‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 77 sur 315 · TUC · texte numérisé non relu

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yisilA. Il suffit qu*on le traite honnêtement. Point de prédilection pour aucune des sœurs, pas môme pour la prieure, afin de ne donner ni jalousie, ni ombrage au reste de la communauté.

« Dieu veuille, ajoute la sainte réformatrice, nous donner toujours des supérieurs si sages et si pieux, qu'étant éclairés de la céleste lumière, ils ne se méprennent poirit,, mais qu'ils connaissent le véritable état de nos âmes, et que, par leurs bons conseils, nous croissions de plus en plus en vertus pour son honneur et pour sa gloire. »

h" Avisa ses religieuses. — Ce petit écrit contient uniquement les règles de conduite qae sainte Thérèse a laissées à ses filles. 11 y a bien peu de ces règles qu'un simple Chrétien ne puisse observer, même au milieu du monde. Elles sont au nombre de soixanteneuf, et ne respirent c[ue la plus douce piété. Nous allons en extraire quelques-unes.

« Parlez peu, surtout quand vous serez avec

Plusieurs personnes. Ne contestez jamais eaucoup, principalement en des choses peu importantes. Accoutumez-vous à l'humeur des personnes auxquelles vous avez affaire. Soyez gaies avec ceux qui sont gais ; tristes avec ceux qui sont dans la tristesse. Faitesvous enfin toutes à tous ijour les çagner tous. . . Ne vous excusez jamais, à moins qu'il n'y ait grande raison de le faire... Ne dites jamais de bien de vous, soit pour l'esprit, soit pour la vertu, soit pour la naissance, à moins que vous n*ayez sujet d'espérer que cela pourra être de quelque utilité aux personnes à qui vous le direz : encore faut-il alors le dire avec humilité, vous souvenant que ce sont de purs dons du ciel.... Ne parlezjamais avec exagération, mais dites simplement etsans chaleur ce que vous pensez... N'assurez jamais rien sans le bien savoir.... Faites toutes choses comme si vous voyiez véritablement Dieu présent devant vous ; c'est un moy en sûr de faire de grands progrès dans la vertu.... N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres; n'en dites jamais de personne, si ce n'est de vous-mêmes.... Ix)rsque vous serez dans la joie, ne vous laissez point emporter par des rires immodérés; mais que votre joie soit humble, douce, modeste et édifiante. Ne pensez point aux imperfections des autres, mais seulement à leurs vertus. Pour ce qui vous regarde, ne

f)ensez qu'à vos défauts.... Fuyez toujours a singularité autant qu'il vous sera possible, parce que c'est un mal fort dangereux dans une communauté.... Détachez votre cœur de toutes les choses de ce monde : clierchez Dieu, et vous le trouverez.... Ne faites point paraître la dévotion que vous avez dans le cœur, si quelque grande nécessité ne vous y engage : mon secret est pour moi, disaient saint Bernard et saint François. Pour ce qui regarde les mœurs, ne faites jamais rien qui ne puisse se faire devant tout le monde.... Ne faites jamais de comparaison entre les personnes,' parce aue les comnaraisons sont odieuses.... Fuyez la curiosité dans les choses qui ne vous regardent point. Evitez d'en

parler et de vous en iaformer.... Faites souvent des actes d'amour, parce qu'ils enflamment et attendrissent lecœup.... Soyez douces envers les autres et rigoureuses à vousmêmes .. Ayez grand som d'examiner tous les soirs votre conscience.... Lorsque vous serez supérieure, ne reprenez jamais personne pendant que vous serez en colère : mais attendez que vous n'y soyez plus, si vous voulez que votre correction soit utile.... Songez que vous n'avez qu'une âme; que vous ne mourrez qu'uTie fois; que vous n'avez qu'une vie qui est courte, et qu'il n'y a qu'une vie qui soit éternelle. Cette pensée vous détachera de beaucoup de choses.... Que votre désir soit de voir Dieu, que votre crainte soit de le perdre, votre douleur de ne pas le posséder encore, et votre joie, de ce qu'il peut vous tirer à lui. Par là vous vivrez dans un grand repos. »

