit-il, que le Prophète ne dit pas : Vous qui me délivrez^ mais vous qui m' élevez des portes de la mort , parce qu'en effet Dieu ne se contente pas de délivrer ses serviteurs des tentations , mais il fait servir les tentations à leur élévation et à leur gloire. Quoique vous vous sentiez accablé , et que vous vous imaginiez être déià aux portes de la mort, il faut avoir en lui une ferme confiance qu'il vous en retirera ; car le Seigneur donne la mort et rend la vie ; il conduit jusqu'aux portes de r enfer et en retire. (IReg. ii, 6. ) Quand même il me tuerait^ dit Job , jf^espérerai toujours en lui. (Job xiii, 15.)

« Saint Jérôme faisant réflexion sur Vaventurede Jonas : « Remarquez, dit-il, que « Jonas rencontre son salut où sa perte « paraissait plus assurée. On le jette à la « mer, et aussitôt il est englouti par une ba- « leine que Dieu avait tenue prêle, non pour « le dévorer, mais pour le recevoir dans ses « entrailles, comme dans un vaisseau, et le « porter à bord. C'est ainsi , continue-t-îl , « qu'il arrive souvent que ce que nous re- « cardons comme notre perte est notre s«- « lut , et que nous rencontrerons la vie où « nous avons cru devoir trouver la mort. « Aussi les serviteurs de Dieu, qui savent » « par leur propre expérience , quelle est sa « conduite sur les hommes, et qu'il humilie « pour élever, qu'il blesse pour guérir et « lue pour rendre la vie, ne perdent j;as

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« courage dans les périls et dans les adver- « sites, par la connaissance de leur fai- « blesse; mais ils remettent entièrement « leur sort entre ses mains; et il leur suflît « de savoir qu'ils sont sous une si bonne « protection, pour ne rien appréhender de « leur fragilité. »

« L'Histoire ecclésiastique rapporte que l'abbé Isidore disait : « 11 y a quarante ans « que je suis combattu d'une violente tentation, et je n'y ai jamais succombé. » On y voit encore beaucoupd'exemplesde plusieurs Pères du désert, qui toute leur vie ont eu de violentes tentations à combattre, et qui en ont soutenu les attaques avec une fermeté et une confiance toujours égales. C'étuient-là, selon Texpression du Prophète, de* géants qui entendaient la guerre, ( Baruck III, 26. ) C'est en quoi nous devons nous efforcerde les imiter. Saint Cyprien, voulant nous inspirer la môme confiance et la môme forrheté, se sert des paroles du Seigneur dans Isaïe : Ne craignez point j car je vous ai racheté^ et vous ai appelé par votre nom ; vous êtes à moi. Quand vous passerez au milieu des eaux y je serai avec vous, et vous ne serez point submergé; quand vous marcherez à travers le feuy vous ne brûlerez pas , et la flamme ne pourra pas vous nuire; car je suis (e Seigneur votre Dieu^ le saint d^ Israël et votre Sauveur, [Isa, xuii ,1,2,3.) Les autres paroles du même prophète sont encore très-propres pour nous fortifiei* dans une sainte espéranjc : \ous serez comme des enfants quon porte à la mamel'e , et que Ton caresse en les tenant sur les genoux. Je vous consolerai comme une mère qui flatte son enfant, ( Isa. lxvi, 12, 13. ) Imagmez-vous avec quelles marques d'amour une mère reçoit son enfant, lorsqu'ayant peur de quelque chose, il se rejette entre ses bras; comme elle l'embrasse et le presse sur son 5cin, comme elle le baise, le flatte et le caresse tendrement. Or, la tendresse de Dieu pour ceux gui ont recours à lui dans les ten- *tations et les périls, est encore bien plus grande; et c'est ce qui fai^^^ait la consolation du Psalmiste, lorsqu'il s'écriait vers Dieu : Souvenez-vous de ce que vous avez dit à votre serviteur, et de ce ç^ue vous lui avez fait espérer. Cest là ce qui me console dans rabaissement où je suis ; et c'est votre parole qui me rend la vie. {Ps. cxviii, W, 50.) Animonsnous de la même espérance dans les tentations, et faisons-en le sujet de notre consolation , jpuisque , comme dit TApôtre : i7 est impossible que Dieu manque à sa parole. ( Ûebr, vï, 18.)

