‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 74 sur 315 · TE.N · texte numérisé non relu

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qn un dangei-eux instrument (ic notre porte, et qu*il vaudrait mieux ne |)as la posséder* « Car il arrive, ajoule-t-il, qu'elle nous rem- « plit d'orgueil, en nous inspirant une vaine « confiance en nous-mêmes ; et que, par le « moyen de l'orgueil, elle tue Tâme, à qui elle « semblait donner de nouvelles forces, et d Tentralne ainsi dans le précipice, après « ravoir détachée, par la présomption, de la « confiance intérieure qu elle doit avoir en « Dieu/ » C*est ce mauvais usase que nous faisons des grâces de Dieu, qui fait que souvent il nous les refuse, permettant, en mille rencontres, que nous connaissions, par expérience, rimpuissance où nous sommes de rien faire de bien de nous-mêmes, et souffrant que nous demeurions longtemps en cet état, pour nous apprendre à nous numilier, à ne point nous confier en nous-mêmes, ni à ne nous pas attribuer le bien qui est en nous, et à en rendre à lui seul toute la gloire. Quand nous serons dans cette sainte disposition d*esprit, alors nous pourrons nous assurer de son secours, et dire, avec la mère de Samuel : Varc des forts a été brisé ^ et les faibles ont été revêtus de force. (J Reg,

« La prière est encore un remède dont il nous faut faire beaucoup de cas. L*£criture et les saints Pères nous Tindiquent comme un des ]jrincipaux dont on puisse se servir. Jésus-Christ lui-même nous l'enseigne dans VEvangile ; et, non-seulement il nous l'a enseigné par ces paroles : Veillez et pries, afin que vous n'entriez point en tentation {Matth. xxvi); mais encore par son propre exemple, en se préparant, par la prière, au jardin des Olives, à toutes les douleurs et à toutes les ignominies de sa passion. Ce n'est pas qu'il eût besoin du secours de la prière, mais c'est qu'il voulait nous apprendre à y recourir dans toutes les attaques que nous aurions à soutenir. L'abbé Jean disait qu'un religieux doit être comme un homme gai, portant du feu d'une main, tiendrait de l'autre de l'eau, afin de la jeter dessus au premier besoin; et qu'ainsi, dès que le feu de la concupiscence commençait à s'allumer en nous , il fallait l'éteindre aussitôt par la prière. II se servait encore, à ce sujet, d'une autre comparaison, et disait que de même

au'un homme qui serait couché au pied 'un arbre, et verrait dçs bêtes furieuses venir h lui pour le dévorer, monterait aussitôt au haut de l'arbre pour se sauver, de môme un rel'gieux, qui se voit environné de tentations, doit s'élever au ciel , et se retirer dans le sein de Dieu par le moyen de l'oraison ; c'est ainsi qu'il sera délivré de toutes les attaques et de toutes les embûches du démon. Car cest inutilement quon tend les filets devant les oiseaux {Prov. i, 17) ; et en vain le démon tendra les siens pour nous prendre, si nous nous élevons au ciel sur les ailes de la prière. Mes peux sont toujours élevés vers le Seigneur^ dit le Prophète^ c'est lui qui me délivrera de tous les pièges, (Ps. XXIV, 15.) « Voici quelques prières courtes et fer-

ventes qui pourront nous servir daus l'occ h sion. L'Ecriture, et surtout les Psaumes, en sont remplis. Seigneur^ on m^a fait violence^ secourez-moi, (Isa. xxxviii, 14.) — EveilleZ" rous. Seigneur: pourquoi dormez -vous ?

Eveillez-vous et ne me rebutez pas toujouij. Pourquoi détournez-vous votre face? Pourquoi ne vous souvenez-vous plus de notre misère et de notre oppression? (Ps. xlhi, 2i.) — Prenez vos armes et votre bouclier: leve::vous pour me secourir ; dites à mon âme : Je suis votre Sauveur. (Ps. xxxiv, 2.) — Jusquà quand^ Seigneur^ me mettrez-vous en oubli ? Sera-ce toujours ? Jusquà quand me cacherezvous votre face? Jusquà quand mon ennemi sera-t-il le plus fort? Jetez vos regards sur moi, et exaucez-moi, 6 mon Seigneur et mon Dieu I Eclairez mes yeux, et ne souffrez pas que le sommeil de la mort les ferme, ou que mon ennemi se vante d'avoir eu aucun avantage sur moi. (Ps. xu, 1.) -^ Cest vous^ Seigneur, qui êtes mon recours dans les temps d'affliction. (Ps. ix, 10.) — J'espérerai à l'ombre de vos ailes (Ps. lvi, 2) ; et quand vous étendrez vos ailes sur moi, je me réiouirai.