5° Le Chemin ae la perfection. — Les religieuses du couvent de Saint-Joseph d'Avila^ ayant prié instamment leur sainte mère de rédiger par écrit les maximes de la vie intérieure, elle se rendit à leurs désirs et composa, dans les dernières années de sa vie, le traité si connu du Chemin de la perfection. 11 est assez étendu, et divisé en auarantedeux chapitres. On y trouve cette Donté de cœur, cette imagination vive, cet amour ardent et cette piété tendre qui caractérisent tous les écrits de sainte Thérèse. En parlant des avantages de la pauvreté, elle s écrie : «Cette heureuse pauvreté est un si grand bien, qu'il renferme tous les biens du monde. Oui, je le redis encore, il renferme tous les biens du monde, puisque mépriser le monde, c'est être le maître du monde.... Les honneurs et les richesses vont presoue toujours de compagnie. Celui qui aime ic-s honneurs ne saurait haïr les richesses, et celui qui méprise les richesses ne se soucie guère des honneurs. »

En parlant des bâtiments superbes, qu'elle^ conjure ses filles de ne jamais faire construire, elle leur dit : « Imitons en quelque chose notre Roi : il a eu pour maison la grotte do Bethléem où il est né, et la croix où il est mort. Etaient-ce là des demeures fort agréables? Ceux qui font de grands bâti* ments ont sans doute leurs raisons, et ils peuvent avoir des intentions saintes (jue je ne sais pas, mais le moindre petit coin peut suflire a treize pauvres religieuses... Ayez continuellement devant les yeux que tous IcS édifices du monde crouleront au jour du jugement, et que nous ignorons si ne iour est proche. Or, serait-il convenable que la maison de treize pauvres filles ne pût tomber sans faire un grand bruit? Les vrais pauvres doivent-ils en faire, et aurait-on compassion d'eux , s'ils en faisaient ? » (Chap. 2.)

A la fin du chapitre 3, on trouve uneprière admirable, gue la sainte termineainsi : « Seigneur, puisque vous êtes un Dieu de miséricorde, ayez pitié de cette pauvrepécheresse, de ce ver cle terre, et paraorncz à ma hardiesse. Ne considérez point mes

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I)échés ; considérez plutôt mes désirs, et les armes que je répands en faisant cette prière. Je vous en conjure par vous-même. Ayez pitié de tant d'âmes qyi se perdent. Secourez votre Eglise, 6 mon Dieu; arrêtez le cours de tant de maux qui atHif^ent la chrétienté^ et faites briller votre lumière au milieu de ces ténèbres. »

Dans le chapitre 4-, la sainte exhorte surtout ses religieuses à s^aimcr tendrement : « Il n'y a rien, leur dit-elle, de si difficile à supporter, qui ne paraisse facile à ceux qui s'aiment. » Elle ne veut j^as de préférence marquée pour aucune sœur; elle proscrit toute espèce de prédilection qui n'a pas l'amour de Dieu pour motif et la vertu pour base « Hélas I dit-elle, combien de sottises et de niaiseries tirent leur origine de cette source 1 » La fin de ce chapitre contient d'excellentes règles sur Tafifection que les religieuses prennent Quelquefois pour leurs confesseurs. Le cinquième traite des qualités

Su'ils doivent avoir, des motifs qui doivent éterminer à en changer et de l'autorité des supérieurs. Dans les suivants, la sainte continue d'enseigner à ses filles différentes pratiques qu'elle croit les plus propres à les faire avancer rapidement dans la vertu.' On lit à la fin du dixième une critique aussi Çaie que délicate, de toutes ces ferveurs éphémères, qui font entreprendre aux têtes vives des pénitences indiscrètes.

« C'est une chose plaisante, dit-elle, de. voir les tourments que se donnent quelques religieuses, sans que personne les y oblige. 11 leur prend tout à coup des caprices singuliers qui les porte à faire des pénitences inconsidérées ; il est vrai que ces pénitences durent environ deux jours ; après quoi elles s'imaginent que cela nuit à leur santé, et qu'après une telle épreuve elles ne doivent plus en faire du tout, pas même les pénitences qui sont d'obligation dans notre ordre. Alors nous n'observons même pas les moindres choses de la règle, le silence, par exemple , quoiqu'il ne puisse nuire à notre santé. A peine nous imaginons-nous avoir mal à la tête, que nous cessons d'aller au chœur »quoiqu'en y allant nous n'en fussions sûrement pas plus malades, ^*ous manquons donc d'y aller un jour, parce que nous avons mal à la tête, un autre jour, parce que nous y avons eu mal ; et deux ou trois autres jours, de crainte d'y avoir mal; et nous voulons après cela inventer, selon notre fantaisie, des pénitences qui ne servent le plus souvent qu'à nous rendre incapables de pratiquer celles qui sont d'obligation. »

