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DASCETISME.
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ehCTèque de Compostelle. Ce saint et savant homme exigea d elle un traité particulier sur Toraison et sur les communications célestes de l'Esprit-Saint. Thérèse eut bien de la peine à se rendre aux instances de son directeur, tant par humilité que par faiblesse de santé et par l'embarras perpétuel d'une foule d'occui)ations ; mais, comme Vélasquez finit par lui ordonner de se livrer à ce travail, elle obéit, disant que Tobéissance pouvait rendre possible ce qui ne le paraissait pas.
Elle commença donc cet ouvrage à Tolède, en 1577, le jour même de la Trinité; et malgré ses infirmités, ses affaires et le voyage qu'elle fil à Avila dans cet intervalle, elle y mit la dernière main la veille de Saint-André de la inême année, dans le monastère de Saint-Joseph d'Avila.
Dans Ta vaut - propos de ce Traité, elle s*excuse d'avance des répétitions dans lesquelles une matière dont elle avait déià parlé tant de fois devait naturellement la faire tomber. «Je suis, dit -elle, comme ces oiseaux h qui Ton apprend à parler, et qui, ne sachant ce qu'on leur montre, redisent tou-
i'ours les mêmes mots. » Puis, elle soumet yumblement tout ce qu'elle va dire au jugement de l'Eglise romaine, protestant que si elle avance quelque chose qui ne soit pas conforme à la doctrine catholique, ce ne sera pas à dessein, mais par ignorance, ayant toujours été et voulant toujours être soumise à cette sainte épouse de Jésus-Christ. Thérèse ne tint jamais d'antre langage; au moment même où, venant de recevoir Textrême-onction , elle n'avait plus que quelques heures à vivre, elle ne se lassait point (Je répéter ces paroles : « Enfin, Seigneur, ^'e sui^ fille de l'Eglise. » Rien ne la consolait plus que cette pensée.
Le traité du Château de Vàme est ainsi intitulé, parce que sainte Thérèse assimile une âme chrétienne à un château magnifique.
L'oraison est la porte de ce château; au dedans il V a plusieurs demeures ; le Seigneur réside dans la plus intérieure, dans celle qui est au centre. Il faut, pour y parvenir, traverser les autres; elles servent, pour ainsi dire, de vestibule à celle-là.
On ne se douterait pas , à voir la clarté et la douceut de son style , qu'elle fût alors en butte à la plus injuste persécution. Elle était cependant détenue prisonnière , en quelque sorte , dans le couvent de Tolède , par les ordres du chapitre général. Du milieu de sa détention, elle écrit avec une tranquillité d'ftme qu'on ne saurait trop admirer. 11 ne lui échappe pas un mot de plainte ; rien ne la détourne de son objet, qui est d'édifier et d'instruire ses religieuses , à qui seule elle adresse son discours.
Le château spirituel dont elle parle a sept demeures. La première est la connaissance de soi-même , d'où résulte une profonde humilité. Cette connaissance s'acquiert surtout parla comparaison de notre bassesse avec la majesté dti Très-Haut. Le contraste n'en est que plus frappant. « C'est ainsi , dit - elle
(eh. 2 ) , que Ton voit beaucoup mieux qu'une chose est fort noire , quand elle est comparée à une fort blanche. »
Avec quelle énergie représente-t-elle l'état d'une âme qui est en péché moilel. « Cet état est si déplorable , dit-elle (ibid,) , que l'âme n'étant alors que ténèbres, ces ténèbres se répandent sur toutes ses actions ; car , de même que les ruisseaux qui partent d'une source vive et très-claire , en retiennent toutes les qualités , de même toutes les actions d'une âme qui est en grâce sont agréables aux yeux de Dieu et des hommes, parce qu'étant semblable à un arbre planté dans la source même d'une eau vive , la fraîcheur et la nourriture qu'elle en reçoit lui font produire sans cesse des fruits admirables. Mais , lorsqu'au contraire , l'âme va par sa faute se transplanter, pour ainsi dire, dans un marais stagnant et infect, tous les fruits qu'elle produit ne sont que corruption et pourriture. » Puis elle ajoute: « Quoique rien ne puisse ternir l'éclat ni obscurcir la lumière du soleil de justice qui demeure toujours dans le centre de l'âme , cependant le péché nous couvre tellement de ses ombres que nous ne voyons plus la clarté de cet astre divin. C'est ainsi qu'un voile noir dont on couvrirait un cristal exposé au soleil , l'empêcherait d'être éclairé de ses rayons. »