(Ps. LXII, 7.)

« Saint Augjustin, touché de l'idée qu3 cette figure lui donnait, disait à Dieu : ^e:-

?'nfur, mettez-moi à couvert sous vos ailes Ps. xvi,8),car je suis encore si faible que, si vous ne me défendez, le milan m'enlèvera. Le commencement du psaume Lxvn est surtout d'une grande vertu contre les tentations^ et saint Athanase assure que plusieurs serviteurs de Dieu ont ressenti en eux des effets miraculeux de la grâce, en disaiit, avec le Prophète : Que le Seigneur s'élève, et que ses ennemis se dissipent ; et que ceux qui le haïssent s'enfuient ae devant votre face.(Ps.h\wu, 1.) C'est que, n'opposant point alors aux démons nos propres forces, mais celles de Dieu, dont nous invoquons le secours contre eux, ils perdent aussitôt courage, en voyant que Dieu ne manquera pas de prendre notre cause, et de combattre en notre faveur.

« Nous pouvons nous servir de ces paroles très-eflicaces , ou d'autres semblables, tirées de l'Ecriture, ou même de celles que le besoin peut nous dicter dans l'ocoasion. Quoi qu'il en soit, nous ne devons jamais manquer alors de recourir à Dieu par le moyen de l'oraison. Aussi le P. A vila disait-il: « La tentation s'adresse à vous,adressez-vous « à Dieu, et dites-lui : J'ai levé les yeux vers « les montagnes célestes, d'où mon secours K doit venir: mon secours viendra du Sei- « gneur, qui a fait le ciel et la terre. (Ps. cxx, « 1, 2.) Il faut surtout que ces prières et ces « cris que nous adressons à Dieu i^artent, « non-seulement de bouche, mais du fond « du cœur, suivant ces paroles de David : « Seigneur, te vous adresse mes cris du plus • profond de monromr. » (Ps. cxxix, 1.) Saint Chrysostome remarque, à ce sujet, que le Prophète ne j^rie pas seulement de bouche ni de langue, car on parle souvent sans songer à ce qu'on dit, mais qu'il prie du p'"^ profond de son cœur; qu'il prie avec ferveur, avec joie et confiance, et qu'enfin c'cjît tcu-

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jours son cœur et tout son esprit qui prient en lui.

« Saint Bernard dit que, quand le démon veut nous séduire, il examine auparavant notre tempérament, notre humeur et nos inclinations, et nous attaque toujours par les choses auxquelles il voit que nous avons le plus de penchant. Ceux qui sont d'un naturel doux et fecilement susceptible des impressions du plaisir et de la joie, il les attaque du côté de l'impureté et de la vanité ; et ceux qu'il connaît d'une humeur rude et aigre, il les combat par des mouvements c«)ntinuels de colère, d orgueil, d'indignation est d'impatience. Saint Grégoire feit observer \tk même chose, et dit que, comme la grande habileté de ceux qui tendent aux oiseaux est de bien connaître à quel appât les oiseaux Tiennent plus volontiers, aûn de les attirer par là dans leurs filets, de même, le principal soin des démons est de savoir à quoi nous sommes naturellement plus portés, atin de nous faire tomber plus aisément dans le piège.

« C'est ainsi que, connaissant l'amour d'Adam pour sa femme, il se servit d'elle pour lo tenter; et c'est ainsi qu'il triompha de Samson, en se servant de Dalila, pour tirer de lui le sens de l'énigme, et pour découvrir en quoi consistait toute sa force. Le démon fait comme un habile homme de guerre, qui, avant d'attaquer une place, en reconnaît les endroits les plus faibles. 11 observe avec soin la partie la plus faible de notre âme, la passion qui nous domine le plus et à yuoi nous avons naturellement plus d'inclination, et il ne manque jamais de nous tenter par là. Ce que nous devons opposer à cette adresse, est de voir aussi avecs soin quel est le côté le moins fort de notre âme et le plus dépourvu de défense, c'est-à-dire, quelles sont les choses auxquelles l'inclination naturelle ou l'habitude, ou la passion nous portent le plus, et tâcher de bien nous fortifier du côté où nous voyons que nous avons le plus à craindre.