Viennent ensuite des avis pleins de sagesse sur les souffrances, sur la nécessité de la mortification intérieure, sur les prééminences et la vanité. « Il n'y a rien de petit (ch. 12), quand le péril est grand... Notre honneur consiste, mes sœurs, à bien servir Dieu : ainsi, celle qui se sentira capable de vous détourner d'un si grand bien, doit se retirer et demeurer cbez elle avec cet honneur qui lui est cher. C'est pour ce sujet que nos saints Pères ont ordonné une année

de noviciat, et je souhaiterais qu'on n'admit les religieuses à la profession qu'au bout de dix ans; car, si elles sont humbles, ce retard ne leur fera point de peine, quand elles sauront que du moment oik elles so conduisent bien, on ne les renverra ^>as: si elles ne sont pas humbles, pourquoi veulentelles nuire à cette assemblée de saintes 4mes qui se sont consacrées à Jésus-Christ ? » (Chap. 13.)

Bien examiner la vocation des jeunes {personnes qui se présentent poor être religieuses; se rendre plus facile à recevcnr celles qui ont de l'esprit, et surtout du bon sens ; renvoyer impitoyablement celles qui ne sojU pas propres à Fétat religieux, sans s'embarrasser de ce que le monde pourra dire; faire sentir l'avantage qu'il y a de ne pas s'excuser, lors même que Ton est repris sans fondement ; recommander l'humilité , 1^ contemplation, la présence habituelle de Dieu, le désir de la perfection, l'obéissance : voilà les objets que la sainte discute avec sa candeur et sa prudence ordinaires, depuis le chapitre 13 jusqu'au chapitre 20.

Elle parle ensuite de Toraisbn mentale, et des movens de puiser dans sa divine source. Elle exhorte à ne jamais se décourager dans cette carrière, à se pénétrer d'un saint zèle pour le salut des autres, et à ne s'occuper que de choses utiles pour l'éternité. « Ce nest plus le temps, mes sœurs, dit-elle (chap. 20), de s'amuser à des jeux d'enfants, telles que sont, è mon avis, ces amitiés si communes dans le monde, quoiqu'au fond elles soient bonnes. Parlez souvent de Dieu aux personnes à qui vous aurez affaire... ce doit être votre langage... Vous y gagnerez de ne recevoir des visites que de ceux qui l'entendront. Car, comment une personne qui ne saurait p^s l'arabe, pourrait-elle trouver du plaisir a causer avec uq homme qui ne parlerait pas.d'autre langue?. Ainsi, vous ne serez plus importunée par tous ces mondains ; ils ne pourront vous causer aucun préjudice; au lieu qu'ils pourraient vous en causer un fort grand, s'il§ vous engageaient à parler un nouveau langage : tout votre temps se consumerait à cela, et vous ne sauriez comprendre, comme, moi qui l'ai éprouvé, a quel point une âme peut en ressentir du préjudice. En voulant, apprendre, cette langue, on oublie l'autre, et l'oq tombe dans une inquiétude continuelle qu'il faut fuir par-dessus toutes choses; car rien n'est plus nécessaire que la paix et la tranquillité de l'esprit, pour entrer et pour marcher dans le chemin de la perfection. »

Au chapitre 21, la sainte déclare que les paroles de l'Evangile la faisaient entrer dans un plus grand recueillement que les ouvrages les plus' savants et les mieux écrits, surtout lorsque les auteurs n'étaient pas fort approuvés : car alors il ne lui prenait même pas envie de les lire. Elle prémunit ses filles contre les dangers, soit réels, sçit prétendus de Torafson. «Bloquez-vous, leur ditelle, de toutes ces frayeurs qu'on s'efforcera de vous inspirer, et de tous les périls avec

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les |ueb on cherchera îi vous épouvanter. 11 y a des risques^ sans doute, sur ht route qui coiiduit à un si grand trésor, parce que le chemin est rempn de voleurs; mais que cela ne vous rebute pas. Les gens du monde souffriraient-ils, sans la moindre résistance, qu'on leur enlevât leurs richesses, eux qui, l)0Hr un intérêt de rien, passent les nuits entières sans dormir, et se tuent le corps et Tàme?»