Dans les trois demeures suivantes, la sainte explique les divers états de peine, de combats , de sécheresse , de désolation intérieure , entremêlés de quelques douceurs spirituelles, par lesquels on passe ordinairement avant de parvenir à l'oraison do quiétude. Une fois parvenue à cette Quatrième demeure , l'âme doit tâcher de uxer son entendement pour s'empêcher de courir après des pensées inutiles ; mais , comme dans cette inconstance il ne doit y avoir rien que de doux et de tranquille , il faut agir sans contrainte et sans violence , le mieux que nous puissons faire alors , étant de nous mettre en la présence de Dieu comme des pauvres dont la nécessité parle jiour eux, et de baisser ensuite les yeux pour attendre avec humilité qu'il lui plaise de nous secourir dans notre misère. (*• dem. ch. 3.)
La cinquième demeure est celle de l'oraison d'union. Sainte Thérèse en détaille les merveilles, se servant à son ordinaire, d'une comfiaraison qu'elle poursuit avec beaucoup d'adresse. « Vous savez , dit-elle (ch. 2) , de quelle admirable manière se fait la soie; vous n'ignorez pas que cette graine, qui ressemble à de petits grains de poivre et que l'on croirait morte, étant vivifiée par la chaleur , produit des vers dans le môme temps que les mûriers poussent des feuilles propres à les nourrir; et, qu'après que ces J)ctits animaux sont devenus assez grands., ils tirent la soie de leur propre substance , la filent , en forment une coque , s'y renferment et y trouvent la fin de leur vie; qu'ensuite , au lieu de ces vers, qui étaient assez grands et difformes, il sort de chacune de ces coques un petit papillon blanc et fort
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agréable. Eli bien 1 reprend la sainte , notre Aire, qui était comme morte par le péché, est ce ver ra;y^st6rieux ; la chaleur du Saint- Ksprit le vivifie ; la fréquentation des sacrements, la lecture des bons livres, le secours des prédication^, les saintes méditations le nourrissent et le fortifient. Devenu plus grand, il travaille à filer la soie et à former cette coque, rjui est comme la maison où il doit finir sa vie. Or c'est de celte maison que je veux parler , laq'ielle n'est autre chose que Jésus^Chrisi lui-même, suivant ces |ïarôles do saint Paul : Notre vie est cachée en Bieu^ et Jésus-Christ est notre vie... Courage donc , mes filles , ne perdons pas un moment |.our travailler à un si important ouvrage, en renonçant à notre amour-propre, à notre volonté et à toutes les choses de la terre; en faisant des œuvres de mortification et de pénitence , et en nous occupant à Toraison et en pratiquant Tobéissance avec toutes les autres vertus... Que ce vgft meure, mes filles , aorès avoir accompli l'ouvrage pour lequel il a été créé. Sa mort nous fera voir Dieu, et nous nous trouverons comme abîmées dans sa grandeur, de même gue le ver. à soie est caché et comme enseveli dans sa coque. »
Puis elle suit le papillon dans sa mélamort)hose : « c'est l'Ame, qui, sortant de cette union secrète avec, son Dieu, s'élante vers lui avec une nouvelle ardeur. Quoique ce papillon sorte d'un profond repos , on ne saurait voir, sans en louer le Seigneur, quelle est alors son inquiétude. Il ne sait où aller ni où se reposer, parce qu'après avoir joui d'un si grand bonheur, tout ce
3u*il voit sur la terre lui déplaît.... 11 déaigne ses premières occupations, il renonce à la lenteur de son ancienne marche ; les ailes lui sont venues , il peut voler désormais ; il ne rampera j)lus comme un insecte, » etc.