« Les maîtres de ta vie spirituelle donnent encore un autre moyen semblable. Ils disent

aue la maxime générale, pour se défendre 'une tentation, est de recourir de suite à ce qu'elle a de plus contraire. C'est ce que font les mrédecins dans les maladies corporelles, en guérissant les contraires par les contraires. Si elles viennent du froid, ils font usage de remèdes chauds ; si elles viennent de séitheresse et d'ardeur, ils en appliquent de rafraîchissants, et réduisent ainsi les humeurs dans le juste tempérament où elles doivent être. Nous devons tenir la mênje conduite dans les maladies de l'âme , comme le dit saint Ignace r il faut se précautionner contre les tentations auxquelles on est sujet, imr la pratique des choses les plus opposées ; par exem[»l«, se vouer aux ministères les plus bas et les plus serviles pour réprimer l'orgueil et la vanité, et ainsi des autres choses, prendre toujours lo contrepied de DOS mauvaises inclinations, a Un remède trèî>-général et très-salutaire

que les saints nous proposent, c'est de ré • sister aux tentations dès leur principe. Pendant que vdre ennemi est encore faible, dit saint Jérôme, tuez-le, étouffez-le dès sa naissance ; si vous le laissez croître et se fortifier, peut-être n'en pourrez-vous plus venir à bout. La tentation est comme une éiinceile de feuy qui peut causer un grand embrasement (Eccli. xi, 34), si on ne l'éteint d'abord. Résiistez au mal dès le commencement, disait un ancien poëte ; lorsqu'on Va laissé invétérer, les remèdes viennent trop tard. C'est dans ce sens que saint Jérôme interprète ces paroles du psaume xxxvi : Heureux celui qui prendra tes enfants et les écrasera contre ta pierre; et ces autres du Cantiqtie des cantiques (n, 15) : Prenez-nous ces petits renards qui perdent les vignes,

« Lorsque les pensées de médisance, d'orgueil, de trop d'attachement aux autres ou à vous-mêmes commencent à se découvrir en vous et qu'elles sont encore tendres et faibles, écrasez-les contre la pierre angulaire qui est Jésus-Christ; donnez la chasse de bonne heure à tout ce qui peut ruiner la vigne du Seigneur. Nous ne pouvons empêcher qu'il ne nous vienne des tentations et de mauvaises pensées; mais heureux celui qui sait s'en délivrer dès le commencement. 11 est très-important de résister d'abord à l'ennemi quand il est faible, car alors il est aisé de le vaincre ; mais, si on lui laisse prendre des forces, la résistance et la victoire deviennent très-diflîciles.

« Saint Chrysostome explique cette pensée par une comparaison. « Quand un raa- « lade veut, dit-il , manger quelaue chose « qui lui est contraire, et qu'il sW prive, « il s'épargne le mal que cela lui aurait fait « et avance sa guérison ; mais, s'il n'a pas « la force de s'en abstenir, son mal pourra « empirer de telle sorte qu'il deviendra « très-difficile à guérir, peut-être môme « mortel, ce qui n'aurait pas eu lieu, s'il « avait voulu se surmonter. 11 en est de « même, continue ce Père, dans les tentait tiens. Si, par exemple, il vient en pensée « de regarder un objet dont la vue soit dan- « gereuse à l'âme, on s'épargnerait tout ce a que cette vainc curiosité peut causer de « mal, et on éviterait le danger où l'on tora- « berait en y consentant, si l'on se faisait « violence et si l'on commandait à ses yeux, «f Mais si l'on ne fait aucun effbrt sur soi, « ce plaisir d'un moment qu'on aura eu en « satisfaisant sa curiosité, est capable de « perdre l'âme, ou au moins de l'engager « dans un long et pénible combat; de sorte « que fce qui n'aurait presque rien coûté, « dans le commencement, deviendra très- « difficile dans la suite, et par là on voit « de quelle importance il est de s'opposer « de bonne heure aux tentations. »

« On lit dans ta fie des PèreSj que le démon apparut un jour à saint Pacôme, sous la vue d'une belle femme, et que le saint lui ayant dit que tous ses efforts étaient vains contre les serviteurs de*Dieu : « Us « ne sont pas inutiles, répondit-il, pourvu

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