Dans le chapitre 22, sainte Thérèse reprend son suiet, et explique d'une manière trèsclaire la différence qu'il y a entre l'oraison mentale et l'oraison vocale. Puis elle s'abandonne à une de ces saillies d'amour qui lui étaient si naturelles, et elle s'écrie dans un saint transport :

« Vous êtes roi, ô mon Dieu, mais un roi tout-puissant et éternel, parce que vous ne tenez de personne le royaume que vous possédez; et je n'entends presque jamais dire dans te Credo ^ que votre royaume n'aura lK)int de On, sans en ressentir une joie toute particuhèie. Je vous loue, mon Dieu, et je vous bénis toujours, parce que votre royaume durera toujours; mais ne permettez pas, mon Sauveur, que ceux-là piiissent passer pour bons, qui ,. lorsqu'ils vous prient, ne vous parlent que du bout des lèvres. »

a Quand on est une fois entré dans le sentier éiiineux de l'oraison, il faut être dans la fterme résolution de continuer d'y marcher. On combat avec plus de courage, lorsqu'on est bien persuadé que, quoi qu'il puisse arriver, rien ne doit nous laire tourner le dos. C'est comme un homme qui, au milieu d'une bataille, serait assuré qu'il n'y a de ressource jjOut lui que dans la victoire; il combattrait î^ans doute avec beaucoup d'opiniâtreté; et. s'il ne sortait pas victorieux du combat, au UQoins vendrait-il cher sa vie. » (Chap. 23.)

Les moyens de recueillir ses pensées pour tâi^her de joindre l'oraison mentale à loraison vocale, et pour bien faire la dernière, occupent la sainte depuis le 25* chapitre jusqu'au 27% où elle commence à expliquer, article par article, l'Oraison Dominicale. Cette exfjlication s'étend jusqu'à la fin de l'ouvrage ; mais, quoiqu'il y ait de fort bonnes choses, cette dernière partie nous paraît moins travaillée que la première.

On reconnaîtra cependant l'auteur aux deux ou trois citations suivantes. La sainte veut peindre les vicissitudes de force et de faiblesse, de lumière et de ténèbres, par lesquelles Dieu l'avait éprouvée si souvent. « Quelquefois , dit-elle (chapitre 28), il me semble que ie suis fort détaché^, et lorsque j'en viens à i éi)reuve, je trouve en effet que le le suis; mais d'autres fois je me sens tellement attachée à des choses dont je me suis nioqu-ée le jour précédent, que je ne lije reconnais plus moi-même. Dans certains temps, j'ai un courage tel, que rien ne serait capable de m'étonner, s'il s'offrait des occasions de servir Dieu; et je m'aperçois en effet que cela est vrai dans quelques-unes. Mais le lendemain je me vois dans une si grande l&cbeté, que je n'aurais pas le cou-

rage de tuer une fourmi pour l'amour de Dieu, si j'y rencontrais la moindre contradiction. Il m arrive aussi de temps en temps de penser que, quoi crue Ton put dire à mon préjudice, de guelque murmure qu'il s élevât contre moi, je le souffrirais sans aucune peine : et j'ai reconnu en diverses rencontres que je ne m'étais pas trompée, puisque j'en avais môme de la joie. En d'autres temps, au contraire, les moindres paroles m'amigent si fort, que je voudrais n'être plus sur la terre, tant ce qui s'y passe me déplaît. Je ne suis pas la seule à qui toutes ces choses arrivent ; plusieurs personnes meilleures que moi les ont éprouvées. »