fit Un des meilleurs moyens pour vaincre les tentations est de noiis défier de nousnjômes, et de mettre toute notre confiance en Dieu ; et il est marq^ué en plusieurs endroits de TEcrilure, que c est ce qui le porte principalement à nous secourir dans les tentalions et dans les souffrances. Je le délivrerai, parce qxtil a espéré en moi. [Ps, xc, 14.) — Seigneur, qui sauvez ceux qui espèrent en vous. {Ps, XVI, 7,)— Le Seigneur est le protecteur de tons ceux qui espèrent en lui. [Ps, xvii,

31.) Le Prophète n'allègue point d autre raison que celle-là pour l'obligera avoir p.'tié de lui : Ayez pitié de moi. Seigneur, ayez pitié de moi, parce que mon âme se confie en vous, et que j^espère à l'ombre de vos ailes, (Ps. Lvi, 2.) Azarias, dans la fournaise, se sert de la môme raison, lorsqu'il prie Dieu d'agréer le sarîrifi'je de sa vie : Parce que, dit-il, vous ne confondez pas ceux qui se confient en vous. (Dan. III, W.) Le Sage nous assure de même hue celui qui espère en Dieu ne sera pas confondu, (Eccte. II, 11.) Enfin, l'Ecriture est remplie de pareils témoignages qui prouvent une vérité si claire et si évidente.

« On a déià vu en plusieurs endroits pourquoi cette défiance de nous-mêmes et celle entière confiance en Dieu sont un moyen si

Eropre pour mériter son secours dans nos esoins, et Dieu nous en donne lui-même la raison parla bouche de David : Parce quxla espéré en moi, je le délivrerai, •'je le protégerai, parce qu'il a connu mon nom. (Ps. xc.) C'est-»Vdire, selon saint Bernard, je le protégerai et je le délivrerai, pourvu que, reconnaissant sa délivrante de moi, il ne se Tattribue point à lui-môme, ma's qu'il m'en donne toute la gloire. La raison pour laquelJu Dieu i)rotége si particulièrement ceux qui n'espèrent qu'en lui, c'est qu'ils ne s'attribuent rien à eux-mêmes, et lui donnent la gloire de tout; de manière que, ne s'agissaiU pas alors de leur propre gloire, mais seulement de celle de Dieu, Dieu prend leur cause en main et en fait son affaire, comme d'une chose qui regarde purement sa gloire et son honneur. 11 n'en use pas de même envers ceux qui se confient en leurs propre3 lumières, et qui s'appuient sur leurs forces : comme ils s'attribuent tout à eux-mêmes, eï usurpent ainsi une gloire qui n'appartient qu'à Dieu seul, Dieu aussi les abandonne à leur aveuglement et à leur faiblesse, et ne permet pas qu'ils réussissent en rien; car il n'aime point, dit le Pro[)hète, celui qui se fie sur la force de son cheval ou sur la vitesse de ses jambes; le Seigneur aime ceux qui le craignent et qui espèrent en sa miséricorde. (Ps. cxLvi,ll.) Ce sont ceux-là qu'il se plait a protéger «>t à favoriser abondamment de ses grâces.

« Saint Augustin dit que quelquefois Dieu diffère le secours de sa grâce, et permet qu'il nous reste longtemi)S du [lenchant à certains vices, sans que nous puissions jarvenir h les vaincre toutà fait; il agit ainsi, non pour nous perdre, mais pour nous humilier, afin que nous fassions plus d'estime de sa grâce, cl de peur que, si nous trouvions de la facilité en toutes choses, nous ne croyions tenir de nous-nîêmes ce que nous tenons de lui ; ce qui, ajoute le saint, est une erreur dan-

S;ereuse dans la religion, et très-contraire à a piété. Sans doute, si les choses devenaient si faciles,- nous en ferions moins de cas, et nous croirions ne les devoir qu'à nous-mêmes. Saint Grégoire, écrivant sur ces paroles d'e Job : foità que je ne tire plus aucun secours de moi-même (Job vi, 13), dit que souvent une vertu que nous possédons ncst.

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