La marque la plus sûre que l'on puisse avoir de son union avec Dieu est, suivant sainte Thérèse, un amour sincère pour le j)rochain. Cet amour ne consiste point en de simples spéculations, ni en désirs stériles. Dieu ne se contente pas de paroles et de pensées, il veut des effets et des actions. Si vous voyez donc une malade que vous puissiez soulager en quelque chose, quittez, mes sœurs, quittez hardiment l'oraison pour Tasfister; cortipatissez h ce qu'elle souffre; que fa douleur soit aussi la vAtre ; et si pour la faire manger, il vous faut jeûner, jeûnez avec joie, non-seulement pour l'amour d'elle, mais pour l'amour de Dieu qui vous le commande. Voilà la véritable union, puisque c'est n'avoir point d'autre volonté que la sienne.
La sainte compare aussi l'oraison d'union à un mariage spirituel, parce que l'amour en est le lien. « Ses opérations, dit-elle (5* dem., ch. k) sont si pures, si vives, si subtiles, si pénétrantes, et si pleines de consolations et de douceurs, que nulles paroles ne sont capables de les exprimer; maisNotre-Seigneur soit bien les faire sentir. »
En traitiaR^ u^s d^ux dernières demeures, Thérèse s'élève avec son su jei jusqu'aux ravissements et aux extases dont Dieu favorise les Ames qui y parviennent. Sous^ le nom d'une tierce personne, elle rapporte de temps en temps ce qu'elle avait éprouvé elle-même ; puis s'abandonnant au souvenir de son indignité et à la tendresse de son Dieu, elle s'écrie : « Hélas 1 pauvre petit papiHon, vous vous trouvez attaché par tant de chaînes, que vous ne sauriez voler comuie vous le voudriez I Mon Dieu, ayez compassion de lui ! Faites que l'âme, qui est ce petit papillon, puisse accomplir en quelque manière ce qu'elle ne désire que pour votre honneur et pour votre gloire. Ne vous souvenez point de son indignité, et du peu qu'elle est par ellemême. Seigneur, vous êtes tout-puissant, commandez à la mer de se retirer et au Jourdain de se sécher, pour laisser passer votre peuple. Rendez celte Ame invincible par votre force; rendez-la ca^wble de souffrir de grands travaux ; elle y est résolue ; elle souhaite de les endurer. Déployez seulement la puissance de votre bras, pour l'empêcher d^ consommer sa vie en des choses indignes de vous. » (6* dem., ch. 6.)
En parlant du don des larmes, la sainte remarque qu'on y est souvent trompé, et que les personnes faibles de compleiion surtout s'imaginent souvent pleurer par l'impression de Famour divin, pendant qu'elles ne pleurent que par une suite de leur disposition naturelle, et parce qu'elles s'excitent à répandre des larmes, pour y goûter quelques douceurs dont elles ont entendu parler. Mais veut-on discerner les larmes saintes de celles qui sont purement stériles? Il n'y a qu'à voir si elles amènent la paix du cœur, et si elles donnent à lame de nouvelles forces. Alors elles [jrcnnent leur source dans le saint amour.
Ne nous imaginons pas néanmoins que tout est fait lorsque Ton pleure beaucoup. Il faut mettre la main à l'œuvre, et s'avancer dans la vertu. Que si après cela Dieu nous favorise du don des larmes, sans que nons y contribuions, recevons-les avec joie. Mais moins nous travaillerons à les activer, plus elles arroseront la terre aride de notre cœur, parce que c'est une eau qui tombe du ciel. Au lieu qu'il arrive souvent qu'après nous être bien tourmentés à creuser la terre pour y trouver quelque source, nous n'y rencontrons point la moindre goutte d'eau. Ainsi le meilleur parti est de nous mettre en la }>résence de Dieu, de nous représentei sa miséricorde, et de considérer quelle est sa grandeu! et notre bassesse. Qu'il nous doune après cela ce qu'il lui plaira de nous donner, soit de l'eau, soit de la sécheresse; il sait mieux que nous ce qui nous convient. Par ce moyen nous nous mettrons l'esprit en re-