Au chapitre W, la sainte, adressant la parole à ses chères religieuses, leur dit : a Ne désirons point, mes filles, de vivre à nptro aise; nous sommes fort bien comme nous sommes ; les incommodités de la vie présente peuvent se comparer à une nuit que l'on, passe dans un mauvais gîte. Louons Dieu de ce que nous souffrons, et tâchons de faille pénitence, tandis que nous sommes dans ce monde. » Elle les exhorte [chapitre ki) à agir en tout avec une sainte liberté. « Je vous exhorte, mes filles, à fuir la gêne et la con» trainte, parce que l'âme qui s'y laisse aller se trouve par là incapable de toute sorte do bien, et tombe quelquefois diins des scrupules qui la rendent inutile, soit îi elle, soit aux autres... Tâchez, autant que vous le pourrez sans offenser Dieu, de vous conduire de telle sorte envers -toutes les personnes avec qui vous aurez à vivre, qu'elles demeurent satisfaites de votre conversation, qu'elles dé-, sirent de pouvoir imiter votre conduite, et que la vertu leur paraisse si belle et si aimable dans vos entretiens, qu'au lieu de les effaroucher, elle leur inspire pour elle du respect et de l'amour. »

<c Cet avis, continue-t-elle, est très-impor^ tant pour les religieuses. Plus elles sont saintes, et plus elles doivent s'efforcer de témoigner de la douceur et de la bonté envers leurs sœurs... » Elle ajoute : « Tâchez, mes filles, de bien comprendre cette importante vérité que Dieu ne s'arrête pas tant à de petites choses que vous vous l'imaginez; et. qu'ainsi vous ne devez pas mettre votre esprit à la torture, parce que cela pourrait vous empêcher de laire beaucoup de bien. Ayez seulement l'intention droite, et une volonté bien décidée de ne point offenser Dieu ; et ne vous laissez point ronger par des scru- ])ules, puisqu'au lieu de devenir saintes par ce moyen, vous tomberiez en beaucoup d'im perfections. »

6" Méditations sur le Pater. — C'est ur petit abrégé distribué pour les sept jours dt la semaine. La sainte y explique une de • mande du Puter par jour, et y considère le Seigneur sous les divers rapports de père, de roi, d'époux, de pasteur, (Je rédempteur, de médecin et de juge.

« Sous le premier rapport, dit-elle, eu considérant le grand nombre des péchés des hommes, vous concevrez une vive douleur de voir un si bon père aussi indignement

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traite par ses enfants, et vous serez en même temps pénétrées de joie, lorsque vous en verrez d'autres en qui reluit la sainteté de leur père : vous ne verrez aucun péché ni aucun mauvais exemple qui ne vous attriste : vous ne verrez ni n'apprendrez aucune action de vertu qui ne vous console, et vous rendrez grâces à Dieu d'avoir créé tant de saints martyrs, tant de saints confesseurs et de saintes vierges, qui, par des témoignages éclatants et par les marques les plus illustres, ont fait connaître qu*ils étaient enfants de cet adorable père. » La sainte veut que, pendant ce premier jour de la semaine, on rapporte tout au Seigneur, comme au père commun des hommes. Elle regarde surtout comme fort utile de penser souvent à l'enfant prodigue, et à Vexcès de tendresse que lui témoigna son père, lorsqu'il fut revenu de ses égarements.

Quand elle considère Dieu comme le pasteur de nos âmes, elle s'attendrit à la seule vue des soins qu'il prend de ses brebis. « Qui pourrait exprimer, dit-elle, l'excellence des pâturages de la doctrine céleste dont il les nourrit, l'efficacité des vertus par lesquelles il les fortifie, et les effets des sacrements par lesquels il les soutient? Si une brebis s'écarte des autres, il tâche de la ramener comme par le son et par le doux souille de ses inspirations ; et, si elle ne veut pas revenir, il lui envoie quelque disgrâce, qui est comme un coup de nouîette qu il lui nonne pour lui faire peur, sans toutefois la blesser. Il conserve dans leur vigueur et fait marcher celles qui sont fortes et courageuses; il attend celles qui sont faibles; il panse celles qui sont malades, et porte sur ses épaules celles qui ne peuvent plus marcher, tant il a de compassion de leur infirmité et de leur faiblesse. Lorsqu'après avoir mangé, çlles se reposent et ruminent ce qu'elles ont retenu de la doctrine évangélique, il s'assied au milieu d'elles, et les empêche de s'endormir, en faisant par la douceur de ses consolations une sorte de concert qui les charme, de même que le pasteur, avec le son de son flageolet, réjouit et réveille ses brebis. Pendant l'hiver, il leur cherche des abris favorables ; dans toutes les saisons, il a soin de les préserver des herbes venimeuses, et il les mène toujours à l'eau la plus pure et la plus douce, » etc.

Sainte Thérèse parle ensuite de son Dieu comme du médei in par excellence qui peut guérir tous nos maux : « Considérons, ditelle, quelle est la manière d'agir des médecins de la terre : ils ne vont voir que ceux qui les font appeler. Encore ne sont-oe pas les plus malades qu'ils visitent le plus souvent, mais ceux qui les payent le mieux. Ils supposent la maladie plus grande qu'elle n'est, et l'entretiennent même quelquefois afin de gagner davantage. Ils traitent les pauvres sur le rapport d'autrui, et les riches en personne. Quant aux remèdes qu'ils ordonnent, ils ne les font ni pour les uns ni pour les autres ; mais il faut les aller prendre ailleurs, et souvent à grand prix, quoique

la guérison soit très-incertaine. O céleste médecin, vous ne ressemblez que de nom h ces médecins de la terre I Vous visitez les malades sans qu'ils vous en prient; vous donnez plus volontiers vos soins aux pauvres qu'aux riches. Il n'y en a pas un seul que vous ne traitiez vous-même sans désirer autre chose d'eux, sinon qu'ils reconnaissent qu'ils sont malades et qu ils ne sauraient se passer de vous. Non-seulement vous n'exagérez point la grandeur du mal et la difficuhé de la guérison, mais quelque dangereuses que soient leurs maladies vous leur faites voir que la guérison en est facile, et leur promettez la santé, pour peu qu'ils gémissent pour l'obtenir. Vous n'avez du dégoût d'aucun malade, quelque repoussante que puisse être sa maladie. Vous allez dans les hôpitaux chercher les plus incurables et les plus pauvres. Vous vous payez vous-même de ce que vous faites pour eux ; c'est dans vous-même que vous prenez tous les remèdes qu'il convient de leur prescrire. Mais, quels remèdes, 6 mon Dieu 1 des remèdes composés du sang et de l'eau qui sont sortis de votre côté I du sang pour guérir toutes nos plaies , de l'eau pour laver toutes nos taches, sans qu'il nous reste le moindre ressentiment de nos maladies ni la moindre trace de nos souillures. »

Sainte Thérèse finit par cette pensée ses méditations sur le Pater : « Quoique cette oraison tienne le premier rang entre les oraisons vocales, il ne faut pourtant pas négliger les autres, parce qu'il en pourrait résulter quelque dégoût si on s'en tenait toujours a ceile-là seule. C'est pourquoi il est bon d'en employer quelques autres, et particulièrement celles qui se trouvent dans l'Écriture et qui ont été inspirées par le Saint-Esprit, comme celle du publicain dans l'Evangile, celle d'Anne, mère de Samuel ; celles d'Esthcr, de Judith, de Manassès, do Daniel et de Judas Machabée; ces prières, par lesquelles ils représentaient à Dieu leurs besoins, naissant de leui disposition présente, expriment merveilleusement les plus vives affections de leur âme. Cette sorte de prière, faite par des personnes affligées, est très-puissante, car elle élève l'esprit vers Dieu, elle enflamme la volonté et tire des larmes des yeux ; quand on pense qu'étant formée des mêmes mots que ces saintes âmes ont proférés dans ces rencontres, on ne saurait douter qu'elle ne soit partie du fond du cœur. »

Nous observons, en terminant cet article,

3ue certains auteurs ont y.emé que ces Meitations n'étaient pas de sainte Thérèse, 3uoique d*ailleurs elles fussent bien dignes 'elle. Ils s'appuient sur le silence de l'évêque Yepez et du P. Gratien, qui, en faisant l'énuméralion de ses ouvrages, n'ont point parlé de celui-ci.

7** Le Château de /Vîme.— Pendant que la sainte était dans le monastère de Tolède, où elle s'était retirée sur l'ordre de ses suiiérieurs, elle eut pour confesseur le docteur Vélasquez, depuis évêque d'Osuia, puis ar-

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